Category: societe

  • Le Camp des Milles propose des visites

    Le Camp des Milles propose des visites

    C’est devenu une tradition, au Camp des Milles. Le site mémoriel, ancien camp d’internement et de déportation, ouvert toute l’année pour accueillir le public, propose son programme « Vacances au Camp des Milles ». Jusqu’au 26 avril, les équipes proposent « une programmation conçue pour toute la famille, mêlant transmission de mémoire, réflexion citoyenne et moments de partage créatifs ».

    En nouveauté, une immersion dans la Salle des peintures, espace emblématique du lieu dans lequel les internés et opposants politiques ont peint, dessiné, pour résister. Les prochaines dates de visites guidées, baptisées « Les mystères de la Salle des peintures-Résister, tout un art ! », de ce lieu resté intact sont proposées mercredi et samedi de cette semaine, dès 15h et jusqu’à 17h30. À l’ordre du jour, une visite thématique sur l’art et la liberté d’expression, suivie d’une enquête dans la Salle des peintures murales réalisées par les internés. Le site propose en parallèle des visites guidées chaque jour, à 10h30, ou 14h30 et une visite libre de son site.

  • Comment en vingt ans, ce kiosque s’est fait sa place à Marseille

    Comment en vingt ans, ce kiosque s’est fait sa place à Marseille

    Des commerces enfreignent, à Marseille, ouvertement les règles d’urbanisme et d’occupation du domaine public, envahissant l’espace de terrasses fermées, poussant toujours plus loin tables, chaises, parasols et jardinières. Les compétences étant partagées entre la Ville et la Métropole, leur autorité peine à s’affirmer se bornant à dresser des PV d’infraction qui échouent au parquet.

    Au bas de la rue Paradis, un « kiosque à fleurs » offre un exemple de cette dérive. À l’origine, en octobre 2005, une autorisation d’occupation temporaire (AOT), précaire et révocable du domaine public, est délivrée pour un kiosque de 8m², bien public. L’AOT a été reconduite tous les 5 ans, sans mise en concurrence, pour de la « vente de plantes et de fleurs, toutes autres activités sont interdites sur cet emplacement ».

    Vingt ans plus tard, une construction couverte en aluminium et bois envahit la place Émile-Sicard (8e). La véranda bâtie en 2018/2019 a englouti le kiosque et emprisonne trois arbres de voirie. En septembre 2008, Martine Vassal, alors adjointe aux emplacements publics, avait signé un arrêté autorisant le fleuriste à installer devant le kiosque un « étalage de fleurs et plantes » de 10m² et un « dépôt de marchandises » de 10m². Aujourd’hui c’est un magasin de déco de 120m².

    Le 11 avril 2025, la police municipale s’est déplacée pour constater un « débordement des métrages et installation d’une structure non autorisée ». Le PV de contravention que nous avons consulté a échoué au parquet. En attendant Godot, le commerçant est taxé d’office, la Ville nous disant percevoir « autour de 7 000 euros annuels pour 70m² d’étalage et 20m² de tente métallique projetée au sol ». La Métropole, qui ne veut pas révéler la redevance perçue, nous a renvoyé à son Guide des droits de voirie, ce qui ferait une part fixe de 38,51 euros par mois et par mètre carré, plus une part variable
    de 0,5% du chiffre d’affaires.

    « Ça fait 30 ans qu’on est là. C’est la Ville qui m’a demandé d’occuper l’espace après avoir refait la place et je paye en conséquence », assure le commerçant Gilles Levy-Guedj qui dit « avoir les autorisations ». « J’ai des milliers de riverains qui sont contents, ça fleurit le quartier, ça empêche les voitures de se garer et les trafiquants de drogue d’être là. On rend les Marseillais heureux mais il y a quelques personnes mal intentionnées. » Selon lui, si la Métropole n’a pas remis en concurrence son kiosque, « c’est qu’ils avaient d’autres chats à fouetter ».

    Toujours pas de mise

    en concurrence

    La mairie dit ne pouvoir poursuivre au pénal. La construction illicite serait prescrite plus de 6 ans après l’achèvement des travaux. C’est vite oublié que le domaine public est inaliénable et imprescriptible. La commune pourrait pourtant faire cesser à tout moment l’occupation illégale, y compris par la démolition des ouvrages. Mais aucune action en restitution du domaine public n’a à ce jour était diligentée. « Cela dépendra de l’analyse qui va être établie par le service juridique », dit-on en mairie. Mais le kiosquier a obtenu l’an dernier de la Métropole une nouvelle prolongation exceptionnelle de l’AOT « le temps d’initier une procédure de mise en concurrence ». Une prolongation des plus bienveillantes justifiée par le fait que « le bénéficiaire a respecté les conditions énoncées dans l’AOT initiale »…

    Interrogée, la Métropole nous dit avoir reçu le commerçant le 17 décembre 2024 en vue de prolonger son AOT abrogée en juin 2019. « Cet entretien a permis de s’assurer du maintien de l’activité de fleuriste (fleurs, plantes, sapins). (…) Au regard des premiers contrôles opérés sur l’acquittement des redevances dues, son AOT a donc été prorogée jusqu’en septembre 2026. Un constat d’huissier est d’ores et déjà diligenté. En cas de non-conformité aux obligations réglementaires, la procédure engagée pourra conduire à la résiliation définitive de son AOT. »

    Ajoutons au tableau que le commerçant a lancé en fin d’année une opération « déstockage avant fermeture » qu’il n’a pas déclarée en mairie. « La fermeture a été repoussée », nous dit le commerçant avant d’admettre qu’« on ne devait pas fermer ». La zone de chalandise ne doit pas être si mauvaise.

  • [Entretien] Sylvie Tanette : « Nous, signataires, contestons le licenciement injustifié d’Olivier Nora »

    [Entretien] Sylvie Tanette : « Nous, signataires, contestons le licenciement injustifié d’Olivier Nora »

    La Marseillaise : Que pensez-vous du départ d’Olivier Nora ?

    Sylvie Tanette : Il souhaitait attendre la fin d’année avant de publier le nouveau livre de Boualem Sansal. Décision à laquelle Vincent Bolloré s’opposait, lui qui tenait fermement à ce que l’ouvrage soit publié début juin. En tant qu’actionnaire, Vincent Bolloré n’était pas en position de décider des dates de parution. Ce n’est pas son rôle, mais celui de l’éditeur Olivier Nora. Nous, auteurs et autrices signataires de la lettre commune, avons protesté contre cette éviction injustifiée. Licencier des salariés sur des désaccords, racheter des médias pour les contrôler… Ce sont des schémas plutôt classiques dans ce système de pensée bolloréen que nous ne soutenons pas.

    En quoi consiste, selon vous,
    ce «
     système » ?

    S.T. : C’est une volonté de mainmise du milliardaire Vincent Bolloré sur les maisons d’édition. Lors de son rachat du groupe Hachette, c’était sur la maison d’édition Fayard qu’il intervenait le plus. En seulement quelques mois, les ouvrages de plusieurs politiques d’extrême droite, comme Marion Maréchal, Éric Zemmour ou Jordan Bardella avaient été publiés.

    Dans cette lettre ouverte publiée mercredi dernier, plus d’une centaine d’écrivains ont annoncé leur départ de la maison d’édition. Vous aviez déjà quitté Grasset depuis 2023. Pourquoi ?

    S.T. : Le rachat, en 2023, des éditions Grasset par le groupe Hachette, m’a rapidement inquiété. Ainsi, j’ai préféré partir avant de me retrouver dans un système qui ne me convient pas. Je craignais notamment ce qu’il est en train de se produire actuellement, avec l’arrivée d’un financier à la tête de la direction. Avant, Grasset était une maison avec un agenda de parution réfléchi par des professionnels. Leurs choix étaient littéraires. L’arrivée du gestionnaire Jean-Christophe Thiery marque l’arrivée de futurs choix éditoriaux qui seront avant tout politiques et commerciaux.

    Vincent Bolloré a qualifié,
    dans le «
     JDD » ce dimanche,
    les signataires de «
     petite caste
    qui se croit au-dessus de tout et
    de tous
     ». Que pensez-vous de cette contre-attaque ?

    S.T. : C’est extrêmement choquant. J’ai grandi dans les quartiers Nord, m’accuser de faire partie d’une caste est très mal venu. Il peut y avoir de l’entre-soi, mais comme dans d’autres milieux. C’est une attaque très vulgaire, une tentative de ramener la population à soi.

    300 auteurs appellent à la création d’une « clause de conscience » pour les maisons d’édition. Pourquoi n’avez-vous pas signé cette tribune publiée par « la Tribune Dimanche » ?

    S.T. : Dans l’idée, je suis complètement d’accord avec cette tribune, mais j’avais peur qu’elle soit précipitée. Cela faisait à peine deux jours que la première lettre commune avait été portée. Concernant la suite, nous continuons de nous parler, entre auteurs, pour réfléchir à ces éventuelles clauses de conscience qui, je l’espère, porteront leurs fruits.

    Propos recueillis par Calypso Sadousty

    Deux éditeurs de la région livrent leurs analyses

    David Gaussen Directeur éditorial des éditions Gaussen, à Marseille

    « Contrairement à ce que les gens pensent, la réglementation du marché du livre, en France, ne favorise pas du tout la diversité. Elle avantage surtout les grosses machines. Le clivage idéologique est en marche depuis plusieurs années. Je pense que les librairies ne sont plus des lieux neutres. ça pose un problème en poussant à des productions de plus en plus marquées idéologiquement, d’un côté ou de l’autre. »

    Propos recueillis par M.-L.T.

    Marion Mazauric, Directrice des éditions Au Diable Vauvert, à Vauvert (Gard)

    « Bolloré est un industriel qui mise sur la culture pour contrôler les textes, après avoir investi dans les médias. Il fait une double concentration horizontale et verticale pour tenir, d’un point de vue idéologique, la fabrication des idées, des manuels scolaires, des télés, la fabrication de l’opinion. C’est gravissime. Il y a cinq ans, je contribuais au collectif Stop Bolloré, on n’a pas été assez entendu, y compris dans les professions éditoriales. On n’a pas été capables de mettre des lois de régulation. »

    Propos recueillis par M.-L.T.

  • Un projet photovoltaïque contesté dans une forêt des Hautes-Alpes

    Un projet photovoltaïque contesté dans une forêt des Hautes-Alpes

    Au pied des premiers reliefs du Dévoluy, entre la rivière du Rif de l’Arc et la D994, s’est développé un petit bois d’une vingtaine d’hectares, composé de résineux de taille modeste. À l’ombre des pins sylvestres grandit toutefois un peuplement de feuillus encore jeunes. « C’est ce qu’on appelle une forêt pionnière. Les pins ont poussé sur le dépôt de la rivière, mais d’ici trente ans, ils seront remplacés par les saules, cornouillers, chênes et érables », détaille Nick Nguyen, de l’association Sérigons Terres Vivantes, qui lutte contre l’arrivée d’un complexe photovoltaïque sur le site.

    Le projet, étudié depuis 2016 et approuvé par la préfecture en janvier dernier, conduirait à raser sept hectares de cet espace naturel où vivent plusieurs espèces protégées, comme le grand rhinolophe (une chauve-souris), ou la salamandre tachetée. Or l’association déplore qu’Ecoter, le bureau d’étude chargé de l’étude d’impact, ait selon elle minimisé la présence de cette biodiversité. « Les relevés ne mentionnent pas la présence d’espèces protégées comme la salamandre, explique Nick Nguyen. De plus, les relevés pour mesurer la présence d’oiseaux migrateurs ont été faits en juin, alors que la période recommandée, c’est en avril-mai ou en septembre. »

    Valorem défend un projet adapté au territoire

    Les militants affirment aussi que l’étude sous-estime l’aggravation du ruissellement et des inondations que causerait l’artificialisation du sol, menaçant le village et la zone artisanale voisine. Ils regrettent enfin la disparition annoncée d’une forêt encore en devenir, appréciée des riverains, utilisée comme espace de loisirs par les enfants et comme lieu d’activités pour des associations locales. Aussi, depuis 2019, les bénévoles ont organisé plusieurs manifestations, conférences et projections… En 2020, la pétition lancée contre le projet a récolté 5 300 signatures. « Nous ne sommes pas contre le photovoltaïque, bien contraire, mais pourquoi détruire un environnement naturel plutôt que de l’installer sur des sols déjà artificialisés ? », conteste Nick Nguyen. Son association a proposé d’implanter le futur projet de l’autre côté de la D994, à cheval sur la station d’épuration communale et la carrière de la Sablière du Buëch.

    De son côté, Valorem, société porteuse du projet, estime que cette idée conduirait à empiéter sur une zone protégée Natura 2000. « Nous travaillons avec un bureau d’étude indépendant, reconnu dans son domaine, et avons choisi un terrain adapté, en accord avec l’Office national des forêts, affirme Bertrand Maljournal, responsable de l’agence d’Aix-en-Provence. On a diminué la taille du projet et créé un corridor de passage pour la faune. Tout a été fait pour permettre que les espèces restent sur le site. » Il ajoute qu’en compensation, l’entreprise créera une réserve biologique de 167 hectares au bois de Loubet, à 15 km de là. Pour Camille Girard, chargé de communication, ces projets sont une nécessité de souveraineté énergétique : « La France dépend encore à 60% d’énergies fossiles pour lesquelles elle dépense 60 milliards par an en importation. On ne peut pas parler de souveraineté, déplorer le prix de l’essence et ne pas regarder les efforts à faire pour installer plus d’énergie électrique », affirme-t-il.

    Le projet a toutefois reçu, en novembre, un avis défavorable du commissaire enquêteur chargé d’en évaluer l’impact. L’association France nature environnement a déposé un recours devant le tribunal administratif de Marseille. La décision est attendue à la fin du mois.

  • Grasset, symptôme d’un pluralisme fragilisé

    Grasset, symptôme d’un pluralisme fragilisé

    En quittant la direction de Grasset après vingt-six années passées à sa tête, Olivier Nora n’a pas laissé vacant qu’un poste stratégique : il a ouvert une fracture béante dans l’un des bastions historiques de l’édition française. Et cette crise qui secoue la maison d’édition n’est pas un simple conflit de gouvernance. Elle révèle des tensions profondes entre concentration industrielle, orientation idéologique et indépendance éditoriale.

    Le départ du PDG, officialisé le 14 avril sans explication par Hachette, maison mère contrôlée depuis 2023 par le milliardaire d’extrême droite, Vincent Bolloré, a été perçu par une large partie des auteurs comme un « licenciement politique ». Une interprétation que celui-ci a balayée dans une rare prise de parole au Journal du dimanche, autre titre de son empire médiatique. À ses yeux, la fronde de plus de 170 écrivains relève d’un « vacarme » orchestré par « une petite caste » persuadée d’être « au-dessus de tout et de tous ».

    Grand remplacement

    Ce mépris est déjà symptomatique de l’écart abyssal entre une logique capitaliste -rentabilité, contrôle, alignement stratégique- et la réalité d’un secteur fondé sur des équilibres symboliques fragiles : la confiance, la liberté intellectuelle, la continuité d’une ligne éditoriale. Car si Vincent Bolloré invoque les « performances économiques très décevantes » de Grasset et la hausse de la rémunération d’Olivier Nora pour justifier son éviction, c’est un différend éditorial qui cristallise la rupture autour de la date de publication du livre de Boualem Sansal, que la direction de Hachette voulait avancer contre l’avis du dirigeant de Grasset.

    L’épisode est lourd de sens. Qu’un actionnaire, même sans « fonction officielle » dans le groupe, tranche unilatéralement un choix éditorial revient à nier l’autonomie même de la maison. Car les auteurs ne dénoncent pas la publication de Boualem Sansal, mais la méthode : une décision imposée verticalement au mépris de l’histoire et des usages de Grasset, dont le catalogue incarne plus d’un siècle de littérature française.

    Face à la contestation, Vincent Bolloré assume la rupture : « Grasset continuera », assure-t-il, ajoutant que les départs permettront l’émergence de « nouveaux auteurs ». Le vocabulaire est révélateur. Les écrivains ne sont plus considérés comme des partenaires créatifs, mais comme une variable d’ajustement, interchangeable, remplaçable. Un grand remplacement déjà opéré avec les journalistes à la prise de contrôle d’I-Télé devenue CNews, puis du JDD.

    Cette vision industrielle de la création alimente aussi la crainte d’une normalisation idéologique progressive, déjà reprochée aux autres médias du groupe Bolloré : Fayard, Grasset, Hachette, mais aussi CNews, Europe 1 ou Le JDD. Autant de piliers du débat public désormais liés à un même centre de gravité idéologique ultra-conservateur, malgré les démentis répétés du groupe.

    Enjeu démocratique

    Et la colère dépasse largement Grasset. Plus de 300 auteurs, éditeurs, libraires et salariés du livre appellent à l’instauration d’une « clause de conscience » dans l’édition, sur le modèle de celle des journalistes. Tous décrivent le même dilemme : partir au prix d’années d’ancienneté et de stabilité, ou rester et accepter une « dissonance morale ». Cette inquiétude collective touche au cœur d’un enjeu démocratique.

    Dans une tribune anonyme publiée par Le Monde, des salariés de plusieurs maisons Hachette alertent sur le danger de la concentration croissante de l’édition et des médias entre les mains d’un même groupe. Avec une question centrale : quel avenir pour la liberté éditoriale ? Le président de la République s’est dit préoccupé, rappelant l’importance du « pluralisme éditorial » et le rôle patrimonial des grandes maisons. Sans condamner ouvertement Vincent Bolloré, Emmanuel Macron souligne qu’un éditeur n’est pas « simplement celui qui imprime des livres », mais le gardien d’une histoire et d’un esprit.

    Des paroles qui attendent surtout des actes. Or les états généraux de l’information initiés en 2023 sont restés sans suite. Début mars, Reporters sans frontières et plusieurs syndicats de journalistes (SNJ et le SNJ-CGT) ont saisi le Conseil d’État pour dénoncer l’inaction de l’État face à la concentration des médias. Ils reprochent à la France de ne pas appliquer le règlement européen sur la liberté des médias, en vigueur depuis août 2025, qui impose un contrôle indépendant des rachats.

  • Pour la ministre de la Santé, le plan avance

    Pour la ministre de la Santé, le plan avance

    Ici, l’état a investi 480 millions d’euros, complétés par les 180 millions des collectivités, et « on voit que ça marche, ça avance », s’est félicité Stéphanie Rist en entamant son tour d’horizon par le chantier de modernisation du pôle d’excellence de l’hôpital Nord. Un bâtiment dédié à la cardiologie vasculaire, dont la construction a été lancée en 2022, avec une rénovation du site historique qui sont au cœur du projet Marseille en Grand. « Avec un enjeu fort pour tout l’ouest du département et les quartiers nord de Marseille », a souligné François Crémieux, directeur général de l’établissement : « Quand l’état finance, ça va plus vite. »

    Le nouveau bâtiment, composé d’un bloc opératoire, de quatre salles, d’un bloc de soins intensifs et de 16 chambres, devrait ouvrir d’ici un an. Une « prouesse de planning » pour les 50 ouvriers de ce chantier, qui travaillent sur site occupé « avec les passages d’hélicoptères », témoigne Manuel Lopes, maître compagnon sur le chantier principal. Ce nouvel équipement permettra un « appel d’air » pour les autres services du bâtiment de 1965, également rénové, se réjouit un cardiologue, heureux pour ses patients de passer de « une à 25 douches ».

    Si l’hôpital perd des lits à l’échelle globale, Philippe Amabile, chef du service de chirurgie vasculaire, insiste : « On modifie notre façon de travailler en le construisant sur le circuit du patient. On peut faire tous les gestes de la chirurgie conventionnelle en ambulatoire. » Moins long pour le patient et moins cher pour la Sécu, c’est aussi « du temps dégagé pour les personnels ».

    Une ouverture « attendue de longue date », précise le professeur Roche, pour un bâtiment moderne « au service à la fois des soins de proximité et de recours » des treize hôpitaux du GHT (groupement hospitalier de territoire). Le site devient aussi « une source d’attractivité pour des étudiants » de la faculté de cardiologie, qui complète le site. Et un nouveau Samu accueille femmes, parents et enfants. « Quand Aix dévisse en pédiatrie, c’est à Nord que les patients arrivent, indique le Dr Jouve, directeur de la commission médicale. On a une hausse régulière de 5% par an de recours aux urgences. »

    Punir les agresseurs

    Si ce dernier salue « une remontée de l’attractivité » à Nord, avec « une cible atteinte sur le non-médical, bien qu’il subsiste quelques difficultés sur le personnel médical », la situation est tout autre en psychiatrie. L’hôpital Edouard-Toulouse n’échappe pas à cette pénurie de médecins. Les syndicats ont alerté sur les fermetures de lits et les conditions de sécurité. Dimanche 12 avril, un infirmier y a été attaqué au couteau par un patient dangereux et souffrant d’addiction, placé par les services de l’état en hospitalisation complète. « On agit au national et on a renforcé les termes pour les agresseurs lors des plaintes portées par les patients », a réagi Stéphanie Rist. La ministre annonce préparer « un décret dans lequel il est prévu de punir sévèrement les auteurs ». à l’AP-HM, où Wanda Wrona, directrice de la sécurité, relève « 230 agressions physiques sur l’année, l’administration finance, depuis janvier 2025, un poste de policier qui se déplace sur l’ensemble des sites ». Le week-end dernier, « un agresseur a fait six victimes avec une béquille, il a été interpellé, placé en garde à vue et défférré ». Si l’employeur accompagne déjà les personnels dans leur plainte, dans le cadre de désorganisation du service, « la plainte pourra désormais se faire en son nom ».

    Quant à la perte de lits à l’hôpitalpychiatrique Edouard-Toulouse, la ministre considére « qu’il faut faire les choses dans l’ordre ». Dans sa mission, la ministre pense au portefeuille. « La question est de savoir comment financer le système », a-t-elle rappelé. Pas plus enthousiaste sur l’ouverture d’une halte soins adddictions (HSA) qui fait débat à Marseille, elle a balayé : « Une HSA ne peut pas résoudre tout le problème. »

  • Mehdi Kessaci : la piste de l’erreur de cible étudiée

    Mehdi Kessaci : la piste de l’erreur de cible étudiée

    Le « crime d’intimidation » annoncé par le procureur puis le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, quelques jours après l’assassinat de Mehdi Kessaci le 13 novembre dernier, le petit frère d’Amine Kessaci, militant écologiste et désormais adjoint au maire de Marseille, n’en serait peut-être pas un…

    Inconnu de la police et de la justice, Mehdi, 20 ans a été abattu par un commando à moto alors devant la pharmacie du rond-point Claudie d’Arcy (4e). Un assassinat qui a provoqué une vague d’indignation dans tout le pays, alors que son demi-frère, Brahim, 22 ans, impliqué dans le narcotrafic, avait été retrouvé fin 2020 carbonisé dans le coffre d’une voiture.

    Le combat continue

    Selon Le Parisien, la piste de l’erreur sur la personne, les tueurs pensant s’en prendre directement à Amine, est désormais sérieusement étudiée. Même si elle demande encore à être vérifiée. Pendant plusieurs jours, des « petites mains », chargées de surveiller les déplacements d’Amine auraient suivi son frère.

    Fin mars, l’enquête avait connu un développement majeur, avec l’interpellation dans la région marseillaise et dans l’Hérault de dix individus, 8 hommes et 2 femmes. Six d’entre eux sont soupçonnés d’avoir fourni aux tueurs l’arme et le véhicule et également d’avoir aidé aux repérages des lieux. D’autres sont suspectés d’avoir détruit la moto indique par ailleurs Le Parisien.

    Mis sous protection depuis août 2025, Amine Kessaci, fondateur de Conscience et adjoint à la jeunesse, à la citoyenneté et à l’engagement, a promis de poursuivre la bataille contre le narcotrafic, dès le lendemain de son élection. Il devrait cette semaine réunir les services de prévention et de délinquance et réaffirme son intention de créer une association des maires qui luttent contre ce fléau au niveau européen, a-t-il indiqué à La Provence. Conscience poursuit aussi son objectif, certains de ses représentants se sont rendus le 20 mars, à Turin, pour participer, aux côtés de familles italiennes frappées par les mafias, à une rencontre européenne dans le cadre d’un programme Erasmus soutenu par la Commission européenne.

  • Occitanie : l’épandage par drones, une bonne solution ?

    Occitanie : l’épandage par drones, une bonne solution ?

    Le mois de mars a été marqué par de fortes précipitations dans l’Hérault, excédentaire à 50% selon le dernier bulletin de Météo France. Conséquences pour les viticulteurs ? Des vignes inondées et inaccessibles, pouvant favoriser l’apparition de mildiou. Alors, la FDSEA34 avait demandé une dérogation pour traiter les vignes par drone. Demande reçue cinq sur cinq puisque le 26 mars, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, autorisait « l’épandage par drone de cuivre dans les zones géographiques impactées de l’Aude, de l’Hérault, du Gard et des Pyrénées-Orientales où les traitements à pied ne sont pas réalisables » jusqu’au 30 avril.

    Sauf que le vent a commencé à souffler, rendant l’utilisation de drones impossible tout en diminuant les risques d’apparition du mildiou. « Mais on risque d’avoir de plus en plus des hivers et des débuts de printemps très pluvieux puis des périodes sèches. Sauf que les vignes avec des chaleurs et une forte pluviométrie débourrent plus tôt donc si on n’intervient pas pour protéger le végétal des maladies, on risque d’avoir des attaques de mildiou conséquentes », souligne Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA et président de la chambre d’agriculture de l’Hérault. Pour le moment, la loi autorise l’épandage dans des cas spécifiques, notamment pour les cultures situées sur des pentes de plus de 20 %. « Pour éviter de faire chaque année une demande de dérogation, des discussions sont en cours pour mettre en place un décret, il y a une consultation publique jusqu’au 23 avril. Nous souhaitons obtenir un décret d’application du traitement aérien de façon pérenne », poursuit Jérôme Despey.

    La Conf’ vent debout

    De plus, le viticulteur met en avant le fait que le traitement aérien est plus précis que l’épandage classique, « permettant une meilleure sécurité pour les agriculteurs et les riverains ». Un constat qui n’est pas partagé par tous les agriculteurs. Dénonçant « un pansement sur une jambe de bois », Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne, fait valoir des « études sur la qualité de l’air montrant des produits phytosanitaires pulvérisés au sol se retrouvant dans l’air. » L’agricultrice estime « avoir besoin d’une réflexion plus large que l’immédiateté en changeant notre approche agricole : au lieu d’être destructrice, elle devrait être constructrice. » Deux visions qui rappellent à quel point le monde agricole est fracturé.

  • Dans le secondaire, les collèges payent le prix fort

    Dans le secondaire, les collèges payent le prix fort

    « Jusqu’à présent on avait une hausse des effectifs que les moyens alloués ne suffisaient pas à compenser, et maintenant qu’on a un léger tassement démographique, on nous enlève plus massivement des postes et des moyens », dénonce Stéphane Audebeau, co-secrétaire académique du Snes-FSU Montpellier. Le second degré (collèges et lycées) n’est pas épargné par les suppressions de postes et les fermetures de divisions, conséquences directes « d’une baisse des dotations horaires globalisées dans tous les départements de l’Académie », qui cible plus particulièrement les collèges.

    Ceux du Gard accusent une perte de 868 heures et ceux de l’Hérault, une baisse de plus de 500 heures d’enseignement, qui se traduisent respectivement par la suppression de 26 et 21 postes d’enseignants à la rentrée prochaine. Si on pousse un peu plus dans le détail, les 21 postes supprimés dans l’Hérault sont le résultat de 46 suppressions auxquelles sont soustraites 25 créations, mais des créations quasiment toutes (20) dévolues aux deux nouveaux collèges, à Juvignac et Maraussan, qui ouvrent en septembre. Autrement dit, « si on enlève les deux nouveaux établissements, c’est 41 suppressions. C’est pour ça qu’on parle vraiment de saignée au collège pour cette rentrée 2026 », insiste le représentant du Snes FSU.

    « Cette baisse démographique est instrumentalisée »

    L’Académie justifie ses choix par une baisse des effectifs scolaires, que Stéphane Audebeau préfère qualifier de « tassement ». « Sur les lycées de l’Académie, cette baisse est de – 0,6%. Dans les collèges de l’Hérault, on est à
     0,8%… C’est très faible. Cette baisse démographique est complètement instrumentalisée. Elle est vraiment à relativiser. Ensuite, pour nous, c’est une chance historique qu’on attend depuis longtemps de pouvoir améliorer le fonctionnement du système éducatif, alors que depuis plus de 10 ans les moyens par élève ont considérablement baissé et les effectifs par classe, augmentés. Là, on s’en éloigne complètement », déplore le syndicaliste.

    Bien que moins impactés, les lycées ne sont pas pour autant épargnés. « S’ils ont reçu, au niveau académique, une dotation équivalant à zéro, c’est-à-dire pas de baisse ni de moyens supplémentaires, au final on assiste quand même à 14 suppressions de postes dans l’Académie, sachant qu’un nouvel établissement ouvre à Cournonterral, dans l’Hérault, qui absorbe 22 créations », détaille Stéphane Audebeau.

    Au-delà des postes d’enseignants, certains dispositifs sont également sacrifiés, notamment dans les collèges, en lien avec la baisse des dotations horaires globales. « Il y a tout un ensemble de dédoublements, en sciences et langues vivantes notamment, qui ne sont plus possibles parce que les collèges n’ont pas de marge suffisante pour les mettre en place. On est aussi parfois obligés, sur certaines options, je pense notamment à l’allemand, l’italien ou l’occitan, de regrouper plusieurs niveaux (5e, 4e, 3e…) dans un même groupe », regrette le co-secrétaire académique du Snes-FSU Montpellier. Qui pointe également « le manque de personnels de vie scolaire et de santé » dans les établissements.

  • [Entretien] Pascale Thoirey : « L’école ne fait plus sens, il y a une perte de repères »

    [Entretien] Pascale Thoirey : « L’école ne fait plus sens, il y a une perte de repères »

    La Marseillaise : En quoi la baisse de moyens rapportée à la baisse d’effectifs n’est pas une bonne chose ?

    Pascale Thoirey : On a une logique comptable d’un côté et une logique pédagogique de l’autre, forcément ça coince. Il arrive que des gens en poste au ministère n’aient pas été confrontés à la gestion d’une classe, à ce que c’est qu’enseigner. On a des théoriciens de la pédagogie qui sont déconnectés de la réalité. Nos élèves ont changé, c’est générationnel. Depuis 30 ans, les sollicitations sont différentes. Avant c’était papier/crayon. Les élèves d’aujourd’hui sont sursollicités depuis la naissance par les écrans. C’est la société du zapping. La nuit, les enfants dorment moins, ils arrivent à l’école dans d’autres dispositions. L’école ne fait plus sens comme avant avec son rôle d’ascenseur social. Il y a aussi une perte de repères. Il suffit de regarder ce que certains médias nous donnent à voir. Les gens s’invectivent, lâchent des gros mots en toute tranquillité. Regardez les attaques racistes contre les maires sans que le gouvernement ne réagisse. On accable les familles en disant que les parents sont démissionnaires. Pas du tout, c’est sociétal. Tout cela participe de la perte de statut, de la désacralisation de l’enseignant.

    Quel est votre regard sur l’école inclusive ?

    P.T. : Je suis évidemment pour, tous les enfants ont droit à l’école de la République. Tous sont capables et on va les amener d’un point A à un point B, même s’il ne sera pas le même pour tous. Sauf que l’école inclusive, nous y avons vu une possibilité d’avancer alors que l’État y a vu une possibilité de faire des économies. Tout se fait toujours à moyens constants. Ces enfants porteurs de handicap qui étaient accueillis dans des établissements spécialisés avec un enseignant spécialisé, à 8 par classe, avec des éducateurs, des thérapeutes… sont aujourd’hui en écoles ordinaires sans rien. À charge pour les familles de se débrouiller pour assurer les soins. Les AESH sont aussi un grand mensonge. On oblige ces femmes à travailler à temps partiel sans statut, avec un salaire de misère. Le Code du travail s’applique au privé mais pas ici. Et on leur demande d’être des magiciennes. Avec la mutualisation, elles doivent s’occuper d’enfants, sans formation, dans plusieurs établissements. Certains enfants n’ont certes pas besoin d’être accompagnés toute la journée. Mais si vous avez un handicap reconnu par la Maison départementale des Personnes handicapées (MDPH) qui donne droit à 6h le lundi, il ne disparaît pas par miracle le mardi ni les jours suivants. C’est un mensonge institutionnel, on n’accomplit pas une mission de service public. On a besoin de personnels formés. La santé mentale s’est aussi nettement dégradée depuis le Covid. Avec moins d’élèves dans les écoles, on pourrait garder le même nombre de personnels pour avoir des groupes allégés.

    Les idées reçues sur les enseignants sont tenaces…

    P.T. : On est des nantis ! Quand j’ai commencé il y a 30 ans, un enseignant qui débutait gagnait 2,5 fois le Smic, aujourd’hui c’est 1,2 fois le Smic. Pourtant ceux qui présentent le concours cette année sont plus diplômés qu’avant (Bac+5 au lieu de Bac+3). J’ai préparé le concours avec une licence de droit sauf que j’ai eu ensuite une vraie année de formation avec une réflexion sur le métier et de la pédagogie. Désormais, la formation se vide de plus en plus. Quant aux contractuels, c’est « à la va comme je te pousse ». On est pourtant le métier le plus important pour l’avenir de la République et on recrute sans formation.

    Qu’est-ce qui explique la crise des « vocations » ?

    P.T. : Une multitude choses. Dans l’idée des gens, c’est facile d’être enseignant, on est tous allés à l’école, voyons. On a tellement dévoyé ce métier… Le prof-bashing est réel, plus personne ne nous respecte. Pourquoi les jeunes nous respecteraient ? Pendant le Covid, sur les réseaux sociaux, des gens nous disaient : « Promis je ne critiquerai plus jamais la maîtresse d’école ». Ils s’étaient aperçus qu’on fait un vrai métier. Trois jours après c’était reparti. On est soi-disant des privilégiés avec des vacances tout le temps. Alors que souvent on finance nos formations et même du matériel dans nos classes sur nos propres deniers.

    L’agression au lycée Jules Guesde* à Montpellier est-elle la conséquence du manque de moyens ?

    P.T. : Forcément, c’est une responsabilité collective globale. Je ne connais pas les détails mais c’est le résultat d’un mépris social, d’une perte de sens. Des jeunes ne savent plus pourquoi ils viennent à l’école. Je pose parfois la question à mes élèves de 4e Segpa. Ils répondent : « pour voir mes copains », « sinon ma mère va me punir, me prendre mon téléphone », « parce que je n’ai pas le choix », « parce que je m’ennuie à la maison ». Il y a une forme de désenchantement. Ce n’est pas toujours clair, y compris dans des familles où l’École fait sens. Dans le secondaire, on cumule des problématiques : classes surchargées, élèves allophones et l’adolescence qui s’en mêle. La montée hormonale c’est compliqué à gérer. Dans les écoles, on peut avoir le soutien d’un Rased [réseau d’aides spécialisé pour élèves en difficulté] en éducation prioritaire, en collège, il n’y a rien du tout. Les psychologues et infirmières scolaires sont à temps partiel et sur plusieurs établissements. L’ancien pôle médico-social est réduit à peau de chagrin. Avec le phénomène des réseaux sociaux où on se filme sans arrêt pour devenir le héros du quartier, on en arrive à ce genre d’agressions.

    Y a-t-il une volonté de casser l’École publique ?

    P.T. : Notre analyse c’est qu’effectivement ils veulent faire la part belle à l’école privée. On n’arrête pas de nous dire que les services publics coûtent de l’argent. Il n’y a qu’à voir dans quel état l’Hôpital se trouve. Si vous n’êtes pas contents, on vous encourage à aller voir les cliniques ou les écoles privées. C’est une casse organisée de l’École publique. Les écoles privées perdent aussi des élèves mais moins vite que nous. Le comble c’est que les établissements privés sous contrat sont financés par de l’argent public.

    *Le ministère a ouvert une enquête après les violences entre un groupe d’élèves et un enseignant, le 10 avril