Category: societe

  • Tribunal pour enfants : le SOS du bâtonnier d’Alès

    Tribunal pour enfants : le SOS du bâtonnier d’Alès

    « Voilà 7 ou 8 ans déjà qu’on réclame la création d’un tribunal pour enfants à Alès, sans succès. Aujourd’hui malheureusement, avec cette explosion de la criminalité, nous payons les pots cassés de cette inertie. Quand on voit la dégradation de la situation sur notre ressort, il y a urgence. C’est pour ça que j’ai lancé ce SOS sur les réseaux sociaux », confie Guillaume Garcia. Le 24 novembre en effet, le bâtonnier d’Alès publiait sur sa page Facebook « un appel de détresse » à l’attention du garde des Sceaux afin de réclamer des moyens ciblés permettant de créer un tribunal pour enfants à Alès. « Il suffirait d’un décret de Gérald Darmanin », écrit-il. « C’est seulement deux magistrats, un juge des enfants et un substitut pour la partie “mineur” du parquet. »

    « Une explosion de la délinquance des mineurs »

    S’il y a urgence, c’est qu’aujourd’hui « la délinquance et la criminalité explosent » dans la capitale des Cévennes, assure le bâtonnier. « On a eu une série d’affaires médiatiques : au moins 8 homicides depuis le printemps, à chaque fois plus sordides, entre le meurtre barbare à la mosquée de la Grand-Combe en avril et une exécution par gros calibre sur le parking d’un restaurant de restauration rapide sur la rocade d’Alès il y a peu, en passant par un lynchage sur un point de deal ; sans oublier la malheureuse victime accrochée à un arbre, tuée et brûlée, le tout filmé et diffusé sur les réseaux sociaux », énumère Guillaume Garcia. « Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg », assure-t-il. « En tant qu’avocats, on assiste les mineurs dans toutes les mesures pénales qui les concernent dans le ressort judiciaire d’Alès (qui englobe 200 000 personnes). Entre 2022 et les trois premiers trimestres de 2025, on est sur une hausse de 128%. Et nous avons déjà dépassé, sur ces trois premiers trimestres de 2025, le nombre de mesures d’audition et de gardes à vue de 2024. On a donc une explosion de la délinquance des mineurs », insiste le bâtonnier. « Or il y a une anomalie au niveau du tribunal judiciaire d’Alès : nous n’avons pas de tribunal pour enfants, les mineurs dépendent de Nîmes », déplore-t-il.

    « On va nous dire qu’un juge des enfants ne réglera pas ce qu’on appelle les “narchomicides”. Certes. Mais le but est de prendre le problème à la racine, avec un juge des enfants qui puisse mettre les premières mesures éducatives. Aujourd’hui, l’éloignement avec Nîmes (il faut entre 1h15 et 1h30 pour se rendre du commissariat d’Alès à Nîmes) fait que dans un certain nombre de petits faits délictuels ou contraventionnels commis par des mineurs, il n’y a pas de réponse pénale. Hélas ensuite ces jeunes basculent rapidement dans des faits de plus en plus graves. Ils vont notamment sur les points de deal », explique Guillaume Garcia.

  • Grand Avignon : l’ex-chef des services livre sa vision de l’audit sur la gestion des transports

    Grand Avignon : l’ex-chef des services livre sa vision de l’audit sur la gestion des transports

    Comme déjà tracé dans notre édition de vendredi, révélant le contenu de l’audit sur la société publique locale (SPL) Tecelys – en charge de la gestion des transports en commun du Grand Avignon -, l’homme par qui l’affaire a éclaté n’en reste pas là. L’ancien directeur général des services (DGS) du Grand Avignon, qui pour solde de tout compte avait alerté sur des irrégularités au sein d’une « SPL en roue libre », est loin de se contenter des résultats de l’audit qui évoque seulement « des dysfonctionnements ».

    Dans une analyse détaillée, Alain Cluzet plaide pour « la dissolution de cette SPL qui coûte très cher aux contribuables pour un bilan quasi nul et des pratiques toxiques ». En fonction désormais loin d’Avignon, il n’a pu lui-même être audité, face au refus du Grand Avignon que « l’entretien se réalise en visio », lit-on dans l’audit. L’ex-DGS critique aussi bien la forme que le fond de l’enquête. Il moque un « auto audit », sans « aucun contradicteur potentiel entendu » et « présenté comme un mémoire en défense face “aux accusations portées par l’ancien DGS” et non comme une analyse à 360 degrés des finances et de la gestion de Tecelys comme il se doit pour tout audit ».

    Sur le fond, il apporte ses contradictions à 10 points soulevés, qui « omettent ou travestissent de nombreux éléments », maintenant ses accusations. « Le but de cet audit bidon est uniquement de déminer à la suite des accusations que j’ai proférées, conclut le cadre administratif. Celles-ci ne sont pas que miennes. De nombreux anciens et actuels cadres du Grand Avignon comme de Tecelys témoigneront dès lors qu’ils ne seront plus menacés de perdre leur travail. Mais pendant ce temps, le gaspillage de millions d’euros d’argent public continue ». Alain Cluzet compte sur la chambre régionale des comptes, qui a lancé un contrôle, pour valider ses dires.

  • [Tribune] Tunnel Prado-Carénage : et si un péage devenait une opportunité pour les mobilités de demain ?

    [Tribune] Tunnel Prado-Carénage : et si un péage devenait une opportunité pour les mobilités de demain ?

    Le Tunnel Prado-Carénage (TPC) accompagne Marseille depuis plus de trente ans. Sa concession, attribuée en 1990 à la SMTPC, s’achève le 18 janvier 2033. À cette date, un choix déterminant s’offre à nous : répéter le passé ou bâtir l’avenir de nos mobilités. Nous pouvons faire du Tunnel Prado-Carénage un levier de transition ou un symbole du « tout routier ». Notre choix : faire du TPC le moteur financier d’un investissement massif dans les transports collectifs.

    Ni prolongement de la concession, ni gratuité : deux impasses. Prolonger le contrat actuel serait une erreur : c’est se limiter aux investissements routiers, et maintenir un péage pour des actionnaires privés plutôt que des transports publics, au moment même où la collectivité devrait en récolter les bénéfices. Supprimer le péage serait tout aussi grave. Cela reviendrait à demander à tous les contribuables de financer l’usage d’une infrastructure que seule une minorité emprunte. C’est un cadeau qui coûte cher : plus de 10 millions d’euros par an uniquement pour financer maintenance et exploitation, sans parler des rénovations futures. C’est enfin ouvrir les vannes aux voitures au cœur de Marseille, en rendant l’accès plus attractif que la L2. Cela signifie embouteillages massifs, bruit et pollution accrus.

    Baisser ou supprimer le péage, ce serait nuire à l’intérêt général. Les exemples étrangers témoignent : en Espagne, la gratuité post-concession en 2018 a entraîné explosion du trafic, routes dégradées, CO2 en hausse, budgets publics saturés, moins d’alternatives financées. Un modèle perdant. Marseille ne peut pas s’offrir ce scénario. Notre choix est clair : conserver le péage, mais le rendre public. À l’échéance 2033, la dette du Tunnel Prado-Carénage sera amortie. Ce contexte crée un espace inédit : libérer une ressource financière pérenne au bénéfice des mobilités et de la transformation écologique. Notre proposition est simple et transparente : métropoliser le péage pour dégager 30 à 35 millions d’euros par an et en faire un levier d’investissement massif dans un plan métropolitain de transports collectifs. De l’ordre de 30 millions par an, ce n’est pas un détail budgétaire. C’est la colonne vertébrale d’un financement structurant qui, avec l’effet de levier de la dette peut représenter 1 à 2 milliards d’euros d’investissements sur vingt ans. C’est 2 à 4 fois plus que les 500 millions d’euros de subventions apportées par l’État dans Marseille en Grand.

    Une dynamique nationale nous y encourage. Les débats nationaux vont dans ce sens : d’ici 2036, 7 concessions autoroutières arrivent à échéance. Lors de la conférence « Ambition France Transport » (2025), experts et élus ont convergé : conserver les péages est indispensable pour éviter hausse des impôts et explosion du trafic. Le potentiel redéployable vers la transition écologique est estimé à 11 milliards d’euros par an dès 2037. D’autres l’ont déjà fait : le pont de l’Île de Ré ou le contournement nord de Lyon ont vu leur péage devenir public, tout en maintenant une exploitation technique privée. Pourquoi pas ici et maintenant ?

    Mars prochain : un mandat décisif pour notre destin métropolitain. L’élection qui arrive conditionnera la capacité de la Métropole à agir sur les mobilités, sur les inégalités territoriales, sur la qualité de vie, sur notre avenir écologique. Il ne s’agit plus de gérer, mais de changer d’échelle, pour que chacun -jeune, actif, retraité, personne en situation de handicap- puisse se déplacer librement et respirer dans la métropole. Il nous faut un cap, du courage, des financements pérennes et sanctuarisés. Le TPC peut être une clé de cette bascule, de ce futur respirable, connecté, accessible. 2033 n’est pas une échéance technique : c’est une opportunité historique. Saisissons-la.

    Par Pascaline Lécorché et Thierry Dallard*

    * Pascaline Lécorché est déléguée nationale Place publique et Thierry Dallard, président de la Société
    de la Rocade L2, ancien président du directoire de la Société du Grand Paris

  • Boris Touaty, un jeune entrepreneur toulonnais très engagé

    Boris Touaty, un jeune entrepreneur toulonnais très engagé

    Il a l’humilité des grands, le sourire de celui qui sait respecter l’autre quel qu’il soit, et le talent d’un grand communicant. Boris Touaty n’est de toute évidence pas seulement le grand entrepreneur qui a su redonner vie à une marque des Cafés Maurice, qui a fêté cette année ses 150 ans d’existence, et donc à tout un pan du patrimoine toulonnais. Il est aussi quelqu’un qui sait se mettre au service du collectif et qui ne transige pas avec ses valeurs pour faire des affaires et diriger ses équipes. Autant d’atouts qui nous ont poussés à essayer de dresser le portrait de ce jeune acteur de l’économie locale aux multiples casquettes et à l’avenir prometteur.

    L’arrière-arrière-petit-fils de Marc Maurice Lévy, le créateur la maison familiale fondée en 1875 à Toulon, est fier aujourd’hui des multiples récompenses qui viennent couronner son travail éthique et solidaire. Avec pour commencer le Trophée Inclusion handicaps Var 2025 obtenu dans la catégorie « Coup de cœur du jury », qui valorise « un engagement humain et durable » en faveur de l’inclusion et son action exemplaire. Une distinction décernée par Ladapt, l’association nationale qui œuvre pour l’insertion sociale, pour son partenariat depuis 5 ans avec l’Établissement et service d’accompagnement par le travail (Esat) de Six-Fours, l’Avath, et la valorisation du travail protégé ainsi réalisée.

    « C’est un très beau prix », confie Boris Touaty modestement en mettant en avant « une collaboration humaine, efficace et parfaitement intégrée au fonctionnement de l’entreprise ».

    Le camion de l’Avath est d’ailleurs en train de récupérer le café torréfié dans le magasin-atelier de la place Camille-Ledeau pendant cet entretien. « Tous nos paquets, c’est-à-dire 80 000 par an, sont tous ensachés à la main par les équipes de l’Esat que je tiens à remercier d’ailleurs », précise-t-il.

    Un engagement social

    La deuxième actualité de Boris Touaty, c’est le couronnement d’une mention honorable au Global Coffee Awards des Cafés Maurice. « On a été à la lisière du troisième prix, c’est-à-dire de la médaille de bronze de ce concours international dans lequel 1 500 cafés ont concouru », lâche-t-il fièrement, surpris par ce succès qu’au fond il espérait mais auquel, dit-il, il ne s’attendait vraiment pas.

    Et de poursuivre : « Ils ont retenu la qualité exceptionnelle de notre café et de notre torréfaction. C’est la reconnaissance d’un travail de longue haleine, de mes équipes aussi, surtout. Et en particulier de Julien, mon torréfacteur qui est là depuis 7h du matin, un passionné qui fait un travail remarquable. »

    Il relève au passage que le café qui vient d’être récompensé est celui qu’il vend le plus. Des clients donc qui, les premiers, ont consacré cette création Maison Maurice recette numéro 1, qui est en fait le premier assemblage créé il y a 5 ans.

    Sur son implantation au cœur de Toulon, l’entrepreneur se dit ravi de l’aubaine, en rappelant, qu’il y a quelques semaines, le gouvernement a salué la dynamisation incroyable de ce centre-ville. Le résultat, rappelle-t-il, d’un travail mené depuis 20 ans, avec la réhabilitation de la place de l’Équerre, de la rue des Arts, la rue Pierre-Semard, la rue d’Astour, les Halles… À la question de savoir comment on peut rester fidèle à ses valeurs tout en développant son affaire, autant dans le choix de ses fournisseurs que dans le pilotage de sa boîte, il répond simplement : « Quand on peut le faire, faisons-le, un maximum ! »

    Il compte à son actif des initiatives menées avec des producteurs, notamment sur l’éducation des enfants en Colombie, et la collaboration avec des coopératives entièrement gérées par des femmes. « C’est un gros combat aussi dans certains de ces pays », souligne-t-il. Le président de l’association des commerçants du centre-ville, l’Office du commerce et de l’artisanat de Toulon dit également porter une grande attention sur ce qui est fait ou transformer localement. Mais ne cache pas que tout cela a un coût parfois difficile à assumer dans un contexte de pouvoir d’achat contraint et des cours du café qui grimpent. En revanche, Boris s’insurge contre la culpabilisation des consommateurs concernant leurs achats plus ou moins éthiques : « C’est trop facile de faire des reproches. Tout le monde n’a pas les mêmes moyens ! »

    D’autant que l’entrepreneur est lui aussi tiraillé par les mêmes contradictions. C’est-à-dire l’envie de vendre au meilleur prix tout en proposant des choses qui soient bien socialement et environnementalement. « Alors nous, on essaye de faire un mix un petit peu entre les deux. C’est-à-dire qu’on n’a pas forcément que des cafés qui portent tous des labels mais on sait qu’ils sont produits dans de bonnes conditions. Parce que, je vais sur place. Et je me rends compte de la réalité des choses, sur ce qui se passe vraiment au niveau des conditions de travail et les salaires. »

    « Les valeurs humaines »

    Des inflexions humanistes qui amènent forcément La Marseillaise à transposer ce type d’exigences professionnelles à un environnement plus directement politique. La manœuvre manque peut-être un peu de subtilité mais l’enjeu des prochaines échéances électorales à Toulon en vaut la peine. D’autant qu’il s’agit moins de savoir pour qui iront ses préférences que de nous éclairer, au regard du citoyen et entrepreneur responsable, le profil idéal pour le job. « Ce que je mets au premier plan ? Les valeurs humaines, sans hésiter. C’est très important, je crois. »

    Ses craintes ? C’est que les Toulonnais se déterminent un peu trop comme ils le feraient dans une élection nationale en oubliant les enjeux locaux.

    « Pour moi, les élections municipales, ce sont les élections les plus importantes, avec la présidentielle. Parce que le maire, c’est vraiment la personne qui est au quotidien avec toi. Il ne va pas intervenir sur des problématiques internationales ou sur des politiques d’immigration ou d’ultra-sécurité. Ce n’est pas vrai ! C’est à ça qu’il faut penser en décidant à donner les clés de la ville. » Sur le bilan, l’artisan insiste sur « le travail remarquable fait par Hubert Falco pendant 20 ans ». Et de poursuivre : « Aujourd’hui, on a un maire, Josée Massi qui est dans la continuité des grands projets. La ville tourne bien. » Pour en savoir davantage, il va falloir attendre un petit peu. Mais on peut compter sur le personnage pour poursuivre ses engagements.

  • La nature retrouve ses droits sur une partie des berges de l’Huveaune

    La nature retrouve ses droits sur une partie des berges de l’Huveaune

    Une cabane d’observation, des pas japonais, une passe à poissons et une voie verte… Une nouvelle promenade le long des berges de l’Huveaune est inaugurée ce lundi 8 décembre au niveau Pomme-Heckel (11e).

    Le résultat d’un vaste chantier entamé en septembre 2022 et qui s’est terminé cet été explique l’Epage Huca, établissement public d’aménagement et de gestion des eaux qui a réalisé les travaux pour le compte de la métropole Aix-Marseille Provence, en partenariat avec la Ville de Marseille.

    Il aura fallu extraire quelque 65 000 mètres cubes de remblais pollués par des métaux, des hydrocarbures et de l’amiante avant de laisser la place au fleuve dont le lit a été élargi. Des berges ayant été créées en rive droite et gauche.

    Quelque 6 000 arbres et arbustes ont également été plantés pour 18 000 mètres carrés d’espaces végétalisés. De quoi rendre le site accessible au public, lui offrant un nouvel espace de balade mais aussi d’éviter le pire en cas de crue décennale. Le fleuve atteindrait alors un débit de 155 mètres cubes par seconde contre un seul en temps normal, provoquant selon les calculs de l’Epage près de 2 millions d’euros de dégâts.

    Avec cet aménagement, 150 habitants et autant de professionnels sont désormais protégés contre les inondations assure l’établissement public. Le tout pour un investissement de 7,8 millions d’euros, la Métropole, l’Agence de l’eau et l’État assurant chacun 30% du financement du projet. Le reste étant fourni par le Département, la Région et la SNCF.

  • L’urgence à libérer Marwan Barghouti

    L’urgence à libérer Marwan Barghouti

    Sharaf Barghouti, son fils et porte-parole, s’est engagé dans un marathon international pour la libération de Marwan Barghouti et des 10 000 Palestiniens encore dans les geôles israéliennes. Invité par le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP) dans les locaux de la Fraternité, à la Belle de Mai, il a évoqué un nouveau durcissement des conditions de détention. « La cause des prisonniers, c’est la colonne vertébrale du combat des Palestiniens », a insisté Sharaf Barghouti, en soulignant « une recrudescence des tortures et des passages à tabac de prisonniers affamés ». Fin novembre, un cri pour la libération des otages palestiniens s’est élevé dans les rues de Londres. Et, publiée le 3 décembre, une lettre ouverte signée par plus de 200 personnalités du cinéma, de la musique et du sport demande aux Nations unies et dirigeants du monde de faire pression sur Israël pour qu’il libère le « Mandela palestinien ». Quarante villes françaises avaient fait citoyen d’honneur Marwan Barghouti. Certaines sont revenues sur leur décision. Aujourd’hui, « le rôle de la France est important dans cette lutte contre le colonialisme. Montrer qu’il y a une résistance ici nous aide à tenir, à garder espoir », a plaidé Sharaf Barghouti.

  • Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Une vieille dame, toujours bien alerte. Femmes solidaires, digne héritière de l’Union des femmes françaises (UFF), a fêté cette année ses 80 ans, l’occasion de revenir sur une histoire de luttes et de conquis pour les droits des femmes ce samedi 6 décembre à l’Afriki Djigui Theatri (1er). Notamment avec une exposition proposée par le comité nîmois et un film revenant sur des dates importantes. Comme le premier congrès fondateur de l’UFF, le 17 juin 1945 à Paris, au Palais de la Mutualité, avec 2 377 déléguées venues de toute la France, tout juste sorties de la Résistance ou rentrant de déportation. Elles défendront leur droit au travail « à salaire égal » avec les hommes, rappelle Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille, se battront pour obtenir des crèches et des garderies pour que les enfants ne soient pas dans la rue.

    Mobilisées pour la paix

    Elles se mobiliseront aussi pour la paix, contre la guerre en Indochine et contre la colonisation défendant le droit des Algériens à l’indépendance. Jusqu’à en perdre la vie pour deux d’entre elles, le 8 février 1962, lorsque des partis et des syndicats appellent à manifester contre l’OAS et que les manifestants sont durement réprimés à l’entrée du métro Charonne.

    Puis « nous sommes passés des combats féminins aux combats féministes », explique Annick Karsenty pour qui rien n’est gagné. Prochaine date cruciale, le 6 février, journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. Depuis plus de 10 ans, Femmes solidaires travaillent avec les femmes Afars en Éthiopie pour éradiquer l’excision, et les mariages forcés au sein du projet Kimbidalé.

    Pour en savoir plus : « 80 ans
    de la vie des femmes, de l’UFF
    à Femmes solidaires
     », ouvrage collectif, 45 euros.

  • [Entretien] Maxime Launay : « Comprendre le scénario dans lequel se place l’état-major »

    [Entretien] Maxime Launay : « Comprendre le scénario dans lequel se place l’état-major »

    La Marseillaise : Comment analyser ce passage du service national universel au service national volontaire ?

    Maxime Launay : Promis par Emmanuel Macron en 2017 en réponse au vide ressenti par certains depuis la suspension en 1997 du service national, le service national universel mis en place à partir de 2019 n’a pas convaincu. Le dispositif était coûteux et sa finalité comme son efficacité faisaient débat. Certains y voyaient un mélange des genres entre éducation armée et citoyenne, et son sens interrogeait par rapport à ce que proposait déjà l’Éducation nationale. Mais il y a surtout eu un changement de contexte en 2022 avec la dégradation de l’environnement stratégique de l’Europe. Cette reconfiguration a poussé à créer un dispositif purement militaire, pour reprendre le terme du président.

    S’inscrit-il dans la continuité des politiques de défense depuis 1997 ?

    M.L. : Je ne suis pas sûr qu’on soit totalement dans une continuité. Le service national qui a existé entre 1905 et 1997, était un service obligatoire pour les hommes. Là, on est sur un dispositif volontaire. Donc en termes de classe d’âge, on ne va pas toucher la même proportion de jeunes. Il en est prévu 3 000 en 2026 et 42 500 dans dix ans, là où une classe d’âge en concernait 400 000 dans les années 60-70. Le volontariat fait aussi qu’on n’est plus sur les mêmes logiques de crispations et de contestations de ceux qui ne voulaient pas faire leur service. L’autre différence, c’est que ce service militaire pourra désormais concerner les femmes. La société change et cela montre une féminisation des fonctions combattantes.

    Les contraintes techniques, matérielles et financières ont pesé dans ce choix ?

    M.L. : Les états-majors ne voulaient pas d’un service militaire universel. Absorber tous les ans le flux de toute une classe d’âge aurait été trop coûteux, matériellement, il aurait fallu créer de nouvelles casernes, même s’il le faudra quand même… On ne voyait pas non plus la finalité combattante d’une telle masse même si l’armée de terre en a besoin car elle a eu du mal à fidéliser ces dernières années. Et puis derrière, il y a encore une contrainte de ressource humaine. Pour encadrer ces jeunes, il va falloir dégager des cadres, des officiers et sous-officiers expérimentés à ce jour affectés sur de l’opérationnel car leur mission principale c’est d’abord de se préparer à la guerre, pour les mettre sur des missions de formation.

    Quel était le contexte politique
    lors de la suppression du service national en 1997 ? Les arguments des défenseurs et des opposants ?

    M.L. : Longtemps, il y a eu un consensus dans la classe politique sur l’idée qu’il fallait un service militaire. Les choses changent avec la fin de la guerre froide et ce sentiment que la menace à l’Est disparaît. La guerre du Golfe (1990) vient aussi saper la légitimité du service national car à ce moment-là, le président Mitterrand envoie combattre l’armée professionnelle mais pas les appelés du contingent, même volontaires. Là, on commence à se demander à quoi ça sert ? Une série de réflexions se développent, disant qu’on est quand même armé avec la dissuasion nucléaire et une armée de haute technologie. On se demande ce qu’apportent les appelés ? Ils ne vont pas piloter de Rafale ou être dans des sous-marins nucléaires… On réfléchit à une armée plus resserrée et expéditionnaire, capable d’intervenir partout sur le globe.

    Vous dites qu’il y avait une forme de consensus. Une partie de la gauche était contre sa suspension ?

    M.L. : C’est assez complexe. Au fondement de la pensée de gauche, il y a Jaurès qui estimait qu’il fallait une armée du peuple qui ne soit pas qu’une armée de professionnels recrutés dans les milieux armés de la bourgeoisie ou de l’aristocratie. Cette idée a perduré au XXe siècle. Les partis de gauche, le Parti socialiste, le Parti communiste y étaient attachés. Pour autant, la gauche de gouvernement a compris que la guerre ne se faisait plus comme au début du XXe et cette décision annoncée par Chirac en 1996, est avalisée par la gauche plurielle en 1997.C’est une majorité de gauche au Parlement qui vote la loi et c’est le gouvernement Jospin qui la met en œuvre.

    On retrouve ces positions aujourd’hui avec cette annonce ?

    M.L. : Il faut regarder ça au prisme de la situation actuelle. On a un président de la République qui avec ce service national volontaire est au cœur de son périmètre régalien, et en même temps, ce sont les parlementaires qui vont voter le budget de la défense et avaliser le dispositif. On aurait pu imaginer la gauche entériner facilement cette décision mais on a un président affaibli et rien n’est acquis. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon qui a toujours regretté la suspension du service national et proposait en 2022, une conscription citoyenne, est critique depuis l’annonce. Le PS a réagi avec un communiqué se disant « sceptique » et réclame un débat. Les écologistes sont pour le renforcement des réserves. Le PCF, lui, est depuis toujours très cohérent, hostile à l’Otan, méfiant vis-à-vis de ce réarmement, de l’aide à l’Ukraine… On est sur une forme de défiance.

    Le service national a encore un sens quand on parle de guerre hybride, d’armée professionnelle ?

    M.L. : C’est une question fondamentale et il faut comprendre dans quel scénario se place l’État-major qui a le rôle de préparer la guerre en espérant qu’elle ne vienne pas. Ils se préparent aujourd’hui, à l’idée que la Russie ne s’arrêterait pas à l’Ukraine mais souhaiterait attaquer un pays du flanc Est de l’Union européenne. Dans ce cas, l’armée professionnelle irait dans le cadre d’une coalition otanienne ou européenne, en soutien du pays agressé. Or si elle quitte massivement le territoire national, il faut continuer à le protéger, précisément parce que la Russie est accoutumée à ce qu’on appelle des actions agressives hybrides : tentatives d’assassinat, sabotage d’infrastructures civiles ou militaires, de nœuds ferroviaires, de centrales nucléaires, de ports… Tout ça suppose que ces endroits soient protégés, et c’est là qu’un service national, dans la logique militaire, serait utile, comme on utilise Sentinelle pour surveiller les rues dans une logique antiterroriste.

    Quel sens a un service national dans l’articulation d’une défense au sein
    de l’Europe construite depuis 1997
     ?

    M.L. : On n’a jamais réussi à construire une armée européenne. C’est un projet des années 50 mais il y a trop d’intérêts divergents et de peur aussi. Mon laboratoire à l’Irsem a sorti une étude sur le retour du service militaire dans 34 pays européens : il y a débat partout mais on ne fait jamais le lien avec l’Europe. Il n’y a pas non plus de discussions, à ma connaissance, entre états-majors et leaders politiques sur l’harmonisation d’un service à l’échelle européenne. C’est une forme d’impensé. Autant ça discute énormément sur les questions d’armement, industrielles, d’alliance, sur la paix en Ukraine, autant le service militaire reste quelque chose d’extrêmement national.

  • Affaire Maria : un policier mis en examen pour violences aggravées

    Affaire Maria : un policier mis en examen pour violences aggravées

    Sept ans après les faits, un policier a été mis en examen, suspecté d’avoir frappé une jeune femme à terre en marge d’une manifestation dans le centre de Marseille, comme l’a annoncé le parquet de Marseille à l’AFP, vendredi, confirmant une information de nos confrères de Mediapart. Angelina, qui se faisait appeler Maria, avait eu le crâne fracturé alors qu’elle rentrait du travail, le 8 décembre 2018. Après avoir reçu un tir de LBD à la cuisse et alors qu’elle était à terre, elle avait subi un véritable tabassage par des membres des forces de l’ordre. Le policier mis en examen dans cette affaire l’est pour « violences aggravées par trois circonstances (arme, réunion et par une personne dépositaire de l’autorité publique) » mais aussi pour « non-assistance à personne en danger ». Le juge des libertés a décidé de placer le fonctionnaire sous contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer, toujours selon nos confrères de l’AFP. Un second fonctionnaire de police a également été mis en examen pour « non-assistance à personne en danger » et a été placé sous contrôle judiciaire. Au total, une dizaine de fonctionnaires de police est mis en cause dans ce dossier. « Le travail d’investigation de la juge d’instruction avance à une vitesse extraordinaire », salue Me Brice Grazzini, l’avocat d’Angelina, appelant « le ou les policiers qui ont commis les violences les plus graves sur Angelina » à « se dénoncer ». Il se dit à ce sujet « extrêmement optimiste » sur l’identification d’autres policiers qui seraient directement impliqués dans les coups reçus par la jeune femme.

  • Un service militaire mais pour quoi faire ?

    Un service militaire mais pour quoi faire ?

    « Elle aura bien de la peine pour élever les enfants. Elle aura bien de la peine car je m’en vais pour longtemps. » Ces paroles de la Blanche Hermine, un chant militaire un brin archaïque, sont chantées en chœur ce vendredi 5 décembre par les recrues militaires, hommes comme femmes, du Centre de préparation opérationnelle du combattant de l’armée de l’air sur la base aérienne 115 d’Orange, tout en marchant au pas sur la place d’armes du quartier Geille. Pendant qu’un autre groupe de soldats en formation, équipés de protections de la tête aux pieds, se tapent dessus à l’aide de matraques et de boucliers en mousse, mais aussi avec des mitraillettes factices peintes en rouge, le lieutenant Yann explique que « c’est ce que vont également faire les jeunes du service national pendant les quatre premières semaines ».

    La base aérienne du nord de Vaucluse a été choisie pour accueillir la moitié des 600 premiers volontaires du service national dans l’armée de l’air et de l’espace. Ainsi, dès septembre 2026, 100 jeunes volontaires « avec ou sans bac » seront accueillis en Cité des Princes pour une durée de 10 mois. Puis 100 en octobre et 100 en novembre. Les 300 autres iront à la base aérienne 105 d’Évreux. Avec pour objectif d’avoir 2 000 jeunes en service national en 2030 dans l’armée de l’air, à travers cinq bases aériennes du pays.

    Chacun d’entre eux aura donc une formation générale d’un mois pendant laquelle « ils vont apprendre les fondamentaux », assure le lieutenant Yann. Avec donc du « combat rapproché » pour avoir les « bons réflexes du combattant », avec les exercices présentés précédemment. Mais aussi le maniement des armes, notamment des fusils d’assaut. Et ce, en premier lieu à l’aide de simulateurs présentés quelques instants plus tard. Par groupe d’une dizaine de recrues, on enchaîne préparation de son arme, tir debout, un ou deux genoux à terre et allongé en visant un écran où apparaissent des cibles de forme humaine au milieu d’un terrain désertique. L’instructeur conseille de viser « au niveau du torse » tout en analysant les « courbes de tir » et en donnant des conseils aux apprenants. Et finalement d’apprendre à « marcher au pas et à porter l’uniforme ».

    Trois types d’emplois

    Ce vendredi se tenait donc une journée de présentation plus approfondie du dispositif. « On est prêts et on a besoin d’eux », lance micro en main la générale Valérie Godin, aussi directrice des ressources humaines de l’armée de l’air et de l’espace. La haute gradée a donné plus de détails après l’annonce de fin novembre dernier du président de la République. Elle précise que trois « types d’emplois » peuvent être exécutés par les futurs volontaires. Tout d’abord dans « l’engagement opérationnel au profit de la protection des bases », c’est-à-dire en patrouilles type Sentinelle dans les lieux publics. Ensuite des postes « en escadron », comme par exemple à la maintenance, à la logistique ou même en cuisine selon l’appétence de chacun. Et finalement des emplois « plus expertisés » destinés aux volontaires plus âgés, avec des formations « type licence ou master » dans des domaines très diversifiés tels que les ressources humaines, l’ingénierie, la cybernétique ou même l’aérospatial. Avec une rémunération située pour la plupart du temps entre 800 et 1 000 euros.

    Une flopée de possibilités que l’armée a souhaité illustrer au sein de la base aérienne en disposant dans un hangar cinq métiers différents ouverts aux volontaires à Orange. Par exemple armurier, « un boulot exigeant car on gère un gros panel d’armes », précise l’aviateur Corentin tout en maniant un fusil Famas. Ou encore assistant du moniteur de sport de la base ou assistant chenil. Mais aussi la gestion de la planification des vols de la base « afin de faciliter la vie des pilotes », assure le caporal-chef Nathan, posté devant un avion de chasse Rafale.

    Une réponse au contexte géopolitique

    Un service national qui, d’après la générale Valérie Dodin, a pour but de renforcer « la cohésion nationale » et « apporter sa pierre à quelque chose de plus grand ». Mais si le ministère des Armées évoque sur son site « un nouveau dispositif qui vise à renforcer la résilience du pays, à consolider le lien armées-nation et à adapter notre modèle de défense aux menaces de demain », ou encore le site du gouvernement qui précise que la mise en place répond à une « dégradation du contexte international » en citant la guerre en Ukraine ou encore le désengagement américain, le contexte géopolitique actuel a soigneusement été évité tout au long de la journée par le corps militaire. « Pas le sujet du jour », nous assène-t-on. Mais sans doute celui de demain.