Category: societe

  • À Avignon, les agriculteurs en veulent à l’Europe

    À Avignon, les agriculteurs en veulent à l’Europe

    Devant le portail orné de drapeaux européens de la préfecture de Vaucluse, ce mardi 6 janvier en début d’après-midi, un peu moins d’une centaine d’agriculteurs ont manifesté à l’appel de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs (JA). Des bannières bleues à douze étoiles dorées, prêtées par les maires du département, pour signifier leur soutien contre différentes mesures de l’Union européenne.

    Parmi les mesures décriées, le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, sur lequel les pays membres seront potentiellement appelés à se prononcer ce vendredi 9 janvier. « C’est tout simplement de la concurrence déloyale. Ces pays ne sont pas soumis à la même réglementation que nous. C’est comme si on envoyait l’équipe de France de foot en finale de Coupe du monde sans que les joueurs ne portent de crampons », image ainsi Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA de Vaucluse. Pour le responsable syndical, c’est une « mise à mort » de « la première économie du département ». Tout en concédant que c’est surtout « l’agriculture qui nourrit », comprenez les moyennes à grandes exploitations, qui seront les plus touchées par ces mesures. Mais que celle-ci « permet aux gens qui n’ont pas les moyens de se nourrir correctement ». Quant à la promesse du Premier ministre Sébastien Lecornu de contrôles des résidus de produits phytosanitaires interdits en Europe, Sylvain Bernard estime que l’État « n’a pas les moyens » de mettre cela en œuvre.

    À quelques mètres de là, un cercueil avec écrit en lettres rouge sang « Paysans » est accroché à l’arrière d’un tracteur. « Si ça continue comme ça, on va tous finir dedans », lâche un membre des Jeunes agriculteurs. Une délégation de représentants du syndicat a été reçue dans la soirée ce lundi 5 janvier. C’était laborieux », regrette Guillaume Greter, vice-président des JA de Vaucluse. « Cela devient très compliqué de tirer des revenus avec toutes ces taxes », poursuit-il. Il vise notamment la taxe carbone, officiellement nommée Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Celle-ci taxe les engrais importés. « Cela représente 80 euros supplémentaires par tonne d’engrais. La période néfaste va continuer. Il faut continuer notre mobilisation et ne pas baisser les bras », lâche de son côté Sophie Vache, présidente de la chambre d’agriculture de Vaucluse et ex-présidente de la FDSEA 84.

    Délégation inhabituelle

    Une délégation d’une dizaine d’agriculteurs a été reçue par le préfet de Vaucluse. Mais le seul élu dans l’un des syndicats était le président des JA, Jordan Charansol. « On veut que le message soit donné par d’autres personnes que ceux qui ont l’habitude. Avec leurs mots et leurs ressentis », précise Sylvain Bernard. À l’image de Sébastien Mazoyer, céréalier à Uchaux et membre de la FDSEA. « On va finir par crever, mais on ne crèvera pas tout seuls. Là, on est bien gentils. Mais on va finir par s’énerver. Si on est obligés de partir car ce n’est plus viable, il restera quoi dans nos communes ? C’est aussi nos paysages de champs qui ramènent des touristes. Mais ils vont finir en friche », confie-t-il quelques minutes avant de s’engouffrer dans la préfecture. Jean-Philippe Bres, également céréalier et affilié à la FDSEA, évoque des « trésoreries à sec » après avoir subi des taxes sur les engrais et estime qu’avec « le cours très bas des céréales, un paquet d’exploitations de la région vont déposer le bilan cette année ».

  • Un nouvel équipement dédié au sport de haut niveau à Hyères

    Un nouvel équipement dédié au sport de haut niveau à Hyères

    L’ancienne salle polyvalente hyéroise un peu décatie est en train d’être complètement rénovée pour répondre aux besoins des clubs sportifs et des standards des compétitions officielles. L’Espace 3000 nouvelle version accueillera notamment le Hyères Toulon Var Basket (HTV), aujourd’hui engagé en ProB.

    « Ce projet marque une étape importante pour le développement du sport de performance à Hyères et pour le rayonnement du territoire », précise la collectivité.

    Un outil structurant pour le basket

    Doté d’installations modernes, fonctionnelles et adaptées à la pratique du sport
    de haut niveau, le nouvel
    équipement va constituer
    « un outil structurant pour
    le basket et, plus largement, pour la dynamique sportive locale
     ».

    Mais au-delà du sport, l’Espace 3000 conservera une vocation événementielle et pourra accueillir également des salons, des grands événements et des manifestations d’envergure, contribuant ainsi à l’animation du territoire tout au long de l’année.

    Pour ne rien gâcher, ce projet s’inscrit également dans une démarche environnementale ambitieuse. La consommation énergétique du bâtiment sera en effet réduite de 73%, grâce notamment à l’installation de 288 m² de panneaux photovoltaïques en ombrières sur le parking. Cette production permettra de couvrir 100% des besoins énergétiques de l’Espace 3000.

    Les travaux, engagés depuis mars 2025 vont se poursuivre selon les prévisions jusqu’au mois de juillet.

    Avec une livraison prévue de cet équipement sportif de référence avant cet été.

  • [Entretien] Nicolas Souveton : « Les gens en dernier recours vont consulter à l’hôpital »

    [Entretien] Nicolas Souveton : « Les gens en dernier recours vont consulter à l’hôpital »

    La Marseillaise : Quelles sont les conséquences de ces dépassements d’honoraires, autorisés depuis 1980, sur le système de santé français ?

    Nicolas Souveton : Les dépassements d’honoraires, c’est quelque chose de très français. Dans la plupart des pays de l’OCDE, dans lesquels il y a un système d’assurance maladie, soit vous êtes conventionnés avec le système d’assurance maladie obligatoire et donc les tarifs sont encadrés, soit vous ne l’êtes pas et le patient ne bénéficie pas de remboursement. En France, on a un système où vous pouvez être à la fois conventionné et ne pas appliquer le tarif défini. Donc ce qui est remboursé est parfois inférieur au tarif pratiqué. Cela provoque de l’exclusion sociale, puisque si vous avez les moyens vous payerez le surplus et vous bénéficierez des remboursements de la sécurité sociale. Mais si vous ne pouvez pas, vous renoncez à vous soigner. Une barrière économique de plus en plus présente dans le système de santé.

    Avec le nombre de dépassements d’honoraires qui augmentent…

    N.S. : Depuis la mise en place d’un nouveau dispositif de pseudo encadrement, ça a limité leur coût, mais le nombre de professionnels à les pratiquer a explosé. Dans certaines spécialités, vous n’avez quasiment plus d’installation en secteur 1 [c’est-à-dire sans dépassement d’honoraire, Ndlr.], comme en ophtalmologie, où la plupart s’installent en secteur 2. Et donc, il y a des désertifications médicales de médecin conventionné en secteur 1. Si vous êtes bénéficiaire de la Complémentaire Santé Solidaire, vous n’êtes pas couvert pour les dépassements honoraires. Et donc ces personnes sont obligées de payer le dépassement d’honoraires ou alors elles n’ont pas accès aux soins.

    Ce qui surcharge les hôpitaux ?

    N.S. : ça va conduire à une pression sur l’hôpital public, car faute d’avoir accès à un professionnel de santé de premier niveau, c’est-à-dire médecine de ville ou sur certaines spécialités du fait des dépassements honoraires, il y a un retard de soins ou de prise en charge. Et les gens, en dernier recours, finissent par aller consulter à l’hôpital public, les professionnels de santé qu’ils n’arrivent pas à trouver en ville. Résultat, les rendez-vous à l’hôpital sont occupés par des patients qui devraient relever de la médecine de ville.

    Comment offrir une meilleure offre de soin qui limite les déserts médicaux ?

    N.S. : La question qui se pose, c’est comment construit-on des solutions durables qui permettent à la fois de prendre en compte les aspirations des professionnels de santé, qui sont parfaitement entendables, et de considérer la santé comme une forme de service de première nécessité. Il est du devoir de l’État de pouvoir garantir le fait que tout le monde puisse se soigner dans de bonnes conditions, quel que soit l’endroit dans lequel il habite. Pour notre part, on ne voit pas comment ça passe par autre chose qu’une organisation des installations sur les territoires en fonction des besoins. Par contre, on ne peut pas simplement dire à un médecin : vous allez vous installer là et vous n’avez pas le choix. Ce n’est pas ça une politique publique d’aménagement sanitaire du territoire. Il faut à la fois travailler sur la régulation des installations, mais aussi que l’on crée les conditions d’accueil de ces professionnels de santé. Qu’ils puissent faire leur boulot, c’est-à-dire soigner les patients, sans se transformer en dirigeant de PME qui doit gérer son cabinet, son secrétariat et l’ensemble des éléments qu’il y a derrière. Donc il faut que l’on fasse de la médecine d’équipe la norme, c’est-à-dire que les médecins puisent s’intégrer dans une équipe de professionnels pour une meilleure prise en charge de la patientèle.

  • Le club de plongée de Port-de-Bouc se prépare à une immersion grecque

    Le club de plongée de Port-de-Bouc se prépare à une immersion grecque

    En passant dans la cuisine pour se faire chauffer de l’eau, Naïma El Ghazzar demande : « Qui veut un thé ? » Une proposition quasiment impossible à refuser, vu le froid mordant amené par le Mistral. Ses camarades Marc Ambelas et Jérôme Amphoux récupèrent leur tasse avant de s’installer autour de la table, devant leur ordinateur. Un drapeau grec est tendu derrière eux, comme un signe de ce qui se prépare.

    Deux fois par semaine, les membres du bureau du club de plongée et d’archéologie de Port-de-Bouc se réunissent pour travailler sur un nouveau projet : un échange avec leurs homologues de Kalymnos. « L’idée est partie du jumelage des deux villes », explique Marc Ambelas, le président de l’association sportive. Un jumelage qui s’explique par l’histoire de la commune : ici, la communauté kalymnote représente environ 20% de la population.

    Signé en avril 2025, l’accord entre les deux villes sœurs doit désormais s’accompagner d’actions. Kalymnos étant une « île de plongeurs, avec de nombreux scaphandriers qui vivent de la pêche des éponges », c’est naturellement que le club s’est lancé dans un projet d’échange.

    Un projet fédérateur

    « L’idée, c’est de partager nos pratiques respectives pour s’en inspirer, précise Naïma El Ghazzar. En Grèce, il y a des espèces invasives qui menacent la biodiversité marine qu’on ne connaît pas encore en France, mais qui finiront par arriver. Là-bas, les plongeurs sont payés par les autorités pour pêcher le poisson-lion qui pullule par exemple. »

    « De notre côté, on pense à leur montrer les récifs artificiels mis en place sur la côte, que ce soit à Fos-sur-Mer, à Marseille ou à Port-de-Bouc au niveau du sentier sous-marin, développe Marc Ambelas. Ce sont des infrastructures créées pour faire venir la vie. La Grèce affronte une problématique de désertification, avec des eaux très peu poissonneuses. »

    Le départ est prévu en septembre. D’ici là, le bureau se démène pour obtenir des subventions européennes du fonds Erasmus, accompagné par un incubateur de la Métropole. Que ces demandes aboutissent ou non, les plongeurs port-de-boucains voient dans ce nouvel exercice une opportunité. « C’est fédérateur pour le club et c’est porteur pour l’avenir », affirme le président.

    Naïma El Ghazzar illustre : « Ça nous oblige à mettre à jour le site et à le faire vivre, alors qu’il était peu utilisé jusque-là. On envisage aussi de faire une formation handisport pour emmener des personnes en situation de handicap. On met en place de nouveaux outils pour les prochains adhérents. » Dans la droite lignée de ces dernières années, lors desquelles l’association s’est dotée d’un nouveau bateau dessiné sur-mesure, d’un compresseur haut de gamme et d’un équipement pour obtenir du Nitrox, un mélange d’air suroxygéné qui garantit une meilleure sécurité aux plongeurs.

  • L’engagement social de l’Université d’Aix-Marseille pour 2026

    L’engagement social de l’Université d’Aix-Marseille pour 2026

    Faire de la citoyenneté un grand enjeu de l’année 2026, voilà l’une des ambitions d’Éric Berton pour Aix-Marseille Université, faculté qu’il dirige depuis 2020. « Ma conviction est que l’université est là aussi pour accompagner nos étudiants dans la vie d’adulte et de citoyens, à travers le vote et l’apprentissage du vivre ensemble », a-t-il assuré, mardi, dans l’amphithéâtre du Pharo (7e), à l’occasion de ses vœux pour 2026. C’est dans le cadre de cet objectif que les résultats de l’enquête « C’est carré, une enquête étudiante qui va t’écouter », lancée par l’AMU et menée par l’IFOP en collaboration avec la Fondation Jean Jaurès, seront en février diffusés dans les rues des villes où l’université est présente. « Tout le monde pourra scanner le QR code pour accéder aux résultats de l’enquête, détaille le président. L’idée est d’inciter les politiques, notamment dans le cadre des municipales, à entendre les besoins des jeunes. Les étudiants sont les premiers à éprouver la ville : transport en commun, accès à la culture, accès au logement… » Car, selon le président physicien, la citoyenneté est bonne camarade de la démocratie, système qu’il faut s’appliquer à préserver, notamment en luttant pour la liberté de la recherche. C’est en s’appuyant sur cette conviction qu’il lance, en mars dernier, le programme « Safe place for science », imaginé pour accueillir des chercheurs américains menacés par la politique de censure de Donald Trump.

    Bataille pour un budget

    Pas de budget voté mais peu de suspense pour les financements dont jouira l’enseignement supérieur en 2026. Éric Berton dit avancer en conscience, mais promet de faire en sorte que ces changements n’aient pas d’impact sur les conditions de travail et de rémunérations des personnels, « cette baisse de dotation, je ne souhaite pas qu’elle affecte notre fonctionnement », assure-t-il. Les primes annuelles destinées aux agents, mises en place en 2021, ne seront donc pas impactées par la potentielle baisse des dotations gouvernementales. Soucieux de respecter sa ligne « socialement engagée », le président de l’AMU a rappelé les actions menées pour lutter contre la précarité étudiante en 2025. Cinq épiceries solidaires, dont une en décembre sur le campus Saint-Charles, ont été ouvertes sur les différents sites de l’université. Pour l’avenir, Éric Berton envisage aussi d’exploiter le foncier de l’université pour proposer des logements aux étudiants en difficulté, mais aussi au personnel. « On veut faire en sorte de passer un contrat avec un promoteur immobilier pour qu’il construise, notamment sur Marseille, des logements. Parce qu’il y a besoin de logements sur Marseille et que nous, nous avons des terrains, explique-t-il. En échange de ces contrats, nous aimerions obtenir quelques logements réservés à nos étudiants et nos personnels. » Sur le plan académique, plusieurs formations doivent émerger en 2026, comme une école de la transition, imaginée pour former des ingénieurs spécialisés dans l’environnement.

  • À Marseille, l’extension du tramway laisse les habitants dans l’expectative

    À Marseille, l’extension du tramway laisse les habitants dans l’expectative

    Inaugurée ce mercredi, l’extension de la ligne 3 du tramway interpelle les habitants des quartiers Nord.

    « J’ai habité au Nord et au Sud de Marseille : le traitement et les moyens mis en place sont clairement différents », estime un habitant de l’Estaque rencontré à la station de bus de Gèze. « Il ne faut pas se leurrer, reprend il, elle ne fera pas de grande différence pour les habitants des quartiers Nord, elle ne va pas assez loin. Si elle allait jusqu’à la Castellane comme il en était question au début, ça aurait déjà été beaucoup mieux. Comme toujours, les habitants des quartiers Nord sont délaissés », conclut-il. Le développement du tramway jusqu’à la Castellane est bel et bien prévu d’ici 2029, selon la Métropole, avec une enquête publique cet automne.

    Un avis loin d’être isolé,
    « j’habite à Saint-Antoine, je n’ai pas l’impression que l’extension de la ligne va changer grand-chose. C’est toujours mieux parce qu’il y aura plus de moyens de transports pour aller au même endroit, donc peut-être moins de monde dans les bus, mais bon… De toute façon, on ne s’attendait pas vraiment à grand-chose », soupire Maïssane, lycéenne âgée de 15 ans. « Le tramway passe pas chez moi », lâche une autre habitante du quartier, assez âgée, et « je ne sais pas si je serais toujours là pour le voir chez moi d’ici 2030… » D’autres habitants se réjouissent tout de même de cette extension, comme Noussaïba, 29 ans : « Ça m’arrange beaucoup parce que je travaille à Estrangin, et jusque-là pour prendre le tram j’allais à la Joliette, j’échangeais… Donc là, ça m’arrange beaucoup : je me gare à Gèze et c’est une ligne directe. Ça serait bien de faire une petite extension encore plus loin, mais c’est super. »

    Des avis partagés

    De son côté, l’Estaquéen se considère privilégié : « J’ai la chance d’avoir une voiture pour me rendre jusqu’aux stations de métro, ce qui n’est pas le cas de tout le monde ici. Si je n’en avais pas, je devrais prendre des bus surchargés, comme le 70, ce n’est agréable pour personne. » Un retraité septuagénaire, à proximité de l’arrêt de tramway Gèze, s’exclame : « J’habite à côté de l’hôpital Nord, le tramway ne passera pas chez moi, je prendrai toujours le bus, le B2 » et néanmoins de rester positif :
    « Ça ne me dérange pas je suis sportif, je viendrais à pied ! »

    Une réalité encore bien loin des ambitions de la Métropole, qui a pour projet de proposer à tous les Marseillais un réseau de « transport moderne », « accessible », qui « faciliterait leurs déplacements du quotidien ». L’extension de la ligne 3 de 6,2 kilomètres, proposera douze nouvelles stations. Parmi elles effectivement : seules trois sont rajoutées au Nord après Arenc, contre neuf au Sud après la place Castellane. Ce projet, qui a coûté 350 millions d’euros, a été financé par le Département des Bouches-du-Rhône, la Métropole Aix-Marseille Provence, mais aussi par le plan Marseille en grand, annoncé par le président Emmanuel Macron lors de sa visite de la cité phocéenne en 2021. Ce plan doit rattraper des retards importants dans différents domaines dont les transports.

  • Le tribunal confisque la cave louée à un précaire à Marseille

    Le tribunal confisque la cave louée à un précaire à Marseille

    Un agent immobilier et sa SCI ont été reconnus coupables de soumission de personne vulnérable à des conditions d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine et refus de relogement du jeune occupant de la cave située 48 rue Curiol (1er) à Marseille, définitivement interdite à l’habitation par arrêté préfectoral d’insalubrité.

    Christian Castel, 67 ans, qui avait boudé son procès et n’était pas non plus présent, mardi, au délibéré, a écopé de 2 ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende. Son bien immobilier est confisqué. Il lui est fait interdiction d‘acheter tout bien immobilier à usage d’habitation pendant trois ans. La SCI dont il est le gérant est condamnée à 20 000 euros d’amende mais avec sursis. La Ville, partie civile dans les procès d’habitat indigne, se voit allouer 1 000 euros au titre du préjudice moral et 1 500 euros pour ses frais de justice.

    « Il devait être aux abois »

    S’assurant une rentabilité de 25%, le propriétaire louait 300 euros par mois dont 20 euros de charge et 40 euros d’électricité depuis 4 ans cette cave humide achetée en 2010 pour 15 000 euros et pourtant décrite dans le règlement de copropriété comme un « local indépendant à usage commercial ». Le lot de 17 m² était composé d’une pièce principale de 9 m² et d’une salle d’eau de 2,6 m², équipé d’une petite fenêtre en soupirail donnant à même le trottoir de la rue. Après signalement par le syndic aux autorités, un arrêté préfectoral d’insalubrité a été pris le 13 novembre 2024 interdisant définitivement ce « local impropre à l’habitation compte tenu de l’éclairement naturel insuffisant ». Le bail indiquait mensongèrement que le local faisait 30 m² et présentait la location comme meublée alors qu’aucun meuble n’était fourni, mis à part un chauffage, une plaque et un petit frigo.

    Pour le tribunal, la vulnérabilité du locataire est patente, s’agissant d’un jeune homme de 22 ans en grande précarité sociale et économique, arrivé seul et mineur en France et auparavant logé dans des foyers d’urgence. Le propriétaire ayant même déclaré en audition « il devait être aux abois pour prendre quelque chose comme ça ». Après un passage en hôpital psychiatrique, le jeune a été relogé par un bailleur social.

    Christian Castel est propriétaire de 9 logements en plus du sien. Il tire de son patrimoine un revenu locatif de 3 660 euros par mois. La police a visité trois de ses logements rue Fortuné-Jourdan, rue Sainte-Thérèse et rue Docteur Laennec notant que certains d’entre eux étaient « proches de l’insalubrité ». Il est par ailleurs l’objet d’une enquête pour la location d’une autre cave au 100 rue Saint-Savournin frappé aussi d’un arrêté d’insalubrité et où vivait jusqu’à 4 migrants. L’année 2025 a connu un regain de prise d’arrêtés préfectoraux d’insalubrité dans les Bouches-du-Rhône. L’analyse de 140 des 187 arrêtés publiés à ce jour au recueil de la préfecture permet de préciser que 89 arrêtés engageaient la procédure à l’encontre de propriétaires sur tout le département dont 43 à Marseille. 44 arrêtés ont acté la fin de la procédure après constat de travaux réalisés ou de démolition. Sept arrêtés ont prononcé des astreintes jusqu’à 200 euros par jour.

  • Les médecins dépassent-ils les bornes ?

    Les médecins dépassent-ils les bornes ?

    Les médecins ont entamé ce lundi une grève de dix jours qui doit les conduire jusqu’à une manifestation nationale le 10 janvier à Paris. D’après le syndicat CSMF, le « mouvement est excessivement suivi », 85% des adhérents ayant annoncé leur intention de faire grève. Médecins de ville en tête, ils se mobilisent contre la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, dans laquelle ils voient « une nouvelle étape dans une trajectoire devenue intenable pour l’ensemble du système de santé », résume l’association Médecins pour demain. Leur colère devra être entendue. Mais dans la bataille qui se mène, le code de déontologie de la profession n’est-il pas en train de s’estomper derrière un bras de fer comptable ? Confrontés à la ruine d’un système de santé, de plus en plus à deux vitesses, la confiance dans le corps médical est mise à rude épreuve.

    « Plus de 100 000 lits ont été fermés en 20 ans ! On n’a pas cessé d’alerter contre la dégradation de l’accès aux soins, mais on a en face de nous des comptables, des gens qui ne connaissent que des ordinateurs », déplore le Dr Said Ouichou, qui exerce dans le 15e arrondissement de Marseille. Il dénonce les nouvelles mesures de la loi de financement de la Sécurité sociale qui « continuent le travail de sape » et la colère est grande.

    Faire plus avec moins d’argent. Toujours sous couvert de maîtrise budgétaire, le texte impose « plus de contraintes, plus de contrôles, de la suspicion » à l’égard des généralistes, dénoncent les grévistes. Sans réparer le système de santé. « On nous a traité de nantis… mais là, on cherche à nous sanctionner, à faire de nous des exécutants aux ordres de l’assurance maladie, dénonce le praticien. On nous fixe des indicateurs de prescription sur des médicaments, sur des arrêts de travail, de transport, à ne pas dépasser. » Comment décider qu’un arrêt maladie devra se limiter à un mois ?

    La question des dépassements d’honoraires est aussi pointée. Et elle divise. Sur trois secteurs de tarification, le premier est pris en charge par la Sécurité sociale, le deuxième donne la possibilité d’un dépassement, « qui correspond à un rattrapage pour les spécialités », justifie Saïd Ouichou. Pour le troisième, libre, la consultation n’est pas remboursée et désormais la prescription ne le sera plus. « C’est la loi de finance qui permet une médecine à deux vitesses, une médecine pour riches », estime Jean-Marc Bensoussan, médecin à Gignac-La-Nerthe, évoquant le risque que les médecins libéraux se déconventionnent pour pouvoir faire des dépassements d’honoraires. Un point « inacceptable » pour Anthony Gonçalves. S’il concède à ce mouvement « d’essence libérale, des revendications, notamment l’opposition à la restriction sur les dépenses de l’assurance maladie », le professeur de médecine et oncologue, désigné chef de file pour mener la campagne des communistes au sein du Printemps Marseillais, considère au contraire que ce sont « au final les patients qui vont sortir l’argent de leur poche. Ceux qui le pourront. Pour réguler, il faut un seul tarif, celui de l’assurance maladie ». Ce sont surtout les salaires en radiologie et en biologie médicale qui font grincer des dents, comme ceux des directeurs d’assurances complémentaires.

    Noyés sous l’administratif

    « Ce n’est pas notre niveau de vie qu’on défend », recadre le Dr Jean-Marc Bensoussan. « On est entre 5 000 et 5 500 euros par mois une fois tout déduit. C’est bien, mais ce n’est pas volé. Les heures on en fait. Malheureusement de plus en plus en administratif. » Pour les internes en milieu hospitalier, « c’est entre 60 et 70 heures par semaine alors que la loi fixe un maximum à 48h », précise Saïd Ouichou. Là encore la loi ne résout rien, relève Jean-Marc Bensoussan : « Si on ne remplit pas le dossier médical partagé, on est pénalisé. Jusqu’à 10 000 euros par an. En clinique, c’est dix fois plus. »

    Face aux déserts médicaux qui gagnent du terrain c’est encore avec de l’argent qu’on entend attirer les jeunes médecins. Soit avec 200 euros par jour garantis d’office, ou comme à Sorgues, dans le Vaucluse, le département le moins doté de la région Paca, où 900 euros étaient promis aux étudiants en contrepartie d’une installation de plusieurs années dans la commune. « Aucune mesure efficace n’est prise, on n’a pas retenu la leçon de Covid », déplorent les médecins. Plutôt que de taper sur les soignants, ils préféreraient que le gouvernement, finance la santé en « cessant d’exonérer les multinationales de leurs cotisations sociales ».

    Convaincu que des « réformes sont nécessaires », mais soucieux de la liberté du médecin, Le conseil national de l’ordre propose l’élaboration d’un « livre blanc pour 2027, écrit par les médecins, les étudiants en médecine et les internes pour une médecine au service des patients-citoyens et notre République ».

    Repères

    Déserts médicaux

    En France, les déserts médicaux touchent de nombreux territoires, en zone rurale, mais également en ville. Des accès aux soins limités qui laissaient 6 millions de Français sans médecin traitant en 2024, d’après les données de la sécurité sociale. Le ministère chargé de la Santé et de l’accès aux soins a d’ailleurs identifié deux zones dans le Vaucluse et une dans le Var comme étant prioritaires dans la lutte contre les déserts médicaux. Les Bouches-du-Rhône sont elles, relativement épargnées au niveau départemental, bien qu’au niveau local certaines zones sont peu dotées d’offre de soins, comme certains quartiers Nord de Marseille.

    Numérus Clausus

    Mis en place par une loi en 1971, le numerus clausus limite le nombre d’étudiants en médecine. Une loi qui vient d’une négociation entre médecins libéraux eux-mêmes et l’État et qui est souvent décrié comme l’un des facteurs de la pénurie de médecins que la France connaît actuellement.

    2030

    C’est la date à laquelle la fin du numérus clausus décidée en 2019, commencera à se faire sentir, car les effectifs dans les universités restent contraints à leur capacité d’accueil. Selon un rapport du sénat, le nombre de médecins devrait encore diminuer cette année, avant de commencer à réaugmenter.

    + 5 %

    C’est l’augmentation des dépassements d’honoraires entre 2019 et 2024 par les médecins libéraux en ville, en cliniques privées ou encore dans le cadre de l’exercice d’une activité libérale à l’hôpital public, d’après le rapport du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie.

  • Le 1er bébé de l’année à Avignon victime d’un déferlement raciste

    Le 1er bébé de l’année à Avignon victime d’un déferlement raciste

    C’est une histoire glaçante et à peine croyable que connaît Zaïd, petit avignonnais de même pas une semaine. Né le 1er janvier à l’hôpital d’Avignon, vers 1h30, il est présenté comme le premier bébé 2026 par un article dans La Provence. Une information classique du 1er janvier mais qui a pris depuis une tournure nauséabonde. La publication sur les réseaux sociaux de nos confrères a été la cible d’un déversoir haineux et raciste en raison de la consonance du prénom de l’enfant.

    Sur X (ex-Twitter), la publication a été vue plus de 1,7 millions de fois poussant ensuite La Provence à retirer son tweet. Sur Facebook, plus de 11 400 commentaires restent actifs, bien que le journal ait bloqué les réactions. Ce mardi, Olivier Biscaye, directeur de la rédaction a fini par réagir dans un édito : « Notre vigilance a un temps permis de les réguler [les « écrits extrémistes »] mais la violence a repris de plus belle ». Et d’indiquer qu’il « était hors de question de supprimer l’article au nom d’un principe qui nous semble évident, l’extrémisme ne peut pas gagner, supprimer cet article, signifiait notre renoncement à des valeurs de respect et d’ouverture auxquelles nous croyons ». Difficile d’être exhaustif face au déferlement abject subi par Zaïd. Mais citons pêle-mêle, « on aurait du l’avorter », « les nuisibles d’Allah ne sont pas Français […], il faut les remettre dans leurs réserves naturelles africaines », « Erreur de pays ! C’est Marcel ou Germaine en France… », ou « Le premier migrant terroriste de 2026 ».

    Des propos tous susceptibles d’être condamnés par la justice, reposant aussi la question des réseaux sociaux et de leur régulation. Cette campagne de haine a même trouvé un écho en Algérie, où le média en ligne TSA parle de Zaïd comme de « la plus jeune victime de haine au monde ». Quelques autres commentaires indignés ont réagi en souhaitant la bienvenue à Zaïd. « La France, ce n’est pas un prénom. La France, c’est aussi des valeurs : respect, humanité, dignité et elles commencent par la façon dont on parle d’un enfant », écrit une internaute. Localement, le député (LFI-NFP) Raphaël Arnault s’est rapidement ému : « Le racisme s’est tellement banalisé qu’aujourd’hui ils s’en prennent même à un bébé qui vient de naître. Bienvenue à Zaïd. Déjà tellement plus beau que les immondes racistes ». Le 4 janvier, le collectif No Pasaran jeunes a réalisé plusieurs collages de soutiens à Montfavet, où vit sa famille, souhaitant la « bienvenue à Zaïd, Avignon est ta maison, Montfavet est anti raciste ».

  • Un deuxième gymnase ouvert pour les sans-abri

    Un deuxième gymnase ouvert pour les sans-abri

    Le gymnase Ruffi accueille les SDF depuis ce mardi. Dimanche déjà, un premier gymnase, Vallier, avait été désigné comme centre d’hébergement. Il a pu accueillir jusqu’à 80 personnes lundi soir. Mais il était insuffisant face à la situation d’urgence. « Nous avons estimé dès mardi que les capacités étaient quasiment atteintes et que la baisse des températures se maintenait, il était nécessaire d’ouvrir un deuxième équipement », indique Audrey Garino, adjointe (PCF) au maire de Marseille déléguée à la solidarité. La capacité d’accueil du gymnase Ruffi sera sensiblement la même que celle de Vallier, soit une centaine de personnes.

    « Le manque de places est structurel », s’offusque l’élue, constatant le fossé phénoménal entre le nombre de places d’hébergement à Marseille et le nombre de sans-abri. Le bilan fait froid dans le dos : près de 7 000 places pérennes contre un flux de 16 000 personnes ayant déclaré avoir été au moins une fois en situation de sans-abrisme. Aussi, pour contrer le froid, la fraternité Belle de Mai donne des vêtements chauds toute la semaine à partir de mardi dans ses locaux.

    Le Samu social œuvre toujours

    « Dès que le froid commence à arriver dans la ville, nous renforçons les moyens propres de la Ville de Marseille dans nos maraudes, dans les distributions de couvertures, etc. », précise Audrey Garino. En partenariat avec les structures et associations œuvrant sur le terrain. À Marseille, le Samu social est municipal et donc financé par la Ville, une spécificité. Les équipes interviennent 365 jours par an en maraude et en gestion d’équipements (douches municipales). « Un engagement du quotidien », souligne Audrey Garino.