Tag: Environnement

  • Les candidatures sont ouvertes pour le Prix de l’innovation et de la recherche

    Les candidatures sont ouvertes pour le Prix de l’innovation et de la recherche

    Fort du succès de sa première édition, le Prix de l’innovation et de la recherche du Var revient pour une deuxième édition, en 2026. Son objectif : mettre en avant l’innovation au cœur du territoire et au plus près des habitants, en promouvant ses talents et de nouveaux modèles de développement territorial. Cette action s’inscrit dans la vision plus large du label « Var, terre d’innovation », qui vise à tisser des liens entre politiques publiques, recherche, formation, intelligence artificielle et activités économiques, au service du territoire.

    La campagne de candidature a été lancée le 15 octobre et s’étend jusqu’au 15 janvier. La compétition est ouverte aux étudiants, associations, enseignants-chercheurs, doctorants, vacataires et autres membres du corps scientifique, aux acteurs de l’économie sociale et solidaire et aux collectivités locales. L’idée est ainsi de présenter des projets destinés à « innover pour mieux vivre, produire et comprendre le monde, en améliorant les conditions de vie locales et en accompagnant la construction du Var de demain », décrit le Département, avec une « place prépondérante accordée à l’implication citoyenne ».

    Dotation

    Six prix seront remis, pour une dotation totale de 50 000 euros : les grands prix de l’innovation environnementale, technologique, sociale, le prix thématique « valoriser notre territoire », le prix des collectivités varoises et le coup de cœur du jury. Ce dernier sera composé de six élus départementaux (dont le président), deux représentants universitaires, deux membres de l’administration départementale et trois personnalités qualifiées dans les domaines cités précédemment.

    Les lauréats bénéficieront aussi d’un suivi et d’une exposition propices pour la durabilité de leurs projets et la création de synergies avec d’autres acteurs, à l’image de ceux de l’année dernière. Le prix technologique avait été remporté par « Blue Vital », un patch connecté intelligent développé pour lutter contre la déshydratation des personnes fragiles. Le prix environnemental par la « Super Serre », une serre agricole autonome grâce au stockage d’eau de pluie et à la production d’électricité photovoltaïque, et le prix social par « Thiercelieux », un tiers-lieu social et citoyen au sein de la Communauté de Communes Lacs et Gorges du Verdon, gratuit et ouvert à tous.

  • Un Cezanne trop polluant pour les Pennes-Mirabeau

    Un Cezanne trop polluant pour les Pennes-Mirabeau

    Pour cette fois, Cezanne fait mauvaise impression. Depuis le 22 septembre et l’ouverture de l’enquête publique sur ce projet de centre de données porté par le groupe japonais Telehouse aux Pennes-Mirabeau, les avis négatifs des habitants se multiplient sur le registre dématérialisé disponible en ligne. Après avoir vu les data centers essaimer dans l’enceinte des bassins Est du grand port maritime de Marseille – le dernier porté par Digital Realty doit être livré fin 2026 à la place de l’ancien silo à sucre – les pouvoirs publics ont en effet décider de repousser les futurs projets en périphérie de la cité phocéenne.

    Ainsi c’est sur une parcelle de 6 hectares implantée en bordure de l’A7, à proximité de la zone de l’Anjoly, que Telehouse veut construire ces huit bâtiments, de deux étages chacun, avec à chaque fois deux salles de serveurs informatiques accompagnés leurs locaux techniques et de batteries, pour une puissance de 6 mégawatt par bâtiment. À cela il faut encore ajouter des bureaux, les groupes électrogènes, des cuves enterrées, les parkings avec leurs ombrières photovoltaïques… Soit au total, quelque 22 000m² aux trois quarts dédiés aux salles de serveurs. Un chantier qui doit démarrer au deuxième trimestre 2026, pour s’achever à l’horizon 2030 avec la création d’une sous-station électrique par le gestionnaire public du réseau RTE.

    Réseau de chaleur prévu

    Pour économiser l’énergie, le projet promet que les six groupes froids installés en toiture de chaque data center utiliseront directement l’air extérieur quand les températures seront inférieures à 12°C afin de refroidir les circuits d’eau. La chaleur fatale des serveurs informatiques devrait quant à elle être mise à profit : « La commune est totalement favorable à ce que ce projet intègre la réalisation d’un réseau de chaleur », confirmait ainsi le maire (DVG) Michel Amiel dans un courrier daté du 27 janvier dernier, indiquant que la Métropole était prête à apporter un appui en ingénierie. « La commune des Pennes-Mirabeau sera particulièrement attentive à ce que ce projet d’envergure s’inscrive dans une approche aussi vertueuse que possible sur le plan environnemental », insistait-il alors. Une promesse formulée dès le printemps 2024 par le porteur de projet qui au moment du sommet Choose France promettait de construire des data-center « écoresponsables » (notre édition du 14/05/2024), et qui s’engage aujourd’hui à n’utiliser que de l’électricité verte, et du biocarburant pour les générateurs de secours.

    Pas de quoi convaincre l’Agence régionale de santé. Dans son avis rendu le 10 juin dernier, celle-ci s’alarme : « Les concentrations mesurées en PM10 [particules fines, Ndlr.] et N02 [dioxyde d’azote] dans l’air dans la zone d’influence de la future activité sont supérieures aux valeurs limites réglementaires en certains points. » Cela alors même qu’une école est située à 170 mètres. Et de demander de « revoir le projet ». « Le point d’échantillonnage n’est pas situé à proximité de cibles potentielles », répond le porter de projet, indiquant que cette pollution est liée aux groupes électrogènes de secours qui ne seront utilisés que moins de 500 heures par an. Une prochaine réunion publique se tiendra le 10 décembre, avant la clôture de l’enquête le 22 décembre.

  • Les têtes de cochon d’Isabelle Alary

    Les têtes de cochon d’Isabelle Alary

    Là, ils sont à fond », lance l’éleveuse devant une demi-douzaine de cochons enchevêtrés qui se dorent la panse au soleil. Nul besoin de passer des heures aux côtés des « cochons des garrigues » pour s’apercevoir qu’Isabelle Alary chouchoute ses bêtes. Entre les clôtures, « Roussette » qui a « un caractère de cochon », « Copain  », « la maigre » ou encore « Guimauve » qui est « obligé d’envoyer ses grandes oreilles en arrière pour y voir » sont qualifiés « d’usine à bêtises ». Tous n’ont pas de nom mais tous ont droit à des caresses et à l’attention de leur propriétaire. « Tous les jours, je me prends au moins deux ou trois fous en les observant. Ils sont aussi très câlins. Je ne saurais pas comment l’expliquer mais il y en a que je ne pourrais jamais tuer », précise l’agricultrice qui ajoute : « quitte à élever les bêtes pour qu’elles soient tuées, autant qu’elles soient heureuses ».

    De sa première activité, Isabelle Alary a hérité l’attention pour le bien-être animal. La Pompignacaise a en effet proposé pendant 28 ans la découverte des sentiers du territoire à dos de chevaux. Mais en 2017, elle abandonne cette activité pour se tourner vers l’élevage de porcs. « Il y avait moins de boulot et j’avais perdu la niaque pour les balades. Je voulais aussi faire de l’élevage nourricier  », se remémore-t-elle. Il y a huit ans, il a donc fallu repenser l’exploitation, changer les clôtures et construire des mares dans chaque enclos… 150 cochons ont alors été accueillis sur les 10 hectares de la ferme. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 80, répartis par vingtaines dans des enclos de près de deux hectares. Les cochons ont donc tout l’espace nécessaire pour s’épanouir. « Dans l’industrie, il y a 0,75 m2 par porc », s’insurge l’éleveuse. Car s’il y a bien quelque chose qu’Isabelle Alary aime encore moins que les végans, ce sont les industriels du secteur : « Seulement 1% des porcs sont élevés en plein air en France. Quand on achète 250 grammes de lardons au supermarché, on achète 250g de misère ».

    En coopérative à l’abattoir du Vigan

    Au milieu de la visite, son téléphone sonne. « Il ne me reste que des côtes et de l’échine », lance-t-elle dans le combiné. Le vendredi après-midi et le samedi matin, Isabelle Alary tient en effet une petite échoppe où elle réalise de la vente directe qui l’oblige à prendre des commandes toutes les semaines. Si elle peut s’adapter aux clients, c’est qu’elle s’occupe également de l’abattage. En effet, depuis 2017, l’abattoir du Vigan, l’un des plus petits de France, est géré par les éleveurs du territoire soucieux de préserver un outil indispensable.

    Isabelle Alary rejoint donc les éleveurs réunis en coopérative tous les mardis (seul jour de la semaine où l’abattoir fonctionne) au Vigan, où elle est en charge de la pesée : « Je ne pouvais pas m’occuper de tuer les bêtes, c’était impossible pour moi. La pesée, c’est très physique car il faut porter les carcasses. Mais c’est intéressant parce que nous, les agriculteurs, sommes seuls dans un coin et là on se retrouve en équipe, responsables d’une structure. Il y a une éthique et il n’y a pas de cadence à respecter. On prend le temps pour que tout se passe au mieux  ». Surtout, cette diversification dans son activité lui a permis de se perfectionner comme éleveuse : « J’ai appris énormément de choses. Malheureusement, on voit aussi les mauvaises pratiques de certains de nos collègues avec des bêtes qui ne sont pas en bon état ».

    800 euros de retraite ?

    Tous les jours, Isabelle Alary doit faire face à des galères. Quand ce n’est pas la menace d’incendie, des clôtures coupées ou les retards de paiement, l’éleveuse doit affronter chaque été la sécheresse. « S’il n’y a pas de mare, les cochons meurent parce qu’ils ne transpirent pas ». Sauf que dans son coin de garrigues, elle ne dispose que d’eau de la ville, bien plus chère que l’eau agricole.

    Un coût non négligeable qu’il faut ajouter aux nombreuses normes à respecter. « Les normes, ça nous tue », confirme-t-elle. Isabelle Alary a en effet reçu la visite de vétérinaires pour contrôler l’exploitation. « J’ai passé la visite mais on m’a fait la remarque qu’il faudrait que j’aie une place quand un petit est malade. Mais quand ça arrive, le petit est dans la maison avec moi, nourri au biberon », raconte-t-elle. Si les exploitations de porcs ne sont pas soumises aux aides de la Pac (Politique agricole commune), Isabelle Alary avait de toute façon arrêté depuis longtemps de réclamer ces aides européennes. « À l’époque, avec les chevaux, j’avais payé quelqu’un de la chambre d’agriculture 180 euros de l’heure pour me remplir le dossier. Et un mois après, j’ai eu un contrôle. Un point avait été mal rempli dans le dossier donc j’ai dû payer une amende de 1 000 euros ».

    Elle est également remontée face au manque de soutien et de considération de l’État pour la profession. « Ce n’est pas pour rien s’il y a des manifestations et que les agriculteurs montent jusqu’à Paris. J’ai eu trois enfants, j’ai travaillé jusqu’à dix jours avant l’accouchement. Je travaille tous les jours. Et je ne sais pas si je vais toucher 800 euros de retraite par mois », s’inquiète l’éleveuse. Une maigre récompense donc pour une vie de labeur qui ne poussera pas la jeune génération à rejoindre une agriculture humaine et responsable pourtant si essentielle aux terroirs français.

    « Quand on achète 250 grammes de lardons au supermarché, on achète 250 grammes de misère »

  • Grand dérèglement des saisons : le vivant perd sa boussole

    Grand dérèglement des saisons : le vivant perd sa boussole

    Sud de la France, en 2015. Un Prunus s’orne de ses belles fleurs roses… en novembre. Cet arbre fruitier fleurit normalement au début du printemps. « Nous avons reçu beaucoup de témoignages similaires, se souvient Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri, ingénieur de recherche Inrae et directeur de l’unité AgroClim d’Avignon. Nous observions déjà des choses étranges depuis les années 2000, mais l’hiver 2015-2016 a été un moment charnière ». Car le froid de septembre-octobre a été suivi d’une période beaucoup plus chaude en hiver, déclenchant des floraisons inattendues.

    Avec sa collègue Isabelle Chuine, du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier, le chercheur se lance alors dans un recensement des activités saisonnières anormales passées. Les résultats parus dans Scientific Reports sont sans appel : ces événements anormaux depuis 2015 en Europe et dans d’autres pays « sont sans précédent et en lien avec des automnes et des hivers plus doux et des étés plus secs », écrivent les scientifiques qui sont remontés très loin à la recherche d’indices dans des écrits sur le dernier millénaire. « Les témoignages d’événements exceptionnels concernent surtout des épisodes de froid intense », remarque Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri. Quelques mentions de floraisons automnales ou hivernales ont été relevées ici ou là, mais elles restent rares.

    Perte de repères

    La question est maintenant celle de l’évolution future. « Cela devrait s’amplifier sous l’effet du réchauffement climatique », anticipe Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri. Mais de quelle manière ? « Difficile de le prévoir, admet-il. Nos modèles ne sont pas adaptés. Et il nous faut des données pour en élaborer de nouveaux ».

    Les conséquences pourraient toutefois être dramatiques. « Un arbre fruitier qui fleurit à l’automne ou en hiver ne fait plus de fleur au printemps suivant, avertit le chercheur. Il a besoin de temps pour renouveler ses ressources ». Ce qui aurait un impact sur la productivité des arbres fruitiers, des vignes, etc. Mais aussi sur le reste de l’écosystème qui en dépend : les insectes, les oiseaux et autres mammifères. Exemple avec les oisillons qui naissent au printemps, quand apparaissent les chenilles, qui apparaissent elles-mêmes quand les feuilles des arbres sortent.

    La question de la survie des espèces végétales se pose également. « Dans notre climat tempéré méditerranéen, elles ont besoin du froid », indique Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri. C’est le signal, avec la baisse de la luminosité à la fin de l’été, qui indique qu’il faut se préparer pour l’hiver. Et la fin du froid signale le moment de sortir de la « dormance ». Mais toutes les espèces n’ont pas les mêmes besoins en froid. « C’est une question à laquelle les producteurs sont déjà confrontés en Italie et en Espagne au moment de planter des nouveaux arbres, note-t-il. Cela commence en France ».

  • Le contournement sud de Nîmes coupe court à la forêt

    Le contournement sud de Nîmes coupe court à la forêt

    Le bruit des tronçonneuses a remplacé le chant des oiseaux, la semaine dernière, près de la Forêt des enfants au Mas de Ville. Là où les écoliers nîmois plantent chaque année de jeunes arbres, plusieurs dizaines de peupliers ont été coupées pour faire place à la seconde tranche de la voie urbaine sud, entre le stade Kaufmann et l’autoroute A9. Un chantier censé fluidifier la circulation, mais qui suscite un vent de contestation.

    Pour Jacques Sarda, du collectif Nîmes en transition, la scène a eu des airs de désastre écologique. « Le mercredi, il y avait encore 70 peupliers sur les deux bords. Le lendemain, ils étaient tous tombés, et le surlendemain, réduits en copeaux », raconte-t-il, amer. Selon lui, certains de ces arbres, hauts et robustes, avaient « un demi-siècle d’existence ». « Ce n’est pas du défrichement, c’est du déboisement », insiste-t-il.

    « Un climatiseur naturel pour tout le quartier »

    L’expression est devenue le symbole de la colère des militants. « Ces arbres formaient un véritable climatiseur naturel pour tout le quartier. En plein réchauffement climatique, on fait l’inverse de ce qu’il faudrait  », poursuit Jacques Sarda. Le collectif dénonce un projet « pensé pour les voitures, pas pour le vivant », et juge qu’il ne répond plus à l’urgence écologique de 2025. Car ce chantier n’est pas nouveau. Validée dès 2010, la voie urbaine sud doit relier la route de Beaucaire à la Ville active, en longeant le boulevard Allende. Objectif : désengorger un axe saturé par 30 000 véhicules par jour. Longue de 2,5 km, cette portion doit notamment traverser le quartier du Mas de Ville et rejoindre la rue Bompard. Pour la Ville, il s’agit d’un aménagement d’intérêt public : un maillon attendu pour fluidifier la circulation entre l’est et l’ouest de Nîmes. Mais pour les associations environnementales, l’époque a changé. « Ce projet a été conçu avant les canicules à répétition, avant la crise climatique actuelle », souligne un membre du Groupe national de surveillance des arbres. « On détruit aujourd’hui un îlot de fraîcheur qui ne sera pas reconstitué avant des décennies. »

    Face aux critiques, la municipalité tente d’apaiser les esprits. L’adjointe à l’environnement, Chantal May, assure que « la Forêt des enfants ne sera pas impactée par les travaux ». Elle détaille un plan de compensation écologique « conforme aux prescriptions de la DDTM et de la Dreal », prévoyant 170 arbustes sur les 800 mètres du tronçon actuel, 3 500 végétaux au total et 5 000 m² d’espaces verts supplémentaires. Elle rappelle également la mise en place d’un suivi écologique : « Nous avons un écologue missionné et deux sites de compensation : 40 hectares au domaine d’Escattes sur 50 ans et 4 hectares aux Lauzières sur 90 ans. » Concernant les troncs laissés sur place, l’élue précise que « ce n’est pas un abandon, mais une démarche écologique : laisser la faune s’approprier temporairement ces amas de bois avant leur retrait  ».

    Pourtant, sur le terrain, le contraste entre la zone rasée et les jeunes pousses de la Forêt des enfants reste saisissant. Les défenseurs du projet invoquent la mobilité et la sécurité ; ses détracteurs, la biodiversité et la fraîcheur urbaine. Deux visions de la ville qui s’affrontent, à l’heure où chaque arbre devient un enjeu politique. Au cœur de la controverse, une question persiste : jusqu’où faut-il aller pour adapter la ville au trafic automobile sans sacrifier ses poumons verts ? À Nîmes, le débat semble à peine commencé.

  • Thierry Antoine : « Béziers mérite mieux que l’extrême droite »

    Thierry Antoine : « Béziers mérite mieux que l’extrême droite »

    Toutes les semaines dans La Marseillaise, nous invitons une personnalité des départements du Gard ou de l’Hérault à répondre à nos questions. Ce vendredi, Thierry Antoine, revient notamment sur la gestion par l’extrême droite de Béziers.

    Quel est votre parcours  ?

    Thierry Antoine : Je suis né dans le nord-est de la France et je suis arrivé à Béziers il y a 25 ans. Je suis bibliothécaire et j’ai toujours été sensible aux questions écologiques, aux questions sociales. La victoire de Robert Ménard a agi comme un électrochoc. C’est là que j’ai commencé à m’engager politiquement. J’ai vu que j’avais bien fait et qu’il fallait continuer parce qu’il faut absolument à Béziers un autre discours que celui de l’extrême droite. Parce que Béziers est une ville super attachante, mais c’est une ville qui est aussi en grande difficulté sociale pour presque la majorité des habitants. Elle mérite mieux qu’une politique d’extrême droite qui ne règle aucun problème.

    Parcours

    Printemps de Béziers

    Au vu du poids de l’extrême droite dans la ville, l’union de la gauche était nécessaire ?

    T.A. : Oui, on a vécu la désunion lors des dernières élections. Il n’est pas interdit d’apprendre dans la vie. On s’est tous rendu compte, je crois, qu’on s’était focalisé en réalité sur les différences qu’on avait entre nous alors qu’elles ne sont pas si nombreuses que ça et surtout on peut largement les mettre de côté quand on regarde ce qui nous rapproche et ce contre quoi on doit lutter ensemble. C’était mon premier mandat de conseiller municipal d’opposition donc ça m’a tout de même permis de gagner en compétence et de travailler avec les autres conseillers municipaux d’opposition, je pense notamment à Nicolas Cossange. On a bien vu au cours de ces années qu’on poussait dans le même sens et on s’est dit qu’il fallait continuer comme ça, c’est la solution.

    Seule LFI manque à l’appel, les tractations continuent ?

    T. A. : Pour l’instant, on les a reçus, on leur a écrit plusieurs fois, on continue à se croiser dans les manifestations, les mobilisations. Je crois que le problème n’est pas forcément local avec LFI. Je ne sais pas qui a les clés pour déverrouiller la situation. Moi, ce que je sais, c’est qu’il y a des gens très bien chez LFI et qu’il y a une capacité de travailler avec eux. Les modalités, on verra bien. C’est à eux qu’il faut poser la question, la balle est dans leur camp. On a réussi à faire l’union avec neuf partis, ce n’est pas facile tous les jours, c’est normal, c’est comme ça. Et ça marche bien même avec des différences, etc. On continue à être ouverts, c’est la démarche de toute façon du Printemps de Béziers et on la garde jusqu’au bout.

    Ménard

    Depuis son arrivée, l’état de Béziers n’a cessé de se dégrader…

    T. A. : Si on excepte les allées et une partie de l’hypercentre, qui a été refait à neuf, le reste continue à se paupériser, à cumuler les difficultés. Il y a des difficultés au sein des familles, le trafic de drogue s’installe, l’habitat se dégrade, on voit bien la spirale dans laquelle certains quartiers sont en train de s’enfoncer. Face à cela, il y a une réponse qui n’est même pas sécuritaire parce que ça ne marche pas, il y a une réponse de communication.

    Vous l’appelez d’ailleurs le maire de BFM car il est plus occupé à soigner sa com’ ?

    T. A. : Je me dis « tiens, j’ai croisé le maire de BFM à Béziers ». On le voit plus souvent sur BFM que sur Béziers. Pour moi, ça rejoint la question de la brigade anti-stups, on est vraiment dans l’illustration parfaite. Une partie de la police municipale va être spécialement dédiée à la lutte contre les dealers, mais ils ne peuvent rien faire, ils n’ont pas le droit d’enquêter, ils vont juste être là pour essayer de les déranger. Ce qui ne sert à rien, tout le monde le reconnaît même les policiers nationaux, le procureur. C’est l’illustration parfaite de l’œuvre politique de Robert Ménard, des mesures qui ne servent à rien, mais qui plaisent à une partie de la population. Je trouve que c’est assez terrible, c’est vraiment une vision particulière du mandat politique. C’est-à-dire que Ménard n’est pas là pour essayer de régler les problèmes, il est là pour servir des mesures qui vont plaire à une partie de la population, notamment ses électeurs. C’est son seul objectif.

    Comment expliquer la dichotomie entre cette demande des citoyens et ces politiques publiques mises en place ?

    T.A. : Malheureusement, ce n’est pas nouveau que les politiques soient en retard sur l’évolution de la société, on l’a vu dans plein de domaines. Sur l’écologie, je pense que c’est pareil, avec une couche supplémentaire, c’est que l’écologie devrait être, et c’est, un outil formidable pour les classes moyennes et populaires. C’est une manière à nouveau de réclamer des droits, de la redistribution, de réclamer tout simplement un partage, pas des richesses produites mais un partage de la qualité de vie. Mais avec un gouvernement macroniste, ce n’est pas forcément ce qui est souhaité. Ce qui me met hors de moi : l’écologie dite « bobo », ce n’est absolument pas vrai. À Béziers, si on isolait les logements et notamment les logements sociaux, c’est un gain direct sur la facture d’énergie pour les gens. C’est un outil vraiment au service des classes moyennes et populaires. Les gens qui se moquent de l’écologie ou qui expliquent que ce n’est pas réaliste sont ceux qui vivent dans des logements isolés et qui mangent bio. Même chose pour la lutte contre le changement climatique. Les gens qui gagnent 5 000 euros par mois, ils sauront se protéger contre la chaleur.

    Écologie

    T.A. : Béziers est une ville moyenne. On a un groupe de militants qui est raisonnable mais pas comparable à ce qu’on trouve à Toulouse ou à Montpellier. Par contre, on a pas mal de militants dans les villages et notamment dans le Piémont-Biterrois. Ce sont parfois des néo-ruraux avec une vision un peu différente de la vie rurale, qui nous apportent beaucoup, on aurait tout intérêt à écouter ces gens-là et à travailler différemment. Je pense que c’est vraiment une des forces et un des axes de développement de l’écologie dans les villages et les petites villes.

  • L’impact écologique du contournement de Martigues inquiète

    L’impact écologique du contournement de Martigues inquiète

    Le projet dormait depuis plus de cinquante ans. La décarbonation et le développement de la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos-sur-Mer aura permis son réveil. Le 30 juin, le contournement autoroutier de Martigues et de Port-de-Bouc devenait enfin concret avec la signature du protocole de financement, allouant 167 millions d’euros à la construction de cette nouvelle infrastructure. L’objectif : délester la RN568, qui voit quotidiennement passer près de 50 000 véhicules, dont près de 10% de camions, et mieux desservir la ZIP, puisque les dernières projections montrent une croissance attendue de 30% du trafic poids lourds, à horizon 2030.

    S’il était attendu, le projet ne fait pas pour autant l’unanimité au sein de la population. Ouverte le 29 septembre, l’enquête publique organisée jusqu’au 29 octobre en est la preuve. Plusieurs points d’inquiétude reviennent sur la table. D’abord, son effet sur la pollution. « Plus de routes équivaut à plus de voitures, ce qui implique une augmentation des émissions de CO2 et de polluants atmosphériques, donc davantage de problèmes de santé pour les habitants », écrit Audrey Juste sur le registre.

    Des alternatives sous-exploitées

    Mais c’est avant tout l’impact environnemental de cette infrastructure qui cristallise les oppositions. FNE 13 souligne la consommation de « 84 ha d’espaces naturels, agricoles et forestiers, et ce en complète contradiction avec l’objectif d’une réduction drastique de l’artificialisation des sols », avec une zone impactée comportant une « grande diversité d’habitats naturels, dont certains sont à fort ou très fort enjeu de conservation ». Éric Brunet, un habitant de Martigues, ajoute : « La proximité de zones humides sensibles, comme l’étang du Pourra, accentue également les risques de perturbation des écosystèmes. » Alternatiba affirme : « Avec une demande de dérogation à l’interdiction de destruction de 105 espèces protégées, le projet aurait un impact réel. »

    Les opposants au contournement autoroutier revendiquent un changement de paradigme et la recherche d’alternatives, notamment ferroviaire, une solution sous-exploitée, selon FNE 13. Alternatiba assène : « Alors que les déplacements domicile-travail en voiture sur l’Ouest Étang de Berre atteignent les 90%, que 95% des déplacements spécifiquement sur la ZIP sont en véhicule en 2021 contre 86% en 2006, il est plus que temps d’engager un programme de création de réelles offres de transports publics et de développement d’un réseau de pistes cyclables en site propre sur notre territoire. »

  • Le Mucem défend ses liens avec Digital Realty

    Le Mucem défend ses liens avec Digital Realty

    Mis en cause depuis plusieurs mois pour son partenariat avec Digital Realty, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée a finalement réagi sur son site. « L’absence de rigueur dans les accusations portées jette injustement le discrédit sur l’exigence éthique de notre programmation », se défend le Mucem. Dans une pétition lancée le 30 septembre, 16 artistes et chercheurs mettent en exergue les liens du géant des centres de données avec la société israélienne Mivne ainsi que son impact environnemental. Et appellent donc à rompre les liens avec « une entreprise toxique et complice de la colonisation des territoires palestiniens ».

    « En tant qu’administration de l’État, nous n’avons aucune raison de casser ce partenariat, explique le responsable du mécénat au Mucem, Ariel Kenig. Rien ne contrevient ni au droit, ni aux conventions qui nous lient à ce mécène. » Et de déplorer « cette situation qui ne rend pas justice ni à notre programmation, ni à notre mission ». Face à la mobilisation, raconte-t-il, le Mucem a tenu à rester ouvert au débat, et un échange a été organisé début septembre avec les collectifs mobilisés. L’occasion de rappeler que le projet de data center de Digital Realty à Tel Aviv n’est qu’au stade du permis, avec une participation de 25% dans une coentreprise, sans transfert d’argent donc vers Mivne. S’il avait été situé dans les territoires occupés, « nous aurions cassé le partenariat dans la seconde », assure Ariel Kenig. Quant à l’impact environnemental, « nous suivons la charte de mécénat du ministère de la Culture », glisse-t-il. Et d’indiquer que si Digital Realty est l’un des trois premiers mécènes du Mucem, les 37 entreprises partenaires ont apporté 1,5 million d’euros en 2024, sur 26 millions d’euros de recettes.

  • Vers un classement en site de la Sainte-Baume pour la protéger

    Vers un classement en site de la Sainte-Baume pour la protéger

    Lancée le 6 octobre, l’enquête publique se déroule dans les communes suivantes : Auriol, Gémenos, Roquefort-la-Bédoule et Roquevaire dans les Bouches-du-Rhône ; Le Castellet, La Celle, Mazaugues, Méounes-lès-Montrieux, Nans-les-Pins, Plan-d’Aups, Riboux, La Roquebrussanne, Rougiers, Saint-Zacharie, Signes et Tourves dans le Var. Toutes font partie ou sont associées (comme Roquefort-la-Bédoule) au Parc naturel régional de la Sainte-Baume, qui couvre 84 200 hectares dont 80% se situent en espaces naturels. La Sainte-Baume, elle, compte deux points culminants à 1 148 mètres : Signal des Béguines et Jouc de l’Aigle.

    Alors que le siège de cette enquête a été fixé à l’hôtel de ville de Plan-d’Aups, un agent explique : « L’objectif du classement est la conservation, la préservation d’espaces naturels ou bâtis qui présentent un intérêt certain au regard des critères prévus par la loi, artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque. » Il développe : « Conduire une Opération Grand Site, c’est-à-dire une démarche contractuelle entre l’État et les collectivités locales pour la gestion de sites classés à forte fréquentation, vise à restaurer et protéger activement la qualité paysagère, naturelle et culturelle du site. » Il s’agit aussi « d’améliorer la qualité de la visite, stationnement, circuits, information, animations, dans le respect du massif de la Sainte-Baume ».

    Bien commun

    Sans oublier « favoriser le développement social et économique dans le respect des habitants ». Il ajoute : « L’Opération Grand Site (OGS) aboutit à un programme d’études et de travaux qui permettra à terme de prétendre au label Grand Site de France qui a une durée de six ans. »

    Si, en effet, le massif de la Sainte-Baume était classé au titre des sites, trois interdictions s’imposeraient : la création d’aires de camping ou de caravaning, la publicité, l’implantation de pré-enseignes et le déploiement de nouvelles lignes aériennes. « Le classement est un outil de protection sur le long terme. À travers celui-ci, l’État accompagne nos territoires pour préserver le paysage de toute évolution qui porterait atteinte à ce bien commun et encourage des aménagements de qualité », développe l’agent.

    Une fois le site classé, des contraintes supplémentaires s’appliqueraient. Par exemple, une procédure d’autorisation pour les particuliers désirant faire des travaux de rénovation. Pour donner son avis, le public peut, par exemple, consulter le registre* dématérialisé de l’enquête.

  • Ehotil transforme nos urines en or agricole

    Ehotil transforme nos urines en or agricole

    « Une matière première riche et sous-exploitée. En la valorisant, nous pouvons alléger le poids des stations d’épuration, réduire les engrais de synthèse et renforcer les usages pour l’agriculture durable », est convaincu Emmanuel Morin, cofondateur, avec Stéphane de Lacroix de Lavalette, et directeur général d’Ehotil. Pour enrichir les cultures, crottin de cheval, fumier de lapin, purin ou lisier, c’est bien. Mais l’urine humaine, c’est le top, a déjà démontré le programme de recherche Ocapi, lancé en 2014 « et avec qui on travaille », précise Stéphane de Lacroix de Lavalette. L’idée se démultiplie. Toopi organics, start-up girondine, a gagné le respect de l’Adème : depuis 2019, elle installe des urinoirs sans eau dans des lieux publics et a collecté 1,2 million de litres d’urine. Ce volume est utilisé pour produire un biostimulant par fermentation, permettant de fertiliser 45 000 hectares de terres agricoles.

    Des toilettes aux champs

    Dans leur laboratoire du boulevard de Plombières, les Marseillais attaquent la phase de test de leur procédé de production d’engrais liquide par filtrage au charbon, développé en partenariat avec l’AMU. Quelques cuves de mille litres, issus des urinoirs de Marsatac, sont stockées dans l’ancien entrepôt commercial en attendant leur traitement. Déjà à l’origine d’Ecodomeo, qui vend depuis 2009 des toilettes qui séparent urines et matières fécales « jusque dans un temple bouddhiste népalais », par soucis d’économie d’eau potable, Emmanuel Morin pousse la chaîne vertueuse jusqu’aux champs. « En un mois de repos l’urine s’autostérilise, indique Stéphane de Lacroix de Lavalette, puis 3 semaines sont nécessaires à sa purification. »

    Un procédé qui ne demande « quasiment que de l’air », précise le jeune président devant des machines à analyser les teneurs en azote, ammoniac ou nitrate. Prochaine étape : le test sur sols agricoles pour la certification européenne et la commercialisation de l’engrais.