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  • Pourquoi les sportifs âgés tolèrent moins bien les efforts intenses ?

    Pourquoi les sportifs âgés tolèrent moins bien les efforts intenses ?

    Les « master athlètes » recrutés par Grégory Blain pour son expérience n’avaient pas à rougir de leurs performances : « Ils avaient 65 ans en moyenne, s’entraînaient régulièrement et certains couraient le 10 kilomètres en 35 minutes », souligne le spécialiste de physiologie de l’exercice au Laboratoire motricité humaine, expertise, sport, santé, à Nice. Mais lors d’un effort intense, impossible de rivaliser avec des athlètes d’à peine 30 ans. « La différence était flagrante, insiste le chercheur, dernier auteur d’un article paru dans Experimental Physiology. Plus élevée que nous l’imaginions ».

    Dans ce projet mené avec d’autres laboratoires d’Université Côte d’Azur – le LJAD et I3S -, il s’agissait de pédaler à fond jusqu’à épuisement après avoir pré-fatigué le système respiratoire lors d’un exercice – l’équivalent de respirer à travers une paille pendant plusieurs minutes. Avec cette pré-fatigue, les athlètes les plus âgés n’étaient capables de produire leur effort maximal que pendant une durée réduite de 40% environ, contre 15% pour les plus jeunes. Un capteur de force a aussi montré que les athlètes plus âgés avaient les muscles des jambes plus fatigués après l’exercice de pré-fatigue respiratoire. « Cela montre que le système respiratoire peut devenir un facteur limitant à l’exercice avec l’âge », résume Grégory Blain.

    Rigidité

    On le sait : plus on vieillit, plus le système respiratoire fatigue vite car la cage thoracique et les poumons se rigidifient. « C’est une évolution anatomique normale », souligne Grégory Blain. Pour faire entrer un même volume d’air, les muscles respiratoires – le diaphragme, notamment – doivent donc travailler plus. « Mais nous ne savions pas si ce travail supplémentaire du muscle respiratoire avait un impact sur la fatigue des muscles locomoteurs et la tolérance à l’effort », précise le chercheur. L’expérience montre que oui.

    Et cela s’explique facilement : si les muscles respiratoires travaillent plus, ils ont besoin de plus d’oxygène, et donc d’un afflux de sang. Le système nerveux central l’organise en réduisant le diamètre des vaisseaux sanguins ailleurs – notamment au niveau des muscles locomoteurs. « Il privilégie ce qui est vital », souligne Grégory Blain. Cela réduit le débit de sang vers les jambes et l’oxygénation des muscles. « Il y a une bascule vers une filière énergétique source de métabolites qui altère la fonction et la contraction des muscles », ajoute le chercheur.

    « Dans sa pratique d’activité physique, il faut s’occuper des muscles respiratoires », souligne Grégory Blain. En les musclant via des exercices
    – comme respirer contre des résistances –, en poursuivant l’activité physique à haute intensité et éventuellement en faisant des exercices de respiration profonde pour augmenter l’élasticité de la cage thoracique. « Ce dernier point reste une perspective », conclut le chercheur.

  • [Université d’été ] Olivier Faure (PS) veut une « révolution interne »

    [Université d’été ] Olivier Faure (PS) veut une « révolution interne »

    À sept mois des élections municipales et un an et demi des élections présidentielles, le Parti socialiste tente de passer outre les divisions pour préparer au mieux ces élections. Entre Raphaël Glucksmann (Place publique) et le leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon, le PS veut (re)devenir le barycentre de la gauche. Et quoi de mieux que l’université d’été à Blois pour le réaffirmer ?

    « Le PS est au centre de tout ce qui s’agrège en ce moment à gauche avec notamment les unitaires. On espère arriver à faire bouger certains qui sont contre l’union à gauche parce qu’aujourd’hui, Glucksmann et Mélenchon, c’est le même combat. Les deux ne veulent pas l’union la plus large, mais c’est normal dans le calendrier actuel. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est qu’on a un PS qui, malgré les turbulences, continue d’avoir une dynamique unitaire », explique Basile Imbert, le nouveau chef de file du PS alésien.

    « Une doctrine socialiste du XXIe siècle »

    Si, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le programme et les invités n’étaient pas encore connus, plusieurs grandes dynamiques vont marquer le Campus socialiste comme la lutte contre l’extrême droite, le budget de la nation 2026 et la défense des services publics.

    Les Socialistes vont également échanger sur la méthode pour parvenir à devenir plus efficaces pour les prochaines échéances électorales. « Olivier Faure lance une révolution interne où nous allons vraiment plancher sur la réforme des statuts, sur notre façon de travailler, sur le fonctionnement du PS pour dépoussiérer davantage la vieille maison. L’idée c’est de faire la révolution du PS en dix mois », confirme Basile Imbert qui se rendra à Blois avec une vingtaine de Gardois. Aujourd’hui, c’est la députée européenne originaire du Gard Chloé Ridel, élue au bureau national, qui planche à l’élaboration du programme présidentiel de 2027. « L’idée c’est de porter enfin une doctrine socialiste au XXIe siècle », conclut le jeune socialiste.

    La présidente PS de la Région, Carole Delga réitérera de son côté ses Rencontres de la gauche à Bram dans l’Aude le 27 septembre.

  • Hortense, épouse de Paul Cezanne : épreuves et solitudes

    Hortense, épouse de Paul Cezanne : épreuves et solitudes

    Leurs amours furent clandestines, elle garde son nom de jeune fille avant de devenir officiellement, en 1886, Madame Cezanne. De neuf ans plus âgé qu’elle, le peintre la rencontre à Paris en 1869. Pendant l’été de 1871, quand elle quitte l’Estaque pour la capitale, Hortense Fiquet est enceinte : son fils naît le 4 janvier 1872. Longtemps expéditive et malveillante, l’histoire de l’art entame à son propos une indispensable réévaluation. Entre 1872 et 1892, elle fut un modèle fréquemment sollicité : Cézanne l’immobilisa pour 28 ou 29 toiles, des dizaines de dessins et des aquarelles.

    On s’intéressait à ses apparitions parce que Matisse, Picasso, Braque et Juan Gris, un écrivain comme Rilke, les ont passionnément regardées. Dans les coulisses des catalogues et des biographies, en tant que personne, Hortense Fiquet était largement dépréciée. John Rewald et les historiens de l’art estimaient qu’elle ne comprenait rien à l’œuvre de son mari. D’abord sincèrement amoureux, le peintre préféra la solitude de l’atelier et les séparations. Sans songer au divorce, sur fond de pressions familiales et de soucis d’argent, ce fut souvent « Guerre et Paix » Cezanne résumait ironiquement ses relations avec son épouse et son fils : « une boule », « un boulet ». Pour ce couple, rien de glorieux : une tristesse qui se retient et des accalmies.

    Hérisson et « Cœur simple »

    Le mérite du récent volume (69 euros, 396 pages, Venus Star Éditions) composé par deux érudits, François Chédeville et Raymond Hurtu, est d’avoir retracé les sentiments éprouvés par ces deux personnes lieu après lieu, en région parisienne, lors de séjours en Suisse ou bien à Vichy, en Provence où Hortense s’ennuyait copieusement ; instable et désargenté, Cezanne changea de domicile au moins 30 fois. Sources et témoignages sont rares, cette recherche est complexe : le couple n’a pas conservé les lettres qu’il échangea, des photographies d’Hortense existent uniquement après le décès de Cezanne. L’entourage du peintre, si l’on excepte les compagnes du docteur Gachet et de Renoir, n’avait pas d’affection pour Madame Cezanne.

    Chédeville et Hurtu aboutissent à de très simples conclusions. Cette union entre un peintre sans aisance vis-à-vis des femmes et la brocheuse d’un atelier de reliure, était grevée par de lourdes différences de culture et de tempérament. Hortense était « un cœur simple », un être enjoué et déterminé. Le très subtil Cézanne pouvait se comporter comme un rustre ou bien comme un hérisson.

    Elle avait son charme et son maintien. Elle savait s’habiller. Ses vestes à col haut, le velours noir et les rubans de satin gris qu’elle arbore quand ses cheveux sont dénoués, ses corsages rouge carmin et sa robe avec des rayures verticales, le nœud bleu de sa chemise ne s’oublient pas. Elle se plia aux exigences d’un peintre, qui raconte Vollard, suspendait ses gestes et méditait pendant de longues minutes avant de poursuivre son travail. Ne pas bouger, les paroles étaient interdites. Quand il souffrait d’insomnie, il la réveillait, elle lui faisait la lecture. Cette femme élégante et dévouée ne fut pas constamment docile. Son regard s’absente, devient maussade, trahit des soucis, de l’impatience et de l’ennui.

    Après le décès du peintre, grâce au dynamisme des ventes d’Ambroise Vollard, sa silhouette d’héritière s’alourdit et s’endurcit, trouve de quoi effacer les frustrations d’antan. Elle reste énigmatique. Ses cheveux sont courts, son visage fait penser à Gertrude Stein. Hortense s’émancipe, échappe à la cage picturale : elle fréquente les grands hôtels, s’habille richement, flambe une partie de sa fortune au casino de Monte-Carlo, achève sa vie en 1922 à Paris, dans un appartement de la rue Miromesnil.

    Absentes dans l’exposition du musée Granet, trois pièces singulièrement émouvantes de Cezanne surmontent cette donne ingrate. À cause des rebuffades de sa belle-famille, Hortense habitait rarement le Jas de Bouffan. New York et le Metropolitan Museum n’ont pas consenti aux prêts de Madame Cezanne dans la serre et de Madame Cezanne au fauteuil jaune. En extérieur, près d’un muret du Jas, voici des fleurs et les branches d’un arbre ; les avant-bras et les mains de la modèle sont à peine esquissés. Dans la seconde toile, composition vacillante et déséquilibrée, le regard d’Hortense est ferme ; sa main gauche serre la tige d’une rose. Manque aussi chez Granet, issue d’une collection privée, l’aquarelle qui accompagne cet article. « Une tendresse inhabituelle », écrivait John R Rishel : pas loin d’Hortense qui se remémore, surgissent les pétales et les feuilles d’une fleur qui favorise les jeux de mots.

  • [Entretien] Nicky Doll : « Le drag est avant tout un art vivant »

    [Entretien] Nicky Doll : « Le drag est avant tout un art vivant »

    La Marseillaise : jeudi 21 août a eu lieu le tournage de la finale de Drag Race France All stars. Comment était l’ambiance ?

    Nicky Doll : La finale était incroyable. Je pense que les fans vont adorer. Parce que c’est tout ce qu’on a déjà vu en dix fois plus gros, dix fois mieux. Et le niveau est très, très haut cette année.

    L’émission Drag Race est arrivée en France en 2022 et a, depuis, enchaîné les saisons et les tournées de spectacle. Visibiliser l’art du drag contribue-t-il à faire évoluer les mentalités en France ?

    N.D. : Apporter des exemples de vie et créer une proximité pour que les gens puissent vraiment se faire une idée de ce que c’est le drag, les personnes queers et l’art queer, forcément, ça aide à faire avancer les mentalités. Après, je pense qu’en France, on peut avoir beaucoup de problèmes, mais s’il y a bien quelque chose que les Français ont, c’est la curiosité. Et ça se ressent, parce que les gens qui viennent nous voir, ce ne sont pas uniquement des gens de la communauté. En France, on aime l’art en général, donc on vient, on est curieux. Et je suis content de voir que plein de gens ont été assez curieux pour venir découvrir ce qu’on fait.

    Votre nouvel album « Apollo-Artémis », qui sortira le 5 septembre, a un côté clair symbolisé par le dieu grec des arts et un côté obscur, incarné par la déesse de la chasse. Pourquoi avoir fait ce choix ?

    N.D. : C’est important pour moi de montrer qu’à l’intérieur de moi, il y a une dualité. J’ai une part de féminité et une part de masculinité. Apollon et Artemis sont des jumeaux divins. Ils sont nés au même moment. Et j’ai un côté très solaire, tant musicalement qu’en termes de personnalité. En même temps, j’ai un côté un peu plus dangereux, un peu plus femme fatale. Il y a différentes chansons pour différents types de moments dans la journée ou dans la vie.

    L’album invite les auditeurs à s’accepter tels qu’ils sont et montre que l’identité peut être fluide. Est-ce un message facile à porter dans un contexte de montée de l’extrême droite ?

    N.D. : Je pense que maintenant plus que jamais, il faut porter ce message parce qu’on a l’impression qu’on était beaucoup plus ouverts d’esprit il n’y a pas si longtemps, et que là, on est en train de revenir en arrière. C’est très important de continuer à parler haut et fort d’amour-propre et d’acceptation de soi. En fait, on n’a pas forcément besoin d’être macho si on est un homme, ou d’être une lolita si on est une femme. Je pense qu’on est tous beaucoup plus complexes que ce que la majorité veut bien admettre. C’est très important de justement montrer à la nouvelle génération, qui est née avec la montée de l’extrême droite, qu’il y a aussi du pouvoir et de la beauté à s’affirmer et se battre pour ce qui est important.

    Vous êtes née à Marseille et avez passé votre adolescence à Tanger, au Maroc. Selon vous, où en est-on de l’acceptation des personnes queer autour du bassin méditerranéen ?

    N.D. : Ça dépend où. Par exemple, je pense qu’il y a, en Espagne, une ouverture d’esprit beaucoup plus prononcée. Après, il y a encore du travail, notamment dans les pays du Maghreb. Pour y avoir vécu, il y a énormément de personnes queers au Maroc, mais il y a une pudeur. Il y a aussi le danger de se faire arrêter, parce que ce n’est pas légal. Et donc, je pense qu’il faut encore continuer à humaniser nos vies, nos témoignages, pour que les personnes puissent se rendre compte qu’on naît juste comme ça. Et puis, il faut laisser les gens tranquilles.

    Pour la première fois en France, cet été, des viewing parties (rassemblements pour regarder l’émission) ont eu lieu dans un cinéma à Marseille. À vos yeux, est-ce un moyen pour les personnes queer de se réunir dans des safe spaces (refuge, espaces sûrs) ou bien Drag Race est-il devenu plus largement un événement populaire ?

    N.D. : La viewing party, c’est un moyen de se créer une communauté, des amis autour d’un programme qui nous passionne. Ça permet aussi d’aller voir du drag parce que c’est avant tout un art vivant, ce n’est pas qu’une émission. Généralement, on regarde l’épisode, et ensuite, on regarde des artistes performer. C’est clairement un safe space pour les queers, mais aussi pour beaucoup d’alliés. Il y a énormément de femmes, par exemple, qui préfèrent venir dans nos milieux parce qu’elles ne vont pas se faire agresser ou embêter par des hétéros un peu trop en rut. Et il y a des hommes hétéros qui viennent avec leurs copines, ils découvrent l’émission et ils l’adorent.

    Vous performez partout dans le monde, notamment à New York où vous êtes basée. Depuis les États-Unis, comment avez-vous perçu l’élection de Trump et, notamment, sa croisade contre les personnes transgenres ?

    N.D. : Ça a été une déception totale de voir qu’il était élu à nouveau. Je pensais qu’on avait appris de nos erreurs et que ça n’arriverait plus jamais. Surtout, ça a permis de me motiver et d’être hyper actif en essayant justement que ça n’arrive pas ici, qu’on ne fasse pas les mêmes erreurs en France. Parce que je vois à quel point ça a des répercussions néfastes sur le pays. Il a été élu il y a à peine six mois et il y a déjà tellement de choses qui ne vont pas. Donc si on venait à faire la même chose en France, ça serait catastrophique.

  • Le Festival de Quatuors à cordes fête ses 50 ans

    Le Festival de Quatuors à cordes fête ses 50 ans

    Au total, 13 concerts, 46 interprètes et 10 prestigieux quatuors venus d’Italie, de France et d’Autriche, se succèdent en Vaucluse pour marquer cet anniversaire. Avec la thématique « Remonter le temps de 50 ans en 50 ans », les spectateurs voyagent de 2025 jusqu’aux origines du quatuor à cordes, né en 1775, en passant par Mozart, Beethoven, Brahms, Ravel et bien d’autres.

    Pour ouvrir ce deuxième et dernier week-end, le Quatuor Van Kuijk, déjà salué sur les plus grandes scènes internationales, interprétera Mozart et Mendelsshohn ce samedi 23 au soir, à l’abbaye Silvacane de la Roque d’Anthéron.

    Dimanche, l’église Saint-Sébastien de Goult accueille le Quatuor Métamorphoses, avec l’intensité spirituelle des Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn. Le Festival s’achèvera le 31 août à Cabrières d’Avignon où le Quatuor Diotima proposera un programme audacieux, allant de la compositrice contemporaine Misato Mochizuki à Ravel. Entre ces dates, les formations Modigliani et Hernani viendront, elles aussi, rappeler la richesse de la musique de chambre, un genre qui n’a cessé de se réinventer au fil des siècles. La première semaine de concerts a été un succès, selon, Isabelle Roz, chargée de la communication du festival. « Cela s’est très bien passé. On a eu de beaux concerts. Pour cette deuxième semaine, on a encore des lieux et des quatuors à découvrir. » confie-t-elle.

    Création contemporaine

    Depuis 10 ans, le Festival reste fidèle à sa mission de création contemporaine. Cette année, c’est au tour de Corentin Apparailly d’être mis en lumière avec une création pour piano et cordes, rendant hommage aux musiciens du Titanic et à leur ultime morceau joué dans la nuit du naufrage : « Nearer, My God, to Thee ».

    Le 29 août, à l’église Saint-Vincent de Cabrières d’Avignon, le Festival saluera la mémoire du compositeur Bruno Ducol, disparu en janvier 2024 avec un quatuor vocal composé de Laura Holm, Jonas Vitaud, Matthieu Marie et Arnaud Lassus. Ils interpréteront les créations de Bruno Ducol aux côtés de Debussy, Schubert ou encore Liszt.

  • Incendie dans l’Aude : le défi de la reconstruction

    Incendie dans l’Aude : le défi de la reconstruction

    Il va probablement falloir attendre plusieurs semaines avant que le feu ne soit définitivement considéré comme éteint », affirmait au matin du 18 août la secrétaire générale de la préfecture de l’Aude, Lucie Roesch. Selon elle, plus de 300 pompiers étaient toujours présents à La Ribaute en ce début de semaine pour intervenir sur des réactivations du feu « presque quotidiennes ».

    Pour rappel, un immense incendie s’est déclaré le 5 août aux alentours de 16h15, entre les communes de Lagrasse et de la Ribaute, au cœur du massif des Corbières. Les flammes ont ravagé quelque 17 000 hectares de territoire entre le 5 et le 9 août, dont environ 4 100 hectares de garrigue, 2 200 hectares de cultures et au moins 36 habitations. Le bilan humain du drame est tout aussi important : une personne est décédée dans l’incendie de sa maison et une autre est toujours en urgence absolue, tandis que l’on déplore aussi de nombreux blessés légers, dont une vingtaine de pompiers. Un pompier qui avait initialement été déclaré en urgence absolue serait cependant tiré d’affaire, selon la préfecture de l’Aude.

    « Du côté des services de l’État, nous continuons dans un premier temps d’accompagner les collectivités pour le rétablissement des réseaux d’électricité et de communication, explique Lucie Rosech. Mais pour l’instant, nous sommes toujours dans la gestion directe de l’événement  : le 17 août encore, il y a eu une reprise importante à Jonquières.  » La fonctionnaire précise que les estimations des dégâts matériels sur le terrain ne peuvent donc pas encore être exhaustives et qu’il faut aider les sinistrés en priorité.

    « Il y a, bien sûr, une nécessité de recenser tous les dégâts, poursuit-elle. Ce travail est entamé dans un premier temps par les sapeurs-pompiers. Mais derrière, il y aura un recensement plus exhaustif par les communes de l’endommagement des voiries, des espaces forestiers, etc. Différents dispositifs vont alors pouvoir s’enclencher. De façon immédiate par exemple : l’État va actionner un outil de prise en charge des frais que les communes avancent pour le relogement des personnes qui ont perdu leur maison. » Restera ensuite à entamer le chantier titanesque de la reconstruction du territoire. Selon la secrétaire générale de la préfecture, 90% des dégâts sont de nature forestière : « Il faut alors répondre à de nombreuses questions : Qu’est-ce qu’on reconstruit ? Qu’est-ce qu’on replante ? Qui finance ? »

    Un plan national pour l’Occitanie ?

    De son côté, la présidente (PS) du conseil régional d’Occitanie, Carole Delga, s’est rendue une première fois sur le terrain le 14 août, à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, où elle a participé à une réunion avec la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, des élus locaux et des vignerons. À cette occasion, la socialiste a lancé un appel au président de la République pour amorcer « un grand plan national d’investissements Occitanie Résiliente », qui reconnaîtrait la spécificité du territoire régional face aux effets du changement climatique. Face à la ministre de l’Agriculture, Carole Delga a également plaidé pour que l’État simplifie la construction de retenues collinaires : « Notre région doit faire l’objet d’un traitement exceptionnel du fait de sa situation exceptionnelle, car nous sommes la région la plus exposée aux risques climatiques. » Jeudi 21 août, l’élue s’est de nouveau rendue sur la commune de Coustouge, aux côtés d’Hélène Sandragné, présidente du Département et de Sébastien Pla, sénateur, afin d’animer, entre autres, une réunion de travail avec les maires des communes sinistrées par les incendies.

    Une solidarité immédiate

    « Dès les premières heures, nous avons constaté un grand élan de solidarité sur le territoire, se remémore Lucie Roesch. Je pilotais la cellule de crise et sur tout le territoire, des personnes se sont mobilisées pour ravitailler les pompiers et aider les naufragées sur les routes. Depuis, cet élan ne s’est plus arrêté. »

    La solidarité sur le territoire a aussi pris la forme d’initiatives institutionnelles. Éric Ménassi, maire PS de la commune de Trèbes et président de l’Association des maires de l’Aude (AMA), explique : « Il y a trois canaux différents de solidarité. Le premier est destiné aux pompiers et il est mis en place par l’Union départementale des pompiers de l’Aude. Le second est destiné à aider les sinistrés : il est porté par l’association Aude Solidarité. Enfin, avec l’Association des maires de l’Aude et avec le soutien de l’Association des maires de France (AMF), nous avons mis en place un fonds de solidarité dédié aux communes sinistrées. » Grâce à ce fonds, l’AMA espère apporter un soutien financier aux communes concernant les frais qui sortent des cas prévus par le droit commun, tels que les dépenses de nourriture pour les pompiers ou les dépenses logistiques. « Aujourd’hui, on dépasse les 26 000 euros de dons de particuliers et on estime à environ 100 000 euros les promesses de dons des différentes collectivités », ajoute Éric Ménassi.

    Comme beaucoup d’élus locaux, le maire de Trèbes se souvient des inondations qui avaient ravagé le département de l’Aude en 2018. « Dans ces moments graves, nous devons d’abord passer par une phase de constat, qui est celle que nous traversons maintenant. Le territoire est quasiment défiguré. Mais demain, notre rôle d’élu sera de s’organiser pour rendre le territoire plus résilient face aux conséquences du changement climatique. »

    Une enquête ouverte

    Pour ce qui concerne la détermination des causes de l’incendie dévastateur, une enquête a été ouverte dès le 6 août. Selon un communiqué du procureur de la République, l’ampleur de l’événement a conduit à ce que le parquet de Carcassonne, initialement compétent, se dessaisisse de l’affaire dès le 9 août au profit du pôle régional de l’environnement du parquet de Montpellier. Le ministère public indique également qu’au fur et à mesure des investigations des gendarmes et des services spécialisés, « il est apparu que cet incendie avait une cause anthropique, toute cause naturelle étant exclue ». Un collège de deux juges d’instruction a été saisi. Et si des investigations complémentaires sont évidemment nécessaires, les experts estiment déjà que l’incendie « pourrait avoir une cause criminelle résultant d’un acte volontaire ».

  • Un avenir incertain pour les vignerons

    Un avenir incertain pour les vignerons

    Ces vignes ont été plantées par mon père et mon grand-père. Tout est parti en fumée », déplore Baptiste Cabal, viticulteur du Cellier des demoiselles à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. Son domaine a été l’un des plus touchés par le drame, avec 300 hectares de vignes brûlés et 90% de la propriété détruite. Au total, 1 100 hectares de vignes ont été dévastés par les incendies d’après le Syndicat des vignerons de l’Aude. « On se demande réellement si on va vendanger et utiliser les récoltes », indique Franck Saillan, son secrétaire général. « Avec les restes de fumée et de produit retardant, le vin risque d’être invendable ».

    Un coupe-feu végétal qui coûte cher

    Pendant la catastrophe, les vignes ont servi de pare-feu naturel, ralentissant les flammes pour protéger les habitations. Pourtant, les campagnes d’arrachage subventionnées par l’État ces dernières années pour éviter la surproduction due à la baisse de consommation de vin, produisent l’effet inverse. « Les dégâts humains et matériels sont essentiellement dus à la perte de surface viticole. On arrache du naturel pour laisser un bidon d’essence », estime Franck Saillan.

    Pour compenser les pertes économiques, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé, jeudi 14 août lors de sa visite dans l’Aude, le déblocage d’un fonds d’urgence de huit millions d’euros pour les agriculteurs sinistrés, complété d’une exonération fiscale et d’une avance jusqu’à 10 000 euros par producteur. Une solution qui, d’après Franck Saillan, ne sera suffisante qu’à court terme. « Il y a longtemps qu’on tire la sonnette d’alarme. L’incendie n’a surpris personne. Toutes ces vignes arrachées sont la conséquence d’une économie qui ne suit pas. Il faut se servir de ce drame pour prendre le problème à bras-le-corps ».

    Accès à l’eau, diversification de la production et compensation financière face aux handicaps naturels, les viticulteurs de l’Aude attendent un plan d’action sur le long terme. « Le département est habitué aux catastrophes comme celles-ci. Je pense notamment aux inondations de 2018, qui avaient débouché sur la mise en place d’alertes  », se souvient Franck Saillan. « J’ai espoir qu’on trouve des solutions pour maintenir les paysages comme on les connaît aujourd’hui ». « Il faut un projet fort », reprend Baptiste Cabal. « Le feu a coûté entre 80 et 100 millions d’euros à l’État. Si on nous en donnait une partie, on pourrait initier des changements pour l’avenir ».

    « Un laboratoire du réchauffement climatique »

    Lors de sa visite, la ministre de l’Agriculture a dit vouloir faire du département un « laboratoire du réchauffement climatique ». Présente également, la présidente de la Région Occitanie Carole Delga a appelé Emmanuel Macron à lancer un « un plan Marshall d’envergure ». « Nous sommes la région la plus exposée aux risques climatiques. L’État doit reconnaître sa spécificité à travers une adaptation réglementaire ».

    Pour l’heure, l’Association audoise des agriculteurs sinistrés appelle aux dons sur helloasso.com.

  • Il restaure et recrée des véhicules d’avant-guerre

    Il restaure et recrée des véhicules d’avant-guerre

    Comme tout garagiste en service, Nicolas Bourianne vous accueille en serrant le poignet, histoire d’éviter de noircir les mains de cambouis. Mais son atelier, « Revival Engineering », à la sortie nord de Malaucène, est plutôt discret. Ici, on n’amène pas sa voiture, pour une révision classique, que l’on récupère quelques heures plus tard. D’ailleurs, Nicolas Bourianne préfère le terme d’atelier de restauration. « Garagiste, je l’associe aux voitures modernes, ici on ne fait que des modèles d’avant guerre », expose le patron, ingénieur mécanicien.

    Un secteur de niche, réservé à des passionnés – très – fortunés, qui traduit cependant un savoir-faire local. Si en Vaucluse, deux autres ateliers sont aussi dans les modèles anciens, Nicolas Bourianne est le seul à proposer l’entretien mais aussi et surtout la restauration et reconstruction de véhicules de prestige. « On fait de l’avant-guerre car ce sont les autos qui nous plaisent. Les voitures plus modernes, les youngtimer [précollection], tout le monde le fait », fait valoir ce passionné de 43 ans, dont le fils de 14 ans commence déjà à bricoler des motos. Un début d’atavisme familial alors que Nicolas Bourianne n’a jamais baigné dans le milieu : « J’ai eu la chance de découvrir ma passion, personne dans ma famille n’a de voitures de collections ».

    Une Delage championne du monde 1927 sur l’établi

    Originaire de Séguret, il a d’abord eu son atelier à Sarrians avant de déménager, il y a 3 ans, à Malaucène. Difficile de déambuler dans son atelier sans risquer de croiser François, allongé sous une Bugatti en cours de restauration, de manquer de se taper le pied sur une imposante roue ou de passer à côté d’un moteur recrée installé sur une bande de démarrage. « La Buggati bleue de 1928, là? C’est de la restauration, il y avait le châssis, l’essieu, le pont, la boîte, le moteur », illustre Nicolas Bourianne. Parfois, il faut partir d’une feuille blanche pour une construction, avec le bureau d’études au sein de l’atelier. « On dessine et reconstruit les pièces, on possède un département moteur, chaudronnerie… tout ce qu’il faut pour être au maximum autonome », résume l’ingénieur mécanicien.

    Sa clientèle est très large et internationale. États-Unis, Nouvelle-Zélande et même la présidence du Portugal. « On a restauré une Panhard et Levassor. L’an dernier pour les 100 ans de l’automobile club du Portugal, j’ai été le chauffeur du président dans les rues de Lisbonne », confie Nicolas Bourianne. Mais le projet phare, qui l’occupe depuis plusieurs années, c’est une Delage 15 S8 de Grand Prix, dont il est impératif d’avoir achevé la reconstruction en 2027, afin de marquer le centenaire de la victoire de cette voiture au championnat du monde des manufacturiers, compétition prémices de la F1. « C’est un projet complètement démentiel parce que la voiture a été détruite, des collectionneurs ont récupéré quelques morceaux. On a eu la chance de s’appuyer sur une base photos de la Delage numéro 1 pour recréer de toutes pièces la Delage de 1927 », s’enthousiasme l’ingénieur.

    « On se demande à l’époque comment ils arrivaient à fabriquer certaines pièces sans la technologie d’aujourd’hui, qu’on a du mal à refaire », constate-t-il. Manière d’aborder le savoir faire mécanique particulier, aucun diplôme n’existant en la matière. «Ce n’est pas parce qu’on a été mécanicien de course au Mans qu’on s’y connaît : il faut un bagage théorique important, avoir vu des lignes de fabrication, connaître l’usinage, la thermodynamique, la mécanique des fluides…», expose l’ingénieur « Mais le critère le plus important, c’est la passion. Tous les matins, j’ai l’impression d’être en congés », conclut-il.

    « Le critère le plus important, c’est la passion »

  • « Le seul tribute Queen où il y a autant de voix »

    « Le seul tribute Queen où il y a autant de voix »

    La bande, qui s’est construite il y a près de dix ans et composée de six membres : Nico chanteur lead, Fred claviériste, Ollie, chanteuse, Gilles guitariste, Serge, bassiste et Jems, batteur, reprend, lors de spectacles très rock les morceaux cultes du groupe de Freddie Mercury.

    La Marseillaise : Quel show allez-vous nous présenter ce soir ?

    Tribute Queen : C’est un show de deux heures basé sur des lives. Le principe n’est pas de ressembler à Queen dans l’attitude, mais en revanche, on s’est énormément appuyés sur le travail instrumental. On est tous chanteurs et on a basé et on a chacun travaillé nos instruments en fonction de la structure des lives qu’on a écouté. Il y a un travail énorme de Fred qui a travaillé tous les sons de fonds. On est le seul tribute Queen où il y a autant de voix. Il y a des morceaux que l’on fait sur scène que d’autres ne font pas.

    Pourquoi un hommage à Queen ?

    T.Q : Au départ on s’appelait Happy Hand parce qu’on était cinq. De là, on a intégré des morceaux de Queen à notre répertoire et un jour on nous a dit de tenter un Tribute, c’est ce qu’on a fait et ça a de suite marché. On se connaît depuis plus de dix ans pour certains.

    Le journal défend une vision populaire, engagée de la culture. Est-ce une vision que vous défendez dans votre musique ?

    T.Q : La musique doit rester populaire, doit être une valeur d’échange. Le but, c’est donner tout simplement. Notre vision est apolitique, populaire, et basée sur le partage. On fait de la musique pour les gens. On est orientés partage ! On est là pour que les gens vivent avec nous le Tribute.

    Est-ce que Queen, groupe formé en 70, a toujours autant de succès de nos jours ?

    T.Q : Oui ! Surtout depuis la sortie du film. Les jeunes dans la foule continuent de connaître les paroles par cœur. Ils connaissent. On peut expliquer ça par sa virtuosité, qui traverse le temps, qui a réussi à mêler les styles, les gens. L’univers de Queen est tellement vaste. Il y a des slows, du rock, des musiques plus dansantes, personne ne peut prétendre ne pas aimer Queen si elle n’a pas tout écouté. C’est ça, qui rassemble. Et puis les parents sont fans, transmettent Queen à leurs enfants. Leur musique a aussi touché pas mal de secteurs. Leur musique « Another One Bites the Dust » est une musique qui passait beaucoup à l’époque en boîte, ou « We are the Champions » qui a été vachement diffusée en Ligue des Champions, qui a touché le foot et actuellement « Don’t Stop Me Now » qui est incluse dans un spot publicitaire. C’est une musique très vaste et donc, fédératrice. Aujourd’hui, on segmente les musiques dans des communautés, mais celle-ci est le contraire.

  • La Poudrerie : de friche industrielle à joyau écologique

    La Poudrerie : de friche industrielle à joyau écologique

    Les aiguilles de l’horloge qui surplombe le portail d’entrée du Parc de la Poudrerie sont arrêtées sur 16h50. « Ça correspond à l’heure de l’explosion qui a ôté la vie à 53 personnes en 1936 », explique Fabien Serinian, responsable du lieu. Le site de 136 hectares à cheval sur les communes de Miramas et Saint-Chamas renferme les vestiges d’un passé historique foisonnant.

    C’est en 1680 que les premiers bâtiments de la fabrique de poudre d’explosifs royale sont édifiés. « Les intendants de Louis XIV ont trouvé que l’endroit était adapté, en raison de sa proximité avec l’étang de Berre, de sa géographie encaissée sous les falaises, des nombreuses sources d’eau qui le traversent et de sa végétation qui permettait d’éviter l’espionnage industriel et de limiter le choc des éventuelles déflagrations », poursuit l’agent municipal. Une ressource indispensable pour nettoyer les infrastructures et faire tourner les 24 moulins à roues à augets servant à broyer le charbon, le salpêtre et le souffre.

    Au départ, la manufacture n’occupe que 2,5ha pour atteindre, à la veille de la seconde guerre mondiale, plus de 1305 hectares. On y dénombre alors 250 bâtiments. Environ 4 000 personnes y travaillent, dont un millier d’Indochinois enrôlé de force.

    En 1974, après 300 ans d’existence, le plus ancien pôle industriel de l’étang de Berre ferme définitivement ses portes. Aujourd’hui demeure la tour de garde creusée dans la colline de safre qui surplombe la zone de fabrication où trois moulins à poudre noire ont été restaurés, un séchoir et les étangs du directeur remis en eau en 2024. « Vingt ans après sa fermeture, la friche industrielle a été vendue par l’armée au Conservatoire du littoral », raconte Fabien Serinian. Décontaminé, démantelé puis inoccupé pendant près de 30 ans, le site s’est mué en parc naturel protégé dans lequel se sont installées 130 espèces d’oiseaux et plus de 600 plantes.
    « Cette année, on a eu la naissance de deux cigogneaux », confie le responsable en passant devant le nid.

    Du côté de l’entrée de Saint-Chamas, une flore typique des zones humides côtoie une cinquantaine d’essences exotiques ramenées des colonies au milieu du XIXe siècle par les directeurs successifs de la Poudrerie. « Vous allez voir, après quelques minutes de marches on arrive en Louisiane », prévient l’agent municipal. Chose promise, chose due : quelques centaines de mètres plus loin, l’ensoleillement et l’humidité due au réseau de canaux ont favorisé la formation d’une forêt hygrophile unique en Provence composée de cyprès chauves, arbres emblématiques de l’État américain. En remontant du côté de Miramas le Vieux, le milieu s’ouvre. Thym, romarins et oliviers se partagent la colline exposée au vent, typique de la région méditerranéenne. Au Parc de la Poudrerie, cinq kilomètres sont l’équivalent d’un voyage.