Tag: Editoriaux

  • Peu à peu, l’étang reprend vie

    Peu à peu, l’étang reprend vie

    Les bonnes nouvelles sont rares, mais la restauration écologique progressive de
    l’étang de Berre en est une. En seulement deux ans, 750 m² du fond de l’étang ont été recolonisés par des herbiers de zostères, une plante aquatique protégée à l’instar de la posidonie en Méditerranée.

    Une vraie réussite à partir des 8 m² transplantés par la main de l’Homme.

    Ces herbiers de zostères sont essentiels pour la biodiversité. Le Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre les qualifie même de « véritables poumons de la lagune : refuge pour les poissons, lieu de reproduction et zone d’alimentation. Ils produisent également de l’oxygène, protègent les côtes contre l’érosion et constituent un puits de carbone ».

    Avenir vivable

    Leur développement est à la fois une conséquence de l’amélioration de la qualité des eaux, car les zostères ont besoin d’une eau pure qui laisse pénétrer la lumière du soleil, mais aussi un facteur de restauration écologique parce que ces herbiers permettent au vivant de trouver un milieu favorable dans lequel s’épanouir.

    La réduction des rejets d’eau douce de la centrale EDF a amélioré la salinité et la transparence de l’étang.

    Il faut aller plus loin, avec la réouverture du tunnel du Rove qui est programmée, mais aussi en investissant pour détourner les eaux limoneuses de la Durance et du Verdon qui alimentent la centrale hydroélectrique à des fins d’irrigation, dans une région où le manque d’eau est récurrent.

    Ainsi, il serait possible d’allier défense de l’environnement, réponse aux besoins humains et développement du territoire. Oui, cela a un coût élevé, mais la défense de la biodiversité et la construction d’un avenir vivable n’ont pas de prix.

  • L’horreur en face

    L’horreur en face

    Avec le procès Pelicot, on pensait avoir touché le pire de ce qu’un homme pouvait faire subir à sa femme. La première journée du procès de l’ex-compagnon de Laetitia R. fait vaciller cette conviction.

    L’abjection des actes reprochés à l’accusé donne la nausée et en vient à faire douter de l’âme humaine.

    Les deux affaires qui ont éclaté dans notre région, l’une en Vaucluse, l’autre dans les Alpes-de-Haute-Provence, sont-elles révélatrices d’une escalade de comportements effroyables ?

    Probablement pas. En réalité elles nous mettent l’horreur en face.

    Elles accompagnent le grand mouvement de libération de la parole initié par #MeToo et mettent en lumière un continent de violences et de traumatismes jusque-là immergé dans la honte des victimes et l’hypocrisie de la société.

    Le patriarcat asservit les femmes et déshumanise les hommes

    Là où la justice avance parce que des femmes comme Gisèle Pelicot ou Laetitia R. ont eu le courage d’affronter leurs agresseurs mais surtout le qu’en-dira-t-on, c’est l’impunité des auteurs de violences qui recule et la honte qui change de camp.

    Ces affaires ne sont pas des faits isolés, elles révèlent l’ampleur d’un système de brutalité et de domination.

    Elles doivent donner aux victimes de toutes les formes de violences sexistes et sexuelles, le courage de dénoncer les comportements hideux.

    Le patriarcat asservit les femmes et déshumanise les hommes.

    Aucun projet sérieux d’émancipation humaine ne peut faire l’économie de sa remise en cause.

  • Vider la mer

    Vider la mer

    Deux morts et six blessés à Nice, lundi après-midi, un ado de 15 ans tué vendredi à Nantes, des gamins-tueurs embauchés sur les réseaux sociaux, comme l’a démontré le procès d’un recruteur à Paris, encore cette semaine. Toutes les barrières semblent tomber les unes après les autres, pour « gagner » un territoire, étendre son réseau, en clair : « Faire plus d’argent. » Les petites mains se font tirer dessus, des habitants perdent la vie, au gré des fusillades, tandis que, loin des cités et des quartiers populaires, les caïds dont le cynisme le dispute à la cupidité mènent grand train et pavanent à bord de voitures de luxe, comme le montre l’enquête menée dans le cadre du procès de chef présumé du clan Yoda qui s’ouvre ce lundi… La lutte qui se joue autant à l’échelle locale qu’internationale est d’autant plus ardue que les narcotrafiquants disposent d’un véritable trésor de guerre. Leurs profits sont colossaux. D’après l’observatoire français des drogues et des conduites addictives, le chiffre d’affaires de la drogue en France a triplé entre 2010 et 2023 pour atteindre près de 7 milliards d’euros en moyenne. Le constat est tout simplement alarmant : près de 1,1 million de Français auraient consommé de la cocaïne en 2023. À ce compte-là aucune « guerre » ne pourra être gagnée contre les drogues sans une véritable politique éducative, d’encadrement des jeunes cibles faciles des trafiquants comme le soulignent les initiateurs de l’Appel de Marseille, de prévention sanitaire et d’accompagnement addictologique, à grande échelle. Car la drogue est aussi une question de Santé publique. Mener le combat sur « tous les fronts », exige de n’en oublier aucun. À moins de vouloir s’échiner à vider la mer à la petite cuillère. Et continuer dans une surenchère sécuritaire aussi dangereuse que vaine.

  • Uber, nouveau pirate

    Uber, nouveau pirate

    Un monde sans foi ni loi où seul le profit compte au prétexte de proposer de nouveaux services. C’est la ligne de conduite de la multinationale Uber. L’ubérisation de la société – comprendre la dérégulation sauvage du travail – s’étend désormais au domaine maritime dans le secteur de la location de bateaux de plaisance en passe de débarquer à Marseille en juin.

    Imaginons le programme type du néotouriste : il loue sur Airbnb un séjour de courte durée, ce qui aggrave la crise du logement ; il commande son repas sur Uber, livré par les nouveaux damnés de la terre ; Il va ou rentre du stade ou du concert en Uber et il pourra bientôt louer un bateau avec skipper grâce à Uber, associé à Marseille à Click&Boat.

    La mer n’est pas un terrain de jeu

    Comment faire face à ce rouleau compresseur ? En premier lieu, en appliquant la loi ! C’est-à-dire en dotant les services publics de moyens pour contrôler les pratiques de cette multinationale.

    Faut-il attendre un accident dramatique pour agir contre cette prédation ? La mer n’est pas un terrain de jeu. Car si ce type de location exige la présence d’une ou d’un skipper, le système est tellement pervers que ces travailleurs sont souvent contraints d’accepter des conditions contraires à la sécurité pour satisfaire les plateformes et leurs clients. Comme les chauffeurs de taxi Uber soumis à des algorithmes et qui ont cru au miroir aux alouettes de l’auto-entreprenariat, les professionnels de la plaisance seront-ils dévorés à leur tour ? La pratique des loisirs nautiques doit relever d’un cadre rigoureux et l’espace maritime doit demeurer un bien commun et résister à Uber, ce nouveau pirate.

  • Un phare d’humanité

    Un phare d’humanité

    L’événement qui débute aujourd’hui à Marseille et va faire étape dans plus d’une soixantaine de villes jusqu’à fin octobre, doit faire date. Lancé par le président de la République lui-même il y a trois ans, celui-ci écrit aujourd’hui qu’avec cette manifestation : « Nous célébrons la richesse des liens exceptionnels qui unissent les populations de Méditerranée. »

    Effectivement, au travers de ces dizaines d’expositions, performances, concerts et rencontres, la culture fait aujourd’hui le lien entre les différents pays, les différents peuples et les différents artistes du pourtour méditerranéen. Elle encourage à la réflexion, la critique, à porter le regard au lointain, à tendre la main, à se questionner. Mais de là à « célébrer » ?

    Faut-il que le cœur y soit. Las, durant les trois années qui ont séparé l’annonce de la concrétisation du rendez-vous, la Méditerranée a pris une couleur rouge Vermeil, des pays, des territoires saignent, en premier lieu la Palestine, Gaza, le Liban aussi, dont l’existence même est menacée. Quand cette mer ne devient pas le linceul de milliers de personnes fuyant l’oppression et la guerre.

    Politique de la main tendue

    À l’immense espoir soulevé par le printemps arabe en 2010, a succédé une nouvelle chape de plomb, mettant à mal la liberté d’opinion, de penser, de militer… Sans compter certaines postures, privilégiant les discours démagogiques aux relents nationalistes et le repli sur soi plutôt qu’une politique fraternelle de main tendue. Et à naviguer à vue dans ses brumes menaçantes, les artistes et leurs œuvres qui prennent place à Marseille sont autant de phares guidant notre humanité.

  • Cannes, le cinéma en résistance

    Cannes, le cinéma en résistance

    Pourquoi Cannes est le plus grand festival de cinéma au monde ? Parce que la politique n’est jamais restée aux marches du palais. Contrairement aux propos consternants de Wim Wenders, président du jury 2026 de la Berlinale, estimant que le cinéma devait « rester en dehors de la politique », le cinéaste coréen Park Chan-Wook, président du jury cannois, affirme que « le travail artistique a un message politique ». Cette exigence est dans l’ADN du festival de Cannes. Il fut créé par le ministre du Front populaire Jean Zay, (assassiné par la Milice de Pétain le 20 juin 1944, à l’âge de 39 ans) contre la dérive de la Mostra de Venise, déroulant en 1938 le tapis rouge aux nazis et aux fascistes. La guerre ne permit pas sa tenue en 1939 et sa première édition, en 1946, fit la part belle à la résistance avec notamment La bataille du rail, prix de la mise en scène et prix du jury.

    Œuvres indispensables

    80 ans plus tard, la résistance se conjugue au présent. Mais la puissance du cinéma n’échappe pas à celui, en France, qui nourrit un projet « civilisationnel » ultra-réactionnaire, le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. Celui qui a fait fortune dans la France-Afrique et détient médias et journaux, a aussi la main sur une partie du financement du cinéma, via Canal+. Il entend désormais s’approprier les salles UGC et posséder tous les maillons de l’industrie cinématographique. Face à cette offensive d’extrême droite, la résistance passe par un renforcement du service public de la culture et donc du Centre national du cinéma. Un CNC associé aux Régions, dont la nôtre, pour permettre l’éclosion des talents, la création et la diffusion du 7e art.

  • La biodiversité ne peut plus attendre

    La biodiversité ne peut plus attendre

    Le frelon asiatique ne représente pas seulement un problème pour les seuls apiculteurs : il est le symptôme d’un déséquilibre plus profond.

    En quelques années, ce prédateur a trouvé sa place dans nos écosystèmes fragilisés, au point de menacer l’une de leurs pierres angulaires : les pollinisateurs.

    Or, sans abeilles ni insectes sauvages, c’est toute la biodiversité, et plus largement notre sécurité alimentaire, qui vacille.

    Face à cette menace, les initiatives locales se multiplient.

    Des collectivités s’organisent, les habitants installent des pièges, les apiculteurs s’adaptent. Cette mobilisation est salutaire, mais elle révèle en creux l’essentiel : la lutte repose encore trop sur le volontariat et le bricolage. Peut-on réellement enrayer une invasion avec des moyens dispersés et insuffisants ?

    Des choix à assumer

    Car le défi est à la hauteur de l’enjeu écologique. Comprendre les dynamiques du frelon, améliorer les techniques de piégeage, coordonner la destruction des nids : tout cela exige de la recherche, des moyens financiers et une stratégie cohérente au niveau national. Sans cela, chaque territoire lutte seul et bien souvent trop tard.

    Protéger la biodiversité ne peut être un vœu pieux. C’est un investissement. Et comme tout investissement, il suppose des choix politiques clairs et assumés. Faute de quoi, le frelon asiatique continuera de prospérer, et avec lui, le lent effacement du vivant.

  • 8-Mai, leçons pour nos temps troublés

    8-Mai, leçons pour nos temps troublés

    La capitulation sans condition de l’Allemagne nazie, le 8-Mai 1945, symbolise la victoire des Alliés sur une armée et, surtout, une idéologie mortifère aux multiples crimes de guerre et contre l’humanité, dont le génocide des juifs d’Europe, avec la complicité d’États collaborateurs zélés, à l’instar du gouvernement de Vichy, en France.

    C’est, à ce titre, bien plus qu’une page de notre Histoire. Car les mécanismes qui ont accouché du fascisme et du nazisme semblent se remettre en branle, en ce premier quart du XXIe siècle. Il est donc impérieux de tirer les leçons de l’ascension de ces idéologies racistes et antisémites, qui charrient la haine de l’autre.

    Le patronat mise sur le RN

    Car leurs héritiers, les partis d’extrême droite contemporains, misent sur l’amnésie quatre-vingt-un an après la capitulation nazie. L’entreprise leur est facilitée par les partis conservateurs, dits de droite classique, qui font leurs les thèmes obsessionnels de l’extrême droite : la famille, la patrie, la xénophobie, le nationalisme, la guerre… En 2007, Nicolas Sarkozy crut avoir dompté le FN. Près de vingt ans plus tard, le parti des Le Pen a avalé la droite. Désormais, le patronat français mise clairement sur le RN.

    La mécanique est la même outre-Rhin. Qui aurait pu croire que le parti des héritiers des nazis, l’AfD, puisse obtenir des scores records et supplanter les conservateurs ? L’accession de l’extrême droite au pouvoir est-elle résistible ? Oui, si les forces progressistes se réveillent et font déferler un tsunami de progrès social comme ce fut le cas après-guerre. C’est la grande leçon du 8-Mai.

  • La Sécu est à nous

    La Sécu est à nous

    Le chiffre est éloquent. Dans les Bouches-du-Rhône, 83,7% du montant de la fraude à l’assurance maladie identifiée par la Sécurité sociale est le fait de professionnels (72,6%) ou d’établissements de santé (11,1%).

    Loin, très loin, des clichés sur les assurés sociaux avides de fraudes. Il n’est, bien sûr, pas question de pointer du doigt les professionnels de santé dans leur ensemble. Ces fraudes, bien que massives dans leur montant – on parle de plus de 50 millions d’euros d’escroquerie repérés et stoppés en 2025 pour les seules Bouches-du-Rhône – elles sont l’œuvre d’une partie minoritaire des professionnels libéraux et des établissements de santé.

    Vache à lait

    Pour autant, ces détournements sont particulièrement choquants car la Sécu est à nous. Voler l’assurance maladie, c’est voler le fruit des cotisations des travailleuses et des travailleurs, c’est s’en prendre à cette conquête sociale majeure de la Libération.

    Ces professionnels et établissements, sans foi ni loi, n’en ont que faire. Pour eux, la santé est un business et l’assurance maladie, une victime facile. Ni plus ni moins qu’une vache à lait.

    Les résultats obtenus par les mesures de contrôle mises en place par la Sécurité sociale laissent imaginer l’ampleur du phénomène, étonnamment absent du débat public.

    Privée de ressources par les exonérations décidées par les gouvernements successifs, pillée par des professionnels de santé malhonnêtes, la Sécu mérite mieux.

    Elle est à nous. Défendons-la sur tous les fronts !

  • Devoir de solidarité

    Devoir de solidarité

    La petite île rebelle tiendra-t-elle bon encore une fois face au géant états-unien ? La question n’a jamais été autant d’actualité. Étranglé par un blocus illégal et condamné par l’ONU depuis plus de 60 ans, le peuple cubain subit des restrictions extrêmes depuis l’entrée en fonction de Donald Trump.

    Après l’enlèvement du président vénézuélien, la guerre avec l’Iran, les menaces adressées au Groenland, le président des États-Unis redouble d’agressivité à l’égard de l’île caribéenne, qui a fait le choix de se soustraire à son emprise impérialiste en 1959.

    Marseille-La Havane

    Face aux déclarations guerrières de l’hôte de la Maison blanche, en violation du Droit international, très peu de réactions parmi les États.

    Pire, alors que le peuple cubain traverse une véritable crise humanitaire infligée par les sanctions états-uniennes, la communauté internationale semble impuissante à venir en aide à la population civile.

    Fort heureusement, la société civile, dans notre région comme ailleurs dans le monde, se mobilise de son côté pour faire parvenir de l’aide matérielle, mais aussi pour faire parler de la situation d’injustice subie par le peuple cubain.

    La solidarité doit également s’exprimer par des coopérations décentralisées. Villes et collectivités ont aussi un devoir de mobilisation.

    Des jumelages se sont noués pour soutenir les peuples ukrainien et palestinien au plus dur des conflits qui les ont frappés. Vivement un jumelage Marseille-La Havane !