Blog

  • [Entretien] Katia Le Goaziou : « Cette croissance va s’essouffler à partir de 2040 avec l’effet post baby-boom »

    [Entretien] Katia Le Goaziou : « Cette croissance va s’essouffler à partir de 2040 avec l’effet post baby-boom »

    La Marseillaise : Quelles raisons à la forte croissance dans l’Hérault qui reste pauvre ? Est-elle soutenable ?

    Katia Le Goaziou : L’Hérault a le 3e plus fort taux de croissance de France. Entre 2017 et 2023 l’attractivité s’accroît comparé à 2012-2017. Le solde naturel s’érode moins vite qu’ailleurs mais l’essentiel de cette croissance est portée par des arrivées plus nombreuses que les départs (solde de +1,1%/an au lieu de +0,9%). Le dynamisme est à Montpellier et dans sa métropole, sur le littoral (intercommunalités de Sète et Béziers). On observe une forte attractivité et un solde naturel positif car la population y est plus jeune. La croissance concerne aussi des communes plus petites sur l’axe Montpellier-Nîmes, c’est un phénomène de périurbanisation. À Montpellier, l’attractivité s’explique essentiellement par la classe des 18-24 ans (12 000 arrivées pour 7 600 départs). Ce sont souvent des étudiants. Aux âges de la vie active, les populations s’installent plus dans l’agglo (St Jean-de-Védas +4,9%, Castelnau-le-Lez +4,1% qui bénéficient des axes de transport, d’effets de rattrapage sur le logement…) ou en 2e couronne en raison de la pression foncière et du ralentissement de la construction de logements (7 500 en 2017, 2 200 en 2024). Les retraités viennent plus sur le littoral vers l’Aude et les P-O.

    Cette croissance est-elle soutenable ?

    K.L.G. : Si les jeunes restent c’est qu’il y a du travail. L’emploi, tourné vers la sphère présentielle (commerces, services) et productive (industrie, recherche), est assez dynamique mais pas assez pour absorber les arrivées, d’où un chômage élevé. À l’avenir, ce ne sera plus suffisant pour compenser le différentiel naissances/décès. Avec l’effet post-baby boom, on aura un mur démographique qui fera que cette croissance va s’essouffler peu à peu à partir de 2040.

    D’où viennent les dynamiques récentes de Sète et Béziers ?

    K.L.G. : Béziers est plutôt en bonne croissance qui ralentit avec la baisse des naissances, d’où une dynamique assez stable. Cela signifie que le profil des arrivants est probablement plus âgé qu’à Montpellier. La commune est à +0,9%/an contre +1,1% sur la période précédente. Pareil sur l’agglomération où on peut noter la forte croissance de Sérignan (+3,6%/an). Sète perdait des habitants (-0,6%/an) et en gagne depuis 2017 (+0,8%) alors que le solde naturel s’est creusé depuis 2012. Le nombre de constructions reste à Sète relativement faible. Par contre le nombre de logements vacants a baissé : 2 654 en 2016, seulement 1 850 en 2022. Il y a eu un effort particulier pour résorber la vacance. Dans le sens inverse, il y a aussi une concurrence avec le marché des résidences secondaires : 21% des logements en 2022.

    Le Gard continue aussi sa croissance mais ce n’est pas trop Nîmes qui la tire…

    K.L.G. : Dans le Gard, le solde naturel est nul donc la croissance se maintient (+0,6%/an) grâce aux arrivées. Elle est notable à Alès et autour, au pays de Sommières en limite de l’Hérault grâce à l’aire d’attraction de Montpellier qui déborde vers le Gard et autour de Nîmes. La croissance de la ville centre est quasi nulle (+0,1%/an) mais celle de son agglo est plus élevée (+0,4%/an) mais ralentit avec la baisse des naissances et la hausse des décès. Des gens préfèrent habiter à proximité pour un meilleur cadre de vie. À Nîmes, il y a une forte polarisation de l’espace entre quartiers riches et très pauvres.

    Pourquoi la tendance s’est totalement inversée à Alès ?

    K.L.G. : La ville d’Alès croît beaucoup (+2,3%/an) et l’agglo (+1%/an) également. C’est beaucoup car le solde naturel est négatif. Entre 2012-2017 et 2017-2023, on a gagné 1 point en composante migratoire. C’est une zone qui va croître très fortement. Pour comprendre, ces trajectoires de Nîmes et d’Alès, il faut regarder sur une plus longue période. Il y a des effets de rattrapage sur des programmes de construction ou autres. Depuis les années 90, la population de Nîmes augmentait de façon continue et se stabilise. À Alès, la population était stable voire en légère baisse et augmente d’un seul coup fortement. Au final, depuis 1990, Nîmes a grandi de 18% et seulement Alès de 12 %. Sur long terme, ça s’équilibre. Les tendances peuvent aussi s’expliquer par certains choix d’acteurs publics locaux.

  • À Beaucaire, des listes citoyennes face au RN

    À Beaucaire, des listes citoyennes face au RN

    Depuis plus de dix ans, Beaucaire vit sous administration d’extrême droite. Julien Sanchez d’abord, puis Nelson Chaudon depuis 2024, ont ancré le RN au cœur de la mairie. Bilan des courses : des polémiques récurrentes, des projets structurants sans cesse reportés et des relations dégradées avec l’intercommunalité et de nombreux acteurs locaux. À l’approche de mars 2026, une question domine : existe-t-il une véritable alternative à gauche – ou simplement hors RN – capable de peser ? Deux dynamiques se dessinent. D’abord, la liste Unis pour Beaucaire (UPB), conduite par Luc Perrin, déjà présente en 2020, avec un ancrage progressiste affirmé. Ses priorités : remettre les services publics au centre, soutenir les associations, agir sur la santé et privilégier l’entretien du patrimoine. Une stratégie de terrain, faite de réunions publiques et de porte-à-porte pour capter la déception d’une partie de la population.

    En parallèle, la liste Beaucaire l’esprit libre (BEL) mêle anciens élus, commerçants, citoyens engagés, sans étiquette. Il prône un autre récit pour la ville : redonner un souffle économique, retisser du lien et sortir Beaucaire de son image de « ville-vitrine ». La liste se veut ouverte à la gauche comme à d’autres horizons, avec l’objectif assumé de battre le RN.

    Une union possible ?

    Reste la grande inconnue : l’union dès le premier tour voire au second ? En 2020, Julien Sanchez avait gagné dès le premier. Il est aujourd’hui directeur de campagne national du RN et couve particulièrement Beaucaire. Or, si les deux listes citoyennes se maintiennent, la division bénéficiera au RN. Aussi, aucun acteur ne ferme la porte à des convergences, d’autant que les membres d’UPB comme de BEL assistent régulièrement aux réunions des uns et des autres. Signe d’un dialogue encore ouvert.

  • Bouches-du-Rhône : le nombre de recours explose pour l’accès aux droits

    Bouches-du-Rhône : le nombre de recours explose pour l’accès aux droits

    Ce 16 décembre, les arguments de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) une nouvelle fois sont balayés par le tribunal judiciaire de Marseille. Dans son ordonnance, celui-ci lui ordonne d’accorder l’allocation aux adultes handicapés réclamée depuis trois ans et demi par Madame V. Âgée de 50 ans, elle ne se déplaçait jamais à plus de 100 mètres de son domicile, victime de crises d’angoisse récurrentes, tandis que le rapport médical présenté au juge souligne sa détresse, entre troubles de la vie émotionnelle et déficiences cardio-respiratoires. Malgré cela, l’institution dépendant du conseil départemental avait refusé sa demande d’allocation déposée en septembre 2022. Tout comme son recours administratif, un an plus tard.

    Son cas n’est pas isolé. Ainsi le 14 novembre, la MDPH était également sanctionnée pour avoir refusé cette même allocation à une jeune femme de 25 ans, atteinte de la maladie de Crohn. Une maladie qui a brisé son rêve d’intégrer la Marine et l’empêche de travailler. Neuf jours plus tôt, le tribunal condamnait l’institution pour avoir refusé une allocation d’éducation enfant handicapé (AEEH) et une aide humaine individualisée pour un adolescent en classe de première en lycée professionnel, grand prématuré né à 26 semaines et qui à cause de cela souffre de troubles du comportement et de l’attention. La brutale fin de sa prise en charge en institut thérapeutique en 2024, incohérente selon le médecin mandaté par le tribunal, avait fortement fait régresser son comportement.

    Ces cas sont de plus en plus nombreux dans le département. Le nombre de recours en justice contre la MDPH est ainsi passé de 813 en 2023 à 969 l’année suivante, pointe le rapport d’activité approuvé le 15 octobre, mais qui n’a été publié que ce 26 décembre. Une hausse spectaculaire de 19,2% en un an, alors même que le nombre de dossiers déposés sur la même période augmentait de 7,9%, pour atteindre 71 443 demandes en 2024. Le nombre de recours administratifs préalables (10 683 au total en 2024) suit la même évolution, en hausse de 5,2%. Dans près de la moitié des cas, parmi les recours en justice recevables, la MDPH est condamnée.

    « Sécuriser les process »

    « La MDPH 13 a fait évoluer ses règles de traitement ainsi que d’évaluation des demandes pour s’aligner avec la doctrine de la CNSA [Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, Ndlr], qui impose des règles plus strictes d’accès aux droits », justifie le conseil départemental auprès de La Marseillaise. À cela s’ajoutent des audits et des contrôles de plus en plus fréquents, notamment de la CAF. Depuis fin 2024, ceux-ci sont systématiques pour les accords de compléments d’allocations d’éducation enfant handicapé. De quoi conduire à interrompre certains droits, et nourrir des contentieux. Face à cette situation, le Département indique que depuis 2024, un service juridique a été mis en place à la MDPH « afin de sécuriser les process ». Et une nouvelle procédure est en place depuis début 2025 pour traiter les recours administratifs préalables.

  • [Passerelle interculturelle] Chine – France : les sports d’hiver comme nouveau terrain de coopération économique

    [Passerelle interculturelle] Chine – France : les sports d’hiver comme nouveau terrain de coopération économique

    Chaque saison, les stations des Alpes fonctionnent à plein régime, soutenues par des réseaux bien établis de transport, d’hébergement, de formation et de services. Le ski y est à la fois une pratique sportive largement partagée et un pilier de l’économie hivernale locale. En Chine, selon des modalités différentes, l’attrait pour les sports d’hiver prend son essor.

    En effet, depuis les Jeux olympiques d’hiver de Beijing 2022, la participation du public chinois aux sports de glace et de neige progresse de manière continue. Selon les données disponibles, le secteur chinois des sports d’hiver dépasse désormais 1 000 milliards de yuans par an, soit environ 130 milliards d’euros, avec des effets d’entraînement notables sur la consommation hivernale, notamment dans le commerce de détail, les transports et la restauration.

    À Harbin, à la découverte du « Monde de glace et de neige »

    Dans le nord de la Chine, le développement des sports d’hiver s’appuie sur des villes historiquement associées au froid. Chaque hiver, la ville de Harbin accueille le Monde de glace et de neige de Harbin, un vaste site touristique construit à partir de dizaines de milliers de tonnes de glace stockées à l’avance. Les installations éphémères transforment temporairement l’espace urbain en une cité de glace ouverte au public, intégrée aux circuits touristiques et culturels hivernaux. Dans le sud du pays, la ville de Shenzhen a investi dans l’un des plus grands centres de ski indoor au monde. Ce type d’infrastructure permet une exploitation tout au long de l’année : alors que la température extérieure avoisine les 26°C, l’intérieur est maintenu autour de -6°C, rendant la pratique du ski indépendante des conditions climatiques et accessible à de nouveaux publics.

    Dans la région du Xinjiang, notamment à Altay et à Urumqi, des « vacances de neige » ont été mises en place afin d’encourager les élèves à participer à des activités sportives, éducatives et culturelles liées à la glace et à la neige. Certains domaines skiables proposent, durant ces périodes, des accès gratuits ou des tarifs préférentiels pour les jeunes, favorisant une familiarisation précoce avec les sports d’hiver.

    Ces évolutions dessinent une trajectoire distincte du modèle alpin européen. Là où la France s’appuie sur un système fondé sur la montagne et le tourisme de séjour, la Chine combine infrastructures urbaines, équipements indoor et politiques publiques afin d’élargir rapidement la base des pratiquants. Dans ce contexte, les sports d’hiver apparaissent comme un nouveau terrain de coopération économique entre la Chine et la France. L’expertise française en matière de gestion des stations, de formation, de sécurité et de tourisme hivernal durable rencontre un marché chinois en forte croissance, ouvrant la voie à des partenariats concrets et pragmatiques entre les deux pays.

  • Une victoire qui a un goût d’inachevé pour les supporters du RCT

    Une victoire qui a un goût d’inachevé pour les supporters du RCT

    Dans un stade Mayol plein à craquer, les supporters rouges et noirs se sont fait clairement entendre. Assez silencieux lors de la première demi-heure, suite au jeu assez morne produit par les hommes de Pierre Mignoni, ils ont ensuite joué à merveille leur partition pour soutenir les offensives varoises. « La première mi-temps était un peu catastrophique. On a été directement pris d’assaut par les Irlandais. On peut même dire qu’on a été sous l’eau », déplore Tino, jeune supporter très déçu du manque d’impact physique des Toulonnais. Ces derniers ont nettement été dominés sur ce point là. « On a été beaucoup trop imprécis. Un faux rythme s’est installé, il va falloir que l’on arrive à enchaîner du temps de jeu et conserver le ballon pour aller les mettre à mal. Parce qu’on joue leur jeu », confirme Estéban Abadie à la mi-temps au micro du diffuseur.

    Patron Ollivon et Serin-dépendants

    Une domination qu’a particulièrement mal vécu Patrice, fervent passionné du RCT depuis toujours. « On a fait beaucoup trop de fautes de main. C’est le gros point négatif de cette équipe depuis le début de la saison. Il faut que l’on trouve le moyen de corriger ça, parce qu’on se tire nous-mêmes une balle dans le pied », souligne l’ancien éducateur dans un club à Porto-Vecchio en Corse, agacé par les sarcasmes de son ami toulousain présent avec lui dans les tribunes de Mayol. Au-delà du collectif, les supporters retiennent une excellente prestation de Charles Ollivon. « Il a montré qu’il est le patron », martèle Sophie, sous les yeux d’une vague d’Irlandais qui lui ont donné raison. « C’est vraiment un joueur brillant, c’est le genre de joueur que l’on veut à Munster », lance Tim, qui ne manque jamais un match de l’armée rouge. Si le capitaine varois s’est brillement illustré, l’absence de Baptiste Serin – capable de débloquer n’importe quelle situation grâce à sa créativité et sa vision du jeu – s’est cruellement faite ressentir. « On est devenus Serin-dépendants », lâche Thomas, qui n’est d’ailleurs pas serein pour la quatrième et dernière journée de poule sur le terrain de Gloucester, samedi prochain (à 21h), qualificative pour la phase finale de Champions Cup. « En manquant l’obtention du bonus offensif, on est contraints de gagner là-bas. Et vu le nombre de blessés que l’on a, ça s’annonce compliqué », poursuit-il avec un certain pessimisme.

  • Champions Cup : même s’il a raté le bonus, le RC Toulon se satisfait de l’essentiel

    Champions Cup : même s’il a raté le bonus, le RC Toulon se satisfait de l’essentiel

    Dans une poule B de Champions Cup plus qu’indécise à l’abord de cette 3e journée, la donne était simple pour le RCT : il fallait l’emporter à Mayol, face au Munster, pour ne pas se trouver en difficulté avant le déplacement à Gloucester samedi prochain. Si l’essentiel a été assuré, la manière reste à revoir, et la fin de match laisse un sentiment mitigé malgré les motifs de satisfaction.

    Dans un début de rencontre joué sur un faux rythme, les 30 premières minutes toulonnaises pouvaient se résumer en un mot : indigentes, entre imprécisions, indiscipline – offrant à Crowley les 6 premiers points sur pénalité (17e, 32e) – et fautes de main qui auraient pu coûter cher sans un retour salvateur de Dréan sur un ballon perdu dans les 22 mètres irlandais et tapé à suivre par le Munster (23e). Le symbole d’une certaine fébrilité ? « Non, ce n’est pas le bon mot », affirme Pierre Mignoni. « On était dominant, mais on a voulu aller beaucoup trop vite. On est tombé dans ce piège pendant 30 minutes, après on a pu alterner. On a été beaucoup plus entreprenant qu’eux, mais on a fait six en avant en première, c’est beaucoup trop. »

    Maladresses et mauvais choix, à l’image d’une situation de supériorité à 5 mètres de l’en-but mal négociée par Ribbans, qui préférait y aller seul et était sanctionné pour avoir rampé, alors que le Munster évoluait à 14 (38e). Mais heureusement, dans la foulée, Marius Domon, homme du match (1 essai, 2 pénalités, 3 transformations), parvenait à s’infiltrer dans la défense irlandaise pour donner l’avantage au RCT à la pause (7-6, 40e). « Il a prouvé maintes fois son niveau et qu’on avait besoin de lui. Il a été parfait sur sa couverture et au pied », salue Esteban Abadie.

    Une fois n’est pas coutume, les hommes de Mignoni faisaient même fructifier leur supériorité grâce à Ben White (14-6, 44e). Et si le Munster réagissait immédiatement par Nash, qui ramenait l’écart à un point (14-13, 46e), rappelant le RCT à son agaçante propension à flotter après avoir planté, Dréan, sur un superbe par-dessus, ne tardait pas non plus à redonner de l’air aux Rouge et Noir (21-13, 50e). « C’était bien mieux en deuxième. En première, dans les rucks, on consommait trois joueurs, eux n’en consommaient qu’un ou deux, donc ils étaient en surnombre et on n’arrivait pas à casser la ligne. Mais après, on a fait des choses bien meilleures », commente Pierre Mignoni. « On a dû prendre de la profondeur. Ça ne marchait pas forcément mais les espaces étaient là donc il fallait continuer à jouer et en deuxième, ça a plus payé », complète Marius Domon.

    La fin de match laissera un sentiment mitigé. Après avoir sécurisé trois points de plus sur une pénalité de Domon, alors qu’on s’attendait à une pénaltouche pour aller chercher le bonus – « On était à 14, on voulait faire tourner le chronomètre », justifie l’intéressé – les Varois ont vu leurs adversaires fondre sur eux sur un essai d’O’Donoghue (68e), puis leur passer devant quatre minutes plus tard grâce à Farrell (24-25). Mais ils ont vite repris le lead sur une ultime pénalité de Domon (76e). Et auraient même pu glaner le bonus sur une dernière phase durant laquelle ils ont eu plusieurs occasions d’aplatir, en vain.

    Pierre Mignoni : « Je veux rester positif »

    De quoi laisser un goût amer aux supporters, pas tellement partagé par l’entraîneur toulonnais et ses hommes. « Il y a deux ans on avait perdu contre cette équipe, qui était assez similaire. Aujourd’hui on a été bien meilleur, même s’il y a plein de choses à redire. Mais dans cette période difficile, je veux rester positif. On aurait pu prendre le bonus, mais il fallait d’abord gagner. Je ne pense pas que ce point changera beaucoup de choses. On va jouer un vrai 16e de finale à Gloucester », se projette Pierre Mignoni. « On a réussi à rester calme et confiant », plussoie Esteban Abadie. « On a cette force à domicile depuis deux saisons qui fait qu’on est quasiment invaincus. On a du mal à l’avoir l’extérieur, c’est sur ça qu’on doit progresser. » 3e de sa poule, le RCT serait inspiré de faire taire cette rengaine samedi prochain, pour optimiser ses chances de bien figurer dans cette Champions Cup.

    RC Toulon 27 (7)

    Munster 25 (6)

    3e journée de Champions Cup

    Stade Mayol (16 776 spectateurs)

    Points : 3 E Domon (39e), White (45e), Dréan (50e) ; 3 T Domon (39e, 45e, 50e) ; 2 P Domon (65e, 76e) pour le RCT ; 3 E Nash (48e), O’Donoghue (68e), Farrell (72e) ; 2 T Crowley (48e, 72e), 2 P Crowley (17e, 32e) pour le Munster.

    Avertissements : Abadie (58e), Ollivon (68e) pour le RCT ; Beirne (37e), Nankivell (55e) pour le Munster

  • Istres a fait douter Laval mais quitte la Coupe la tête haute

    Istres a fait douter Laval mais quitte la Coupe la tête haute

    Pour Istres, l’épopée en Coupe de France a pris fin samedi.

    Comme la saison dernière, c’est un club de Ligue 2 qui a eu raison des Provençaux. « Mais au moins, cette année, nous avons su répondre. Contre Grenoble, nous n’avions pas existé », note Laurent Thomas. Le manager istréen se souvient de la lourde défaite face aux Isérois (0-4), au 8e tour. Face à Laval, également pensionnaire de Ligue 2, l’élimination est aussi au rendez-vous. Mais elle survient en 16e de finale, au terme d’un match dans lequel les Violet ont fait douter les Mayennais.

    « Ce qui est important, c’est voir notre progression. Nous avons pu boxer à armes presque égales et je pense que nous aurions mérité un but », poursuit-il. Malheureusement, les offensives istréennes ont manqué de tranchant. « Il nous aura manqué un peu de folie en fin de première mi-temps. »

    Après six tours de qualification, tous disputés en déplacement, le FC Istres voulait offrir un beau cadeau à ses supporters pour sa première en Coupe de France à Parsemain. « Malgré le résultat, nous avons vécu une belle soirée. Nous avons su tenir tête aux Lavalois et, si la hiérarchie est respectée, cela s’est joué à peu de choses », insiste le piston provençal Esteban Marre.

    Interceptions fatales

    Ce peu de chose, c’est une passe un poil trop courte, ou trop longue. Une reprise de la tête pas suffisamment appuyée. Ou un ballon qui traîne devant la défense et qui est intercepté par Trévis Dago, qui signe l’ouverture du score sur un contre casse-jambes, juste avant la pause.

    Une action quasi similaire amènera le break mayennais en seconde période. Et avec lui « un rayon de soleil dans notre saison, qui est compliquée » note Olivier Frapolli. L’entraîneur lavalois était visiblement soulagé que son équipe ait évité le piège istréen. « Je sais que c’est très compliqué de venir gagner ici. J’ai eu des déceptions avec le FC Martigues », rappelle-t-il. Il espère que cette qualification en huitième de finale boostera ses Tango dans leur course au maintien.

    Tandis que côté provençale, l’idée est de rebondit sur l’épopée qui vient de s’achever pour rebondir en championnat. « La belle aventure s’achève, et il n’y a que du positif à garder » estime Esteban Marre.

    Zaki Noubir a déjà en tête le match de samedi, contre Nîmes, qui s’annonce crucial pour la suite de la saison en Nationale 2. « Ce type de rencontre amène des progrès », confie l’entraîneur du FC Istres. « Elle vient clôturer un parcours sinueux et je tiens à remercier les joueurs de nous avoir amené avec eux dans cette belle aventure. » Quant à l’enthousiasme qu’a pu susciter l’épopée des Istréens, « il nous faut maintenant l’amener en championnat » conclut-il.

    Istres 0 (0)

    Laval 2 (1)

    16e de finale de Coupe de France

    Stade Parsemain,

    Arbitre : A. Petit.

    Buts : Dago (44)., Maggiotti (68).

    Avertissements : Khechmar (22), Marre (42) à Istres, Bianda (57), Clavreul (79) à Laval.

    ISTRES : Matimbou – Dihad, Nkulu (Gassama, 79), Khechmar – Relange (Abergel, 74), Kadir ( c , Souaré, 89), Amir (Yara, 74), Marre – Cara (Boukéroucha, 89), Konté, Nassiri.

    Entraîneur : Z. Noubir.

    LAVAL : Hautbois – Sanna ( c ), Ouaneh, Tavares, Bianda (Pellenard, 90+2), Samb – Maddy (Vargas, 84), Mandouki (Aradj, 90+2), Benard – Maggiotti (Clavreul, 74) – Dago (Tchokounté, 74).

    Entraîneur : O. Frapolli.

  • CAN : les Marseillais digèrent mal l’élimination de l’Algérie

    CAN : les Marseillais digèrent mal l’élimination de l’Algérie

    Les rues étaient quasiment désertes à Marseille, samedi à partir de 17 heures, au moment où l’Algérie débutait son quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations contre le Nigeria. Au cœur du quartier Belsunce, dans le 1er arrondissement, plus de 200 supporters des Verts se sont rassemblés au Coffee Café Time pour assister à la rencontre, malgré le vent glacial qui souffle dans la cité phocéenne sur ce début d’année. Les plus chanceux ont pu profiter du match assis sur une chaise face à l’écran avec un petit thé à la menthe bouillant entre les mains. « On est aux premières loges », souligne Yacine, qui n’a pas loupé la moindre journée des Fennecs durant cette CAN.

    Quelques instants avant le coup d’envoi, il formule une dernière prière pour que l’Algérie puisse rejoindre le dernier carré de la compétition. Autour de lui, les regards sont fixés sur le poste de télévision. Et si la parole est d’argent, le silence est d’or durant une première période maîtrisée par les Nigérians. Les actions dangereuses annihilées par la défense algérienne et son gardien Luca Zidane, le fils cadet de Zizou, provoquent quand même de chaleureux applaudissements. Chaque sauvetage est dignement célébré, mais les protégés de Vladimir Petkovic n’ont pas été aussi spectaculaires devant la cage adverse. « C’est fou à quel point on n’arrive pas à réussir trois passes d’affilée », martèle Mohammed, éducateur dans un club du 9e arrondissement de Marseille. « C’est comme ça que l’on nourrit des regrets par la suite », poursuit-il.

    Des stars manquent à l’appel

    Son instinct de footballeur ne l’a pas trahi. Au retour des vestiaires, deux anciens pensionnaires de la Ligue 1 ont rapidement trouvé le chemin des filets : l’ex-Lillois Victor Osimhen et l’ex-Montpelliérain Akor Adams. Le deuxième but nigérian est tombé comme un coup de massue et a provoqué le départ anticipé d’un certain nombre de supporters des Verts, agacés par la situation. « Hormis notre victoire en 2019, ça fait plus de dix ans que la CAN ne nous réussit pas », lance Karim, qui ne conçoit pas de voir son pays de cœur se faire éliminer par le Nigeria. « C’est un bon pays, mais nous aussi on a des stars qui sont capables de débloquer le match. Ils sont passés où Mahrez et Amoura ? », ajoute le quarantenaire de la Belle de Mai, venu assister à la rencontre avec son fils, Imad, âgé de 10 ans. Comme son papa, il
    a repris un peu d’espoir quand l’expérimenté Baghdad Bounedjah (plus de 300 buts en carrière) et surtout le héros du huitième de finale Adil Boulbina sont entrés en jeu.

    Même si l’Algérie s’est montré plus volontaire offensivement, rien ne semblait pouvoir changer la donne. Dépités, les supporters ont quitté la terrasse d’un soir pour rejoindre les feux d’artifice tirés devant la bibliothèque de l’Alcazar. Quelques débordements ont eu lieu au niveau de la voie de tramway, avec quelques feux allumés et des fumigènes craqués, où les forces de l’ordre ont rapidement dispersé la foule avec des tirs de gaz lacrymogènes. Une soirée partie en fumée.

    Salah permet à l’Égypte de rejoindre le dernier carré

    Le dernier quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations, entre l’Égypte et la Côte d’Ivoire (3-2), s’est déroulé dans la foulée de celui entre l’Algérie et le Nigeria. Les Pharaons, sept fois vainqueurs de la compétition, ont clairement affiché la couleur d’entrée de jeu. Marmoush à la quatrième minute, puis Rabia à la demi-heure de jeu, avaient pu permettre aux leurs de prendre une belle avance au tableau d’affichage. Mais les Éléphants, les tenants en titre, n’avaient pas dit leur dernier mot. Un but contre son camp de Fatouh a relancé le match. Malgré une possession de balle largement en leur faveur, les Ivoriens ont toutefois subi la dure loi de Salah, qui qualifie l’Égypte pour les demi-finales.

  • [Entretien exclusif] Zagros Hiwa : « La libération d’Öcalan est non-négociable »

    [Entretien exclusif] Zagros Hiwa : « La libération d’Öcalan est non-négociable »

    La Marseillaise : Comment évaluez-vous la situation depuis l’appel à un processus de paix lancé par Abdullah Öcalan ?

    Zagros Hiwa : Beaucoup de choses ont changé depuis l’appel historique de notre leader Abdullah Öcalan à la paix et à une société démocratique. Jusqu’à présent, notre mouvement a essentiellement pris des mesures unilatérales, à l’initiative de notre dirigeant, sans accord avec l’État turc ni conditions spécifiques. Nous avons immédiatement répondu à l’appel du 27 février, annoncé un cessez-le-feu unilatéral, et le PKK a tenu son 12e congrès. Constatant avoir joué son rôle historique et que la lutte pouvait désormais se poursuivre dans le cadre de la démocratie, il a décidé de se dissoudre et de mettre fin à la lutte armée. Suite à cela, une cérémonie symbolique a eu lieu au cours de laquelle un groupe de combattants, mené par le camarade Besê Hozat, a brûlé ses armes. De plus, nos forces se sont retirées des zones situées à l’intérieur des frontières de l’État turc et de la région de Zap, où les affrontements les plus violents avaient eu lieu. L’État turc, quant à lui, n’a pas apporté de réponse appropriée à ces mesures unilatérales de notre mouvement. De nombreux discours, plus ou moins positifs, ont été prononcés et une commission parlementaire a été mise en place. Bien que nous considérions la création de cette commission comme importante, elle n’a pas répondu à nos attentes. Elle a été instrumentalisée pour retarder le processus, et jusqu’à présent, aucune mesure concrète n’a été prise pour le faire avancer. Au contraire, il est devenu évident, par exemple lorsque des mères kurdes se sont vu interdire de parler kurde devant la commission, que le chemin est encore long avant qu’un changement de mentalité puisse s’opérer dans la vie politique turque. On constate que ce processus a offert un répit à la société et aux forces démocratiques. Les attaques et la répression, légitimées par le conflit, ont cessé, ce qui a jusqu’à présent apaisé le climat politique. Un changement de conscience s’opère clairement au sein de la société. Si certains milieux continuent de propager délibérément des sentiments anti-kurdes, la prise de conscience de l’existence de la question kurde et des problèmes qui en découlent s’accroît. Ce processus a également permis un rapprochement notable de la société kurde, toutes tendances politiques confondues.

    Quelles conditions le PKK pose-t-il à la poursuite de ce processus de paix ?

    Z.H. : Pour nous, en tant que mouvement de libération, la condition essentielle à la poursuite d’un véritable processus de paix est l’inscription du « droit à l’espoir » dans la Constitution turque. Ceci permettrait de rétablir la liberté physique de notre leader, Abdullah Öcalan, et de lui permettre d’exercer pleinement son rôle d’interlocuteur principal dans des conditions de vie et de travail libres. Ensuite, il conviendra d’apporter les modifications législatives et constitutionnelles nécessaires pour reconnaître les droits de la société kurde, ainsi que ceux de toutes les minorités ethniques, religieuses et culturelles de Turquie, et protéger leur culture, leur identité et leur histoire. Il est indispensable de préparer le terrain juridique pour l’instauration d’une vie politique véritablement démocratique, qui permettrait l’intégration au sein d’une république démocratique. Toutefois, tout cela requiert avant tout la volonté politique de toutes les forces responsables de trouver une véritable solution à la question kurde et de la considérer comme un enrichissement pour tous.

    Considérez-vous que la société turque est davantage prête que ses dirigeants à la reconnaissance du peuple kurde ?

    Z.H. : Notre dirigeant, Abdullah Öcalan, a maintes fois souligné l’importance de l’unité des peuples pour garantir la stabilité et la sécurité. Aujourd’hui, face au processus en cours, il a réaffirmé la nécessité de réorganiser les relations historiques entre les peuples turc et kurde, fortement fragilisées. L’histoire révèle un héritage de fraternité de près de mille ans entre les peuples turc et kurde, qui remonte à 1071, date à laquelle les Turcs s’installèrent en Anatolie avec l’aide des Kurdes. Depuis lors, ces deux peuples ont prospéré lorsqu’ils vivaient en paix. Contrairement aux réalités sociales de la région, l’État-nation turc a été fondé sur une conception moniste qui insistait fanatiquement sur l’unicité : « Une nation, un drapeau, une langue et un État. » Tout ce qui n’était pas turc était rejeté et anéanti. Cette mentalité
    persiste aujourd’hui et est propagée par certains dirigeants politiques. Cependant, leur influence, notamment grâce au processus en cours sous la direction d’Abdullah Öcalan, s’amenuise. La volonté de reconnaître le peuple kurde et de raviver la fraternité historique entre les deux peuples est bien plus répandue au sein de la population turque que chez nombre de dirigeants politiques qui ont bâti toute leur existence politique sur un nationalisme périmé.

    La libération d’Abdullah Öcalan est-elle la condition au désarmement définitif du PKK ?

    Z.H. : La liberté physique d’Abdullah Öcalan est une condition essentielle et non négociable. Cependant, limiter le processus à la seule fin du conflit armé serait réducteur. Il convient de s’interroger sur les raisons qui ont motivé la lutte armée et la création du PKK. L’État turc a été fondé sur le négationnisme et le génocide. La lutte armée et le PKK constituaient des mécanismes nécessaires d’autodéfense face aux attaques physiques et à l’assimilation visant à effacer l’identité, l’histoire et la culture kurdes. Le processus en cours doit impérativement aborder cette question. Il est indispensable de réévaluer l’histoire et, sur la base des conclusions tirées, de construire un avenir commun dans un contexte géopolitique en mutation. Une chose est claire : pour qu’une Turquie forte puisse exister à l’avenir, la question kurde doit être résolue et la démocratisation accomplie. Réduire ce processus à un simple dépôt des armes serait une erreur. J’appelle au soutien, notamment au niveau international, au processus de « Paix et Société démocratique » et à l’exercice de pressions politiques sur l’État turc afin de l’inciter à prendre des mesures concrètes en réponse à nos actions unilatérales.

    En Iran, à la suite du mouvement « Femme, vie, liberté », de nombreuses manifestations se déroulent. Quelle est votre analyse de la situation ?

    Z.H. : Ce soulèvement actuel s’inscrit dans la continuité du mouvement « Jin, Jiyan, Azadî » [« Femme, vie, liberté » Ndlr]. En Iran, tous les peuples, toutes les couches de la société, sous l’impulsion de la jeunesse et des femmes, aspirent à un changement de mentalité et de politique du régime iranien. Ils refusent d’être gouvernés par une théocratie moyenâgeuse où des centaines de personnes sont pendues chaque mois et où des femmes sont assassinées, torturées et emprisonnées pour avoir simplement revendiqué leurs droits les plus fondamentaux. Ils veulent que les responsables politiques et les fonctionnaires corrompus rendent des comptes et que les ressources économiques ne soient plus pillées ni monopolisées. Ils souhaitent un système de gouvernance plus démocratique, garantissant les droits des femmes et permettant aux travailleurs et aux étudiants de s’approprier leur destin. Ce sont là des revendications légitimes.

    Quelle est la place des Kurdes dans ce mouvement ?

    Z.H. : Les Kurdes sont à l’avant-garde des soulèvements, comme ils l’ont toujours fait. Ils ont payé le prix le plus lourd dans la lutte pour la liberté et la démocratie. Ils ont le plus souffert sous le régime. Nombre d’entre eux ont été pendus. C’est pourquoi ils mènent une lutte si acharnée pour un véritable changement dans le pays. Ils revendiquent la reconnaissance de leurs droits à l’identité.

    Pensez-vous que la République islamique d’Iran a encore un avenir ?

    Z.H. : Le peuple iranien, les femmes et les jeunes, sont pleinement conscients qu’ils n’ont aucun avenir dans ce système de gouvernement. Il semble que l’avenir du régime et celui du peuple iranien divergent. Le régime en place cherche à assurer sa pérennité sans tenir compte de la volonté et des revendications démocratiques du peuple.

    Quel regard portez-vous sur la situation en Syrie ? Les nouvelles autorités de Damas, tiennent-elles leurs engagements à l’égard de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie ?

    Z.H. : Le régime instauré à Damas n’est en réalité qu’une version modernisée du précédent régime d’Assad. On pourrait même le qualifier de régime baasiste d’extrême droite. Sa politique et sa mentalité sont visibles aux yeux de tous. Depuis plusieurs jours, les trois quartiers kurdes d’Alep, Sêxmeqsûd, Esrefiyê et Benî Zeyd, sont bombardés, plusieurs civils ont été assassinés et des tentatives de nettoyage ethnique sont en cours. Nous avons déjà constaté les exactions commises contre les Druzes et les Alaouites. Les mêmes bandes, soutenues par Damas et la Turquie, qui ont perpétré ces attaques s’en prennent désormais aux Kurdes d’Alep. Comme le montrent clairement les articles de presse, le gouvernement de transition à Damas adopte la même approche que le régime précédent vis-à-vis des droits des Kurdes et des autres minorités. Il ne prend pas les mesures nécessaires à la mise en œuvre de l’accord du 10 mars. L’ingérence turque joue également un rôle déterminant. L’État turc envoie constamment de nouvelles délégations pour étendre son influence au sein du gouvernement de transition, déploie ses propres troupes et continue de soutenir et d’inciter des groupes jihadistes à provoquer des affrontements avec l’Administration autonome. Il met tout en œuvre pour saboter une éventuelle solution à la question kurde, car il aspire à une Syrie instable sur laquelle il puisse exercer son influence et son contrôle, comme il le faisait déjà sous Assad.

    Estimez-vous la menace du terrorisme islamiste encore active dans la région ?

    Z.H. : L’État islamique, l’une des plus grandes menaces non seulement pour la région mais aussi à l’échelle mondiale, a été vaincu militairement, mais n’a jamais disparu. Soutenues et financées par divers acteurs, dont l’État turc, les cellules de l’EI ont pu se maintenir et continuer à perpétrer des attaques meurtrières. Plus récemment, l’Administration autonome a mis au jour des plans révélant une intention de libérer des prisonniers de l’EI détenus dans des camps du nord et de l’est de la Syrie avec l’aide de la Turquie. Al-Charaa [nom de guerre de l’actuel dirigeant syrien Al Joulani], ancien membre d’Al-Qaïda et ancien dirigeant du Front al-Nosra, dirige désormais l’État syrien. L’armée syrienne est aujourd’hui composée de nombreux groupes jihadistes venus du monde entier. La menace n’a jamais cessé, mais elle a commencé à changer de forme. Je saisis cette occasion pour réitérer mon appel au soutien de la résistance du peuple kurde en Syrie face aux attaques jihadistes, qui constituent une menace non seulement pour la société dans la région, mais pour le monde entier.

    L’agression du Venezuela par les États-Unis modifie-t-elle, selon vous, les principes des relations internationales ?

    Z.H. : Le cas du Venezuela illustre la mutation que connaît la modernité capitaliste. L’ordre mondial se redessine, et il s’agit d’un ordre où les États fondés sur le modèle théorique classique de l’État-nation, n’ont plus leur place. Il n’y a ni négociations, ni efforts politiques, ni même de tentative d’orchestrer une mascarade politique. Seuls les intérêts d’un seul État hégémonique priment dans cette modernité capitaliste. Le Venezuela en est l’exemple le plus récent en Amérique latine, tout comme le Groenland dans l’Atlantique.

    Ce que je tiens à souligner avant tout, c’est que le cas du Venezuela ne doit pas être considéré comme un cas isolé. Il ne s’agit pas d’un phénomène apparu en quelques semaines seulement dans cette région ; c’est tout le système des États-nations qui s’effondre. Par conséquent, concernant l’évolution des principes des relations internationales, ce qui se déroule sous nos yeux n’est pas un simple changement, mais un effondrement imminent, d’où émergera un nouvel ordre. Dès que les États-Unis, qui ont été le pilier du système des États-nations, se désengageront de ce système, de ses institutions et de ses principes, tout le système se désagrégera. Ce fait même démontre que, comme l’a souligné notre dirigeant Abdullah Öcalan, il n’existe en réalité qu’un seul État-nation, l’État-nation hégémonique, et que tous les autres en sont des branches. L’arrestation de Nicolás Maduro confirme une fois de plus la théorie de notre dirigeant Abdullah Öcalan, selon laquelle un socialisme fondé sur l’État-nation est voué à l’échec, comme ce fut le cas à l’époque soviétique, tandis qu’un socialisme fondé sur la société démocratique triomphera assurément.

  • Année record au Mucem : les visiteurs font leur bilan

    Année record au Mucem : les visiteurs font leur bilan

    En ce début de mois de janvier, l’ambiance au Mucem est très calme. Pourtant, le musée enregistre une année record avec 1,4 million de visiteurs en 2025, un nombre qui n’avait plus été atteint depuis 2016.

    « 2025 est une année record qui témoigne de l’attractivité grandissante de nos collections auprès de tous les publics et de leur résonance avec l’actualité », analyse Pierre-Olivier Costa, directeur du Mucem. « Nous n’avions pas eu l’occasion de revenir mais nous avions entendu dire qu’une guillotine était entrée au musée à l’occasion de la panthéonisation de Badinter, alors on voulait venir voir ça », confirme un couple de retraités marseillais, habitués du musée.

    9,1% de hausse

    de la fréquentation

    Toutes expositions confondues, une hausse de fréquentation de 9,1% a été enregistrée. Mais c’est l’exposition « Lire le ciel. Sous les étoiles en Méditerranée » qui a battu les records des expositions temporaires avec 180 000 visiteurs. Les publics sont divisés face à ces expositions. « C’est la première fois que nous venons et nous avons beaucoup apprécié la diversité de ce qui est proposé : on passe de vestiges palestiniens, à des guitares modernes, à des représentations de la Vierge », s’extasie un couple de montpelliérains. Une Marseillaise, elle, ne semble pas du même avis : « Cela fait plusieurs fois que je viens et franchement, c’est toujours pareil : les expos temporaires sont souvent top, mais par contre les permanentes…je trouve qu’elles n’ont aucun sens », explique Isabelle, habitante du sud de Marseille. Le musée a également su toucher les visiteurs étrangers : « Nous venons des États-Unis et nous avons trouvé l’architecture du musée magnifique avec sa vue sur la mer. Les explications en anglais à l’intérieur du musée nous ont aidé à mieux comprendre les expositions », détaille une famille américaine. Sur place, une classe de maternelle écoute une employée du musée. Rien d’étonnant puisque cette année, grâce aux projets et dispositifs mis en place, le Mucem a connu une « fréquentation scolaire exceptionnelle » avec plus de 53 500 élèves, soit une hausse de 19% par rapport à l’année précédente.