Tag: Benoît Payan

  • Les Minots disposent d’un complexe flambant neuf

    Les Minots disposent d’un complexe flambant neuf

    Au cœur du quartier Corot, dans le 13e arrondissement de Marseille, se cache désormais un trésor bien gardé. Celui d’un complexe sportif flambant neuf, nommé en hommage à Félix-Weygand, militant syndicaliste et Résistant, qui va profiter à l’association des Minots de Marseille. Cette dernière est née en 2020 de la fusion des clubs du CA Saint-Just et de l’USC Minots du Panier. L’association y dispose de son siège, son bureau administratif et son club-house, permettant d’accueillir chaque semaine ses 610 adhérents pour des rencontres et des entraînements.

    En plus du terrain de football à onze déjà existant, le site s’enrichit d’un nouveau terrain annexe, dédié à la pratique du football à huit, et d’un nouveau terrain de futsal en plein air, unique à Marseille. Il a été co-financé par la Ville de Marseille, la Fondation Treizième Homme de l’Olympique de Marseille représenté par le président Pablo Longoria, la Fondation CMA CGM et la Ligue Méditerranée de Football, représentée par Éric Borghini. Avec la rénovation des vestiaires, de la tribune et des deux terrains synthétiques, la Ville de Marseille a investi près d’1,5 million d’euros pour finaliser le complexe, comptabilisé parmi les 28 équipements sportifs rénovés ou reconstruits depuis 2020.

    « Les éducateurs

    nous comprennent »

    « On est très fiers d’être doté de telles infrastructures », se réjouit Guillaume Boina, président des Minots de Marseille, le club qui compte le plus de licenciés en futsal au sein de la cité phocéenne. « Notre objectif, aujourd’hui, est de pérenniser nos activités, parce qu’on a évolué très vite. Nous mettons un point d’honneur à être un acteur social important dans la vie de notre territoire via des actions que nous réalisons, comme des forums pour l’emploi avec des acteurs du monde sportif », souligne le dirigeant, animé par le désir de permettre aux jeunes des quartiers avoisinants de devenir « de bons citoyens ».

    « Le sport est le meilleur vecteur d’insertion sociale pour nos jeunes, surtout quand on connaît la délinquance présente dans notre ville », martèle Salim, éducateur socio-sportif en charge de la catégorie U9 (moins de 9 ans), conscient que le football a permis à certains de connaître une autre vie et, ainsi, « s’éloigner du mauvais chemin ».

    « Le football, ça commence petit et ça commence dans de la dignité. On y apprend la vie, mais on doit l’apprendre dans de bonnes conditions. Pour nous, les conditions dans lesquelles on apprend le football sont essentielles », développe Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille, fier de « refaire ce qui avait été laissé comme ça, de manière un peu indigne », pour la jeunesse phocéenne.

    « Pendant des années, ce côté social s’est éteint et, aujourd’hui, les clubs de foot arrivent à raviver cette flamme-là. C’est important d’utiliser ce sport populaire et aimé de tous pour pouvoir aider un maximum de jeunes et les tirer vers le haut », ajoute Salim, lucide sur le fait qu’une association comme les Minots de Marseille dépasse les frontières du sport. Le club s’investit au quotidien dans de nombreux projets sociaux comme l’aide aux devoirs, des formations d’encadrement et d’arbitrage, des actions solidaires, ou encore à travers des opérations de sensibilisation pour la lutte contre le harcèlement et la violence dans le sport. « Les éducateurs nous comprennent », insiste Jawad, 13 ans, reconnaissant du travail qu’accomplissent les éducateurs au quotidien. Salim était son entraîneur, il y a quelques années, et a eu un impact dans sa vie. « C’est comme mon grand frère », lance le jeune homme.

  • Un chantier pour rendre son éclat au théâtre du Gymnase

    Un chantier pour rendre son éclat au théâtre du Gymnase

    En lieu et place des sièges du parterre, les échafaudages tutoient désormais les balcons. Après deux mois de préparatifs, le chantier de rénovation du théâtre du Gymnase est enfin lancé, quatre ans après la fermeture des lieux. Des travaux chiffrés à 18 millions d’euros et prévus pour durer deux ans. « Un chantier exceptionnel pour un Gymnase exceptionnel », sourit le maire (DVG) Benoît Payan.

    « Ce qui posait problème à l’origine, c’est un problème de sécurité : le balcon s’affaissait parce qu’il y a eu des infiltrations d’eau, mais aussi des travaux dans les années 1980 », rembobine l’architecte Ignacio Tillard, du cabinet Panorama architecture. Et de détailler : « Un certain nombre de poteaux ont disparu pour améliorer la visibilité de la scène depuis les places défavorisées, ce qui a provoqué des problèmes de structure. » À quelques semaines des municipales en 2020, les balcons fragilisés avaient dû être interdits d’accès, avant la fermeture totale, un an plus tard, de ce théâtre à l’italienne ouvert en 1804, classé Monument remarquable.

    Après la dépose du lustre, il reste à démonter les garde-corps de la corbeille pour leur restauration, avant la démolition des balcons. « L’ensemble des moulures va être reproduit grâce à des recherches d’archives, de photos, avec l’ajout de toutes les décorations qui ont disparu après-guerre », explique l’architecte. La reconstruction des balcons sera aussi l’occasion d’en améliorer le confort, avec l’élimination totale des poteaux qui gênaient la vue, « une prouesse technique exceptionnelle », insiste Benoît Payan. Les peintures du plafond seront aussi restaurées, le parterre rendu accessible de plain-pied depuis la rue, les équipements scéniques modernisés, un parquet posé pour améliorer l’acoustique. « Ce sera vraiment un stradivarius », apprécie le directeur du théâtre, Dominique Bluzet. À l’extérieur, les escaliers seront retirés pour redonner toute leur dimension aux portes d’entrée, le hall modernisé. « Ce n’était pas la peine de faire une rénovation au rabais, appuie l’adjoint PCF à la culture, Jean-Marc Coppola. Quand on a un des plus anciens lieux de culture de Marseille, on met d’emblée le paquet. » Un modèle pour la restauration à venir de l’Opéra.

    Plus rapide qu’à Paris

    « Je trouve lamentable qu’on abandonne ainsi la culture, ici sur la Canebière », lâchait pourtant la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, le 3 novembre. « Elle s’attendait à voir des grues devant le théâtre, tance Benoît Payan. Il faudra que quelqu’un se dévoue pour lui expliquer que pour refaire un théâtre, il n’y a pas de grues. » Et de souligner le chemin parcouru, notamment grâce à la gratuité dans les musées : l’exposition Detaille au Musée d’histoire bat déjà des records de fréquentation. « Beaucoup considèrent que la culture n’est pas une priorité dans les temps difficiles, or, elle est notre humanité », appuie l’édile. Quant au délai pour restaurer le théâtre du Gymnase, « nous avons été beaucoup plus rapides que les Parisiens, qui ont mis neuf ans et demi pour rénover le théâtre de la Ville », se réjouit Dominique Bluzet.

  • Témoigner des atrocités d’Hiroshima et de Nagasaki

    Témoigner des atrocités d’Hiroshima et de Nagasaki

    Plus jamais Hiroshima, plus jamais Nagasaki ! Quatre-vingts ans après les terribles bombardements américains sur le Japon, les militants de la paix sont plus inquiets que jamais. La menace reste vive, brandie par les puissances la possédant. C’est pour alerter l’opinion publique que les associations Hidankyo (confédération japonaise des organisations des survivants des bombes A et H), lauréate du Prix Nobel de la paix en 2024 et Gensuikyo (conseil japonais contre les bombes A et H), effectuent jusqu’au 29 novembre, une tournée dans 18 villes du sud de la France*. « Les gens oublient Hiroshima et Nagasaki », déplore Miko Honma, membre du conseil d’administration de Nihon Hidankyo. Née en 1950, elle est la première de la deuxième génération des victimes de la bombe atomique à présider l’organisation.

    « Ils ne veulent pas seulement témoigner de leur souffrance, ils veulent rassembler pour éliminer les armes atomiques afin que les victimes de Nagasaki soient les dernières victimes des bombes atomiques de l’humanité », insiste Pierre Villard, coordinateur régional du Mouvement de la Paix qui est à l’origine de cet événement. Une délégation de militants était sur place, en août dernier, pour participer aux commémorations, aux côtés de membres du Casi cheminots Paca qui accueillent les pacifistes nippons ce vendredi. Une partie d’entre eux sera reçue lundi par le maire DVG de Marseille Benoît Payan, qui a annoncé en août dernier le ralliement de la ville au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (Tian). Le Rove en a été la première signataire : « l’armement atomique est irréversible, ce village n’a pas spécialement de craintes, il a toutes les craintes », martèle le maire PCF de la commune Paul Sabatino.

    Faire ratifier le traité

    « L’inquiétude principale en ce moment est que, malgré la menace qui est pratiquement quotidienne, très importante, il y a dans la population française en tout cas, un déni sur lequel on a du mal à intervenir », constate Yves Perrin Toinin, représentant de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire. C’est pourquoi ces précieuses paroles seront relayées dans les salles de classe. « C’est en faisant écouter les témoignages d’hibakusha que les jeunes japonais se rendent compte de la menace et se disent qu’ils seront peut-être les prochains », relève Yuhi Shimada, membre du conseil exécutif de Gensuikyo. L’objectif visé par cette campagne est la ratification par la France, l’une des neuf puissances nucléaire, du Tian, à laquelle même le Japon, seul pays ayant subi cette catastrophe s’oppose, « servant d’avant base en Asie dans leur projet américain d’endiguement de la Chine », déplore Yayoi Tsuchida, secrétaire générale adjointe de Gensuikyo.

    Le programme de la tournée sur www.frenchpeacenobeltour.com

  • Lutte contre le narcotrafic : deux ministres face aux attentes de Marseille

    Lutte contre le narcotrafic : deux ministres face aux attentes de Marseille

    Marseille espérait des actes. Elle a eu droit à de l’écoute, une semaine après l’assassinat de Mehdi Kessaci, le frère d’Amine, militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic. « Un crime qui vise à faire peur et à atteindre quelque part la République », a martelé Laurent Nuñez avant d’aller rencontrer la famille endeuillée. « La République ne doit pas avoir la main qui tremble », lui a rétorqué Benoît Payan, le maire (DVG) de la ville, continuant d’appeler à une large mobilisation pour la marche blanche de samedi (lire page 3).

    Ce jeudi, le ministre de l’Intérieur et Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, sont en réalité surtout venus défendre un bilan, et prêcher la parole présidentielle. Emmanuel Macron est attendu dans un mois à Marseille pour inaugurer notamment les Baumettes 3, a expliqué le ministre de l’Intérieur. Lui, a promis de son côté de revenir « tous les mois » dans la 2e ville de France.

    « Un continuum extrêmement efficace »

    Jeudi, les deux représentants du Gouvernement ont multiplié les rencontres. Gérald Darmanin était notamment aux Baumettes, en début de matinée, pour « écouter » et « soutenir » les agents pénitentiaires. Il a ensuite rejoint Laurent Nuñez en Préfecture pour une réunion de travail avec les représentants de l’État, les directions de la police et de la gendarmerie, le Procureur de la République, des magistrats… Une « réunion opérationnelle » qui a permis de faire le point sur « ce continuum extrêmement efficace qui est mis en œuvre entre la justice et le ministère de l’Intérieur », a justifié ce dernier.

    Ce moment « extrêmement important d’échange et d’amélioration des process » a été aussi l’occasion de faire le point sur la loi de Lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée votée en juin à l’assemblée. Elle aboutira notamment à la mise en place d’un parquet spécialisé, le Parquet national anticriminalité organisé (Pnaco), qui verra le jour le 5 janvier sur le modèle du parquet national financier ou du parquet national anti-terroriste.

    Une manière de répondre à la « menace » du narcotrafic « équivalente à celle du terrorisme », a répété Gérald Darmanin en écho à Emmanuel Macron qui appelait mardi à adopter la même approche que face au terrorisme. « Il y a des magistrats, des enquêteurs qui sont physiquement menacés parce que nous gagnons difficilement une bataille très très dure contre une organisation criminelle qui a sans doute fait entre 5 et 6 milliards d’euros de chiffres d’affaires d’argent liquide et dont les intérêts sont immenses », a-t-il expliqué. Et de mettre en avant les prisons haute sécurité ou 500 à 600 détenus du haut spectre doivent être mis à l’isolement.

    Le maire de Marseille qui en matinée a reçu le ministre de l’Intérieur à l’Hôtel de ville a lui continué de réclamer des moyens pour les enquêteurs, pour la justice mais aussi pour l’éducation. Et de plaider notamment l’installation du Pnaco à Marseille, la création d’une antenne d’Interpol et le retour d’une préfecture de police de plein exercice. Laurent Nuñez a balayé ce dernier point d’un revers de main.

    Renforts en magistrats

    Reçu dans l’après-midi en Préfecture, avec un représentant du Président de Région, Martine Vassal, la présidente (DVD) du Département et de la Métropole a, elle aussi, réclamé des effectifs, pour la Police judiciaire et scientifique, pour la protection judiciaire de la jeunesse, ainsi que la création d’une antenne du Pnaco dans la 2e ville de France. « Ce serait un symbole fort », estime cette dernière. Mais sur ce point encore le Gouvernement dit non.

    Le ministre de la Justice avait ainsi justifié un peu plus tôt l’installation à Paris de ce parquet « qui va se saisir d’affaires marseillaises de très grande ampleur », par le fait qu’elles « ne peuvent pas toujours être documentées ici, soit pour des raisons de menaces, soit parce qu’elles concernent de grands groupes à l’international ». Pour Marseille, les représentants du Gouvernement ont promis de nouveaux renforts, notamment de magistrats ou greffiers, sans en donner un détail chiffré. « Je l’annoncerai chez vos confrères de La Provence », a expliqué Gérald Darmanin, venu donc pour la photo devant les autres.

    La juridiction marseillaise, la troisième de France, a été renforcée ces dernières années. Elle compte aujourd’hui 143 magistrats du siège et 60 au parquet. Insuffisant. À la cour d’appel d’Aix, 500 procédures criminelles sont en attente. Parmi elles, le dossier des assassins présumés du grand frère d’Amine, tué en 2020. L’embolie judiciaire est telle que des dates de procès n’ont pas été fixées. Sans doute en 2026.

    Les pénitentiaires sur la brèche

    « Nous avons rappelé que nous avons besoin de moyens, humains et financiers. » La CGT pénitentiaire Paca Corse a remis sur la table ses revendications ce jeudi face au ministre de la justice, Gérald Darmanin, venu les « soutenir » aux Baumettes. Alors qu’avec l’ouverture d’un nouveau bâtiment mardi, le centre pénitentiaire est devenu le 2e de France rappelle la CGT, les effectifs sont déjà « sous calibrés. » Le bureau régional du Snepap FSU déplore, lui, dans un communiqué « l’écroulement des dispositifs d’accompagnement vers le logement et l’insertion professionnelle » pour assurer « la sortie de la délinquance des personnes déjà sous main de justice. » Une réalité à laquelle « la politique ministérielle doit répondre » tance le syndicat. M.R.

  • Lutte contre le narcotrafic : Marseille attend des réponses concrètes

    Lutte contre le narcotrafic : Marseille attend des réponses concrètes

    Une semaine après l’assassinat de Mehdi Kessaci, sur un parking à proximité de l’hôtel du département des Bouches-du-Rhône, Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, et Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, débarquent à Marseille. Une visite demandée par le président de la République. Lors de la réunion d’urgence mardi à l’Élysée, Emmanuel Macron avait appelé à poursuivre et amplifier la lutte contre les narcotrafics.

    Durant la journée, les deux hommes se rendront au Baumettes, rencontreront Benoît Payan, le maire (DVG) de la ville, puis les magistrats de la juridiction interrégionale spécialisée et les autorités judiciaires et des forces de sécurité intérieure, pour des « réunions de travail » sur la criminalité organisée et le narcotrafic. L’après-midi, un temps d’échange avec la famille Kessaci est prévu avant une étape à l’Évêché pour rencontrer les enquêteurs et chefs de service.

    Services publics

    En visite aux Émirats arabes unis, le garde des Sceaux a réclamé l’extradition d’une quinzaine de narcotrafiquants présumés recherchés par la France. Depuis janvier, quatorze ont été interpellés puis extradés dans l’Hexagone pour y être incarcérés et jugés, précisait-il. Mais l’attente est surtout grande dans la deuxième ville de France où une marche blanche est organisée samedi.

    Si Marseille est régulièrement secouée par des narcomicides sur fond de guerre pour le contrôle des points de deal, l’assassinat de Mehdi Kessaci, un « crime d’intimidation inédit » selon les mots de Laurent Nuñez, soulignant implicitement que son frère Amine, militant engagé dans la lutte contre les narcotrafics était visé, a marqué « un point de bascule ». Mercredi, au lendemain des obsèques de son frère, dans une tribune au Monde le matin puis le soir au JT de 20h de France 2, ce dernier a appelé à ce que « la révolte (…) soit durable », réaffirmant sa volonté de ne pas se taire.

    Dans son sillage, le maire de Marseille a appelé les Marseillais à se joindre en nombre à cette marche : « C’est une marche pour la dignité en mémoire de Mehdi Kessaci, c’est une marche pour la justice et l’État de droit. Et je dis aux Marseillais et aux Marseillaises n’ayez pas peur, justement parce que cet assassinat inqualifiable est fait pour qu’on se cache. Il faut qu’on soit nombreux, déterminés ! Il faut montrer que Marseille est une ville rassemblée. »

    Benoît Payan attend aussi des réponses concrètes de cette visite ministérielle. Notamment un véritable renforcement des moyens : « L’assassinat de Mehdi nous dit aussi autre chose. Cette fois, c’est l’État qui est défié. Même si je ne fais pas le tri entre les morts, il nous dit que la République doit être présente et faire son retour partout. Le service public doit être dans tous les quartiers, la police et les magistrats bien sûr, mais tous les services publics. À chaque fois que la République baisse la tête, les narcotrafiquants s’installent. »

    « On est passé dans une autre dimension ! Les narcotrafiquants, par leurs assassinats, rackets et pressions de toutes sortes, veulent prendre le pouvoir sur les lois de la République », a réagi de son côté Renaud Muselier. Rappelant les résultats concrets apportés entre 2024 et 2025 dans la lutte contre les narcotrafics, le président (Ren.) de la Région n’avait pourtant pas boudé en début d’année la suppression d’un préfet de police de plein exercice, décidée par Bruno Retailleau. En mars, l’ex-ministre (LR) de l’Intérieur avait confié la fonction au préfet de région, Georges-François Leclerc, parti depuis diriger le cabinet présidentiel à l’Élysée.

    Doctrine et plein exercice

    Une situation que le maire de Marseille regrette, allant plus loin dans sa critique. « Ça ne fait pas tout et tout ne s’est pas arrêté, il y a eu des résultats ces dernières années », tempère Benoît Payan rappelant que le nombre de narcomicides est passé de 49 en 2023 à moins d’une dizaine cette année : « Mais les policiers sont des agents du service public aussi, des fonctionnaires de l’État qui ont besoin de moyens. Ils ont besoin d’être payés correctement, ils ont besoin de renforts, de matériel et ils ont besoin d’avoir des idées claires et un cadre. Avoir enlevé un préfet de police de plein exercice à Marseille, en pleine bataille contre les narcotrafics, ça n’a pas de sens. »

    Sur le fond, le maire déplore aussi « la doctrine d’emploi des forces de l’ordre », estimant avoir observé malgré ces résultats, « un relâchement sur la question du narcotrafic ». Il regrette notamment que « l’accent ait été mis sur de la poursuite de personnes en situation irrégulière », évoquant les 7 500 OQTF délivrées sur l’année pour la seule ville de Marseille.

    Et de pointer la création tardive du Parquet national anticriminalité organisée qui va voir le jour, à l’instar des parquets national antiterroriste et financier. Une demande formulée en 2021. « Pas par plaisir. J’ai juste considéré que c’était une nécessité voyant ce qui se passait dans cette ville », coupe Benoît Payan. « Peut-être faut-il écouter les maires. Tous les maires. Quand on parle de nos villes, on sait de quoi on parle. Même si l’État était là à Marseille et c’est pas moi qui vous dirai le contraire, sur cette question-là, sa création le 1er janvier 2026 arrive un peu tard. »

    La réforme de la PJJ dans le viseur

    En réponse à l’appel d’Emmanuel Macron, à « amplifier » la lutte contre le trafic de drogue, l’Association nationale de la police judiciaire (ANPJ) réclame dans un communiqué la création en « urgence » d’une direction générale de la police judiciaire « forte, rassemblée et connectée, à l’image de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure). » Pour l’ANPJ, « cette bascule dans le narcoterrorisme était prévisible ». Estimant que les « pouvoirs publics se montrent incapables d’anticiper et d’endiguer un phénomène désormais structurel », l’association considère que « la réforme de la police judiciaire a été, elle aussi, un point de bascule. Celui de la déconstruction du seul service de police capable de poursuivre une lutte efficace contre la très grande criminalité à l’échelle nationale. »

    L.M.

  • À Marseille, un autre avenir se dessine sur l’espace du centre Bourse

    À Marseille, un autre avenir se dessine sur l’espace du centre Bourse

    « Si c’est bien animé, que ça crée des flux et que les Marseillais vont se retrouver dans cet espace, pourquoi pas ? » réagit Guillaume Sicard président de la fédération Marseille Centre, à l’annonce de la reprise du site des Galeries Lafayette au centre Bourse par la Ville fermé définitivement depuis samedi. Benoît Payan (DVG) a annoncé dans notre édition de ce week-end qu’il rachète les 22 000 m2 pour créer « une cité des sciences et de la mer, et une partie de la philharmonie. » En attendant que cela se réalise, il veut faire un tiers-lieu afin que le site ne soit pas en friche. « Il faut vraiment que ce soit un lieu dynamique, où l’on puisse se retrouver de manière régulière », insiste le fondateur de Marseille en vacances, Guillaume Sicard.

    Pour Sophie Camard (GRS) maire du 1/7 arrondissement, le bad buzz créé par la droite autour du centre-ville, se referme « comme un piège car ils n’ont rien à proposer ». « Depuis le début, on a affaire à une fausse polémique alimentée par la droite qui n’a rien à dire sur le centre-ville, et qui a fait croire que c’était de notre faute si les Galeries Lafayette disparaissaient. Et de manière plus insidieuse, que le départ du grand magasin était de la faute des pauvres » analyse la maire de secteur.

    Elle revient sur le référendum en ligne lancé par Martine Vassal (DVD) candidate aux municipales. « Lancer une concertation sur un foncier qui n’appartient pas à la ville, pour moi c’est du grand n’importe quoi ! » lâche-t-elle avant de poursuivre : « Moi, je suis très contente de cette décision qui permet de montrer qu’il peut y avoir différents discours économiques sur le centre-ville. On prend l’optique de rééquiper le premier arrondissement d’un lieu tourné vers les arts et les sciences ». Pour elle, parler d’art et de science n’est pas anodin. « La droite et le RN ne savent pas imaginer que quand on remet des arts et sciences, on tire vers le haut la 2e ville de France. ça va être un modèle de développement économique plus solide et beaucoup plus durable que de simplement parler de l’arrivée d’un magasin suédois. » Mais de souligner que « dans le centre Bourse, il y aura toujours des magasins pour tout le monde. Le centre-ville, c’est de la mixité ».

    Si à ce jour, le projet refusé par la ville reste inconnu, Sophie Camard assure que « c’était bel et bien un magasin de mass market, pour faire du chiffre. Mais pas Shein, on n’a jamais eu ça ». Et rappelle que « le centre Bourse, c’est trois copropriétés dont la ville qui a déjà le Musée d’histoire. On est tout à fait légitime à aller plus loin, à développer cette partie-là ».

    À la question du tiers lieu, Sophie Camard répond « une fois acquis, le temps que le projet définitif soit monté, on fera ce que l’on sait faire avec des occupations transitoires ». En guise de conclusion, la maire confie être aux réunions avec la préfecture depuis le début, et que « le plan social des Galeries a toujours été piloté depuis Paris, même l’État local n’était pas saisi du dossier. Mais jamais, il n’a jamais été question de laisser une friche ». Et de protester « On ne peut pas nous reprocher de prendre des décisions sans concertations, ni de rien proposer ».

    Du côté de la droite, le communiqué de Martine Vassal (DVD) arrive dans la foulée de l’annonce. Cinglant. Ire de la candidate de droite à la mairie de Marseille, qui fustige la décision du maire sortant. « Rien n’est préparé… » « argent du contribuable… » « échec flagrant de la politique menée pour le centre-ville… » « vision low-cost de Benoît Payan ». Enfin quant à la question du tiers lieu, l’interprétation est sans appel : « Cela signifie entre les lignes qu’il y aura des périodes de vacances commerciales, et qu’il n’y a en attendant aucune vision concrète et que le risque de voir les Galeries Lafayette se transformer en un squat géant en plein centre-ville existe bel et bien ».

    Parmi les habitants du quartier, l’avis n’est pas tranché. « Il faut trouver l’argent. Mais oui, je suis soulagée par ce projet. S’inspirer de la philharmonie de Paris, peut-être que ce n’est pas complètement idiot » apprécie Marie propriétaire dans les tours Labourdette depuis 13 ans. « Il faudra des projets en collaboration avec le fonds communal de la Ville, le fond Régional, le Mucem avec des lieux de culture. Théoriquement la philharmonie, c’est un lieu de pratique, de concert et d’expo ». Avant de conclure : « Il faudra surtout arriver à mettre en adéquation le quartier avec ce projet ».

  • [Rue de la République] Benoît Payan : « Une cité des sciences et de la mer, et la philharmonie à la place des Galeries Lafayette »

    [Rue de la République] Benoît Payan : « Une cité des sciences et de la mer, et la philharmonie à la place des Galeries Lafayette »

    L’assassinat du frère d’Amine Kessaci

    Didier Gesualdi : Après l’assassinat du frère du militant écologiste Amine Kessaci, quelle est votre réaction de maire ?

    D’abord j’ai réagi en tant qu’homme et après en tant que maire. Pourquoi ? Parce que je connais personnellement Amine, son combat, que je partage. Je sais l’effroi qui a été le sien. Je l’ai eu au téléphone. Il est, comme vous pouvez l’imaginer, dévasté. C’est le deuxième frère qu’il perd, assassiné sous les balles des narcotrafiquants. On s’est parlé d’homme à homme, de personne à personne. En tant que maire, c’est ma fonction de dire qu’on ne peut pas laisser passer ça. On ne peut pas se taire, on ne se taira jamais. Si les thèses qui sont avancées au moment où on parle étaient confirmées, le procureur de la République semble avancer vers un assassinat d’intimidation, alors on entrerait dans quelque chose qu’on n’a pas connu. La lutte contre le narcotrafic est une lutte de tous les jours, qu’on a mené, que l’État a mené en amenant des moyens supplémentaires qui ont produit des résultats avec, par exemple, une baisse très significative du nombre d’homicides dus au narcotrafic, un nombre d’enquêtes et d’élucidations qui n’a cessé d’augmenter, un nombre de personnes liées aux trafics et aux crimes emprisonnées à l’isolement qui augmente… Ce sont des dangers pour la société, des criminels, pas des victimes. Ce sont des gens qui sèment la mort autour d’eux. Si la thèse d’un assassinat d’intimidation était confirmée, on changerait de dimension. On ne serait pas seulement sur un assassinat pour des parts de marché, parce que ces gens-là, cette mafia, n’ont aucun respect pour la vie humaine.

    Léo Purguette : Ils n’auraient donc plus aucune limite ?

    Ça voudrait dire qu’on a passé un cap et qu’il n’y a plus de limite, que l’on tape pour impressionner et faire taire. Or, ils ne nous feront pas taire. Ils ne nous font pas peur, ils ne m’ont jamais fait peur. Je suis persuadé que les Marseillais, dans leur immense majorité, refusent que des mafieux assassinent pour faire taire. Ce serait d’une gravité sans précédent, c’est presque l’état de droit qui est remis en cause. On a connu ça à Marseille avec l’assassinat du juge Michel en 1981. Évidemment, j’ai eu le ministre de l’Intérieur, l’Élysée, on a un procureur de la République qui, avec son parquet, est un des meilleurs de France sur le narcotrafic…

    Léo Purguette : … Ça intervient à un moment où il obtient des résultats.
    Vous faites le lien
     ?

    Il faut laisser ça au procureur de la République, c’est à lui de dire où en est l’enquête, c’est à lui d’établir les circonstances. Il y a des gens qui font de la récupération, du commentaire. Moi je suis maire de Marseille, je ne me place pas à ce niveau-là. Ce que je considère être ma mission, c’est de tout faire pour protéger les Marseillaises et les Marseillais. On a obtenu 100 policiers supplémentaires par an, il faudra en obtenir plus encore. Nous avons doublé la police municipale, je ne demande pas que la police nationale soit doublée, l’État en serait incapable mais -je sais que le terme peut déplaire- s’ils font la guerre à l’État, alors il faut leur faire la guerre.

    Les caméras

    Didier Gesualdi : Selon la droite, vous avez trop tergiversé sur les caméras de vidéo surveillance, vous mentez sur le doublement de la police municipale…

    J’ai décidé de ne pas répondre aux fake news. Pour moi, l’opposition de droite républicaine devrait s’en tenir à de la dignité. Un chiffre, c’est un chiffre. Un doublement de la police municipale, c’est un doublement de la police municipale. Ils peuvent dire 10 fois une contre-vérité, ça ne deviendra jamais une vérité. Je laisse les fake news aux trumpistes, à l’extrême droite, à ses marchepieds et ses alliés. Le sujet de la sécurité est trop sérieux. Il touche tout le monde, et particulièrement quand on n’a pas les moyens d’habiter les beaux quartiers. On décide de faire de l’îlotage, d’aller voir les petits commerçants comme à Noailles, on s’y est pris avec humanité et fermeté. On s’y est pris de manière intelligente. À Belsunce, c’est la même chose. Quand on met des caméras, ce n’est pas pour se faire plaisir. Je ne peux pas entrer dans le déroulement de l’enquête que nous venons d’évoquer mais les caméras servent quand elles sont au bon endroit. Je ne peux pas accepter de leçons de gens qui ont mis des caméras de complaisance, pour se faire plaisir, pour faire plaisir à leurs amis ou je ne sais quoi. Tout cela doit être fait avec intelligence, parcimonie, humanité et fermeté.

    La police municipale

    Léo Purguette : Ce que vous dites sur l’ampleur du narcotrafic ne rend-il pas vain le débat au niveau municipal sur la police ? On voit bien que ce n’est pas la police municipale qui va pouvoir agir face à la mafia.

    Encore une fois je ne veux pas sortir de mon rôle en donnant des détails de l’enquête en cours. La police municipale a été à l’origine d’éléments essentiels qui permettent aujourd’hui, au moment où je vous parle, à la police de travailler et d’avancer. Quant à ceux qui crient… Vous savez ; les chiens aboient et la caravane passe. Je les laisse raconter ce qu’ils ont envie de raconter. Je crois qu’il ne faut pas mentir aux Marseillais. Expliquer que la Ville doit se substituer à l’État en matière de sécurité, c’est comme expliquer que le bleu est rouge ou que le blanc est noir. Les Marseillais sont intelligents et jouer avec leurs peurs, ça n’est pas être au niveau du débat municipal.

    2026

    Léo Purguette : Un projet d’ampleur comme celui des Galeries Lafayette vous projette dans un second mandat. Est-ce que c’est une forme d’acte de candidature ?

    Pas du tout ! Justement, ma ville je la gère. J’ai le problème qui se pose maintenant. J’ai dit que je m’occuperai de ce sujet et je m’en occupe. Les choses vont intervenir dans les prochaines semaines et de toute façon, comme je l’ai dit, je serai maire jusqu’au bout. Je laisse celles et ceux qui rêvent de devenir maire de Marseille, sauter sur leurs chaises comme des cabris. S’ils ont du temps à perdre, ce n’est pas mon problème. Moi je suis au travail. Et je resterai au travail jusqu’au bout.

    Les Galeries lafayette

    Léo Purguette : Vous avez été beaucoup attaqué sur la fermeture des Galeries Lafayette avec une dévitalisation du centre-ville qui est redoutée, quelles réponses apportez-vous ?

    Encore une fois, sur les attaques, je ne vais pas revenir sur ce qui s’est passé dans cette ville. Vous savez, j’ai été dans l’opposition. Quand je l’étais, j’ai suffisamment dit à Mme Vassal, à ses amis et au maire de Marseille de l’époque que c’était un contre-sens historique que d’ouvrir des centres commerciaux en pleine ville. On sait que depuis la fin des années 1990 toutes les villes du monde ont arrêté de le faire. C’est un non-sens, ils se dévorent entre eux et dévorent les commerces de centre-ville. Mme Vassal et ses amis, soutenus d’ailleurs par le Rassemblement national, ont continué d’implanter des centres commerciaux. Et donc, qu’est-ce qu’il se passe ? Il y a de la concurrence déloyale, plus il y en a, moins ça marche.

    Léo Purguette : Que proposez-vous alors ?

    Je vous le dis en exclusivité : les galeries Lafayette m’ont présenté une offre de reprise. Elle ne me convient pas. Ça n’est pas du tout ce que je veux pour le centre bourse. Je ne veux pas citer la marque mais elle ne me convient pas. Je pense que les Marseillais n’en veulent pas. Ça n’est pas dans mon éthique d’accepter ça donc c’est non. Je vais racheter les galeries Lafayette comme je m’y étais engagé. On va y faire deux choses : une cité des sciences et de la mer et on va y faire aussi une partie de la philharmonie. C’est un projet immense, culturel, scientifique, pédagogique pour faire découvrir le monde de la mer, de la science, pour la musique… Ce sont des milliers et des milliers de mètres carrés qui y seront consacrés dans le centre-ville !

    Léo Purguette : Ça va prendre du temps.

    Oui et en attendant, je ne veux pas de friche et donc je lance dès le rachat des galeries Lafayette un appel à manifestation d’intérêt. Ça veut dire quoi ? Qu’on va en faire un tiers lieu où des gens quels qu’ils soient, entrepreneurs, artistes, associatifs, vont pouvoir avoir des lieux mis à leur disposition pendant deux-trois ans. Il n’y a beaucoup de gens qui cherchent des lieux et qui n’ont pas forcément les moyens parce que vous avez vu l’explosion des loyers, ils vont pouvoir s’installer ici.

    Didier Gesualdi : On va vous dire que l’impact économique ne va pas être équivalent.

    Ce sont des gens qui ne savent pas trop compter qui disent ce genre de choses. Au regard de l’état des finances des collectivités gérées par la droite, je ne prendrai pas de leçons d’économie de ces gens-là. L’attractivité économique, la création d’emplois quand on fait une cité de la science et de la mer ou une philharmonie est bien plus importante que ce que peut faire un commerce. Les gens s’y arrêtent, y restent longtemps, en famille, entre amis…

    La droite

    Léo Purguette : La droite a démarré sa campagne avec une certaine agressivité. Comment l’analysez-vous ?

    L’agressivité, c’est la sœur jumelle de la fébrilité. Je n’ai pas grand-chose à en dire. Je les plains.

    Didier Gesualdi : Renaud Muselier vous trouvait mauvais sur ce plateau.

    Avec son parcours politique, il aurait pu être un sage de la politique. Un peu de sagesse ne lui ferait pas de mal.

    Didier Gesualdi : Est-on condamné aux petites phrases ?

    Notre ville a tout en main pour réussir. Elle mérite un niveau bien meilleur de débat. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’on a le personnel politique qu’on mérite. Je ne suis pas d’accord. C’est à droite et à gauche. Des médiocres, il y en a partout. Je ne m’abaisserai pas à aller dans le caniveau. Que ceux qui sont dans la boue y rest

    Le RN

    Didier Gesualdi : Qui est votre adversaire ? C’est le RN rabiboché avec M. Ravier ?

    J’ai toujours dit que mon adversaire, celui de Marseille et des Marseillais, c’était le Rassemblement national et ses idées, son incapacité à gérer, sa capacité à fracturer…

    Didier Gesualdi : « On ne les a jamais essayés », disent beaucoup de Marseillais.

    Oui, certains le disent. On peut aussi essayer de se jeter dans le feu, on n’a jamais essayé. L’argument « essayons-les », ne fonctionne pas. On ne s’amuse pas avec la vie des gens ni avec une ville fragile qui est en train de se relever. Oui, c’est d’abord Franck Allisio mon adversaire.

    Léo Purguette : Il est donné très haut dans les enquêtes d’opinion. Ça vous inquiète ?

    Bien évidemment. On doit tous prendre conscience que cette ville peut tomber dans l’escarcelle du RN. Ce serait une ville qui se coupe en morceaux, dans laquelle le chaos s’installerait parce que ce sont des gens qui vivent sur la peur de l‘autre et qui fabrique des boucs émissaires : les pauvres, les étrangers, ceux qui n‘ont pas la même religion que nous… Qu’est-ce qu’on construirait ? Des miradors à la place des bibliothèques ? Des centres de rééducation à la place des écoles ?

    La droite

    Léo Purguette : La droite a démarré sa campagne avec une certaine agressivité. Comment l’analysez-vous ?

    L’agressivité, c’est la sœur jumelle de la fébrilité. Je n’ai pas grand-chose à en dire. Je les plains.

    Didier Gesualdi : Renaud Muselier vous trouvait mauvais sur ce plateau.

    Avec son parcours politique, il aurait pu être un sage de la politique. Un peu de sagesse ne lui ferait pas de mal.

    Didier Gesualdi : Est-on condamné aux petites phrases ?

    Notre ville a tout en main pour réussir. Elle mérite un niveau bien meilleur de débat. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’on a le personnel politique qu’on mérite. Je ne suis pas d’accord. C’est à droite et à gauche. Des médiocres, il y en a partout. Je ne m’abaisserai pas à aller dans le caniveau. Que ceux qui sont dans la boue y restent.

    La France insoumise

    Léo Purguette : La France insoumise est dans l’attentisme mais en vous recevant en juin, on avait bien compris que ce ne serait pas avec eux au 1er tour.

    J’ai toujours dit que la France insoumise disait urbi et orbi qu’elle serait candidate donc je prends acte de sa volonté. Il semblerait que la France insoumise déclare une candidature dans les jours qui viennent. C’est son choix. Je ne le commente pas. Je suis au travail, je ferai tout ce que j’ai à faire pour me battre contre le RN. Je ne me trompe pas d’adversaire. Et je le dis à la France insoumise : j’aurais préféré les entendre dans les combats que j’ai menés face à la droite extrême et l’extrême droite plutôt que de taper sans cesse sur l’union de la gauche et des écologistes. Vous avez vu les mineurs isolés à la rue, le nombre de place d’hébergement d’urgence qui diminue, les défaillances de la Métropole, de la Région et du Département ? Qu’est-ce que j’entends de la France insoumise ? Rien.

    La Question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Jean-Michel Petrosi :

    Pourquoi M. Barles qui s’oppose au Printemps marseillais est toujours votre adjoint ?

    L’aventure individuelle de Sébastien Barles, c’est l’aventure individuelle de Sébastien Barles. Il a choisi, pour des raisons qui lui appartiennent, de considérer que son propre bilan était mauvais. J’avoue que c’est un peu particulier. Quand on est adjoint à la transition écologique, dire que le bilan est mauvais sur la transition écologique alors que des millions et des millions ont été dépensés sur le sujet, c’est soit faire preuve d’une lucidité absolument troublante concernant son propre bilan soit chercher une nouvelle famille politique. Je ne commente pas plus.

    Léo Purguette : Peut-il rester votre adjoint ?

    J’imagine que chez lui, il y a des miroirs, des glaces, qu’il doit s’y regarder. Il doit savoir s’il peut rester adjoint. Moi je ne fais pas de rétorsion. Je ne donne pas de coup politique à quelqu’un qui fait un choix politique. J’enlève une délégation ou une adjointure à quelqu’un qui a fait une faute morale ou autre. Il a le droit de dire qu’il a envie d’aller avec la France insoumise. Mais quelle cohérence ? Vous voulez que je vous dise ce que j’aurais fait moi-même à sa place ? Ça fait longtemps que j’aurais démissionné. Au moins pour pouvoir me regarder dans la glace.

  • « Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements »

    « Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements »

    La Marseillaise : Quel a été votre sentiment en apprenant cet assassinat ?

    Mathieu Croizet : Celui d’une immense tristesse. J’ai tenté d’appeler Amine pour lui transmettre mes sincères condoléances. Je connais bien Amine qui est le premier à se rendre sur place quand quelqu’un se fait tuer, qui refusait de quitter le quartier où il vit. C’est horrible pour sa maman qui perd un nouveau fils. Je ne parle pas au nom de la famille que je n’ai pas pu joindre mais je vous livre mon sentiment personnel. Son petit frère n’était pas lié à du trafic de stupéfiants, n’était pas connu de la police et de la justice comme l’a dit le procureur. Il voulait d’ailleurs devenir policier. S’il est démontré que c’est une expédition punitive pour intimider ceux qui se plaignent de la mainmise des narcotrafiquants sur la cité phocéenne, il n’y a alors plus de limites.

    Saviez-vous si Amine nourrissait des craintes pour lui et ses proches ?

    M.C. : Amine est quelqu’un d’assez discret. J’ai appris qu’il bénéficiait avec sa mère d’une protection policière. Mais on peut tous avoir des inquiétudes quand on voit les victimes collatérales dans les coups de force entre réseaux, la balle perdue qui a tué Socayna [étudiante de 24 ans, fauchée en 2023 d’une balle dans sa chambre par un tir en rafale de jeunes à scooter voulant récupérer un point de deal]. Des confrères avocats ont été agressés à l’arme blanche au sein de leur cabinet. Là, le ciblage est incontestable sur un pourfendeur des narcotrafiquants, un responsable associatif et militant politique. C’est une étape nouvelle dans l’horreur. Le cap a en réalité déjà été franchi depuis longtemps quand on voit des quartiers entiers placés sous la coupe réglée des narcotrafiquants qui règnent en maître et disposent de plus en plus de moyens. Des degrés dans l’horreur ont déjà été franchis pour arriver à tuer quelqu’un comme son premier frère qui a subi le « barbecue marseillais ». Est-ce un ensauvagement de notre société, peut être ?

    En quoi Amine Kessaci peut-il constituer une réelle menace pour le crime organisé au point qu’il leur faille abattre son frère ?

    M.C. : À force de parler, d’écrire, de demander le retour de la police dans les quartiers pour protéger les habitants qui sont les premiers et les plus frappés, cela remet à chaque fois un jeton dans le jukebox médiatique. Et tout le monde sait qu’il faut l’appui des médias pour obtenir des réponses de l’État. Amine, c’est un grain de sable dans un rouage, c’est un moustique mais ils ont utilisé la bombe nucléaire en tuant son frère. On sait qu’il y a des gradations pour intimider. Il y a le trolling, les menaces téléphoniques, la « jambisation ». Mais là il n’y a plus de limite pour eux. Ils considèrent que « si ce n’est pas toi c’est donc ton frère ». Le mode opératoire révèle un sang froid et un professionnalisme. Ce n’est pas l’aspersion kalashnikovienne, là c’est une arme de poing donc quelqu’un de plus professionnel. Les narcos sont capables de recourir au « uber-hit » en recrutant des jeunes en région parisienne pour venir tuer quelqu’un pour 5 000 ou 10 000 euros. C’est vraiment une triste journée pour les Marseillais. J’y vois aussi la démonstration de l’incapacité de l’État à prendre en compte les narcotrafiquants. Les autorités ont toujours un train de retard. Je n’ose pas imaginer l’état dans lequel Amine se trouve. Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements.

  • La piste d’une exécution pour semer la terreur

    La piste d’une exécution pour semer la terreur

    L’assassinat, jeudi, du frère d’un militant écologiste menacé de mort pour avoir dénoncé l’emprise du narcotrafic sur la cité phocéenne est unanimement interprété comme un cap franchi dans l’horreur. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, voit aussi dans ce drame « un point de bascule effrayant qui doit faire prendre conscience du danger de cette mafia du narcobanditisme à l’ensemble de la société française ». Car cet assassinat s’inscrit, selon lui, « probablement dans la stratégie de terreur et d’intimidation contre tous ceux qui, courageusement, luttent contre le narcotrafic ».

    Le jeune homme de 20 ans a été abattu, jeudi à 14h30, de plusieurs balles de 9 mm par un commando à moto alors qu’il stationnait devant la pharmacie du rond-point Claudie d’Arcy (4e). Le corps de Mehdi a été autopsié, vendredi, à l’institut médicolégal de la Timone. Le garçon était « absolument inconnu des services de police et de la justice », a redit le procureur de la République, Nicolas Bessone. Ce dernier n’exclut pas l’hypothèse d’un « assassinat d’avertissement », un crime par procuration dirigé contre son frère Amine Kessaci, 22 ans, militant écologiste qui a fondé l’association Conscience pour venir en aide aux familles victimes du narcotrafic, après l’assassinat d’un premier frère, Brahim, 22 ans, tué fin 2020. Il avait interpellé Emmanuel Macron, en 2021, venu lancer « Marseille en grand », pour lui demander de prendre en considération les habitants. Amine venait de sortir, le mois dernier, le livre Marseille, essuie tes larmes, centré sur l’exécution de son premier frère et qui fustigeait le narcotrafic et la carence de l’état à défendre les habitants victimes premières dans les cités.

    « Une jeunesse fauchée par une violence sans limite »

    « Si l’enquête confirme qu’il s’agit d’un assassinat d’intimidation, une volonté de faire taire Amine, nous passons collectivement dans une autre dimension et cela est très préoccupant », a réagi le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), venu la veille sur la scène de crime soutenir des membres de la famille, dont la mère et la tante d’Amine.

    Ce sentiment est partagé par la fédération du PCF 13 : « L’idée même qu’un assassinat d’avertissement soit envisagé par le parquet montre à quel point la violence a franchi un seuil intolérable », écrit la fédération, horrifiée de voir « cette jeunesse fauchée par une violence sans limite dans une société qui accumule les problèmes et où les inégalités se creusent ». Cette tragédie est « la conséquence d’un désengagement continu de l’État, qui laisse nos quartiers sans moyens, sans prévention, sans perspectives ».

    « Nous ne céderons rien face à l’intolérable », déclare la préfète de police Corinne Simon, qui « réaffirme la détermination totale de l’État » à retrouver les auteurs et les présenter à la justice. L’enquête pour « assassinat en bande organisée », confiée à la Division de la criminalité organisée et spécialisée, est une « priorité ». Une « trentaine d’enquêteurs » sont mobilisés, indique le parquet. Vendredi, la moto des auteurs a été retrouvée incendiée dans le 13e arrondissement.

    « Amine n’est pas un simple militant », se dresse Katia Yakoubi, sa colistière d’Europe Écologie aux dernières élections européennes : « C’est un jeune qui s’est levé avec courage pour dénoncer la violence du narcotrafic et défendre l’honneur de notre ville. Il a écrit, témoigné, mobilisé. Et parce qu’il ose parler, il vivait sous protection, menacé de mort. » Le président de Région, Renaud Muselier (Ren.), a aussi souligné que ce « terrible drame » touche la famille d’un « acteur politique de Marseille ».

    Amine et sa mère bénéficient d’une protection du ministère de l’Intérieur depuis août et Amine a dû quitter Marseille. « S’il est démontré que c’est une expédition punitive pour intimider ceux qui se plaignent de la mainmise des narcotrafiquants sur la cité phocéenne, il n’y a alors plus de limites », répond Me Mathieu Croizet, conseil d’Amine, constitué partie civile dans la procédure visant à conduire sept personnes devant les assises pour l’assassinat de son premier frère, en 2020.

  • Un autre frère d’Amine Kessaci froidement abattu

    Un autre frère d’Amine Kessaci froidement abattu

    Un jeune homme de 20 ans a été abattu, jeudi à 14h30, de plusieurs balles de calibre 9 mm, au volant d’une Audi blanche. Le véhicule venait de s’immobiliser devant la pharmacie du rond-point Claudie-Darcy, près du siège de 13 Habitat (4e). Alors que le passager était sorti pour se rendre à la pharmacie, un commando à moto a surgi. Le passager arrière a ouvert le feu criblant de balles le conducteur, qui est décédé malgré les efforts de réanimation.

    Jeudi, vers 18h, l’Identité judiciaire procédait toujours aux différents relevés sur la scène de crime. Le maire de Marseille, Benoit Payan, était sur place, se tenant aux côtés de la conseillère départementale Nora Preziosi, proche de la famille de la victime qu’elle réconfortait.

    Le parquet a ouvert une enquête des chefs d’assassinat en bande organisée et d’association de malfaiteurs en vue de commettre un crime et a saisi la Division de la criminalité organisée et spécialisée.

    La jeune victime est le frère de Amine Kessaci, ce militant politique de 22 ans, colistier sur la liste Europe Écologie aux élections européennes 2024, qui a fondé en 2020 l’association Conscience d’aide aux familles victimes du narcotrafic, après l’assassinat d’un premier frère, Brahim, 22 ans, retrouvé carbonisé avec un autre homme le 29 décembre 2020 dans une Audi, sur l’A55 à hauteur des Pennes-Mirabeau, exécution perpétrée sur fond de narcotrafic. L’instruction a conclu, en février 2025, au renvoi de sept personnes devant les assises.

    Amine Kessaci ne se trouvait pas sur place, jeudi soir, aux côtés de ses proches. Le jeune homme venait de publier, le mois dernier, un livre en hommage à son frère tué, Marseille, essuie tes larmes, aux éditions Le Bruit du Monde. Amine Kessaci et sa mère se trouvaient sous protection policière, mais pas son frère, confie l’entourage politique du militant. L’hypothèse d’un assassinat commis pour lui infliger une punition est évoquée. « Ce n’est pas une formule choc, c’est la réalité : la narcocratie s’installe jusque dans nos élections » avait posté, la semaine dernière, le militant sur son compte X.

    Soutien de la classe politique

    L’annonce du drame a provoqué des réactions de soutien à Amine Kessaci dans la classe politique. Du maire Benoît Payan (DVG), qui s’est rendu sur place et a affirmé sur X : « Cette violence insupportable n’a pas et n’aura jamais sa place à Marseille. » « Le narcotrafic est sans pitié. Ne le laissons pas triompher », a renchéri la maire (GRS) du premier secteur Sophie Camard. « Nous exigeons que justice soit rendue », a pour sa part twitté la co-responsable de l’Après 13, Katia Yacoubi. Plus à droite, enfin, c’est Maxime Boudet, responsable com de Renaissance qui a salué « son courage et son engagement pour offrir d’autres voies à nos jeunes ». Sans oublier la secrétaire nationale d’EELV Marine Tondelier qui lancé un « Amine : nous serons là pour toi » à celui qui a porté ses couleurs aux dernières législatives.