Tag: CGT

  • Occitanie : le mouvement social prend un coup de jeune

    Occitanie : le mouvement social prend un coup de jeune

    Le mouvement lycéen, parti de région parisienne il y a près de trois semaines, est désormais massif, actif et déterminé dans tous les territoires de la métropole et en outremer. Dans l’Hérault et le Gard, la quasi-totalité des lycées publics, généraux mais aussi professionnels, est dans l’action pour exiger de bonnes conditions de travail, autant matérielles qu’éducatives.

    La maturité des lycéens, dont l’écrasante majorité sont des mineurs, est un motif de fierté pour leurs aînés. Si parents, professeurs ont décidé de les encadrer et de les protéger face à la répression ahurissante du gouvernement, le mouvement lycéen reçoit aussi le soutien et la participation des syndicats de salariés, au-delà de la seule communauté éducative. Ainsi, le syndicat CGT de l’Hérault de l’action sociale précisait, le 6 octobre dans un communiqué que « les revendications lycéennes, plus que légitimes, rejoignent les [leurs] », dont « un budget de l’Éducation nationale à la hauteur des besoins des élèves et des personnels de l’Éducation nationale, pour une augmentation des salaires, des embauches et des conditions de travail décentes dans le secteur social et médico-social ».

    Cette « convergence » entre lycéens et syndicats de salariés s’illustre aussi dans le Gard où les unions locales CGT, FSU et FO ont signé un appel commun de soutien aux adolescents en lutte et appelé à manifester le 6 octobre. « Lors du rassemblement du 29 septembre [journée de grèves et de manifestations dans la fonction publique] nous avons donné la parole à des jeunes mobilisés. Nous leur avons proposé notre solidarité et notre soutien tout en réaffirmant un principe essentiel : leur mobilisation leur appartient et nous ne déciderons jamais à leur place », précisent les trois unions locales. Ce jeudi 8 octobre, un nouvel acte de la mobilisation lycéenne a agrégé une nouvelle fois les syndicats de l’éducation nationale et de salariés.

    Les élus locaux d’Occitanie s’engagent également. Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a exprimé son soutien lors du conseil municipal, le 6 octobre : « La casse, la destruction de biens, n’est jamais la solution et doit être condamnée. Mais la violence contre la jeunesse ne peut pas être la réponse. La réponse doit être le dialogue, l’esprit de responsabilité. Nous sommes ouverts pour dialoguer. Si les lycéens souhaitent des lieux pour s’exprimer, ils seront grands ouverts. Les jeunes veulent que leurs profs soient remplacés, que l’épreuve au Bac et les emplois du temps soient lisibles, cohérents. Ils veulent sortir de l’angoisse de Parcoursup », résume l’élu, lui-même professeur d’histoire-géo. « Je tenais à faire part de mon soutien. On ne peut pas être dans une surenchère de violence et de réponses anormales », a déclaré le maire socialiste. La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), a tenu aussi à « [s]’adresser directement aux lycéennes et aux lycéens. Votre colère, je l’entends. Vous avez raison de vous mobiliser, de demander de meilleures conditions d’études, des professeurs remplacés, davantage de moyens pour préparer votre avenir. Je sais votre inquiétude de voir les inégalités se creuser et votre sentiment de ne pas être assez écoutés ». Elle était d’ailleurs aux côtés du maire communiste de Nîmes Vincent Bouget cette semaine (lire aussi p. 7).

    Pour tous les partis de gauche, LFI, PS, EELV, NPA, PCF, il s’agit d’être aux côtés de la jeunesse dans ce mouvement à bien des égards historique. « C’est une génération entière qui aujourd’hui exprime sa colère, sa volonté de trouver dans la société la place qui lui revient. Ils et elles méritent des réponses à la hauteur de leurs attentes, de leurs espoirs et non des fins de non-recevoir quand ce n’est pas la répression et la violence policière », souligne Jacques Chabalier, secrétaire de la section de Nîmes du PCF. Pour la fédération du PCF de l’Hérault, dont la secrétaire générale est aussi élue de Montpellier, Clara Gimenez, « d’autres choix sont possibles » et « la baisse démographique (…) doit permettre de diminuer réellement le nombre d’élèves par classe, de recruter les enseignants et les personnels nécessaires et de donner davantage de temps à chacun pour apprendre et réussir ». Une visée exclue par les macronistes.

  • La Seyne-sur-Mer : pour s’armer intellectuellement contre l’extrême droite

    La Seyne-sur-Mer : pour s’armer intellectuellement contre l’extrême droite

    Une soirée de réflexion proposée autour de deux de ses livres aux titres évocateurs : « L’Arabe, nouveau bouc émissaire du capital » et « Du fascisme historique au nouveau fascisme ».

    Dans un département où l’extrême droite ne cesse d’augmenter son influence et ses prises de guerre, comme l’ancien bastion de gauche qu’était l’ex-Cité des Chantiers où va se dérouler l’initiative, nul doute que les échanges seront féconds. Comme l’analyse d’André Prone qui fournit de la matière pour continuer le combat.

  • Une exposition sur l’histoire locale du Front populaire à Gap

    Une exposition sur l’histoire locale du Front populaire à Gap

    Pour les 90 ans du Front populaire, l’institut d’Histoire sociale CGT du département (IHS-CGT 05) organise une exposition itinérante « Le Front populaire dans les Hautes-Alpes », composée de dix-sept panneaux retraçant à la fois le contexte national mais surtout le déroulement de cette période dans le département. La première étape a lieu ce samedi à Gap au Foyer des jeunes travailleurs à partir de 10h. À 16h, le court-métrage de fiction « La Rage au cœur », qui se déroule dans le bassin minier du Nord, sera diffusé, suivi d’une conférence sur les aspects marquants du Front populaire dans les Hautes-Alpes, présentée par Philippe Cottet, président de l’IHS-CGT 05.

    « L’idée est d’ensuite démultiplier l’événement », explique-t-il. En novembre, l’exposition sera disponible à L’Argentières : « C’était la ville ouvrière du département, avec son usine d’aluminium. 800 salariés : c’était énorme pour le département ! » Après un nouveau passage à Gap en janvier 2027, l’exposition ira jusqu’à Veynes, « la ville cheminote ». Plusieurs panneaux retracent l’histoire de ces villes au moment du Front populaire. « Ce qui caractérise le département à cette époque, c’est que ce n’est pas un territoire industrialisé, donc le syndicalisme n’est pas fort au départ », explique Philippe Cottet, auteur du livre Les Hautes-Alpes dans le Front Populaire 1936-1938. Les visiteurs sont amenés à découvrir notamment deux luttes emblématiques du département : la grève du BTP à Gap, première grosse mobilisation locale, grâce à laquelle les salariés ont obtenu des avancées sociales. Puis, celle de l’usine textile La Cotonnière à Savines : un conflit d’un an, qui s’est soldé par un échec. Une exposition qui, Philippe Cottet l’espère, fera écho aux enjeux politiques actuels.

  • RSA : le conseil départemental de Vaucluse retoqué sur une suspension

    RSA : le conseil départemental de Vaucluse retoqué sur une suspension

    Depuis cinq ans, le Vaucluse est le département qui accuse la plus forte baisse du nombre d’allocataires du RSA, à -32% quand la moyenne nationale tourne autour de -4% sur la même période. Si le Département vante sa politique de « remise au travail », syndicats et élus de gauche dénoncent une marche forcée avec une politique drastique de suspensions/radiations, comme l’exposait encore la CGT fin juin en amont de la séance plénière.

    Le 21 septembre dernier, une décision de justice vient de recadrer le conseil départemental : le Conseil d’État a demandé au Département de revoir sa copie sur le cas d’une allocataire, qui ne s’était pas présentée à une réunion obligatoire, et dont les droits avaient été suspendus pour 4 mois en 2024. Or, cette dernière s’était justifiée en présentant un arrêt maladie qui autorisait les sorties du domicile. Si au départ, le tribunal administratif de Nîmes avait rejeté la demande de l’allocataire, le Conseil d’État vient de la rétablir dans son bon droit. Il annule le jugement du tribunal administratif du 30 avril 2025 et condamne le Département à verser 3 000 euros aux avocats de l’allocataire. La juridiction estime que « la preuve d’un motif légitime tenant à l’état de santé de l’intéressé peut être apportée notamment par la production d’un arrêt de travail, sans que puisse être opposée à son bénéficiaire la circonstance que cet arrêt autoriserait la sortie du domicile ».

    « Le Conseil d’État rappelle que la solidarité ne peut pas se gérer à coups de soupçons », réagit, dans un communiqué, Rémy Blanc. Le conseiller départemental PCF note que « cette décision éclaire d’une lumière crue les pratiques de contrôle et de suspension du RSA en Vaucluse ». « La solidarité départementale semble avoir pour objectif, non pas d’accompagner les personnes vers l’autonomie, mais de faire sortir des personnes du RSA à tout prix. Elle accentue ainsi des situations de vulnérabilité et entraîne la bascule de la précarité vers la grande précarité », conclut Rémy Blanc. Contacté le Département, prend acte de la décision et s’y pliera, assurant désormais qu’un arrêt de travail, même autorisant les sorties, sera un motif valable pour décliner un rendez-vous.

  • « La Marseillaise » partenaire de l’anniversaire du Front populaire

    « La Marseillaise » partenaire de l’anniversaire du Front populaire

    Pour saisir toute la portée pour la classe ouvrière du Front populaire en 1936 il faut « remonter aux grands mouvements historiques et notamment à 1789 ». Jean Vanhaute place d’emblée l’événement dans le temps long. Car pour comprendre combien les conquêtes sociales de 1936 structurent encore aujourd’hui le monde du travail – les congés payés en sont l’exemple le plus parlant – le responsable de l’Institut d’Histoire Sociale CGT du Gard, image son propos par des dates clés. Son récit de « l’histoire du Front populaire » a donné le coup d’envoi, lundi 5 octobre, de la quinzaine dédiée aux 90 ans de cette grande expérience politique et sociale organisée à la Bourse du travail d’Alès jusqu’au 16 octobre. Un événement dont La Marseillaise a la fierté d’être partenaire aux côtés de la Région Occitanie, de la CGT et de la CFDT d’Alès. Cette conférence-débat, animée par Françoise Verna, rédactrice en cheffe adjointe de La Marseillaise, a démontré que sans luttes il n’y a pas de progrès social. « Les conquêtes sociales ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le résultat de mobilisations collectives. Aujourd’hui, on renvoie les citoyens à leur individualité. La leçon du Front populaire, c’est cette force du collectif », a souligné Jean-Luc Gibelin, vice-président communiste de la Région Occitanie, venu représenter la présidente de la Région, Carole Delga.

    Jean Vanhaute relate la prise de conscience des classes populaires, sans aucun droit sous l’Ancien Régime, puis actrices de l’abolition des privilèges pendant la Révolution en 1789. « Si des historiens disent que la Révolution française fut bourgeoise, petit à petit la classe ouvrière va naître et prendre conscience de sa condition. » Et de citer 1830, 1848 et, surtout, 1871 et la Commune. « Ce fut essentiel. Pendant quelques mois, les ouvriers ont vu concrètement qu’une autre société était possible », insiste Jean Vanhaute. En 1895 la naissance de la CGT est aussi une date clé pour le mouvement ouvrier.

    « 1936 est parti des usines »

    Fort de ces décennies d’histoire sociale, le sursaut face au nazisme et au fascisme, au pouvoir en Allemagne en 1933 et depuis 1920 en Italie, marque le début de la naissance du Front populaire, après le coup de force des Ligues d’extrême droite, le 6 février 1934. Face au péril, la CGT se réunifie et la SFIO, le PCF, puis les radicaux s’unissent aux législatives du printemps 1936. Surtout, dans les usines la « base » a poussé à ce sursaut et à l’unité. « Ce que les ouvrières et ouvriers vivaient, c’était des conditions de travail épouvantables, sans droits. Le Front populaire est parti des usines et pas des états-majors syndicaux et politiques », met en relief Jean Vanhaute. C’est la grande leçon de 1936.

  • « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    Deux jours après, la colère n’est pas retombée à Toulon. 400 personnes, élèves de différents lycées de la ville, professeurs, syndicalistes, mais aussi simples citoyens, étaient encore mobilisées devant le lycée Bonaparte, jeudi, à partir de 9h. Pour clamer, une fois de plus, leurs revendications, mais aussi et surtout en réaction à la réunion qui s’est déroulée, mardi, avec le préfet du Var et le Directeur académique des services de l’Éducation Nationale (Dasen).

    « On leur a demandé de nous écouter, de nous ouvrir une porte pour discuter avec les institutions. Il n’y a eu que du mépris », regrette Denis Sincu, leader du mouvement de protestation au lycée Bonaparte. Sa camarade Léonine Fouquet, élève au lycée Dumont-d’Urville, ne décolère pas. « Ils étaient tous sur leur téléphone, ils nous ont ri au nez », affirme-t-elle.

    Marc Laugier, enseignant (syndiqué FO) en mathématiques à Bonaparte, partage l’indignation des élèves, qui disent ne pas avoir été écoutés sur des questions telles que celles des sanitaires de l’établissement : « Avoir des toilettes qui fonctionnent, c’est de l’hygiène. Ils n’en tiennent même pas compte. Cela fait 10 ans que j’enseigne ici, rien n’a été fait. » Il demande que chacun assume ses responsabilités : « L’État et la Région se renvoient la balle. Le préfet est représentant de l’État dans le Var. C’est à lui d’assurer la conformité des locaux. »

    « Ils ont raison de ne pas accepter ce qu’on se lasse de demander »

    Pour permettre aux enseignants et à la direction de dialoguer, les cours avaient été banalisés jusqu’à 10h. Tout le monde semble tirer dans le même sens, à en croire Olivier Gérard, secrétaire départemental de la CGT Éduc’Action et enseignant à Bonaparte : « Les collègues se disent qu’ils ont raison de ne pas accepter ce que nous nous lassons de demander. La direction essaye de faire les choses vraiment bien, toujours avec de bonnes intentions. » La proviseure du lycée a en tout cas semblé vouloir joindre la parole aux actes en allant discuter avec les élèves devant l’établissement. « Nous avons fait une assemblée générale lundi, je les entends. On doit essayer de trouver des solutions ensemble, sur les problèmes immédiats, le matériel, les actions santé, la démocratie…, affirme-t-elle. Il y a des choses qui dépendent de moi, mais d’autres pas, donc je reste modestement de leur côté. »

    La mobilisation s’est terminée dans le calme aux alentours de midi. Le dialogue devait se poursuivre dans l’après-midi, puisque les directions des lycées Bonaparte et Dumont-d’Urville devaient recevoir des représentants des élèves, à la veille des élections des conseils de vie lycéens (CVL), qui désigneront les représentants des élèves, du corps enseignant, des parents et du personnel administratif au sein des établissements.

  • À Marseille, la grande colère des travailleuses de la petite enfance

    À Marseille, la grande colère des travailleuses de la petite enfance

    Frustration et déception sont palpables sur le visage de la soixantaine de travailleuses de la petite enfance rassemblées dans les locaux de l’unité locale FO 13, à Noailles, ce jeudi. Alors qu’une manifestation intersyndicale (CGT 13, FO 13, UNSA, FNEJE, CFDT, SNPPE, SNUTER-FSE 13), à l’appel du collectif « Pas de bébés à la consigne » devait se tenir à 14h, celle-ci a été annulée par la préfecture, indiquent les organisations, pour des raisons sécuritaires liées au mouvement lycéen.

    Assise à un pupitre aux côtés de représentants syndicaux et de travailleuses, Muriel Schneider, éducatrice de jeunes enfants dans une crèche associative marseillaise, se désespère : « C’est l’avenir de nos enfants et de la nation qu’on met en péril ». Cet épisode est vécu comme un signe de mépris gouvernemental par cette membre du collectif « Pas de bébés à la consigne », qui espérait ainsi faire entendre les revendications d’un secteur des crèches confronté à une crise chronique.

    Manque de moyens et de personnels, crèches qui ferment, manque de places disponibles, pénurie de vocations, turnover important, taux d’encadrement trop élevé, burn-out en chaîne… Les dysfonctionnements listés par les professionnelles sont légion dans la filière. Leurs conséquences transparaissent sur le visage des auxiliaires puéricultrices, assistantes maternelles et éducatrices de jeunes enfants présentes dans la salle.

    « Quand on se retrouve toute seule avec huit enfants et que l’un se blesse, on ne peut même pas aller le soigner : c’est de la maltraitance indépendante de notre volonté », confie la gorge serrée Aicha Abdallah-Ould, auxiliaire de puéricultrice et déléguée syndicale FO 13.

    Les déboires

    de la privatisation

    « La recherche de profit dans la prise en charge des personnes vulnérables, ça ne fonctionne pas », assure Aurélie De Brie, éducatrice de jeunes enfants ayant pris une pause après un burn-out dans une structure privée. « On se retrouve avec huit enfants et seulement sept repas, c’est vraiment comme ce qui est raconté dans le livre », ajoute Aïcha, faisant référence au livre-enquête Les Ogres de Victor Castanet (Flammarion ; 2024), où il décrit les dérives structurelles du gestionnaire privé People & Baby.

    Pour faire évoluer la situation, les idées fusent parmi les participantes : recenser tous les dysfonctionnements et fermetures de crèche dans des cahiers de doléances, faire une manifestation nationale, communiquer sur TikTok… « On pourrait récupérer toutes les couches usagées de nos crèches et les déposer devant la préfecture », ironise Aurélie.

  • À Aix, la jeunesse exprime une colère nourrie par des années de crises

    À Aix, la jeunesse exprime une colère nourrie par des années de crises

    « Je ne vois même plus le fond de cette foule ! », lance au mégaphone l’un des meneurs du cortège. Au départ de la Rotonde ce jeudi matin, ils sont « tout autant » que mardi à s’élancer, selon les organisations syndicales. Ils étaient 900 participants, selon la police.

    Plusieurs cortèges ont fusionné au pied de la fontaine. Un peu plus tôt dans la matinée, les élèves du lycée privé du Sacré-Cœur sont parvenus à bloquer leur établissement. Un blocus avait également été organisé devant le lycée Saint-Eloi et l’Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation), situés à quelques mètres l’un de l’autre.

    Autour du cortège, le « service d’ordre », les syndicats (CGT, FSU…) et les parents d’élèves ont encadré le défilé, qui a sillonné la ville entre le campus Schuman et le rectorat, avant de revenir vers son point de départ. Dans la foule, toujours les mêmes revendications : plus de moyens, plus de profs… Plus largement, une meilleure prise en compte de la jeunesse.

    Parmi les pancartes, tenues hautes : « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère ». Une formule qui parle à Laura, étudiante à Sciences Po, qui estime qu’elle résume la source de colère : « Clairement, le Covid a amplifié cette volonté de mobilisation. À ce moment-là, j’étais en seconde, aujourd’hui, je suis en master. On n’avait pas trop réagi en pensant que c’était temporaire… » L’étudiante évoque aussi les différents événements qui, selon elle, ont cristallisé les angoisses et la colère qui s’expriment aujourd’hui dans la rue : « La réforme des retraites, qui a beaucoup mobilisé les facs, le blocage de la fac de Toulouse pendant des mois, le fait de ne pas avoir été entendus sur la Palestine ou sur les retraites… Des mesures passées en force avec le 49.3… »

    Un peu plus loin, Ethan* élève de terminale, a tenu à être dans la rue pour « son avenir, qui l’inquiète (…). Personne ne va bien. Le Covid a porté un coup dans la jeunesse, mais on aurait pu s’en remettre. S’il n’y avait pas eu encore moins d’argent et moins de travail pour nous, à l’avenir… On manifeste parce qu’on a atteint nos limites. Mais si le Covid a joué sur notre santé mentale, ce n’est pas une excuse pour décrédibiliser notre colère (…). Le manque de moyens dans nos lycées avait commencé avant et s’est empiré ».

    À ses côtés, Sacha* partage ce constat : « C’est sûr qu’on a eu moins de chance que nos parents. Je pense qu’on a totalement été laissés sur le carreau, je suis angoissée pour mon avenir, j’ai du mal à l’imaginer, mais je garde espoir, c’est pour ça que je suis là ».

    Au-delà du Covid, survenu il y a six ans, la crise climatique et les conflits internationaux alimentent également les inquiétudes des jeunes rencontrés dans le cortège. « Les lycéens sont touchés par un manque criant de moyens dans les lycées. On a connu Parcoursup, les réformes, bien sûr le Covid, on connaît aussi une crise climatique qui n’est pas du tout gérée par les politiciens, on a un gouvernement qui préfère mettre du budget dans l’armement plutôt que dans l’éducation et la crise climatique. Des arbitrages qui ne sont pas ceux qu’on voudrait », observe Léa, étudiante en philosophie. Une « génération Covid », certes, mais dont la colère puise aussi ses racines dans les crises plus récentes.

    * Le prénom a été changé

  • Le projet de relance de Fibre Excellence suscite l’intérêt

    Le projet de relance de Fibre Excellence suscite l’intérêt

    L’idée, c’est de fabriquer « des types de pâtes à papier différents destinés à d’autres marchés, comme le fibrociment, les produits d’isolation électrique ou tout ce qui est destiné à la ouate de cellulose », explique Jean-Michel Bulinge, délégué CGT du site de Tarascon. De quoi envisager le retour à l’emploi des 270 salariés laissés sur le carreau en juillet. Voire, de créer d’autres emplois, grâce au volet « diversification ».

    Ce projet de reprise de l’activité bâti durant des semaines par les ex-salariés, l’UD CGT avec l’appui de consultants externes a encore d’autres atouts : de meilleurs rendements, des coûts de production à la baisse à inscrire au bénéfice de l’entreprise. Le dossier présenté aux pouvoirs publics lors d’un tour de table à la communauté d’agglo d’Arles vendredi 2 octobre s’appuie en effet sur une diversification de la production. Il implique la création d’une filière de valorisation des déchets. « L’idée c’est de recycler des déchets de bois, des palettes, des cagettes ».

    Depuis la fermeture du site, la filière bois « n’a pas de solution sur les régions Rhône Alpes, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur pour traiter tous nos résidus » s’est inquiétée Nathalie Triboulet, la présidente du syndicat qui représente 5 000 emplois. À Fos-sur-Mer, « l’incinérateur EveRé est saturé. On doit exporter nos déchets valorisables, déplore encore Jean-Michel Bulinge. Des acteurs locaux et des partenaires nationaux ont déjà fait connaître leur intérêt pour notre projet ».

    Ne pas laisser pourrir

    Si la Région Sud ne s’est pas montrée fermée et a proposé son accompagnement, elle ne s’est pas engagée et ne s’est « pas interdit toutes les autres pistes pour faire vivre ces 35 ha idéalement situés avec un quai neuf de déchargement sur le Rhône » avait relativisé Cyril Juglaret, président de la commission des appels d’offres. CMA-CGM, Total et d’autres partenaires de la Région ont d’autres visées que la continuité de l’activité papetière.

    Et le temps presse. Les salariés craignent que le démantèlement ne soit déjà à l’œuvre sur le site, bien qu’il ait été placé sous la responsabilité de l’Ademe sur décision préfectorale. Des signes inquiétants ont été constatés : « Des valeurs inhabituelles de matières en suspension à la sortie de la station d’épuration de l’usine de pâte à papier à Tarascon ». Ils ont relevé, samedi 3 octobre, « en 24h, des valeurs de 400mg/L alors que la norme est de 35mg/L et quand nous avons quitté le site ces valeurs étaient de 28mg/L », explique le syndicaliste, qui demande la présence de salariés du site pour surveiller les écrans.

  • Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen Abascal, dont l’expulsion a déclenché d’importantes manifestations pour le droit au logement en Espagne, est décédée ce mercredi à l’hôpital Gregorio Marañón à l’âge de 87 ans. Le 23 septembre, elle avait été expulsée de son logement du quartier du Retiro, par un fonds « vautour », où elle avait vécu pendant sept décennies.

    Au cours des derniers mois, son état physique s’était détérioré. « Cela m’a affectée dans tous les aspects de ma vie. Aujourd’hui, je ne suis plus moi-même », avait-elle déclaré deux jours avant de quitter son domicile.

    Après quatre tentatives d’expulsion, Maricarmen a dû quitter son appartement, expulsée le 23 septembre par la force publique allongée sur une civière. Cette image a fait le tour du pays, et a mis le feu aux poudres : occupation de places comme la Puerta Del Sol à Madrid et manifestations contre son expulsion dans des dizaines d’autres villes espagnoles.

    Cette situation, a conduit le gouvernement à prendre en urgence deux décrets pour le droit au logement qui ont été rejetés au Parlement par une majorité de droite et d’extrême droite obtenue grâce au vote des députés indépendantistes catalans de Junts. Il s’en est suivi une décision de Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, de dissoudre les Cortès et de convoquer des élections générales anticipées. Dans la foulée, le syndicat des locataires à l’origine des mobilisations a lancé le mot d’ordre de grève générale, les principales centrales UGT et CCOO après consultation de leurs instances ont décidé de lancer l’appel pour le 11 novembre.

    Maricarmen était déjà devenue un symbole de la lutte pour le droit au logement, après son décès, elle devient une figure nationale représentant aujourd’hui les combats pour le logement mais aussi pour une vie digne avec des salaires décents. La grève générale portera à la fois le thème du logement et celui des salaires. « Maricarmen tu n’es pas morte en vain, nous continuons notre combat pour une vie digne et le droit au logement comme tu le voulais » disent notamment les occupants de la Puerta Del Sol où se multiplient les dépôts de fleurs, bougies et messages devant un autel improvisé.

    Mais dans le contexte de la campagne électorale la droite dénonce de manière indigne une manipulation politique de la part du gouvernement, qui utiliserait le décès de Maricarmen dans le cadre des élections. Jeudi, le maire de Madrid et la présidente de la communauté de la capitale, Isabel Ayuso, ont refusé la proposition d’une minute de silence réclamée par les groupes de gauche dans ces instances en hommage à Maricarmen. Les groupes d’opposition de Mas Madrid et du PSOE ont malgré tout observé cette minute de silence à l’extérieur des bâtiments.

    Jeudi soir à 20h, une marche avec le slogan « Hasta siempre, Maricarmen » était organisée à l’appel du syndicat des locataires de Madrid depuis la Puerta Del sol jusqu’au domicile de Maricarmen. Dans la soirée, dans de nombreuses villes d’Espagne des veillées avec fleurs et bougies étaient prévues.