Tag: Cinéma

  • À Marseille, mémoire des récits, intimes et politiques, contre l’oubli

    À Marseille, mémoire des récits, intimes et politiques, contre l’oubli

    Mise en scène par Michel André, fondateur du Théâtre de la Cité, espace théâtral situé sur la rue Edmond-Rostand qui porte la Biennale des écritures du réel, la lecture performée Les nouveaux anciens ouvre cette manifestation mercredi 18 mars. Guidée par Tiodhilde Fernagu, autour d’un texte de Kae Tempest, une balade enivrée de poésie qui appelle à « trouver les héros de notre quotidien », résume Magda Bacha.

    L’augure de ce festival de 75 propositions en tous genres qui, comme le souligne sa directrice adjointe, explore pour sa 8e édition « la thématique de l’oubli. En faisant ce choix, on part de nos histoires intimes, de nos creux, manques et pertes pour essayer de réinventer le réel ». De petites histoires qui s’inscrivent dans la grande, il sera beaucoup question au cours de la programmation. « Pour dépasser un état de sidération. » Un credo trouvant ses premières illustrations avec Minga de una casa en ruinas du colectivo Cuerpo Sur au Théâtre Joliette, « qui fait écho au retour au pouvoir de l’extrême droite et de José Antonio Kast au Chili », contextualise-t-elle. La dramaturge Ebana Garin Coronel y « raconte l’exil de sa mère qui avait dû fuir la dictature de Pinochet et montre comment se reconstruire quand on est obligé de tout quitter ».

    Liban, Rwanda, Arménie…

    La guerre civile au Liban (1975-90) occupera aussi l’esprit de plusieurs spectacles, parmi lesquels Silence, ça tourne, autour du massacre du camp palestinien de Tel al-Zaatar, « commis par des milices phalangistes chrétiennes ». Chrystèle Khodr et Nadim Deaibes « entrelacent les voix » d’une infirmière suédoise rescapée de ce charnier, « d’un médecin palestinien dont elle tombe amoureuse et d’un journaliste qui veut raconter son histoire », précise Magda Bacha. Alors que les crimes de guerre et génocides ne cessent pas de nos jours, la Biennale réparera également l’oubli de deux autres crimes contre l’humanité : le génocide rwandais, à travers Hewa Rwanda, lettre aux absents, à la Friche Belle de Mai, d’après un récit écrit et incarné par Dorcy Rugamba qui « pose la question de la résilience et de la foi quand l’irréparable a été commis ». Mais aussi le génocide arménien, encore et toujours nié par le pouvoir fasciste en Turquie, dont les atrocités trouveront une résonance avec les lectures performées de Pieds nus et Au bord de l’effacement, sur les pas d’exilés arméniens dans l’entre-deux-guerres, lors d’une soirée aux Archives départementales.

    Réel ancré dans la ville

    « La Biennale veut redonner de la visibilité à des choses qui ont moins de place et enrayer le spectacle de la cruauté, comme l’écrit l’anthropologue Chowra Makaremi », situe Magda Bacha, qui pointe également des journées de « créations partagées et journées festives, le 25 avril dans les centres sociaux Del Rio et des Musardises », à la Viste et Consolat, puis le 3 mai à la Maison des arts de Marseille, sur les lieux de l’ancien Théâtre Toursky.

    Outre sa vitrine festivalière, la Biennale des écritures du réel participe tout au long de l’année à la formation de troupes de jeunes et d’adultes « n’ayant jamais fait de pratiques artistiques. Le thème de l’oubli est venu de nos discussions avec elles. Les écritures du réel ont une utilité sociale », affirme la directrice adjointe de la manifestation. Parmi les nombreuses propositions de la Biennale, le centre social Saint-Mauront accueillera aussi le spectacle de Julien Gallix, J’oublie tout, référence au titre emblématique du rappeur Jul, pour parler des identités actuelles de la jeunesse.

  • Dix jours de cinéma d’outre-Manche à Nîmes

    Dix jours de cinéma d’outre-Manche à Nîmes

    Pendant dix jours, le public pourra découvrir plus d’une trentaine de films couvrant plus d’un siècle de cinéma britannique et irlandais au cinéma le Sémaphore et à Carré d’Art. Avant-premières, films inédits, documentaires ou classiques restaurés composent une programmation éclectique fidèle à l’ADN du festival : mêler patrimoine et création contemporaine.

    Temps fort de cette édition, la venue du réalisateur irlandais Jim Sheridan, figure majeure du cinéma engagé. L’auteur de My Left Foot, In the Name of the Father ou The Boxer accompagnera plusieurs projections et rencontres avec le public. Six de ses films seront présentés durant le festival.

    Classiques et découvertes

    Les organisateurs proposent également plusieurs hommages, notamment au cinéaste britannique Charles Crichton, réalisateur du célèbre Un poisson nommé Wanda, ainsi qu’à Peter Watkins, disparu en 2025. Le festival mettra aussi en lumière la vitalité du nouveau cinéma irlandais avec plusieurs films inédits, dont Aontas, Fréwaka ou Horseshoe. Des courts-métrages de la London Film School, présentés par son directeur Chris Auty, complètent la programmation.

    Autre rendez-vous original : un ciné-concert autour de Sherlock Holmes, porté par Virgile Goller, qui fera dialoguer images muettes et musique en direct. Master classes, rencontres avec les invités et séances spéciales jalonneront également ces dix jours de projections.

  • À Salon, traversée du monde en films filiaux et féministes

    À Salon, traversée du monde en films filiaux et féministes

    Son affiche présente une femme cagoulée en violet. Pas une déclinaison féminine de l’homme araignée, mais plutôt une autre héroïne, une vraie, celle-là : l’une de celles qui a lancé « le mouvement Metoo au Chili », avant qu’il ne se répande à travers le globe, précise Patricia Flori, présidente des Rencontres cinématographiques de Salon-de-Provence, qui se déploient dans la ville du 13 au 22 mars. Un personnage de La ola, film musical de Sebastián Lelio dans le sillage de cette militante à Santiago qui « dénonce la société patriarcale et les violences faites aux femmes. Le cœur battant de notre festival, c’est d’être aux côtés de celles et ceux qui ont un désir d’émancipation et résistent. Nous aimons enjamber les frontières et les préjugés », résume l’organisatrice.

    Au menu de cette manifestation, 171 projections d’une soixantaine de films et une quarantaine de pays traversés pour « promouvoir le cinéma Art et essai », inaugurées par celle de Julian. Réalisé par Cato Kusters, « un film militant sur le mariage pour tous qui cartographie ce droit ». Une histoire d’amour inscrite dans le cadre d’un focus sur le cinéma belge initié par les Rencontres cinématographiques de Salon, qui exploreront aussi particulièrement la création à l’œuvre en Italie, en République tchèque ou encore en Iran, à travers les films 7 jours et La femme qui en savait trop, respectivement autour d’une militante pour les droits de l’homme emprisonnée dans son pays et d’une professeur de danse victime de pressions du régime.

    Passerelles pacifistes

    « Notre ADN consiste à jeter des passerelles vers les autres, déconstruire les préjugés et porter le féminisme, même si toutes les causes se rejoignent », rappelle la présidente de ce festival, pointant entre autres Résister pour la paix, documentaire de Hanna Assouline et Sonia Terrab qui « tient sa position pour la paix » en Palestine et en Israël, « sans renoncer aux valeurs, en dénonçant la colonisation, l’apartheid et la guerre à Gaza ».

    « Mais », prévient-elle, la sélection de ce festival qui accueille jusqu’à 14 000 spectateurs, comporte également « des grandes histoires d’amour, des polars, des films plus accessibles que d’autres pour toucher un public qui ne va pas forcément vers l’art et essai ». Illustration avec Muganga, celui qui soigne de Marie-Hélène Roux, d’après la vie d’un médecin congolais et futur Prix Nobel de la paix qui vient en aide aux victimes de violences sexuelles dans son pays. « Si la thématique de la filiation s’est imposée à nous, nous programmons aussi des films qui sont davantage porteurs de la promesse d’une vie meilleure », indique Patricia Flori, tout en soulignant la diffusion du documentaire de Thomas Ellis, Tout va bien, ou encore du « petit bijou réalisé par Antoine Fromental », Retour au collège, « qui porte un regard bienveillant sur la communauté éducative ».

  • Des films d’amour à rudes épreuves à Rousset et Aix

    Des films d’amour à rudes épreuves à Rousset et Aix

    « Écouter les battements du monde à travers une sélection de films intimes, spectaculaires et universels, révélant des cinéastes talentueux et créatifs. » Édictés par sa directrice Sylvia Vaudano, les préceptes du festival Nouv.o.monde dont la 15e édition s’ouvre par la projection des Filles du désir de Princia Car, dans l’amphithéâtre 4 de l’Université d’Aix (entrée libre). Sélectionné lors de la dernière Quinzaine des réalisateurs de Cannes, un drame dans le sillage d’un moniteur de centre aéré, lors d’un été brûlant à Marseille, jusqu’à ce que l’une de ses amies d’enfance, « ex-prostituée, bouleverse et questionne leur équilibre, le rôle de chacun dans le groupe, leur rapport au sexe et à l’amour ». 10 films ainsi qu’une séance de courts-métrages issus de 12 pays nourrissent ce festival qui voguera, le lendemain, vers le cinéma le Mazarin, avec Yellow letters. Réalisé par Ilker Catak, un film autour d’un couple composé d’un professeur à la faculté d’Ankara, et de sa femme, une « célèbre comédienne », qui reçoivent tous deux « une lettre de révocation » de l’État en raison de leur engagement politique.

    À partir du 13 mars, Nouv.o.monde aura pour centre névralgique la salle Émilien- Ventre. Au menu, l’avant-première de Sorda, d’Eva Libertad Garcia, dans les pas d’Angela, « sourde de naissance », et de ses craintes à l’aube d’avoir son premier enfant. À noter également, La gifle, de Frédéric Hambalek, plongée dans les tourments familiaux d’un couple a priori « parfait », mais dont l’équilibre va vaciller « lorsque leur fille développe soudainement des capacités télépathiques ».

  • Entre musique et cinéma, une partition commune à Marseille

    Entre musique et cinéma, une partition commune à Marseille

    Au XVIIIe siècle, à Venise, l’Ospedale della Pieta forme de jeunes musiciennes orphelines, parmi lesquelles la prodige Cecilia, dont la « vie va être bouleversée par l’arrivée » d’un certain Antonio Vivaldi, maître du violon. Réalisé par Damiano Michieletto, Vivaldi et moi fait l’ouverture du festival Music & Cinéma à l’Artplexe, en présence du compositeur de la bande originale, Fabio Massimo Capogrosso, augurant des multiples tandems cinéaste-compositeur de musique de film faisant tout le sel de cette manifestation qui a pour centre névralgique le cinéma situé en haut de la Canebière, du 30 mars au 4 avril.

    Seul festival qui interroge à ce point la relation entre l’image et la musique en Europe, Music & Cinéma verra sa 27e édition irriguée par dix films dans la compétition longs-métrages. « Avec 13 pays représentés, majoritairement d’Europe », campe son président Jacques Sapiega. Figure ainsi à ce menu L’étrangère. Filmé par Gaya Jiji et musique signée Valentin Hadjadj, l’histoire d’une femme qui fuit la Syrie, laissant au pays un enfant et un mari « dans les geôles du régime », destination Bordeaux, où elle tombe amoureuse d’un avocat qui lui vient en aide.

    Rencontres et marché

    Cette mouture conviera également la réalisatrice et comédienne Romane Bohringer comme « invitée d’honneur », tout comme le Britannique Steven Price, « l’un des plus grands compositeurs de musiques de films au monde » à l’origine de Gravity, Baby driver ou Suicide squad, précise Anne-Gaëlle Rodeville, déléguée générale d’un festival aussi nourri par des « Accords en duo ». Explorant « comment musique et image se répondent pour donner vie à un film », une section qui invite cette année Cyriel Aris et Anthony Sahyoun pour Un monde fragile et merveilleux ainsi qu’Olivier Masset-Depasse et Frédéric Vercheval pour Duelles, récompensé il y a quelques années par neuf Magritte du cinéma, l’équivalent belge des César.

    Espace de diffusion et de rencontres avec les équipes de films, Music & Cinéma propose par ailleurs de nombreux dispositifs tels que « le marché international de la composition pour l’image » qui permet à des centaines de « producteurs et réalisateurs de présenter un projet de film ou série déjà financé, de trouver des compositeurs. Le seul marché au monde à faire cela », développe Anne-Gaëlle Rodeville. Des projections « coups de cœur » auront aussi droit de cité, un certain nombre de films étant conçus par des artistes marseillais. Parmi ceux-ci, Claude McKay, errances d’un poète révolté de Matthieu Verdeil, qui fait ressurgir l’œuvre de cet écrivain jamaïcain préfigurateur de la négritude, passé par la cité phocéenne dans les années 1920.

    Programme complet sur www.music-cinema.com

  • La Ciotat nous rassemble est en ordre de bataille

    La Ciotat nous rassemble est en ordre de bataille

    « Notre liste est diverse, compétente et ancrée dans la vie réelle », amorce, salle Saint-Marceaux, Delphine Rochette, une colistière. Devant un auditoire de plus de 180 personnes, elle précise : « Aujourd’hui, 56% de notre liste est composée de non encartés. » Secrétaire de section PCF de La Ciotat et 5e sur la liste, après Karim Ghendouf (PCF) tête de liste, Mariann Chrétien ou Jérôme Assier (PS), Sébastien Madau souligne que, sur les 39 noms de LCNR, 19 sont nouveaux, et 20 « étaient déjà là ».

    La liste est le résultat de l’union du « PCF, du PS, des Écologistes, de Génération.s, de Debout et de la Gauche républicaine et socialiste », rappelle pour sa part Karim Ghendouf.

    Retour d’un cinéma

    Prenant la parole à la fin, la tête de liste a évoqué la méthode d’élaboration du projet municipal de LCNR : « La coconstruction. Elle s’appuie également sur une expertise solide des dossiers, forgée par de longues années de travail dans l’opposition. » LCNR tient à la démocratie locale et « nous consulterons les Ciotadens sur les grands sujets avec les référendums d’initiative locale ».

    Karim Ghendouf a poursuivi : « Nos priorités sont claires : loger les Ciotadens, alors qu’une personne sur deux est éligible au logement social à La Ciotat. Mais aussi investir dans nos écoles. Favoriser les mobilités douces. Avoir un réseau de bus plus propres, avec une plus grande fréquence. » Il a également promis « d’identifier un terrain » pour une aire destinée aux gens du voyage. Le communiste soutient le retour en gestion publique de certaines missions communales déléguées au privé. « Ce n’est pas de l’idéologie : c’est du bon sens », a-t-il appuyé.

    En matière de culture, un des projets de la liste est de créer, dans l’ancien cinéma Lumière fermé en 2023, « un vrai pôle culturel (…). Nous y prévoyons deux salles de cinéma, vocation historique du lieu depuis 1913 ! » a annoncé Mariann Chrétien (société civile). Jérôme Assier (PS) a défendu, en matière de tranquillité publique, « un débat sur la sécurité apaisé. (…) Nous miserons sur la prévention, la médiation et la proximité. »

    Pour l’éducation, Laetitia Vivaldi a promis « la gratuité effective de l’enseignement ». Sur le plan de l’économie, LCNR appelle de ses vœux « la création d’un centre de formation aux métiers de la mer qui permettra de forger un vivier local de compétences » pour les chantiers navals. Isabelle Mazuc (Les Écologistes) a indiqué que LCNR s’emploiera notamment à protéger les terres agricoles de la bétonisation. « Il nous reste quatorze jours pour convaincre et créer la surprise », a lancé Karim Ghendouf.

  • Des réalisateurs font leur « première fois » à Marseille

    Des réalisateurs font leur « première fois » à Marseille

    « Cette année, la pression politique sur les lieux de programmation culturelle augmente, mettant en péril la liberté de montrer », observe dans un éditorial l’équipe du festival La première fois, se référant à certains épisodes récents comme la censure par le maire LR de Cannes d’une projection du documentaire autour du génocide à Gaza, Put your soul on your hand and walk, ou « le lobbying politique et médiatique pour la fiction évangéliste conservatrice Sacré cœur »

    Face à cette pression et « à l’approche d’élections qui pourraient voir arriver ces mêmes censeurs à de nouveaux postes de pouvoir », écrivent les jeunes organisateurs, « nous défendons par ce festival notre pratique, notre liberté et celles des réalisateurs et réalisatrices que nous diffusons ».

    Histoire et mémoires

    Créé en 2009 par des élèves aixois du master Écriture documentaire afin de montrer leurs films de fin d’études, le festival La première fois, dont la 17e édition investit quelques salles du centre-ville de Marseille du mardi 3 au dimanche 8 mars, s’est vouée au fil du temps à montrer des premiers documentaires. Cette édition s’ouvrira au cinéma Les Variétés par la diffusion de Festa Major, dans lequel Jean-Baptiste Alazard suit les habitants d’un village des Pyrénées « à l’approche » de cette fête qui « soude la communauté » depuis « au moins 125 ans ». Parrain du festival ce réalisateur dispensera une « masterclass » le lendemain à La Baleine, avant la diffusion d’un autre de ses films, L’âge d’or.

    À partir du 5 mars, le Vidéodrome2 deviendra le centre névralgique de La première fois et théâtre des projections d’une quinzaine de premiers films. Une séquence amorcée par celle de La station, court-métrage de Lisa Chapuisat qui rend un hommage musical à la dernière station uvale de France, « vouée à disparaître », dont le charme désuet mais profondément humain se répand sur le cours Pierre Puget. Le symbole d’une sélection dont la fraîcheur des films échappe à tout formatage, comme pourront l’illustrer notamment De plomb et de charbon de Thomas Uzan, plongée dans les « rêves disparus » des mines désaffectées de l’Est du Maroc « datant du protectorat français », ou encore Je ne suis qu’un corps. Sa réalisatrice Lael Morin « s’unit » à deux femmes qui « font corps pour briser le silence, pour raconter une histoire d’inceste ». De souvenirs et d’histoire, il sera aussi question dans Mémoires croisées, dans lequel Shayma’ Awawdeh fait rejaillir « la peur, l’état de siège et la mort, quotidien d’Hébron, en Palestine, durant la seconde Intifada » à travers « des souvenirs d’enfance entremêlés à la mémoire collective ». Des échanges sont prévus avec les cinéastes à l’issue des séances.

    Programme détaillé sur www.festival-lapremierefois.org

  • L’audace du cinéma japonais des années 1960 à Aix

    L’audace du cinéma japonais des années 1960 à Aix

    Après avoir exploré l’œuvre du réalisateur suédois Bo Widerberg au cours du mois passé, l’Institut de l’image d’Aix poursuit son tour du monde et des époques du cinéma en partant à la découverte, à partir du jeudi 5 mars, du cinéma japonais des années 1960. Face à la submersion de l’esprit de la Nouvelle vague à cette période-là, « les cinéastes des majors vont profiter du vent de liberté qui se lève sur le pays pour se montrer vraiment audacieux », indique le programme de cette maison qui délocalise un cycle dédié d’œuvres remarquables à l’École supérieure d’art d’Aix.

    « Yakuza au féminin »

    « Ainsi, les films de Yasuzo Masumura vont avoir le goût du souffre », à l’instar de La femme de Seisaku (1965), ascension et chute de la maîtresse vénale d’un riche marchand, sous l’ombre de la guerre russo-japonaise, ou de La bête aveugle (1969), sur l’enlèvement d’un modèle par un sculpteur « pour la soumettre à l’empire des sens afin qu’elle devienne une statue idéale ». L’un de ses autres drames emblématiques, L’ange rouge, fera l’objet d’une discussion, samedi 21 mars, avec Pascal-Alex Vincent, spécialiste du 7e art de l’archipel nippon. « Le meilleur du cinéma japonais, c’est aussi celui des grands auteurs de studios », estime-t-on du côté de l’Institut de l’image d’Aix qui proposera certains films « à surprenante beauté formelle » de Kenji Misumi, sans compter des récits de yakuza « se conjuguant au féminin » comme Lady Yakuza: La pivoine rouge ainsi que Le jeu des fleurs.

  • Fraise, le lieu où la création se nourrit des autres à Montpellier

    Fraise, le lieu où la création se nourrit des autres à Montpellier

    À l’origine, Philippe-André Dayan, ancien consultant en acquisition d’entreprises raconte ne plus se reconnaître dans un univers « où ça manquait de sens et de cœur ». Il tâtonne, crée un fonds de dotation, expérimente. Puis l’idée d’un lieu s’impose. L’hôtel est acheté en fonds propres en 2021. Le projet prend le nom de Fraise, Fonds pour le rayonnement artistique, l’intégration sociale et l’emploi. Le principe est de produire des œuvres tout en accompagnant jusqu’à 50 professionnels porteurs de projets culturels. Pour ce faire, des studios, une structuration juridique, des conseils artistiques, de la mise en réseau. « L’objectif, c’est de permettre aux artistes d’avancer vite, avec les bons outils. » La gouvernance est pensée comme un garde-fou avec commissions collégiales, audit externe, transparence statutaire. « On veut inscrire les projets dans une réalité commerciale sans que la logique marchande interfère dans le processus de création. Si on veut réussir, il faut trouver des terrains de collaboration. »

    La recherche comme terrain

    Au-delà de la production, Fraise revendique un ancrage intellectuel avec des universités telles que Yale ou encore l’Université Paul-Valéry, à travers le laboratoire Leyris. Vincenzo Susca, professeur de sociologie, accompagne le projet. « Il y a aujourd’hui un besoin aigu de laisser s’exprimer des désirs de création en dehors d’un cadre capitaliste basé sur la concurrence. » Il y voit l’émergence de tiers-lieux où « les individus cherchent des formes d’identification liées à l’art, à l’esthétique et à la communauté. »

    Le partenariat prévoit des bourses pour des doctorants travaillant dans les jeux vidéo, le cinéma entre autres. Certes Fraise n’a pas encore ouvert ses portes, mais le chantier est déjà habité de projets. Entre ces murs se dessine une tentative d’organiser la création sans l’industrialiser et collaborer plutôt que concurrencer. Reste à savoir si ce pari trouvera son rythme à l’ouverture au printemps et au-delà.

  • Le court-métrage d’un ex-élève de la Satis aux César

    Le court-métrage d’un ex-élève de la Satis aux César

    Arnaud Delmarle, 28 ans, a appris que son court-métrage de fiction était nominé aux César, prestigieuse récompense du cinéma français… sous sa douche. Sa sœur le lui a annoncé. « Ma réaction a été la joie et du coup, cela a été plutôt une douche chaude qu’une douche froide », s’amuse-t-il. « Quand on a inscrit notre film en juillet, on ne pensait même pas passer le cap d’être montré au jury… », raconte-t-il. Mais si. Big Boys don’t cry a fait partie des 200 films éligibles aux César, puis de la quarantaine sélectionnés, et maintenant il est dans un dernier carré de 4 courts-métrages de fiction. « Pour moi, être nominé, c’est la meilleure des récompenses. Cela signifie que les 4 000 à 5 000 votants du jury ont vu et voté pour le film. C’est une validation du milieu du cinéma. Après, s’il doit y avoir une récompense, ce sera évidemment la cerise sur le gâteau. Mais le plus important pour moi, c’est que le film rencontre son public et le touche », assure le jeune réalisateur.

    Un directeur très fier

    Avec Léa Oury, co-scénariste du film, de la même promo- 2020- qu’Arnaud à la Satis (Sciences, arts et techniques de l’image et du son), le jeune homme s’est emparé d’un thème pas si facile à traiter. « Big Boys don’t cry parle de vulnérabilité masculine et de difficulté à exprimer ses émotions en tant qu’homme. » Arnaud Delmarle a choisi Saint-Chamas pour tourner avec son équipe d’anciens élèves de la Satis. « Je voulais vraiment choisir un village dans l’été pour que justement le groupe soit vraiment enfermé, encore plus que si c’était à Marseille, à l’image des idées préconçues du groupe sur la virilité », explique le réalisateur. Admis sur concours à la Satis, école publique de cinéma dans le giron de l’université Aix-Marseille, Arnaud Delmarle en fait beaucoup d’éloges. « Il existe quand même très peu de telles écoles en France. Beaucoup sont privées et hors de prix et continuent à faire perdurer cette pensée que le cinéma serait quelque chose d’élitiste. »

    Ce qui n’est pas le cas avec la Satis. « Pour intégrer cette école il faut passer un concours sélectif mais une fois qu’on est rentré, on rencontre des gens passionnés aussi par la même chose », évoque le réalisateur. Dotée de l’un des plateaux techniques les plus complets parmi les écoles de cinéma en France, la Satis a formé près de 1 700 étudiants depuis son implantation à Aubagne en 1988. Rémi Adjiman, le directeur de la Satis, s’est dit « profondément fier d’Arnaud et de tous les anciens élèves qui ont donné naissance au magnifique Big Boys don’t cry, mais également pour porter l’école de la Satis d’Aix-Marseille université jusqu’aux César. »