Tag: Associations

  • Vers une réhabilitation du Moulin de Notre-Dame à Avignon

    Vers une réhabilitation du Moulin de Notre-Dame à Avignon

    L’un des symboles de l’agriculture à Avignon, le Moulin de Notre-Dame, est en bonne voie pour retrouver une nouvelle jeunesse. Le Collectif Avignon Sud, qui regroupe les associations des quartiers situés au sud de la Cité des Papes, inaugure ce samedi 28 février un panneau historique au-devant du bâtiment, vieux d’un peu moins de 200 ans. Une première étape avant, ils l’espèrent, la suite du chantier.

    La bâtisse, qui se trouve au croisement du chemin du Moulin-de-Notre-Dame, avec l’allée Saint-Martial, et l’avenue de la Bouquetière, en plein cœur de la ceinture verte, est un « symbole de l’histoire agricole de la ville », estime Maxime Rieu, membre du collectif et secrétaire de l’Association de sauvegarde de la ceinture verte d’Avignon (ASCVA). Cette inauguration « plutôt symbolique » du panneau, qui orne la devanture depuis les années clinquantes, est l’occasion de remettre en valeur l’ensemble du site.

    Rénovation en attente

    Ainsi, le collectif se réunit dès 10 heures pour réaliser un « nettoyage citoyen des abords du Moulin » avant le début de l’événement. La restauration du panneau a été financée par la Caisse locale du Crédit Agricole d’Avignon.

    Mais, comme le Collectif Avignon Sud le rappelle, « cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de rénovation du site ». En 2024, 75 000 euros avaient été accordés suite à la participation au budget participatif d’Avignon, afin « d’intervenir dans la première phase des travaux de rénovation de la grande salle au rez-de-chaussée », peut-on lire dans le projet déposé à l’époque. Et ce, afin de créer un lieu destiné à « rassembler et mettre en valeur les traces de l’histoire agricole d’Avignon » et en faire « un théâtre de transmissions culturelles et d’échanges entre la cité, la périphérie et la ceinture verte, une passerelle reliant les générations, les identités et la mémoire des quartiers alentour ».

    Le bâtiment avait servi pendant plus de 50 ans, au XIXe siècle, avant l’obstruction du canal d’eau qui l’alimentait. Il aurait ensuite servi d’étable, d’atelier pour des cours de mécanique, de permanence du Crédit Agricole (d’où la participation à la restauration du panneau), ou encore de salle pour les lotos du quartier.

    « Un lieu de mémoire »

    « C’est vraiment un point de repère emblématique pour les gens du quartier. On souhaite en faire un lieu de mémoire de l’agriculture passée et aussi mettre en avant l’agriculture de demain, ce qui fait la richesse d’Avignon », insiste Maxime Rieu. Mais la mise en route de cette réhabilitation prend du temps. D’autant que 120 000 euros supplémentaires ont été mobilisés par la SPL Grand Avignon Aménagement, qui « témoignent de l’intérêt collectif porté à la valorisation de ce site emblématique », insiste le collectif.

    Le responsable associatif évoque notamment des problématiques juridiques qui ralentissent la mise en route de ces réfections. Un bail emphytéotique avait notamment été signé avec la Ville d’Avignon, il y a plusieurs dizaines d’années, et celui-ci « était mal ficelé », glisse Maxime Rieu, qui assure que la question a été réglée depuis avec des avocats et des notaires. Mais, ces derniers mois, ce sont plutôt les élections municipales qui mettent en pause le processus. « On compte sur le prochain maire », conclut Maxime Rieu.

  • Montpelhièr l’Occitana : une force pour faire vivre la langue

    Montpelhièr l’Occitana : une force pour faire vivre la langue

    Faire de l’occitan autre chose qu’un patrimoine figé. C’est le sens de la démarche portée par le nouveau collectif Montpelhièr l’Occitana, officiellement lancé lors d’une conférence de presse organisée le 5 février. Pour la première fois à cette échelle, près d’une vingtaine d’associations occitanistes – culturelles, éducatives, sportives et médiatiques – ont décidé d’unir leurs forces pour interpeller publiquement les candidats aux élections municipales de mars 2026.

    « La langue est un ensemble cohérent »

    Coordonné par Pierre-Luc Angles, membre de la Calandreta dau Clapàs et du Cercle Occitan dau Clapàs, le collectif revendique une indépendance totale vis-à-vis des partis politiques. « Nous tenons à cette indépendance. Nous sommes dans une politique d’ouverture », insiste-t-il, rappelant que l’objectif n’est pas de créer un mouvement partisan, mais de peser sur le débat public. En toile de fond, un constat partagé : l’occitan est classé « en danger de mort » par l’Unesco, alors même que les sondages récents montrent un attachement fort de la population aux langues régionales. Le texte destiné aux candidats pose les bases d’une politique transversale en faveur de la langue occitane. Six axes structurent les propositions : développement de l’enseignement public et associatif, reconnaissance institutionnelle, soutien au tissu associatif, présence de l’occitan dans l’espace public, programmation culturelle dédiée et formation des agents territoriaux.

    Sur la question scolaire, les prises de parole ont souligné l’importance d’une politique d’offre. Marie-Jeanne Verny, présidente du Creo Lengadòc, défend l’idée que « tous les enfants de Montpellier ont droit à la connaissance de la langue du pays », y compris ceux dont les familles ne la demandent pas spontanément. À ses côtés, les représentants des Calandretas rappellent que plus de 550 élèves sont aujourd’hui scolarisés en immersion occitane sur le territoire montpelliérain, preuve d’une demande sociale bien réelle. Mais pour le collectif, l’école ne suffit pas. « Si les enfants ne rencontrent pas la langue dans la société, ils font du latin », résume Marie-Jeanne Verny. D’où la nécessité de sortir de ce qu’elle appelle le « syndrome de la langue dans le bocal » : une langue cantonnée aux salles de classe, aux associations ou aux événements ponctuels.

    Cette critique traverse l’ensemble des propositions. Signalétique bilingue, annonces sonores dans les transports, communication municipale, noms de rues : autant de leviers jugés sous-utilisés à Montpellier, en comparaison avec d’autres territoires comme le Pays basque ou Toulouse. « Il faut que les enfants entendent et voient que c’est une langue vivante », martèle Alain Bessière, président du Cercle occitan de Montpellier. Le volet culturel occupe également une place centrale. Théâtre, musique, littérature, sport traditionnel : le collectif plaide pour une programmation régulière et visible, inscrite dans les cahiers des charges des équipements subventionnés.

    Au-delà des moyens financiers, les associations réclament une reconnaissance politique claire : un service dédié à la langue occitane, une délégation identifiée, un chargé de mission à temps plein, et un rendez-vous annuel avec la municipalité pour évaluer les engagements pris. « La langue, ce n’est pas un événement, c’est un ensemble cohérent », résume Marie-Jeanne Verny. Reste désormais à voir comment les candidats aux municipales répondront à cette interpellation collective, inédite par son ampleur, à quelques semaines du scrutin.

  • Quand les denrées interdites en vol deviennent des dons à Marignane

    Quand les denrées interdites en vol deviennent des dons à Marignane

    « Un tant pis pour un tant mieux. » Voilà comment les passagers voient la confiscation de leurs produits de plus de 100 ml qui ne passent pas les contrôles de sécurité. Car, depuis fin janvier, l’Aéroport Marseille Provence (AMP) a noué un partenariat avec le Samu social de la Ville pour leur donner une seconde vie.

    Donia Joly, responsable innovation sociale chez Suez, qui collabore avec AMP depuis 2019, estime que « sur le premier mois, 1,5 tonne sera collectée ». « 60% des produits sont des denrées alimentaires, le reste sont des produits d’hygiène, détaille-t-elle. On a environ 1 500 bouteilles de 50 cl, 950 conserves et 1 100 gels douche ou shampoings. Et encore, on est dans une période creuse par rapport à ce qui va arriver cet été. »

    Jérôme Dominion, responsable multiservices de l’aéroport, à l’origine de ce projet, précise : « En ce moment, on a 200 000 voyageurs par mois, en période estivale on est plutôt sur 1,5 million. » AMP estime que 15 à 20 tonnes de denrées seront collectées en faveur des plus précaires sur une année.

    Plus de 200 000 précaires

    En bout de chaîne, le Samu social vient chercher ces dons trois fois par semaine et les redistribue aux plus de 200 000 personnes en situation de grande précarité que compte Marseille. Elsa Peinturier, sa directrice, explique : « Les produits d’hygiène sont redistribués en rue par les maraudes qui sillonnent le territoire pour aller vers les personnes très marginalisées. D’autres, qui sont en grande contenance, et les boissons, partent aux douches municipales dont les nouveaux locaux ont ouvert la semaine dernière. C’est hyper apprécié que les personnes puissent avoir accès à un rafraîchissement, c’est un moment de répit et d’apaisement dans leur journée. » Elle ajoute : « Sur les denrées alimentaires, les petits contenants sont redistribués en rue et le reste on le transmet à des associations partenaires. On a également un partenariat avec la régie de quartier Noailles-Belsunce, qui offre des petits déjeuners aux enfants qui n’ont pas trois repas par jour, et ils sont super contents d’avoir de la pâte à tartiner grâce aux usagers de l’aéroport. »

  • La peur de l’oubli des Ukrainiens après 4 ans de guerre

    La peur de l’oubli des Ukrainiens après 4 ans de guerre

    « Près de 1 500 jours de guerre n’ont pas ébranlé la résistance ukrainienne. L’Ukraine continue à se battre et à vivre. Aujourd’hui, nous devons le dire avec lucidité : la fatigue gagne nos sociétés. Nous le constatons avec le peu de mobilisation ce soir », déplore David Sanchez, président de l’association Fraternité franco-ukrainienne Provence.

    Alors que la guerre en Ukraine entame sa cinquième année, le rassemblement en soutien à cette nation, mercredi, n’est pas comparable aux milliers de personnes réunies au lendemain du 24 février 2022. Quatre ans plus tard, la mobilisation plus modeste, sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Marseille, marque la peur de l’oubli du peuple ukrainien et de leur quotidien durant cette guerre.

    Avant la minute de silence en hommage aux morts, la voix du peuple ukrainien s’est d’abord levée sur l’hymne du pays. Une prière récitée par le père Nicolas a suivi, face à une assemblée émue. Certains la tête haute, d’autres en pleurs.

    « La nation résiste »

    Sous le slogan « Heroiam slava ( « Gloire aux héros ») scandé par la foule en réponse au « Slava Ukraini » (« Gloire à l’Ukraine »), les associations franco-ukrainiennes ont exprimé leurs pensées aux Ukrainiens, à « ces héros ordinaires », véhiculant ainsi un message de persévérance, de force et de solidarité. Ces organisations, qui aident au quotidien les victimes et civils ukrainiens, ont pointé l’importance de parler de cette guerre. Par exemple à travers la culture, comme l’explique le président de l’association SOS-Ouman, Denis Hiault : « Je vous invite à aller voir l’exposition “Ukraine : Images d’une enfance voléeà la Cômerie. Cette collection de dessins d’enfants ukrainiens témoigne de façon très vrai, très touchante, de la réalité de ce qu’ils vivent. J’invite tous les enfants marseillais à la voir. »

    Nathalie, originaire de Kiev, a pris la parole : « Malgré les attaques, malgré les batailles acharnées sur le front, l’Ukraine résiste encore et toujours. » Elle ajoute, évoquant les spectacles en Ukraine : « Aujourd’hui sous les bombes russes, parfois sans électricité, chaque représentation au théâtre commence par l’hymne ukrainien. Artistes, musiciens, publics… Le peuple ukrainien chante l’hymne national : “Nos ennemies périront comme la rosée au soleil levant”. La nation est debout. La nation résiste. »

  • Des citoyens appellent à l’union à gauche à Marseille

    Des citoyens appellent à l’union à gauche à Marseille

    Des similitudes dans les programmes qui donnent de l’espoir pour une union à gauche… Pour le groupe citoyen « Faisons Front Commun », créée en juin et qui rassemble notamment les associations des Hirondelles, des amis du programme du Printemps marseillais, Réinventer la gauche, les collectifs du Nouveau front populaire, ou encore la Réserve citoyenne, rien n’est perdu.

    « La seule alternative politique de lutte contre l’extrême droite, c’est une gauche unie dans sa totalité, dans le respect de ses composantes, sur la base d’un projet résolument de gauche, construit avec le monde associatif, syndical et avec l’expertise du monde universitaire », pose Alexandre Jurado, membre du conseil d’administration de Faisons front commun.

    Une convergence « nette »

    Après un comparatif minutieux entre les propositions insoumises et du Printemps marseillais, de l’école aux questions sanitaires et sociales en passant par le logement, les transports ou la culture, « la convergence est nette », assène un autre adhérent, José Rose, sans nier des « divergences, mais qui ne sont pas rédhibitoires ».

    Avec une grande mobilisation, ce dimanche 1er mars à 11h sur le Vieux-Port, « ce que nous voulons faire, c’est préparer la discussion du second tour », explique Hélène Goldet, membre du CA. Si, au soir du premier, il s’agira forcément de négociations d’appareil, estime-t-elle, « nous devons avoir ce débat avant ». Pour elle, Marseille est majoritairement de gauche et ces municipales auraient pu être le moment de l’emporter dès le 1er tour, mais cette occasion ratée ne doit pas empêcher d’être « responsable » au second.

    Au sein de l’association, le résultat des sondages avec un RN potentiellement en tête, en cas de quadrangulaire, inquiète. « Il s’agit de redonner de l’espoir quand une partie de l’électorat en a marre de la guerre des gauches et de cette campagne de bas niveau », ajoute Pauline Delage (Ensemble !), adjointe à la maire d’arrondissement des 6-8.

  • [Dossier extrême droite] À Perpignan, pas d’argent pour les assos catalanistes

    [Dossier extrême droite] À Perpignan, pas d’argent pour les assos catalanistes

    Depuis l’arrivée du Rassemblement national, Perpignan n’est plus la Catalane. Aux entrées de la ville, les panneaux ont été progressivement remplacés par « Perpignan la rayonnante ». Le maire Louis Aliot ne veut plus voir de ce nom adossé à la ville qu’il dirige depuis 2020.

    « Perpignan la Catalane » avait été déposé dans les années 90 par Jaume Roure, une figure historique du catalanisme perpignanais. L’actuelle mairie n’a pas renouvelé son enregistrement auprès de l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle). Indigné, Jaume Roure a re-déposé la marque. Mais la mairie s’y oppose dans une procédure judiciaire toujours en cours pour « dépôt frauduleux » et atteinte à son image. « Cela nous a coûté plus de 6 000 euros en frais d’avocats. L’idée est de nous taper au portefeuille », dénonce Jaume Roure.

    Si Louis Aliot a appliqué avec vigueur la stratégie de normalisation du Rassemblement national dans sa ville, tout le monde n’est pas validé pour autant. Notre enquête, basée sur les données financières municipales, révèle que les associations qui promeuvent la langue ou la culture catalane ont payé le prix fort à l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Notamment, elles ont toutes cessé de toucher des subventions municipales. Par exemple, l’association Bressola qui milite pour la « récupération de la langue et la culture catalane » a perdu 60 000 euros. Contactée, l’association n’a pas souhaité répondre à nos questions.

    La municipalité, elle, se défend. « Tout le monde sait que Perpignan est catalane. Il fallait ouvrir son image sur le monde et la Méditerranée et ne pas la cantonner à un enjeu politicien indépendantiste comme l’avaient fait Jean-Paul Alduy [ancien maire UDI de Perpignan, Ndlr] et sa minorité radicalisée d’Unitat Catalana [un parti politique du mouvement catalan, Ndlr] », a réagi la municipalité.

    Des assos qui refusent de « blanchir la politique de l’extrême droite »

    Ce sont parfois les associations catalanistes qui se sont auto-censurées. « On refuse de demander des subventions à la mairie, on ne veut pas blanchir sa politique d’effacement », explique Guillem Dalmau, président d’Òmnium Cultural Catalunya Nord, une association qui dispense des cours de catalans à 700 élèves dans les Pyrénées-Orientales. Il dénonce « une suppression des traces du bilinguisme dans la ville et une folklorisation de l’identité catalane ». Le coût de cette opposition : 6 500 euros par an en moins. « Nos cours à Perpignan sont devenus déficitaires. Avec le risque d’une vague RN dans le département, on est très inquiet. »

    Ces accusations « d’effacement » s’incarnent aussi dans l’affaire dite de La Bressola, réseau d’écoles immersives en catalan. En 2021, la mairie exerce son droit de préemption sur un ancien monastère destiné à accueillir un collège-lycée catalan. « Nous avions un autre projet sur le site », indique la municipalité, interrogée sur ce point. La décision provoque une forte mobilisation et de longues péripéties judiciaires qui donnent finalement raison à La Bressola.

    « Ce qui gêne le RN,

    c’est que le catalanisme est transfrontalier »

    La ville de Perpignan assure « promouvoir la langue et la culture catalane en essayant de ne pas tomber dans le travers de la confusion entre culture catalane et indépendance de la Catalogne espagnole ». Elle signale par exemple son soutien aux Dragons catalans, un club de rugby local, ou une association qui organise les feux de la Saint-Jean. Une « folklorisation de l’identité catalane », estime le militant Guillem Dalmau.

    « Ce qui gêne le RN, c’est que le catalanisme est transfrontalier. Le RN veut la pureté de l’identité », analyse Brice Lafontaine, ancien conseiller municipal et cadre d’Unitat Catalana, lui-même en conflit avec la mairie après l’interdiction de célébrer son mariage en langue catalane. « Pour Aliot, on est roussillonnais et pas catalans, donc on est français. C’est une manière de tracer une limite géographique qui ne dépasse pas la frontière espagnole », poursuit Guillem Dalmau. Cette redéfinition passe aussi par les relations extérieures : « Il a raréfié les liens avec Barcelone, alors que les villes ont des relations de longue date », souligne Jaume Roure.

    Dans d’autres villes aux identités régionales marquées, l’extrême droite est beaucoup moins réticente. À Beaucaire, par exemple, l’Escolo de tradiciun de Beaucaire, association provençaliste créée en 2015 juste après l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, est depuis soutenue en moyenne à hauteur de 961 euros chaque année. « Ce référentiel ne pose pas les mêmes questions : il n’est pas attaché à un mouvement politique transnational soutenant une sécession », analyse l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême droite. « L’héritage de Frédéric Mistral [écrivain français qui s’exprimait en provençal, prix Nobel de littérature en 1904, Ndlr] est compatible avec le récit national et l’exclusion de ce qui en sont extérieurs ». Ce qui enracine le folklore est accepté. Pas ce qui traverse les frontières.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

    À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

    À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

    À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    À Marignane, les derniers échos de l’OAS

    À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

  • [Dossier spécial] Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

    [Dossier spécial] Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

    Cette enquête collective a été réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre.

    Deux tiers des Français sont engagés dans une association. Un salarié sur dix y travaille. « C’est une des forces vives les plus puissantes de notre pays », souligne le Mouvement associatif, l’organisation représentative du secteur. Intrinsèquement relié aux autorités politiques, le milieu associatif fait partie de ceux qui tremblent quand le pouvoir change de mains. Dans le Sud de la France, des centaines d’associations ont fait l’expérience d’une bascule à l’extrême droite de leurs municipalités, unique échelon conquis par le Rassemblement national (RN). Quel a été l’impact ?

    Pour répondre à cette question, nous avons collecté les comptes administratifs de dix communes gérées par l’extrême droite dans le sud-est. Selon la loi, ces documents financiers sont consultables par tous les citoyens. Dans les faits, ils sont difficilement accessibles. Pourtant, ils contiennent des informations cruciales, dont la liste des subventions versées aux associations chaque année.

    Des associations ont-elles perdu avec l’arrivée de l’extrême droite ? D’autres ont-elles, au contraire, tiré leur épingle du jeu ? Notre enquête permet de publier en accès libre ces documents afin que des acteurs académiques, associatifs ou citoyens puissent s’en emparer. Elle permet surtout de mieux cerner ce qu’il se passe derrière les « vitrines »
    de la normalisation du Rassemblement national. Si, dans le discours, le RN vante une gestion pragmatique, les courbes des subventions racontent une autre histoire.

    Dans 90% des villes analysées, ces mairies subventionnent de moins en moins d’associations. « Ce n’est pas une tendance que nous notons au niveau national », précise Jean-Baptiste Jobard, coordinateur du Collectif des associations citoyennes. Cette cure d’austérité y est menée à deux vitesses. Dans l’ensemble, les subventions aux associations culturelles et sociales dégringolent. À l’inverse, les associations sportives sont relativement épargnées. Notre enquête révèle plus largement un rapport autoritaire et électoraliste au monde associatif. Contacté, le Rassemblement national n’a pas souhaité s’exprimer.

    Contrôler

    2020, Fréjus (83). Le président de l’Association multi-sports et loisirs (AMSL) se retrouve au pied du mur. David Rachline (RN), fraîchement réélu à la tête de l’une des plus grandes villes du Var, vient de lui couper les vivres. En coulisse, c’est une prise de pouvoir qui se joue. L’édile veut placer un de ses proches à la tête de ce réseau stratégique de 5 000 adhérents. Pour parvenir à ses fins, il fait chanter le dirigeant associatif avec de l’argent. La stratégie est gagnante. Le président finit par démissionner et un élu de la majorité RN, Fabien Sgarra, prend sa place. À partir de là, les subventions reviennent et coulent même à flot.

    Dans un rapport publié l’été 2025, la chambre régionale des comptes documente, avec preuve à l’appui, le chantage précédant cette « nomination irrégulière », selon ses termes. Elle alerte aussi sur la hausse exponentielle des dépenses de l’AMSL — compensées par les aides municipales : +26% en personnel, +73% en achats.

    Les magistrats financiers évoquent notamment les voitures de fonction attribuées au président Fabien Sgarra et son trésorier, avec frais de péage, d’assurance et d’essence inclus dans le privilège. Ces voitures « ont été utilisées à des fins personnelles », relève la chambre régionale des comptes. Fabien Sgarra a contesté ces éléments dans une longue réponse adressée aux magistrats financiers dénonçant des « postulats non corroborés par des éléments factuels », des « opinions personnelles » et « jugement de valeur ».

    Les comptes administratifs des communes d’extrême droite recèlent de mouvements en faveur de structures proches de la majorité en place. À Bédarrides (84), petite commune de 5 500 habitants dans le Vaucluse, le club de rugby Avenir Sportif de Bédarrides-Châteauneuf-du-Pape aspire à lui seul plus de 60% des subventions versées par la commune aux associations. Cette répartition a été décidée lors de « réunions d’arbitrage » confidentielles où siègent le maire et un autre élu permanent. Ce dernier n’est autre qu’un des dirigeants du club de rugby en question. Une situation de « conflit d’intérêts » pointée dans un autre rapport de la chambre régionale des comptes publié en juillet 2025.

    À Beaucaire (30), dans le Gard, l’enveloppe globale des subventions a baissé de plus de 15% depuis la conquête de l’extrême droite. Mais quelques associations s’en sortent bien. Le chèque pour l’association Les chats libres, dirigée par la conseillère municipale Eliane Hauquier, a été multiplié par 15. Le Harley Davidson Club Gladiator Ugernum, présidé par un autre élu de la majorité RN, bénéficie d’un local spacieux en face de l’hôtel de ville. Les 1er Mai, il organise, avec le budget de la Ville, l’American Day et redécore Beaucaire aux couleurs du pays de Donald Trump. Ces trois mairies n’ont pas répondu à nos questions.

    Ces arrangements entre amis sont l’un des symptômes de la gouvernance locale dévoyée. Sur ce seul mois de janvier 2026, trois maires sur les dix auxquels nous nous sommes intéressés étaient devant la justice dans des affaires de corruption. Le 26 janvier, le maire d’Orange (84) Yann Bompard (Ligue du Sud) est condamné pour recel de détournement de fonds publics par le tribunal correctionnel de Marseille. Il a fait appel et reste présumé innocent. Le lendemain, c’est au tour du maire de Fréjus de se présenter à la barre. David Rachline est relaxé dans une affaire mineure de prise illégale d’intérêt, mais il sera jugé en septembre dans un autre dossier, plus lourd, de favoritisme. La semaine précédente, Louis Aliot (RN), le maire de Perpignan (66), s’expliquait devant la cour d’appel de Paris pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national. En 2025, le maire de Cogolin (83) a rendu son tablier, devenu inéligible après une condamnation pour abus de faiblesse. En dix ans de mandat, Marc-Étienne Lansade a fait l’objet de dix mises en examen

    Faire taire

    Du côté des associations qui ne partagent pas la ligne du Rassemblement national, la situation est beaucoup plus tendue. À Fréjus, la cible est posée sur une association historique, le Comité de Défense des intérêts de Fréjus plage, opposée aux ambitions immobilières de la mairie. Cette dernière tente depuis 2017 de lui retirer son local pour y installer un parking de sept niveaux. L’affaire est en cours devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence.

    À Morières-lès-Avignon, dans le Vaucluse, la bête noire s’appelle Okkio, une compagnie de théâtre pour enfants. Après avoir relayé un communiqué de son syndicat professionnel sur les dangers de l’extrême droite lors des élections législatives de 2024, elle a perdu local et subventions. Sa co-directrice artistique Isabelle Lega décrit : « On nous a reproché de nuire à nos bonnes relations avec la mairie et d’assimiler le RN à l’extrême droite. » Le maire RN de cette commune de 8 500 habitants, Grégoire Souque, s’est défendu dans la presse locale d’une quelconque sanction « politique ».

    Mais les positions du RN au niveau national sont éloquentes. Le parti a notamment déposé divers amendements législatifs, rejetés, réclamant la suppression des financements publics aux associations qui font de « la propagande politique », selon ses termes. Dans son viseur : le Planning familial ou SOS Racisme. Dans les villes déjà conquises, les acteurs associatifs décrivent largement un climat d’omerta, comme en témoigne une militante de Béziers : « Il ne faut surtout pas que nos associations soient assimilées à quoi que ce soit de politique. » En 2015, la mairie avait fermé un centre social pour une simple phrase de son président dans la presse locale. Il y déplorait l’abstention lors des élections départementales de l’époque, marquée par une poussée de l’extrême droite. Robert Ménard, le maire élu en 2014 avec le soutien du FN, n’a pas souhaité réagir.

    « La subvention a toujours un caractère discrétionnaire. La collectivité n’est jamais obligée de l’accorder et peut arbitrairement décider de la supprimer », rappelle l’économiste Lionel Prouteau, spécialiste du monde associatif. Les mairies de tout bord utilisent ce levier pour casser des oppositions, récompenser des soutiens ou en tirer des bénéfices électoraux. « Les travaux de recherche montrent un tarissement général de ce clientélisme, souligne le politiste Julien Talpin. Mais le RN investit ces stratégies pour s’ancrer localement. »

    Couper

    Pour poser un regard plus fin sur les évolutions de la vie associative sous l’extrême droite, nous avons classé chaque association selon son champ d’action. Les résultats sont particulièrement révélateurs.

    Sur la culture, il y a deux faces. Face visible, les villes
    – surtout les plus grandes scrutées de près par les médias – mettent en scène la poursuite de partenariats, comme Perpignan avec le festival de la photo, Visa pour l’image. L’agenda culturel s’est dédiabolisé : le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf s’est produit à Orange sans que personne n’y trouve rien à redire. Le rappeur Jul a chanté à Fréjus comme si de rien n’était. Mais les données analysées montrent aussi la face moins visible : dans 80 % des villes étudiées, la majorité municipale a sabré dans ses subventions aux associations culturelles. Moins 62% à Béziers, moins 27% à Fréjus, moins 99% à Orange. À Bédarrides, les subventions aux associations culturelles ont quasiment disparu à l’arrivée de l’extrême droite.

    Les associations sociales sont encore moins bien logées. À Orange, tous les centres sociaux ont fermé, en peine de financement. Pareil à Fréjus ou Beaucaire. Dans ces villes les coupes sont vertigineuses : moins 98% à Orange, moins 82% à Beaucaire. Ce sont les quartiers prioritaires qui payent le prix le plus élevé. À Fréjus, notamment, les quartiers de l’Agachon et la Gabelle, délaissés par la mairie, s’enlisent dans la pauvreté et la délinquance sans bouée de secours associative, rapporte un bilan alarmiste de la communauté de communes, pourtant elle-même très à droite.

    Ces mairies ont en revanche tendance à faire la part belle au sport. Les montants globaux des subventions accordées à ces associations ont stagné ou augmenté dans 80% des cas. Marignane investit 90% de son enveloppe dans le sport. Beaucaire y injecte le même pourcentage.

    Pourtant, au niveau national, le Rassemblement national ne s’y intéresse pas du tout. Dans son dernier programme présidentiel, Marine Le Pen n’y avait pas consacré une seule ligne. « Au niveau local, c’est différent, les maires aiment bien avoir des relais dans la société civile et le RN choisit ce domaine qu’il juge plus apolitique et inoffensif », explique le chercheur Valentin Guery.

    Enfin, il y a les petites sommes qui passent inaperçues mais en disent beaucoup sur les « perdants » et les « gagnants ». À Fréjus, le Planning familial a perdu sa petite subvention. À Marignane (13), c’est le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples. À l’inverse, l’extrême droite locale injecte de l’argent dans ses obsessions identitaires. Le cercle algérianiste, réunissant des nostalgiques de l’Algérie française, a reçu 50 000 euros sous le mandat de Louis Aliot à Perpignan. La majorité de Robert Ménard a injecté 25 000 euros d’argent public dans SOS Maaloula, une association reliée à SOS Chrétiens d’Orient selon une enquête de Mediapart parue en 2020. Cette organisation, présumée innocente, fait l’objet d’une enquête du Parquet national anti-terroriste pour des soupçons de complicité de crime pour l’humanité.

    À l’approche des élections municipales, le monde associatif tremble plus fort. « C’est la première fois qu’on anticipe, on pressent un risque, ou on le conscientise », explique Sylvain Rigaud, délégué général du réseau national des maisons d’associations. À l’initiative d’Oxfam, une feuille de route des mesures de sauvegarde du monde associatif s’est mise à circuler parmi les acteurs du milieu. Des idées émergent : des « villes refuges », par exemple, où les associations malmenées pourraient trouver l’asile. Au printemps, le collectif des associations citoyennes a déjà prévu un atelier pour ses membres : « Mon maire est passé RN, que faire ? »

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

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  • [Dossier extrême droite] À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    [Dossier extrême droite] À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    « Si ces personnes ont besoin de soutien parce qu’elles ne parlent pas le français, ce n’est pas mon problème, ce n’est pas à nous de payer », argumentait dans Le Figaro le maire RN Julien Sanchez dès son arrivée à la tête de la ville. En 2014, l’extrême droite applique immédiatement une grande purge dans le milieu associatif. Terminée la subvention à la Ligue de l’enseignement et sa Maison du vivre ensemble. Cette structure organisait du soutien scolaire et recevait en 2013, 33 185 euros de la mairie. Puis plus rien. Comme pour la Mission locale, structure d’accompagnement dédiée aux jeunes âgés de 16 à 25 ans qui rencontrent des difficultés d’insertion professionnelle et sociale, de 11 000 euros à rien. Entre 2013 et 2015, les subventions aux associations dans le cadre de la « politique de la ville », c’est-à-dire les actions qui visent les plus précaires, sont passées de 81 195 à 24 185 euros pour ne plus jamais remonter. Contactée, la mairie n’a pas répondu à nos questions.

    À bas l’insertion

    À propos de la « politique de la ville », Julien Sanchez, le maire de Beaucaire, également élu à la région Occitanie, affirmait en 2015 en conseil régional que « ces dispositifs sont des primes à la voiture volée », visant à envoyer « des gamins en voyage en Espagne » selon le Midi Libre du 21 février 2015. Un an après son élection, le magazine municipal annonçait la nouvelle politique générale « la Mairie ne finance pas d’associations communautaristes et ne finance plus d’associations politisées comme c’était le cas auparavant », cite le journaliste et chercheur Hacène Belmessous dans son livre enquête : Les laboratoires de la haine : enquête sur la face cachée du frontisme municipal. Résultat : « une mise à mort sociale des associations engagées dans ce dispositif, nombre d’actions ont disparu à Beaucaire. Faute de financement, des postes d’animateurs et de médiateurs de rue ont été restreints, voire supprimés, des activités culturelles ont été rayées de la carte beaucairoise, des lieux d’accueil des familles ont été fermés », analyse le chercheur.

    Autre exemple de destruction d’actions socio-culturelles, la disparition du Relais jeune, un service municipal dédié aux adolescents qui « marchait bien pour encadrer les jeunes et leur proposer des activités », se souvient un travailleur historique de l’action sociale. « Sur le gymnase attenant au local du Relais, les jeunes avaient réalisé une fresque avec les drapeaux de différents pays et de blasons de club, il y avait des drapeaux comme celui de l’Algérie, du Maroc. la mairie s’est empressée de repeindre par dessus ».

    Vive les assos des élus

    D’autres pratiques sont quant à elles nouvellement soutenues par la mairie. Action défense bushido académie, l’association animée par le chef de la police municipale Laurent Colombeau reçoit des subventions tous les ans (2 000 euros en 2024) et s’est vue gratifiée d’une salle flambant neuve en 2019.

    Le volume global de subventions aux associations n’a pas changé radicalement. De 2013, dernière année de plein exercice de la précédente municipalité, à 2024, dernier exercice de l’extrême droite analysable, le montant total est passé de 406 889 à 343 389 euros, soit une baisse de 15,61%. En revanche, l’augmentation est sensible pour les clubs de sports de combat subventionnés, qui eux, sont devenus à la mode dans la ville. En l’espace de deux mandats, ils sont passés de trois en 2013 pour 3 600 euros, à sept pour 10 250 euros en 2024. Autre hausse significative, l’association Les chats libres de Beaucaire dont la responsable, Eliane Hauquier est la conseillère municipale déléguée aux animaux de compagnie. Depuis qu’elle est élue, l’association tourne autour de 3 000 euros de subventions contre 250 auparavant. Le Harley Davidson club gladiator Ugernum est aussi un des grands gagnants du changement. Il bénéficie d’un local spacieux situé en face de l’hôtel de ville. Le tout à titre gracieux et ce depuis 2016, reconduit en 2021. Son président n’est autre qu’Alberto Camaione, conseiller municipal adjoint au commerce depuis 2020. Les 1er mai, il organise, avec le budget de la Ville, l’American Day et redécore Beaucaire d’une culture venue d’ailleurs et de drapeaux étrangers. Mais ceux-là ont l’avantage d’être aussi bleu blanc rouge.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

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  • [Dossier extrême droite] À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    [Dossier extrême droite] À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    À Béziers, la vie politique de la ville peut se raconter à travers les fameuses affiches municipales dont Robert Ménard a le secret. Régulièrement, elles font polémique. Mais le bruit qu’elle génère silencie d’autres réalités dans cette municipalité gérée par l’extrême droite depuis 2014. « Ici c’est l’omerta, plus personne n’ose s’exprimer. Il ne faut surtout pas que nos associations soient assimilées à quoique ce soit de “politique” selon la mairie », résume une militante associative biterroise, qui préfère rester anonyme. Une chape de plomb qui rend le travail journalistique délicat. « Il ne faut pas s’attirer les foudres de Ménard », s’est justifié un dirigeant associatif qui n’a pas souhaité répondre à nos questions. Derrière la chronologie des « affiches de Ménard » une autre histoire peut se raconter, celle d’associations malmenées par le pouvoir municipal.

    2015. Le maire d’extrême droite fait polémique avec une affiche montrant un pistolet, qualifié de « nouvel ami » de la police municipale. Pendant que les policiers s’arment, un centre social disparaît. La mairie décide de couper une subvention de 44 000 euros à l’association Arc-En-ciel, qui œuvrait depuis trente ans dans le quartier populaire de la Devèze. Motif ? Des propos jugés « trop politiques », du président du centre social, explique Robert Ménard au Midi Libre. Après les élections départementales de 2015, favorable à l’extrême droite, ce dernier avait déploré dans ce journal local « une démobilisation d’un certain nombre de bénévoles du centre, un peu en colère par le fait que nombre de gens se sont abstenus, ne sont pas allés voter ».

    2016. Des affiches dénonçant la venue de « migrants » dans le centre-ville de Béziers défraient la chronique. Cette année-là, l’ABCR, l’Association Biterroise contre le racisme se fait refuser une salle municipale pour manquement au règlement de la maison de la vie associative. Sa faute : là encore trop « politique ». La structure, œuvrant pour l’insertion des populations roms, porte l’affaire jusque devant le Conseil d’État, et gagne.

    2024. Une affiche montrant une croix de David avec la mention « soutien à Israël » est affichée par les services de la mairie dans la médiathèque André-Malraux. Une pétition d’usagers du lieu de Béziers dénonce « des affichages et prises de positions partisanes ou unilatérales concernant l’actualité ». Dans le même temps, la participation de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) à la journée des associations est compromise. Ses statuts n’auraient pas été déposés dans les temps selon la mairie, ce que ses membres contestent. « Le jour J, on a posé notre stand à côté de celui de la cosmopolithèque, un lieu citoyen qui nous héberge. Quand Ménard est passé, je l’ai interpellé pour lui demander pourquoi nous n’étions pas enregistrés au registre des associations, il a répondu que nous étions antisémites », se remémore Jean-Claude, membre de l’association. Interrogée à ce sujet, la municipalité n’a pas répondu à nos questions.

    Plus pour la com’ que

    pour le social et la culture

    Les affiches de Ménard font partie d’une stratégie de communication municipale coûteuse. Pour mesurer les dépenses de communication de la Ville de Béziers, Le Poing s’est fondé sur les comptes administratifs, qui retracent les dépenses réellement exécutées. La Ville a consacré environ 693 000 euros en 2016, 784 000 euros en 2019 et 767 000 euros en 2020 à sa communication, un niveau croissant depuis l’arrivée de Robert Ménard à la mairie. Cette année-là, cette dernière a dépensé plus dans ce domaine qu’en subventions versées aux associations culturelles et sociales selon les données que nous avons collectées.

    Cette communication engendre aussi des frais indirects. Les passages devant des tribunaux font aussi partie des postes de dépenses municipales en augmentation, alerte Pascal Resplandy, ancien conseiller municipal LR. Selon ses calculs, elles auraient coûté 870 000 euros entre 2014 et 2019, notamment à cause des choix de communication de Robert Ménard. Des chiffres que la municipalité nuance, évoquant « seulement » 715 000 euros de frais de justice sur la période. Par exemple, une photo a été utilisée dans la campagne municipale anti migrant sans autorisation d’un photographe de l’AFP. Résultat : 11 000 euros en frais de justice, payés par le contribuable, selon France 3 Régions.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

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    Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

  • [Dossier extrême droite] Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

    [Dossier extrême droite] Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

    Des salles de musiques murées, des festivals repris en main, des institutions culturelles attaquées, des financements supprimés… En 1995, les maires Front national avaient fait de la culture un champ de bataille idéologique dans les villes du sud qu’ils venaient de conquérir – Marignane dans les Bouches-du-Rhône, Toulon dans le Var, Orange dans le Vaucluse.

    La génération suivante, celle de Beaucaire, Perpignan ou Fréjus, du désormais Rassemblement national (RN), fait moins d’éclat. « Dans les années 90, la politique culturelle est envisagée comme marqueur pour affirmer des différences, […] un combat de valeurs pour le “pluralisme culturel”, une notion détournée pour faire la critique d’un milieu marqué à gauche et homogène », rappelle Vincent Guillon, politologue et co-président de l’Observatoire des politiques culturelles. « Depuis 2014, dans les grandes villes notamment, les exécutifs sont dans une perspective de ne pas faire de scandales. Ils sont la vitrine de la normalisation du RN, de sa capacité à gouverner. Ils vont donc mettre en scène la poursuite de partenariats, comme à Perpignan avec le festival de la photo [Visa pour l’image, Ndlr]. »

    Mais derrière la dédiabolisation, nos chiffres montrent que la culture reste une cible privilégiée pour l’extrême droite. Dans 80% des communes analysées, la majorité municipale a sabré dans ses aides aux associations culturelles. Y compris dans les petites communes, celles dont on ne parle jamais mais qui subissent de plein fouet ces politiques anti-culture. C’est à elles que nous nous sommes intéressés.

    La culture portée disparue

    À Bédarrides, 5 500 habitants, les subventions aux associations culturelles ont quasiment disparu depuis l’élection de Jean Bérard en 2020, avec le soutien du RN. De 31 400 euros par an, elles sont passées à… 830 euros. Même cure d’austérité à Camaret-sur-Aigues, 4 500 habitants, où l’extrême droite a pris le pouvoir en 2014. Le financement des associations culturelles a été divisé par -de 13 960 euros à 6 450 euros. Sur les huit associations culturelles subventionnées en 2012, seules trois l’étaient encore en 2017. En 2021, le maire RN a aussi demandé à toutes les associations de la ville de faire un effort financier. Les baisses de dotation acceptées par certaines structures n’ont jamais été rattrapées.

    C’est par exemple le cas d’Éclats de lire, une association de sensibilisation à la lecture qui intervient dans les écoles et à la bibliothèque municipale, qu’elle a fondée et où ses membres font office de bibliothécaires plusieurs fois par semaine. Sa subvention a été divisée par deux, de 2 380 euros € à 1 200 euros. L’association n’a pourtant pas réduit ses activités. Ses membres ont par contre dû se battre pour garder leur place au comité de lecture, quitte à avaler quelques couleuvres. « Au moment du départ de l’ancienne bibliothécaire, la ville a voulu [nous évincer]. On a résisté, on y est toujours, mais des livres nous sont imposés, comme ceux d’Éric Zemmour [le polémiste d’extrême droite et fondateur du parti politique Reconquête, Ndlr] », témoigne Françoise Virlouret, président de l’association et cheffe de file de l’opposition.

    Comme les maires Front national en leur temps, Philippe de Beauregard aime aussi s’immiscer dans la programmation de ses structures culturelles. Le frontiste a ainsi décidé de censurer sur son site Internet l’affiche de La belle saison de Catherine Corsini, qui racontait une histoire d’amour lesbien. Pour ne pas subir ce genre de pression, le festival Jazz dans les vignes a quitté Camaret, un autre s’est sabordé.

    Contacté, Philippe de Beauregard conteste d’abord nos chiffres. Selon les siens, les subventions aux associations culturelles sont passées de 11 066 euros en 2013 à 8 000 euros en 2025. Mais l’édile intègre dans ses calculs des subventions à des structures relevant de notre avis plus de la conservation du patrimoine. Le maire de Camaret en a fait le cœur de sa politique culturelle avec « la défense des traditions et de la culture provençale ».

    Ensuite, il défend son « attachement au pluralisme » des idées, qui oriente certains de ses choix, comme l’organisation d’une projection-débat consacrée aux Arkis ou l’achat des ouvrages d’Éric Zemmour ou Philippe de Villiers pour la bibliothèque municipale. Enfin, Philippe de Beauregard assure avoir recruté en 2024 une coordinatrice culture et lancé la création d’un pôle culturel.

    La culture aux ordres

    à Morières-lès-Avignon, 9 000 habitants, le couperet est tombé sur la Cie Okkio. Pendant l’été 2024, l’association a perdu sa subvention de 2 500 euros€ et la mise à disposition ponctuelle d’un local pour les répétitions de ses spectacles pour très jeune public. Sa faute ? Avoir relayé un communiqué de son syndicat professionnel mettant en garde contre les risques d’une victoire de l’extrême droite à l’occasion des élections législatives anticipées. Un courrier est envoyé par la majorité RN à la compagnie début juillet, comme l’avait raconté la compagnie dans un communiqué de presse annonçant son départ de Morières. La réponse de cette dernière est restée lettre morte. « Le maire était suppléant du candidat rassemblement national. On nous a reproché de faire une publicité négative à la commune, de nuire à nos bonnes relations avec la mairie et d’assimiler le RN à l’extrême droite », se souvient Isabelle Lega, la co-directrice artistique d’Okkio.

    Alors qu’elle s’était décidée à rester à Morières-les-Avignon à l’arrivée du maire RN, la compagnie s’est réfugiée à Avignon, où elle a été accueillie à bras ouverts par la Ville et les acteurs culturels. Mais ce changement n’est pas si simple. « On a des gros projets en cours, mais on n’a plus de locaux. Et nos actions d’éveil musical parents-enfants sont stoppées depuis un an », s’inquiète Isabelle Lega.

    En revanche, Grégoire Souque, le maire RN, a maintenu le financement de 10 000 euros du Festival des vents, un festival de musique centré sur le jazz qui se déroule depuis près de 25 ans en août dans la petite voisine d’Avignon et draine quelque 600 spectatrices et spectateurs sur trois soirées et six concerts. « Ce qui l’a sauvé c’est que [la nouvelle majorité] souhaitait s’approprier sa notoriété », estime ainsi Philippe Renaud, son président depuis 2010. Contacté à plusieurs reprises, Georges Souque n’a pas souhaité nous répondre.

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