Tag: Editoriaux

  • Terrorisme domestique

    Terrorisme domestique

    Si à chaque féminicide perpétré en France, les parlementaires avaient l’obligation d’observer une minute de silence à l’Assemblée nationale et au Sénat en mémoire de la femme tuée, ils devraient se lever et se taire trois fois par jour. Peut-être qu’à force de silences répétés, l’exercice deviendrait insupportable jusqu’à l’absurde. Jusqu’à la nausée. Ces cérémonies quotidiennes seraient bien sûr diffusées à la télévision et sur tous les réseaux sociaux. Des féminicides à la Une, trois fois par jour. Cela réveillerait peut-être les consciences, la société.

    Dénoncer dans l’espace public

    Dystopie ? Non. C’est la réalité : chaque jour en France, trois femmes sont victimes de féminicides directs ou indirects. Leur conjoint les a harcelées, violentées, physiquement et psychologiquement ; les a, pour certaines, poussées au suicide. S’en est pris aux enfants, victimes collatérales de la violence domestique. Ce terrorisme intime qui ne dit pas son nom.

    Si, depuis trente ans, l’arsenal législatif a été renforcé pour punir les auteurs de violences conjugales et protéger les femmes, l’explosion des féminicides démontre, malheureusement, que cela ne suffit pas. La dénonciation, dans l’espace public, de ces actes est impérative. C’est le sens du rassemblement organisé ce mercredi soir à Marseille par Femmes solidaires et le collectif Droits des femmes 13. La peur doit changer de camp et les femmes être soutenues, accompagnées, soignées, reconnues. La justice doit passer, mais les dispositifs pour prévenir les violences, sortir de l’emprise, doivent être multipliés. Pour cela, il faut des moyens et la mobilisation de tous.

  • Glissa Nissa

    Glissa Nissa

    Inimaginable. La deuxième ville de la région, Nice, qui devait être le cœur battant des Alpes du Sud à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de 2030, s’est auto-sabordée.

    Par entêtement, courte vue, inimitié politique, le nouveau maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, a pris la responsabilité de faire perdre à sa ville le pôle glace olympique. Une glissade qui emporte dans sa chute la cérémonie de clôture des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030. Un moment d’exposition mondiale pour Nice quand on sait que pour les Jeux d’hiver de Milan-Cortina, près de 3 milliards de téléspectateurs cumulés à travers le monde ont suivi la compétition et que la seule cérémonie de clôture représentant une audience mondiale estimée à 600 millions de téléspectateurs.

    Au-delà de la bérézina

    Un non-sens alors que tous les maires du monde envient une telle promotion de leur ville à l’international.

    Pire, la situation va engendrer une perte, selon les estimations, de 800 millions et 1,1 milliard d’euros pour Nice et la région, en investissements, en retombées touristiques, en héritage dans les infrastructures et les logements… Le choix du recroquevillement, de l’immobilisme, de l’isolationnisme chers à l’extrême droite équivaut à punir les habitants et le tissu économique de toute une partie de la région.

    Face à ce grand gâchis, la proposition de repositionner la cérémonie de clôture à Marseille ou sur le lac de Serre-Ponçon doit être étudiée collectivement pour transformer cette bérézina niçoise en réussite collective pour nos territoires.

  • Des vérités qui dérangent

    Des vérités qui dérangent

    L’avènement de l’intelligence artificielle crée un nouvel univers paradoxal. Il est en capacité de noyer chaque individu sous un raz-de-marée de posts, images, messages, dont la véracité n’est pas avérée,
    met à mal et fragilise l’ensemble des rédactions puisqu’il représente une menace concrète pour de multiples fonctions et métiers et exige, dans le même temps, un surcroît de journalisme, pour vérifier et valider -ou non- les dites « informations ». À cela s’ajoute le jeu des algorithmes, maintes fois dénoncé lors des récentes campagnes électorales, comme vecteur d’un entre-soi qui fait fi de la moindre vérification. L’abandon successif du fact-checking par Twitter puis Facebook en dit long sur cette volonté d’ouvrir les vannes de la « liberté d’expression » qui, aux États-Unis, permet à chacun de dire tout et son contraire, sans les limites légales qui existent -encore- en Europe.

    Une boîte de Pandore

    Une boîte de Pandore, une faille abyssale dans laquelle se sont engouffrés les manipulateurs, les tenants d’une « vérité » parallèle et alternative, qui préfèrent tout bonnement remettre en question un raisonnement cartésien pour faire la part belle aux « croyances ». Donald Trump a lui-même enfermé ses fans et followers via son propre média dans un monde de post-vérités, à l’instar d’un vaste mouvement d’extrême droite passé à l’offensive médiatique en multipliant les saillies complotistes ou climatosceptiques.

    À côté de ça, des dizaines de journalistes sont morts cette année, tués par balles ou par des bombes, pour démêler le vrai du faux, rapporter simplement le témoignage du réel. Celui qui dérange.

  • Le refrain d’une ville

    Le refrain d’une ville

    Il y a encore quelques années, Jul n’était qu’un minot bricolant des sons dans sa chambre, dans le 5e arrondissement de Marseille. Aujourd’hui, il remplit le Vélodrome et entraîne dans son sillage plus de 100 000 personnes venues de toute la France, et bien au-delà, pour deux concerts très attendus, vendredi et samedi. Une ascension fulgurante, presque irréelle, qui raconte autant l’évolution d’un artiste que celle d’une ville.

    Jul, en bouleversant les codes du rap, a surtout imposé les siens. Langage métissé, sonorités hybrides, production à la chaîne : longtemps moqué, souvent critiqué, il a fini par incarner une forme de liberté brute. Comme il le résume lui-même, simplement : « J’oublie tout. » Une musique sans filtre, à son image, qui résonne parce qu’elle ne court après personne.

    Expérience collective

    Le plus frappant, aujourd’hui, est peut-être ailleurs. Dans ces fans venus de Nantes, de Paris, de Belgique ou du Luxembourg, qui convergent vers Marseille comme vers un lieu de pèlerinage. Jul n’est plus seulement un rappeur marseillais : il est devenu une expérience collective, un symbole partagé, un phénomène culturel qui dépasse ses chansons.

    Mais tout ramène à Marseille : ses mots, ses références, son accent ou son imaginaire. Jul est à la ville ce que la ville est à Jul : un miroir vivant, bruyant, multiple. Une bande-son qui se glisse le long de la Corniche et habite les imaginaires de la jeunesse, qu’elle soit en claquettes-chaussettes ou non.

    Un écho qui résonnera le temps de deux soirs au Vélodrome : celui d’une ville qui ne demande pas la permission d’exister et qui sait se fait entendre.

  • Profiteurs de guerre

    Profiteurs de guerre

    Il y a ceux qui payent, et ceux qui encaissent.

    Dopé par la flambée du prix des hydrocarbures, le groupe français TotalEnergies a dégagé au premier trimestre 2026 un bénéfice record de 4,96 milliards d’euros (+51% sur un an). En mars et en avril, les taxes sur les carburants ont rapporté 190 millions d’euros supplémentaires à l’État par rapport à la même période de l’an dernier.

    Ce « surplus » de recettes « financera intégralement » les aides gouvernementales, a indiqué Sébastien Lecornu début mai. Comprendre : les consommateurs payent plus de taxes, une somme encaissée par l’État puis redistribuée aux professions les plus en tension sous forme de chèques afin qu’elles payent des carburants aux coûts exorbitants… aux grandes firmes pétrolières.

    Nationaliser

    Ces profiteurs de crise qui surfent sur l’instabilité du monde et les conflits déclenchés par les États-Unis de Donald Trump s’estiment assez influents pour menacer l’État en cas de mise en place de taxes sur leurs surprofits.

    C’est inadmissible. Une mobilisation populaire est nécessaire pour exiger l’encadrement des marges des raffineurs, le blocage des prix des carburants à 1,50 euro le litre et une nationalisation de ces entreprises qui font leur beurre à rebours de la défense de l’intérêt général.

    Il est absolument nécessaire de réorienter dans notre pays le secteur de l’énergie, indispensable pour agir sur le pouvoir d’achat des Français mais aussi sur l’avenir du climat. Pour cela, il faut du courage politique et un rapport de force qui s’engage.

  • L’énergie du monde d’après

    L’énergie du monde d’après

    Le défi climatique à relever aujourd’hui et pour les siècles à venir comme le blocage très conjoncturel du détroit d’Ormuz… Tout plaide pour en finir avec notre dépendance aux énergies fossiles et donc pour engager les transformations nécessaires à la décarbonation de l’économie.

    Cela implique de très grands investissements pour produire la quantité nécessaire d’électricité décarbonée à travers un mix d’énergies renouvelables et d’énergie nucléaire.

    Cela suppose aussi des infrastructures répondant à ces nouveaux besoins. C’est le cas de la ligne à très haute tension qui doit alimenter les industries 2.0 du golfe de Fos.

    Elle est indispensable à la décarbonation des industries actuelles comme à l’implantation d’usines du XXIe siècle. Les critiques qui lui sont adressées parce qu’elle va traverser des paysages comme ceux de la Camargue, peuvent être atténuées si des moyens sont mis pour l’enterrer sur des segments stratégiques.

    Service public

    Tout cela ne pourra se concrétiser dans notre région comme dans le reste du pays qu’avec une intervention publique forte et planificatrice.

    Le libre-échange, le « laissez faire laissez passer » est mortifère pour les projets de réindustrialisation écologique comme l’a démontré l’abandon du projet Carbon de giga-usine de production de panneaux photovoltaïques à Fos-sur-Mer faute de protection européenne.

    Un grand service public de l’énergie tourné vers la défense de l’intérêt général et la poursuite d’objectifs écologique est l’outil sine qua none d’une politique sérieuse en la matière.

    Sous Emmanuel Macron, on en est encore loin. C’est d’abord parce que les salariés de ce pays sont tenus à distance de ces enjeux qui les concernent directement.

    Pour paraphraser un grand homme, le monde d’après devra se définir par « tout le pouvoir aux travailleurs et l’électrification du pays ».

  • Le troisième tour des municipales

    Le troisième tour des municipales

    Le dernier grand scrutin national avant la présidentielle du printemps 2027, sont les élections sénatoriales, prévues en septembre.

    Si cette élection se déroule dans un climat beaucoup plus feutré que les municipales, puisqu’il s’agit d’un scrutin au suffrage universel indirect (le corps électoral est composé de grands électeurs), elle n’en demeure pas moins majeure.

    Aujourd’hui, la chambre haute du Parlement est dominée par la droite qui y dispose d’une majorité confortable. Une hégémonie qui tranche avec son recul au profit de l’extrême droite RN dans les derniers scrutins nationaux. Il n’empêche, les résultats des élections municipales sont déterminants puisque l’essentiel des grands électeurs est issu des conseils municipaux nouvellement élus en mars. Ces rapports de force dessineront une nouvelle configuration même si seule la moitié des sièges de sénateurs sont renouvelés.

    Freiner les velléités du RN

    Si les listes ne sont pas encore complètes, il se dessine des stratégies, notamment à gauche où l’union est privilégiée, même si elle demeure « un combat », les sièges étant comptés. Ce choix serait cohérent car l’un des objectifs est de freiner les velléités de l’extrême droite RN et de renforcer les rangs des progressistes au Palais du Luxembourg.

    Autre dimension importante, le Sénat est la voie des territoires et donc des collectivités. Sénateurs et sénatrices participent bien sûr à l’élaboration de la loi mais défendent également le développement des communes et départements. Ils en sont, en quelque sorte les porte-paroles. Ce scrutin est donc essentiel.

  • Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés…

    Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés…

    De quoi se nourrit l’intelligence artificielle (IA) dont les chabots (ChatGPT, Claude etc.) saturent notre quotidien ? De l’activité humaine. Deux chercheurs en sociologie de Telecom Paris, Clément Le Ludec et Maxime Cornet, ont travaillé sur la chaîne de travail de la donnée francophone.

    Les travailleurs du clic, ces invisibles

    La démonstration des deux sociologues est implacable : pour fonctionner, l’IA a besoin de données fiables et vérifiées. Seul l’être humain sait. Donc pour « nourrir » les agents IA, l’étiquetage des données est forcément humain et a été délocalisé dans le Sud global, notamment à Madagascar et sur le continent africain. Un travail à la tâche, peu payé, pas du tout valorisé et effectué par ces travailleurs du clic, sans relâche et sans fin. Car en dépit de notre tendance tenace à croire que la machine peut « penser », il n’y a rien de plus faux. La machine est incapable de reconnaître un objet si l’humain ne lui a pas appris, à force de répétition et de codes, à le reconnaître. Ces travailleurs invisibles sont la face cachée et très sombre de l’IA. Ce n’est pas la seule.

    Car la collecte de données est le nerf de la guerre des multinationales de l’IA. Elles se livrent une guerre sans merci et imposent aussi un discours aux citoyens, celui d’une nouvelle révolution post-industrielle. Discours qui vise à servir leurs intérêts financiers. Car si l’IA est d’un usage précieux, notamment pour diagnostiquer des maladies, elle est aussi mise au service de la mort. Reconnaissance faciale, fichage, ces outils ont servi notamment dans la bande de Gaza à l’armée israélienne et aux États-Unis, l’IA est mise au service de la chasse aux étrangers. C’est une forme de technofascisme désormais documentée, notamment par les auteurs de Apocalypse Nerds, comment les technofascistes ont pris le pouvoir. Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet. Les milliardaires propriétaires des systèmes numériques sont pour l’essentiel des néo-fascistes trumpistes. Ils promeuvent un univers de violences et de répressions et font du marché le carburant de leur développement. Peut-on leur laisser la main sur l’IA ? La résistance s’impose.

  • Ruissellement zéro

    Ruissellement zéro

    Des représentants de nombreuses corporations se sont retrouvés à l’appel de la CGT, ce jeudi à Marseille, pour signifier leur inquiétude quant à l’avenir de plusieurs filières économiques majeures de notre région, mais aussi leur exigence de justice sociale.

    Après 10 ans de mandat d’Emmanuel Macron fondé sur la théorie du ruissellement, le bilan est en effet sans appel. En 2025, l’Insee a annoncé un taux de pauvreté record en France depuis près de trente ans : 15,4%, soit près de 10 millions de personnes concernées.

    À l’autre bout de l’échelle sociale, les quarante plus grands groupes français ont versé 107,5 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2025, soit une hausse de près de 55% en quatre ans.

    Ceux qui produisent la richesse

    Si le chômage a baissé, la hausse de la précarité a banalisé la figure du travailleur pauvre dans notre pays.

    Dans de nombreux secteurs, les aides publiques – estimées à 211 milliards d’euros par une mission sénatoriale – n’ont pas été soumises à des critères d’utilité sociale et de renouveau économique. Les exonérations massives de cotisations sociales patronales ont, dans le même temps, fragilisé la Sécurité sociale sans influer sur le niveau de rémunération.

    Bref, le mirage du ruissellement s’est mué en une forme bien réelle de retenue d’argent au sommet de la société.

    Ce n’est pas seulement moralement critiquable, c’est économiquement mortifère. Cette recherche du profit immédiat met en danger des filières toutes entières et obère les perspectives de développement durable, comme en témoigne l’abandon du projet Carbon à Fos-sur-Mer.

    Le monde du travail a de quoi demander des comptes. Il a aussi des propositions pour l’avenir. Il doit être entendu. C’est lui qui produit la richesse ici comme partout.

  • Le renouveau industriel… carbonisé ?

    Le renouveau industriel… carbonisé ?

    Ce devait être la figure de proue de la transition écologique et du renouveau industriel en Europe. Un projet gigantesque d’usine de panneaux solaires made in France implanté dans notre région, à Fos-sur-Mer, créateur de plusieurs milliers de nouveaux emplois. Mais voilà, le projet est abandonné et la société Carbon qui le portait pointe l’incapacité de l’Union européenne à mener une politique fondée sur la défense de la souveraineté industrielle.

    Si l’abandon du projet est un véritable coup de massue pour le territoire, difficile en revanche de tomber de la chaise s’agissant des critiques adressées à l’Union européenne.

    Depuis sa création, elle n’a pas de politique industrielle, mais une politique de désindustrialisation. Sa feuille de route, fondée sur le dogme de la concurrence, du libre-échange du moins-disant social et environnemental, a conduit à des délocalisations massives à l’intérieur de l’Union européenne, puis au-delà.

    Entêtement libéral européen

    Aujourd’hui, alors que l’impératif climatique exige une réindustrialisation décarbonée et que la transition écologique nécessite de repenser complètement notre façon de produire, cet entêtement libéral européen est une impasse.

    Pour répondre aux besoins humains tout en relevant les défis écologiques, il faut un État qui prenne la main, trace des perspectives, protège son industrie et ses productions locales. Il faut aussi des pouvoirs d’intervention des travailleurs qui sont les premiers à souhaiter produire utile et durable.

    Le capitalisme vert est plus qu’un mirage, c’est un oxymore.