Category: societe

  • Sans-papiers : la Cimade dénonce une sévérité « draconienne » dans les Hautes-Alpes

    Sans-papiers : la Cimade dénonce une sévérité « draconienne » dans les Hautes-Alpes

    « Nous avons été traités comme des criminels, je voulais m’intégrer et ne pas vivre aux dépens des Français mais on ne m’en a pas laissé la chance. » C’est le message qu’a envoyé A., Arménien qui résidait dans le département depuis plusieurs années, aux bénévoles de la Cimade de Gap, association de solidarité aux migrants réfugiés. Alors que ses filles étaient scolarisées en France, ce juriste de formation prenait des cours de français et cherchait du travail pour pouvoir obtenir sa régularisation, sa femme également. Mais d’après le récit fait aux bénévoles, cette dernière a été arrêtée à l’automne, à 7h du matin au domicile familial, et contrainte de repartir le jour même en avion dans un pays voisin à celui dont elle est originaire. Son mari et ses deux enfants, qui désiraient pourtant rester, ont été contraints de la rejoindre.

    Des épisodes qui se multiplient, d’après Michèle Clamens et Élodie Para. Comme chaque mercredi, ces deux bénévoles de la Cimade de Gap, tiennent une permanence juridique d’aide aux démarches administratives auprès des personnes étrangères en situation irrégulière ou qui doivent renouveler leur titre de séjour. « Désormais, la préfecture ne laisse plus de deuxième chance, tout refus de titre de séjour ou de renouvellement est accompagné d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Même quand les personnes travaillent et sont installées depuis plusieurs années. Elles peuvent perdre tout ce qu’elles ont construit du jour au lendemain », explique Michèle Clamens. Elle affirme que la sévérité de la préfecture est devenue « draconienne » depuis la « loi immigration » portée par Gérald Darmanin en janvier 2024 et la « circulaire Retailleau », transmise aux préfectures l’année suivante.

    Parcours du combattant

    « C’est un parcours du combattant, il faut désormais justifier de 12 bulletins de salaire à temps complet sur les deux années écoulées, et être en activité au moment de la demande de régularisation. Sauf qu’en situation irrégulière, c’est très difficile puisque c’est illégal d’être embauché. » S’ouvre alors un « cercle vicieux », dont la seule issue consiste à trouver ce que les associations appellent un « patron solidaire » qui accepte d’attendre la fin des démarches et qui accorde une promesse d’embauche. « Cela reste soumis au bon vouloir de la préfecture, qui peut exiger un CDI, et il faut une autorisation de travail que le patron doit demander. Elles sont délivrées au compte-goutte », explique Élodie Para.

    Une généralisation des OQTF

    Parmi les personnes accompagnées par la Cimade de Gap, M., qui a souhaité rester anonyme, est arrivé en France à 16 ans en situation irrégulière. Reconnu comme mineur pris en charge par l’association sociale à l’enfance (ASE), il obtient un diplôme de peintre qualifié. Mais au moment de demander son renouvellement, son CDD vient de se terminer, il perd donc son titre de séjour. S’il trouve un CDI dans les jours qui suivent, la préfecture maintient son refus. Il se retrouve en situation irrégulière, sans droit au chômage, après avoir cotisé pendant trois ans et sous le coup et sous la menace constante d’une OQTF. « On constate que depuis la circulaire de 2025, des OQTF sont presque automatiquement associées au refus de titre de séjour. Or, les démarches peuvent échouer pour des motifs dérisoires. Une personne que nous accompagnons a vu son dossier refusé car elle avait fourni sa copie de livret de famille en couleur et pas en noir et blanc, déplore Élodie Para. C’est une charge de stress énorme pour les personnes concernées, qui peuvent terminer à la rue ou renvoyées pour une erreur dans un dossier. » Une situation complexe pour des personnes souvent en situation de grande précarité. La hausse des frais de titre de séjour, de 250 à 350 euros, annoncée en mai, ne va pas leur simplifier la tâche.

  • Un mort dans la collision entre un TER et un poids lourd à Saint-Raphaël

    Un mort dans la collision entre un TER et un poids lourd à Saint-Raphaël

    Mercredi matin, à 7h45, un TER a percuté un poids lourd sur un passage à niveau situé chemin de Pierre Dave, à proximité de la gare du Dramont, à Saint‑Raphaël. Le camion transportait plusieurs mobil-homes en direction d’un camping des environs. Son conducteur, un homme de 59 ans, est décédé dans la collision.

    Les 263 passagers du train ont été pris en charge. Parmi eux, 96 ont nécessité une assistance, dont 21 blessés légers transportés vers des hôpitaux. Les 40 sapeurs-pompiers dépêchés sur place ont rapidement maîtrisé l’incendie qui s’était déclaré sur la remorque du poids lourd.

    La circulation des trains est interrompue entre Saint-Raphaël et Cannes, ainsi qu’entre Toulon et Nice. Elle doit reprendre progressivement jeudi, mais avait déjà été rétablie entre Marseille et Saint-Raphaël-Valescure. En fin d’après-midi ce mercredi, des expertises étaient en cours pour réparer la caténaire, la voie et le passage à niveau. Les mobil-‑homes ont été évacués, tandis que les opérations de relevage du train se poursuivaient en début de soirée.

    Un passage à niveau qui pose question

    Le vice-président de la Région Sud en charge des transports, Jean-Pierre Serrus, s’est rendu sur les lieux de l’accident en fin de matinée. Il a adressé ses « pensées aux proches de la victime de l’accident et aux passagers, choqués et pour certains blessés ». Il a indiqué qu’une enquête avait été ouverte pour déterminer les circonstances du drame.

    Selon le président de la Région, Renaud Muselier, « les premières constatations laisseraient apparaître que le camion s’est immobilisé sur la voie ferrée. À la fermeture des barrières qui annonçaient l’arrivée du train, le conducteur est resté dans le camion pour tenter d’extraire son véhicule, qui a alors été percuté. »

    Ce passage à niveau posait-il des problèmes ? Selon un diagnostic de sécurité routière produit par le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), établi le 11 juillet 2024, il ne permettait pas « un bon franchissement pour tous les types de véhicule », ni « un mode de gestion permettant d’éviter que des véhicules se retrouvent bloqués ». Le document signalait également des problèmes de visibilité et de signalisation, dus notamment à la présence de végétation et de panneaux publicitaires.

    Les syndicats cheminots ont présenté leurs « condoléances » aux proches du chauffeur. Sud Rail Paca « apporte son soutien au collègue conducteur du TER Transdev » et salue « les collègues et les secours mobilisés sur l’événement », à l’instar de la CGT Cheminots Paca. « Cet événement tragique doit servir à sensibiliser les usagers sur la dangerosité des passages à niveau », ajoute Steven Croquefer, de la CGT Cheminots des Arcs-sur-Argens.

  • Une station routière romaine avec thermes mise au jour à Gémenos

    Une station routière romaine avec thermes mise au jour à Gémenos

    Une équipe de l’Inrap a mis au jour ces dernières semaines sur le site « Coupier Près » à l’entrée de Gémenos, les vestiges d’une station routière antique occupée entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère. Son complexe thermal en bon état de conservation est une réelle surprise.

    En accord avec le Service régional de l’archéologie et le Groupe Perottino qui porte le projet de lotissement de 12 maisons individuelles, chemin de la République sur une parcelle de 4 000 m² où la fouille préventive est menée depuis le 19 janvier, l’Inrap ouvrira le site au grand public toute la journée de samedi 28 mars pour présenter ces premières découvertes *.

    De précédentes fouilles aux alentours avaient déjà permis de cerner les limites d’une petite bourgade occupée à cette période par des populations locales romanisées. Une équipe de 10 archéologues investiguent le site jusqu’au 25 mai. Outre quelques petites pièces de monnaie massaliote en cuivre, des bris d’objets sont remontés, ceux d’un verre à boire, d’une assiette et de bols à sauce ou à condiments. Il faudra deux années ensuite à l’équipe scientifique pour approfondir les recherches et produire un rapport.

    « Le site a révélé les restes d’un bassin enduit de marbre, des murs, des fonds de canalisations et des fosses datées de l’époque antique et médiévale du XIIe siècle », montre Elsa Sagetat, responsable scientifique de la fouille et spécialiste de l’Antiquité. « On sait qu’on est à proximité de champs, de plantations de vignes et de vergers et de trois ou quatre voies antiques. Ce site est probablement à la limite sud de l’agglomération antique avec une petite ruelle et un ensemble de constructions qui pourrait être interprété comme une petite station routière à l’entrée de l’agglomération. On a trouvé des petits fours et des éléments métalliques, des clous de sandales qui laissent penser qu’il y a eu à une activité métallurgique sur la voie et de la cavalerie. »

    La station n’est pas notée dans les grands itinéraires impériaux connus dans l’Antiquité et relevés dans la table de Peutinger qui est une copie du XIIe siècle sous forme de parchemins d’une carte routière romaine couvrant tout l’Empire romain et les conquêtes d’Alexandre le Grand jusqu’en Inde. Cette petite station de Gémenos devait partir vers le rivage marseillais en étant reliée à la voie Aurelia qui passe beaucoup plus au nord et qui reliait l’Espagne et l’Italie, estime l’archéologue.

    La salle de chauffe

    Les fondations des thermes du site impressionnent par leur état de conservation. « Ces deux pièces aménagées sur des hypocaustes (pilettes) avec du béton hydraulique étaient chauffées par le sol par une salle de chauffe avec une pièce pour l’arrivée des combustibles. C’est un petit parcours thermal dans une station routière pour voyageurs comme on en a sur les bords d’autoroute. On verra dans nos recherches s’il y avait des baignoires. L’arrivée d’eau n’a pas encore été trouvée », explique Eva Sagetat pour qui « ces thermes sont trop petits pour être publics et trop grands pour être privés ».

    Les nombreux foyers observés sur plusieurs points associés à des fragments de fer, de bronze et de plombs orientent les archéologues vers l’hypothèse de restes d’un atelier de métallurgie. « Nous allons récupérer tous les micro-restes pour comprendre à quoi servaient les pièces. Était-ce pour l’enclume, le coulage, la mise en fusion du métal ? Qu’y fabriquait-on ? Un tel atelier à l’entrée de l’agglomération, n’était pas négligeable pour refaire les hipposandales des chevaux qui tirent les charrettes. Le fer à cheval n’existait pas, c’était une sandale en fer. »

    Plus à l’ouest de la parcelle de 4 000 m² deux grands espaces rudimentaires avec des traces de chape de charbon ont été dégagées dédiés à des activités artisanales. Une pièce de petite dimension aménagée d’un béton de tuileau supporte un four construit avec des fragments de dolium, ces grandes amphores et des briques de terre cuite, laissant penser à l’espace d’une cuisine.

    Toutes ces découvertes passionnantes sont donc à découvrir samedi avec leurs inventeurs à l’occasion d’une journée dédiée au grand public.

  • L’abandon du projet Hynovera sur la centrale de Gardanne confirmé

    L’abandon du projet Hynovera sur la centrale de Gardanne confirmé

    Hy2Gen avait déjà placé ses pions sur un autre échiquier et officialisé en mai 2025 un accord H2V, porteur depuis 2021 d’un projet industriel d’hydrogène renouvelable sur la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer. Le 10 février, une convention d’occupation sur 46,6 hectares de la ZIP était signée pour le nouveau projet H4, auquel le Port Marseille-Fos, Hy24 et Technip Energies sont associés. Cette fois, le groupe a définitivement jeté l’éponge à Gardanne face à la fronde citoyenne.

    À Fos, c’est un projet de grande envergure nécessitant un investissement de 1,5 milliard d’euros qui doit voir le jour en 2030 pour produire 390 MW d’hydrogène bas carbone pour l’avitaillement du transport aérien, avec 165 emplois à la clé. Il enterrait de fait Hynovera, qui soumis à la concertation publique sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP), se retrouvait avec d’énormes bâtons dans les roues. Le 11 mars, le président et cofondateur, Cyril Dufau-Sansot, a confirmé que « fin 2025, le propriétaire du site a mis fin à ses engagements relatifs au foncier. Sans cette disponibilité foncière, le projet ne peut espérer le développement programmé ».

    L’avenir des salariés

    Du côté des salariés de la centrale thermique de Meyreuil qui ferraillent depuis 10 ans pour garantir l’avenir de l’activité et des emplois, « en réalité ça fait deux ans que ce projet est tombé aux oubliettes », note sans surprise Jean-Michel Roccasalva, délégué CGT. Sur le site, alors que le projet d’unité de biométhane de BMP, filiale de GazoTech, doit entrer dans la phase de concertation sous l’égide de la CNDP, c’est maintenant la très libérale Cour des comptes qui cherche des poux dans le contrat qui lie GazelEnergie à l’État.

  • L’école de la deuxième chance face à la crise

    L’école de la deuxième chance face à la crise

    L’ambiance n’est pas au beau fixe dans les anciens abattoirs de Saint-Louis (15e), qui abritent l’école de la deuxième chance. Deux ans après l’arrivée d’une nouvelle équipe à sa tête, l’établissement, qui offre des formations aux jeunes de plus de 16 ans sans emploi ni formation, tente toujours de se dépêtrer de sa crise de gouvernance.

    Durant plus d’un an, la structure est en effet restée décapitée. Son président avait dû démissionner, en septembre 2022, après avoir échoué à ouvrir une antenne aixoise comme le souhaitait la Région – qui assure aujourd’hui que ce départ « relève de son choix », en rappelant qu’elle ne siège pas dans les instances. La directrice avait suivi au mois de décembre suivant, nommée à la Ville d’Aix. « On se demandait ce qu’elle faisait de ses journées, elle n’était là qu’un jour par semaine », souffle-t-on en interne. Il a fallu attendre le 30 novembre 2023 pour qu’Henri Carbuccia soit nommé président, puis juin 2024 pour qu’arrive une nouvelle directrice générale, Lila Somé. « Quand je suis arrivée, nous avons lancé une phase de diagnostic partagé qui a permis d’entendre la totalité des salariés, retrace-t-elle. Avant de se lancer dans l’élaboration d’un projet d’établissement qui a été finalisé au dernier trimestre 2025. » Avec notamment la mise en place de parcours individualisés à la carte pour les jeunes.

    Accompagnement annulé

    Mais cela n’a pas suffi à tourner totalement la page. Le 21 février, l’établissement se mettait en effet en quête d’un cabinet de conseil pour une mission « d’accompagnement stratégique et organisationnel ». Le cahier des charges ciblait « une période marquée par une forte instabilité managériale, une dégradation du climat social et un turnover élevé ». Si « un accompagnement engagé depuis octobre 2024 a permis de restaurer progressivement un collectif de direction fonctionnel », l’école sollicite malgré tout un prestataire externe « afin de sécuriser cette phase critique de transformation ». Signe de couacs persistants, le marché a été annulé ce vendredi : le conseil d’administration n’avait pas été prévenu.

    « Il n’y a pas un climat anxiogène ou de vive tension, nous sommes plutôt dans une optique de stabilisation », assure Lila Somé. Mais certains s’alarment du nombre élevé d’arrêts maladie. Surtout, cette stabilisation elle-même est menacée par les coupes des collectivités. « Il y a un problème de subventions, il faut se réorganiser parce qu’on a perdu des milliers d’euros. C’est ça le vrai sujet », s’alarme l’ex-adjoint (PM) à la jeunesse, Hedi Ramdane. Il cible des dotations du Département divisées par deux il y a deux ans, celles de la Région diminuées l’an passé de 10,5%. Le lancement d’une étude par le conseil régional interrogeant son soutien à ces structures ajoute à l’incertitude. « Les dotations s’adaptent chaque année au plus près des besoins réels de formation », se défend la collectivité, qui rappelle avoir doublé depuis 2020 (année de pandémie) son soutien aux écoles de la deuxième chance, pour atteindre 4,7 millions d’euros en 2025. Résultat de l’étude attendu fin 2026.

    « Nul n’est serein dans ce contexte, soupire Lila Somé. Nous-mêmes, nous sommes préoccupés, nous demandons beaucoup aux équipes parce que la demande est exigeante. » En cas de perte de soutien public, « je crains que ça ne se traduise par un plan de licenciements ». Même si la municipalité prévoit d’implanter d’autres activités dans les locaux pour alléger le loyer. Car les besoins sont de plus en plus criants sur fond de crise sociale. « Nous faisons face à des jeunes de plus en plus précarisés, de plus en plus éloignés de l’emploi, qui font face à de gros problèmes de santé mentale et à de nombreuses addictions », témoigne la directrice générale. Le nombre de jeunes suivis, plus d’un millier désormais, a atteint un niveau record. En leur apportant de vrais débouchés, avec plus de 70% de sorties positives.

  • Au consulat de Chine, les lycéens célèbrent la culture et les échanges

    Au consulat de Chine, les lycéens célèbrent la culture et les échanges

    À l’occasion d’une journée portes ouvertes au consulat de Chine, des lycéens de l’établissement international Jacques-Chirac et du lycée international Paca de Manosque ont été accueillis par le consul général. Dans une ambiance rythmée par la musique traditionnelle, ils ont découvert des stands de thé, d’origami et de peinture, avant de présenter danses, instruments et poèmes, mettant en valeur leur apprentissage culturel.

    Le consulat encourage le « rayonnement de la langue et de la culture chinoise » à travers des jumelages et des voyages d’études. « L’amitié franco-chinoise repose sur les échanges et le respect mutuel, souligne le proviseur du lycée international Paca, Nicolas Debenne. L’un des piliers, surtout pour les jeunes, c’est l’apprentissage de la langue chinoise ».

    Dans une lettre aux élèves et aux professeurs, le président chinois Xi Jinping estime que l’apprentissage de la langue permet de « mieux connaître la Chine, mais aussi de construire des ponts vers un avenir plus radieux pour les deux pays ».

    Un atout pour l’avenir

    Au lycée international Jacques-Chirac, Samy, élève de seconde en section chinoise, suit près de huit heures de cours par semaine. « Ma mère est chinoise, donc cela me permet de parler la langue. C’est une langue importante et ça fait partie de mon identité », explique-t-il. Pour Lili, élève au lycée international Paca et inscrite en section chinoise depuis l’école primaire, c’est d’abord « la richesse de la culture chinoise » qui l’a motivée. Un apprentissage qu’elle voit aussi comme « un vrai plus pour plus tard ».

  • Les discriminations dans le viseur de la fac et de la justice

    Les discriminations dans le viseur de la fac et de la justice

    Pas moins de 9 700 crimes et délits « à caractère raciste » recensés en 2025 par la police et la gendarmerie nationales en France, soit une hausse annuelle de 5%, certes moins importante que celle observée en 2024 (+ 10%)… Alors que le service de la statistique publique de la sécurité intérieure vient de publier les derniers chiffres sur le sujet, à l’invitation d’Aix-Marseille-Université (Amu) en partenariat avec la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, a tenu ce mercredi 25 mars une conférence sur la politique pénale en la matière. Un rendez-vous qui vient clore toute une semaine d’éducation avec projections ou visites du camp des Milles.

    « La lutte contre toutes les formes de discrimination ne relève pas seulement de l’émotion ou de l’indignation, elle exige une action collective et déterminée » a posé le président d’Amu, Éric Berton. Revenant sur le rôle éducatif de l’université, il rappelle que « racisme et antisémitisme ne sont pas des opinions, mais des délits qui portent atteinte au fondement même de notre République ».

    Une politique pénale prioritaire

    Cette politique pénale est d’ailleurs « devenue prioritaire » concernant ces affaires qui « peuvent paraître de faible intensité, mais porte atteinte à toute notre société », enchaîne le procureur de la République, rapportant que, le matin même, il avait appris que devant une synagogue marseillaise, un tag avait été retrouvé indiquant : « S’il y a encore des bombes sur les pays musulmans, on va faire comme en octobre, remember ». Le magistrat s’est emparé d’une circulaire qui donne « instruction aux parquets d’engager des poursuites dès lors qu’on était sur des phénomènes de racisme, d’antisémitisme et de discrimination ». Reste la difficulté de qualifier les faits. Quand des chercheurs font le lien entre antisémitisme et État d’Israël, ou quand CNews fait dans « l’islamophobie d’ambiance », soulève un enseignant.

    Le président de la Licra Marseille et avocat, Serge Tavitian, constate lui « depuis le 7 octobre » une radicalisation aux effets délétères. « Lors du procès Soral où je plaidais contre lui, j’avais déjà pu constater qu’il avait réussi à fédérer des jeunes », explique-t-il. Et d’alerter, aujourd’hui, sur une menace d’extrême droite, mais aussi d’« extrême gauche » toute aussi préoccupante. S’il a impulsé cette conférence, c’est donc pour sensibiliser la jeunesse, déplorant une faillite éducative.

    La question d’une étudiante demandant au procureur s’il n’y a pas une forme « d’acharnement » contre Tariq Ramadan, 18 ans de prison requis contre lui pour trois viols, entretenant une confusion victimaire, finira de le désarçonner…

  • Banderole raciste : 3 mois avec sursis pour les cinq identitaires

    Banderole raciste : 3 mois avec sursis pour les cinq identitaires

    La cour d’appel a confirmé le jugement du tribunal correctionnel de Marseille et condamné pour provocation publique à la haine, à la violence et à la discrimination contre les personnes d’origine africaine cinq militants d’extrême droite du groupuscule « Défends Marseille », affilié au sénateur Stéphane Ravier. La cour confirme la peine de première instance pour 4 membres du groupe à 3 mois sursis et allège celle de Aurélien Macé, leur meneur, de 6 à 3 mois avec sursis.

    Le 24 juin 2023, en plein concert de soutien à SOS Méditerranée – l’ONG qui depuis 2016 a secouru 42 700 migrants – ce quintuple haineux juché sur le toit d’un immeuble de la Tourette dont ils avaient forcé la porte, avait déroulé une immense banderole où l’on pouvait lire « Qu’ils retournent en Afrique, #defendsMarseille » et scandé des textes haineux.

    « Loin de défendre Marseille, ce mouvement salit l’image de notre ville avec sa banderole », réagit Me Alain Lhote pour la Maison des Potes.

    « Les juges n’ont pas été dupes de leur argumentation affirmant qu’ils étaient animés de convictions «”charitables” voire “chrétiennes” pour l’un d’entre eux », déclare Me Serge Tavitian pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), qui avait rappelé au procès que « le texte scandé lors du déploiement de la banderole et diffusé sur les réseaux sociaux, appelant à se révolter contre le virus, l’hémorragie, que représenterait l’immigration, reprenait le vocabulaire employé jadis contre les Juifs ou les Arméniens rescapés du génocide. »

  • Saint-Mauront fermé, Orange mise sur quatre sites

    Saint-Mauront fermé, Orange mise sur quatre sites

    Éparpillés façon puzzle… Alors que les syndicats n’ont eu de cesse de dénoncer les fermetures successives des sites d’Orange au profit du campus Massalia, à Saint-Mauront (3e), la direction de l’entreprise prévoit de reloger ses occupants au sein de quatre sites. C’est ce qu’indique un document présenté en CSE, ce mercredi, que nous avons pu consulter.

    Évoquant « l’accumulation des aléas bâtiment sur Massalia fin 2025 » et « à la suite des événements externes de quartier ayant accru l’insécurité », la direction, après une étude sur le lieu d’habitation de ses salariés, a établi que « la meilleure zone de recherche optimisant les temps de trajet domicile-travail se situait sur le nord-ouest de la ville ».

    L’entreprise veut aller vite. La situation du marché immobilier marseillais montrant « qu’il n’y a pas de disponibilité d’un site unique et aménageable entre le deuxième semestre 2026 et le premier de 2027 », et qu’il faut aussi 400 places de parking, le choix se porte sur Euromed I. Plus précisément du 20 au 23e étage de la Tour La Marseillaise, secteur que l’entreprise occupait auparavant, aux Docks, au 5e étage d’un immeuble de la Joliette et dans un bâtiment design, Eko, boulevard de Paris.

    Quel avenir pour le site ?

    De quoi accueillir les 1 092 salariés concernés, les 49 techniciens de Massalia rejoignant les sites de Saint-Marcel, Saint-Antoine et Vitrolles. Le tout pour la modique somme de 5,4 millions d’euros, sans compter les travaux qui se poursuivent à Saint-Mauront, évalués à 7,2 millions d’euros.

    Si la CFE-CGC, jusque-là impatiente de déménager, n’a pas souhaité commenter, la CGT réaffirme sa volonté de ne pas voir Saint-Mauront disparaître. « Un site historique de 1974. Cela fait 30 ans que j’y travaille, il n’y a pas plus d’insécurité qu’ailleurs », estime Olivier Neri, secrétaire général de la CGT Télécoms 13, assurant que « 70% des salariés sont d’accord avec nous. Et c’est crucial pour le quartier nous disent commerçants et habitants ». Des arguments que le syndicat avait développés, le 2 mars, devant les grilles. Ce que le syndicaliste ne comprend pas non plus, ce sont les 35 millions d’euros investis dans un campus jamais inauguré. Il n’a pas obtenu de réponse non plus sur l’avenir de Saint-Mauront, quand d’aucuns pensent que ses 35 000 m2 pourraient abriter un data center à moindres frais. La CGT se mobilise de nouveau, ce samedi 4 avril, à 10h.

  • [Entretien] Matthijs Gardenier : « La participation croissante d’acteurs non étatiques à la sécurité »

    [Entretien] Matthijs Gardenier : « La participation croissante d’acteurs non étatiques à la sécurité »

    La Marseillaise : Comment définiriez-vous le vigilantisme ?

    Matthijs Gardenier : C’est un phénomène où des personnes non rémunérées et volontaires se substituent aux forces de l’ordre. Nous vivons une période historique marquée par l’extension des logiques sécuritaires et par la participation croissante d’acteurs non étatiques à la sécurité. Le vigilantisme est l’une des modalités de cette extension du champ sécuritaire.

    Où situez-vous la frontière entre participation citoyenne à la sécurité et basculement dans le vigilantisme ?

    M.G. : Le basculement se situe très clairement dans l’intervention. C’est le fait d’agir directement, de menacer, d’utiliser la violence ou d’administrer des sanctions, c’est-à-dire de s’ériger en juge.

    Dans une ville comme Montpellier, quelles formes concrètes de « vigilance » ou de mobilisation sécuritaire observez-vous aujourd’hui ?

    M.G. : Je peux citer deux exemples. Le premier est ponctuel. En 2018, lors de l’occupation de la faculté de droit par des étudiants grévistes, le doyen, après le refus du préfet d’intervenir, a constitué un groupe qui a procédé lui-même à l’expulsion des étudiants par la force. Des images ont circulé et des étudiants ont même été blessés. C’est un exemple de citoyens qui se substituent à l’autorité de l’État pour faire œuvre de police. Le second exemple est d’une autre nature. Il s’agit d’un groupement de sécurité inter-bailleurs, une sorte de police des HLM, délégation de service public confiée à une entreprise privée, habilitée à intervenir dans les différents ensembles HLM de Montpellier. Ce n’est pas du vigilantisme à proprement parler, mais cela illustre la privatisation de missions qui relevaient auparavant du travail policier. À cela s’ajoute, bien sûr, la montée en puissance des technologies de surveillance.

    En quoi l’idéologie de la sécurité transforme-t-elle notre rapport
    à la police, à la justice et à la punition ?

    M.G. : Nous assistons à une bascule profonde. Dans la conception moderne de l’État, héritée notamment de Beccaria, la sécurité et la sanction relevaient de fonctions régaliennes. La police et la justice étaient assurées par l’État, et les peines obéissaient à une logique de proportionnalité et de réintégration de l’auteur dans la société. Ce rapport a changé. Des chercheurs comme Didier Fassin, qui parle de populisme pénal, ou David Garland, qui théorise l’idéologie de la loi et de l’ordre, ont documenté ce glissement. L’État serait désormais perçu comme inefficace, et les sanctions ne seraient jamais assez fortes. On passe d’un modèle de justice réintégrative à un modèle rétributif, où l’auteur ne doit pas se réformer pour revenir parmi nous, mais souffrir et être puni durement.

    Pourquoi avoir choisi d’associer « vigilantisme » et « idéologie de la sécurité » dans le titre de votre ouvrage ? À qui s’adresse-t-il ?

    M.G. : Cet ouvrage s’adresse aux chercheurs, mais aussi à toutes les personnes qui s’interrogent sur notre rapport à la sécurité et à la délinquance, à celles et ceux qui, face aux débats et polémiques, cherchent une approche factuelle. L’ambition est d’alimenter un débat public sur la reconfiguration de ce rapport. Nous sortons d’une vision régalienne où l’État assure seul la sécurité, pour entrer dans un modèle où des acteurs privés et citoyens jouent un rôle croissant. Ce sont des évolutions difficiles à mesurer, difficiles à documenter, qui méritent d’être mises en lumière.

    Comment analysez-vous le rôle
    du sentiment d’insécurité dans la légitimation de ces politiques ?

    M.G. : Le sentiment d’insécurité est toujours très difficile à quantifier, mais ce qui est certain, c’est qu’il existe une demande sociale de sécurité qui se perçoit comme insatisfaite, indépendamment du fait que la délinquance augmente ou non objectivement. Et cette demande s’auto-alimente. Le sociologue britannique Steven Spitzer l’a bien formulé. La sécurité est un bien économique dont la demande ne peut jamais être pleinement satisfaite. Prenons un exemple simple : quelqu’un qui installe une alarme chez lui sécurise objectivement son domicile, mais se fragilise subjectivement car l’alarme lui rappelle quotidiennement l’existence de potentiels cambrioleurs. Dans l’espace urbain, c’est identique, les caméras, les blocs de béton antiterroristes renforcent peut-être la sécurité réelle, mais rappellent en permanence la potentialité de l’agression et alimentent ainsi le sentiment d’insécurité.

    Si vous deviez résumer en une formule ce que cette actualité dit du rapport contemporain à la liberté ?

    M.G. : Je reprendrais une phrase de Robert Castel : une demande absolue de sécurité est rarement compatible avec les libertés publiques garanties par un État de droit. La vraie question, au fond, est, est-il souhaitable d’atteindre une sécurité absolue, si c’est au prix du renoncement à l’essentiel ?