Category: societe

  • [Travailleur de demain] Agathe Jouvenel ou l’art du design

    [Travailleur de demain] Agathe Jouvenel ou l’art du design

    Acharnée

    « Ce qui est bien dans le design, c’est d’abord qu’on continue à dessiner tout en faisant d’autres choses, mais aussi qu’on applique l’art à la vie de tous les jours », s’émerveille-t-elle. Car le designer laisse sa marque à chaque coin de rue : une pub, un affichage de concert, l’emballage d’un produit, le logo d’une entreprise, « même une devanture de café ! » souligne l’étudiante, désignant l’enseigne qui se trouve alors derrière elle. « En ce moment, je travaille sur la mise en page d’un livre, pour essayer de faire quelque chose d’un peu original. On peut vraiment toucher à tout. » Comprendre l’histoire d’une marque, son identité, parvenir à transcrire dans un visuel l’idée que veut défendre un client… C’est sur toutes les étapes du processus artistique qu’Agathe aime passer du temps, toujours curieuse d’explorer sa créativité. Qualité nécessaire, mais pas suffisante. La jeune fille l’apprendra à ses dépens, à l’occasion de sa première participation aux WorldSkills, au niveau régional. « Beaucoup de ceux qui concourent ont fait un Bac design, j’avais donc pas mal de retard au niveau technique, ce qui a failli me coûter ma place… » Plus déterminée que jamais à combler ses lacunes, la designeuse passera des heures à affiner ses méthodes, se testant plus d’une vingtaine de fois dans les conditions réelles du concours : six heures d’épreuve non-stop, sans accès à internet. Les efforts semblent avoir payé : elle obtient finalement la médaille d’argent et devient du même coup vice-championne de France. « J’ai vraiment énormément appris, jure-t-elle. Je pense que j’ai condensé en 6 mois un entraînement de deux ans. Et je l’ai ressenti au niveau des notes à l’École, j’ai beaucoup progressé ! ».

    À la veille de son entrée en Master 1, elle est à la recherche d’une alternance dans une agence de design, l’occasion, selon elle, de travailler tout « type de matières ». « Si mes parents ne comprennent pas toujours ce que je fais, je crois qu’ils sont fiers ! ».

  • Les Compagnons des Côtes-du-Rhône préparent leur cuvée dans le Vaucluse

    Les Compagnons des Côtes-du-Rhône préparent leur cuvée dans le Vaucluse

    Ce vendredi midi, des préparatifs battent leur plein à proximité de la place du palais des Papes. On s’affaire à mettre sur pied la 5e édition du « Live des Côtes-du-Rhône », qui se tient ce samedi, et mêle dégustations de vins * – parmi 200 références – et concerts. Un peu plus haut au Rocher des Doms, les Compagnons des Côtes-du-Rhône reçoivent la presse au sein du clos de la vigne du Palais des papes. Ce n’est pourtant pas cette association qui organise le Live de samedi, mais Inter-Rhône, le syndicat interprofessionnel des vignobles de toute la vallée du Rhône.

    Comme en été devant un rayon d’une vingtaine de vins rosés différents, le profane peut vite se perdre parmi les syndicats et associations faisant la promotion de la filière viticole, poids lourd de l’économie locale (56% de l’agriculture vauclusienne provient de la viticulture). « On travaille ensemble, il n’y a pas de concurrence », assure David Bérard, promu délégué opérationnel et développement des Compagnons des Côtes-du-Rhône. Soit 72 bénévoles issus du milieu viticole ou pas qui organisent plusieurs événements destinés à valoriser les Côtes-du-Rhône, « une appellation qui touche 171 communes, 4 départements et 27 000 hectares », chiffre Pierre Saysset, directeur de la fédération des vignerons indépendants de Vaucluse et conseil du nouveau bureau des Compagnons, élu en avril dernier.

    « On est une association culturelle et de promotion de la vigne pour faire d’Avignon la capitale des Côtes-du-Rhône », souligne Brigitte Bouvier, la nouvelle présidente des Compagnons, par ailleurs directrice du lycée viticole d’Orange. Tout au long de l’année, l’association organise quelque 90 événements fréquentés par 15 000 personnes (dont 40% venus d’en dehors du territoire), parfois autour d’un public restreint de professionnels ou de touristes étrangers, mais avec toujours trois temps forts populaires : les Estivales du Rhône, le Ban des vendanges et le théâtre des sens.

    Raclette dans la vigne

    en janvier

    « Cet hiver, pour toucher un autre public et animer les ailes de saison, on a organisé une raclette dans la vigne autour de la Saint-Vincent, le patron des vignerons, les 200 places sont parties en 24h, on peut déjà donner rendez-vous en janvier prochain », annonce David Bérard. Mais avant cela, se préparent les Estivales, qui se tiendront le 6 juin. « Une balade patrimoniale et gourmande dans un lieu encore tenu secret à Avignon », promet-il. Un nouveau rendez-vous, encore en phase de validation, est prévu en juillet à destination de la jeunesse. Enfin, le point d’orgue pour les Compagnons reste le Ban des vendanges, lancé en 1995 et qui se revendique « comme la plus grande fête populaire gratuite » en Vaucluse. Il aura lieu le 29 août, sur la place du Palais des papes.

    * À consommer
    avec modération

  • Un salon « sans alcool » à déguster sans modération à Aix-en-Provence

    Un salon « sans alcool » à déguster sans modération à Aix-en-Provence

    Installée depuis deux ans rue Portalis, les clients ne cessent de passer la porte de la Cave Parallèle. Raison de plus, pour organiser le premier salon « Sans alcool ». Après avoir lancé la seule cave franchisée, 100% sans alcool de la ville il y a deux ans, Ségolène Bakès monte cet événement inédit pour Aix-en-Provence au cloître des Oblats, sur deux jours, les samedi 30 et dimanche 31 mai. Pas moins de 25 producteurs de vins, proposant des gammes non alcoolisées, planteront leur stand pour l’événement.

    Au total, près de 80 produits seront proposés à la dégustation et à la vente. « Si le sans alcool est de plus en plus connu, il y a un gros travail d’éducation à faire. Les producteurs viennent aussi en solidarité pour nous, montrer que la filière nous soutient également, contextualise Ségolène Bakès. À l’ouverture de la boutique, les gens pensaient que seuls les malades venaient ici. Alors que 85% des clients sont flexidrinkers, et sont contents d’avoir des alternatives. » Vins désalcoolisés, surtout, mais aussi whiskies, bières, des pétillants et des cocktails pourront être dégustés sans modération, sur ces deux jours. Des producteurs locaux proposeront également leurs produits. Le tout, dans une ambiance musicale, avec une pianiste le samedi, un saxophoniste le dimanche. Autre objectif derrière ce salon : attirer les restaurateurs, qui tardent à investir dans la filière. « Si ça marche bien, on renouvelle l’année prochaine », promet Ségolène Bakès.

  • À la Savine le retour du bus de nuit marseillais vaut bien une fête

    À la Savine le retour du bus de nuit marseillais vaut bien une fête

    La mairie de secteur a organisé une fête de quartier hier soir à partir de 20h autour de la desserte qui est réouverte en soirée. Un événement célébré en présence de Samia Ghali, qui a pris les rênes du conseil d’administration de la RTM.

    Depuis 3 ans, « on ne sait plus sous quel prétexte, un caillassage ? », interroge le collectif Kalliste Granière Bourrely Solidarité (KGBS), puis justifiée par la RTM par la mise en place d’un nouveau plan de transport, la desserte de la cité a été supprimée après 21h. Après une alerte de KGBS, des interpellations de la présidente de la Métropole (DVD) Martine Vassal, un soutien de la mairie de secteur, du CIQ et une pétition pour le droit à la mobilité, les habitants restaient condamnés à faire travailler leurs mollets ou à rester chez eux.

    Cette situation pénalisait « lourdement les habitants, notamment les travailleurs aux horaires décalés, les jeunes, ainsi que toutes celles et ceux pour qui les transports en commun représentent un lien essentiel avec le reste de la ville », plaidait à nouveau Salim Siouani en avril dernier dans une relance à la RTM, adressée cette fois à Samia Ghali, fraîchement nommée à sa présidence, Au-delà d’un simple service, cette ligne constituait un véritable outil d’égalité et de sécurité ». L’urgence a été entendue et les Savinois ont retrouvé leur droit au transport en commun après 21h. C’est « fière et heureuse » que Samia Ghali a remercié « les équipes de la RTM, qui se sont mobilisées pour concrétiser cette avancée dans un délai très court depuis ma prise de fonction ». Un militant syndical y voyait « le signe du retour de la gauche dans nos quartiers ».

  • Face au vacarme, Joann Sfar fait dialoguer BD et musique à Marseille

    Face au vacarme, Joann Sfar fait dialoguer BD et musique à Marseille

    Je veux croire qu’ils ont fait une erreur et n’ont pas ouvert le livre », espère l’artiste qui soutient la paix au Moyen-Orient depuis trente ans. Invité au théâtre de La Criée pour présenter son dernier ouvrage Terre de sang dans lequel il explore les fractures liées au conflit Israël-Palestine, l’auteur de bandes dessinées a essuyé les foudres du collectif Cultures en lutte 13.

    Le 25 mai sur Instagram, le collectif avait appelé au boycott de Joann Sfar sous le slogan : « Sionistes hors de notre ville ! » Il reproche à l’auteur ses prises de position depuis le 7 octobre 2023, notamment dans une tribune collective adressée à Macron dans laquelle les signataires s’opposent à une reconnaissance de l’État palestinien « sans conditions préalables ». Avant le concert, devant le théâtre national, le collectif Nous vivrons est venu soutenir le dessinateur armé de pancartes : « Antisémites, hors de la République ! » Il faisait front aux militants de l’Union des juifs de France pour la paix (UJFP) et de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) qui ont rejoint l’appel au boycott. Un petit cordon de policiers, sous le fronton du théâtre estampillé de l’inscription « pour une vie ensemble, uni-e-s et solidaires », séparait les antagonistes d’un navrant spectacle. Les uns criant « fascistes ! », les autres rétorquant « non, vous fascistes ! ». Tous desservant au final le principe de la paix.

    Toutes les voix

    Le concert-dessiné a eu lieu pour présenter l’ouvrage dont le titre fait écho à Joseph Kessel et à son Terre d’amour et de feu, publié en 1965. Organisatrice du festival, l’association Des livres comme des idées a défendu sa programmation et rappelé la présence dans ses différentes éditions, de personnalités telles que Karim Kattan, Leïla Shahid, Elias Sanbar ou Hiam Abbass. Quant au maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, il avait tranché : « Ce sont la violence et les messages de haine qui ne sont pas les bienvenus à Marseille. »

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Attribuée de manière erronée à Voltaire, la citation n’en défend pas moins la liberté d’expression qui ne connaît pour frontières que le racisme et l’antisémitisme. Et l’œuvre de Sfar est exempte de propos fascistes et haineux. « Je m’oppose aux extrémistes de tous les camps », a-t-il assuré. Aux bruits des bombes, il opposait vendredi soir le trait de son crayon et le son de la musique manouche jouée par Frank Anastasio, Marcello Marella et Steven Reinhardt. Face au tumulte de positions irréconciliables, il veut croire à la force du dialogue, qu’il a mis à l’épreuve, de Tel Aviv à Ramallah en s’évertuant à « faire entendre ici les voix palestiniennes et israéliennes qui œuvrent pour la paix ». Il a du pain sur la planche. Plus loin, dans les bars du port, le son de Jul mettait tous les clients au diapason.

  • Bingui l’assure, le trafic de stup’, ce n’est pas sa came

    Bingui l’assure, le trafic de stup’, ce n’est pas sa came

    Les jours se suivent et se ressemblent à la barre de la 7e chambre correctionnelle de Marseille… Après l’audition du présumé numéro 2 du clan Yoda, c’était au tour de Félix Bingui, le chef « incontestable » d’un des plus gros réseaux marseillais de stupéfiants selon les enquêteurs qui l’ont suivi à la trace durant deux ans, de 2021 à 2023, de nier fermement ce vendredi 29 mai tout ce dont on l’accuse.

    L’Alésien de 35 ans, au casier judiciaire déjà fourni avec 13 mentions, en détention provisoire après avoir été interpellé au Maroc, est mis en examen pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment lié au trafic de stupéfiant. Le tout en récidive. Il risque jusqu’à 20 ans de prison. Passé au grill des questions de la présidente, il argumente, pied à pied dans la chaleur étouffante du tribunal. Sur les 19 co-prévenus, il en connaît « 6 ou 7 », les côtoie « du quartier ». Loin d’être à la tête d’un réseau assure-t-il, quand la présidente cite des écoutes du dossier selon lesquelles il tient les points de deal de « la Paternelle », « la Cabu’ » et « les Micocouliers ».

    Quand les enquêteurs font le portrait d’un homme à poigne, à qui on rend des comptes, qui règle les conflits entre personnes si nécessaire, récolte le fruit de la vente de drogue, est impliqué dans la fourniture d’armes, il réfute encore. « Je n’ai jamais été quelqu’un de violent », martèle-t-il. Le trafic de stup’, ce n’est pas sa came. Tout ça ne serait que ragots trouvés sur les réseaux sociaux. Mieux, la Paternelle, il n’y a « jamais mis les pieds ». La guerre entre la DZ et Yoda pour s’approprier les points de deal marseillais, c’est de l’affabulation, « y a un Snap qui a fait je ne sais pas combien de vues sur Marseille… »

    De la chance aux jeux

    Quand la femme de son beau-frère, Omar B., l’accuse dans une conversation interceptée par les policiers, avec la femme d’Amir A., d’avoir donné le go pour l’assassinat de leurs compagnons le 3 mai 2023 à Salou en Espagne, il s’agace. « Elle est tarée », balance-t-il. Et ce n’est pas son beau-frère qui était visé, « il n’avait rien à voir » affirme-t-il. « Les échos que j’ai eus, c’est que c’était une troisième personne qui était avec eux qui les a quittés deux minutes avant », répond-il refusant de donner un nom.

    Lui s’est contenté de « toucher » parfois pour sa consommation « de la beuh plus que du shit. » Ces allers-retours entre le Maroc, l’Espagne et ses brefs séjours successifs à Marseille, dans des hôtels de luxe, qu’il ne réserve pas lui-même parce qu’il n’a « pas toujours de carte bleue », pas plus que les 19 voitures de location avec lesquelles il se déplace, c’est pour pointer, aller voir sa mère pas du tout parce qu’il se sent menacé. Tout de même, « quand on voit la pluralité de lignes de téléphone, de véhicules loués, cela donne le sentiment que vous ne voulez pas être tracé… », analyse la présidente du tribunal. « Cela n’a rien à voir avec tout ça », rétorque-t-il, « sinon je serai même pas venu à Marseille. Je ne me suis jamais caché. Je n’ai pas fui j’étais juste chez moi au Maroc, j’en avais marre de la France ».

    Ses revenus pour les voyages en Thaïlande, à Dubaï, les achats d’articles de luxe dont des montres, « des répliques » oppose-t-il, il les tire de son activité de locations de voitures menée depuis sa cellule, « je suis sorti de détention presque avec 70 000 euros » ose-t-il, de paris sportifs, à raison par exemple de 100 euros misés pour 19 000 euros gagnés d’un coup. Pas de la veine mais un savoir-faire : « C’est pas le loto non plus. » Il y a aussi les parties de poker qu’il organise dans un local attenant à l’alimentation de la rue Thubaneau (1er) dont, là non plus, il n’est pas propriétaire. De quoi faire ajouter au procureur une requalification de blanchiment simple et en bande organisée en fin d’audience…

  • À Marseille, des plages sous surveillance

    À Marseille, des plages sous surveillance

    Comme chaque été, la Ville de Marseille a déployé depuis vendredi son dispositif de surveillance des plages et du littoral. Ainsi, 5 chefs de secteur, 24 chefs de poste, et 104 nageurs-sauveteurs recrutés par la Ville et formés par le Bataillon des Marins-pompiers, seront mobilisés ces prochains mois. De plus, 46 agents des sani-consignes ainsi que 40 agents Safer Plage seront aussi déployés pour veiller au bon déroulement de cette saison balnéaire.

    Pour appréhender au mieux d’éventuelles urgences, la Ville compte aussi équiper « pleinement » chaque poste de surveillance. Ainsi, chaque antenne de contrôle sera munie de défibrillateurs, de kits pharmaceutiques complets, de matériel d’oxygénothérapie, de planches de secours, et de radios mobiles pour rester connecté aux équipes à terre comme en mer.

    Des patrouilles adaptées

    « Tout est mis en place pour garantir un été serein, les pieds dans l’eau », assure la Ville, qui dit avoir « trois priorités essentielles, la sécurité, l’hygiène et le confort ». Pour ce, la ville promet l’accessibilité de ces « mêmes services » sur l’ensemble du littoral. Avec la présence systématique « d’appareils et d’installations d’hygiènes ».

    De plus, la Ville annonce déployer une patrouille maritime municipale qui aura plusieurs missions : « Surveiller les espaces protégés, recenser la fréquentation humaine en mer ou encore effectuer des actions d’information et de sensibilisation auprès des plaisanciers, des capitaineries, des plongeurs, pêcheurs, etc. » Et ce, en étroite collaboration avec la brigade maritime de la police municipale déployée à l’année. Son rayon d’action s’étend sur l’ensemble des 850 hectares de l’Air marine protégée du Frioul. Et elle interviendra en cas d’accident, le cas échéant.

  • [Entretien] Brahim Timricht : « Nager est fondamental,au même titre que lire et écrire »

    [Entretien] Brahim Timricht : « Nager est fondamental,au même titre que lire et écrire »

    Brahim Timricht porte l’amour de la mer en lui depuis tout petit. Dans son quartier du 14e arrondissement de Marseille, l’éducateur sportif a lutté contre le manque d’accès des petits à la mer en les emmenant chaque été à la plage. Il constate rapidement que la plupart des enfants ne savent pas nager. Aujourd’hui, le Grand bleu est l’association d’apprentissage de la natation la plus importante de Marseille. Elle dispense également des formations de maîtres-nageurs et de sauveteurs.

    La Marseillaise : Pouvez-vous expliquer le slogan de l’association : « L’avenir c’est l’insertion par les métiers de l’eau » ?

    Brahim Timricht : Nous avons ouvert le pôle formation en octobre 2022 et 80% des jeunes formés proviennent des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Ce pôle formation est nécessaire car la hausse du nombre de noyades est en partie liée au manque de sauveteurs et maîtres-nageurs. Au niveau national, on estime qu’il manque 5 000 maîtres-nageurs et à Marseille, nous sommes la première association à dispenser des formations pour obtenir le brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BSSA). On a remarqué que les besoins étaient énormes et que le manque de mobilité faisait partie des freins. C’est pour cela que le pôle formation, basé à Marseille, s’est déplacé à Avignon et à Aix pour former d’autres jeunes.

    De quelle manière l’association s’inscrit-elle dans la réponse aux hausses du nombre de noyades ?

    B.T. : Apprendre à nager est fondamental, au même titre qu’apprendre à lire et à écrire. L’an dernier, 2 500 enfants ont appris à nager au Grand bleu. Mais nous enseignons aussi la natation aux adultes. En 2025, 150 mamans ont appris à nager à l’association. Jusqu’ici nous avons enseigné la natation en piscine et en mer, notamment à la base nautique de Corbière, et nous avons récemment inauguré notre nouveau local : un tiers-lieu situé dans le 14e, avec une grande piscine bientôt fonctionnelle.

    Quels sont les défis auxquels vous faites face et quelles sont les solutions pour répondre aux lacunes en natation ?

    B.T. : Un enfant sur deux ne sait pas nager à son entrée en 6e et c’est un énorme problème. Nous sommes présents sur des quartiers où les enfants n’ont pas forcément accès à une piscine ou à la mer et dont les parents sont submergés, avec beaucoup de familles monoparentales et des mamans seules. Dans le 13e, il n’y a qu’une seule piscine, celle de Frais Vallon, et entre les écoles, les clubs et les particuliers, on ne s’en sort pas. Le « Plan piscine », initié par la Ville, prévoit notamment la rénovation de la piscine Nord, de celle de Bougainville et de Luminy. Mais cela prend du temps. Ce serait pertinent de centraliser les demandes des familles pour des stages et des cours de natation en créant une plateforme dédiée, regroupant Le Grand bleu et les quatre autres associations d’enseignement de la natation à Marseille.

    Entretien réalisé par Diane Villemin

  • La région, plus touchée par les noyades

    La région, plus touchée par les noyades

    Quelque 1 418 noyades dont 409 mortelles ont été recensées en France entre le 1er juin et le 30 septembre 2025, selon le rapport de Santé publique France. Une hausse respective de 14% et 16% par rapport à l’année précédente. Les sapeurs-pompiers de France alertent sur ces chiffres qui traduisent une réalité : la baisse de vigilance dans les moments du quotidien, notamment lors des baignades, des activités familiales ou des loisirs estivaux. La région Paca est la plus touchée par le nombre de noyades : 332 noyades dans l’été (51 suivies de décès).

    Cette augmentation générale est fortement corrélée aux périodes de canicule et à la surfréquentation qu’elles engendrent. Aurélien, capitaine de corvette du bataillon des marins-pompiers de Marseille, dresse la typologie des accidents : « Il y a une grosse proportion de surévaluation de ses capacités, il y a aussi la méconnaissance des phénomènes naturels comme les courants ou le mistral. Sur les enfants, c’est le manque de vigilance et de surveillance. » La différence à Marseille, ce sont les nombreux lieux de baignade non surveillés, difficiles d’accès et rocheux qui constituent de « véritables facteurs accidentogènes et une intervention parfois plus compliquée », prévient le marin-pompier. « Les gens sous-estiment toujours les risques, comme le jet de mégots dans la forêt », affirme le lieutenant-colonel Brocardi.

    En cause, le téléphone portable

    À Marseille, 80% des noyades ont lieu sur la voie publique, c’est-à-dire dans la mer et les cours d’eau, et 20% en piscines privées. Et plus de la moitié de ces interventions ont lieu pendant la seule période estivale.

    Les sapeurs-pompiers pointent du doigt le téléphone. « La prise de conscience doit être renforcée. Notre attention diminue notamment à cause de notre téléphone. On est dans une société de consommation, ça a un impact psychologique et sur les réflexes quotidiens », alerte le lieutenant-colonel Éric Brocardi des sapeurs-pompiers de France. Il poursuit : « La plupart des drames que j’ai pu voir en tant que pompier, c’est : “Je n’ai pas fait attention.” Les vies dépendent du regard. Des fois, ce n’est même pas une question de savoir nager. » La noyade reste un phénomène difficile à détecter. Silencieuse, elle peut survenir en quelques secondes seulement, sans signe évident de détresse. Face à ce risque, les secours appellent à la vigilance : ne jamais quitter des yeux un enfant, même brièvement, éviter de se baigner seul et tenir compte de son état de fatigue ou des conditions météo. Fréquenter des plages surveillées diminue fortement les risques mortels. « Dès qu’il s’agit de milieux éloignés sans surveillance, les délais d’intervention sont au minimum de 10 à 13 minutes. On sait que déjà au bout de trois minutes, il y a des séquelles irréversibles », rappelle le lieutenant Christophe Sola, des sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône.

    Christophe Sola (Sdis 13) précise qu’il faut également faire un travail de prévention auprès des parents en bord de plages : « On interpelle : “Attention votre enfant a perdu le brassard, attention vous êtes allé un peu loin”, on leur dit de nager parallèle à la plage, pas aller au 300m parce que oui il y a des bouées mais elles sont très grosses et glissantes, etc. »

    La surveillance des plages, assurée par les communes avec l’appui de sauveteurs et de secouristes, reste un maillon clé de la prévention. À l’échelle nationale, le lieutenant-colonel Brocardi évoque un manque récurrent de surveillants. « Il n’y a que cette année où il y a eu beaucoup de demandes pour être sauveteurs, ici dans les Bouches-du-Rhône. On n’a pas pu prendre tout le monde, nos équipes sont complètes », rassure Christophe Sola. « Dans le département, 28 plages sont surveillées sur 15 communes », par environ 350 sauveteurs.

  • [Entretien] Médéric Gasquet-Cyrus : « Jul incarne une partie de l’esprit de Marseille »

    [Entretien] Médéric Gasquet-Cyrus : « Jul incarne une partie de l’esprit de Marseille »

    La Marseillaise : Dans ses musiques, Jul utilise des expressions provençales, mais aussi arabes ou comoriennes. En quoi représente-t-il la diversité du parler marseillais ?

    Médéric Gasquet-Cyrus : Le parler marseillais, c’est quelque chose qui a toujours été divers, complexe. Mais souvent, on a une image un peu figée du Marseillais. On se dit que c’est celui de Marcel Pagnol, des anciens, des joueurs de boules, des pêcheurs… Alors, oui, mais ce n’est pas que ça. C’est aussi le parler du centre-ville, de Noailles, des quartiers périphériques, des quartiers Nord, de la Rose et celui des jeunes. Et ces jeunes ne sont pas tous de souches provençales. Ils peuvent être d’origine maghrébine ou comorienne. Ce parler-là existe depuis longtemps. Et là, il est mis en valeur, mélangé, sans qu’il y ait de choix ou de hiérarchie chez Jul. Il est mélangé à de l’argot, à ce Marseillais traditionnel, à ces mots gitans, à ces mots anglais ou espagnol… Donc il y a cette moulinette de mots, de phrases, d’expressions qui passent dans toutes ces chansons et qui montrent la diversité de ce Marseillais qui est plus riche que ce que l’on imagine.

    Maintenant que ses chansons sont écoutées dans toute la France et au-delà, cela aide-t-il à démocratiser certaines expressions marseillaises ?

    M.G.-C. : L’impact de Jul est tel que l’on écoute ses chansons, mais on en parle aussi sur les réseaux sociaux. Des Marseillais s’expriment et ça brasse des milliers de discours, d’écoutes. Les gens sont donc de plus en plus exposés au parler marseillais. Petit à petit, on peut tenter de faire une imitation puis, à force de l’imiter, on se met à employer certaines expressions. Cette surexposition est hors norme, elle dépasse Marseille, et donc le langage déborde lui aussi.

    Est-il devenu un symbole de Marseille ?

    M.G.-C. : Il incarne une partie de l’esprit de Marseille. Cela ne veut pas dire que Marseille, ce n’est que ça. Mais, aujourd’hui, c’est la bande-son de Marseille. C’est-à-dire que si vous prenez la voiture et que vous voulez vivre un moment sympa sur la corniche en ville ou sur l’autoroute, c’est souvent Jul qui accompagne le trajet. Parce que ça va avec. Il fait partie du paysage, à la fois sonore et visuel : les t-shirts, les dessins, sur les murs… Il est partout. C’est l’esprit de Marseille qui monte. Et qui s’arrête où ? On ne sait pas, parce que le Stade Vélodrome, le Stade de France, les records de ventes, les disques d’or et de platine, sa trajectoire est folle.

    Le phénomène dépasse-t-il
    les chansons
     ?

    M.G.-C. : Son image, son univers et ses mots sont sortis de sa simple activité de rappeur. Maintenant, tous les gens le connaissent, même sans écouter ses chansons. Tout le monde en parle, sans forcément être fan, sans forcément l’écouter. À Marseille, on ne peut pas traverser la ville sans voir une référence à Jul. Et puis il y a ce geste, ce signe reconnaissable, dont tout le monde a la référence désormais. Il est repris de manière presque inconsciente. Dès que des Marseillais posent sur des photos, ils font ça. Et pas seulement les Marseillais, c’est devenu une sorte de réflexe. Et encore une fois, on peut faire ce signe sans aimer ou sans écouter ses chansons. C’est bien que quelque chose d’autonome s’est créé autour de son univers.

    Propos recueillis par Eva Janus