Tag: Environnement

  • La Ville préempte la maison de retraite du Roy d’Espagne

    La Ville préempte la maison de retraite du Roy d’Espagne

    Un projet municipal se dessine pour sauver de la démolition la résidence senior du Roy d’Espagne fermée il y a un an et demi après le départ contraint des derniers résidents. La Ville de Marseille a officialisé, mercredi, sa décision de préempter l’emprise foncière en shuntant le promoteur Sifer qui attaque le refus de permis.

    « La Ville de Marseille souhaite porter un projet de résidence autonomie de nouvelle génération, s’inscrivant pleinement dans l’évolution des politiques de prévention et d’accompagnement du vieillissement », annonce dans un communiqué la municipalité qui entend ainsi « préserver une offre de résidence à destination des seniors, particulièrement ancrée dans ce quartier ». L’opérateur sera son centre communal d’action sociale (CCAS). L’école voisine devant être rénovée, la mairie souhaite l’intégrer au projet pour faire « émerger un pôle intergénérationnel en lien avec la communauté scolaire ». Pour ce projet ambitieux, elle espère la collaboration du Département, « seule autorité compétente pour attribuer les agréments de résidence autonomie ».

    C’est un immense soulagement pour le Collectif Roy d’Espagne très mobilisé. « C’est la solution idéale qui était dans nos rêves. On échappe à un projet immobilier dévastateur », réagit Perrine Seghier. « Je suis extrêmement satisfaite. C’est un positionnement fort et volontariste de la Ville pour préserver les services publics et prendre soin de ce quartier », déclare Olivia Fortin, la maire des 6-8 qui invite à se rappeler que « ces bâtiments rénovés avec de l’argent public et évacués de leurs résidents devaient être démolis sur des principes financiers au bénéfice d’un projet immobilier de standing qui avait soulevé l’indignation des habitants du quartier ». Elle est confiante pour la suite. « On va tout faire pour que les choses avancent et mettre en place un service public qui maintient les équilibres de ce quartier. Nous allons construire avec le CCAS un projet intergénérationnel avec l’école voisine. »

    Sifer Promotion avait conclu il y a deux ans une promesse de vente pour démolir et construire 125 logements de standing. Pour sécuriser l’opération, il avait avancer 3 millions d’euros à l’Entraide en grande difficulté. Le refus de délivrance opposé par le service de l’urbanisme le 23 avril dernier d’un permis a tout fait capoter. Sifer a fait une nouvelle offre à L’Entraide qui l’a acceptée d’où la déclaration d’intention d’aliéner transmise le 1er septembre en mairie. La Ville de Marseille a saisi cette opportunité pour préempter pour un montant qui n’est pas encore précisé. Dans un récent entretien accordé à La Marseillaise, Hervé Cilia, le président du groupe Entraide en redressement judiciaire estimait à 12 millions d’euros la valeur de la parcelle de 12 720m² qui comprend six bâtiments d’habitation et un centre médical.

    Déféré préfectoral

    La voie est-elle aussi dégagée pour la Ville ? L’avenir le dira. Car avant de partir, le préfet de région Georges-François Leclerc a laissé une surprise dans un tiroir : un déféré préfectoral. Estimant que le permis déposé par le promoteur respecte parfaitement la réglementation et le PLUi, il a saisi le 15 octobre le tribunal administratif d’une requête en annulation du refus de permis, ses services estimant le projet de 125 logements bien intégré à son environnement. Un soutien de poids pour Cyril Simon, le directeur général de Sifer Promotion, qui confirme à La Marseillaise « avoir effectivement contesté le refus de permis de construire ». Que se passera-t-il si le juge administratif venait à annuler le refus de permis ? Peut-être rien si la Ville réussit à finaliser sa préemption.

    « C’est un positionnement fort et volontariste
    de la Ville »

  • Être parrain d’un flamant rose en Camargue

    Être parrain d’un flamant rose en Camargue

    Adopte un flamant ». C’est l’opération à la fois très ludique et ô combien pédagogique lancée par cet institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes afin de sensibiliser le public à cet enjeu tout en les familiarisant avec cette espèce emblématique.

    Pour une somme assez modique, allant de 25 à 100 euros par an, selon la formule, le curieux ou passionné peut devenir « le parrain » d’un flamant rose. La tour du Valat donne quelques exemples, lors du choix, de la variété des flamants roses peuplant la Camargue, entre les « sédentaires », qui n’ont jamais mis une patte en dehors de ce territoire, et d’autres, très « aventuriers », habitués aux grands voyages « aux quatre coins de la Méditerranée ». Et de donner l’exemple d’Indiana, né en 1990 et qui, d’après sa bague, a parcouru plus de 13 500 kilomètres… Le site dédié permet de « parrainer » un flamant ou d’offrir un parrainage.

    « En parrainant un flamant rose, c’est l’espèce tout entière que vous aidez, mais aussi ces milieux humides qu’ils affectionnent tant », expliquent les protagonistes de l’opération. « La Tour du Valat et tout un réseau d’observateurs s’étendant à l’échelle de la Méditerranée pourront ainsi poursuivre leurs efforts pour la sauvegarde de l’espèce », poursuivent-ils.

    Suivre à la trace

    « Le parrainage se traduit par une participation directe à l’étude et à la protection des flamants roses en finançant entre autres les activités de suivi des populations ainsi que l’achat du matériel nécessaire pour les observateurs d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest et du Moyen-Orient », poursuit la structure. Et de préciser que « la lecture des bagues, posées sur les pattes des flamants est difficile et elle est parfois faussée par la mauvaise qualité du matériel ». La paire de jumelles donne des résultats très mitigés à comparer à ceux d’un télescope, « avec lequel l’observation et la lecture peuvent se faire jusqu’à une distance de 300 mètres ».

    Pour donner une échelle des observations, « plus de 800 000 lectures de bagues ont été effectuées depuis 1977 », renseigne le centre de recherche, le tout réalisé par quelque 5 900 personnes différentes. Près de 70 000 flamants roses ont été bagués depuis 1977, dont plus de 27 000 en Camargue.

    La tour du Valat est devenue au fil des décennies une véritable institution en Camargue.

    Luc Hoffmann, docteur en biologie, cofondateur du WWF, a fait l’acquisition du vaste domaine de la Tour du Valat en 1948 « avant de créer en 1954 une station biologique éponyme », rappelle la structure dans une note biographique sur son fondateur. Le domaine s’étend sur plus de 2 500 hectares, dont 1 845 hectares classés en Réserve naturelle régionale.

    Pour tout renseignement : tourduvalat.com

    Pour parrainer un flamant : mon flamant.com

  • Combiner engagement et culture, le défi du 2030 festival à Montpellier

    Combiner engagement et culture, le défi du 2030 festival à Montpellier

    Fort du succès de ses deux premières éditions, le 2030 festival entend s’imposer un peu plus dans le monde culturel montpelliérain en revenant dans la capitale héraultaise, du 30 novembre au 7 décembre. Un « nouvel acte » faisant toujours la part belle au festivalier puisque ce dernier est au cœur de la manifestation. « En 2023, lors de la première édition, on avait fait le constat qu’il y a plein de lieux, de structures, d’associations, de personnes engagés sur des sujets écologiques, sociétaux, de solidarité. Mais il n’y avait aucun événement qui réunissait toutes ces personnes pour se donner de la force. L’idée de ce festival était de co-construire ensemble avec des personnes et des structures de la ville », souligne Jean-Paul Deniaud, cofondateur du festival.

    Cette troisième édition pousse la coopération un peu plus loin. « On a construit la programmation avec des associations de Montpellier. On leur a demandé à chacune de se dire : qu’est-ce que ça donnerait si vous donniez le meilleur de vous-même au même moment, pendant une semaine dans différents lieux de la ville ? Et en fait c’est vraiment ça le projet du 2030 Festival, c’est à l’inverse d’un festival classique de production verticale où on vient chercher des moyens supplémentaires, des financements extérieurs », fait valoir Jean-Paul Deniaud. Par ces actions, le but affiché de ce festival célébrant l’engagement citoyen est de laisser une trace durable, un impact réel sur Montpellier. « Si on réussit, on arrête le festival en 2030 », promet le cofondateur.

    Et pour marquer durablement son empreinte sur le territoire de Montpellier, le 2030 festival célèbre la semaine de l’engagement du 1er au 5 décembre.

    Yann Tiersen invité

    « On a proposé cette année des formulaires d’inscription pour que des personnes proposent des activités en lien avec l’écologie, le social ou la culture. Il va y avoir des ateliers, des balades et visites. On repropose cette année notamment la balade philosophique dans les Jardins des Plantes [le 2 décembre, Ndlr] avec Denis Nespoulous et Guillaume Bagnolini, deux chercheurs, pour aller à la rencontre de la nature mais de manière double, à la fois très scientifique et philosophique », détaille Pierre Kimpe, coordinateur du 2030 festival. Également au programme, des ateliers pour apprendre à économiser l’eau (03.12, à 18h) ou une journée découverte de l’agroforesterie avec l’Oasis Citadine (03.12, 10h).

    Cette sensibilisation à l’engagement passe également par la culture. « On est sur un triptyque « mise en action, sensibilisation et célébration », insiste Pierre Kimpe. Pour ce faire, le festival a invité l’artiste engagé Yann Tiersen qui inaugurera cette troisième édition, le 30 novembre à la Halle tropisme. « La musique et la culture en général sont porteuses d’un engagement historique pour certains. Du coup il y a plein de petits moments comme ça qui vont illustrer cette chose-là. Venir écouter Yann Tiersen parler de son engagement, c’est fort. On a aussi besoin d’autre chose que des messages universitaires », soutient Jean-Paul Deniaud. Au vu des deux dernières éditions, la formule semble fonctionner.

    Programmation complète à retrouver sur 2030festival.org.

  • Séché Assainissement 34 : la grève a payé

    Séché Assainissement 34 : la grève a payé

    Depuis le rachat de l’entreprise par Séché Environnement en 2022, les salariés ont vu leurs revenus et leurs conditions de travail décliner. « On n’avait jamais fait grève jusqu’ici, mais nos rétributions ont été considérablement dégradées », confirme Patrice Mandelli, délégué CGT. « Nous avons des heures de travail en moins, des primes avaient été retirées… La direction s’était justifiée par une perte d’activité, mais en juin dernier, les trois actionnaires du groupe – le père et ses deux fils – se sont partagés 9 millions d’euros. Nous, on ne veut pas de surplus ; on veut seulement récupérer ce qui a été supprimé ».

    Après une semaine de grève et un dialogue parfois difficile, la mobilisation et la médiation de l’inspection du travail ont fini par payer le mardi 25 novembre dernier. « On a eu gain de cause sur une partie de nos revendications. Nous avons par exemple obtenu le passage de la convention 3D (désinfection, désinsectisation, dératisation) à la convention Assainissement, qui est notre activité principale, et puis la mise en place d’une prime d’intéressement. Nous avons aussi obtenu quelques arrangements, comme le jour de repos qui avait été perdu pour les astreintes et les déplacements », détaille le syndicaliste.

    Pas d’augmentation pour le moment

    La direction a également consenti à payer aux salariés la moitié des jours de grèves, mais pour l’heure, elle n’a pas cédé d’un iota sur l’une des revendications les plus importantes : l’augmentation des salaires ! En effet, depuis 2022, les salariés ont perdu 30 minutes de temps de travail par jour, soit une dizaine d’heures par mois. « Cela représente entre 120 et 150 euros sur la fiche de paie », explique Patrice Mandelli. A ce sujet, la direction renvoie les salariés vers les prochaines négociations annuelles dédiées aux augmentations, qui devraient démarrer en février prochain. « Si on a repris, c’est qu’on a trouvé un terrain d’entente. Pour le reste, nous verrons au prochain combat », poursuit Patrice Mandelli, qui salue une belle mobilisation. Selon lui, près de 95% des 40 salariés étaient bel et bien en grève entre le 18 et le 25 novembre, puisque seuls les personnels administratifs étaient restés à leur poste.

    Cotée au Cac 40 depuis 1997, le groupe Séché Environnement regroupe une cinquantaine d’entreprises en France et 120 à l’international, dont neuf agences dédiées à l’assainissement. Au total, elle dénombre aussi plus de 7300 collaborateurs. Au 31 décembre 2024, le groupe a affiché un chiffre d’affaires contributif de 1 110,4 millions d’euros. Un résultat en progression de + 9,6 % par rapport à 2023…

  • Lunel Collectif et des citoyens contre la déviation de la RN 113

    Lunel Collectif et des citoyens contre la déviation de la RN 113

    « Personne n’est au courant ! » Et pourtant, à quatre mois des élections municipales, le serpent de mer du Lunellois est bel et bien de retour. Vieux de près de 40 ans, il s’agit du projet de déviation de la route nationale 113. Traversant Lunel-Viel et le centre-ville de Lunel, la RN 113 est depuis toujours pointée du doigt pour générer embouteillages, nuisances sonores et insécurité en ville. « Entre les camions, les trottinettes et les trottoirs en mauvais état, les piétons ne se sentent pas en sécurité », témoigne Fatima Khouya, membre de Lunel collectif.

    D’où la volonté des maires aux manettes de déplacer le tracé de cet axe fréquenté au sud de Lunel-Viel et de Lunel. Après des années de silence radio, la préfecture de l’Hérault a relancé le 27 octobre une enquête parcellaire qui vient de se clôturer le 13 novembre. Une fois que le commissaire enquêteur aura rendu son rapport, le préfet pourrait ainsi réactiver le dossier dont certains citoyens ne veulent pour rien au monde.

    Au bord du canal de Lunel bordé de champs, Lise Florès imagine une future route, son pont et ses remblais : « 40 hectares de terres agricoles seraient ici détruites. Or, la loi sur la souveraineté alimentaire de 2025 commande aux maires de développer l’alimentation de proximité », insiste l’écologiste membre de Lunel collectif sur le point de monter une liste aux municipales. À ses côtés, Gilbert Gomez, viticulteur qui craint de perdre des terres, acquiesce. « Je m’étais déjà fait exproprier à l’époque à cause de la station d’épuration qui a pollué tous mes puits. Mon mas a perdu toute valeur. Ils veulent encore me prendre 21 ares, c’est hors de question. »

    Solutions alternatives

    Il n’est pas le seul menacé d’expropriation. Du côté de la RD24 où doit pousser le giratoire ouest, l’un des sept ouvrages d’art que nécessite la dernière version du projet, Laurent Firmin fait grise mine. « Le tracé mange la moitié de ma maison », déplore le gérant d’une société de nettoyage. « Mon entreprise est bien placée, j’ai ma clientèle et ma mère à côté, je n’ai aucun intérêt à partir. »

    Membres de Lunel collectif, d’autres ne sont pas concernés directement mais disent leur attachement au cadre de vie paisible, à la nature. Avec la proximité de la zone de captage des Horts, ils pensent qu’une imperméabilisation supplémentaire des sols serait néfaste. Un argument de plus que recense la pétition déjà signée par 250 personnes.

    Sans nier l’encombrement de la RN 113 – encore qu’ils auraient aimé qu’une étude* récente éclaire le débat public – les opposants sont convaincus qu’une déviation au sud ne réglerait rien. « Il existe un risque d’aspiration des véhicules depuis l’A9 et les camions continueront de venir livrer les magasins en ville », résume Lise Florès. Il existerait d’autres solutions, fait valoir un résident. « Pourquoi ne pas réaménager la route le long du canal de BRL au nord ? J’ai essayé, j’ai traversé Lunel en 6 minutes. » Pour la citoyenne Isabelle Camrous, le plus urgent est de « sécuriser les abords » des cinq écoles qui jouxtent la RN 113. « On pourrait étendre la piétonnisation ou aménager les horaires de passage des camions de livraison. »

    Selon l’écologiste Raphaël Valette, le dossier de la 113 est plus profond. Il révèle l’enclavement de Lunel si l’on excepte la ligne ferroviaire. « Pour aller à Marsillargues, vous avez un bus le matin et un le soir, c’est une galère pour faire ses courses sans voiture. » Rabia Harras, de Lunel collectif, abonde. « Il faut développer les transports en commun. Sinon, quel avenir pour nos enfants ? »

    Enfin, les opposants font valoir un argument financier. Si le Département de l’Hérault, aux finances exsangues, semble ne plus vouloir participer, le projet reste inscrit au contrat de plan État/Région donc soutenu par la présidente de Région, Carole Delga (PS). Problème : le coût du projet de 6,2 km de long (jusqu’à Marsillargues) qui était déjà estimé à 50 millions d’euros il y a dix ans, a probablement explosé. Une chose est sûre : à Lunel, la RN 113 sera l’un des enjeux des municipales.

    * 2 400 véhicules par jour dont 5% de camions selon une étude ancienne.

  • Un colloque juridique pour concilier réindustrialisation et environnement

    Un colloque juridique pour concilier réindustrialisation et environnement

    C’est une première. « Les rencontres de droit et procédure administratives existent depuis longtemps, on est à la 23e édition », précise maître Benjamin Hachem, mais « le partenariat entre le barreau de Marseille, les juridictions administratives et l’institut Robert-Badinter est inédit ».

    Florence Noire, magistrate et représentante de cette dernière organisation, explique : « Le sujet de la réindustrialisation et des enjeux environnementaux nous paraissait être extrêmement important dans l’actualité, et dans l’actualité juridique et contentieuse. » « L’actualité nous a rattrapés, avec la feuille de route pour le développement de Fos et des décisions qui doivent être prises au niveau de l’État vis-à-vis de la ligne haute tension, confirme Benjamin Hachem. On se rend compte qu’on est à un moment décisif au niveau régional et que ces enjeux dépassent le territoire et sont nationaux. »

    Autre nouveauté : le colloque ne se limite pas au champ des acteurs juridiques. « L’idée c’est de proposer une rencontre opérationnelle entre les acteurs du droit, le monde économique et les associations de protection de l’environnement, précise la magistrate. (…) On oppose souvent industrie et environnement mais l’objectif c’est de faire dialoguer des acteurs dont on peut penser qu’ils sont diamétralement opposés dans leurs missions pour transcender la discussion. »

  • La carrière de Murles dans le brouillard

    La carrière de Murles dans le brouillard

    « Ce n’est pas un refus de principe, c’est un refus raisonné. » S’il se dit toujours « ouvert au dialogue », le président Alain Barbe pour qui « la protection de notre environnement doit rester prioritaire », fait partie de ceux qui ont mis un coup de frein au projet de renouvellement (pour 30 ans, échéance le 1er juin 2026) et d’extension de la carrière de Murles, ainsi que de création d’une Installation de stockage de déchets inertes (ISDI).

    Réunis en urgence en conseil communautaire le 10 novembre pour donner leur avis consultatif avant la fin de l’enquête publique (clôturée 12 novembre), les élus du Grand Pic Saint-Loup ont largement rejeté le seul dossier à l’ordre du jour porté par l’actuel exploitant du site dit du Grand Autas : Languedoc Granulats.

    Par 25 voix contre (17 pour, 5 abstentions), le projet de doublement de la surface exploitée (actuellement 43 hectares) a été retoqué. Quant à l’idée d’ajouter une ISDI, c’est carrément une fin de non recevoir (44 contre, 1 pour, 2 abstentions). Un choix tranché qui doit faire la joie du collectif citoyen d’opposants et qu’Alain Barbe justifie sans peine. « Je dois considérer l’équilibre global du territoire. À cette échelle, les garanties environnementales ne nous semblent pas suffisantes. Notre avis défavorable s’inscrit dans une logique de prudence et de responsabilité », pose celui qui est aussi maire des Matelles.

    Plusieurs avis contraires

    Quatre réserves expliquent la réticence de l’intercommunalité à accorder son blanc-seing. D’abord les dispositifs relatifs à la protection de l’eau lui paraissent « insuffisants ». Des contrôles plus rigoureux sont réclamés et la marge (30 mètres de profondeur) vis-à-vis de la nappe phréatique doit être « renforcée ». Alimentée par la source du Lez qui passe sous la carrière, la Métropole de Montpellier avait d’ailleurs émis un avis défavorable.

    Ensuite, la préservation de la biodiversité est mise en avant. Si l’Agence régionale de santé (ARS) a donné son feu vert, l’Autorité environnementale (MRAe) a émis plusieurs réserves et le Conseil national de protection de la nature (CNPN) a rendu un avis défavorable en présence d’espèces protégées (aigle de Bonelli, lézard ocellé…), estimant qu’il n’y a pas de « raison impérative d’intérêt public majeur ».

    Le manque de clarté et de justification est aussi invoqué par la Communauté de communes concernant la gestion des déchets inertes. Enfin, les élus du Grand Pic Saint-Loup insistent sur le besoin de « réduire les nuisances » pour les riverains (bruit, gaz à effets de serre, poussière due au passage des camions). Un point qui fait écho aux inquiétudes du collectif relatives à la santé publique.

    À l’instar du directeur de la carrière, Eric Riguet, ne cache pas sa déception. Favorable au projet, le maire de Murles est convaincu que les élus ont fait valoir le principe de précaution par manque d’information. « Le dossier de 3 600 pages a été découvert 2 heures avant et le collectif a joué sur les peurs avec sa pétition en ligne qui comportait des erreurs. »

    Selon ce maire, les garanties données par la société privée sont probantes. « Des capteurs ont été identifiés, il n’y a pas de vibration. À aucun moment les seuils de tolérance ne sont atteints. Au sujet de la poussière, les premières maisons sont à plus d’un kilomètre. Si l’ISDI pose problème, la société est prête à l’enlever. » Quant à la nappe phréatique, « dans 30 ans, il restera encore 30 mètres de marge », rassure Eric Riguet.

    Pour l’édile qui avait été élu sur la liste de l’écologiste Clothilde Ollier en 2014, cette mutation est indispensable. « Cela fait 30 ans que la carrière travaille en toute transparence. Ce ne sont pas des voyous, 14 emplois sont en jeu. » Si demain ce site fermait, « il faudrait en ouvrir un autre ailleurs », assure-t-il, tandis que ce territoire compte deux autres carrières à Combaillaux et Viols-le-Fort.

    Consultatif, l’avis défavorable du Grand Pic Saint-Loup ne présage en rien du choix à venir du préfet de l’Hérault. Lequel devra se prononcer après avoir pris connaissance du rapport du commissaire enquêteur qui lui sera remis le 2 décembre.

  • L’ouverture d’Alès-Bessèges retardée

    L’ouverture d’Alès-Bessèges retardée

    Retardée mais pas abandonnée. La ligne Alès-Bessèges, rouvrira bien en 2030, assure Jean-Luc Gibelin, le vice-président (PCF) régional en charge des transports qui table même sur le lancement de la ligne pour 2028 entre Alès et Saint-Ambroix.

    Décidée en 2016, cette réouverture a pris du retard à cause d’une législation de plus en plus contraignante. Les élus doivent en effet présenter des études sur l’impact environnemental mais aussi des démarches de « qualification du caractère d’impérieuse nécessité du service public » et des études socio-économiques. « Pour un chantier qui va durer 12 à 18 mois, il aura fallu 8 à 10 ans de procédure. C’est une période beaucoup trop longue », reconnaît Jean-Luc Gibelin, jugeant cette situation « inacceptable pour les habitants mais aussi pour les élus ». « Nous sommes très loin de la simplification promise par Emmanuel Macron. Nous avions déjà rencontré ces problèmes lors de la réouverture de la ligne droite du Rhône mais ça ne fait qu’empirer », poursuit l’élu communiste.

    Jusqu’ici, le projet devait en effet voir le jour en 2028 (après déjà un premier report), mais il a de nouveau été décalé à 2030 à cause notamment de l’étude du dossier d’autorisations environnementales de plus de 2 000 pages déposé en juillet dernier. « Nous pensons qu’il sera étudié à partir du début de l’année prochaine, donc six mois seront passés parce que nous avons reçu un premier courrier de non complétude de notre document alors que nous l’avions réalisé en partenariat avec les services de la préfecture, car le sous-préfet et le préfet sont très aidants dans ce dossier », ajoute l’élu de Salindres.

    Biodiversité

    Cette réouverture, qui s’appuie sur le même tracé qu’avant 2012, nécessite des travaux sur les voies mais aussi sur les gares. Aujourd’hui, les principaux problèmes concernent le nord de la ligne, entre Saint-Ambroix et Bessèges, où des zones humides abritant de la biodiversité se sont créées autour des caniveaux désaffectés depuis l’arrêt du trafic. La Région doit donc désormais démontrer qu’elle protège cette biodiversité, alors qu’en relançant la ligne, les caniveaux vont à nouveau fonctionner, asséchant de fait ces zones humides. La présence de chauves-souris dans les tunnels sans circulation pendant vingt ans pose également problème.

    « Nous travaillons avec les services de la préfecture pour trouver des solutions. On nous demande de trouver des lieux de compensation notamment pour les chauves-souris alors que rien ne démontre qu’elles n’étaient pas déjà dans les tunnels quand les trains passaient. Beaucoup de conducteurs de train confirment qu’ils voient des chauves-souris dans les tunnels de la ligne des Cévennes par exemple », précise le vice-président de la Région Occitanie.

    Pour respecter le nouveau calendrier, la Région a encore de nombreuses étapes à franchir avec le lancement de la phase d’avant-projet, la sélection des entreprises mandatées pour les travaux et le lancement de l’enquête publique pour supprimer cinq passages à niveau. Une procédure « qui ne va pas être simple », prévient déjà Jean-Luc Gibelin.

  • [EQDD La Voix du Nord] Le conservatoire botanique de Bailleul : un allié de la biodiversité qui veille sur 44 millions de semences

    [EQDD La Voix du Nord] Le conservatoire botanique de Bailleul : un allié de la biodiversité qui veille sur 44 millions de semences

    C’est un sanctuaire de 25 hectares, au cœur des Flandres, à deux pas de la frontière belge. Créé en 1987 par le professeur Jean-Marie Géhu, agréé quatre ans plus tard par l’État, le conservatoire botanique national de Bailleul vient d’être labellisé « Jardin remarquable ». Une nouvelle reconnaissance de l’importance de ses missions en faveur de la préservation du vivant.

    Depuis plus de trente ans, ses scientifiques auscultent sans relâche la végétation des Hauts-de-France et documentent le déclin de la biodiversité pour tenter d’y remédier. Comment ? En constituant une banque de semences des espèces les plus menacées d’extinction. « Les menaces sont très variées, développe Bertille Asset, référente en conservation. Il y a l’atteinte aux milieux, comme la disparition des zones humides, l’abandon des pâturages, l’intensification agricole et le retournement de prairies, l’urbanisation. Et tout cela est aggravé par le changement climatique ». Depuis 2019, le conservatoire a produit une « liste rouge » pour hiérarchiser les priorités. Il veille ainsi sur 44 millions de graines ou spores, soit 600 espèces indigènes. Ces semences, mémoires d’une époque, d’un paysage, sont régulièrement testées, renouvelées, enrichies selon les besoins.

    Trouver le milieu adapté à la réintroduction

    Entre juin et octobre, les botanistes « récolteurs » effectuent plusieurs passages sur le terrain pour mener à bien les prélèvements. « Au laboratoire, nous nettoyons les semences pour avoir un lot le plus pur possible mais contrairement aux semenciers, nous veillons à garder la plus grande diversité génétique. C’est la meilleure garantie pour favoriser une adaptation à l’avenir, nous écartons seulement les individus malades ou mal formés. » Suivent un test de germination, l’étape de la dessiccation (une déshydratation poussée) et la mise en dormance dans des sachets en papier hermétiques, sous vide, rangés dans des congélateurs, à l’abri de la lumière.

    « Si on ne ressortait jamais nos échantillons, ce serait positif, cela signifierait qu’il n’y a pas besoin d’une action de l’homme pour restaurer des milieux, poursuit la chargée de missions scientifiques. Mais suivant nos programmes de conservation in situ, il y a des espèces sur lesquelles on veut agir de manière concrète en renforçant leurs populations pour favoriser les croisements génétiques. Actuellement, il y a un plan national sur les plantes messicoles, nous travaillons avec des partenaires comme les réserves naturelles, pour leur trouver un habitat fonctionnel, préservé. Ce n’est pas simple de restaurer la nature, parfois, nous n’avons plus de milieu adapté pour accueillir les espèces. »

    Pourquoi préserver le millepertuis des marais ou le chou marin ? « C’est un patrimoine vivant à sauver au même titre que les ruines d’un château ou La Joconde, répond Bertille Asset, ces espèces n’ont peut-être pas d’intérêt immédiat pour nous mais elles participent à un équilibre global, sont essentielles à un milieu, à un insecte ». Elles constituent aussi un précieux réservoir de solutions pour les écosystèmes de demain, fragilisés par le réchauffement climatique.

    Par Marie Lagedamon –La Voix du Nord

  • [Entretien] Isabelle Godefroy : « Éclairer le débat avant les municipales »

    [Entretien] Isabelle Godefroy : « Éclairer le débat avant les municipales »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que le « Pacte du pouvoir de vivre Paca » ?

    Isabelle Godefroy : Il s’agit de la déclinaison régionale du pacte national. Après la période du Covid, des acteurs de la société civile se sont réunis pour décider de travailler ensemble à des propositions qui concernent tout le monde, le pouvoir d’achat, le logement, la pauvreté, la mobilité, l’alimentation, le sport, la famille, l’écologie, la précarité étudiante… Des associations, des mutualités et le syndicat CFDT ont participé. 90 propositions ont été faites. Elles sont ajustées en fonction de l’actualité nationale et elles sont consultables, avec des webinaires, sur notre site. Le directeur du pacte du pouvoir de vivre national est Christophe Robert, de la Fondation pour le logement, l’ancienne Fondation Abbé Pierre.

    Quelle est l’ambition de cette tournée autour de ce Pacte ?

    I.G. : À la fin de cet été, nous avons souhaité créer une initiative pour pouvoir porter nos propositions, alors que dans quelques mois se tiennent les élections municipales. On s’est interrogés : qu’est-ce qui est important aujourd’hui pour un habitant de la région Paca ? Il y a une crise du logement en France et encore plus dans notre région, l’environnement, l’alimentation, la démocratie au travail… Et parce qu’on ne voulait pas laisser cette thématique au Rassemblement national, la sécurité, comment on en parle, pourquoi les gens se sentent en insécurité ? Lors de cette réunion*, suivie d’un débat, nous réunissons des associations autour d’une table ronde, ATD Quart-Monde pour le logement, la Fondation pour le logement qui fait un travail incroyable également, France Nature Environnement pour environnement et alimentation, la CFDT Paca pour la démocratie au travail. Et un expert, un ancien responsable CRS, devenu ensuite médiateur dans les quartiers dits populaires, va venir nous parler de la sécurité ou du sentiment d’insécurité.

    Comment ferez-vous connaître ces propositions aux candidats aux municipales ?

    I.G. : À partir de ce débat, il y aura une synthèse. Puis une tribune avec l’ambition, on espère en tout cas, de proposer aux futurs candidats aux municipales notre vision, ce qu’on porte. Après, à chacun de s’en saisir et faire en sorte d’essayer d’ouvrir, d’éclairer le débat.

    * À 17h salle du Bras d’Or, en contrebas de l’avenue Antide-Boyer. Entrée libre.