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  • Les œuvres de Dufy mises à l’honneur

    Les œuvres de Dufy mises à l’honneur

    Raoul Dufy (1877-1953), artiste visionnaire au service de la mode, portait de multiples casquettes : peintre, dessinateur, graveur et décorateur. La Banque, musée des cultures et du paysage de la Ville d’Hyères, le met à l’honneur dans l’exposition « Raoul Dufy et la mode ».

    Franck Mei, commissaire de l’exposition et directeur du musée, rappelle que « Dufy est un peintre avant tout ». L’exposition dévoile alors un aspect souvent méconnu du travail du créateur : l’aventure du textile et de la mode. Franck Mei souligne qu’il a été le premier artiste à avoir été embauché par l’industrie textile, en l’occurrence par la maison Bianchini Férier au début du 20e siècle. Les pièces inspirées par Dufy sont prêtées au musée par la Maison Brochier Soieries.

    Les créations de Dufy reprises par les plus grands

    Les motifs qu’il a inventés sont présentés sur des tissus encadrés pour les besoins de l’exposition. Ayant été repris par de grands couturiers de l’époque comme Paul Poiret ou contemporains tels Chanel, Christian Lacroix ou Agnès b. vingt-cinq robes de leur création sont disposées sur des mannequins mises en scène sur un podium de défilé de mode. Est également présenté un somptueux châle en fils de soie et d’or mesurant 2,5 mètres sur 2 mètres. Enfin, le visiteur peut s’arrêter devant une vidéo d’un défilé de Karl Lagerfeld, également inspirée par l’artiste.

    La scénographie de l’exposition se structure autour des cinq grandes thématiques inspirant le travail de l’artiste : les animaux, les fleurs, des scènes de vie, la mythologie et des formes abstraites (rayures, chevrons…) Son art a été sublimé par différents costumiers pour le cinéma, le théâtre ou l’opéra. Il a été consacré lorsque Catherine Leterrier a reçu en 2000 le César « meilleurs costumes » pour le film Jeanne d’Arc de Luc Besson. Selon le musée, « sur chaque vêtement, le motif imaginé par Dufy prend vie, réinventé par la main du couturier, adapté au mouvement du tissu et à l’esprit du temps ». Cette exposition est ouverte au grand public : « très colorée, très vivante, elle peut plaire à tout le monde et notamment aux curieux de la mode » conclut Franck Mei.

    jusqu’au 16 novembre au musée La Banque à Hyères. 04. 83. 69. 19. 40

  • [Le coin du polar] Les perdants magnifiques

    [Le coin du polar] Les perdants magnifiques

    Si Sam Peckinpah n’a consacré qu’une part minime de son œuvre au policier, il n’est pas exagéré d’affirmer que ses films ont marqué des dizaines d’auteurs et nombre de réalisateurs, à commencer par Michael Cimino, Martin Scorsese et Quentin Tarantino. Trop hâtivement taxé de cinéaste de la violence, on perd souvent de vue qu’elle n’a jamais rien de gratuit ni de complaisant chez lui et qu’elle ne fait, de La Horde sauvage à Croix de fer, en passant par Les Chiens de paille et Guet-apens, que servir de miroir à celle d’un monde désespérant où tentent de survivre des hommes désespérés. Franc-tireur, dynamiteur de la légende dorée d’Hollywood et des mythes américains, il n’aura eu de cesse de déjouer les pièges de la réussite, refusant l’ornière des succès formatés pour tenter d’imposer à des producteurs butés sa vision d’un monde d’où la happy end est proscrite.

    S’il est fasciné et par l’homme et par son œuvre, Gérard Camy s’est refusé à l’hagiographie trop fréquente des biographes. Il les prend en bloc, comme Clémenceau la Révolution française, ne cachant rien du Mister Hyde dans l’ombre du Docteur Jekyll, louant le génie de Peckinpah, son incroyable maîtrise de tous les métiers du cinéma, mais exposant sans fard aussi ses zones noires, ses accès de violence, ses obsessions sexuelles, sa tyrannie, un alcoolisme destructeur et le recours à la drogue.

    Une somme impressionnante

    C’est un travail de titan auquel s’est attelé Camy, des années de recherches stimulées par une passion de toujours, qui ne laisse rien dans l’ombre, des années de jeunesse dans un Ouest qui a imprimé la légende quand elle surpassait la vérité, de ses débuts comme metteur en scène de théâtre, de ses premières armes dans les débuts de la télévision où il réussira, malgré de sévères contraintes, à renouveler le western, au grand écran, enfin. Camy le suit pas à pas, dans les méandres de la création, disséquant ses quatorze films, les embûches, les déceptions, les projets avortés, les combats contre le monde entier, mais surtout une inventivité permanente et une flamboyance qui se retrouve même dans les fims les moins réussis.

    Un livre de spécialistes certes, mais qui stimule, qu’on dévore et qu’on doit recommander à tous ceux qu’un cinéma différent et précurseur passionne.

    Sam Peckinpah, le rebelle mélancolique
    Gérard Camy Institut Lumière/Actes Sud 840 p. 34
    euros

  • [Lecture] Le malheur n’attend pas le nombre des années

    [Lecture] Le malheur n’attend pas le nombre des années

    « Gabriella, les jeunes de la Cité Radieuse, un homme qui part en fumée et une jeune fille qui s’évapore… » Telle est l’aventure dans laquelle La Marseillaise vous embarque chaque week-end pour découvrir un extrait d’un des romans de la Fille du Poulpe écrit par Lucile Debaille. Ils signent le retour du Poulpe
    – personnage phare de la littérature noire des années 90 et 2000 – aux éditions Moby Dick.

    Pour l’idéologie elle serait plutôt redevable à Pedro et Gabriel, ses « mentors » mais toujours avec tact, sans arrogance. Bref, Gabriella ignore que Saadi fut un immense poète persan, mais elle ne voit pas du tout comment la Pologne s’intégrerait dans cette identité. « Phonétiquement, ça ne le fait pas… » pense Gabriella, une intuitive. Une photo de la victime dévoile un beau jeune homme un peu sombre, aux cheveux blonds très courts, au visage encore poupin et aux lèvres pulpeuses, gourmandes. Une gourmandise à jamais inutile désormais. La vie est passée pour Saadi. Il y eut donc quelques années dans la Légion, le sens de « l’honneur et de la fidélité », puis cette interruption involontaire de son engagement… Et enfin son inscription à l’École, qui devait changer son existence et tragiquement y mettre un terme. De nombreuses empreintes ont pu être relevées, malgré la désolation, dans le repaire de ce jeune homme méticuleux, qui ne recevait jamais personne, sauf Sara, sa sœur de cœur, son amoureuse platonique (sentiment non réciproque de la part de la jeune fille pour son « frère »), ce qui ne le gênait en rien. D’une part, il était peu porté sur le sexe. D’autre part Sara a toujours clamé « se réserver » pour l’homme qu’elle aimera d’amour, un seul. Le père de ses enfants. Il est d’ailleurs impensable qu’il soit gadjo, étranger à la communauté des gens du voyage. Une vraie gitane

    Sara. Cette jeune flamboyante possède ce don de transfigurer la vie. Celle de Saadi, entre autres, en fut changée. Seulement voilà que tout se complique : le décès reste inexpliqué et Sara, logiquement localisable puisqu’elle vit à proximité avec ses deux frères, a disparu. Pas facile d’identifier un ancien légionnaire au prénom persan, aux origines polonaises, né sous X. Et que l’Administration, dans sa bêtise, son indifférence, sa terrible cruauté a d’ailleurs enregistré ainsi. Piotr X, pour identité initiale. On comprend qu’il ait eu envie de s’en débarrasser ! Assez malaisé également de suivre un feu follet comme Sara, toujours en mouvement, jamais à court d’idées, d’un réalisme variable. Un couple presque fusionnel pourtant, précise l’entourage, en dépit de leurs différences fondamentales. On sait déjà par les commentateurs, non sollicités d’ailleurs, qu’il lui apprit à se poser, à se canaliser. Elle lui enseigna le sourire, la joie

    innocente de l’instant. Oui, cela vaut bien un couple, tout compte fait. Le téléphone de Gabriella vibre, en mode « silence ». Toujours, dans les lieux publics. Peu éduquée Gabriella mais délicate. C’est Gabriel.

    — Salut, ma louloute ! Dans quel pays voyages-tu

    sur le réseau en ce moment, Équateur ? Gabriel sait que « sa fille » y envisage un ambitieux projet écologique, le rêve de sa vie.

    — Et non ! Je suis dans le sud de la France, figure-toi. Enfin virtuellement, sinon je déjeune à la SainteScolasse. Mais j’irais bien faire un tour à Marseille, un jour ! Pas toi ?

    — Je connais par cœur, ma belle !

    — En fait, je lisais un article sur un incendie qui vient de se produire dans les quartiers Nord.

    — Oui, un incendie criminel volontaire. Un mort.

    — Ah, bon ? Je trouve que tu boucles un peu vite

    l’affaire ? Je te connais plus prudent.

    — Je ne la boucle pas. Bien au contraire, je l’ouvre. — Bon, on en reparle mon Gaby… On est en train

    de m’apporter mon Falafel aux herbes et je vais recommander un verre.

    — Quand je pense qu’ils proposaient de si bons

    pieds de porc, soupire Gabriel.

    — La prochaine fois, on viendra déguster la spécialité mensuelle ensemble. OK ? Une tuerie ! Tu ne vas pas en revenir. Gabriel connaît. Il ne dit rien. Elle est si heureuse de lui proposer quelque chose. Mais juste avant de raccrocher :

    — Gaby, cette histoire à Marseille, tu crois que c’est vraiment intéressant, même (ou alors justement « parce que ») tout le monde s’en fout au fond ?

    — Tu sais, j’ai atteint un âge où tout m’intéresse et tout m’étonne. Alors oui, pour moi, c’est intéressant. Cette population de jeunes l’est déjà. L’expérience pédagogique aussi. Les journalistes ne s’y sont pas trompés.

    — Tu suis aussi leur « blog » ?

    — Ça m’arrive. Je garde un œil dessus. Le Parisien avait fait un article sur cet établissement, à sa création, je crois bien. Tu vois, on a parfois les mêmes lectures !

    Mais pas les mêmes films, je sais… ajoute-t-il, espiègle. .

    Chapitre 3

    — Madame, c’est quand qu’on nous construit la piscine ?

    Sitôt passé le portail, où veille d’ailleurs, dans sa loge, un agent de sécurité 24 heures sur 24 (la Direction étant bienveillante mais pas téméraire), on tombe sur un bel espace circulaire où trône un vieil olivier entouré de lavandins. Il y aurait la place pour la construction d’un bassin, en effet.

    — Oh, Amine, tu te crois où ? Au Club Med ? répond « Madame ».

    On ne dit plus « Mademoiselle » et leur maman est souvent si jeune…

    — Vous avez la chance d’être dans un magnifique lieu de formation pour vous occuper de vous, vous consacrer à votre avenir. Un véritable petit campus à l’américaine, bien plus beau que la plupart des endroits où nous avons fait nos études, je peux vous l’assurer ! 10 000 m2 de bâti, des pierres, des poutres magnifiques, une verrière, par laquelle la lumière entre à profusion (le bruit de la pluie aussi, en cas d’orage !). Quatre hectares de parc, une infrastructure à faire pâlir d’envie, et – disons-le – pour certains de jalousie…

    — Et ben ! Ça coûte cher l’éducation persiflent-ils !

    — Et l’ignorance, donc ! leur répond-on.

    Les équipements sportifs sont remarquables : un vrai terrain de foot, un gymnase, des appareils plutôt sophistiqués et même le seul mur d’escalade des quartiers Nord. On a récemment ajouté une salle d’armes, car un formateur (de maths), escrimeur, a proposé une initiation gracieuse à son art. Une Fondation d’entreprise a offert le matériel nécessaire. Alors, l’École accueille chaque semaine, non seulement ses propres activités mais celles de petits centres sociaux alentour, avec un public plus jeune. Ainsi se veut-on ouvert sur l’environnement le plus largement possible, toutes générations confondues. On y a récemment organisé un concours de pétanque, avec « le club des Vétérans Boulistes » voisin. Un succès, mais surtout de grandes parties de fou-rires pour les protagonistes, les jeunes plutôt maladroits face aux joueurs expérimentés. Amine n’écoute plus grand-chose mais sourit de toutes « ses dents du bonheur » qui, souhaitons-le, lui porteront chance. D’ailleurs, il ignore ce que sont les mètres carrés, les hectares… Le centre social, il connaît depuis sa petite enfance. La piscine ? Ils en parlent entre eux, mais, à l’instant, c’était pour taquiner Madame.

    Il est rare de ne pas s’appeler par son prénom (même entre apprenants et enseignants), mais « Madame » n’est pas inscrite parmi les stagiaires. Son jeune âge pourrait l’y inclure, si sa trajectoire n’était autre. « Madame », c’est Clémence, la fille du pharmacien local. Son père, franco-marocain a fait ses études à Marseille, sa mère, bretonne, a passé alors un diplôme de préparatrice en pharmacie. Ils étaient jeunes, amoureux. Elle a ainsi pu aider professionnellement son mari. Une petite fille est née : Samia-Clémence. Plus tard, celle-ci a choisi le second prénom, français. Bien sûr, même si elle était attirée par cette École atypique, presque en face de la pharmacie paternelle, il n’a jamais été question qu’elle l’intègre. Les parents exigeaient le bac. Elle l’a obtenu du premier coup. Ensuite, elle s’est inscrite à la Faculté de Psycho à Aix-en-Provence. Nous sommes en mars et elle y a mis les pieds trois fois. Elle n’aime pas Aix, est déçue par la discipline choisie et manque d’enthousiasme et d’autonomie pour suivre ce parcours. Alors, après quelques mois d’inactivité à peu près totale, son père a élevé la voix.

    — Tu vas trouver un truc, n’importe quoi à faire, ou je t’expédie au Maroc. Au moins du aideras Mamie, qui s’occupe de tes jeunes cousins et commence à être fatiguée.

    C’est la menace récurrente. Pourtant Casa est une bien belle ville, mais Clémence se sent française. À l’exception de Kader, le pharmacien, ses deux sœurs et son frère sont restés sur place, y ont fondé leur famille et les deux parents travaillent. Alors, la grand-mère est mise à contribution. Elle râle, mais cajole les petits et les nourrit avec un sourire qui en dit long sur sa satisfaction et sa fierté personnelles. Bon, pour Clémence : niet ! Pas question. Sa vie est en France, elle l’a toujours revendiqué. Alors, comme elle est titulaire du BAFA, jeune et sportive, elle a posé sa candidature à l’École pour accompagner les séquences « Sports et découvertes » : de la ville, du Mucem, de la voile… Tout le monde la connaissait déjà. Elle adore les enfants et dispense une grande douceur (Est-ce la sonorité du prénom ?). Elle a été acceptée d’emblée comme intervenante et assure aujourd’hui trois créneaux hebdomadaires. L’un avec des stagiaires de l’École, les deux autres avec des enfants plus jeunes, qui bénéficient ainsi de ces équipements et de l’encadrement. Bien des aspects – financiers en particulier – sont violemment critiqués par des opposants politiques. Mais les jeunes semblent si épanouis… Et La Marseillaise soutient ; un sérieux coup de pouce. Cette exception locale ne cesse d’ailleurs pas de surprendre : ni réels conflits, ni clans, une cohabitation relativement souple des communautés, en dépit d’un certain durcissement récent : les jeunes femmes en particulier sont de plus en plus agressives et peuvent en venir aux mains pour des histoires amoureuses le plus souvent. D’une façon générale, il n’y a pas d’affrontement religieux non plus, même si les musulmans du Maghreb se méfient de ceux de Mayotte, les maghrébins et les gitans n’ont pas de connivence spontanée, chacun fréquente ses bars, ses lieux, donne rendez-vous sur « sa » place… Et tous manifestent une certaine défiance vis-à-vis de ceux d’en ville, comme ils nomment les jeunes résidant au centre, soupçonnés d’arrogance. La communauté des pays de l’Est inspirerait plutôt un respect prudent, nourri de crainte. Depuis maintenant plus d’une décennie, aucune bagarre sérieuse n’a éclaté : pas d’opposition idéologique, de nature religieuse ou politique. Quand les mots manquent, la pensée aussi… Pas de guerre des gangs, pas de gang d’ailleurs. Tous les jeunes sont volontaires pour suivre ce parcours. Certains, il est vrai, s’inscrivent par opportunité, en attente de leur procès, et disparaissent sitôt leur liberté retrouvée. Les entrées sont permanentes et les sorties individuelles, au gré des circonstances, la meilleure étant la signature d’un CDI. Il faut préciser qu’ils ne lisent aucun journal, sauf quand on y voit leur photo, ne regardent que le sport à la télévision, surtout le foot, et sont donc indifférents, éloignés de toute sorte d’influence directe, hormis celle des réseaux. Récemment, un événement atypique a, contre toute attente, capté leur attention. Un nouvel inscrit parlait araméen. Personne ne savait de quoi il s’agissait (y compris plusieurs formateurs…).Un prétexte à une plongée dans l’Histoire liturgique, qui a semblé intéresser tout le monde. Même Sara, peu portée sur les études. Elle danse le flamenco à merveille, est éblouissante de grâce et d’expressivité, mais n’apprécie vraiment que le Français et surtout l’atelier théâtre. Elle se présente parfois aux castings de petites productions, de séries régionales et décroche quelques jours de figuration. Elle aime cette ambiance de tournage, cette pagaille très contrôlée et bien sûr les maigres revenus que cela lui assure. Mais elle rêve d’avoir une phrase à dire ; pas grand-chose : une phrase ! Elle est d’ailleurs aussi expansive et bavarde que son ami Saadi se montre discret. Ils doivent avoir rendez-vous car il est posté à la sortie de l’atelier théâtre, à droite de la porte, immobile et droit comme un I, vêtu de beige et chaussé de Rangers fort chaudes pour la saison.

    — Le cours finit dans dix minutes lui précise Clémence, qui tente d’échanger avec lui, pour se rapprocher de Sara ; celle-ci la fascine mais semble superbement l’ignorer.

    — Tu sais bien que je suis toujours à l’heure. C’est-à-dire en avance. On ne peut qu’être en avance ou en retard. Moi, je suis en avance.

    Il porte, roulé sur l’épaule gauche et enserré dans une patte de sa chemise, le béret de la Légion, accessoire dont il ne se sépare jamais. Cela intrigue mais le jeune homme décourage spontanément toute question. On ne sait trop pourquoi, il inspire une idée de droiture et de sagesse, sans doute en raison de sa maturité supérieure à celle du public qui l’entoure. Il ne se montre jamais pédant, mais s’est autorisé, un jour, une citation du poète homonyme : « L’excès de sévérité produit la haine. L’excès d’indulgence affaiblit l’autorité.

    … à suivre

  • [Entretien] « Les personnes âgées sportives sont des modèles de bien vieillir »

    [Entretien] « Les personnes âgées sportives sont des modèles de bien vieillir »

    La Marseillaise : Vous montrez qu’avec l’âge, le muscle respiratoire fatigue plus vite, limitant la tolérance à l’effort. Y a-t-il un risque pour les personnes âgées qui continuent une pratique sportive régulière ?

    Grégory Blain : Pas du tout. Ils fatiguent juste plus vite et leurs jambes disent « stop » plus tôt. Le muscle respiratoire ne sera jamais fatigué au point de ne plus pouvoir se contracter. Éventuellement, les personnes qui font de l’hyper-tension doivent être attentives : la contraction des vaisseaux sanguins dans les muscles locomoteurs pour privilégier l’afflux de sang vers le muscle respiratoire augmente la tension artérielle. Concernant les os et les articulations, la littérature montre que l’exercice physique – sans excès – a plutôt des effets bénéfiques. Les personnes âgées sportives sont pour nous des modèles de « bien vieillir ».

    C’est-à-dire ?

    G.B. : Elles nous permettent d’étudier les effets de l’âge avec moins de biais. Car souvent, les personnes âgées sont plus sédentaires. Cela brouille les pistes quand nous observons la diminution d’une fonction : est-ce l’effet de l’âge ou de la sédentarité ? L’avantage du « master athlète » est qu’il ne se déconditionne pas par manque de pratique physique. Il entretient ses fonctions via la pratique régulière d’exercice.

    Votre étude a été menée chez des hommes. Les résultats auraient-ils été similaires chez des femmes ?

    G.B. : C’est probable. Ils seraient même sûrement plus marqués chez les femmes car leurs poumons sont plus petits, donc les contraintes sont plus importantes.

  • Pourquoi les sportifs âgés tolèrent moins bien les efforts intenses ?

    Pourquoi les sportifs âgés tolèrent moins bien les efforts intenses ?

    Les « master athlètes » recrutés par Grégory Blain pour son expérience n’avaient pas à rougir de leurs performances : « Ils avaient 65 ans en moyenne, s’entraînaient régulièrement et certains couraient le 10 kilomètres en 35 minutes », souligne le spécialiste de physiologie de l’exercice au Laboratoire motricité humaine, expertise, sport, santé, à Nice. Mais lors d’un effort intense, impossible de rivaliser avec des athlètes d’à peine 30 ans. « La différence était flagrante, insiste le chercheur, dernier auteur d’un article paru dans Experimental Physiology. Plus élevée que nous l’imaginions ».

    Dans ce projet mené avec d’autres laboratoires d’Université Côte d’Azur – le LJAD et I3S -, il s’agissait de pédaler à fond jusqu’à épuisement après avoir pré-fatigué le système respiratoire lors d’un exercice – l’équivalent de respirer à travers une paille pendant plusieurs minutes. Avec cette pré-fatigue, les athlètes les plus âgés n’étaient capables de produire leur effort maximal que pendant une durée réduite de 40% environ, contre 15% pour les plus jeunes. Un capteur de force a aussi montré que les athlètes plus âgés avaient les muscles des jambes plus fatigués après l’exercice de pré-fatigue respiratoire. « Cela montre que le système respiratoire peut devenir un facteur limitant à l’exercice avec l’âge », résume Grégory Blain.

    Rigidité

    On le sait : plus on vieillit, plus le système respiratoire fatigue vite car la cage thoracique et les poumons se rigidifient. « C’est une évolution anatomique normale », souligne Grégory Blain. Pour faire entrer un même volume d’air, les muscles respiratoires – le diaphragme, notamment – doivent donc travailler plus. « Mais nous ne savions pas si ce travail supplémentaire du muscle respiratoire avait un impact sur la fatigue des muscles locomoteurs et la tolérance à l’effort », précise le chercheur. L’expérience montre que oui.

    Et cela s’explique facilement : si les muscles respiratoires travaillent plus, ils ont besoin de plus d’oxygène, et donc d’un afflux de sang. Le système nerveux central l’organise en réduisant le diamètre des vaisseaux sanguins ailleurs – notamment au niveau des muscles locomoteurs. « Il privilégie ce qui est vital », souligne Grégory Blain. Cela réduit le débit de sang vers les jambes et l’oxygénation des muscles. « Il y a une bascule vers une filière énergétique source de métabolites qui altère la fonction et la contraction des muscles », ajoute le chercheur.

    « Dans sa pratique d’activité physique, il faut s’occuper des muscles respiratoires », souligne Grégory Blain. En les musclant via des exercices
    – comme respirer contre des résistances –, en poursuivant l’activité physique à haute intensité et éventuellement en faisant des exercices de respiration profonde pour augmenter l’élasticité de la cage thoracique. « Ce dernier point reste une perspective », conclut le chercheur.

  • [Université d’été ] Olivier Faure (PS) veut une « révolution interne »

    [Université d’été ] Olivier Faure (PS) veut une « révolution interne »

    À sept mois des élections municipales et un an et demi des élections présidentielles, le Parti socialiste tente de passer outre les divisions pour préparer au mieux ces élections. Entre Raphaël Glucksmann (Place publique) et le leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon, le PS veut (re)devenir le barycentre de la gauche. Et quoi de mieux que l’université d’été à Blois pour le réaffirmer ?

    « Le PS est au centre de tout ce qui s’agrège en ce moment à gauche avec notamment les unitaires. On espère arriver à faire bouger certains qui sont contre l’union à gauche parce qu’aujourd’hui, Glucksmann et Mélenchon, c’est le même combat. Les deux ne veulent pas l’union la plus large, mais c’est normal dans le calendrier actuel. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est qu’on a un PS qui, malgré les turbulences, continue d’avoir une dynamique unitaire », explique Basile Imbert, le nouveau chef de file du PS alésien.

    « Une doctrine socialiste du XXIe siècle »

    Si, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le programme et les invités n’étaient pas encore connus, plusieurs grandes dynamiques vont marquer le Campus socialiste comme la lutte contre l’extrême droite, le budget de la nation 2026 et la défense des services publics.

    Les Socialistes vont également échanger sur la méthode pour parvenir à devenir plus efficaces pour les prochaines échéances électorales. « Olivier Faure lance une révolution interne où nous allons vraiment plancher sur la réforme des statuts, sur notre façon de travailler, sur le fonctionnement du PS pour dépoussiérer davantage la vieille maison. L’idée c’est de faire la révolution du PS en dix mois », confirme Basile Imbert qui se rendra à Blois avec une vingtaine de Gardois. Aujourd’hui, c’est la députée européenne originaire du Gard Chloé Ridel, élue au bureau national, qui planche à l’élaboration du programme présidentiel de 2027. « L’idée c’est de porter enfin une doctrine socialiste au XXIe siècle », conclut le jeune socialiste.

    La présidente PS de la Région, Carole Delga réitérera de son côté ses Rencontres de la gauche à Bram dans l’Aude le 27 septembre.

  • Hortense, épouse de Paul Cezanne : épreuves et solitudes

    Hortense, épouse de Paul Cezanne : épreuves et solitudes

    Leurs amours furent clandestines, elle garde son nom de jeune fille avant de devenir officiellement, en 1886, Madame Cezanne. De neuf ans plus âgé qu’elle, le peintre la rencontre à Paris en 1869. Pendant l’été de 1871, quand elle quitte l’Estaque pour la capitale, Hortense Fiquet est enceinte : son fils naît le 4 janvier 1872. Longtemps expéditive et malveillante, l’histoire de l’art entame à son propos une indispensable réévaluation. Entre 1872 et 1892, elle fut un modèle fréquemment sollicité : Cézanne l’immobilisa pour 28 ou 29 toiles, des dizaines de dessins et des aquarelles.

    On s’intéressait à ses apparitions parce que Matisse, Picasso, Braque et Juan Gris, un écrivain comme Rilke, les ont passionnément regardées. Dans les coulisses des catalogues et des biographies, en tant que personne, Hortense Fiquet était largement dépréciée. John Rewald et les historiens de l’art estimaient qu’elle ne comprenait rien à l’œuvre de son mari. D’abord sincèrement amoureux, le peintre préféra la solitude de l’atelier et les séparations. Sans songer au divorce, sur fond de pressions familiales et de soucis d’argent, ce fut souvent « Guerre et Paix » Cezanne résumait ironiquement ses relations avec son épouse et son fils : « une boule », « un boulet ». Pour ce couple, rien de glorieux : une tristesse qui se retient et des accalmies.

    Hérisson et « Cœur simple »

    Le mérite du récent volume (69 euros, 396 pages, Venus Star Éditions) composé par deux érudits, François Chédeville et Raymond Hurtu, est d’avoir retracé les sentiments éprouvés par ces deux personnes lieu après lieu, en région parisienne, lors de séjours en Suisse ou bien à Vichy, en Provence où Hortense s’ennuyait copieusement ; instable et désargenté, Cezanne changea de domicile au moins 30 fois. Sources et témoignages sont rares, cette recherche est complexe : le couple n’a pas conservé les lettres qu’il échangea, des photographies d’Hortense existent uniquement après le décès de Cezanne. L’entourage du peintre, si l’on excepte les compagnes du docteur Gachet et de Renoir, n’avait pas d’affection pour Madame Cezanne.

    Chédeville et Hurtu aboutissent à de très simples conclusions. Cette union entre un peintre sans aisance vis-à-vis des femmes et la brocheuse d’un atelier de reliure, était grevée par de lourdes différences de culture et de tempérament. Hortense était « un cœur simple », un être enjoué et déterminé. Le très subtil Cézanne pouvait se comporter comme un rustre ou bien comme un hérisson.

    Elle avait son charme et son maintien. Elle savait s’habiller. Ses vestes à col haut, le velours noir et les rubans de satin gris qu’elle arbore quand ses cheveux sont dénoués, ses corsages rouge carmin et sa robe avec des rayures verticales, le nœud bleu de sa chemise ne s’oublient pas. Elle se plia aux exigences d’un peintre, qui raconte Vollard, suspendait ses gestes et méditait pendant de longues minutes avant de poursuivre son travail. Ne pas bouger, les paroles étaient interdites. Quand il souffrait d’insomnie, il la réveillait, elle lui faisait la lecture. Cette femme élégante et dévouée ne fut pas constamment docile. Son regard s’absente, devient maussade, trahit des soucis, de l’impatience et de l’ennui.

    Après le décès du peintre, grâce au dynamisme des ventes d’Ambroise Vollard, sa silhouette d’héritière s’alourdit et s’endurcit, trouve de quoi effacer les frustrations d’antan. Elle reste énigmatique. Ses cheveux sont courts, son visage fait penser à Gertrude Stein. Hortense s’émancipe, échappe à la cage picturale : elle fréquente les grands hôtels, s’habille richement, flambe une partie de sa fortune au casino de Monte-Carlo, achève sa vie en 1922 à Paris, dans un appartement de la rue Miromesnil.

    Absentes dans l’exposition du musée Granet, trois pièces singulièrement émouvantes de Cezanne surmontent cette donne ingrate. À cause des rebuffades de sa belle-famille, Hortense habitait rarement le Jas de Bouffan. New York et le Metropolitan Museum n’ont pas consenti aux prêts de Madame Cezanne dans la serre et de Madame Cezanne au fauteuil jaune. En extérieur, près d’un muret du Jas, voici des fleurs et les branches d’un arbre ; les avant-bras et les mains de la modèle sont à peine esquissés. Dans la seconde toile, composition vacillante et déséquilibrée, le regard d’Hortense est ferme ; sa main gauche serre la tige d’une rose. Manque aussi chez Granet, issue d’une collection privée, l’aquarelle qui accompagne cet article. « Une tendresse inhabituelle », écrivait John R Rishel : pas loin d’Hortense qui se remémore, surgissent les pétales et les feuilles d’une fleur qui favorise les jeux de mots.

  • [Entretien] Nicky Doll : « Le drag est avant tout un art vivant »

    [Entretien] Nicky Doll : « Le drag est avant tout un art vivant »

    La Marseillaise : jeudi 21 août a eu lieu le tournage de la finale de Drag Race France All stars. Comment était l’ambiance ?

    Nicky Doll : La finale était incroyable. Je pense que les fans vont adorer. Parce que c’est tout ce qu’on a déjà vu en dix fois plus gros, dix fois mieux. Et le niveau est très, très haut cette année.

    L’émission Drag Race est arrivée en France en 2022 et a, depuis, enchaîné les saisons et les tournées de spectacle. Visibiliser l’art du drag contribue-t-il à faire évoluer les mentalités en France ?

    N.D. : Apporter des exemples de vie et créer une proximité pour que les gens puissent vraiment se faire une idée de ce que c’est le drag, les personnes queers et l’art queer, forcément, ça aide à faire avancer les mentalités. Après, je pense qu’en France, on peut avoir beaucoup de problèmes, mais s’il y a bien quelque chose que les Français ont, c’est la curiosité. Et ça se ressent, parce que les gens qui viennent nous voir, ce ne sont pas uniquement des gens de la communauté. En France, on aime l’art en général, donc on vient, on est curieux. Et je suis content de voir que plein de gens ont été assez curieux pour venir découvrir ce qu’on fait.

    Votre nouvel album « Apollo-Artémis », qui sortira le 5 septembre, a un côté clair symbolisé par le dieu grec des arts et un côté obscur, incarné par la déesse de la chasse. Pourquoi avoir fait ce choix ?

    N.D. : C’est important pour moi de montrer qu’à l’intérieur de moi, il y a une dualité. J’ai une part de féminité et une part de masculinité. Apollon et Artemis sont des jumeaux divins. Ils sont nés au même moment. Et j’ai un côté très solaire, tant musicalement qu’en termes de personnalité. En même temps, j’ai un côté un peu plus dangereux, un peu plus femme fatale. Il y a différentes chansons pour différents types de moments dans la journée ou dans la vie.

    L’album invite les auditeurs à s’accepter tels qu’ils sont et montre que l’identité peut être fluide. Est-ce un message facile à porter dans un contexte de montée de l’extrême droite ?

    N.D. : Je pense que maintenant plus que jamais, il faut porter ce message parce qu’on a l’impression qu’on était beaucoup plus ouverts d’esprit il n’y a pas si longtemps, et que là, on est en train de revenir en arrière. C’est très important de continuer à parler haut et fort d’amour-propre et d’acceptation de soi. En fait, on n’a pas forcément besoin d’être macho si on est un homme, ou d’être une lolita si on est une femme. Je pense qu’on est tous beaucoup plus complexes que ce que la majorité veut bien admettre. C’est très important de justement montrer à la nouvelle génération, qui est née avec la montée de l’extrême droite, qu’il y a aussi du pouvoir et de la beauté à s’affirmer et se battre pour ce qui est important.

    Vous êtes née à Marseille et avez passé votre adolescence à Tanger, au Maroc. Selon vous, où en est-on de l’acceptation des personnes queer autour du bassin méditerranéen ?

    N.D. : Ça dépend où. Par exemple, je pense qu’il y a, en Espagne, une ouverture d’esprit beaucoup plus prononcée. Après, il y a encore du travail, notamment dans les pays du Maghreb. Pour y avoir vécu, il y a énormément de personnes queers au Maroc, mais il y a une pudeur. Il y a aussi le danger de se faire arrêter, parce que ce n’est pas légal. Et donc, je pense qu’il faut encore continuer à humaniser nos vies, nos témoignages, pour que les personnes puissent se rendre compte qu’on naît juste comme ça. Et puis, il faut laisser les gens tranquilles.

    Pour la première fois en France, cet été, des viewing parties (rassemblements pour regarder l’émission) ont eu lieu dans un cinéma à Marseille. À vos yeux, est-ce un moyen pour les personnes queer de se réunir dans des safe spaces (refuge, espaces sûrs) ou bien Drag Race est-il devenu plus largement un événement populaire ?

    N.D. : La viewing party, c’est un moyen de se créer une communauté, des amis autour d’un programme qui nous passionne. Ça permet aussi d’aller voir du drag parce que c’est avant tout un art vivant, ce n’est pas qu’une émission. Généralement, on regarde l’épisode, et ensuite, on regarde des artistes performer. C’est clairement un safe space pour les queers, mais aussi pour beaucoup d’alliés. Il y a énormément de femmes, par exemple, qui préfèrent venir dans nos milieux parce qu’elles ne vont pas se faire agresser ou embêter par des hétéros un peu trop en rut. Et il y a des hommes hétéros qui viennent avec leurs copines, ils découvrent l’émission et ils l’adorent.

    Vous performez partout dans le monde, notamment à New York où vous êtes basée. Depuis les États-Unis, comment avez-vous perçu l’élection de Trump et, notamment, sa croisade contre les personnes transgenres ?

    N.D. : Ça a été une déception totale de voir qu’il était élu à nouveau. Je pensais qu’on avait appris de nos erreurs et que ça n’arriverait plus jamais. Surtout, ça a permis de me motiver et d’être hyper actif en essayant justement que ça n’arrive pas ici, qu’on ne fasse pas les mêmes erreurs en France. Parce que je vois à quel point ça a des répercussions néfastes sur le pays. Il a été élu il y a à peine six mois et il y a déjà tellement de choses qui ne vont pas. Donc si on venait à faire la même chose en France, ça serait catastrophique.

  • Le Festival de Quatuors à cordes fête ses 50 ans

    Le Festival de Quatuors à cordes fête ses 50 ans

    Au total, 13 concerts, 46 interprètes et 10 prestigieux quatuors venus d’Italie, de France et d’Autriche, se succèdent en Vaucluse pour marquer cet anniversaire. Avec la thématique « Remonter le temps de 50 ans en 50 ans », les spectateurs voyagent de 2025 jusqu’aux origines du quatuor à cordes, né en 1775, en passant par Mozart, Beethoven, Brahms, Ravel et bien d’autres.

    Pour ouvrir ce deuxième et dernier week-end, le Quatuor Van Kuijk, déjà salué sur les plus grandes scènes internationales, interprétera Mozart et Mendelsshohn ce samedi 23 au soir, à l’abbaye Silvacane de la Roque d’Anthéron.

    Dimanche, l’église Saint-Sébastien de Goult accueille le Quatuor Métamorphoses, avec l’intensité spirituelle des Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn. Le Festival s’achèvera le 31 août à Cabrières d’Avignon où le Quatuor Diotima proposera un programme audacieux, allant de la compositrice contemporaine Misato Mochizuki à Ravel. Entre ces dates, les formations Modigliani et Hernani viendront, elles aussi, rappeler la richesse de la musique de chambre, un genre qui n’a cessé de se réinventer au fil des siècles. La première semaine de concerts a été un succès, selon, Isabelle Roz, chargée de la communication du festival. « Cela s’est très bien passé. On a eu de beaux concerts. Pour cette deuxième semaine, on a encore des lieux et des quatuors à découvrir. » confie-t-elle.

    Création contemporaine

    Depuis 10 ans, le Festival reste fidèle à sa mission de création contemporaine. Cette année, c’est au tour de Corentin Apparailly d’être mis en lumière avec une création pour piano et cordes, rendant hommage aux musiciens du Titanic et à leur ultime morceau joué dans la nuit du naufrage : « Nearer, My God, to Thee ».

    Le 29 août, à l’église Saint-Vincent de Cabrières d’Avignon, le Festival saluera la mémoire du compositeur Bruno Ducol, disparu en janvier 2024 avec un quatuor vocal composé de Laura Holm, Jonas Vitaud, Matthieu Marie et Arnaud Lassus. Ils interpréteront les créations de Bruno Ducol aux côtés de Debussy, Schubert ou encore Liszt.

  • Incendie dans l’Aude : le défi de la reconstruction

    Incendie dans l’Aude : le défi de la reconstruction

    Il va probablement falloir attendre plusieurs semaines avant que le feu ne soit définitivement considéré comme éteint », affirmait au matin du 18 août la secrétaire générale de la préfecture de l’Aude, Lucie Roesch. Selon elle, plus de 300 pompiers étaient toujours présents à La Ribaute en ce début de semaine pour intervenir sur des réactivations du feu « presque quotidiennes ».

    Pour rappel, un immense incendie s’est déclaré le 5 août aux alentours de 16h15, entre les communes de Lagrasse et de la Ribaute, au cœur du massif des Corbières. Les flammes ont ravagé quelque 17 000 hectares de territoire entre le 5 et le 9 août, dont environ 4 100 hectares de garrigue, 2 200 hectares de cultures et au moins 36 habitations. Le bilan humain du drame est tout aussi important : une personne est décédée dans l’incendie de sa maison et une autre est toujours en urgence absolue, tandis que l’on déplore aussi de nombreux blessés légers, dont une vingtaine de pompiers. Un pompier qui avait initialement été déclaré en urgence absolue serait cependant tiré d’affaire, selon la préfecture de l’Aude.

    « Du côté des services de l’État, nous continuons dans un premier temps d’accompagner les collectivités pour le rétablissement des réseaux d’électricité et de communication, explique Lucie Rosech. Mais pour l’instant, nous sommes toujours dans la gestion directe de l’événement  : le 17 août encore, il y a eu une reprise importante à Jonquières.  » La fonctionnaire précise que les estimations des dégâts matériels sur le terrain ne peuvent donc pas encore être exhaustives et qu’il faut aider les sinistrés en priorité.

    « Il y a, bien sûr, une nécessité de recenser tous les dégâts, poursuit-elle. Ce travail est entamé dans un premier temps par les sapeurs-pompiers. Mais derrière, il y aura un recensement plus exhaustif par les communes de l’endommagement des voiries, des espaces forestiers, etc. Différents dispositifs vont alors pouvoir s’enclencher. De façon immédiate par exemple : l’État va actionner un outil de prise en charge des frais que les communes avancent pour le relogement des personnes qui ont perdu leur maison. » Restera ensuite à entamer le chantier titanesque de la reconstruction du territoire. Selon la secrétaire générale de la préfecture, 90% des dégâts sont de nature forestière : « Il faut alors répondre à de nombreuses questions : Qu’est-ce qu’on reconstruit ? Qu’est-ce qu’on replante ? Qui finance ? »

    Un plan national pour l’Occitanie ?

    De son côté, la présidente (PS) du conseil régional d’Occitanie, Carole Delga, s’est rendue une première fois sur le terrain le 14 août, à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, où elle a participé à une réunion avec la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, des élus locaux et des vignerons. À cette occasion, la socialiste a lancé un appel au président de la République pour amorcer « un grand plan national d’investissements Occitanie Résiliente », qui reconnaîtrait la spécificité du territoire régional face aux effets du changement climatique. Face à la ministre de l’Agriculture, Carole Delga a également plaidé pour que l’État simplifie la construction de retenues collinaires : « Notre région doit faire l’objet d’un traitement exceptionnel du fait de sa situation exceptionnelle, car nous sommes la région la plus exposée aux risques climatiques. » Jeudi 21 août, l’élue s’est de nouveau rendue sur la commune de Coustouge, aux côtés d’Hélène Sandragné, présidente du Département et de Sébastien Pla, sénateur, afin d’animer, entre autres, une réunion de travail avec les maires des communes sinistrées par les incendies.

    Une solidarité immédiate

    « Dès les premières heures, nous avons constaté un grand élan de solidarité sur le territoire, se remémore Lucie Roesch. Je pilotais la cellule de crise et sur tout le territoire, des personnes se sont mobilisées pour ravitailler les pompiers et aider les naufragées sur les routes. Depuis, cet élan ne s’est plus arrêté. »

    La solidarité sur le territoire a aussi pris la forme d’initiatives institutionnelles. Éric Ménassi, maire PS de la commune de Trèbes et président de l’Association des maires de l’Aude (AMA), explique : « Il y a trois canaux différents de solidarité. Le premier est destiné aux pompiers et il est mis en place par l’Union départementale des pompiers de l’Aude. Le second est destiné à aider les sinistrés : il est porté par l’association Aude Solidarité. Enfin, avec l’Association des maires de l’Aude et avec le soutien de l’Association des maires de France (AMF), nous avons mis en place un fonds de solidarité dédié aux communes sinistrées. » Grâce à ce fonds, l’AMA espère apporter un soutien financier aux communes concernant les frais qui sortent des cas prévus par le droit commun, tels que les dépenses de nourriture pour les pompiers ou les dépenses logistiques. « Aujourd’hui, on dépasse les 26 000 euros de dons de particuliers et on estime à environ 100 000 euros les promesses de dons des différentes collectivités », ajoute Éric Ménassi.

    Comme beaucoup d’élus locaux, le maire de Trèbes se souvient des inondations qui avaient ravagé le département de l’Aude en 2018. « Dans ces moments graves, nous devons d’abord passer par une phase de constat, qui est celle que nous traversons maintenant. Le territoire est quasiment défiguré. Mais demain, notre rôle d’élu sera de s’organiser pour rendre le territoire plus résilient face aux conséquences du changement climatique. »

    Une enquête ouverte

    Pour ce qui concerne la détermination des causes de l’incendie dévastateur, une enquête a été ouverte dès le 6 août. Selon un communiqué du procureur de la République, l’ampleur de l’événement a conduit à ce que le parquet de Carcassonne, initialement compétent, se dessaisisse de l’affaire dès le 9 août au profit du pôle régional de l’environnement du parquet de Montpellier. Le ministère public indique également qu’au fur et à mesure des investigations des gendarmes et des services spécialisés, « il est apparu que cet incendie avait une cause anthropique, toute cause naturelle étant exclue ». Un collège de deux juges d’instruction a été saisi. Et si des investigations complémentaires sont évidemment nécessaires, les experts estiment déjà que l’incendie « pourrait avoir une cause criminelle résultant d’un acte volontaire ».