Tag: Hérault

  • Sécurité civile : l’État ne peut plus jouer avec le feu

    Sécurité civile : l’État ne peut plus jouer avec le feu

    Et si c’était ce signal d’alarme qui déclenche enfin le passage à l’acte ? Tandis que les incendies, attisés par le réchauffement climatique, n’ont jamais autant ravagé la France, le Ceser vient de faire une proposition qui pourrait faire du bruit. Dans un courrier adressé au président de la République, au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur, le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) d’Occitanie réclame de toute urgence à l’État « la création d’une filière d’excellence industrielle française pour la sécurité civile ».

    Le président Jean-Louis Chauzy fixe même une deadline au 31 décembre 2026 afin de ne pas subir chaque été la même catastrophe qui a déjà coûté la vie à 4 pompiers français. « Il n’y a plus de temps à perdre (…) La facture 2026 sera très lourde. Les pompiers comme la population s’épuisent. Les vies sont en danger », écrit-il. Joint par téléphone, Jean-Louis Chauzy insiste sur la nécessité de « ne pas laisser le soufflé retomber. Après il y a aura la présidentielle, les législatives… il y aura toujours quelque chose ». Selon lui, le modèle des Canadairs que les Services d’incendie et de secours (Sdis) louent la plupart du temps est obsolète. « On ne peut pas attendre 10 ans pour construire un Canadair et 5 ans pour le réparer. On a les moyens de faire nous-mêmes. » Son idée, c’est de s’appuyer sur le savoir-faire de l’Occitanie (et d’autres régions comme Sud Paca ou Nouvelle-Aquitaine) pour construire ici les avions dont les soldats du feu ont besoin. « On a le premier pôle aéronautique au monde, des ingénieurs et des chercheurs très compétents », fait valoir Jean-Louis Chauzy. Son vœu n’est pas vraiment utopique puisque mardi 28 juillet, il a visité la société « Positive Aviation » à Blagnac qui s’apprête à commercialiser en octobre le premier avion Ecopeur amphibie FF72.

    Une flotte aérienne famélique et obsolète

    Le président du Ceser entend ainsi convaincre l’État, les collectivités, les industriels et les financiers (BPI France, banques…) d’unir leurs efforts pour « faire émerger une filière d’excellence française avec une coopération européenne ». Une manière également de renforcer la souveraineté du pays et de créer des emplois au moment où plusieurs industries vacillent.

    Les feux à répétition subis depuis plusieurs étés sont le signal que « la France doit revoir en profondeur sa stratégie de sécurité civile ». C’est le constat dressé par les députés Sophie Pantel (PS) et Damien Maudet (LFI), coauteurs d’un rapport parlementaire consacré aux moyens aériens de la sécurité civile. La question des moyens, en premier lieu ceux alloués par l’État, responsable de la sécurité, est donc essentielle. Au-delà, ce document conseille de « développer une culture du risque au sein de la population » avec des réservistes dans les communes.

    Il faut dire que le système actuel tient beaucoup au volontariat. Et souffre cruellement de moyens dépassés et insuffisants. « Nous sommes au bout de ce système, que ce soit en termes de moyens humains ou matériels », affirme Mathieu Manetti, secrétaire départemental du Sdis 30. Mardi 28 juillet, le syndicat des sapeurs pompiers volontaires de France (SSPVF) a lancé un appel national à la mobilisation. Il vise à recenser les personnes qui souhaitent « proposer leurs compétences et leur disponibilité pour contribuer, dans un cadre organisé et sécurisé, à l’effort collectif ».

    « Pour une planification

    à long terme »

    Comment de ne pas approuver la démarche quand on connaît le manque de bras. Sans parler de l’état de la flotte aérienne française : 20 bombardiers d’eau soit un de moins que dans les années 1980, 12 Canadairs et 8 Dash. Famélique pour un pays de 69 millions d’habitants où les régions méditerranéennes comme l’Occitanie sont particulièrement exposées aux aléas climatiques. Pour le député LFI de l’Hérault, Sylvain Carrière, le constat est sans appel : « Les moyens n’ont pas évolué au rythme des besoins. » Et ce en raison d’un « manque d’anticipation » et de « volonté politique ». Emmanuel Macron n’a pas seulement enterré la convention citoyenne sur le climat, il n’a pas livré la flotte (16 Canadairs) promise en 2022. Pour les communistes de Béziers, « au-delà de l’émotion, il nous faut aussi comprendre et agir enfin sur la durée. En 2022, 20 000 hectares ont brûlé en Gascogne. Macron avait promis des Canadairs, des coupe-feux, de nouveaux moyens de lutte, une replantation forestière résiliente. Rien ou presque n’a été fait. Les représentants des pompiers et la population le dénoncent », souligne Nicolas Cossange élu d’opposition de la commune. Et de pointer la logique de rentabilité de la forêt gasgonne. « Sur notre territoire, bien que la garrigue soit un écosystème différend, les mêmes logiques de rentabilité nous exposent aux risques d’incendies » prévient-il. Il faut selon lui et son parti, « sortir de cette logique économique » pour « aller vers une planification à long terme des actions de la collectivité et des particuliers. C’est nécessaire pour donner la priorité aux solutions bénéfiques à tous face à la réalisation du profit immédiat ». Un changement sociétal en fait pour faire face au dérèglement climatique.

  • Les hospitaliers réclament une « prime canicule »

    Les hospitaliers réclament une « prime canicule »

    En France, près de 60% des bâtiments hospitaliers sont considérés comme vétustes. Le CHU de Montpellier ne fait pas exception, avec seulement 40% de ses services équipés en climatisation. Des températures exceptionnelles y ont été relevées depuis le début des canicules estivales, notamment en pédiatrie ou à la maternité, avec des pics jusqu’à 42 degrés dans la blanchisserie de l’hôpital. « Certains agents ont fait des heures supplémentaires et d’autres sont revenus sur leurs jours de repos pour travailler dans des conditions très difficiles, raconte Pierre Renard, infirmier et délégué syndical de la CGT au CHU de Montpellier. Nous demandons donc au gouvernement une prime exceptionnelle pour récompenser leurs efforts, un peu à la manière de celle qui avait été mise en place pendant la Covid. »

    Revaloriser les salaires

    « Il faut financer au plus vite l’adaptation de nos infrastructures au réchauffement climatique. Cela fait déjà plus de dix ans qu’on alerte sur ce sujet au CHU de Montpellier », continue Pierre Renard. Selon lui, au-delà du financement des rénovations, le nerf de la guerre pour un hôpital public de qualité reste la rémunération des hospitaliers. Cette prime ne saurait donc se suffire à elle-même si elle ne s’accompagne pas de la revalorisation des salaires de tous les agents du service public, à commencer par ceux de la catégorie C, comme certains ouvriers et membres de l’administration. « Ce sont des agents essentiels au fonctionnement de nos établissements et pourtant, certains sont rémunérés moins que le SMIC. Seulement, s’il n’y a pas d’agent pour désinfecter le bloc, il ne peut y avoir d’opération derrière. Et rien ne sert de recevoir des clims si on continue de mépriser les agents qui les installent. »

  • Surpopulation carcérale : une norme à la française

    Surpopulation carcérale : une norme à la française

    Accompagné d’Andrée Taurinya, députée LFI de la Loire, le député de la 8e circonscription de l’Hérault Sylvain Carrière, a tiré la sonnette d’alarme après leur visite au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone le vendredi 17 juillet.

    « Ce centre pénitentiaire a un taux d’occupation de 180%, ce qui est énorme, mais qui est un petit peu en deçà de la moyenne nationale, qui, elle, se situe autour de 205% », souligne Sylvain Carrière, dénonçant une norme aberrante bien française. Avec 170 matelas empilés au sol, des cellules à 35 degrés, infestées de punaises de lit, ces conditions jugées indignes valent à l’État d’être « régulièrement condamné par le juge administratif et le juge européen des droits de l’Homme », rappelle le député héraultais.

    Un terrain fertile

    à la récidive

    « Dans les discussions qu’on avait avec le directeur adjoint, il nous disait qu’il y avait de plus en plus de cas de troubles psychiatriques », précise Sylvain Carrière. « Toutes ces conditions font qu’on va en plus accentuer ces troubles et quand les personnes sortent, effectivement, cela accentue le risque de récidive. »

    Un dramatique constat qui favorise également des incidents plus fréquents dans l’enceinte du centre pénitentiaire, comme le rapportent les députés après leur visite : « Les incidents se multiplient au sein de ces “bouilloires thermiques” où la promiscuité génère conflits et frustrations au quotidien. » Les députés de la France insoumise rappellent plus que jamais la nécessité de faire adopter par le gouvernement des systèmes pérennes de régulation carcérale.

  • Les activités de plein air en pleine adaptation

    Les activités de plein air en pleine adaptation

    S’il y a bien quelques courageux prêts à affronter des températures tutoyant les 40 degrés, la plupart des touristes et des habitants du territoire ont délaissé les chaussures de marche ces dernières semaines. Quelques parcours plus courts et ombragés attirent toujours quelques téméraires aux heures les plus « fraîches » de la journée mais globalement, les sentiers de randonnée sont boudés depuis la première canicule fin mai.

    Une tendance que confirme Nicolas Friedli, le gérant du tout nouveau café rando à Saint-Jean-du-Gard où passe le très prisé chemin de Stevenson : « On constate une baisse sur le chemin de Stevenson même si c’est encore difficile de savoir pourquoi et ce que cette baisse représente. L’an dernier, il y avait déjà eu une amorce de baisse sur le Stevenson qui se confirme cette année même si j’ai l’impression qu’il y avait plus de monde en avril et en mai. On voit bien que quand ils arrivent, les marcheurs sont épuisés à cause de la chaleur. »

    Grimpéo, une entreprise qui propose toute sorte d’activités dans le Gard, a également abandonné les parcours d’escalade en été et s’adapte pour les autres sorties. « On essaie d’adapter les horaires. Par exemple pour les via ferrata, on les fait le matin pour qu’il fasse moins chaud sur la falaise. Ce qui est compliqué ce sont les marches d’approche des sites qui peuvent être ensoleillés ou physiques et qui peuvent durer une heure. C’est surtout le retour qui est difficile parce qu’on remonte des gorges et il y a un peu de dénivelé, mais pour l’instant, on a des réservations comme d’habitude, sauf sur la première semaine de juillet qui était plus calme », explique Élodie qui gère les réservations pour Grimpéo.

    À la recherche

    de fraîcheur

    Cet été, ce sont surtout les loueurs de kayak et de pédalo qui se frottent les mains même s’ils gardent tous un regard sur le niveau des cours d’eau. « L’eau est bonne même si avec la chaleur il y a un peu plus d’algues », explique Aziz, gérant de la base nautique de Laroque, à la frontière entre Hérault et Gard : « Comme chaque année, il manque un peu d’eau mais je m’attendais à pire parce qu’on a un débit de 2,4 m³/s, habituellement on tombe en août à 2 m³/s. On peut donc toujours descendre la rivière. Avec ces chaleurs, il y a beaucoup de monde qui vient se baigner et faire des activités parce que l’autre avantage de la rivière, c’est qu’il y a toujours un petit coin d’ombre. »

  • À Béziers, R. Ménard déroule le tapis rouge au Canon français

    À Béziers, R. Ménard déroule le tapis rouge au Canon français

    Et deux de plus ! Le Canon français – société détenue à 30% par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin – revient dans la cité de Riquet pour organiser deux de ses banquets on ne peut plus décriés les 18 et 19 septembre prochains aux Arènes. Car il faut dire que si les organisateurs mettent en avant le bien-manger et la festivité de la manifestation, il en ressort plutôt des propos racistes, sexistes tenus par certains de ses participants, comme lors de celui organisé à Caen, en avril dernier et révélés par Radio France.

    Mais pas de quoi inquiéter l’édile d’extrême droite de Béziers, Robert Ménard, qui a fait signer une convention de partenariat avec le Canon français, début juillet. Louant « un événement culturel à destination du grand public » participant à « la valorisation du patrimoine biterrois », cette dernière prévoit notamment le prêt de matériel (chaises, tables, barrières, conteneurs). La police municipale sera également mobilisée afin d’assurer la sécurité pour le banquet du 19. Un partenariat qui provoque l’ire des oppositions. « C’est une démarche politique pour mettre en avant les idées d’extrême droite et conservatrices. On met en scène une vision caricaturale de la France. Il ne faut pas être dupe. Il n’y a pas que des gens qui viendront faire la fête », dénonce l’écologiste Thierry Antoine.

    Mais c’est surtout la participation de la municipalité qui a du mal à passer. « L’argent public n’a pas à financer ou à soutenir ce genre d’initiatives. D’ailleurs, Stérin ne paie pas ses impôts en France mais en Belgique », soutient Thierry Mathieu, du groupe Rassembler Béziers. D’autant que l’événement n’est pas gratuit, les heureux élus devront débourser pas moins de 80 euros pour s’offrir le billet – sauf pour l’édile et ses copains puisque 50 billets leur ont été offerts pour chaque soir. « Comment peut-on parler “d’ événement culturel grand public” lorsqu’il s’agit d’un repas à 80 euros par personne ? », s’indigne Catherine Vandroy, de Rassembler Béziers. La cité de Riquet étant l’une des plus pauvres de France, il y a peu de chances d’y retrouver beaucoup de Biterrois aux banquets. Mais Robert Ménard aura, une nouvelle fois, fait parler de lui.

  • À l’abri du soleil, le filon touristique des grottes

    À l’abri du soleil, le filon touristique des grottes

    À mesure que le thermomètre grimpe, les touristes descendent. Sous les causses, les Cévennes ou les gorges de l’Hérault, les grottes d’Occitanie offrent une échappée spectaculaire à la fournaise : 12 °C aux grottes de Presque, dans le Lot, 13 °C au gouffre de Padirac, 14 °C à Trabuc et à la Cocalière, dans le Gard, ou encore 15 °C à Clamouse, dans l’Hérault. Une climatisation naturelle, façonnée goutte après goutte depuis des millénaires.

    Dans le Lot, la fréquentation des grottes de Presque a bondi de 25 à 30 % avec les fortes chaleurs. Les visites se concentrent désormais l’après-midi, lorsque le mercure atteint son sommet. Même mouvement à Bédeilhac, en Ariège, où la fréquentation estivale aurait triplé en cinq ans. « Le public répond présent quand il pleut ou qu’il fait chaud, nous restons un bon plan B », constate Anne Imbert, directrice de la grotte de Trabuc.

    Un refuge qui se réinvente

    Mais les cavités ne veulent plus être seulement des salles de repli climatiques. À Trabuc, des visites nocturnes à la bougie métamorphosent cascades, lacs et cristaux. La Cocalière mise sur des ateliers consacrés à la biodiversité cévenole et sur un parcours de spéléologie accessible dès 12 ans, qui emprunte en sens inverse l’itinéraire suivi par les découvreurs de la grotte dans les années 1950. À Clamouse, tyroliennes, ponts de singe et escape game prolongent l’immersion souterraine. Des formules plus ludiques et sportives qui permettent aux sites de renouveler leur public, notamment familial, tout en transmettant des connaissances sur la géologie, l’eau et les écosystèmes souterrains.

    Cette fraîcheur n’est pourtant pas hors du monde. Enfoncée à une centaine de mètres sous la montagne, Trabuc ressent les dérèglements de la surface avec retard, mais ne peut « d’aucune manière » s’en isoler, prévient Anne Imbert. « Nous allons subir les effets du changement climatique, mais en décalage », résume-t-elle. Les réserves d’eau y tiennent encore, tandis que l’humidité et la roche préservent un air plus respirable. Une stabilité précieuse, mais pas éternelle : les variations de température et de pluviométrie pourraient, à terme, modifier l’équilibre hydrologique de ces écosystèmes fragiles et ralentir la formation des concrétions. Refuges temporaires face aux canicules, les grottes en racontent donc aussi la progression. Sous terre, les visiteurs retrouvent leur souffle ; à la remontée, la chaleur rappelle combien cette parenthèse demeure fragile.

  • La Boîte à bijoux : nouvelle forme de soins au CHU de Montpellier

    La Boîte à bijoux : nouvelle forme de soins au CHU de Montpellier

    C’est la deuxième intervention au CHU de Montpellier pour la journaliste de Radio Clapas Laure Méravilles, qui s’est prise de passion pour le milieu hospitalier. « J’ai débuté en pédiatrie », explique celle qui a d’abord coordonné le projet sonore Portraits de doudous. Mêlant radio et photo, il donnait la parole aux enfants malades et à leurs doudous à travers une exposition et des podcasts. « Au moment du montage, je me suis questionnée sur ce que je devais faire des enregistrements de ceux qui n’étaient plus là. Je suis allée poser la question au service de soins palliatifs et c’est comme ça que s’est faite la rencontre », raconte-t-elle.

    Laure Meravilles s’est formée à la faculté de Médecine de Nîmes pour appréhender la relation avec les patients. « J’ai eu un coup de foudre pour la démarche et j’ai voulu décliner ce projet sonore et artistique chez les adultes », commente-t-elle. Inspirée par le récent modèle de biographie hospitalière, cette forme de thérapie où le professionnel et le patient construisent ensemble une biographie reliée remise à la famille après le décès, elle invente « l’audiographie » hospitalière. Durant plusieurs rendez-vous, Laure propose ainsi au patient de se livrer à propos d’un bijou qui lui appartient et d’évoquer un souvenir. Elle travaille ensuite avec Christelle Labrande pour construire le support photo de l’enregistrement qui sera remis à la famille du patient. « La voix enregistrée peut survivre à celui ou celle qui l’a portée », remarque Laure, qui veut faire de la voix radiophonique un lien entre le disparu et son entourage. « C’est une parole authentique, consentie et préparée par le patient lui-même. »

    Sylvie Galan, cadre de santé en oncologie à l’hôpital Saint-Éloi, a vu évoluer le projet. Très optimiste, elle le désigne comme un renforcement des soins de support, ces méthodes destinées à permettre une meilleure acceptation et prise en charge du patient et de sa pathologie. « C’est une thérapie, c’est un plus qui s’inscrit dans la globalité des soins proposés », affirme-t-elle. « C’est bénéfique pour les patients de parler à quelqu’un qui n’est pas du milieu médical, une relation de confiance se construit. Ils se sentent écoutés et valorisés », précise la cadre de santé.

    Humaniser les relations hospitalières

    Ce dispositif fait partie d’un large panel de soins narratifs proposés au CHU. Ces soins visent à placer le récit du patient et son écoute attentive au centre de la relation médicale, pour construire un lien plus humain et profondément empathique. « À mesure que le projet grandit, on élargit les sujets, les souvenirs à raconter et la conversation déborde », avoue Laure. Cette approche sur-mesure et très humaine est appréciée par les patients. « Je suis suffisamment à l’aise pour donner un bout de moi », confie Alexandra, patiente en oncologie. « Il y a le côté agréable de faire des rencontres et le côté agréable de se remémorer de jolis souvenirs » ajoute-t-elle. Lorsque Laure lui apporte son objet finalisé, elle est émue : elle l’offrira à sa fille.

    Le projet traduit l’alliance thérapeutique tissée entre les malades et les soignants dans le milieu hospitalier. C’est le cas de Jean-Luc, greffé du cœur en 2013 et aujourd’hui suivi en oncologie. Venu enregistrer sa photo sonore dans le studio de radio Clapas, il insiste sur sa reconnaissance envers le personnel qui a remplacé son cœur par un autre cette nuit du 31 décembre : « Je leur apporte un petit cadeau chaque année », assure-t-il. Jean-Luc est aujourd’hui engagé dans plusieurs associations et intervient dans les établissements scolaires pour parler de son expérience avec les professeurs des matières scientifiques. Il vient raconter ses tatouages et sa vie de greffé au micro : motard aguerri au look de rockeur, il porte une multitude de bagues sur lesquelles Laure le questionne. Cet enregistrement, il le fera pour raconter comment il a décidé de continuer à vivre, en explorant le monde sur sa moto.

  • Les Folies Gruss font leur retour pour un été équestre et poétique

    Les Folies Gruss font leur retour pour un été équestre et poétique

    C’est devenu un rendez-vous attendu de l’été biterrois. Pour leur sixième saison, les Folies Gruss estivales retrouvent leur écrin installé au 1487, route de Narbonne. Jusqu’au 30 août 2026, plusieurs représentations permettront au public de découvrir le nouveau spectacle de la Compagnie Alexis Gruss, une création inédite présentée uniquement à Paris et à Béziers.

    Cette 52e création prend la forme d’une véritable comédie musicale équestre et saltimbanque, mêlant prouesses équestres, acrobaties, travail en liberté et performances aériennes. Pendant 1h45, 50 chevaux, 25 artistes, une chanteuse et un orchestre live donnent vie à un spectacle où la poésie côtoie l’humour et où l’histoire familiale occupe une place centrale. Parmi les temps forts annoncés, le mythique grand carrousel à 26 étalons côtoiera des tableaux aériens et musicaux.

    Une soirée en trois temps

    Les Folies Gruss ne se limitent pas au spectacle. Dès 19 heures, le public peut dîner sur place, sans réservation, dans une ambiance de guinguette au coucher du soleil, autour d’une nouvelle carte et de surprises artistiques et musicales. Après la représentation, les spectateurs sont invités à prolonger la soirée aux côtés des artistes, pour une photo, un autographe ou simplement un échange.

    « Cinq années ont passé – bientôt six – et chaque jour, nous constatons que nous ne pouvions pas rêver mieux pour nous implanter. Béziers, terre de culture donc terre de chevaux, terre d’histoire et de tradition, entre esprit de famille et valeurs humaines : toutes les conditions étaient réunies pour que notre Compagnie s’y épanouisse », affirme Firmin Gruss, pour qui cette implantation à Béziers est devenue une véritable histoire de famille et de territoire.

  • Tourisme et canicules : ce n’est que le début !

    Tourisme et canicules : ce n’est que le début !

    « Mesurer pour comprendre. » Telle est la mission de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En ces temps de canicules à répétition, il est temps de remettre en lumière une étude choc* de l’Insee Occitanie. Rendue publique le 19 novembre 2024, elle porte un titre brûlant d’actualité : « En Occitanie, les trois-quarts de l’offre touristique seront exposés à de fortes chaleurs en 2050 », c’est-à-dire à partir de 30°C et au-delà. Autrement dit, « 72% des lits des hébergements collectifs de la région sont situés dans des zones où les températures élevées seront les plus fréquentes à l’horizon 2050 avec plus de 35 journées où les températures dépasseront 30° C ou plus de 50 nuits tropicales par an » ; une nuit tropicale étant « une nuit où la température ne descend pas en dessous de 20°C ». L’étude de l’Insee parue il y a près de 4 ans, doit permettre aux professionnels du tourisme, aux services de l’État et aux collectivités locales de s’engager fortement sur le chemin de l’adaptation et l’atténuation d’un phénomène structurel : le réchauffement climatique. Sinon, le risque est de voir s’effriter un des piliers de l’économie régionale qui, au plus fort de l’été, génère jusqu’à 180 000 emplois, soit 7% de l’emploi marchand régional.

    L’autrice et l’auteur de l’analyse de l’Insee, Séverine Bertrand et François Hild, rappellent qu’en Occitanie « les étés 2022 et 2023 ont été marqués par des températures dépassant régulièrement les 35° C (voire 40° C) dans plusieurs départements, des niveaux rarement atteints autrefois » ; ajoutant que « les simulations climatiques les plus récentes confirment que ces phénomènes s’accentueront au cours des 25 prochaines années ». Résultat, l’Occitanie « est une des régions de France métropolitaine qui seront les plus exposées à des épisodes fréquents de fortes chaleurs, à la fois diurnes et nocturne ». L’étude de l’Insee a suivi l’évolution de la fréquence des journées de fortes chaleurs et des nuits tropicales pour la période 1976-2025 et aux horizons 2030 et 2050. L’accélération est impressionnante : sur la période 1976-2005, 2% seulement du territoire régional était concerné par les fortes chaleurs fréquentes, notamment dans l’Hérault et le Gard. Dans 4 ans, en 2030, ce sera 12% de l’Occitanie et dans 24 ans, en 2050, 50% de la surface régionale sera concernée ! Les touristes optent déjà pour des destinations au climat plus clément, notamment le littoral atlantique et du nord. Au printemps 2026, l’Insee a publié une analyse** montrant l’évolution des habitudes des vacanciers entre 2012 et 2024, sous l’impact du dérèglement climatique. « Dans ce contexte, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques augmente moins fortement en Occitanie qu’au niveau national. En Occitanie, la concentration de la fréquentation touristique en juillet et en août tend à s’atténuer au profit d’un développement du tourisme au printemps, notamment en mai. » Une évolution portée par l’hôtellerie de plein air, « majoritairement sur le littoral méditerranéen ». Un bouleversement de la saisonnalité qui va exiger des adaptations structurelles de l’économie du tourisme.

    *Insee Analyses Occitanie, n°157, novembre 2024. **Insee Analyses Occitanie n° 168, mars 2026.

    CHIFFRES

    17,5

    millions de touristes ont été accueillis en 2023 dans les hébergements collectifs marchands d’Occitanie (hôtels, campings, résidences de tourisme, villages vacances) totalisant 55,2 millions de nuitées, soit 12% des nuitées de France métropolitaine.

    2e

    région de France pour la fréquentation des campings, l’Occitanie s’est hissée en 2025 au 3e rang des régions pour la fréquentation touristique, derrière l’Île de France et la Nouvelle-Aquitaine et devant Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    125 000

    emplois en moyenne par an sont générés par le tourisme en Occitanie. Cela représente 7% de l’emploi marchand de la région. Au cœur de l’été, le secteur emploie jusqu’à 180 000 travailleurs.

  • [Entretien] Gilles Béna, directeur de recherche à l’IRD : « Il n’y a aucune réflexion et ça se fait au pas de charge »

    [Entretien] Gilles Béna, directeur de recherche à l’IRD : « Il n’y a aucune réflexion et ça se fait au pas de charge »

    La Marseillaise : Vous travaillez sur quoi actuellement ?

    Gilles Béna : Mon unité travaille sur la santé des plantes et notamment sur la lutte contre les pathogènes qui attaquent le riz, en Colombie, en Afrique ou en Asie du Sud-Est. Je travaille avec le Cambodge où nous avons monté en co-construction, un laboratoire mixte international. Notre problématique, c’est la culture du riz et la question de l’agroécologie : comment diminuer les traitements aux pesticides, aux insecticides par des approches alternatives.

    Concrètement ce travail au Cambodge se traduit comment ?

    G.B. : Fin août, je pars pour trois ans en affectation à Phnom Penh pour développer des programmes avec les chercheurs et enseignants-chercheurs locaux. Avoir une question de recherche et la développer avec nos partenaires du Sud sur des problématiques de leur pays, c’est le cœur de métier de l’IRD. Ces outils de projection, ces expatriations, ces missions longue durée font son originalité et permettent aussi d’encadrer et former des étudiants.

    Quel est l’intérêt d’être sur place ?

    G.B. : La continuité. Il y a cette image de « chercheurs hélicoptères », notamment pour les chercheurs américains qui restent quinze jours, prennent les données qui les intéressent et repartent. Ils vont associer les chercheurs du sud dans leurs publications mais en termes de formation, il n’y a rien. Nos projets sont plus ambitieux.

    On parle de la soft diplomatie de l’IRD. ça participe de cela ?

    G.B. : Complètement. On a des exemples de gens que l’IRD a accompagnés dans leur parcours scientifique de formation et sont rentrés dans des ministères de la recherche ou de l’enseignement supérieur des pays du sud. On voit qu’un lien intime et personnel, s’est créé avec l’IRD et la France. Tous les pays riches font de l’aide au développement mais souvent, ce n’est que du financement. L’IRD et la France ont une relation beaucoup plus proche via ces relations personnelles qui se nouent.

    Ce projet de fusion de l’IRD avec le CNRS, remet en cause votre mission ?

    G.B. : J’ai une lettre d’affectation au 1er septembre. L’interrogation, c’est si au 1er janvier, l’IRD a été dispersé au sein du CNRS : est-ce que le CNRS, qui est dans une vraie difficulté financière, va continuer à financer ces projections ? Si ce n’est pas le cas, des dizaines d’années de partenariats vont s’écrouler du jour au lendemain. Ce n’est pas la même ampleur mais on voit ce qui s’est passé avec les États-Unis de Trump qui ont, du jour au lendemain, arrêté leurs soutiens financiers. Ça a été catastrophique.

    Vous avez en tête d’autres cas de travaux de recherche ?

    G.B. : L’IRD a des partenariats dans à peu près tous les domaines de recherche, de la maladie du sommeil, la trypanosomiase africaine qui est en phase d’éradication en République de Gambie et est un exemple de réussite, à la gestion des stocks de poissons au Chili autour de la problématique de El Nino, dont le suivi a permis de donner des préconisations sur leur gestion. On peut décliner à la pelle les exemples de travaux issus de collaborations à long terme qui aboutissent à des choses vraiment concrètes.

    Et pour le quotidien des Français ?

    G.B. : J’ai vu mardi qu’un premier cas de virus West Nile dans les Pyrénées-Orientales a été observé. Ce virus de la vallée du Nil en Égypte est transmis par des moustiques. On voit bien qu’avec le réchauffement climatique, ces maladies qui sont travaillées par des unités de recherche de l’IRD depuis des années dans des pays du Sud, arrivent chez nous… C’est ce qui est un peu troublant dans cette volonté de faire disparaître l’IRD sur une base dogmatique, arguant que l’état doit être efficace, qu’il y a deux opérateurs, CNRS et IRD, et qu’il n’en faudrait plus qu’un. Mais il n’y a aucune réflexion et ça se fait au pas de charge. Officiellement, on n’est pas censé savoir que cette fusion arrive mais on l’annonce officieusement pour le 1er janvier. Tous les services administratifs disent « c’est impossible », sauf à aller au chaos.