Category: societe

  • Le CIL de Besse-sur-Isole défend Sœur Mathilde, accusée de ne pas être une religieuse

    Le CIL de Besse-sur-Isole défend Sœur Mathilde, accusée de ne pas être une religieuse

    Le communiqué de Monseigneur Touvet, évêque du Diocèse de Toulon-Fréjus, publié le 17 avril, a de nouveau troublé la tranquillité du village de Besse-sur-Issole, 3 200 habitants. Il y est affirmé que sœur Mathilde des Cœurs Unis (Mathilde Rocoffort de Vinnière de son nom civil) « n’est pas une “religieuse” ».

    Arrivée à Besse-sur-Issole en 2020, elle prononce des vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, le 2 février de cette année, en présence de l’évêque de l’époque, Mgr Rey. Des vœux privés, qui, selon Mgr Touvet « ne donnent droit ni au titre de religieuse, ni au port d’un habit religieux ».

    Gonfaron,

    point de discorde ?

    Pourtant, l’actuel évêque envisageait de lui confier une mission à Gonfaron, en 2025, mission qu’elle aurait refusée. L’évêque aurait alors estimé qu’elle ne pouvait être considérée comme religieuse et ne pouvait donc pas assurer de fonction religieuse. « C’est faux, elle avait accepté, mais ne pouvant payer trois mois de loyer d’avance pour son logement, elle a dû se raviser », rétorque François Paz, président d’un Comité d’intérêt local (CIL) laïc créé la même année, pour soutenir sœur Mathilde, « une personne qui mène une vie de religieuse tout en étant très utile et aimée ». Fort de 600 adhérents, le CIL l’a d’ailleurs missionnée pour s’occuper d’enfants, « sans dispenser de formation religieuse », précise-t-il.

    Après cet épisode, en octobre, le curé de la paroisse, l’abbé Bonfils, refuse de célébrer une messe en l’honneur de l’anniversaire de ses vœux. Conséquence du différend de Gonfaron ? « Je pense que cette situation a commencé avant, on voulait se débarrasser d’elle pour une raison que j’ignore », estime François Paz. Après les élections municipales, un nouvel épisode survient. Selon le président du CIL, sœur Mathilde est accusée « d’avoir fait perdre le maire sortant » et serait devenue la cible d’insultes, ce qui la pousse à déposer plainte. Dans le cadre de l’enquête, l’abbé Bonfils ainsi qu’un prêtre d’un village voisin sont convoqués par la gendarmerie, « sous prétexte qu’ils refuseraient de la considérer comme une religieuse », écrit Mgr Touvet. « Il ne prend pas en compte les mesquineries qu’elle a subies », juge le président du CIL. Tous deux disent vouloir le « retour du calme » au sein du village. « C’est notre ligne directrice et pour cela, il faut du dialogue », conclut François Paz.

  • [Entretien] Julien Guimard : « Réinventer ici et ensemble, à son échelle, le monde de demain »

    [Entretien] Julien Guimard : « Réinventer ici et ensemble, à son échelle, le monde de demain »

    La Marseillaise : Vous êtes un militant associatif très engagé. Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

    Julien Guimard : Oui, d’autant que les réalisations d’aujourd’hui sont l’aboutissement de 20 ans de travail sur le terrain, que ce soit avec la foire bio que j’ai lancée en 2003, mais aussi par rapport à tout ce que j’ai mis en place pour créer du lien sur le territoire. Notamment avec l’association la Vallée du Gapeau en transition, qui a fait plein d’étincelles. Toujours dans cette idée de donner des moyens d’agir concrets aux acteurs d’un territoire. C’est comme ça qu’on a créé, entre autres, le magasin biocoopératif et la monnaie locale : la Fève.

    Et aujourd’hui, vous publiez
    «
     À l’aube de nos territoires »*, votre nouveau livre…

    J.G. : C’est un livre de portraits conçu à quatre mains avec des amis tout autant engagés, qui souhaitent, eux aussi, à leur échelle, répondre aux enjeux de notre époque. Je me suis occupé de l’écriture des textes, qui sont accompagnés des photographies de Virgil Prudhomme et des aquarelles de Canelle Mingo. L’ensemble a été construit, mis en page et articulé par Aurélien Prudhomme, designer graphique. J’ajoute qu’il a été imprimé dans la région. Il est le reflet de toutes ces années de militantisme pour montrer toutes les richesses du territoire, mettre en lien les consommateurs et les producteurs. C’est un petit peu l’actualité du moment.

    Que raconte ce livre ?

    J.G. : Nos rencontres avec des producteurs de la région, du département. Et parmi ces personnes, il y en a que je connais depuis 2 ans, 6 ans, 10 ans… Ce qui m’a permis de prendre le temps de vraiment avoir des discussions profondes avec eux.

    J’avais vraiment envie de raconter leur histoire et de montrer qu’ils ont un savoir-faire extraordinaire. On a l’une des meilleures permacultrices de France, un apiculteur formateur qui a une connaissance incroyable de l’abeille. Ou encore, par exemple, des gemmothérapeutes qui font du soin avec les bourgeons. Je voulais vraiment mettre en lumière tous ces gens-là. Sans cacher, bien sûr, leurs difficultés, mais on a souhaité surtout montrer de belles choses. Et je pense qu’à l’époque qu’on traverse, c’est important de montrer aussi de belles choses sur le territoire, de créer du lien et des rencontres plutôt que d’attiser les peurs. C’était ça, l’idée première.

    L’échelle locale trouve sa véritable valeur correctrice lorsque nous remettons en cause nos systèmes de production ravageurs et nos habitudes de consommation à outrance. Au-delà du simple « faire et consommer local », la dimension nourricière implique de réfléchir ensemble aux manières de produire et de se nourrir autrement, en respectant le vivant et les communs sur un territoire donné. Appuyés par des dynamiques citoyennes, de nombreuses villes et territoires prennent ainsi conscience des enjeux du système alimentaire, pour la prospérité des sociétés à venir, et tentent d’y répondre, affichant ainsi une volonté commune forte. L’objectif étant de mutualiser nos connaissances, agir d’une même voix, ici ou ailleurs, riches de nos origines, cultures ou situations socio-économiques variées. Vitaliser le territoire et réinventer ici et ensemble, à son échelle, le monde de demain… Un programme vaste et motivant !

    J’imagine que ces alternatives seront au cœur de la prochaine foire bio de Signes…

    J.G. : Bien sûr, d’autant que, pour cette nouvelle édition qui va se dérouler les 23 et 24 mai, nous aurons comme invité d’honneur l’écrivain, réalisateur, poète et militant écologiste Cyril Dion. Il donnera deux conférences ayant pour thème « D’un monde à l’autre : le péril écologique nous confronte aux limites de notre planète ». La première sur place le samedi à 11h et le soir au jardin remarquable de Baudouvin, à La Valette.

    L’occasion, là encore, de montrer que nous sommes au bout d’un modèle et qu’il reste une nouvelle société à inventer en remettant l’économie à sa juste place. En attendant, pendant deux jours 100 à 120 exposants seront présents, avec des producteurs bio, des artisans-créateurs et beaucoup d’associations. L’idée est de créer une bulle qui montre un petit peu tout ce qu’il y a sur le territoire en matière de savoir-faire et de créativité, tout en offrant des moyens d’agir à celles et ceux qui souhaitent s’engager.

    *Précommandes sur : ulule.com/alaubedenosterritoires

  • État des lieux du projet de rénovation des écoles de Gardanne

    État des lieux du projet de rénovation des écoles de Gardanne

    Le plan de rénovation des écoles avait été lancé dès 2020, tient à repréciser Antonio Mujica, premier adjoint d’Hervé Granier (LR), délégué aux travaux. Lors de sa première campagne, la rénovation des écoles ne figurait pas parmi les promesses du maire. D’après la majorité, les établissements avaient été trouvés « dans un état déplorable » à son arrivée. En revanche, pour le second mandat, en 2026, « on l’a inscrit au programme », note le premier adjoint.

    Entre 2020 et aujourd’hui, « nous nous sommes occupés de l’hygiène et de la sécurité [dans les écoles, Ndlr.], le minimum pour pouvoir tenir (…). On a injecté 2 millions d’euros dans les sanitaires, des réfectoires couverts de salpêtre. On a fait des choses, assure Antonio Mujica. Depuis 2020, nous avons mis un peu plus de 2 millions d’euros » sur ce volet-là.

    Il reste désormais à rénover les treize écoles de Gardanne et de Biver « de fond en comble », notamment en s’attaquant à l’isolation phonique et thermique, à la désimperméabilisation des cours d’école, ou encore aux îlots de chaleur. « Les travaux vont être exclusivement centrés sur la performance énergétique, le confort des enfants et enseignants, la performance acoustique », détaille Antonio Mujica.

    Selon la majorité, ce grand projet de rénovation pourrait être bouclé d’ici « 8 ou 10 ans », avec environ une année de travaux par école. « L’idée, aujourd’hui, est de travailler école par école », déroule l’élu, qui estime le coût des travaux à 1,5 million d’euros pour chaque établissement. « On a écrit un budget, cette année, autour de 19 millions d’euros. Les 2 millions par écoles, c’est dans nos moyens. »

    Pour permettre la continuité des cours pendant les travaux, un permis de construire pour une école modulaire, dont le coût avoisine les 1,8 million d’euros, « devrait bientôt être déposé » auprès des services de l’urbanisme. Cette structure provisoire, un vaste Algeco doté de onze classes de 50m² chacune, accueillera les élèves le temps des rénovations.

    En 2020, ce projet avait déjà été décrié par l’opposition, qui doute toujours. « Ce projet, on en parle depuis des années, mais il n’a jamais vu le jour, commente Jean-Marc La Piana, élu d’opposition (DVG). Pour l’instant, c’est un projet arbitraire : comment dire 1,8 million par école ? Elles ne sont pas toutes dans le même état. Il faudra voir ce que disent les études. »

  • À l’Estaque, les riverains plaident pour un littoral associatif et populaire

    À l’Estaque, les riverains plaident pour un littoral associatif et populaire

    Tous aux quais ! Retrouvailles à la mer », tel est le nom que le collectif Faites le Grand Estaque avec nous ! (Faites GEAN !), composé d’une trentaine d’associations, donne à sa nouvelle action, organisée samedi au 149 plage de l’Estaque, au pied du symbolique « camembert de Cousteau » (16e), de 10h à 20h.

    Ouvert à tous et construit en écho aux manifestations tenues les 13, 14 et 15 juin derniers, le rendez-vous « festif et familial » porte une grande ambition : « Célébrer » le partage du littoral nord en « montrant que certains espaces peuvent être réinvestis par les habitants et les savoir-faire locaux », souligne Michel Teule, de la Fédération des comités de quartiers (CIQ) du 16e arrondissement. Spectacle, conférence, balades en bateaux, inventaire botanique, flash mob par les jeunes du Centre social de l’Estaque… La journée sera animée par l’ensemble des associatifs membres du collectif, venus témoigner de la potentielle « rentabilité sociale » d’un espace pour l’heure « inexploité » par le Grand Port maritime de Marseille (GPMM), propriétaire du foncier.

    En juin dernier déjà, les associations de riverains s’étaient unies pour organiser un week-end festif afin de réclamer de nouveaux travaux autour de l’Estaque et un meilleur accès à la mer. Les habitants se désolaient alors que les engagements pris pour l’aménagement du Grand Estaque ne soient pas tenus. Ils lançaient du même coup leur mot d’ordre, désormais monté en collectif : « Faites le Grand Estaque avec nous ! ». En août, Faites GEAN ! avait réaffirmé sa volonté de faire vivre le secteur, prônant la sauvegarde du « camembert de Cousteau » (16e), propriété du GPMM et menacé de démolition. Un point aujourd’hui « en bonne voie », selon Michel Teule.

    « Rendez-nous la mer »

    Mais la revendication de ce week-end dépasse celle de l’exploitation du « camembert » : il s’agit de réclamer un meilleur aménagement du littoral au global, pour permettre un meilleur accès à la mer. « C’est honteux que le seul endroit où on nous laisse nous installer soit entouré de grillages, s’indigne Marie Prost-Coletta, vice-présidente de l’association Cap au nord. Nous ce qu’on veut c’est la mer, rendez-nous là ! »

    Le collectif évoque notamment l’exploitation du quai de la Lave (16e), investi pendant plusieurs semaines par les membres de la Flottille partie pour Gaza, le 4 avril. Un épisode que Michel Teule tient pour preuve de la possibilité d’une exploitation sereine et populaire des lieux. Faites GEAN ! appelle, dans les plus brefs délais, à une réunion tripartite, entre le GPMM, la mairie de secteur avec la mairie centrale et le collectif des habitants afin de réfléchir sur la manière dont doit s’organiser la modélisation du littoral. Le collectif de riverains, soutenu par Jean-Marc Coppola, nouveau maire des 15-16 (PCF), espère obtenir l’appui de la mairie centrale.

  • Le théâtre de l’Œuvre se prépare à un grand lifting

    Le théâtre de l’Œuvre se prépare à un grand lifting

    « Le théâtre de l’œuvre est un bâtiment emblématique de 100 ans. Un tiers lieu social citoyen, qui participe à la vie du quartier de Belsunce. » Sur ces paroles élogieuses, Dro Kilndjian, directeur du théâtre, ouvre la conférence de presse sur scène : « Depuis 4 ans, nous sommes fiers de porter plusieurs initiatives sociales et solidaires afin de participer aux aspects culturels qui dynamisent Marseille. Pendant ces quelques années, nous avons aussi travaillé sans relâche pour collecter les fonds nécessaires destinés à lancer nos rénovations. »

    Abîmé par l’âge

    Deux étages condamnés, des espaces sous exploités et une chaudière qui date de la Seconde Guerre mondiale. « Il fallait passer à la phase de travaux », insiste le directeur. Mais ces rénovations impliquent des coûts. « Nous avons déjà récolté 3,25 millions d’euros », annonce l’architecte, Guillaume Beccaria. Pas de quoi déstabiliser le représentant de Land, agence d’architecture à Marseille, qui reste impassible. Son projet millimétré compte bien respecter l’authenticité du théâtre. « Nous conserverons le bâtiment d’angle, ainsi que les sièges des spectateurs. C’est au-dessus que nous allons restructurer un étage de création et de répétitions pour les artistes, construire un ascenseur et agencer un toit-terrasse pour en faire un espace de performances extérieures et de rencontres », rapporte Guillaume Beccaria.

    Une réhabilitation qui a donc pour but d’améliorer le confort des troupes d’artistes. Accompagnée de quelques projets innovants pour élargir les capacités d’accueil du bâtiment. L’architecte poursuit : « Dans cette salle, nous allons installer un système qui permettra de rabattre les fauteuils pour recevoir un public debout et accueillir des spectacles de théâtre, comme des concerts. » Un plan qui participera ainsi à laisser place aux cultures urbaines avec l’accueil d’événements musicaux actuels. La fin des travaux est prévue pour janvier 2028.

    « Besoin de tout le monde »

    « Un projet culturel solide », félicite Gwénaël Richerolle, adjoint au maire délégué au patrimoine municipal, qui en profite pour saluer « la qualité du modèle de financement », en présence de Sophie Camard, maire de secteur.

    Le directeur a malgré tout indiqué « manquer de fonds » : « Nous avons récolté 1,4 million d’euros grâce au fonds européen de développement régional (Feder), 500 000 euros de la CNM, mais très peu de collectivités locales sont présentes autour de cette table (…), notamment à l’année. La Ville est la seule à contribuer avec 100 000 euros, aucune aide de la Métropole, du Département ou de la Région. » Dro Kilndjian s’inquiète : « Les fonds actuels sont faibles et ne suffiront pas à couvrir nos besoins d’équipement et de personnel. Nous avons besoin du soutien des collectivités, c’est une question de vie de quartier, de l’une des dynamiques principales de Belsunce. Nous avons besoin de tout le monde. »

    Avant le début du chantier en juin, le théâtre propose une série de spectacles jusqu’au 25 avril. Et DJ set le 9 mai. Calypso Sadousty

    Détails sur theatre-oeuvre.com

  • Décès de Philippe Foulquié, le fondateur de la Friche Belle de Mai à Marseille

    Décès de Philippe Foulquié, le fondateur de la Friche Belle de Mai à Marseille

    Jean-Marc Coppola, maire communiste des 15-16 et ancien adjoint au maire de Marseille chargé de la Culture, exprime sa «profonde tristesse » après le décès de Philippe Foulquié qu’il décrit comme un « visionnaire, qui a su transformer une friche industrielle en un haut lieu culturel, avec ses complices Alain Fourneau, Christian Poitevin et Jean Nouvel ».
    Ami de notre journal, Philippe Foulquié était un homme pour qui la diffusion de la Culture et des arts était l’engagement d’une vie.
    La Marseillaise présente à ses proches ses sincères condoléances.

    Plus d’informations dans La Marseillaise de ce vendredi.

  • Une tour à sécuriser et le projet de l’anse des Catalans à relancer

    Une tour à sécuriser et le projet de l’anse des Catalans à relancer

    Après des décennies d’abandon, la Tour Saint-Paul des Catalans subit des travaux en vue d’une sécurisation durable, préalable à sa restauration. Ce qui explique le report des fouilles archéologiques et son inscription attendue au titre des monuments historiques. La tour en lambeaux est le dernier témoin historique du second lazaret de Marseille qui s’installe en 1558.

    On sait désormais que l’édifice a été construit postérieurement, entre 1654 et 1664, par la ville sur des terrains de l’abbaye Saint-Victor. C’est le seul bâtiment subsistant de l’enceinte de ce lazaret dédié à l’accueil des équipages de navires de commerce entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Le premier lazaret se trouvait au Moyen Âge près de l’anse de l’Ours, après le Mucem. Par la suite, les « Vieilles Infirmeries » ont été déplacées en 1663 vers Arenc quand les capacités d’accueil des marins n’ont plus suffi. Une colonie de pêcheurs catalans a alors investi le site.

    Des chaînages par tirants

    La tour dont la base est semi-enterrée est affectée de désordres structurels : fissures, chutes de pierres, éclatements de pierre, érosion, corrosion des éléments métalliques, effondrement des planchers. Les récentes déposes d’enduits épais en ciment l’ont fragilisée. « La stabilisation provisoire de la tour en amont des travaux de restauration est prévue pour une durée de 5 ans » écrit la Ville dans sa déclaration préalable du 17 octobre dernier, la maîtrise d’œuvre étant confiée aux architectes Yvann Pluskwa et Sébastien Cord. Le confortement structurel des maçonneries à hauteur de 190 000 euros a démarré et doit s’achever en mai. Suite à une alerte sur une fissure, un périmètre de sécurité étendu avec pose de barriérage a été ordonné le 4 mars.

    Pour renforcer l’ouvrage, des chaînages par tirants ont été posés : deux câbles métalliques dit « de frettage » enserrent le premier niveau de la tour, le plus ancien, au droit des deux niveaux de plancher. Deux autres câbles doivent tenir la partie haute sous la corniche à consoles. La première phase de sécurisation doit consister à injecter du mortier de chaux, à mettre en place des étrésillons en bois dans les baies existantes, à déposer la sculpture d’angle dégradée, à reprendre et rejointer des maçonneries, etc.

    La seconde phase projette la sécurisation des planchers en bois pour assurer une intervention en toute sécurité des archéologues à l’intérieur de la tour. La couverture amiantée sera remplacée par une tôle en acier. Les reprises de maçonneries se feront en fonction des découvertes de l’Inrap. Un suivi des désordres par instrumentation laser est prévu. « Les travaux de sécurisation se poursuivent », confirme la Ville. « L’emprise de sécurité actuellement mise en place sera réduite dans les semaines à venir. Par la suite, des travaux à l’intérieur de la tour et sur sa façade seront finalisés en fin d’année, notamment les diagnostics archéologiques. »

    « La sécurisation a commencé. Elle ne menaçait pas de tomber, mais il faudra sans doute encore des expertises structurelles avant de pouvoir intervenir à l’intérieur » explique l’archéologue de l’INRAP, Benjamin Michaudel, responsable scientifique de la fouille interrompue. « Le socle est en place. C’est la partie la plus ancienne de la tour. La moitié supérieure de la tour, c’est du remontage du XIXe siècle. Il nous manque les observations de l’intérieur pour savoir s’il y avait des canonnières, des stands de tir pour caractériser les fonctions de cette tour, si elle était défensive ou une simple vigie. »

    À l’horizon 2028 ?

    À l’intersection d’enjeux publics et privés, de défis paysagers, patrimoniaux et financiers, le projet d’aménagement retenu en 2020 est en pause. Il a été soumis à l’été 2022 à la concertation des Marseillais. Des 12 millions d’euros initiaux, le projet global est déjà impacté par l’inflation du coût des matériaux. Le chantier pourrait débuter en 2028. « Nous finalisons actuellement le programme définitif des travaux, prenant en compte notamment les nouvelles contraintes opérationnelles et calendaires du chantier de la tour du Lazaret » répond la Ville. « Le programme intègre également les contraintes de sécurité et de stabilité des arcades, ainsi que les démarches environnementales. » Un planning sera « prochainement » dévoilé. Il précisera « les dates de démarrage des travaux et les arrêts du chantier en période estivale ».

  • Contre le déni, 111 ans de lutte arménienne

    Contre le déni, 111 ans de lutte arménienne

    Le 24 avril 1915, le régime ottoman entamait son entreprise génocidaire contre le peuple arménien. Sur les 2,5 millions d’Arméniens qui vivaient dans l’Empire, 1 500 000 ont été exterminés. Depuis, la diaspora n’a eu de cesse de réclamer la reconnaissance du premier génocide du XXe siècle, en premier lieu par la Turquie.

    Il aura fallu attendre 2001 pour que la France promulgue une loi afin de reconnaître publiquement le génocide arménien. Ce mardi, une banderole commémorative a été dévoilée par la présidente du département des Bouches-du-Rhône Martine Vassal (DVD), en présence d’Ara Mkrtchian, consul général d’Arménie à Marseille et des représentants du CCAF Sud (Conseil de coordination des Arméniens de France). « Nous refusons le négationnisme » a lancé Martine Vassal, évoquant « un passé douloureux et une plaie qui n’est pas refermée », et voyant dans l’entêtement des gouvernements turcs successifs, « un échec de leur part, puisque nos générations continuent de commémorer le génocide ».

    « L’union des Arméniens n’est pas un choix, mais une condition de survie », a souligné Azad Balalas-Kazandjian, co-président du CCAF Sud. En plus de la reconnaissance du génocide par l’État turc, les Arméniens doivent encore « continuer le combat. L’Artsakh est victime d’une nouvelle épuration ethnique ». En dépit de pourparlers entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la guerre dans le Haut-Karabakh reste d’une actualité brûlante. Le consul général a salué « l’amitié franco arménienne » dans cette volonté « de refuser l’oubli et l’indifférence », tout en regrettant que « l’histoire semble condamnée à répéter les erreurs du passé ». La guerre a en effet réactivé les démons négationnistes. Au-delà d’une banderole, le Département a édité et affiché les portraits des 19 prisonniers arméniens toujours détenus en Azerbaïdjan et condamnés « à y mourir », craint Aurore Bruna, co-présidente du CCAF (Conseil de coordination des Arméniens de France) Sud, si la communauté internationale « continue à détourner le regard ».

    Le silence tue aussi

    « Le monde que nous voyons aujourd’hui nous fait peur, il n’a pas tiré de leçon des horreurs du XXe siècle », a encore estimé Aurore Bruna. Elle témoignait de la campagne de « déshumanisation, arménie-phobie et incitation à la haine » menée par le gouvernement de Bakou, d’un « musée de casques de soldats arméniens tués, de la rebaptisation par le président Ilham Alijyev de la rue principale de Stepanakert du nom d’Enver Pacha », en interrogeant le silence de la communauté internationale : « Que ferait le monde si une rue prenait le nom de Joseph Goebbels ? »

    Un devoir de mémoire essentiel jusqu’ici aussi. La mairie des 9e et 10e arrondissements de Marseille, qui a basculé dans les filets de l’extrême droite, organise un moment commémoratif. La mémoire et les idées courtes, le RN oublie qu’en 2012, le FN s’est inscrit contre la loi de pénalisation du négationnisme à l’égard des génocides et que Marine Le Pen, en 2019, s’est opposée à l’inscription officielle au calendrier républicain de la France du 24 avril comme journée officielle de commémoration du génocide. Les représentants du CCAF, Aurore Bruna et Azad Balalas-Kazandjian, également élu à la Ville de Marseille, ne participeront pas, cette année, à la cérémonie dans les 9-10.

    Ce sont près d’une centaine de communes, en France, qui organisent le 24 avril un moment républicain dédié à la mémoire du génocide arménien de 1915. En revanche, le CCAF n’organise plus le rassemblement marseillais qui a lieu chaque année devant le consulat de Turquie, dont un autre collectif d’associations s’est chargé . « Depuis quatre ans que le 24 avril est devenu journée nationale, cela permet à chacun de se rendre à la cérémonie dans son lieu de résidence et cette manifestation a de fait connu quelques déperditions de forces, explique Azad Balalas Kazandjian. Nous avons conservé le rendez-vous républicain du matin. » Aurore Bruna précise également qu’un colloque « réunissant plusieurs intellectuels sur la question du négationnisme était prévu, mais plusieurs de ces derniers s’étant désistés, nous avons reporté l’événement ».

    LES RENDEZ-VOUS COMMÉMORATIFS

    Marseille

    Ce mercredi 22 avril à partir de 19h30, une cérémonie d’illumination du Palais du Pharo aux couleurs du drapeau arménien est organisée en présence du maire, Benoît Payan.

    Un rassemblement est prévu le vendredi 24 avril à 17h aux abords du consulat de Turquie organisé par CPLM (Courir pour la Mémoire).

    Aubagne

    Une commémoration est organisée ce vendredi 24 avril au cimetière Fenestrelle, de 17h à 18h.

    Carry-le-Rouet

    Un hommage aux victimes du génocide arménien est organisé au Monument aux morts, le samedi 25 avril, de 11h à 12h.

    Simiane-Collongue

    Une commémoration du génocide arménien, suivie de l’inauguration du Square d’Arménie, aura lieu le vendredi 24 avril à 11h, en haut des Cours du Héros.

    Le Cannet

    Une cérémonie est organisée par la Ville, en coopération avec l’Union des Arméniens de Cannes et ses environs. L’événement se déroulera le vendredi 24 avril à 10h, devant le Monument aux Morts, Square Pietra-Santa.

    La Ciotat et Ceyreste

    Un hommage sera rendu le vendredi 24 avril à partir de 11h, avec un dépôt de gerbes suivi d’une prise de paroles des autorités, Avenue Louis-Crozet à La Ciotat, et face à l’école Jean-D’Ormesson, à Ceyreste.

    Cabriès-Calas

    Un hommage est organisé par la ville le dimanche 26 avril à partir de 11h30 sur la Place du 24-avril-1915, avec une cérémonie et un dépôt de gerbes.

  • [Entretien] Pascal Chamassian : « à la Turquie, à Bakou, nous demandons justice et réparation »

    [Entretien] Pascal Chamassian : « à la Turquie, à Bakou, nous demandons justice et réparation »

    Militant de la cause arménienne de longue date, Pascal Chamassian, secrétaire général et porte-parole du Mouvement Missak Manouchian, cumule également les fonctions de président de la JAF (Jeunesse arménienne de France), directeur artistique de l’ensemble Araxe-Sassoun, organisateur et président d’honneur de l’événement sportif Courir pour la mémoire.

    La Marseillaise : Vous invitez au recueillement. Mais aussi au rassemblement revendicatif, jusqu’alors porté par le CCAF (Conseil de coordination des organisations arméniennes de France). Pourquoi ?

    Pascal Chamassian : Le recueil est important, pour rendre hommage aux victimes qui n’ont pas de sépultures, tout autant que la revendication de la reconnaissance par l’État Turc du génocide et de ce crime qui reste impuni. Nous dénonçons un négationnisme toujours actuel. Nous sommes une quinzaine d’associations à être sorties du CCAF car nous considérons que la diaspora ne doit pas se mêler de la politique arménienne, qui doit être portée par ceux qui y vivent. Or, il était l’organisateur du traditionnel rendez-vous devant le consulat de Turquie, le 24 avril, et nous avons été surpris par sa suppression dans le programme de cette journée, par le CCAF. Comme cela était incompréhensible pour de nombreux Arméniens, nous sommes 21 associations marseillaises et bucco-rhodaniennes à l’avoir maintenu.

    Pourquoi, 111 ans après le génocide, l’exigence de vérité et de justice reste-t-elle une question brûlante ?

    P.C. : L’objet de cette revendication est historique. Il y a une fuite dans le temps. Elle a été réactivée en 2020, avec la guerre des 44 jours au Karabakh, qui a provoqué des milliers de morts et l’exode de 120 000 personnes, avec des images et scènes de vie qui ont rappelé celles de 1915. Cette revendication reste contemporaine. On dénonçait le génocide perpétré par les Turcs, aujourd’hui, on ajoute la dénonciation de l’Azerbaïdjan qui a envahi cette région, détruit les monuments, efface toutes traces de cultures arméniennes. Tuer, exécuter et effacer fait partie du processus négationniste. On est dans ce cas de figure avec 19 prisonniers, des anciens cadres politiques condamnés par Bakou à une peine incompressible, toujours détenus en Azerbaïdjan. Avec le sort des réfugiés qui ont dû fuir leurs villes et les villages et n’ont pas un statut reconnu par la communauté internationale. Sont-ils les nouveaux apatrides ? C’est une question que nous posons le 24 avril et demandons justice et réparation. Alors qu’une question n’a pas été réglée, une autre se pose. Tout cela relève de l’idée du panturkisme. L’Arménie est au Nord de l’Iran, à l’Ouest de la Turquie et à l’Est de l’Azerbaïdjan, au carrefour d’un monde en proie aux bouleversements. Nous ne pouvons qu’espérer la paix.

    Vous vous êtes rendu aux frontières de l’Artsakh (Haut-Karabakh). Qu’avez-vous observé ?

    P.C. : Depuis un an, après de multiples attaques, il y a un semblant de paix, que l’on sait fragile. Le cessez-le-feu de 2020 arrive à expiration. Il y a de nouveaux pourparlers entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, tout cela chapeauté par les États-Unis. Y aura-t-il une paix durable ou pas ? On ne peut évidemment pas être contre la paix. Nous sommes dans un moment crucial et on s’interroge sur le degré de confiance à accorder aux accords qui se jouent. Je me suis rendu à la frontière, il y a 15 jours, dans le cadre de mon titre de secrétaire général et porte-parole du Mouvement Missak Manouchian, avec une l’ONG Armenia Peace Initiative. Nous sommes allés auprès des villageois repoussés hors des frontières, car nous ne pouvons plus entrer sur le territoire occupé par les Azeris. Ils sont totalement démunis, à 2 000 m d’altitude et à 600 m de portée des fusils de l’armée ennemie. Nous nous sommes chargés de dispenser un apprentissage de gestes de premiers secours et d’apprendre aux femmes à faire des garrots en cas de reprise du conflit.

  • [Quoi de neuf] Pénélope Diot : « On a voulu raconter des histoires de femmes »

    [Quoi de neuf] Pénélope Diot : « On a voulu raconter des histoires de femmes »

    Olivier Nottale : Pouvez-vous présenter votre association ?

    Pénélope Diot : Jasmin d’Orient existe depuis 20 ans dans le quartier Saint-Martin/Tournezy à Montpellier. Elle a été fondée par Samia Khouaja qui est toujours la présidente. À la base, l’association propose des cours d’apprentissage du français et des cours de gym. En arrivant dans ce quartier prioritaire avec beaucoup de familles monoparentales, Samia a vu beaucoup de femmes isolées sans activité. Elle a eu envie de créer des espaces pour ces femmes pour qu’elles puissent créer du lien, sortir de chez elles, de l’isolement. C’est aussi une association où il y a beaucoup de jeunes. On leur a proposé des actions culturelles, des sorties, des séjours, des cafés rencontres sur de l’accompagnement à la parentalité. C’est une association à l’écoute des besoins des territoires en offrant des solutions, des espaces, des projets participatifs. À travers l’apprentissage du français, la culture ou l’accès au sport, on va créer du lien social. On se décrit comme une association socio-culturelle.

    Rémy Cougnenc : Vous avez 20 bénévoles et 6 salariés. Ce sont des jeunes du quartier qui s’investissent ?

    P.D. : La plupart des bénévoles sont des enseignants FLE (français langue étrangère). Ils participent à nos actions dans l’espace public. Par exemple pendant deux ans au festival « Au rythme de la vie » qui n’a pas pu être maintenu pour des raisons financières. On a aussi des bénévoles de l’accompagnement scolaire du lundi au jeudi avec un maillage intergénérationnel.

    Rémy Cougnenc : Avez-vous perçu un risque de décrochage scolaire dans ce quartier en raison de la barrière de la langue par exemple ?

    P.D. : Une des problématiques de ce quartier c’est effectivement qu’on a beaucoup de jeunes en décrochage scolaire entre 16 et 25 ans. Des acteurs sont mobilisés comme la mission locale. Mais il y a un enjeu sur la jeunesse. On propose des stages d’initiation à la photographie, on a un agrément jeunesse et éducation populaire, on propose des débats philos avec des intervenants…

    Rémy Cougnenc : Les parents viennent-ils davantage vers vous de peur que leurs enfants ne tombent dans le fléau du narcotrafic ?

    P.D. : Il y a une inquiétude des parents et nous aussi notre rôle est de rassurer de mettre en lien avec des structures psy. La santé mentale est un sujet dans les quartiers et il y a peu de structures. Il faut déconstruire les idées reçues. On propose des espaces avec les mamans, autour de goûters on discute de troubles de santé mentale, sur comment discuter avec son adolescent… Les mamans se rassurent entre elles, se rendent compte qu’elles ne sont pas seules. On essaye de dynamiser le quartier parfois diabolisé dans les médias, de ne pas le rendre fantôme.

    Olivier Nottale : C’est vrai que les quartiers sont souvent stigmatisés sur de fausses idées…

    P.D. : C’est ce qu’on défend avec Samia. Les jeunes sont mobilisés dans ces quartiers, il y a beaucoup de solidarité, une interculturalité aussi. Le mélange des cultures crée du lien et des choses magnifiques. On essaye de valoriser l’image des quartiers.

    Rémy Cougnenc : De quels pays sont originaires les gens qui viennent vers l’association ? Avez-vous des Syriens, des Ukrainiens ?

    P.D. : Le cœur de l’activité de l’association c’est l’apprentissage du FLE. On compte 57 nationalités différentes. Il y a des apprenants qui viennent de partout dans le monde et de plusieurs endroits de Montpellier. On n’est pas cantonné à Saint-Martin. Cela crée des échanges riches. On développe des actions culturelles grâce à cette interculturalité. Par exemple, pour notre exposition créée cette année, on a 10 personnes de 6 nationalités différentes. On a des femmes du Liban, un homme d’Algérie, une femme d’Albanie… Aussi une personne qui vient d’Ukraine, beaucoup d’Amérique du Sud : Colombie, Mexique, Brésil. On a aussi des femmes chinoises, thaïlandaises, vietnamiennes…

    Olivier Nottale : Cette exposition sonore propose une rencontre avec des récits de femmes marquées par le déplacement, la transmission et la mémoire. Pouvez-vous nous en dire plus ?

    P.D. : C’est une exposition qui est le résultat d’actions collectives. L’idée c’est de créer une participation active des personnes. Dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes (le 8 mars), on a voulu raconter des histoires de femmes. C’est une exposition sonore. On a enregistré 7 personnes (10 ont participé aux ateliers) pour faire revivre leurs anecdotes, leurs histoires. L’idée c’était de parler de soi en tant que femme ou bien de parler d’une femme qu’on connaît : sa mère, sa sœur… et de croiser ces mémoires. On peut se rendre à cette exposition au Café social, près de la tour Saint-Martin. On est en train de visiter d’autres lieux d’exposition pour faire circuler ces récits, que d’autres personnes puissent les écouter dans d’autres quartiers et communes. On s’est aperçus que peu importe d’où on vient, des histoires très personnelles peuvent toucher d’autres gens.

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