Ces vignes ont été plantées par mon père et mon grand-père. Tout est parti en fumée », déplore Baptiste Cabal, viticulteur du Cellier des demoiselles à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. Son domaine a été l’un des plus touchés par le drame, avec 300 hectares de vignes brûlés et 90% de la propriété détruite. Au total, 1 100 hectares de vignes ont été dévastés par les incendies d’après le Syndicat des vignerons de l’Aude. « On se demande réellement si on va vendanger et utiliser les récoltes », indique Franck Saillan, son secrétaire général. « Avec les restes de fumée et de produit retardant, le vin risque d’être invendable ».
Pendant la catastrophe, les vignes ont servi de pare-feu naturel, ralentissant les flammes pour protéger les habitations. Pourtant, les campagnes d’arrachage subventionnées par l’État ces dernières années pour éviter la surproduction due à la baisse de consommation de vin, produisent l’effet inverse. « Les dégâts humains et matériels sont essentiellement dus à la perte de surface viticole. On arrache du naturel pour laisser un bidon d’essence », estime Franck Saillan.
Pour compenser les pertes économiques, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé, jeudi 14 août lors de sa visite dans l’Aude, le déblocage d’un fonds d’urgence de huit millions d’euros pour les agriculteurs sinistrés, complété d’une exonération fiscale et d’une avance jusqu’à 10 000 euros par producteur. Une solution qui, d’après Franck Saillan, ne sera suffisante qu’à court terme. « Il y a longtemps qu’on tire la sonnette d’alarme. L’incendie n’a surpris personne. Toutes ces vignes arrachées sont la conséquence d’une économie qui ne suit pas. Il faut se servir de ce drame pour prendre le problème à bras-le-corps ».
Accès à l’eau, diversification de la production et compensation financière face aux handicaps naturels, les viticulteurs de l’Aude attendent un plan d’action sur le long terme. « Le département est habitué aux catastrophes comme celles-ci. Je pense notamment aux inondations de 2018, qui avaient débouché sur la mise en place d’alertes », se souvient Franck Saillan. « J’ai espoir qu’on trouve des solutions pour maintenir les paysages comme on les connaît aujourd’hui ». « Il faut un projet fort », reprend Baptiste Cabal. « Le feu a coûté entre 80 et 100 millions d’euros à l’État. Si on nous en donnait une partie, on pourrait initier des changements pour l’avenir ».
Lors de sa visite, la ministre de l’Agriculture a dit vouloir faire du département un « laboratoire du réchauffement climatique ». Présente également, la présidente de la Région Occitanie Carole Delga a appelé Emmanuel Macron à lancer un « un plan Marshall d’envergure ». « Nous sommes la région la plus exposée aux risques climatiques. L’État doit reconnaître sa spécificité à travers une adaptation réglementaire ».
Pour l’heure, l’Association audoise des agriculteurs sinistrés appelle aux dons sur helloasso.com.

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