Tag: Avignon

  • La lutte sociale se joue aussi sur les planches

    La lutte sociale se joue aussi sur les planches

    Comme chaque année depuis 18 ans désormais, le théâtre de la Bourse du Travail d’Avignon a, pendant le Festival, sa propre programmation. Six pièces sont ainsi à voir cette année dans l’enceinte d’une cinquantaine de places jusqu’au 25 juillet.

    « Ce lieu résonne à nouveau d’un sentiment de partage, de solidarité, d’échange et d’ouverture aux autres », lance ainsi Fred Laurent, directeur du théâtre et ex-secrétaire général de la CGT Vaucluse.

    Les journées, hors relâche les 6, 13 et 20 juillet, démarrent dès 11 heures avec Ça commence comme ça de la compagnie La Théière. Un seul-en-scène d’une heure sous la forme « d’une traversée sinueuse et passionnée des trésors littéraires qui peuplent la bibliothèque intérieure de l’autrice-personnage », explique la CGT. Suit à 13 heures Îles de la compagnie Le Chahut des Murmures. Une pièce où l’on suit la jeune Léo dans un voyage sur les traces de sa grand-mère, étudiante à la Sorbonne et militante féministe en plein printemps 1968. Un spectacle « qui fait dialoguer luttes féministes, utopies collectives et transmission entre générations ». À 15 heures, Ulysse à Gaza du Bar de la Poste prend le relais. On y suit un prisonnier attrapé en pleine mer alors qu’il voulait forcer le blocus sur la bande de Gaza pour aller enseigner la littérature russe aux habitants. À 17 heures, le seul-en-scène Misérables de la compagnie Franche Connexion nous emmène au XIXe siècle et dans l’épopée de Jean Valjean, Javert, Fantine ou encore Cosette. Puis Giono, la nuit, la lumière innove avec, les jours pairs, une pièce sur les écrits sur la guerre du Manosquin, et les jours impairs, sur les paysages de ses œuvres. Et, pour conclure en musique, Rendez-vous avec Serge Reggiani à 21 heures. Tandis que les cheminots du syndicat tiennent aussi une salle au théâtre des Rotondes, en extra-muros.

    Les valeurs

    L’occasion pour Fred Laurent de rappeler que « les attaques vont bon train sur notre protection sociale » et que « le monde de la culture n’y échappe pas. » Et explique souhaiter « pérenniser cette démarche » afin de « relever les défis d’un monde qui a bien changé avec l’aggravation des inégalités sociales qui a conduit à péjorer l’épanouissement culturel de nombreux salariés. » Des menaces qui risquent de s’aggraver « avec la montée des extrêmes droites et l’arrivée probable du RN au pouvoir » regrette-t-il.

  • Off d’Avignon : Roulez jeunesse

    Off d’Avignon : Roulez jeunesse

    Illustrations d’une telle fraîcheur avec Solitude à Miremont, qui se joue tous les jours à 16h30, sauf le jeudi, au Laurette Théâtre, ainsi que Ninie – les combats d’une génération, à voir chaque jour de la semaine à 17h10, sauf le jeudi, au Théâtre de la Factory, Chapelle des Antonins.

    « Solitude à Miremont »

    William et Léon, échappés du Cours Florent, ont le goût de l’improvisation. Ils se sont liés d’amitié à Miremont, charmante commune du Puy-de-Dôme. Ils lui rendent hommage dans un spectacle kaléidoscope où s’affrontent et s’apprivoisent des personnages multiples, réunis par leur seul sentiment d’être abandonnés. « La solitude ça n’existe pas » chantait l’ami Bécaud. Nos deux gaillards vont piétiner cette affirmation. Une ode à l’amitié, à la transgression des carcans, de l’autodérision où Parisiens s’accrochent au monde rural. Sans méchanceté ni condescendance. On éprouve une sympathie immédiate pour William Wright, débonnaire, eau dormante sur un volcan de mal-être, et pour Léon Chaubert, au regard halluciné qui éructe pour masquer ses fêlures. Ils sont dirigés par Lili Chadenat. Elle leur impose silences aigus et regards inattendus. Rires et sourires affleurent au long d’une représentation où leur jeunesse explose de joie de vivre. Parfois, le cœur se serre un peu, l’œil se mouille parce qu’on ne se sent pas vraiment étranger aux situations qu’ils évoquent. Une comédie de mœurs où l’autodérision cicatrise les blessures que cette foutue solitude a égratignées.

    « Ninie, les combats

    d’une génération »

    Ils sont six : six petites bombes qui évoquent un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître ! Une bande d’amis regarde une télévision où Simone Veil se bat pour la légalisation de l’IVG. Nous sommes en 1974. La jeunesse se grise d’une liberté acquise depuis peu. On danse, on s’aime, on fume, on picole. Ils sont beaux, s’éclatent sur les musiques des Bee Gees, dans des décors qui préfèrent l’orange au noir et au gris. Mais la vraie vie gâche cette euphorie un peu factice. Les vieux démons crachent leur venin : violence conjugale, homosexualité assumée ou non, avortement clandestin… À l’inverse des oiseaux, ils ne se cachent pas pour mourir mais restent bien vivants, 56 ans plus tard, la liberté d’expression en moins. Élise Koczak a écrit une partition chorale servie farouchement par ces 5 partenaires. Ambre Doligez a orchestré une mise en scène vivifiante, presque aphrodisiaque. On passe d’un lieu à un autre sans temps morts : les comédiens ont les jarrets toniques et le verbe haut. Pour certains, cette « Ninie » aura un parfum nostalgique ; les plus jeunes s’interrogent : « Était-ce mieux avant ? ».

  • La bataille culturelle contre l’extrême droite en débat à Avignon

    La bataille culturelle contre l’extrême droite en débat à Avignon

    « On est tous au fait du danger que représente la progression de l’extrême droite pour nos métiers », lance Ghislain Gauthier, secrétaire général de la CGT Spectacle, en introduction d’un débat sur les « politiques culturelles pour une société plus juste et démocratique face à l’extrême droite ».

    Les échanges se sont déroulés au cloître Saint-Louis et le ton adopté par les différents intervenants, pour la plupart des syndicalistes des différents secteurs de la culture, est lourd. Car les dernières échéances électorales, les municipales de mars dernier, ont montré que l’extrême droite progresse. Et les premières mesures contre la culture des maires élus, notamment du RN, sont pointées du doigt. Comme la déprogrammation de la pièce de théâtre Passeport, récit de parcours d’exilés, par le maire, membre du parti à la flamme, de Castres, pour des raisons idéologiques.

    Les intervenants pointent l’influence causée par la « bataille culturelle » menée par des milliardaires, Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin en tête. « Il y a une idée de structurer un imaginaire autour d’une France traditionnelle, catholique, nataliste », pointe par exemple Anne-Sophie Simpere, journaliste au média indépendant L’Observatoire des multinationales, à propos du premier nommé. Aujourd’hui, neuf personnes contrôlent 80 % des médias. Également organisateur d’événements, ses activités peuvent impacter, par exemple, les musiciens qui ne pouvaient parfois pas savoir que les structures pour lesquelles ils ont accepté de travailler et avec lesquelles ils ont signé un contrat faisaient partie de son empire évalué à plus d’un milliard de dollars. « On est pris en otage. Il faut être très vigilants car il n’y a pas de clause dans le milieu du spectacle permettant de quitter notre travail dans ces cas-là », prévient Karine Huet, du syndicat CGT des musiciens, le Snam.

    Moyens de luttes

    Face à cela, la lutte s’organise. Et ce, d’abord par le syndicalisme, comme l’explique Mathieu Pace, représentant CGT chez Prisma, groupe de presse de magazines comme Capital, Voici ou encore Géo, dont Vincent Bolloré est l’actionnaire de référence mais n’est pas majoritaire. Un plan social y prévoit une réduction de 40 % des effectifs. « Il faut prouver que c’est bien lui qui a le contrôle. Contre ces gens-là, la grève ne marche plus car ils n’en ont rien à faire de perdre de l’argent. Mais ce dont ils ont peur, c’est que leur image soit détériorée », assure-t-il. La députée du Val-de-Marne Sophie Taillé-Polian (EELV), également présente, a porté plusieurs propositions de loi contre la concentration des médias. Et assure « qu’il faut qu’il y ait à nouveau un consensus sur les politiques publiques de la culture dans notre pays ».

    6 candidats à la présidentielle au Village du Off

    Suite à une lettre ouverte d’Avignon Festival et Compagnies (AF&C) aux candidats à la prochaine élection présidentielle, six d’entre eux viendront chacun leur tour afin d’échanger au Village du Off pendant ce mois de juillet. Ce dimanche 5 juillet, Xavier Bertrand (LR) était en Cité des Papes. Suivront Jean-Luc Mélenchon (LFI) ce jeudi 9 juillet à 20h, Marine Tondelier (EELV) le samedi 11 à 20h, Clémentine Autain (L’Après) le mardi 14 à 20h et enfin François Ruffin (Debout !) le jeudi 16 à 20h et le jeudi 23 à 18h30 pour Dominique de Villepin.

  • À Avignon, la police municipale doit être mieux pilotée

    À Avignon, la police municipale doit être mieux pilotée

    Rendu public au début du mois, le rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) sur la gestion d’Avignon (2019-2024) consacre un peu moins de la moitié de son analyse sur les finances de la Ville. Un point largement commenté depuis 10 jours, à la lumière aussi d’un audit commandé par la nouvelle majorité d’Olivier Galzi (DVD). Pendant la campagne, le maire a fait de la sécurité l’une de ses trois priorités, accusant Cécile Helle (PS) d’avoir délaissé ce domaine.

    Et Olivier Galzi de promettre l’embauche de 60 policiers municipaux et l’installation de 100 caméras de vidéo-surveillance. Pourtant, la CRC apporte un éclairage bien moins alarmiste ou, pour résumer, la police municipale (PM) est bien dotée mais mérite un meilleur pilotage. Une dizaine de pages est consacrée au sujet. « La commune a doté la PM de moyens importants », note la chambre, soulignant que « les dépenses de fonctionnement représentent 82,5 euros par habitant, soit deux fois plus que le niveau médian en 2024 ». Côté effectifs, 103 agents sont comptabilisés en 2025, classant Avignon au 15e rang national du ratio policiers/habitants.

    Concernant la vidéosurveillance, il est fait état d’un parc de 756 caméras. « Les dépenses consacrées à la vidéoprotection ont augmenté fortement sur la période passant de 286 178 euros entre 2019 à 2021 à près de 2,5 millions de 2022 à 2024 », met en avant la CRC. Avec un bémol : « Il est indiqué que 57 caméras sont hors service ». Un chiffre que conteste, dans sa réponse du 20 mai, Cécile Helle. « Ayant présidé mon dernier comité stratégique sur la vidéoprotection début mars 2026, je tiens à affirmer qu’à cette date, seules 6 caméras ne fonctionnaient pas », assure l’ex-maire.

    Vraiment HS les caméras ?

    Une bataille de chiffres qui a son importance, Olivier Galzi ayant alimenté la chronique pendant la campagne sur cette défaillance. « Le réseau de vidéoprotection n’est cependant pas pleinement opérationnel en raison de maintenance, de panne de matériel et des limites des capacités des serveurs pour les nouvelles caméras », appuie d’ailleurs, dans sa réponse du 26 mai, le nouveau locataire de l’Hôtel de ville.

    Au-delà du volet effectifs et caméras, la CRC attire l’attention sur la gestion de ce service qui mérite une plus grande acuité. « Une gouvernance et un suivi de l’activité qui doivent être améliorés », écrivent les magistrats en émettant une recommandation : « Mettre en place des outils de suivi d’activité (évaluation du rapport annuel d’activité, évaluation de la convention de coordination, stratégie territoriale) ». Un bilan global dont se « réjouit » Cécile Helle. Quant à Olivier Galzi, qui a amorcé le recrutement de 10 policiers supplémentaires, stipule que la recommandation « sera évidemment mise en œuvre, mais nous irons plus loin encore ». Le maire compte instaurer une « direction générale adjointe à la sécurité ».

  • Le Festival d’Avignon ouvert sous le signe de la création et des inquiétudes budgétaires

    Le Festival d’Avignon ouvert sous le signe de la création et des inquiétudes budgétaires

    Dans la cité papale, des comédiens des compagnies du Festival Off, en costumes et chapeaux, affiches de leur spectacle sur le dos, déambulaient dans les rues, tractant auprès des premiers spectateurs, tandis que démarraient les premières pièces. « Il y a des spectacles pour tous les goûts », déclare le directeur du Festival Tiago Rodrigues. Selon lui, cette édition se veut une « célébration des arts vivants ».

    En marge de l’ouverture, plusieurs organisations professionnelles se sont inquiétées, dans une lettre à Emmanuel Macron, de voir les dotations prévues pour le second semestre annulées par l’État pour 28 structures du spectacle vivant, dont des opéras, deux théâtres parisiens, quatre orchestres. « Il n’y aura pas d’annulation de crédit. Il ne pourrait y avoir que des reports, a déclaré la ministre de la Culture, Catherine Pégard. Mais pour l’instant, nous nous battons pour que ça n’arrive pas. »

    La ministre était présente, ce week-end, enchaînant les rendez-vous (visite de FabricA, de la micro-école Inspire, de la Maison Jean-Vilar…). En présence d’António Costa, président du Conseil européen, Catherine Pégard a découvert l’installation « Relatum » de Lee Ufan, au Palais des Papes, avant d’assister à la première de Maldoror de Julien Gosselin, à la Cour d’Honneur. Programme qui tranche avec la visite éclair, l’an passé, de Rachida Dati, alors ministre de la Culture.

  • Les hôpitaux d’Avignon et d’Apt en vague de modernisations

    Les hôpitaux d’Avignon et d’Apt en vague de modernisations

    Mercredi dernier, deux événements importants concernant les hôpitaux publics du Vaucluse ont animé l’après-midi : un point d’étape sur le projet de modernisation de l’hôpital d’Avignon, marqué par l’inauguration du service de réanimation, puis la signature d’une convention pour l’établissement d’Apt, labellisé hôpital de proximité.

    À Avignon, rappelons que le centre hospitalier a engagé, il y a trois ans, un vaste plan de réhabilitation de 155 millions d’euros, « parmi les plus importants programmes de modernisation hospitalière actuellement engagés en France », souligne le centre hospitalier Henri-Duffaut. Baptisé Terrah 2030, pour Territoire d’Avignon – Hôpital 2030, le projet vient de livrer un nouveau service de réanimation (notre édition du 1er juin), qui a gagné 10 lits de plus (de 20 à 30). Une première phase inaugurée donc ce mercredi, devant quelque 100 personnes parmi lesquelles le directeur de l’Agence régionale de santé Yann Bubien, le préfet Thierry Suquet, le président de la Région Sud Renaud Muselier (Ren.) ou le maire d’Avignon, Olivier Galzi (DVD), récemment élu président du conseil de surveillance de l’hôpital.

    Après la réanimation, le projet Terrah prévoit, d’ici à 2028, la construction d’un bâtiment neuf d’hospitalisation permettant l’extension du centre de dialyse, un service néphrologie et un service infectiologie. Puis, en 2030, la réhabilitation de la tour de chirurgie, en 2032, l’agrandissement des urgences adultes [75 000 passages par an] et, enfin, en 2033, la réhabilitation des tours de médecine, qui abritent un peu plus de 400 lits de médecine et chirurgie de l’adulte.

    À Apt, à bloc derrière l’hôpital

    Dans la foulée de cette inauguration, le préfet et le directeur de l’ARS ont pris la direction d’Apt pour y retrouver notamment le maire (DVD), Jean Aillaud, et la présidente (LR) du Département, Dominique Santoni.

    « Le centre hospitalier du Pays d’Apt a été récemment labellisé “hôpital de proximité”, en reconnaissance de son rôle essentiel dans l’accès aux soins, la coordination des parcours et la réponse aux besoins de santé de la population de son secteur », peut-on lire dans la convention signée par l’ARS, le Département, la Région, la communauté de communes et la Ville d’Apt. Assez savoureux quand on se souvient que l’ARS a validé la fermeture du bloc opératoire et son transfert, en début d’année, à Cavaillon, malgré une immense mobilisation contre ce démantèlement.

    La convention, signée mercredi, était justement une sorte de contrepartie à la fermeture du bloc. La modernisation de l’hôpital prévoit la réhabilitation complète des unités de soins de longue durée, et de soins médicaux et de réadaptation. Le projet comprend également le triplement des lits de soins palliatifs, ainsi que la modernisation et l’extension de l’Ehpad La Madeleine, intégré à l’hôpital. Il sera doté de 14 places supplémentaires, pour une capacité totale de 80 places.

    Il y a un peu plus d’une semaine, en séance plénière, le conseil départemental de Vaucluse a voté une aide de 3 millions d’euros – sur les 6,2 millions du projet – pour l’extension de l’Ehpad et la rénovation de 27 places existantes. De son côté, la Région Sud a mobilisé 250 000 euros pour permettre l’installation d’un IRM et l’acquisition d’un mammographe « de dernière génération pour améliorer l’accès au diagnostic au plus près des habitants ».

  • Le Festival Off parade pour ses 60 ans

    Le Festival Off parade pour ses 60 ans

    Des centaines de compagnies, présentes parmi les 1 780 spectacles à l’affiche
    – contre 1 724 l’an dernier – dans 140 salles, ont donc défilé dans l’espoir aussi de glaner quelques premiers spectateurs. Un total de 27 000 représentations et 2,6 millions de billets sont mis à la vente dans ce titanesque festival jusqu’au 25 juillet qui, pour la deuxième année consécutive, aligne ses dates avec le In.

    À noter que pour fêter les 60 ans, une journée anniversaire est prévue le 14 juillet au village du Off (10h30-20h) avec plusieurs rencontres et débats *.

  • Le 80e Festival d’Avignon ausculte les colères du monde

    Le 80e Festival d’Avignon ausculte les colères du monde

    Face aux discours politiques qui polarisent la société, « nous croyons que les arts vivants et le service public de la culture peuvent jouer un rôle positif avec la pratique joyeuse et démocratique de la découverte collective de spectacles », estime Tiago Rodrigues. « Le Festival d’Avignon est une expérience collective autour d’une pluralité de voix pour célébrer les bonnes questions que l’art peut poser au monde », explique à La Marseillaise le directeur de ce rendez-vous dont la 80e édition s’ouvre dans la Cour d’honneur avec Maldoror. Dans cette pièce de 5 heures, le metteur en scène Julien Gosselin fait dialoguer les œuvres de Roberto Bolano, écrivain chilien persécuté sous la dictature de Pinochet, et de Lautréamont, ce poète du XIXe siècle ayant guidé les surréalistes. Un croisement destiné à questionner les racines de ce que l’homme de théâtre nomme le « mal absolu ». « Pourquoi sommes-nous, à travers l’histoire, fascinés par les méchants du théâtre, par Richard III par exemple, alors qu’il est clairement le vilain ? Qu’est-ce que l’observation du mal nous enseigne ? Ce spectacle-événement, qui mélange vidéo, cinéma, littérature et les excellents acteurs de Julien Gosselin, proposera aussi au public un autre rapport à la Cour d’honneur, notamment avec des surprises et déambulations pour permettre au public de vivre un spectacle au palais des Papes de façon très inhabituelle », prévient Tiago Rodrigues.

    47 spectacles et 300 représentations jalonneront le Festival d’Avignon, parmi lesquels La parabole du seum de Rébecca Chaillon, qui se joue au Cloître des Célestins. Il y a trois ans, cette metteuse en scène et performeuse y avait subi un déferlement de haine raciste pour Carte noire nommée désir. La voici de retour dans une pièce explorant les marges et présentée comme « une parabole du venin et de la colère qui cherche à susciter le rêve, le rire, l’empathie et la révolte contre le fascisme qui vient ». Selon Tiago Rodrigues, Rébecca Chaillon « continue d’inventer des formes avec une dimension de radicalité et même de trouble. Nous sommes ravis de faire la première française de La parabole du seum et partager sa recherche sur la colère, notamment celle de personnes qui n’ont habituellement pas l’espace dans la société pour l’exprimer. Toujours avec poésie et une dimension assumée de provocation ».

    Violences

    L’Opéra Grand Avignon accueillera quant à lui Uma luz cordial, dernier volet d’une trilogie qui déploie poésie et la performance pour traiter la question du viol. « C’est une immersion dans ce qui nous rend misérables, vulnérables, colériques : l’écriture, le moment de créer, de donner une forme artistique à un cauchemar, grâce à l’écriture », résume son autrice, metteuse en scène et comédienne brésilienne Carolina Bianchi. « Son refus de la violence passe par le fait de mettre son trouble et sa colère dans ses œuvres », observe Tiago Rodrigues qui a décidé, pour cette 80e édition, de mettre également la langue coréenne à l’honneur. Le Gymnase du Lycée Aubanel abritera ainsi Island story de Kyung-Sung Lee. Une création revenant sur la répression par les autorités, en 1948, d’une manifestation qui commémorait la fin de l’occupation coloniale japonaise. « Kyung-Sung Lee parle de cet épisode tragique associé à la division de la péninsule de Corée qui a provoqué pendant longtemps beaucoup d’omerta dans la société coréenne », situe Tiago Rodrigues.

    www.festival-avignon.com

  • Barbecue et château gonflable, Raphaël Arnault investit les quartiers d’Avignon

    Barbecue et château gonflable, Raphaël Arnault investit les quartiers d’Avignon

    Barbecue, château gonflable ou encore pêche aux canards seront de sortie ce dimanche (12h-18h) à la Croix-des-Oiseaux pour une fête de quartier. À l’initiative, non pas la mairie ou le bailleur social, mais le député Raphaël Arnault, qui a déjà organisé dimanche dernier une manifestation similaire à la cité Louis-Gros. « Aujourd’hui, ces moments de convivialité sont devenus l’exception. À l’heure où le gouvernement organise l’austérité pour les services publics tout en préservant les privilèges des plus riches, où certains maires préfèrent crever des piscines de fortune ou instaurer des couvre-feux pour les jeunes plutôt que d’investir dans le vivre-ensemble, cette fête a un parfum de résistance », estime l’insoumis.

    Le parlementaire ne cache pas vouloir occuper le terrain face aux « mafias qui cherchent à s’implanter toujours davantage dans les quartiers populaires ». À Cavaillon ou à Orange, des narcotrafiquants avaient mené des opérations de notabilité avec des fêtes similaires ou distribution de fournitures scolaires. « Créer du lien, faire vivre un quartier, permettre aux habitants de se rencontrer, c’est déjà faire reculer le repli, l’isolement et les logiques de violence », estime Raphaël Arnault. Une initiative aussi éminemment politique, où LFI incite à s’inscrire sur les listes électorales et voter en 2027, où se profilent présidentielle et législatives. Lors des municipales, la cité Louis-Gros avait placé Mathilde Louvain (LFI) en tête mais avec seulement 27% de participation.

  • Lauréate d’un concours, une relique du XVIe va être restaurée

    Lauréate d’un concours, une relique du XVIe va être restaurée

    L’objet de toutes les attentions est à peine visible, ce mardi dans une salle de l’archevêché d’Avignon. « Il est fragile, on ne peut pas le relever et le mettre debout », expose François Fonlupt l’archevêque. Tout le monde est pourtant là pour voir le coffret reliquaire de Melchior Fallot. Un saint vestige de 1597, habituellement conservé à l’abri des regards dans la cathédrale Notre-Dame des Doms, et qui devrait prochainement retrouver de sa splendeur afin d’être rendu visible.

    Car ce coffret, inscrit aux Monuments historiques il y a un an et demi, a été lauréat du concours « Le plus grand musée de France ». Une initiative, portée par la fondation de La sauvegarde l’art français, qui a permis de décrocher une dotation de 8 000 euros, financée par l’assureur Allianz. « Accompagner, protéger, transmettre : c’est notre raison d’être d’assureur, qui s’applique ici au patrimoine culturel », fait valoir, Astrid de Latour, responsable du pôle projets 360 chez Allianz. Même le préfet est de la partie. Thierry Suquet confie avoir participé au vote, aiguillé par le service départemental qui traite des Monuments historiques.

    Financer un protocole

    de restauration

    Cette somme de 8 000 euros « va permettre d’entamer des études pour un protocole de restauration qui doit ensuite être validé par les Monuments historiques », détaille Blandine Silvestre, déléguée épiscopale à la conservation des trésors du diocèse d’Avignon. Le coffret est d’ailleurs actuellement entre les mains d’un artisan d’art spécialisé, Philippe Hazaël-Massieux. « Il a reçu un traitement préventif car il était infesté d’insectes xylophages », précise Blandine Silvestre qui s’est engagée « dans un marathon » sur cette restauration dont elle ne se hasarde pas à fixer un calendrier final.

    « On ne peut pas dire que ce coffret soit un chef-d’œuvre de l’histoire de l’art, mais c’est un rare témoignage d’un pèlerinage en terre sainte d’un apothicaire avignonnais au XVIe siècle, une richesse patrimoniale religieuse qu’il est de notre responsabilité de restaurer et présenter », développe François Fonlupt. Le coffret est, semble-t-il, toujours resté à Avignon, conservé pendant plusieurs siècles au Carmel jusqu’à sa fermeture en 2023, avant que l’archevêché ne le récupère. Le coffret contient des pierres disposées dans un coffret en noyer compartimenté. Le reliquaire s’ouvre en deux volets décorés d’estampes religieuses, tandis que le centre abrite une croix en bois d’olivier posée sur une cupule d’albâtre et protégée par une vitre teintée.