Tag: Bouches-du-Rhône

  • [Parole de maire] Séverine Dellanegra (Saint-Martin-de-Crau) : « Permettre aux citoyens saint-martinois de s’exprimer »

    [Parole de maire] Séverine Dellanegra (Saint-Martin-de-Crau) : « Permettre aux citoyens saint-martinois de s’exprimer »

    Réélue en mars avec 64,88% des voix au premier tour, la maire de Saint-Martin-de-Crau (Bouches-du-Rhône), Séverine Dellanegra, a fait adopter un budget qu’elle qualifie de « prudent » mais « ambitieux ». La maire, qui s’était portée candidate à la présidence de la communauté d’agglo Arles-Crau-Camargue-Montagnette (ACCM) critique la gouvernance du président, le maire d’Arles Patrick de Carolis, et réclame un « pacte ».

    La Marseillaise : Le 7 avril,
    vous vous êtes présentée
    face à Patrick de Carolis à la présidence de la communauté d’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette (ACCM) et avait perdu d’une seule voix. Pourquoi cette candidature ?

    Séverine Dellanegra : J’ai été première vice-présidente de l’ACCM de décembre 2024 à avril 2026 sous son mandat précédent. Ce que j’ai pu constater durant ces 15 mois c’est que le fonctionnement de cette agglomération manquait pour moi de structuration en matière de gouvernance notamment politique. Mais aussi de transparence, de collaboration, au moment des réflexions mais surtout des décisions prises sur les projets pour notre agglomération et les six communes qui la structurent. Je ne me suis, par exemple, pas du tout sentie intégrée dans le processus de construction du budget 2026. J’en ai fait part à Patrick de Carolis, dès l’entre-deux-tours des élections municipales, en lui disant que j’aimerais que cela puisse changer notamment par l’élaboration d’un pacte de gouvernance. De la manière dont on voyait le paysage politique se dessiner au sein de notre agglomération, il me semblait nécessaire de pouvoir parler en amont de cette élection du président pour savoir comment on allait fonctionner avec des exécutifs municipaux aux différentes étiquettes politiques. Je me suis présentée pour défendre une vision et pas contre la personne de Patrick de Carolis. Je dois avouer que je ne pensais pas que la punition serait celle que nous avons vécue. La commune de Saint-Martin-de-Crau ne bénéficie d’aucune vice-présidence, on nous a sortis de l’exécutif communautaire et finalement on nous associe aujourd’hui à une opposition !

    Patrick de Carolis dit vous avoir proposé quatre vice-présidences…

    S.D. : Il est vrai mais, pour ma part, je ne pouvais pas les accepter. Avoir quatre vice-présidences si c’est pour travailler comme nous avions travaillé l’année et demie qui a précédé, ça ne servait à rien.

    Mardi 28 avril, sur 44 conseillers communautaires votants, 22 se sont abstenus, dont vous, lors
    du vote du budget de l’ACCM.
    Qu’est-ce que cela signifie
     ?

    S.D. : Nous avons envoyé un signal car nous aurions pu tout bloquer. Les délibérations précédentes concernaient le compte financier unique, donc les anciens comptes administratifs 2025. Comme le président ne vote pas à cette occasion, nos 22 voix auraient pu faire capoter le vote sans lequel les budgets 2026 n’auraient pu être présentés. Donc malgré tout, on n’a pas voulu bloquer ce budget même si nous souhaitons plus de transparence notamment sur les choix budgétaires en direction des différentes communes. On ne veut pas être mis de côté, nous, Saint-Martinois. Mais, attention : s’il n’y a pas clairement des améliorations sur la manière dont on travaille, on pourra demain, s’il le faut, s’opposer à certaines décisions si elles sont prises de manière unilatérale.

    Vous réclamez toujours ce pacte de gouvernance ?

    S.D. : Absolument, il doit être formalisé au plus tôt. Faire des grandes déclarations en disant qu’on va aller vers un apaisement, qu’on va construire tous ensemble, qu’il n’y aura pas de communes laissées-pour-compte, c’est très bien mais c’est encore mieux de l’écrire et de s’y tenir.

    Lors de la campagne municipale, vous disiez que la commune
    de Saint-Martin-de-Crau devait continuer à «
     investir pour améliorer ses services publics, son environnement, sa qualité
    de vie
     ». Comment le budget peut y parvenir ?

    S.D. : Ce budget 2026 est dans la droite ligne de ce que nous avions annoncé aux Saint-Martinois dès l’élection de 2024 et lors du vote du budget. Nous souhaitions que 2025 soit une année de transition, de sécurisation, de reconstruction. Ce à quoi nous sommes parvenus et nous en sommes ravis. Le vote du compte administratif le démontre. Nous avons pu dégager des excédents, une capacité d’autofinancement et ce budget 2026 nous permet déjà de relancer l’investissement sur la commune.

    Nous avons une grande richesse à Saint-Martin-de-Crau avec énormément d’infrastructures et de bâtiments communaux qui n’ont pas été clairement entretenus via des investissements réguliers au cours des dernières années. Il y a un vrai travail à mener et nous avons choisi de le faire dès cette année avec le grand plan école. Tous les groupes scolaires seront rénovés au niveau de l’isolation thermique et également pour certains, des menuiseries, des mises aux normes, notamment pour les personnes à mobilité réduite. Il y aura de la climatisation dans des pièces qui n’en disposaient pas. C’est un investissement de plus de 5 millions d’euros. D’autres bâtiments sportifs et d’accueil du public bénéficieront également d’investissements.

    Tout cela est inscrit au sein d’un plan pluriannuel de trois ans, pour avoir une vraie vision et conduire Saint-Martin-de-Crau vers un avenir ambitieux avec l’assurance de pouvoir mener les projets à bien. Nous sommes, comme toute collectivité locale aujourd’hui, très prudents car nos marges de manœuvre pourraient se réduire notamment par une baisse des dotations de l’État.

    Les habitants vous sollicitent-ils sur certains dossiers depuis votre réélection ?

    S.D. : Il y a une notion qui nous tient particulièrement à cœur et qu’on n’a pas eu le temps de mettre en œuvre véritablement au cours du précédent mandat, c’est la participation citoyenne. Au sein de notre équipe nous avons la conviction d’avoir été élus avec un but simple : être au service des usagers, des administrés. C’est pour eux que nous prenons des décisions, pas pour nous. L’idée, c’est vraiment de déployer des instances, des actions qui vont permettre aux citoyens saint-martinois de s’exprimer, de choisir, en tout cas d’être une aide à la décision. La défense de notre identité saint-martinoise nous tient aussi à cœur Au-delà de la culture et des traditions provençales, nous avons une position très marquée sur ce qui pourrait venir abîmer l’identité de notre commune, son patrimoine, ses paysages, son monde rural. Je parle clairement des gros dossiers que sont la ligne aérienne très haute tension (THT) et le contournement autoroutier d’Arles. Nous sommes très vigilants sur ces sujets et sur la manière dont ils vont avancer.

    Entretien réalisé par Laureen Piddiu

  • L’enquête publique démarre sur le tramway des Catalans

    L’enquête publique démarre sur le tramway des Catalans

    Après une concertation préalable en 2023, place à l’enquête publique. Le tramway des Catalans revient sur le tapis avec son démarrage ce lundi 4 mai. Les citoyens ayant jusqu’au 10 juin pour se prononcer et demander des détails à la commissaire enquêtrice sur ces 2,1 km de rails supplémentaires entre la rue de Rome et la place du 4-Septembre, dans une dizaine de permanences ouvertes successivement.

    Le projet, mené par la métropole Aix Marseille Provence, entend améliorer la desserte « d’équipements majeurs en donnant lieu à la valorisation de l’espace public notamment la plage des Catalans », le tout avec des aménagements « favorables aux modes doux et actifs de déplacements », comme des pistes cyclables et de la place donnée aux piétons. Quatre nouvelles stations sont prévues pour une mise en service en 2028. Le tram devrait passer devant la préfecture vers le boulevard Peytral, traverser la rue Paradis puis attaquer le cours Pierre-Puget, au bas duquel est prévu un arrêt de correspondance avec la station de métro. Il redescendra ensuite vers le boulevard de la Corderie puis l’avenue de la Corse jusqu’à la place du 4-Septembre.

    Un financement hypothétique

    Pas moins de 41 900 habitants ont été recensés par la Métropole à 500 mètres du tracé pour 22 700 voyageurs attendus par jour en 2030. Cette dernière espère « réorganiser la circulation sur les boulevards, créer des lignes de transports en commun en site propre ». Après les terrassements préalables, la restructuration des réseaux, viendra la création de la plateforme proprement dite pour permettre le fonctionnement du tramway puis la création d’un parking souterrain de 220 places et de trois pôles d’échange place Estrangin, à Saint-Victor et place du 4-Septembre. Quelque 470 arbres seront plantés ou conservés le long de la ligne, assure la Métropole.

    Le projet, approuvé en 2021, s’inscrit dans les priorités du plan Marseille en grand, lancé alors par le gouvernement avec, à la clé, des financements. Il avait suscité des remous deux ans plus tard lors de la phase de concertation, une partie des habitants du 7e arrondissement dénonçant son coût, 76 millions d’euros. Pour la maire de secteur, Sophie Camard (GRS), aujourd’hui réélue, cette ligne n’était pas non plus une priorité. Le projet faisait également partie des propositions de la candidate de la droite et du centre à la mairie de Marseille et alors présidente de la Métropole, Martine Vassal (DVD).

    Mais la donne a changé. Les nouveaux élus métropolitains n’ont pas voté le budget de la collectivité, dénonçant la réduction des dotations de l’État. Au total, 123 millions d’euros manquent à l’appel. De quoi hypothéquer largement l’avenir du tram des Catalans…

  • Le Camp des Milles en route vers l’Unesco

    Le Camp des Milles en route vers l’Unesco

    La Marseillaise : Pourquoi cette démarche à l’Unesco ?

    Alain Chouraqui : Quoi de plus important que de s’appuyer sur le patrimoine de souffrances et de courage de l’humanité pour contribuer à un avenir meilleur ? De construire un lien entre passé et présent qui soit utile, vivant, un repère collectif dans un monde où les repères se brouillent ? Nous souhaitons donc faire connaître le plus largement possible ce que l’histoire du Camp des Milles et de la Shoah apporte comme enseignements interdisciplinaires et intergénocidaires sur les mécanismes universels qui mènent au pire et aux résistances possibles. Cette approche est qualifiée de « percutante » par l’institution en charge de l’instruction des dossiers de candidature au patrimoine mondial de l’humanité. C’est la même raison qui nous avait fait obtenir avec AMU, la création d’une chaire de l’Unesco « Éducation à la citoyenneté, sciences de l’homme et convergence des mémoires ».

    Comment qualifieriez-vous l’originalité du site lui-même ?

    A.C. : Notre démarche éducative et nos ateliers ont été éprouvés auprès d’environ 700 000 jeunes très divers. Mais notre approche originale a d’abord la chance de s’appuyer sur le patrimoine exceptionnel que constitue le site lui-même, seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact et l’un des très rares en Europe. Il porte les traces d’un enchaînement de persécutions visant des étrangers supposés « suspects » venant de 41 pays, des opposants, des « indésirables » puis des personnes juives envoyées vers l’assassinat d’Auschwitz. Car ce camp a aussi l’intérêt pédagogique d’être une antichambre de la mort, une usine « ordinaire » dont des hommes « ordinaires » ont fait un lieu de départ vers l’extraordinaire d’un camp d’extermination. On y perçoit mieux comment s’installe autour de nous une situation qui permet le basculement brutal vers un crime de masse. Le Camp des Milles, ce sont des résistances diverses, 18 Justes qui risquent leur vie pour sauver des hommes, femmes et enfants juifs et de nombreux artistes -parmi les plus grands comme Max Ernst-, qui continuent de créer pour résister à la déshumanisation, qui ont laissé leurs œuvres sur les murs du camp.

    Qu’est-ce que cela apporterait au site
    si elle venait à être acceptée ?

    A.C. : Nous en espérons bien sûr une plus grande visibilité du site et de notre « modèle scientifique, pédagogique et citoyen » de décryptage des leçons du passé pour éclairer le présent. Certains mémoriaux reprennent déjà ce « modèle ». Nous souhaitons aussi, dans l’intérêt de tous, une meilleure diffusion de ces leçons face aux engrenages des intolérances et des extrémismes qui menacent la démocratie partout dans le monde. L’inscription du site au patrimoine mondial serait ainsi un ancrage fort de ces leçons de l’histoire dans le patrimoine de l’humanité.

    On vous a déjà indiqué que le Camp des Milles cochait les cases des conditions d’inscription. Vous êtes donc confiants que cette démarche aboutisse ?

    A.C. : L’institution internationale évoquée affirme en effet que « les critères, les attributs et l’authenticité » existent pour fonder une « valeur universelle exceptionnelle » (VUE) du Camp des Milles, condition d’une inscription au patrimoine mondial. Nous attachons du prix au fait qu’elle vise à la fois le patrimoine matériel du Camp des Milles mais aussi le patrimoine immatériel que représente aujourd’hui son approche pédagogique originale. Mais il ne s’agit que du début d’un processus qui peut être long. Les candidatures venant du monde entier, même solidement fondées, ne peuvent pas être toutes retenues par l’Unesco. Mais il est vrai que cet avis spécialisé très positif renforce notre espoir d’aboutir. De même que les premières réactions de partenaires importants, y compris venant d’Auschwitz qui fut la fin du chemin pour les déportés des Milles. Beaucoup dépendra aussi de l’accompagnement de l’État et des collectivités concernées par cette reconnaissance humaniste exceptionnelle.

    En ces temps de conflits, de montée des haines, comment continuer
    à transmettre le devoir de mémoire ? Promouvoir la démocratie collective
     ?

    A.C. : Cette situation nous impose un véritable courage de mémoire : celui d’appliquer aujourd’hui les leçons civiques de cette histoire, des anti valeurs à combattre et de la démocratie à préserver et approfondir. Alors transmettre c’est aussi se souvenir de l’engrenage mortifère qu’enclenche ou aggrave la brutalisation des mots qui engendre la violence des actes. L’histoire montre ainsi que jouer avec l’antisémitisme, le racisme ou la xénophobie c’est ouvrir une boîte de Pandore passionnelle, immaîtrisable qui finit par dévorer aussi ceux qui ont cru l’instrumentaliser, et surtout qui peut détruire la démocratie et la paix civile.

    En ces temps, comment accueillir mieux, les jeunes et en plus grand nombre ?

    A.C. : Tout est question de moyens. Nous devons déjà limiter certaines activités
    -comme beaucoup d’autres associations, malgré une situation qui engendre de plus en plus de demandes. Nous espérons que des mécénats sauront compléter notre autofinancement et nos subventions publiques pour toucher plus largement les jeunes. Nous constatons chaque jour leur curiosité pour cette histoire forte dont ils perçoivent très spontanément qu’elle peut protéger leur appétit de vivre libres, épargnés par les tragédies autoritaires du passé. Sachons utiliser tous les leviers pour nourrir d’enseignements utiles leurs belles aspirations, en même temps qu’être fidèles au souvenir de nos aînés qui ont payé cher ces leçons de vie.

    LE SOUTIEN DES ACTEURS DU TERRITOIRES

    « Nécessaire reconnaissance mondiale », Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille

    « Le Camp des Milles est un site de référence pour la mémoire de la déportation en France, il est nécessaire qu’il soit à présent mondialement reconnu. En ces temps où certains prônent la division et banalisent la haine, le devoir de mémoire doit être honoré, pour rendre hommage à ces hommes, ces femmes, ces enfants, victimes et héros de la Shoah. Pour que nul n’oublie jamais, il est nécessaire de préserver ces témoignages, de les valoriser et de les transmettre au plus grand nombre au travers de sites historiques tels que celui-ci. »

    Propos recueillis par Eva Janus

    « Le travail de mémoire est essentiel », Caroline Pozmentier, présidente du Fonds mémoire d’Auschwitz, élue Ren. à la Région

    C’est important que le camp des Milles figure sur cette liste du patrimoine mondial de l’Unesco parce que ce patrimoine a été réhabilité ici en France où se sont déroulées au XXe siècle les prémices et la collaboration active du génocide nazi.

    Ce patrimoine existe non seulement dans sa dimension patrimoniale historique mais aussi pour la conscience des génocides et des mécanismes qui entraînent à la haine et au génocide tel qu’il a pu se perpétrer pendant la Shoah.

    Les événements dramatiques qui se sont déroulés au Camp des Milles contribuent au travail de transmission de la mémoire de la Shoah et à son enseignement. Aujourd’hui, face aux controverses auxquelles l’enseignement de la Shoah fait parfois face, le travail de mémoire est essentiel. Ils constituent d’ailleurs l’un des piliers de notre politique culturelle à la Région. Notre collaboration et le partenariat avec la Fondation du Camp des Milles n’ont fait que se renforcer d’année en année, à la fois sur l’investissement et le fonctionnement. »

    E.J.

    « C’est une initiative honorable », Jérémy Bacchi, sénateur PCF des Bouches- du-Rhône

    C’est une initiative honorable qu’il faut à tout prix soutenir, que je soutiens pleinement parce qu’on est condamnés à bien connaître son histoire pour éviter que les choses se reproduisent de manière similaire ou différente.

    Surtout que l’on a coutume de dire : « Je ne comprends pas comment les gens ont pu accepter ce qu’il s’est passé il y a 80 ou 90 ans de cela. » Or les mécanismes qui étaient à l’œuvre il y a 90 ans sont aussi à l’œuvre aujourd’hui, et pour ça je veux saluer le travail remarquable du Mémorial du Camp des Milles qui invite à la réflexion et à décortiquer les mécanismes qui amènent au totalitarisme et à des épurations ethniques comme on a pu connaître. En plus de l’histoire du Camp, il y a aussi un volet réflexif sur l’ensemble des autres conflits qui ont eu lieu par la suite, comme le génocide au Rwanda. Je crois que connaître cette histoire-là, ces histoires-là, c’est aussi une manière de se prémunir de résurgence de phénomènes similaires. cela permet de regarder son histoire en face, cette période qui est à la fois douloureuse et honteuse pour notre nation. Ce qu’il s’est passé dans ce Camp a débuté bien avant la Seconde Guerre mondiale. »

    E.J.

    « Le Camp des Milles est un phare », Martine Vassal, présidente DVD du Département des Bouches-du-Rhône

    « En ces temps troublés partout dans le monde, le Camp des Milles est un phare, un appel à la vigilance contre toutes les formes de haine et d’exclusion. Il porte une mémoire essentielle, universelle et profondément ancrée dans l’histoire de la Provence et de la France. Nous devons en être les passeurs auprès des jeunes générations alors que les derniers témoins de cette époque s’effacent peu à peu. En soutenant sa candidature au patrimoine mondial de l’Unesco, le Département des Bouches-du-Rhône lance un appel à la tolérance et à la paix entre les hommes et les peuples. » E.J.

    « Avoir une reconnaissance encore plus forte », Marc Pena, député PS des Bouches-du-Rhône

    C’est un processus logique. Je suis membre du conseil scientifique du Camp des Milles : on a commencé par demander une Chaire Unesco, on a créé une Fondation qui s’adossait à ce qui se faisait à l’Université en matière de recherche, l’étape supplémentaire, c’est d’avoir une reconnaissance encore plus forte, une reconnaissance internationale importante au moins à deux niveaux. D’abord, pour ce que représente le Camp des Milles, dans la mémoire collective que cette fondation a su créer : beaucoup de choses qui s’étaient perdues au fil du temps, beaucoup de personnes ne connaissaient pas l’histoire du Camp. Deuxième point -pour parler d’avenir- c’est quelque chose qui nous donnerait une reconnaissance et peut-être des moyens pour aller plus loin dans la pédagogie, la transmission, l’actualisation de ce qu’a signifié la déportation. On a une société aujourd’hui en tension extrême, sens dessus dessous, mais surtout une montée des rapports de force et des impérialismes. On rencontre des éléments communs avec ce qu’il s’est passé dans les années 1930, à commencer par une montée de l’antisémitisme…

    Le rôle du Camp des Milles est d’aller dans ce sens, tout en s’ouvrant. On a associé (à cette cause) les représentants, arméniens, les représentants des Roms, d’autres associations… Aussi, ceux qui sont de cette génération, qui parfois ont été déportés, nous quittent petit à petit : c’est un moment essentiel pour ne pas perdre notre mémoire, et nous sommes dans un moment où cette labellisation est d’autant plus importante. »

    Propos recueillis par Eva Bonnet-Gonnet

    « Une démarche en lien avec le wagon du souvenir », Jean-Marie Valencia, secrétaire CSE, Casi Cheminot

    Cette démarche va dans la continuité de la volonté de pérenniser ce site, entamée avec le wagon de la mémoire. Cela va permettre de continuer le devoir de mémoire, au-delà du territoire. C’est un devoir doublement important, par rapport au ferroviaire. La SNCF a été impliquée dans le fonctionnement du système du moins de ce camp et de la région. Il y a la nécessité de rappeler que la SNCF a servi d’outil, même si les cheminots ont résisté par rapport au fascisme. Mais par contre, par rapport au système, la SNCF a été participante. Et de manière générale, c’est important de connaître, partager et se souvenir de l’histoire pour ne pas la revivre. Et rappeler qu’il faut toujours être pour la paix et combattre le fascisme, le racisme et la xénophobie. »

    E.J.

    « Ce serait tout à fait justifié qu’il soit à l’Unesco », Hendrik Davi, député (l’Après) des Bouches-du-Rhône

    C’est une revendication assez ancienne du Camp des Milles, donc, ce serait bien qu’elle soit acceptée. Et c’est aussi important car c’est le seul camp accessible en France. Il a un rôle important en termes de devoir de mémoire. D’autant que le travail interdisciplinaire qu’il fait au Camp des Milles est assez exceptionnel.

    Surtout dans le contexte politique dans lequel on vit, avec l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir dans de nombreux pays et les menaces de l’extrême droite en France. D’autant qu’au Camp des Milles, il y a une particularité, c’est qu’il a été mis en œuvre avant l’arrivée de l’Allemagne nazie. Ce qui rappelle le passé fasciste français, car on oublie un peu souvent la place de Vichy dans la déportation des Juifs. C’est une initiative importante. Car au Camp des Milles, il y a eu d’abord des prisonniers politiques plus généraux avant 40. Ce qui montre la continuité de certaines politiques : quand on fait des mesures exceptionnelles et qu’on s’attaque aux opposants politiques, petit à petit on élargit les opposants, on élargit ceux qui subissent des répressions, et ça aboutit à l’horreur qu’on connaît. Il y a vraiment un rôle mémorial extrêmement important de ce camp des Milles, d’autant que c’est le dernier encore accessible en France et que le travail interdisciplinaire qu’il y est fait est assez exceptionnel. Pour toutes ces raisons, ce serait tout à fait justifié qu’il soit un patrimoine de l’Unesco. »

    E.J.

  • Des clichés de Mauthausen présentés à « La Marseillaise »

    Des clichés de Mauthausen présentés à « La Marseillaise »

    Présenter, à l’appui des images, la mémoire de l’horreur. C’est ce que propose l’exposition « La part visible des camps », composée de photographies du camp de concentration nazi de Mauthausen (1938-1945) et installée de lundi 4 au vendredi 8 mai dans les salles des rotatives de La Marseillaise (1er). L’exposition s’intéresse à « l’ensemble des fonds d’images existants » sur Mauthausen, où furent conduits plus de 200 000 hommes, et quelques milliers de femmes. On y retrouve des photos prises par des détenus libérés, par des libérateurs américains, mais aussi par les SS eux-mêmes. Car si les forces nazies ont détruit une grande partie de leurs archives durant les derniers mois de leur domination, certains originaux de Mauthausen ont été conservés. Des détenus espagnols, dans les rouages de l’administration du camp et au laboratoire photographique, les ont à l’époque dérobés, camouflés, sortis du camp puis confiés à une habitante du village. L’exposition, portée par les Amicales française et espagnole d’anciens déportés de Mauthausen, auxquelles se sont associées les autorités fédérales autrichiennes, compte quelque 500 clichés et circule en Europe depuis 2005.

    Les concepteurs de l’exposition insistent : « L’image n’est pas réalité objective. » « Il va de soi que l’œil du SS ne voit pas tout, que l’image qu’il fixe masque plus qu’elle ne montre, qu’elle est d’essence négationniste, lit-on dans le dossier de présentation. Le parcours de l’exposition est un travail, et l’appareil textuel accompagnant les photographies ne saurait être éludé. »

    17, cours d’Estienne d’Orves, entrée libre de lundi à vendredi, entre 10 et 18 heures.

  • Valeur universelle

    Valeur universelle

    La démarche engagée par le Camp des Milles, pour son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco mérite un large soutien des acteurs de notre territoire.

    Elle vise à faire reconnaître à la fois le site du Camp mais aussi l’approche de convergence des mémoires qu’y développe la Fondation présidée par Alain Chouraqui pour comprendre et prévenir les engrenages génocidaires.

    Cette tuilerie transformée en camp par la IIIe République pour enfermer les ressortissants du Reich -bien souvent des artistes antifascistes qui espéraient trouver refuge en France-, a ensuite été l’instrument du régime de Vichy pour y concentrer jusqu’à 3 500 « indésirables » avant de devenir un camp de déportation des juifs, hommes, femmes et enfants… Plus d’une centaine d’enfants et adolescents juifs furent déportés depuis le Camp des Milles. Le plus jeune avait un an.

    Résistance

    Dans un monde déchiré par les haines et les conflits, défiguré par l’antisémitisme et tous les racismes, ce lieu singulier est précieux.

    Le Camp des Milles porte en lui la mémoire de la Seconde Guerre mondiale mais pas seulement. Son existence est un acte de résistance à l’oubli, à l’indifférence et aux divisions meurtrières.

    La Marseillaise, journal fondé dans la Résistance au nazisme, soutient pleinement l’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco comme elle avait soutenu le projet de site mémorial en son temps.

    Dans le même esprit, elle vous invite ce soir à 18h, à découvrir l’exposition « La part visible des camps » sur l’enfer de Mauthausen, dont Marcel Thomazeau, dirigeant historique de notre journal, est ressorti ne pesant plus que 34 kg.

    En outre, chaque week-end, nous publierons J’avais 16 ans à Pitchipoï le récit de Denise Toros-Marter, rescapée d’Auschwitz. Toujours vivante, elle fait partie des « grands anciens » du Camp des Milles.

    Comme l’écrivait Paul Éluard, « si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons ».

  • Le burger de la Nonna chez Casa Mamma

    Le burger de la Nonna chez Casa Mamma

    Une polenta crémeuse

    Commencez par réaliser la polenta, c’est ce qui vous prendra le plus de temps car vous devez la faire refroidir avant de la travailler. à la maison, Nadine vous conseille d’utiliser un paquet de polenta express que vous trouverez dans le commerce et qui fera parfaitement l’affaire. Suivez les instructions mais restez sans cesse devant la casserole pour surveiller la cuisson et éviter que votre préparation se transforme en plâtre, conseil de la Mamma ! Quand vous arrivez en fin de cuisson, n’hésitez pas à ajouter dans la polenta un peu de mascarpone pour lui apporter douceur et onctuosité. Une fois la préparation terminée, étalez-la dans un plat et faites refroidir pour enfin en faire des palets à l’aide d’un emporte-pièce par exemple. Vous pouvez aussi couper des carrés au couteau.

    Un goût inégalé

    Pour la caponata, cuisez les légumes séparément. Pour cela, coupez tous vos légumes en petits morceaux, commencez par faire confire l’oignon dans l’huile d’olive avec un peu de sucre ou de miel si vous le souhaitez. Une fois qu’ils sont prêts, réservez et vous en ferez de même pour chaque ingrédient. Suivi du poivron et ce dans la même poêle. Le poivron va donner du goût à l’huile d’olive et vous pouvez à ce moment-là faire cuire également vos deux gousses d’ail. Enfin les aubergines qui vont s’imprégner des saveurs des légumes cuits précédemment. Mélangez ensuite tous les légumes et ajoutez de la sauce tomate et un peu de vinaigre, Quelques pignons peuvent venir compléter la recette. D’ailleurs en Italie, ils font partie de la recette authentique et traditionnelle. Réservez. Faites frire vos palets de polenta à la friteuse ou dans une poêle avec de l’huile jusqu’à ce qu’ils soient dorés et croustillants. Dans votre assiette déposez un palet de polenta puis la caponata et de nouveau la polenta. Râpez du parmesan et ajoutez une feuille de basilic. Bon appétit.

    Il vous faudra :

    – Un paquet de polenta express

    – Un pot de mascarpone

    – Une aubergine, un oignon, un poivron rouge, 2 gousses d’ail

    – De la sauce tomate

    – Une feuille de basilic frais, de l’huile d’olive, du vinaigre

    – Du parmesan en copeaux

  • [Entretien] « La nature de l’énergie noire reste une grande question de la cosmologie »

    [Entretien] « La nature de l’énergie noire reste une grande question de la cosmologie »

    La Marseillaise : Vous travaillez sur les données fournies par le télescope Euclid, mis en orbite en 2023. En quoi cela consiste-t-il ?

    Pauline Vielzeuf : Nous travaillons sur les données récoltées pendant la première année d’observation. Nous avons un catalogue de galaxies, avec leur position en trois dimensions et nous identifions les endroits où il y en a très peu : les vides cosmiques. Quand nous aurons des catalogues de vides, nous pourrons faire de l’analyse cosmologique et tenter de comprendre ce qu’est l’énergie noire.

    Qu’essaye-t-on de comprendre à son sujet ?

    P.V. : Sa nature. Cela reste une des grandes questions de la cosmologie. Pour l’instant, son existence est supposée pour expliquer l’expansion accélérée de l’Univers mais nous ne savons pas d’où elle vient. Il y a plusieurs hypothèses. Cela pourrait être une constante -c’est comme ça et nous ne savons pas l’expliquer-, ou être causé par un fluide que nous n’arrivons pas à détecter. Cela pourrait aussi être un problème avec la théorie de la relativité générale qui devrait être corrigée à certaines échelles.

    L’an dernier, la collaboration Desi a publié des premiers résultats semblant montrer que l’énergie noire ne serait pas une constante…

    P.V. : Effectivement. Si c’était confirmé, cela remettrait en question ce que l’on considère depuis des décennies. Mais si nous considérions que l’énergie noire était une constante, c’est parce que nos mesures n’étaient pas assez précises. C’est en train de changer. Et avec Euclid, nous essayerons de préciser cette variation.

  • Expansion de l’Univers : si la réponse se cachait dans le vide ?

    Expansion de l’Univers : si la réponse se cachait dans le vide ?

    Les vides cosmiques sont des régions du ciel qu’on ne regardait même pas. Et pour cause : il n’y a rien à voir, ou presque. « Ce sont des régions sous-denses », insiste Alice Pisani, chercheuse CNRS en cosmologie au Centre de physique des particules de Marseille (CPPM). C’est-à-dire qu’il y a très peu de galaxies. Sur les cartes du ciel, ces vides apparaissent comme de vastes espaces sombres entre les structures brillantes que forment les galaxies. Mais depuis quelques années, l’intérêt grandit autour de ces espaces auparavant négligés : « Il y a finalement beaucoup d’information à en tirer, souligne Alice Pisani, qui publie un article compilant ce qui est connu sur ces objets dans The Astronomy and Astrophysics Review. De nouveaux outils permettent d’en observer de plus en plus et nous font entrer dans un âge d’or des vides cosmiques. »

    Les cosmologistes les voient comme des objets pouvant leur apporter des réponses au sujet de l’« énergie noire ». Cette énergie qui leur échappe, dont ils ne comprennent ni la nature ni l’origine, mais dont ils sont bien obligés de constater l’existence. « Elle a été introduite pour expliquer l’expansion accélérée de l’Univers », rappelle Alice Pisani. Car notre Univers s’agrandit. À grande échelle, les galaxies s’éloignent les unes des autres. Et de plus en plus vite. Pourtant, la force de gravitation –qui fait que des objets massifs s’attirent– devrait les rapprocher. C’est donc qu’il existe une composante mystérieuse qui les repousse. « Ses effets sont plus visibles dans les vides cosmiques, où il y a peu de matière », explique la chercheuse.

    Cartes de vides

    Alors on observe la forme des vides, leur taille et leur évolution dans le temps. « Cela permet d’estimer la quantité d’énergie noire, indique Alice Pisani. S’il y en a plus qu’estimé, les vides cosmiques seraient plus déformés qu’attendu. »

    Depuis quelques années, de nouveaux télescopes (Euclid, Desi) cartographient le ciel
    –ou sont sur le point de commencer avec l’Observatoire Vera C. Rubin– et observent de plus en plus de vides. « Ce n’est pas évident car ce sont des régions vastes, souligne Alice Pisani. En 2014, nous n’en avions observé que quelques centaines. Aujourd’hui, nous en avons des dizaines de milliers et nous en aurons encore plus demain. » De quoi faire des statistiques de plus en plus précises. « Nous avons également progressé sur la théorie et les modèles pour étudier ces objets », ajoute-t-elle.

    À Marseille, les chercheurs et chercheuses du CPPM ont accès aux données de ces trois nouveaux télescopes. « C’est une force de notre laboratoire », se félicite Alice Pisani. Et la dizaine de spécialistes s’activent pour cartographier les nouveaux vides. « Nous avons déjà des premiers catalogues qui devraient être publiés dans les prochaines années », glisse-t-elle. Pour enfin comprendre cette mystérieuse énergie noire ?

  • La recette du Vieux-Port : les moules Poulette

    La recette du Vieux-Port : les moules Poulette

    Le vendredi, samedi et dimanche, la famille Bendjema vend les coquillages de Camargue de Carteau. Ça tombe bien, Bernard Loury restaurateur voisin a décidé de faire des moules Poulette à midi. « Je les nettoie, je les gratte et les rince. Puis je les fais ouvrir dans une marmite avec des échalotes, un bouquet garni et du vin blanc sec », explique Bernard. Il poursuit : « Dans un plan rond, je dispose des demi-coquilles de moules, bien à plat. Enfin, je mélange doucement la crème fraîche avec le jaune d’œuf pour faire la liaison, du poivre et du persil haché. Et je nappe les moules. »

  • [Rue de la République] Samia Ghali : « Je suis pour que le versement mobilité des entreprises soit revu à la hausse »

    [Rue de la République] Samia Ghali : « Je suis pour que le versement mobilité des entreprises soit revu à la hausse »

    Ce week-end, Samia Ghali (DVG), adjointe au maire de Marseille et présidente de la RTM.

    SOn élection à la présidence de la RTM

    Didier Gesualdi : Quelle est votre feuille
    de route après votre élection
    à la présidence de la RTM
     ?

    Les transports sont l’affaire de tous. Chaque Marseillais, chaque habitant de la Métropole est confronté à cette question à un moment ou un autre, pour soi-même, ses enfants, ses parents… Les transports font partie intégrante de la vie des habitants à Marseille intra-muros ou dans les autres communes de la Métropole. Ils représentent une bouffée d’oxygène au sens propre comme figuré du terme, ils permettent de mieux respirer, d’avoir moins de véhicules… Ils sont aussi un poumon du développement économique et un levier de résolution de la crise du logement. Vous ne pouvez pas construire si vous n’avez pas les infrastructures, notamment de transport, pour desservir les habitations.

    Didier Gesualdi : On a un retard à combler sur ce territoire. Comment comptez-vous y arriver ?

    Il y a le tramway vers le nord, vers la Bricarde qui va démarrer. Il y a tous les transports du quotidien aussi, avec les derniers kilomètres ou centaines de mètres qui manquent pour tel ou tel territoire qui se trouve coupé du reste du monde. Il y a aussi un gros chantier, qui m’a été signalé par les chauffeurs de bus avec qui j’ai pu parler. Ils me disent que les bus qui tombent en panne sont un problème, que leur maintenance est un vrai sacerdoce. Cela doit devenir une question centrale pour permettre au service public de fonctionner.

    Léo Purguette : Présider la RTM, c’est
    une tâche épineuse. On pourrait presque penser que c’est un cadeau empoisonné. Pourquoi l’avez-vous accepté
     ?

    D’abord, ce serait insultant pour le personnel de la RTM et les usagers de considérer que c’est un cadeau empoisonné. Après, oui, c’est un sujet éminemment complexe et difficile. Au vu de la situation financière de la Métropole, je ne vais pas vous dire que ça va aller comme sur des roulettes. Je considère que c’est un défi, j’ai pour habitude d’en relever. Le président de la Métropole et le maire de Marseille m’ont désignée pour être candidate à cette présidence, je le prends comme un compliment. Ils connaissent mon caractère, ma pugnacité. Je ne lâche rien, je vais au bout des choses. Je le prends comme une marque de reconnaissance de ma capacité à porter des sujets difficiles.

    La fracture nord-sud

    Léo Purguette : Faut-il voir un symbole dans le fait que vous êtes une élue des 15-16, un secteur qui souffre d’une desserte en transports en commun très insuffisante ?

    D’abord les 15-16, chers à mon cœur vous le savez, Jean-Marc Coppola en est le maire. C’est comme ça qu’on a souhaité travailler lui et moi, en complémentarité. C’est un territoire qui a effectivement beaucoup souffert d’un manque de transports pendant des décennies. On va essayer de rattraper tout cela. C’est important de le faire de manière collégiale et dans l’intérêt de tous les habitants. Les délégations que j’ai à la Ville de Marseille et la présidence de la RTM aideront.

    Didier Gesualdi : C’est l’acte II du Printemps marseillais. Pourquoi on devrait y croire et qu’est-ce qui va changer dans le quotidien des Marseillais ?

    Heureusement qu’on a le Printemps marseillais à la mairie et pas le Printemps de l’ombre du Rassemblement national. Excusez-moi d’être très heureuse que ce soit nous et pas le RN, quand on voit comment ses élus se sont comportés au conseil municipal de mercredi… Même sur des délibérations qui ne portent pas à débat. Ils disent être pour la sécurité et quand on finance une association comme l’Addap 13 pour faire de la prévention, ils ont voté contre, ont eu des propos diffamatoires… Je suis déjà bien contente que Marseille ne soit pas la risée et la honte de la France. Ici on résiste plus qu’ailleurs. Je ne sais pas ce qu’il se passera en 2027 mais Marseille doit être une terre de Résistance. Pour le reste, on va continuer ce qu’on a déjà entamé dans l’acte I sur les écoles, la rénovation urbaine, les équipements publics, les espaces verts… On n’a pas tout bien fait, tout fini, beaucoup reste à faire. Les Marseillais nous ont placés largement en tête, au-delà de nos espérances, pour nous y atteler.

    Marseille et la RTM

    Didier Gesualdi : La majorité marseillaise s’est longtemps plaint de ne pas avoir la main sur la RTM qui appartenait à Catherine Pila, cheffe de l’opposition. C’est un signe pour les Marseillais que vous preniez cette présidence ?

    La RTM n’appartenait pas à Mme Pila. Pas plus qu’elle ne m’appartient aujourd’hui. La RTM appartient aux habitants de la Métropole, nous sommes là pour la faire vivre et se développer. Le fait que ce soit moi qui porte cette question, personne ne peut douter de mon engagement pour les quartiers populaires de cette ville, oui c’est un signe. Par exemple, quand on dit qu’il faut renforcer les bus vers les plages, certes il faut le faire sur le Prado mais aussi à l’Estaque, à Corbières. Je considère qu’un Marseillais qui prend les transports en commun dans le Sud, dans le centre, dans l’Est ou dans le Nord de la ville doit être traité de la même manière. Je suis pour l’équité dans les transports à Marseille. On a la chance, à la RTM, d’avoir plus de 5 000 agents. Je pense qu’ils aiment vraiment leur boulot, leur boîte, c’est une chance qui n’est pas donnée à tout le monde. Ils sont dévoués à la cause des transports en commun, il faut leur donner cette fierté. J’ai eu des messages de tous les syndicats de la RTM et je les en remercie. Quand on devient présidente, c’est important d’être saluée par les syndicats qui sont conscients de la tâche qui nous attend. Ils mettent beaucoup d’espoir dans mon arrivée. C’est d’abord à eux que je veux m’adresser, au personnel et aussi aux femmes qui travaillent à la RTM. Elles ont fait le choix d’être dans des métiers exigeants, plutôt masculins, mais elles le portent tellement bien, de manière tellement élégante. Je veux leur dire qu’elles ont toute mon admiration et j’aimerais qu’il y en ait encore plus.

    Le métro fermé le soir

    Léo Purguette : Êtes-vous en capacité de nous dire aujourd’hui quand le métro va pouvoir reprendre en soirée avec des rames modernisées ?

    Je ne vais pas vous le dire aujourd’hui. On va d’abord commencer par une visite nocturne avec la presse pour que tout le monde comprenne de quoi on parle. On va regarder tout ce qu’il sera possible de faire. On m’explique qu’il y a des questions techniques liées aux travaux qui nécessitent d’interrompre le trafic mais il faut voir concrètement ce qu’il est possible de faire. Vous serez invités, vous les journalistes avec, je l’espère, le président de la Métropole et le maire de Marseille. On verra si on peut gratter une demi-heure, une heure, une heure et demie. Par ailleurs je fais faire un audit flash sur les finances mais aussi sur la partie recettes. La RTM n’est jamais allée chercher de l’argent. Il faudra sans doute qu’on aille chercher de l’argent là où il se trouve, on n’est pas plus idiots que les autres.

    Les finances de la Métropole

    Didier Gesualdi : Nicolas Isnard, le président de la Métropole, a annoncé des assises du financement des transports métropolitains en septembre. Vous avez déjà la pression ?

    Je n’ai pas de pression ! Vous savez, quand vous défendez une cause et que vous en êtes convaincu, vous n’avez pas de pression. J’ai entendu l’UPE 13 dire qu’elle était contre l’augmentation du versement mobilité… Les postures, ce n’est pas trop ma façon de fonctionner. Personne n’est propriétaire de rien, on est face à une situation qui nous dépasse tous. On peut mettre les clefs sous la porte, on dit « c’est fini il n’y a plus de transports à Marseille », et la première victime serait le monde économique. Je ne crois pas qu’il souhaite ça.

    Didier Gesualdi : L’augmentation du versement mobilité comme à Paris est une piste ?

    Entre 2% ici et 3,17% à Paris, il y a un peu de marge. Ça peut résoudre une grande partie des problèmes. Par contre, je comprends que l’UPE 13 dise « on veut des garanties sur les bus qui arrivent à l’heure, sur le développement des transports ». Mais vous savez, le projet tramway qui passe au niveau de la zone franche sur le littoral, c’était demandé par les entreprises. On va leur dire quoi ? « On ne fait pas le tramway parce que l’UPE 13 est contre le versement mobilité ?! » Je le dis : je suis pour que le versement mobilité soit revu à la hausse, il est nécessaire. Sans cela, nous ne pourrons pas continuer à assurer le minimum vital des transports pour les habitants.

    Léo Purguette : Le patronat défend ce qu’il croit être ses intérêts, mais ce n’est pas lui qui va décider. Avez-vous eu des contacts avec les représentants de l’État ? Est-il capable de prendre cette décision ?

    Je vais rencontrer le ministre des Transports ou son cabinet le plus rapidement possible. Je sais que le président de la Métropole, Nicolas Isnard, avec qui j’en ai parlé, a eu un échange très direct avec le Premier ministre notamment sur le versement mobilité. Je crois qu’aujourd’hui, il n’y a pas de porte fermée.

    Didier Gesualdi : Il a entendu sans s’engager…

    Vous savez, en politique, quand il n’y a pas de porte fermée, c’est déjà bon signe.

    Le tram des catalans

    Léo Purguette : Dans les prochains jours, des choix budgétaires devront être opérés. Le maire de Marseille a redit son opposition au tramway des Catalans. Est-ce que c’est un projet définitivement enterré ?

    Je ne fais pas de langue de bois mais je ne veux pas raconter de bêtises. Nous n’avons pas voté le budget de la Métropole, pas plus tard que mardi. Tous les projets vont être regardés et priorisés. Est-ce que le tram des Catalans est aujourd’hui une priorité ou non ? J’en discuterai avec le maire de Marseille. C’est quand même dans sa commune que ça se passe. Aujourd’hui la plupart des habitants ne veulent pas de ce tram. Moi je veux bien qu’on fasse du transport mais commençons par ceux qui le souhaitent plutôt que par ceux qui ne le veulent pas. Mais je laisserai le président de la Métropole et le maire de Marseille, en fonction du budget, dire ce qu’ils souhaitent. La RTM s’exécutera dans un sens comme dans l’autre.

    La gratuité

    Didier Gesualdi : Martine Vassal avait instauré la gratuité pour les enfants et les seniors. Il a aussi la gratuité totale du côté de l’ex-Pays d’Aubagne. Est-ce que c’est en danger dans la RTM que vous présidez ?

    Je disais que le monde économique demande des garanties, certains disent « on veut bien verser mais ce n’est pas pour que les élus en fassent de la gratuité au tout-venant ». Ça vous paraîtra bizarre, mais je peux l’entendre. Moi je suis plutôt pour une tarification sociale ce qui peut être la gratuité dans certains cas. J’entends certains seniors me dire, je gagne bien ma vie, « je peux me payer ma carte de bus, c’est indolore ». Il y a des familles de cadres, qui peuvent prendre en charge le transport de leur enfant. Après il y a eu des choix qui ont été faits dans certaines communes. Les gens qui habitent à Aix, Aubagne, La Ciotat, Martigues… viennent pour certains travailler à Marseille. Le but c’est que demain ils ne viennent plus en voiture. Toutes ces questions, il faut y réfléchir.

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Christophe :

    Bonjour. Qu’en est-il du projet d’Arena sur le secteur Gèze que vous aviez annoncé précédemment ?

    Bonjour, je veux vous dire que le projet d’Arena, on est en train d’y travailler. Ça fait partie des grands projets structurants que je suis pour le maire de Marseille. Nous avons déjà ciblé un terrain qui se trouve à Capitaine Gèze. C’est un lieu stratégique au pied du tramway et du métro Capitaine Gèze. Les services sont en train d’y travailler parce que la question pour nous est de savoir si cette Arena doit être complètement publique ou alors semi-privée et semi-publique parce qu’il faut aussi le financer. Nous allons étudier toutes les pistes. Le travail commence sur ce projet d’Arena.