Tag: Hérault

  • Lagune de Thau : un plan pour protéger la grande nacre

    Lagune de Thau : un plan pour protéger la grande nacre

    Alors que depuis 2016 un parasite décime les populations de grandes nacres dans une grande partie de la Méditerranée, au point que ce coquillage endémique emblématique des fonds marins méditerranéens est classé en danger d’extinction, la lagune de Thau fait figure d’exception. De sanctuaire. On y recense en effet plus de 100 000 individus de ce bivalve géant, qui peut atteindre jusqu’à un mètre de hauteur, « ce qui confère au territoire une responsabilité particulière pour la connaissance et la préservation de l’espèce », souligne le Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT).

    Fort de cette responsabilité, le SMBT a lancé en 2025 et pour deux ans un projet collectif baptisé “Recrue”, terme qui désigne les jeunes grandes nacres, dont l’objectif est de collecter, à des fins de préservation, des spécimens captés grâce à un réseau de conchyliculteurs volontaires. « Le projet est né de l’observation d’un conchyliculteur de Loupian qui a remarqué la présence de jeunes grandes nacres – de quelques centimètres seulement – fixées sur son matériel d’élevage d’huîtres », rapporte le SMBT. Qui a donc décidé de structurer, en partenariat avec le Comité régional de la conchyliculture de Méditerranée, la communauté scientifique et plusieurs acteurs du territoire, une démarche permettant leur collecte.

    Les grandes nacres de Thau s’exportent dans le Var

    Les jeunes grandes nacres récupérées dans les installations conchylicoles de la lagune de Thau sont ensuite soit stockées sous la table conchylicole du lycée de la mer Paul Bousquet, soit transférées en bassin à la station marine de Sète, soit mises à disposition de projets scientifiques ou encore intégrées à des démarches de conservation, lorsque les conditions sont réunies. « L’objectif est de mieux connaître cette espèce et de contribuer à sa protection, dans un cadre scientifique et réglementaire strict », indique le SMBT.

    Une nouvelle étape de ce projet, soutenu financièrement par France nature environnement (FNE) à hauteur de 35 000 euros, a été franchie le 19 mars dernier avec le transfert, pour la première fois, d’une vingtaine de spécimens issus de la lagune de Thau vers l’île varoise des Embiez, au large de Six-Fours-les-Plages. « Ces individus vont désormais permettre de mener des travaux de recherche (analyse de résistance) et de test de transplantation », explique le SMBT.

  • Une expo-immersion dans le monde de la pêche à Sète

    Une expo-immersion dans le monde de la pêche à Sète

    Parallèlement à la manifestation maritime Escale à Sète, grande fête des traditions maritimes en Méditerranée (voir p.29), le Centre régional d’art contemporain (Crac) de Sète* accueille, jusqu’au 6 avril, l’exposition « La solidarité des destins », Louisa Marajo.

    Originaire de Martinique, l’artiste place la mer au cœur de son travail. Elle présente ici la restitution d’une résidence artistique autour de la pêche professionnelle en Méditerranée, réalisée au Grau-du-Roi entre septembre et décembre derniers. « Louisa Marajo est allée à la rencontre d’acteurs et actrices du monde de la pêche professionnelle, elle a pu embarquer sur des chalutiers et des bateaux “petits métiers”, vivre au rythme d’un port, connaître le quotidien de ces hommes et femmes dont la vie tout entière est consacrée à la pêche », décrit le Crac.

    Un temps d’immersion à partir duquel l’artiste a produit un court-métrage, des images et des textes ainsi qu’une série de sculptures et d’objets qu’elle présente dans une scénographie immersive. « Entre banquet de science-fiction, criée onirique et atmosphère des fonds marins, Louisa Marajo plonge les visiteurs dans l’espace du rêve ».

    Comme elle l’écrit elle-même au sujet de son court-métrage : « Rêve éveillé, chemin initiatique, ce film est un hommage à ce rapport singulier à la mer-nature aimée à qui nous devons tout, un hommage à la passion de la pêche, ce monde menacé aujourd’hui par ce changement d’époque que nous vivons. Quel chemin prendre ensemble, afin de ne pas devenir hors-sol et tenter de rester connecté·e·s et relié·e·s à cet élément primordial, nourricier et essentiel, ce fragment de nous-même qu’incarne la mer, espace magique irremplaçable (…). »

    * 26 Quai Aspirant Herber

  • Dans l’Hérault, la gauche perd des communes et des certitudes

    Dans l’Hérault, la gauche perd des communes et des certitudes

    Cent mille. Selon le politologue Emmanuel Négrier, la gauche a perdu dans l’Hérault l’équivalent de 100 000 habitants. En dépit des affaires (Sète, Agde) ou d’une gestion hasardeuse de la droite (Castelnau-le-Lez, Lunel) ou de l’extrême droite (Béziers), la gauche dans son ensemble a échoué à conquérir de nouvelles villes. Aucune commune majeure qui était dirigée par la droite n’a basculé dans le camp progressiste dans l’Hérault.

    En revanche, quel que soit le parti, la gauche a rendu les clefs de plusieurs mairies. La France insoumise n’a pas seulement échoué partout où elle se présentait seule (Montpellier, Lunel, Lodève…), elle a aussi perdu la seule commune qu’elle dirigeait dans l’Hérault. À Grabels, si René Revol gérait une équipe divers gauche, n’est-ce pas sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon qui a été sanctionnée ? À Lodève, c’est le PS qui a failli. Avec une maire
    -Gaëlle Levêque-qui ne se représentait pas et une candidate qui voulait rompre avec une partie du bilan, l’équation était bancale bien que soutenue par la présidente de la Région Carole Delga. Elle s’est avérée complexifiée par le refus d’une entente avec l’ancien député LFI Sébastien Rome. Résultat : la sous-préfecture repasse à droite avec Claude Laateb.

    D’autres villes d’importance jusqu’ici gérées par une majorité divers gauche composite ont basculé. On peut citer Mauguio où l’héritier désigné d’Yvon Bourrel a été balayé dès le 1er tour au profit de Pierre-Martin Chazot (LR) ou Saint-Jean de Védas où le décès soudain du maire François Rio fin décembre a débouché sur 7 candidatures et la victoire de Patrick Hivin, proche d’Édouard Philippe (Horizons). Enfin, comment ne pas évoquer la surprenante défaite de Véronique Négret (union de la gauche) à Villeneuve-lès-Maguelone, en dépit d’une droite divisée.

    Des communes conservées

    La gauche a tout de même conservé plusieurs de ses fiefs notamment les deux plus importants : Montpellier et Frontignan. Dans la capitale régionale, Michaël Delafosse aura sans doute une opposition acharnée avec LFI et les colistiers d’Altrad. Mais, fort de son succès, il aura les mains libres pour suivre son « cap » pour Montpellier et sa Métropole. Malgré l’élection de 13 nouveaux édiles sur 31, M. Delafosse qui sera réélu maire samedi 28 mars (10h) par le conseil municipal devrait aisément conserver la présidence de l’intercommunalité où plusieurs socialistes (Renaud Calvat à Jacou, Eric Penso à Clapiers, Yvon Pellet à Saint-Geniès-des-Mourgues…) ou soutiens (Cyril Meunier à Lattes, Michelle Cassar à Pignan, Florence Brau à Prades-le-Lez…) ont été reconduits. En revanche, avec la réélection d’Hervé Marquès à Sète, le PS va devoir convaincre des maires du bassin de Thau pour faire fructifier la réélection de Michel Arrouy (PS) à Frontignan afin que Loïc Linarès (PS) conserve la présidence de l’Agglo de Sète.

    Très affaiblie dans le Biterrois, la gauche reste bien implantée dans la plaine héraultaise. La réélection dès le 1er tour du socialiste Armand Rivière à Pézenas en est le symbole. Celui-ci pourrait d’ailleurs briguer la présidence de l’Agglo Hérault Méditerranée qui risque de tomber dans les griffes du RN avec la victoire d’A. Lopez-Liguori à Agde. Au-delà, ces municipales auront des conséquences politiques. La gauche pourra-t-elle conserver ses 3 sièges (Hussein Bourgi PS, Henri Cabanel* DVG, et Christian Bilhac PRG) au Palais du Luxembourg aux Sénatoriales de septembre ? Au moins l’un deux pourrait être fragilisé, l’extrême droite pouvant ravir un siège grâce à son emprise sur le Biterrois et le littoral.

    Affaiblie par la droite et le RN, la gauche de Kléber Mesquida sera face à un défi lors les élections départementales de 2028. Surtout si la présidentielle 2027 tournait… à la catastrophe.

    * Qui ne se représente pas.

  • [Entretien] Emmanuel Négrier : « L’essentiel des bascules s’opère de gauche à droite »

    [Entretien] Emmanuel Négrier : « L’essentiel des bascules s’opère de gauche à droite »

    La Marseillaise : La conquête de Nîmes par la gauche peut-elle, à l’avenir, freiner la poussée constante du RN dans le Gard ou est-ce l’arbre qui cache la forêt dans un Département menacé en 2028 ?

    Emmanuel Négrier : Le succès remporté par la gauche à Nîmes s’explique à la fois par des divisions circonstancielles des héritiers de la droite, la forte mobilisation d’entre-deux tours dans les quartiers populaires, où la croissance d’un tour à l’autre est proche de 50%, et une incapacité chronique du RN à incarner une offre politique dans ces quartiers. C’est le paradoxe du RN, parti populiste en panne dans le vote populaire.

    Cependant, cette configuration n’est pas prédictive de ce qu’il se passera pour les prochaines échéances, et notamment pour les élections départementales et régionales. En effet, dans ces scrutins, les quartiers populaires sont jusqu’à présent marqués par une abstention structurelle et leur engagement dans ces prochaines élections est tout sauf assuré. D’autre part, les conquêtes gardoises du RN autour de Beaucaire, Vauvert et Bagnols-sur-Cèze vont très probablement conduire à des dilemmes stratégiques pour la droite, avec à la clef des ralliements possibles, comme on pourra d’ailleurs le voir très vite à l’occasion de l’élection des exécutifs des intercommunalités concernées. La gauche devra batailler sur ces fronts en position de relative faiblesse, en raison d’une influence politique qui décline globalement et des divisions qui, jugulées à Nîmes, se révèlent perdantes dans beaucoup d’autres contextes, dans le Gard comme ailleurs. Ces élections départementales et régionales, situées après l’échéance présidentielle dont nous ne savons pas ce qu’elle va produire, sont donc hautement risquées pour la gauche départementale.

    Au contraire du RN, LFI n’est parvenue à conquérir aucune ville majeure en Occitanie. Est-ce dû à l’épouvantail Mélenchon ou à la stratégie insoumise souvent jugée anti-PS ?

    E.N : LFI pouvait virtuellement compter sur un sortant, à Grabels, et sur une influence considérable lors des précédentes élections présidentielles et législatives dans certains bastions comme Montpellier. Le problème que rencontre LFI est de plusieurs ordres. D’une part, la déconnexion des logiques de vote entre les scrutins nationaux et cette élection singulière qu’est la municipale fait significativement baisser son influence là où il n’est pas implanté. Ensuite, le pari qu’il faisait de remobilisation des quartiers populaires s’est très peu produit (le cas de Nîmes étant exceptionnel) et guère à son profit, comme on l’a vu à Montpellier où il est le plus souvent devancé par le vote en faveur du sortant ou de la liste Mohed Altrad. Quant à Grabels, l’évolution sociologique de la population, associée à une certaine usure du pouvoir municipal, ont été fatales à son maire sortant, René Revol. Derrière ces considérations localisées, il y a une évolution plus générale qui est que le vote LFI s’est sociologiquement transformé. En 2022, c’était celui qui correspondait le mieux à un profil moyen des Français en termes d’âge, de catégorie sociale et professionnelle, d’habitat. En quatre ans, c’est l’électorat du RN qui s’est homogénéisé, en se rapprochant, sur tous ces critères en dehors du niveau de diplôme, du « Français moyen ». Le vote LFI, à l’occasion de ces élections municipales, est devenu « spécifique », ce qui explique ses succès ponctuels (Saint-Denis, Roubaix), mais aussi ses échecs. Évidemment, dans un contexte où la gauche, prise globalement, ne dépasse guère un tiers de l’électorat et qu’elle se divise sur des considérations qui sortent totalement des contextes précis de vote, elle ne peut que s’affaiblir, en particulier son aile gauche.

    En dépit du fiasco agathois,
    la droite héraultaise sort-elle renforcée de ces Municipales même si les couleurs des Républicains sont peu visibles
     ?

    E.N : La droite est en effet renforcée dans ces élections, mais c’est au prix d’une logique d’euphémisation des étiquettes politiques, qui posent d’ailleurs certains problèmes au chercheur que je suis. Globalement, lorsque la droite a perdu une commune, c’est le plus souvent au profit d’une autre liste de droite (Castelnau-le-lez), ou de l’extrême droite dans le cas d’Agde. Et quand un maire d’extrême-droite (Vias) ou anciennement associé à Robert Ménard (Cers) perd, c’est au profit d’un centriste, et non de la gauche. Ailleurs, on peut se poser la question de savoir si un certain électorat de gauche n’a pas fait le choix de la droite sortante plutôt que de la liste de gauche encore en lice au second tour. Ainsi, je fais l’hypothèse qu’il y a un peu de gauche (politique et sociologique, du côté des professions artistiques, par exemple) dans le maintien de la droite au pouvoir à Sète. L’essentiel des bascules s’opère donc de gauche à droite, mais il serait extrêmement hasardeux pour la droite d’en tirer un indicateur de retour en grâce électorale, tant les contextes localisés pèsent plus que l’identité partisane des nouveaux maires. Par ailleurs, comme on l’a observé dans le Gard, même si c’est pour l’Hérault d’une moindre intensité, la droite va être confrontée, face à la pâleur de son identité politique, à la progression du vote RN, encore peu sensible lors de ces élections municipales, et aux enjeux stratégiques qui ne manqueront pas de se poser à elle lors des prochaines échéances.

    La gauche héraultaise a-t-elle perdu plus que certaines villes (Lodève, Grabels, Mauguio, Villeneuve-lès-Maguelone, Saint-Jean de Védas…) dans l’optique des Sénatoriales 2026 et des Départementales 2028 ?

    E.N : La gauche héraultaise a perdu une douzaine de villes, ce qui représente près de 10% de la population héraultaise (100 000 habitants), qui passent de gauche à droite en termes de gouvernance municipale. C’est un recul considérable pour une élection dont on dit d’ordinaire qu’elle favorise les sortants. Cette évolution vers la droite, même pâle et diverse, ne pourra pas ne pas avoir d’influence pour l’élection sénatoriale de septembre prochain. Celle-ci se déroule à la proportionnelle pour désigner les 4 parlementaires et elle est, plus que pour une élection directe, sous l’influence des grands électeurs des mondes ruraux et petites villes, précisément là où la gauche a perdu des positions. L’incertitude est donc assez grande pour ce prochain rendez-vous politique. Quant aux élections départementales, l’Hérault se caractérise par une meilleure résistance à la progression du RN, la gauche y conserve une influence certaine à la fois dans ses bastions urbains et l’arrière-pays, qui peut lui permettre de ne pas perdre le leadership départemental, contrairement à l’Aude, aux Pyrénées-Orientales ou au Gard, trois départements où, ce n’est pas un hasard, tous les députés sont d’extrême droite.

  • Un appel citoyen pour en finir avec le sans-abrisme dans l’Hérault

    Un appel citoyen pour en finir avec le sans-abrisme dans l’Hérault

    Ils sont une soixantaine venant de tous horizons : médecins, éducateurs spécialisés, artistes ou encore journalistes. Se joignent à eux des associations et des syndicats. Ensemble ils viennent de signer un appel pour en finir avec le sans-abrisme. « Que quelqu’un puisse mourir de froid à deux pas d’un lieu d’hébergement saturé à Montpellier, c’est inadmissible. Nous appelons les pouvoirs publics […] à ouvrir au plus vite suffisamment d’hébergements d’urgence pour que plus personne ne soit contraint de dormir à la rue », écrivent les signataires.

    La genèse de cet appel remonte à début janvier, à la suite du décès d’un jeune SDF à Montpellier en face d’un hébergement d’urgence qui ne pouvait l’accueillir. Une première pétition est lancée pour demander l’ouverture d’un gymnase. La réponse des pouvoirs publics jugée insuffisante, l’idée d’un second appel fait son cheminement. « On voulait dire notre colère et faire connaître cette situation insupportable. Cet appel ne concurrence pas du tout le travail réalisé sur le terrain par les associations mais vient en complément », détaille Claude Dubois, membre du NPA héraultais.

    48 ans d’espérance de vie

    Car l’urgence est là. Selon les estimations, 2 800 personnes dorment à la rue dans la capitale héraultaise. « On veut informer sur les conditions de survie dans la rue. En 2025, 34 personnes sont décédées à Montpellier. L’espérance de vie pour ceux qui ont connu la rue à un moment dans leur vie est de 48 ans », soutient Gilles, du collectif citoyen contre le sans-abrisme. Des familles, des mineurs non accompagnés, des femmes seules, des personnes en situation de handicap, beaucoup de publics sont touchés. « J’ai rencontré une jeune fille à la rue qui venait d’arriver à Montpellier. Elle ne trouvait pas de place d’hébergement, elle est partie à Grenoble. Elle est décédée là-bas, à l’âge de 21 ans », soupire Samuel Forest, président de l’association Solidarité Partagée.

    Ce dernier espère « une prise de conscience et qu’on mette la pression aux politiques pour qu’ils en fassent une priorité. » D’autant que les logements vacants foisonnent à Montpellier, que la municipalité pourrait réquisitionner. Mais face à la faible volonté des pouvoirs publics, dont l’État, premier responsable du sans-abrisme, l’action pourrait venir des militants. Le 16 avril, le porte-parole du Droit au logement d’abord (DAL) viendra donner une formation sur la réquisition de logements vides. « Une des autres missions est de nous fédérer », reprend Gilles. En ce sens, les signataires viennent de se regrouper au sein d’une « coordination plus personne à la rue ». Aussi, la pétition de janvier* vient d’être réactualisée dans l’espoir de bouger les lignes. Car les signataires sont clairs : « Si aucune solution n’est trouvée, nous soutiendrons toutes les initiatives en faveur du logement ».

    * change.org.

  • Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Si le Rassemblement national (RN) ne réussit pas le raz-de-marée qu’il s’était fixé, force est de constater que ce dernier – et plus largement l’extrême droite – s’ancre un peu plus dans l’Hexagone. De 17 villes en 2020, il se retrouve à la tête de 62 municipalités en 2026. « Il y a aussi toutes ces villes où des listes sans étiquette l’ont emporté et on voit que certaines penchent à l’extrême droite  », analyse Sophie Mazas, avocate et membre de la LDH. L’Occitanie n’échappe pas à la règle : Agde, Bagnols-sur-Cèze, Carcassonne, toutes sont tombées dans les griffes de l’extrême droite. « Le RN profite de circonstances particulières pour être élu : soit du contexte local, comme à Agde avec les affaires judiciaires de l’ancien maire, ou du maintien des listes au second tour comme à Castres », tempère Serge Ragazzacci, secrétaire héraultais de la CGT.

    En effet, le front républicain ne sort pas grandi de ces élections. « Certaines listes n’appellent pas à faire barrage. Si on veut éviter que l’extrême droite soit élue, il faut se retirer. Ne pas le faire participe à sa banalisation », poursuit Serge Ragazzacci. Une banalisation qui témoigne également de la porosité entre la droite et l’extrême droite. À l’instar d’Agde, où le maire sortant Sébastien Frey, arrivé troisième au premier tour, s’est retiré mais sans appeler à voter contre le RN, qui s’est imposé. Une douche froide pour les progressistes agathois. « Pour certains, ce second tour a fait l’office d’une claque. Ils ont été choqués. Nous allons nous rassembler et surveiller les projets de la majorité et s’y opposer en fonction », avance Arthur Labatut (PRG). Tête de liste de gauche éliminée au premier tour, ce dernier annonce la constitution d’un collectif citoyen « sur des thématiques sociales et environnementales » fin avril.

    Tambouille politique

    D’un autre côté, l’abstention progresse fortement. Avec 42,18% au second tour, celle-ci progresse de quatre points par rapport à 2014. Inquiétant pour des élections réputées mobilisatrices. « On constate que les partis politiques n’arrivent plus à répondre aux enjeux démocratiques, aux attentes des citoyens, à débattre du fond et à apporter des solutions », se désole Sophie Mazas. Les tambouilles politiciennes participent également à cette désillusion. « Il y a une responsabilité des politiques. Cette division et ces accusations entre les partis de gauche qui durent depuis des mois et qui semblent continuer ne créent pas de dynamique positive en termes de vote. Ça obère toute discussion sur les projets et le débat ne porte pas sur les choses du quotidien. Les potentiels électeurs de gauche n’y ont pas trouvé leur compte et ne se sont pas déplacés », observe Serge Ragazzacci, regrettant que « les partis passent plus de temps à se taper dessus que sur le capital. » Pendant ce temps, les idées d’extrême droite, elles, gagnent en visibilité – notamment sur la sécurité – et participent à fracturer l’État de droit. « Le travail de sape réalisé par l’extrême droite a atteint nos institutions, notamment la justice et le fait de ne pas respecter ses décisions. Or, envisager un monde sans justice est très dangereux, il va falloir y faire face  », soutient Sophie Mazas, qui a publié une tribune en ce sens dans L’Humanité.

    Alors pour contenir la vague brune et remobiliser les déçus, le syndicaliste appelle notamment la gauche à se ressaisir des questions sociales, à retrouver des marqueurs : « Nous, on continuera à faire ce qu’on fait : former nos militants, descendre dans la rue pour lutter contre l’extrême droite. Mais il faut aussi qu’il y ait des mesures de progrès social. On ne peut pas être moralisateurs sur l’extrême droite si de l’autre côté on n’a pas d’intentions politiques d’établir la justice sociale  ». Des intentions politiques qui doivent être portées par les citoyens eux-mêmes, pour Sophie Mazas. « On appelle tout le monde à rejoindre des syndicats, des associations et à participer à cette réflexion pour repenser notre mode de fonctionnement et ensuite porter nos revendications.  »

  • Pour Michaël Delafosse à Montpellier, les quartiers plutôt que les grands chantiers ?

    Pour Michaël Delafosse à Montpellier, les quartiers plutôt que les grands chantiers ?

    En 2020, il s’était imposé face à Philippe Saurel en tant qu’outsider. Six ans plus tard, Michaël Delafosse a brillamment transformé l’essai dans le costume du favori. En remportant haut la main (50,13%) la triangulaire, dimanche 22 mars, face à Nathalie Oziol (25,06%) et Mohed Altrad (24,81%), le sortant socialiste n’a pas seulement multiplié par 1,6 le nombre de ses voix (38 668 contre 24 046) lors de ce scrutin à la participation certes un peu moins faible. Michaël Delafosse a d’abord écarté, sans doute définitivement, deux adversaires politiques coriaces. Philippe Saurel éjecté du conseil municipal où il siégeait depuis 1995. Et Mohed Altrad, 78 ans, qui, s’il annonce créer l’association « Montpellier, notre fierté », va sans doute s’éclipser rapidement de la scène politique. Reste la députée insoumise Nathalie Oziol qui prépare clairement la suite et ne fera pas de cadeau à la majorité avec ses sept colistiers de l’opposition.

    Qu’importe. À bientôt 49 ans, le professeur d’histoire géographie dont le profil fait écho à son homologue nîmois Vincent Bouget, 46 ans, a désormais du temps (sans doute sept ans) et le champ libre (sans crise Covid à gérer en début de mandat). Premier maire de Montpellier à être réélu depuis Georges Frêche en 2001 (élue en 2008, Hélène Mandroux, maire depuis 2004, n’avait pas été élue sur son nom la première fois), Michaël Delafosse va pouvoir suivre le fameux « cap » qu’il a en tête pour la septième ville de France et sa Métropole.

    La première étape, samedi 28 mars (10h), ne sera qu’une formalité. Avec 53 élus acquis sur 69, le conseil municipal le réélira maire sans encombre. Quelques jours plus tard, la seconde étape pour la présidence de la Métropole ne devrait pas être un énorme casse-tête. Cependant, avec l’élection de 13 nouveaux édiles sur 30 autour de Montpellier, le socialiste va devoir ménager les susceptibilités, trouver le savant équilibre et donc travailler avec la droite, dans une Métropole qui pourrait se politiser davantage si des groupes venaient à se former. Plus que les postes d’adjoints au maire, l’attribution des vice-présidences sera scrutée à la loupe. À voir par exemple qui récupérera le dossier compliqué des déchets dont s’occupait René Revol, battu.

    Le pouvoir d’achat aidé

    Si l’alchimie prend, M. Delafosse pourra alors dérouler. Son premier mandat visait à réveiller Montpellier l’endormie. Ce fut chose faite avec la plupart des promesses tenues (gratuité des transports, 5e ligne de tramway, mutuelle communale…) au prix de nombreux chantiers qui riment forcément avec perturbations. La carte de « l’apaisement » jouée par le maire avec les territoires voisins, vaudra-t-elle aussi pour Montpellier ? C’est ce que M. Delafosse a promis durant la campagne. Après le tramway ou l’Esplanade, le maire a l’intention de réparer et d’équiper les quartiers, les uns après les autres. En prenant soin « des parcs, des écoles, des rues, des places, des trottoirs ». Ainsi l’avenue de Toulouse, la place des Beaux-Arts ou le chemin de l’Aqueduc vont être repensés après concertation. À terme, l’esplanade de Gaulle sera reliée à Antigone. Parmi les premières mesures pour faire faire des économies, la gratuité des médiathèques fera son apparition, un office pour le pouvoir d’achat et une agence du logement seront aussi créés.

    Mais attention, plus de proximité dans les quartiers ne signifie pas la fin des grands chantiers. Le Contournement routier ouest (COM) et le Service express régional métropolitain (Serm) sont sur les rails. Mené avec l’État, l’indispensable projet de rénovation urbaine (Anru) va, durant ce mandat, transformer des quartiers populaires comme la Paillade. De nouveaux quartiers vont naître à l’instar de Montpellier Sud entre Saint-Martin et les Prés d’arènes. Pour M. Delafosse, le nouveau challenge ne fait que débuter.

  • Les grands voiliers débarquent à Sète

    Les grands voiliers débarquent à Sète

    Regroupant plus de 2 000 participants du monde maritime, 15 pays différents défileront pour cette Escale à Sète 2026. En 2024, lors de sa dernière édition, plus de 300 000 personnes s’étaient rendues au cœur de l’île Singulière pour assister au spectacle. Au programme cette année, des animations, des expositions et des jeux. En ouverture, dès le 31 mars, la parade navigante avec l’arrivée des grands voiliers et des flottilles dans le port débutera cette nouvelle édition. En tête d’affiche de cette neuvième édition côté voiliers, il sera possible de retrouver l’Étoile, Nave Italia, Sudarshini, Belem, Vera Cruz, Florette, Phœnix, El Galeón, Pascual Flores, Nao Victoria et le dernier bateau bœuf de Méditerranée « Espérance ». Toujours le mardi 31 mars à 15h30 sur le quai d’Alger, « L’Escale assiette » prendra place. Mêlant talent et cuisine traditionnelle, des équipes composées d’un pêcheur, d’un chef et d’un vigneron présenteront les spécialités locales. Pendant toute la durée du festival, les différentes délégations animeront aussi l’événement (mardi 31 mars présentation délégation Japon et Roumanie, mercredi 1er avril présentation Catalans, Inde, Croatie et Italie, jeudi 2 avril Slovénie, vendredi 3 avril présentation Tunisie, Mauritanie et Corse). Une visite guidée gratuite est aussi organisée pour découvrir le Port de Commerce de Sète tout au long de l’événement. Pour terminer cette Escale à Sète 2026, la parade de clôture des navires en mer devant le port aura lieu le 6 avril à partir de 17 heures.

  • Un conseil municipal renouvelé de moitié à Montpellier

    Un conseil municipal renouvelé de moitié à Montpellier

    Il y a ceux qui siégeaient depuis longtemps (Philippe Saurel, Max Lévita, Jacques Domergue, Mustapha Majdoul…) et qu’on ne verra plus. Et il y a ceux qui vont connaître leur baptême du feu.

    Si les électeurs montpelliérains ont joué la continuité avec Michaël Delafosse, le conseil municipal va changer de visages. Sur les 69 nouveaux élus qui siégeront pendant au moins 6 ans (probablement 7), 33 vont faire leurs premiers pas. 22 sont issus de la liste Delafosse, 7 de chez Oziol et 4 de la liste Altrad.

    Dans la majorité municipale, on connaissait déjà Muriel Ressiguier pour avoir été députée LFI avant de se fâcher avec Jean-Luc Mélenchon. À ses côtés, siégeront le doyen de la fac de droit Guylain Clamour, la médecin biologiste Tal Anahory, l’ancienne candidate PS aux législatives Fatima Bellaredj, l’ex-Verte Jacqueline Markovic (Place Publique) ou Stéphane Hernandez, voix de la communauté gitane. On peut ajouter la jeune Émilie Biondi (PRG), la militante du collectif de la 5e ligne Éliane Urtado ou l’écolo Grégoire Delforge. À noter que Jean-Louis Gély, l’ex-adjoint d’Hélène Mandroux ainsi que la directrice de la SPA, Annie Benezech, font leur retour. Et que Serge Guiseppin était jusqu’ici élu dans l’opposition.

    Côté LFI, seule Alenka Doulain siégeait déjà. Font leur entrée : Nathalie Oziol, Antoine Bertrand, l’ex-chef de cabinet de René Revol, l’ex-écolo Julia Mignacca, l’enfant de Saint-Martin Rhany Slimane, Livia Jampy, suppléante du député Sylvain Carrière, Kamel Moufid et Nicolas Hillaire. Enfin, chez Mohed Altrad, vont faire leurs gammes Marie-France Boisbault, Lilit Aghajanyan, David Nocca et Jérémy Orzechowski. Stéphanie Jannin et Patricia Mirallès étaient jusque-là élues sur la liste de Philippe Saurel.

  • [Entretien] Matthijs Gardenier : « La participation croissante d’acteurs non étatiques à la sécurité »

    [Entretien] Matthijs Gardenier : « La participation croissante d’acteurs non étatiques à la sécurité »

    La Marseillaise : Comment définiriez-vous le vigilantisme ?

    Matthijs Gardenier : C’est un phénomène où des personnes non rémunérées et volontaires se substituent aux forces de l’ordre. Nous vivons une période historique marquée par l’extension des logiques sécuritaires et par la participation croissante d’acteurs non étatiques à la sécurité. Le vigilantisme est l’une des modalités de cette extension du champ sécuritaire.

    Où situez-vous la frontière entre participation citoyenne à la sécurité et basculement dans le vigilantisme ?

    M.G. : Le basculement se situe très clairement dans l’intervention. C’est le fait d’agir directement, de menacer, d’utiliser la violence ou d’administrer des sanctions, c’est-à-dire de s’ériger en juge.

    Dans une ville comme Montpellier, quelles formes concrètes de « vigilance » ou de mobilisation sécuritaire observez-vous aujourd’hui ?

    M.G. : Je peux citer deux exemples. Le premier est ponctuel. En 2018, lors de l’occupation de la faculté de droit par des étudiants grévistes, le doyen, après le refus du préfet d’intervenir, a constitué un groupe qui a procédé lui-même à l’expulsion des étudiants par la force. Des images ont circulé et des étudiants ont même été blessés. C’est un exemple de citoyens qui se substituent à l’autorité de l’État pour faire œuvre de police. Le second exemple est d’une autre nature. Il s’agit d’un groupement de sécurité inter-bailleurs, une sorte de police des HLM, délégation de service public confiée à une entreprise privée, habilitée à intervenir dans les différents ensembles HLM de Montpellier. Ce n’est pas du vigilantisme à proprement parler, mais cela illustre la privatisation de missions qui relevaient auparavant du travail policier. À cela s’ajoute, bien sûr, la montée en puissance des technologies de surveillance.

    En quoi l’idéologie de la sécurité transforme-t-elle notre rapport
    à la police, à la justice et à la punition ?

    M.G. : Nous assistons à une bascule profonde. Dans la conception moderne de l’État, héritée notamment de Beccaria, la sécurité et la sanction relevaient de fonctions régaliennes. La police et la justice étaient assurées par l’État, et les peines obéissaient à une logique de proportionnalité et de réintégration de l’auteur dans la société. Ce rapport a changé. Des chercheurs comme Didier Fassin, qui parle de populisme pénal, ou David Garland, qui théorise l’idéologie de la loi et de l’ordre, ont documenté ce glissement. L’État serait désormais perçu comme inefficace, et les sanctions ne seraient jamais assez fortes. On passe d’un modèle de justice réintégrative à un modèle rétributif, où l’auteur ne doit pas se réformer pour revenir parmi nous, mais souffrir et être puni durement.

    Pourquoi avoir choisi d’associer « vigilantisme » et « idéologie de la sécurité » dans le titre de votre ouvrage ? À qui s’adresse-t-il ?

    M.G. : Cet ouvrage s’adresse aux chercheurs, mais aussi à toutes les personnes qui s’interrogent sur notre rapport à la sécurité et à la délinquance, à celles et ceux qui, face aux débats et polémiques, cherchent une approche factuelle. L’ambition est d’alimenter un débat public sur la reconfiguration de ce rapport. Nous sortons d’une vision régalienne où l’État assure seul la sécurité, pour entrer dans un modèle où des acteurs privés et citoyens jouent un rôle croissant. Ce sont des évolutions difficiles à mesurer, difficiles à documenter, qui méritent d’être mises en lumière.

    Comment analysez-vous le rôle
    du sentiment d’insécurité dans la légitimation de ces politiques ?

    M.G. : Le sentiment d’insécurité est toujours très difficile à quantifier, mais ce qui est certain, c’est qu’il existe une demande sociale de sécurité qui se perçoit comme insatisfaite, indépendamment du fait que la délinquance augmente ou non objectivement. Et cette demande s’auto-alimente. Le sociologue britannique Steven Spitzer l’a bien formulé. La sécurité est un bien économique dont la demande ne peut jamais être pleinement satisfaite. Prenons un exemple simple : quelqu’un qui installe une alarme chez lui sécurise objectivement son domicile, mais se fragilise subjectivement car l’alarme lui rappelle quotidiennement l’existence de potentiels cambrioleurs. Dans l’espace urbain, c’est identique, les caméras, les blocs de béton antiterroristes renforcent peut-être la sécurité réelle, mais rappellent en permanence la potentialité de l’agression et alimentent ainsi le sentiment d’insécurité.

    Si vous deviez résumer en une formule ce que cette actualité dit du rapport contemporain à la liberté ?

    M.G. : Je reprendrais une phrase de Robert Castel : une demande absolue de sécurité est rarement compatible avec les libertés publiques garanties par un État de droit. La vraie question, au fond, est, est-il souhaitable d’atteindre une sécurité absolue, si c’est au prix du renoncement à l’essentiel ?