Tag: emplois

  • Sophie Binet enflamme la centrale thermique de Gardanne

    Sophie Binet enflamme la centrale thermique de Gardanne

    « Nous le montrons au quotidien dans les Bouches-du-Rhône : nous n’avons pas besoin de patrons pour faire tourner nos usines ! » Ce vendredi, sous les cheminées de la centrale thermique de Gardanne et devant plus de 500 militants venus des Alpes au Vaucluse en passant par Arles ou Istres, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, n’a cessé de louer « la pertinence de la gestion ouvrière ».

    Une gestion qui prend tout sens à l’occasion du « meeting de victoire » qui venait fêter « la réussite emblématique » des travailleurs du site. « Cette victoire est magnifique, elle a été arrachée grâce à votre détermination : 7 ans de lutte, de grève, de manifestations, d’ascenseurs émotionnels, de travail sur les dossiers, de gouvernements qui disparaissent avant des signatures promises », lance Sophie Binet, aux côtés du secrétaire général de la fédération Mines-Énergie, Fabrice Coudour, et l’adjoint de celle des Ports et docks, Serge Coutouris. Une victoire symbolisée par la réembauche progressive de travailleurs licenciés lors du dernier plan de licenciement sur le site, via une société créée par les salariés (voir ci-dessous). Et en vue « de la mise en œuvre concrète du projet BioMéthane Provence, porté et développé par les travailleurs et la CGT », comme le rappelle Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT de la centrale de Gardanne. Un projet « novateur de production de biogaz et de biocharbon à base de bois en fin de vie ».

    Autant dire que depuis la fin du charbon, les salariés reviennent de loin. « C’est une victoire emblématique sur tous les aspects. Elle montre ce qu’il faut faire pour réindustrialiser le pays. Nous voulons reprendre le pouvoir dans les entreprises et votre lutte en montre le chemin », martèle Sophie Binet. De quoi mettre en avant une proposition phare de la CGT : « Le maintien des emplois pour décarboner l’industrie passe par un moratoire sur les plans de licenciement. » Et d’appeler à refuser « l’opposition mortifère entre le social et l’environnemental ».

    L’histoire industrielle du bassin minier se poursuit

    Elle vante surtout « une grande victoire de plus dans les Bouches-du-Rhône, un département précurseur, le département des 1336, des CPMM [Coopérative de presse et de messagerie Méditerranéenne, Ndlr.] ». Cette dernière, coopérative née sur les cendres de l’ex-Sad, filiale de la messagerie de presse Presstalis à Marseille liquidée judiciairement, fête d’ailleurs son 5e anniversaire, jour pour jour. « Nous n’avons rien inventé », reconnaît Jean-Michel Roccasalva. Pas d’invention peut-être, mais beaucoup de détermination. « Il était hors de question de perdre nos emplois, notre statut des Industries électriques et gazières, un statut pionnier mis en l’œuvre à l’après-guerre, par Marcel Paul et Ambroise Croizat [ministres communistes, Ndlr.] », insiste le secrétaire général. Car les embauches se font bien à ce statut si cher aux énergéticiens. « C’est avant tout la victoire des travailleurs. On a un bijou entre les mains, il faut en tirer le meilleur », abonde le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi. Marina Mesure, députée européenne insoumise était également présente.

    Ce rapport à l’histoire a sans doute nourri la réflexion collective pour l’avenir industriel de tout un territoire. « J’ai connu le départ des mineurs, le plan de départs de 2013, le plan de licenciement de 2020. Aujourd’hui, les copains licenciés ont retrouvé un emploi. Aujourd’hui, on montre que nos idées se concrétisent », explique, entre fierté et soulagement, Joël Capra, salarié de la centrale depuis bientôt 26 ans. « L’industrie dans le département n’appartient pas au passé. Nous avons besoin d’activités tournées vers l’avenir », abonde Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT 13. Un avenir qui s’écrit à partir de ce « vendredi 13 qui restera dans les annales », conclut Sophie Binet.

    Historique et avenir

    7 décembre 2018 : fin du charbon et début de la lutte

    La date du 7 décembre 2018 marque le début de la lutte des salariés de la centrale de Gardanne. Ils commencent une grève reconductible en réponse au refus d’un moratoire sur l’arrêt du charbon par le gouvernement. Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, repreneur de la centrale, lancera plus tard un plan de licenciement.

    Octobre 2020 : création de l’Association des Travailleurs

    Les salariés et la CGT lancent l’Association des Travailleurs de la Centrale de Gardanne. « En quelques semaines, il y a une énorme solidarité financière qui permet le

    financement de deux études de faisabilité pour notre projet », développe Jean-Michel Roccasalva.

    12 octobre 2021 : mise sous protection du site

    Face au blocage du dossier, les travailleurs enclenchent la « reprise en main de l’outil de travail » et mettent « le site sous protection ». Concrètement, l’usine est sous leur contrôle et un bras de fer inédit s’enclenche avec GazelEnergie.

    20 avril 2023 : déplacement de Sophie Binet

    Les dispositifs d’accompagnement des salariés dans le cadre des licenciements, en lien avec la fin du charbon, prennent bientôt fin. Sophie Binet fait son premier déplacement sur site. « Nous gagnons ensuite le prolongement des dispositifs », se félicite Jean-Michel Roccasalva.

    31 juillet 2025 : accord inédit

    Un accord est arraché avec GazelEnergie et l’État pour le lancement concret du projet des salariés, BioMéthane Provence. La création d’une société est actée en ce sens et va permettre l’embauche des salariés licenciés. L’Association des Travailleurs y est présente.

    26 novembre 2025 : premières embauches

    Les 3 premiers contrats de la société, créée par les salariés et leur association, sont signés. Au total, 14 travailleurs licenciés le sont à cette date. 9 autres vont l’être en 2026.

    2026-2028 : permis et construction

    Les salariés prévoient le dépôt du permis de construire et permis d’exploiter à l’été, pour un démarrage des travaux en 2027. S’ensuit un an et demi de construction prévue, puis 6 mois de tests. Le démarrage de la phase commerciale est dans le viseur pour 2028.

  • Dans la cité de Molière, à Pézenas, la gauche en chef d’orchestre

    Dans la cité de Molière, à Pézenas, la gauche en chef d’orchestre

    Des cinq listes qui briguaient la mairie de Pézenas en 2020, il ne devrait en rester que deux, le 15 mars. Celle du maire PS sortant, Armand Rivière, qui a sonné il y a 6 ans le glas de l’hégémonie de la droite d’Alain Vogel-Singer. Condamné pour « prise illégale d’intérêt » en 2017, l’ancien maire de droite a finalement eu gain de cause en 2021 en cassation pour un vice de procédure. Si un retour n’est pas à exclure, il a depuis perdu en influence.

    La seconde liste connue à ce jour est celle du macroniste Philippe Huppé. L’ancien député (2017-2022) LREM puis Agir Ensemble est vu par la majorité de gauche comme un « parachuté ». La 5e circonscription de l’ancien maire d’Adissan n’étant pas celle de Pézenas (4e). Pour le reste, pas de liste LFI ni de RN à l’horizon.

    Formations diversifiées

    et création d’emplois

    Est-ce à dire que le maire sortant a convaincu en 6 ans ? « Compte tenu de la situation de la Ville à notre arrivée, du Covid et de la guerre en Ukraine, le bilan nous satisfait, même si on peut toujours faire mieux », positive Armand Rivière. La « cantine dès 1 euro avec tarifs progressifs » est une fierté. De même que la réfection de l’avenue de Verdun (11 ME), la remise en culture de la ferme de L’Auribelle sur 14ha ou encore la belle dynamique culturelle (400 ans de Molière, festival Boby Lapointe…).

    Sans être le fruit d’un accord de partis, sa liste ouverte à la société civile, qui compte des socialistes, écologistes ou communistes, défend des « valeurs de gauche ». Dans le bassin de vie d’Agde parmi les plus sinistrés de France, A. Rivière veut « redonner de la dignité ». Bonne nouvelle : le décret du ministère est imminent pour acter le dispositif « Territoire zéro chômeur » à Pézenas. Des embauches en CDI sont donc attendues dans « des secteurs non concurrentiels où des besoins sont non couverts » (utilité sociale, conciergerie de quartier, accompagnement à la mobilité…). A. Rivière veut coupler cet outil au développement de la formation, en lien avec les activités locales comme la « filière viande » (abattoirs) ou les « métiers d’art » (chanson, théâtre). Côté constructions, le quartier Saint-Christol (24ha) offrira 584 logements, dont certains aidés. Le centre aquatique et la piste d’athlétisme seront « rénovés ». Un « plan fraîcheur » va être engagé dans les écoles et dans la ville avec « un square ou un jardin rénové chaque année ». Le tout via des ateliers participatifs. « Je n’ai pas la science infuse, je suis à l’écoute », insiste le maire PS.

  • Fibre Excellence : les salariés passent à la vitesse supérieure

    Fibre Excellence : les salariés passent à la vitesse supérieure

    « On envoie le message qu’il faut être solidaire, qu’il faut se battre pour le maintien des emplois. On veut montrer qu’on est soutenus et que c’est une question de survie. » Laurent Quinto, représentant de la CGT de Fibre Excellence Tarascon, attend du soutien, ce mardi, pour la mobilisation, devant le site, lancée à l’appel de l’intersyndicale (CGT, FO, CFDT).

    Pour rappel, l’usine de pâte à papier est en sursis suite à des alertes de sa direction et une situation financière intenable (lire notre article du 26/01), avec une menace de placement en redressement judiciaire d’ici la mi-mars. « La direction nous a rappelé qu’elle prendrait des décisions lapidaires s’il n’y avait pas de mesures de soutien prises entre le 15 février et fin mars », relate Laurent Quinto. D’où le timing de la mobilisation : à la veille d’une réunion à Paris avec le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), auprès duquel les réunions s’enchaînent depuis décembre. « On veut des réponses rapidement, on attend beaucoup de cette réunion à Bercy », résume le syndicaliste. Dans le viseur ? Obtenir une révision du prix de vente de l’électricité produite sur le site. « C’est la seule mesure qui pourrait sauver le site immédiatement », insiste la CGT.

    C’est dans cet objectif que l’intersyndicale rencontre des élus du territoire depuis des semaines. Juan Martinez (PS), maire de Bellegarde, Lucien Limousin (DVD), maire de Tarascon, ou encore Patrick de Carolis (Horizons), maire d’Arles, sont attendus par les salariés sur le site pour le rassemblement de mardi. Et la semaine dernière, l’intersyndicale a rencontré la présidente de Région d’Occitanie, Carole Delga (PS). Le site étant frontalier avec le département de Gard et son usine sœur se situant à Saint-Gaudens en Haute-Garonne (31). « Elle nous a confirmé que des négociations, entre les ministères, la direction et EDF sont en cours sur la revente d’électricité. Les portes sont ouvertes », développe Laurent Quinto. Avant de noter positivement : « Elle se mobilise pour que les choses avancent ! »

    « On est solidaire de la Centrale de Gardanne »

    Et si certains tentent d’opposer la Centrale de Gardanne et Fibre Excellence sur la question des tarifs de vente d’électricité, la première revendant à des prix bien plus élevés que la deuxième, la CGT du site tarasconnais est claire : « On est solidaire de la Centrale de Gardanne, on ne veut pas léser le site. Le problème ne vient pas de Gardanne, mais bien de l’État. C’est lui qui fixe les tarifs de vente d’électricité et c’est avec lui qu’on négocie. » Même discours au plus haut niveau de la CGT, puisque Sophie Binet a rédigé un courrier à l’adresse du ministre de l’Industrie, le 23 janvier, qui réclamait un « plan d’urgence » pour les usines de pâte à papier, et une « nationalisation si nécessaire ».

  • Fadelha Benammar-Koly : « Nous sommes la liste des solutions »

    Fadelha Benammar-Koly : « Nous sommes la liste des solutions »

    La Marseillaise : Comment se sont déroulées les discussions après l’annonce de Gaëlle Lévêque ?

    Fadelha Benammar-Koly : Nous nous sommes assez rapidement entendus pour partir sur un binôme d’élues issues de la majorité, à savoir Nathalie Rocoplan et moi. Il y a six mois, je n’étais candidate à rien, donc il a fallu se poser la question. Beaucoup de travail a été fait dans la précédente mandature, mais il en reste encore beaucoup. Nous avions envie de poursuivre ce qui a déjà été mené et de continuer l’union que nous avions avec d’autres forces à gauche.

    Quelles sont vos priorités ?

    F.B.-K. : Nous en avons cinq ! D’abord « une ville qui bouge », qui concerne l’économie, la mobilité, la culture et le sport. « Une ville qui protège », avec les questions de sécurité mais pas que car la protection c’est aussi le logement et la santé. « Une ville belle », avec l’occupation de l’espace public pour tout le monde. « Une ville fraternelle » car la solidarité est un pilier de la ville de Lodève et nous avons par exemple un plan de lutte contre la solitude. Et enfin « une ville qui dialogue », parce que les gens veulent s’impliquer et être entendus. Je crois beaucoup au trio élus, agents et citoyens. Nous sommes la liste des solutions.

    En quoi êtes-vous en rupture avec la municipalité sortante ?

    F.B.-K. : Nous aurons une liste renouvelée aux deux tiers. Il y a une envie de renouveau dans la ville et c’est normal. Nous sommes là pour concrétiser ce renouveau tout comme la continuité est importante car des projets et des programmes ont été enclenchés et il faut les mener à terme. C’est le cas pour le parc municipal ou le pôle d’échanges multimodal par exemple. Nous voulons aussi qu’il y ait plus de dialogue avec la population.

    Quelles sont vos propositions pour le cœur de ville ?

    F.B.-K. : J’ai pu faire un tour du centre avec un paysagiste et je me suis rendue compte que le centre-ville n’était pas bien identifié. Il y a tout un travail de signalétique à réaliser pour qu’il devienne une balade. Les aménagements piétons doivent aussi être revus. Et il faut revoir également le plan de stationnement pour pouvoir consommer dans les commerces de proximité.

    Pourquoi l’union avec l’ancien député insoumis Sébastien Rome n’a pas été possible ?

    F.B.-K. : Quand on veut l’union, on montre une attitude favorable à l’union. L’union existe avec notre liste qui s’appuie sur des socialistes, des communistes, des citoyens, Génération.s et peut-être demain les écologistes. Sébastien Rome veut l’union de la gauche derrière lui. Ce n’est pas une posture d’humilité, d’autant que tout le monde est uni et qu’il n’y en a qu’un qui est à l’extérieur.

  • L’agrandissement d’Airbus va transformer le territoire

    L’agrandissement d’Airbus va transformer le territoire

    Dans les immenses hangars de l’usine Airbus Helicopters, les tout derniers engins H160 sont sur leurs chaînes de fabrication. Dans deux à trois ans, il y en aura un tiers en plus.

    C’est en tout cas le défi que s’est lancé Airbus, démarrant par la construction d’une nouvelle usine sur le site de Marignane. Vendredi, les ministres du transport Philippe Tabarot (LR) et Sébastien Martin (LR) sont venus sur place pour inaugurer le chantier d’un futur bâtiment de 31 000m². À l’intérieur, NextGen factory, cœur « de fabrication des rotors et transmissions, des pièces critiques nécessitant une fiabilité parfaite », détaille Laurent Mazoué, responsable du projet. « Nous allons entièrement informatiser le système de production, avec des machines de dernière génération et une logistique automatique », développe-t-il. 600 millions d’euros sont mis sur la table par le constructeur à cet effet, dont 25 millions d’aides de l’État au titre de France 2030. La création de 1 700 nouveaux emplois est à la clé pour supporter un accroissement d’activité de près de 40% selon le constructeur.

    Faire face à la croissance

    La raison de cette montée en cadence est simple. « Le marché mondial est en croissance constante », explique Bruno Even, PDG d’Airbus Helicopters lors du temps officiel. L’entreprise est « numéro un mondial, en tête du marché militaire », selon le dirigeant, revendiquant « un carnet de commandes de 544 hélicos ». Mais « notre site est vieillissant saturé et enclavé », poursuit Bruno Even, et c’est pour cela qu’Airbus « déploie une stratégie d’envergure pour améliorer sa compétitivité » avec le pacte territorial « Sud avenir hélico » regroupant État, Région, Métropole et les Villes de Vitrolles et Marignane. « Un environnement stable est la seule condition pour rester ici et être plus performant. Si on ne réussit pas la croissance sera captée par les concurrents », conclut-il.

    L’enjeu de ce pacte est de créer les conditions d’accueil nécessaires à la vie et surtout au transport des salariés, actuels comme nouveaux. « Il ne peut pas y avoir de développement industriel sans infrastructures de transport » relève à ce titre le ministre de l’Industrie Sébastien Martin. Le ministre des Transports Philippe Tabarot appuie : « Le pacte va au-delà de l’outil de production, il s’inscrit dans un projet de transformation territoriale. » « Une usine est performante quand les salariés peuvent s’y rendre facilement, dans des conditions acceptables. L’amélioration de la desserte des transports en commun, l’optimisation des liaisons intermodales et le développement du covoiturage doivent répondre aux besoins » des 12 500 salariés du site selon le ministre. « Quelle frustration quand 1 emploi sur 3 est refusé pour des questions de mobilité », conclut-il.

    En marge de la signature du pacte, Philippe Tabarot affirme que l’État va « accélérer la logistique d’infrastructures » de transport de passagers et de fret, ferroviaire comme routier, prenant l’exemple des contournements de Martigues – Port-de-Bouc et Fos-Salon.

    Académie de l’hélicoptère

    En parallèle du volet industriel et mobilité, un nouveau centre de formation baptisé « académie de l’hélicoptère » a été annoncé pour 2030 sur le site Cap Horizon, à Vitrolles. L’ambition est de former d’ici 5 700 travailleurs dans la filière d’ici 2032, « un signal fort adressé à la jeunesse » selon Philippe Tabarot. 9,5 millions d’euros y ont été consacrés avec le programme France 2030.

    « Les transports doivent répondre aux besoins »

  • L’urgence d’un sauvetage des emplois marins sous pavillon français

    L’urgence d’un sauvetage des emplois marins sous pavillon français

    « C’est maintenant que tout se joue », lance Frédéric Alpozzo dans sa lettre ouverte adressée au ministre des Transports et aux présidents de CMA-CGM, de la Méridionale et de Corsica Linea pour un tour de table. Le secrétaire général de la CGT des marins de Marseille estime à « plus de 2 000 » le nombre d’emplois maritimes français menacés, écoles de formation comprises, par l’offensive des compagnies low-cost GNV et Corsica Ferries en Méditerranée.

    Les sorties de flottes du Kalliste pour La Méridionale et du Nepita pour Corsica Linea sont imputables à la « concurrence déloyale » des armateurs opérant sous pavillon international, dénoncée de longue date par la CGT. Le développement de GNV sur les lignes France-Algérie et France-Maroc a provoqué « une perte de 50 000 passagers » chez les compagnies françaises et risquent de faire chanceler une situation économique déjà fragilisée. « Les marins de ces bateaux n’ont pas de contrats français et sont payés entre 650 et 1 200 dollars par mois », précise le responsable syndical qui demande à l’État de « supprimer les autorisations de GNV à Sète », le port de l’Hérault.

    Dans ce contexte social tendu, invités au débat à l’Euromaritime, François Lambert, directeur général de l’ENSM (École nationale supérieure maritime) et Étienne Melliani, directeur général de La Méridionale, n’ont pas caché leurs inquiétudes, assurant toutefois ne « pas baisser les bras pour maintenir le pavillon français ». Il flotte aujourd’hui comme un air de « guerre entre Corsica Ferries et la SNCM », a rappelé le responsable de l’école de formation des officiers. La SNCM y avait perdu la vie, mais « il a fallu innover. On y a gagné un décret des États d’accueil en 2015 », a-t-il souligné. Force est de constater que le texte garant du droit social maritime sous pavillon français reste insuffisant. Les ports qui régulent l’offre de transport, « ont une responsabilité écrasante, regrette Thiebaud Theillard, journaliste au Marin, animateur du débat, ils disent que le principe de concurrence libre de l’Union européenne ne leur permet pas de refuser des armateurs ». Pour lutter contre le dumping social, « et préserver le modèle français auquel nos élèves sont extrêmement attachés et qui crée une forte attractivité, nous avons besoin du soutien des armateurs », a plaidé François Lambert.

    Injuste concurrence

    Le marché unique européen et la loi de la libre concurrence constitue « un fait majeur, a également déploré Étienne Melliani, dont nous réalisons 30 ans après qu’il a permis l’émergence d’acteurs mois disant socialement, et pas seulement dans les transports ». Et dans cette guerre du marché, l’État pourrait appuyer sa souveraineté en accentuant les contrôles, comme il l’a fait en arraisonnant le Grinch dans la rade marseillaise il y a quelques jours. « A-t-il les moyens d’aller plus loin ? » s’est montré dubitatif le DG de La Méridionale, préconisant « le dialogue » pour actionner le levier européen dans cette libéralisation.

    Mettre tous les partenaires autour de la table et « être exigeant avec l’Europe, est aussi une partie de la solution avancée par François Lambert. On a besoin des officiers formés sur nos bancs. Un marin c’est stratégique et on est un pays de marins. » Le directeur de l’ENSM défend un outil : « Le contrat d’engagement maritime. Il est prêt. »

    Le gouvernement sera-t-il capable de l’étudier et de le proposer avant de voir couler nos flottes ? « Il y a un budget qui n’est pas menacé, c’est celui des armées, précise-t-il. Il peut y avoir une complémentarité entre la marine marchande et la marine nationale. » Autant de points à aborder dans la réunion réclamée par les marins qui pourrait se tenir en présence de Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, et du directeur des affaires maritimes.

  • Quand les mécènes soutiennent l’action sociale

    Quand les mécènes soutiennent l’action sociale

    Cinq structures sont soutenues financièrement par le Fonds de dotation de Marseille, initié par des entrepreneurs pour mettre en œuvre des actions destinées à réduire la frature sociale sur le territoire. La 3e édition de leur gala « à jamais solidaires ! » se déroule le 30 mars pour récolter des fonds.

    A chacun son domaine pour favoriser l’égalité des chances : la cuisine du bouillon de Noailles, le Rugby club marseillais côté sport, Castelife pour l’entreprenariat, l’accès à la culture par Action Bomaye reliant l’éducation et la réinsertion, deux vecteurs aussi soutenus par Ambition 360.

    Vecteur de cohésion

    Certains représentants d’associations ont été poussés par leur histoire personnelle, à l’image d’Ismaël Cousin, le directeur d’Action Bomaye. Déscolarisé à 17 ans, placé en foyer, il sert aujourd’hui d’exemple aux minots tout en dressant un constat alarmant : « des jeunes de 7 à 10 ans souhaitaient être livreur plus tard », se désole-t-il… Il faut « casser le plafond de verre », lance-t-il, pour favoriser l’égalité des chances et que ces jeunes développent des ambitions.

    Le Fonds de dotation de Marseille, créé en 2019, a déjà soutenu une cinquantaine de projets grâce à plus de 600 000 euros collectés. Ce collectif d’entrepreneurs appelle à les rejoindre, comme l’a fait, fin 2025, Cécilia Barontini, ancienne cadre de l’OM : « j’avais coutume de dire, à tort, que l’OM était le seul vecteur de cohésion sociale », avant de découvrir ce projet. Sa participation présage l’arrivée « d’anciens bleu et blanc », comme celle de l’ancien défenseur de l’OM Eric Di Meco déjà annoncée. Cet invité d’honneur présidera d’ailleurs le Gala 2026.

    Plus de 100 mécènes, 10 000 euros défiscalisables par table, et un menu en 6 actes présenté par les Toques Françaises. Le Gala 2026 s’ouvrira le 30 mars. Avec pour principal enjeu de donner de la visibilité aux cinq associations et de la montée des « enchères » pour les investissements des mécènes et de leurs invités.

  • [Grands projets] 10 ans de l’Occitanie : pari gagné selon Carole Delga

    [Grands projets] 10 ans de l’Occitanie : pari gagné selon Carole Delga

    Audacieux et risqué. Il y a 10 ans, lorsque le président François Hollande décide de fusionner des Régions, la réforme suscite des craintes, surtout côté Languedoc-Roussillon. « C’est un pari que certains pensaient impossible à réaliser », se souvient Carole Delga, qui sera élue présidente de la nouvelle Région Occitanie le 4 janvier 2016. « La perte de statut de capitale régionale (au profit de Toulouse) faisait peur à Montpellier. Les dernières études ont prouvé que Montpellier est toujours très attractive. »

    Pour la présidente socialiste, le mariage entre le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, que Georges Frêche appelait de ses vœux, a fonctionné, en dépit de la fronde initiale des Catalans qui ne s’estiment pas « Occitans ». Elle y voit deux raisons majeures. D’abord « nous avons une culture commune. Nous sommes tous latins, romains, héritiers des États du Languedoc ». Ensuite, elle salue le milieu économique qui a tout de suite joué le jeu. « Les contacts se sont faits naturellement entre industriels. »

    En une décennie et quasiment deux mandats (2016-2021 puis 2021-2028), la majorité régionale de gauche a structuré un territoire à la croissance démographique exponentielle. Avec 42 000 habitants de plus accueillis chaque année, « nous devons créer 25 000 emplois annuels pour ne pas que le chômage augmente », rappelle Carole Delga, qui dit avoir ciblé le bassin alésien, Nîmes et Montpellier sur la santé ou les industries culturelles et créatives depuis l’élection de Michaël Delafosse en 2020. « Avant [avec Philippe Saurel, Ndlr], j’étais malheureuse de voir Montpellier se recroqueviller dans des guerres stériles, des débats minables. »

    Dans le but de devenir la première région à énergie positive d’ici 2050, c’est ainsi qu’a été fait le choix de développer les énergies renouvelables, dont la filière hydrogène. À Béziers avec Genvia ou en Méditerranée à Port-la-Nouvelle. « D’ici 5 ans, nos 6 fermes éoliennes deviendront commerciales et produiront de l’énergie pour 500 000 habitants. »

    « On va faire face »

    Sensible au pouvoir d’achat des familles dans une région qui souffre de pauvreté, Carole Delga se félicite de proposer « la rentrée la moins chère de France ». Ordinateur portable et livres offerts aux lycéens, transports scolaires gratuits symbolisent l’effort, tandis que le lycée de Cournonterral ouvrira ses portes en septembre 2026. « Une histoire de fossé empêchait sa construction. J’avais mis un ultimatum à l’ancien préfet Moutouh en lui disant d’arrêter ses âneries et on a eu le feu vert. »

    Dans une région aussi vaste que l’Autriche (13 départements), les mobilités sont un autre enjeu majeur. En dépit du pantouflage de la SNCF, le pari du rail a été relevé avec brio. Billets à 1 euro, réouvertures de gares et de petites lignes (rive droite du Rhône, Montréjeau-Luchon et bientôt Alès-Bessèges) ont permis d’accroître la fréquentation des TER de 68% depuis 2019. Reste à relever le pari coûteux de la Ligne à grande vitesse (LGV) Montpellier-Perpignan. Ou celui de l’avion vert, un jour peut-être moins polluant. « Je suis contre l’assignation à résidence, cette idée qu’il faudrait arrêter de se déplacer pour ne plus polluer. L’enfermement, le repli sur soi, c’est épidermique. Je crois à la rencontre, au fait de relier les gens. »

    Depuis 10 ans, une attention particulière est portée aux agriculteurs qui souffrent de crises en cascade en raison du contexte géopolitique et du dérèglement climatique. « Nous voulons être une terre de reconquête de la souveraineté alimentaire ». Un plan de soutien à la conchyliculture sera présenté au salon de l’agriculture. L’Occitanie a aussi obtenu des expérimentations sur l’eau (forages, retenues d’eau, réutilisation des eaux usées, tuyau d’irrigation Aqua Domitia 2…).

    Autant de projets handicapés par le désengagement de l’État, qui a raboté ses dotations à la région de 500 millions d’euros en 3 ans. En 2026, l’Occitanie perdra 36 millions de plus. Une décision qualifiée par la présidente socialiste « d’injuste, d’indigne ». Le budget 2026 qui sera voté le 12 février s’annonce complexe. « C’est un très vilain coup mais on en a vu d’autres, on va faire face. »

  • Les plans de la gauche pour sortir Lunel de la précarité

    Les plans de la gauche pour sortir Lunel de la précarité

    Contrairement aux candidats se réclamant du courant socialiste dispersés sur les listes de la maire candidate Paulette Gougeon, de Stéphane Dalle, l’ex-adjoint de l’édile Pierre Soujol décédé en juin 2025 ou de Stéphane Muscat, ex-directeur de cabinet de l’ancien maire Claude Arnaud (divers droite), écologistes, insoumis et communistes ne se réclament pas de la majorité sortante. « Ça ressemble à l’après De Gaulle. Tous se revendiquent héritiers de Pierre Soujol et se tapent dessus », s’amuse l’écologiste Lise Florès. « À droite, c’est le bal des hypocrites, ils se trahissent les uns les autres », confirme l’Insoumis Bruno Gagne qui se méfie aussi de l’extrême droite qui pourrait être incarnée par Antony Belin ou Julia Plane et Thierry Razigade.

    Pour l’heure les têtes de listes de « Lunel collectif » (Lise Florès) et de « l’Union populaire Lunel, fière et solidaire » (Bruno Gagne) tracent chacun leur route. Mais un rapprochement est à l’étude, au moins dans l’entre deux-tours. « Nos portes sont grandes ouvertes. Les écologistes ne sont pas nos adversaires, faisons chacun le maximum », pose le cégétiste. « Une union est envisageable pour nous, y compris avant le 1er tour », confirme la fonctionnaire cadre territorial.

    D’ici là, chacun avance ses propositions pour redonner un élan à la 5e ville de l’Hérault (26 600 habitants) située au cœur de la vallée du Vidourle, aux portes de la petite Camargue. Une ville forte de ses traditions (bouvine) et riche de son histoire romaine mais aujourd’hui pauvre, abîmée et prise en étau entre Nîmes et Montpellier.

    Le PCF a fait le choix de rejoindre LFI qui « assume son étiquette de gauche et veut transformer les choses », insiste François Got. Le communiste veut profiter de l’immobilier libéré par le projet de nouvelle caserne au mas de Fourques et du déplacement de l’accueil 3e âge vers la clinique pour imaginer de « nouveaux logements et des crèches ». Il souhaite aussi « s’attaquer aux marchands de sommeil » et construire des logements sociaux (1 430 familles en attente). Bruno Gagne ajoute le besoin « d’attributions transparentes, d’encadrement des loyers et de contrôles sur la salubrité des logements en location ».

    Du côté de la liste d’union citoyenne de la gauche et des écologistes, Lise Florès veut privilégier la « densification ». « L’étalement urbain pour faire venir des entreprises, c’est comme la stratégie du ruissellement, ça ne marche pas. » Pour créer de l’emploi, l’écologiste préfère « partir des besoins » et cibler « les métiers en tension » (agriculture, services à la personne, rénovation énergétique…). Comme Bruno Gagne qui vise « les circuits courts, les produits locaux », veut des « cuisines centrales municipales » et « les premiers m3 d’eau gratuits », Lise Florès souhaite créer des « régies publiques » dans des fermes (insertion, bio), pour le service à la personne, pour la culture (école de musique) ou le social.

    Persuadée que « le tout sécuritaire est voué à l’échec », l’écolo prône la prévention via des « médiateurs » de quartiers. Bruno Gagne insiste aussi sur la nécessité de « redonner le pouvoir aux habitants ». L’Insoumis promet des conseils de quartiers dès 16 ans, un budget participatif et des votations citoyennes (RIC) sur les sujets majeurs comme la déviation Sud de la route nationale (RN) 113. « Il y a trop de bouchons, de bruit, de pollution. Nous allons réétudier toutes les options ». Pour « protéger les terres agricoles », Lise Florès est plus catégorique. « La déviation est un faux nez qui ne réglera pas le problème. Il faut des mini-bus inter-quartiers, des pistes cyclables et des espaces piétons. » Une manière de dire que la grande rénovation entreprise au centre-ville de Lunel n’est pas suffisante.

  • L’usine de pâte à papier de Tarascon risque de partir en fumée

    L’usine de pâte à papier de Tarascon risque de partir en fumée

    « Si on tombe, c’est toute la filière française de bois qui est en danger. » Ce vendredi, les représentants de l’intersyndicale (CGT, FO et CFDT) de l’usine de pâte à papier de Tarascon, Fibre Excellence, ont le ton grave.

    Et pour cause : leur site et ses plus de 250 salariés sont « menacés de redressement judiciaire puis de liquidation » d’ici la fin du mois de mars. « C’est ce qui a été annoncé par notre PDG lors d’un comité social et économique extraordinaire mercredi dernier, sans mesures concrètes à la mi-février, on serait en redressement à la fin mars », explique Laurent Quinto représentant de la Filpac-CGT sur le site. Le lendemain, les syndicalistes du site étaient à Bercy, où ils enchaînent des réunions depuis décembre avec le comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) entre quelques rencontres avec les maires environnants et en sous-préfecture. Leur objectif ? « Sauver le site et les 5 000 emplois induits ».

    Car l’usine qui produit de la pâte à papier, à partir de bois, laquelle sert ensuite de base à de multiples formes de papiers, cartons ou emballages, tourne à plein régime. En 2025, le site tarasconnais a « battu des records de production » avec quelque 230 000 tonnes de pâte produite. Mais elle fait face à une conjoncture plus que difficile. « En 3 ans, le prix du bois a pris plus de 50% », explique Laurent Quinto, évoquant un coût de plus d’une centaine d’euros la tonne. « On vend moins de 500 euros la tonne de pâte à papier », ajoute Edwige Le Gangneux, pour la CFDT. Et il faut environ 4 tonnes de bois pour faire une tonne de pâte à papier. À partir de là, le calcul est simple : « On est quasiment à perte. »

    Le site peut donc difficilement faire face à la concurrence américaine mais il est pourtant essentiel au tissu industriel local et même national. « On est l’un des derniers acteurs de la filière papetière française », insiste Laurent Quinto. Car l’usine se targue de se fournir en « bois essentiellement français » et de faire vivre une multitude de « forestiers locaux », une partie de sa matière première fournie par l’ONF. Avec une usine sœur à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne et la reprise de la symbolique Chapelle d’Arblay par le groupe, une liquidation de l’entreprise aurait en effet des conséquences désastreuses sur l’économie forestière. Et, in fine, l’entretien des forêts en Paca et Occitanie.

    Un appel à l’aide à l’État

    L’intersyndicale s’en remet donc à l’État et aux élus locaux pour tenter de sauver le site dans un territoire au taux de chômage élevé, à près de 9% selon l’Insee. Et visiblement, ils ne peuvent pas compter sur leur actionnaire principal, Domtar (ex-Paper Excellence), pas vraiment en difficulté financière, pour mettre la main à la pâte. Rappelons que ce dernier avait fait la bonne affaire de reprendre son propre site en 2021 après l’avoir lâché, via une cessation de paiement. « L’actionnaire a dit plusieurs fois qu’il n’aiderait plus le groupe. Il a déjà fermé deux usines en deux mois au Canada, et bien plus grosses que nous », commente avec inquiétude Laurent Quinto. Les représentants des salariés ne croient pas non plus à un plan de sauvegarde : « On ne peut pas faire tourner le site avec moins de salariés. Après le dernier plan on est déjà au minimum, il n’y en aura pas d’autre », abonde Florian Berthone, pour FO. Un levier que veulent actionner les syndicats serait une revalorisation du prix de revente à EDF, donc l’État, de l’électricité que produit le site via ses résidus de bois et une turbine. Ils prennent l’exemple de la Centrale de Gardanne qui revend aux environs des 250 euros le mégawattheure, contre une centaine environ pour le site tarasconnais. « Si l’on passe à 200 euros, on sort la tête de l’eau immédiatement », assure Laurent Quinto. Une prochaine réunion à Bercy est prévue le 11 février. D’ici là, les salariés espèrent recevoir le soutien des présidents de Région respectives, Renaud Muselier et Carole Delga.