Category: social

  • [Entretien] Patrick Bourdillon, CGT : « Avec l’ambulatoire, la prise en charge échoit aux familles »

    [Entretien] Patrick Bourdillon, CGT : « Avec l’ambulatoire, la prise en charge échoit aux familles »

    La Marseillaise : La maternité d’Apt a fermé en 2016, celle de la clinique Urbain V à Avignon en 2024. Quelles conséquences ont pu avoir ces fermetures ?

    Patrick Bourdillon : La baisse de la natalité considérable dans notre département a fait que l’absorption de l’activité d’Urbain V n’a pas eu pour conséquence une explosion des naissances sur le centre hospitalier d’Avignon. Mais la fermeture de l’hôpital d’Apt a amené beaucoup plus de naissances à Cavaillon, d’autant plus que la distance est importante depuis Apt. Et il y avait eu avant les fermetures à Vaison-la-Romaine et Pertuis. Si les chiffres de difficultés dans la naissance n’ont pas forcément augmenté, leur pourcentage par rapport au nombre de femmes qui accouchent lui augmente. On s’aperçoit surtout que c’est le nombre de professionnels en capacité de prendre en charge l’enfant, et la durée notamment de l’hospitalisation en post-partum, qui vont compter.

    Le rapport de l’Igas pointe le manque de places en réanimation en néonatalogie dans la région, quels constats faites-vous ?

    P.B. : Sur un centre hospitalier de la taille de celui d’Avignon, le service de néonatalogie n’est pas suffisant puisque c’est une maternité de niveau 2, donc nous n’avons pas de réanimation en pédiatrie. La plus proche est à Marseille, à pratiquement une heure de trajet. Un bébé en difficulté à Orange aura donc moins de chances qu’un bébé à la Timone. Mais les difficultés sur la réanimation existent aussi pour les adultes.

    Quelles sont les conditions de travail en néonatalogie ?

    P.B. : Elles sont plutôt bonnes dans la mesure où il y a un encadrement suffisant, même si parfois il y a des nécessités plus fortes. La néonatalogie est relativement préservée, mais nous ne sommes pas capables de gérer si beaucoup d’enfants ont des nécessités de soins, essentiellement pour les enfants prématurés ou pour ceux qui ont des complexités métaboliques ou des problématiques d’organes.

    Le travail de prévention est-il suffisant ?

    P.B. : Quand on voit les suppressions de subventions au Planning familial, on s’interroge… Ils ont dû faire appel à des dons en urgence ! D’autres préventions relèvent de la médecine de ville, mais le nombre de médecins est de moins en moins important. Cela a des conséquences, avant la naissance mais aussi après la grossesse. Il y a beaucoup d’arrivées aux urgences pédiatriques de jeunes mamans totalement perdues. L’ancien programme d’accompagnement du retour à domicile encourageait les jeunes mamans à rentrer le lendemain de l’accouchement, on a voulu faire de l’ambulatoire avec pour limite une prise en charge de l’individu qui échoit aux familles, et pas aux professionnels de santé. Alors il y a des incompréhensions sur la perception des symptômes de l’enfant, alors qu’il est de plus en plus compliqué de trouver des médecins, ne parlons même pas des pédiatres, pour voir si l’enfant est en danger ou pas. Le quadrillage médical ne se joue pas seulement sur les hôpitaux et maternités.

  • L’allocation de rentrée victime de son succès

    L’allocation de rentrée victime de son succès

    « Sans cette aide, on n’y arriverait pas. » Safia, accompagnée de ses deux minots, Naël et Naïl, écume le rayon bureau du magasin Action du Centre Bourse à Marseille, ce mardi. Dans son caddie, on retrouve des cahiers, des stylos, des classeurs… En bref, l’ensemble de l’attirail nécessaire pour équiper les petits écoliers. « Avec mes deux enfants, j’en ai pour plusieurs dizaines d’euros juste en cahiers… Et je ne parle même pas du sac et des livres ! », développe la Marseillaise.

    Autour d’elle, plusieurs familles font de même et il faut parfois un peu jouer des coudes pour se frayer un chemin dans les travées. D’un côté, une mère questionne sa fille qui a la liste de courses à la main : « C’est bien un classeur avec 4 anneaux qu’il faut ? » De l’autre, un minot tire la manche de son père en direction des casques et autres souris pour jeux vidéo du rayon adjacent. Pas de chance, c’est bien pour la rentrée scolaire qu’ils sont venus et le petit polisson est vite rappelé à l’ordre.

    70 millions d’euros

    dans le département

    Car si le magasin fait le plein en ce 18 août, c’est notamment car l’allocation de rentrée scolaire (ARS) a été versée ce jour. Dans les Bouches-du-Rhône plus de 94 000 familles éligibles ont reçu cette aide qui oscille entre 426 et 466 euros par enfant, selon les chiffres de la CAF (Caisse d’allocations familiales) publiés ce mardi. Cette dernière rappelle justement qu’à « chaque rentrée scolaire, les familles font face à un surcroît de dépenses qui peut mettre en difficulté les plus modestes » et évoque une « aide indispensable aux familles modestes ».

    Safia, mère célibataire au petit salaire confirme : « C’est déjà compliqué de finir le mois en temps normal. Si l’allocation n’était pas là, on ne pourrait pas acheter tout ce qu’il faut pour l’école, ou alors il faudrait taper dans d’autres dépenses. » La CAF fait d’ailleurs écho aux propos de la Marseillaise dans son analyse : « Pour faire face à cette dépense supplémentaire les familles adoptent diverses stratégies comme la réduction des autres dépenses du foyer. Si elles n’avaient pas perçu l’ARS, elles auraient dû diminuer encore plus leurs autres dépenses. »

    Rappelons que l’ARS est versée, sous conditions, pour les enfants scolarisés de 6 à 18 ans selon les revenus de leurs parents. Dans le département, le montant total de l’aide s’élève à 70 548 129 euros. C’est dire les besoins… Et sur le terrain, elle est visiblement victime de son succès vu l’affluence au Centre Bourse. Juste à côté du magasin Action, on retrouve Chaussea d’où sort également une famille avec une paire de chaussures neuves pour sa minote. À l’étage du dessus, le rayon pour la rentrée scolaire de la Fnac attire aussi quelques familles. Bien loin donc des fantasmes d’achats de télé et smartphone relayés par certains médias…

    Emmaüs démonte les clichés

    Dans une enquête publiée ce mardi, Emmaüs France questionne « À quoi sert l’allocation de rentrée scolaire ? », en réponse aux clichés nauséabonds distillés dans certains médias relayant l’idée que l’ARS serve à payer des « abonnements Netflix ». Avec une série d’une vingtaine d’entretiens auprès de familles modestes, Emmaüs montre la réalité de l’utilisation de l’ARS : « Elle permet d’acheter des fournitures, des vêtements ou des équipements neufs, plus solides ou de meilleure qualité que ceux auxquels ces familles ont habituellement accès. » Et insiste : « Les enquêtes statistiques convergent sur un point : les dépenses supportées par les familles à la rentrée sont proches du montant de l’allocation. » Un lien direct entre rentrée scolaire et cette allocation donc.

    A.B.

  • La CGT suspend le mouvement de grève à Haribo

    La CGT suspend le mouvement de grève à Haribo

    « Ce n’est que partie remise ! » Ce lundi, les salariés d’Haribo à Marseille accusent le coup.

    Et pour cause : ils ont voté la reprise du travail après un mouvement social marathon débuté le 25 juin dernier et alors qu’ils entraient dans leur huitième semaine de grève. Une reprise du travail qui n’équivaut pas à la fin définitive du mouvement. « Pour l’heure, le mouvement est stoppé, on est en stand-by. Nous avons fait un vote dont nous avons eu les résultats dimanche. Malheureusement, il n’y avait pas assez de monde pour continuer à suivre le mouvement et la majorité souhaitait arrêter la grève », expose, en toute transparence, Sofia Calabria déléguée syndicale CGT du site.

    Rappelons que FO, qui avait débuté le mouvement avec la CGT, a également suspendu son mouvement, la semaine précédente. Forcément, la syndicaliste n’a pas le sourire : « Les gens sont assez abattus et déçus… C’est compliqué de reprendre dans ces conditions, il y a un goût d’inachevé. »

    En effet, les dernières discussions entre son organisation syndicale et la direction n’ont abouti à rien de concret. La première réclamant une hausse de salaire de 2,5% quand la seconde proposait 1,8% (lire notre article du 13/08). Pour rappel, la proposition initiale dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO) était de 0,9%. Le déclenchement de la grève commune avec FO avait permis de remonter la proposition à 1,5% et la promesse de discussions au 28 septembre prochain. Autant de points sur lesquels la CGT affirme n’avoir aucune assurance ni visibilité. « On espère que la réunion du 28 septembre est bien maintenue. Pour l’instant, on n’a rien de plus que 0,9% d’augmentation », explique Sofia Calabria.

    Vers un retour

    des discussions ?

    Contactée, la direction du site « ne souhaite pas commenter » les montants évoqués par les syndicats et précise qu’ils « font l’objet de discussion en cours en interne ». Elle explique surtout que sa « volonté est bien de poursuivre un dialogue social » et que « la suspension de la grève à compter de ce jour rouvre l’opportunité de re-entamer des discussions ».

    De quoi vraiment apaiser les ex-grévistes ? En tout cas, ces derniers pas défaitistes : « Il y a aussi de la fierté : plus de 7 semaines de grève, on entrait dans notre huitième semaine, ce n’est pas rien non plus. Nous avons eu un impact énorme sur la production, on reprend le travail la tête haute. » D’autant que Sofia Calabria insiste sur le fait que l’arrêt du mouvement n’est que temporaire. « Le combat n’est pas fini. Ce n’est qu’une suspension, il n’y a pas d’abandon des revendications », conclut la syndicaliste.

  • Harcèlement de rue : les élus nîmois ouvrent l’enquête

    Harcèlement de rue : les élus nîmois ouvrent l’enquête

    « On trouve insupportable que les femmes se sentent restreintes dans leurs activités quotidiennes », lance Marianne Bernede, adjointe à la ville de Nîmes pour l’égalité et contre les discriminations. Alors, face au harcèlement de rue, un groupe d’élus principalement composé de femmes a tenu à prendre le problème à bras-le-corps. Le 27 juillet dernier, une enquête concernant ces comportements a été lancée, appelant les femmes nîmoises à témoigner. En seulement deux jours, l’enquête a atteint les 700 entrées, « ce qui n’était jamais arrivé pour une enquête sur le site de la ville », explique l’adjointe.

    Élaborée par plusieurs élus, cette enquête vise avant tout à mettre la lumière sur ce fléau. « L’idée, c’est qu’on en parle, sourit Marianne Bernede. Parce qu’avant d’être un problème de sécurité, c’est un problème de société. »

    Selon les données fournies par l’application anti harcèlement de rue, Umay, la période estivale est propice à une augmentation du nombre de ces atteintes. L’application en enregistre 30% de plus à l’approche des chaleurs de l’été, « lorsque les femmes ont l’outrecuidance de porter des petites robes légères », ironise l’élue. L’enquête vise donc également à faire le point à Nîmes, avant d’envisager de « répondre localement », ajoute-t-elle.

    Rentrer sans crainte

    Grâce aux réponses données dans le cadre du questionnaire, l’équipe municipale compte mettre en place un dispositif de raccompagnement, permettant aux femmes de ne plus avoir peur de sortir le soir.

    Des bus à horaires fixes en soirée ou encore des taxis collectifs, les modalités d’un tel dispositif ne sont pas encore fixées. La municipalité compte d’ailleurs sur les Nîmoises volontaires pour prendre part à des ateliers de réflexion autour de la question. « Nous, ce qu’on veut, c’est écouter les gens », complète l’élue.

    Après l’instauration du dispositif Angela en 2021, la Ville de Nîmes souhaite élargir la protection des femmes sur son territoire. « On veut que ça puisse aider les femmes au quotidien à se sentir plus à l’aise dans leur ville », conclut l’élue. L’enquête est disponible sur le site je-participe.nîmes.fr et se poursuit jusqu’au 27 septembre prochain.

  • Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Un document de 12 pages qui met le feu aux poudres. Après l’émoi déclenché par la mort de Lyhanna, 11 ans, le 4 juin dans le Gers et la mise en examen, pour meurtre et viol sur mineure de moins de 15 ans, de Jérôme Barella, principal suspect, le ministre de la Justice a transmis un courrier à son homologue de l’Intérieur. Daté du 29 juillet, révélé par Le Monde, il pointe des dysfonctionnements « d’ordre structurel », qui tiennent à la question des moyens, de la formation, des outils et du pilotage, mais pas « à la volonté des personnels de terrain. » Est également évoqué un gigantesque « stock fantôme », des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis.

    De quoi agacer singulièrement les syndicats de policiers. Dans un long communiqué en date du 11 août, la CGT Intérieur réplique en alignant les chiffres issus de ce même document : « 85 047 plaintes en attente, six policiers pour 4 000 dossiers au Mans, 257 millions pour un logiciel qui n’existe pas. » « Le résultat de décisions politiques identifiables, prises en connaissance de cause » assène-t-elle. Pour elle, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur durant 4 ans, « découvre son propre bilan. »

    Tout sur le bureau du ministère depuis 3 ans

    Et « oublie que par sa réforme néfaste, il a démantelé les filières d’investigation (…) et appauvri la police nationale et la gendarmerie dans leur dimension judiciaire ».

    Sur le chiffre édifiant des plaintes en rade, « certaines n’ont jamais quitté le commissariat. D’autres ont été perdues. Rien de tout cela n’est un accident : chacun de ces manques a été provoqué, budget après budget, par des responsables qui savaient », balance la CGT. Et de citer « le rapport interinspections de juin 2023 sur l’engorgement de la chaîne pénale, celui de la Cour des comptes de mai 2023, le rapport d’évaluation des stocks recensant plus de trois millions de procédures non traitées et alertant expressément sur le sort des viols et agressions sexuelles sur mineurs », tous « sur le bureau du ministre de l’Intérieur de l’époque. »

    L’organisation syndicale est allée jusqu’à calculer le temps que les fonctionnaires de police pouvaient consacrer aux dossiers. Reprenant l’exemple du Mans, où six policiers du groupe de protection des familles se partagent plus de 4 000 cas, soit 667 procédures par agent. « Rapporté à la durée légale annuelle de travail -1 607 heures-, il reste deux heures et vingt-quatre minutes par dossier et par an », indique la CGT. Tandis qu’à Amiens, « où trois enquêteurs portent chacun plus de trois cents dossiers, on atteint cinq heures et vingt minutes », complète-t-elle.

    L’enquête, spécificité abandonnée

    Elle pointe également une date, 1995, où l’enquête a « cessé d’être un métier. » Le corps des enquêteurs dissous, « 16 000 inspecteurs de police rejoignent 2 200 officiers de paix » dans le nouveau corps des officiers.

    La CGT établit également une autre bascule, en 2024. Depuis, l’ordre public prime dans la gestion des troupes estime l’organisation syndicale. « Un dossier d’enfant ne fait pas de bruit. Une manifestation, si », commente-t-elle. Elle raconte aussi cet outil numérique daté et inepte, qui « perd des fichiers, découpe les procès-verbaux et impose des ressaisies redondantes des mêmes informations dans des logiciels qui ne se parlent pas. » Le projet « Scribe », lancé en 2016 pour le remplacer, est abandonné en 2021 puis relancé pour « 2028 au mieux » assure-t-elle.

    En conséquence, la CGT exige de « faire de l’enquête un métier », « donner aux enquêteurs un outil qui fonctionne » et « sortir l’enquête de l’arbitrage préfectoral. » Elle réclame aussi la présence des syndicats et des associations de victimes à la réunion prévue le 3 septembre entre les deux ministères.

  • Les sapeurs pompiers restent sur le pied de guerre

    Les sapeurs pompiers restent sur le pied de guerre

    Les sapeurs-pompiers professionnels sont à bout de souffle. La saison des feux, qui n’est toujours pas terminée, est d’une ampleur inédite. À l’heure où nous écrivons ces lignes, quelque 120 000 hectares ont été parcourus par les flammes en France. Et les moyens manquent. « Si la sécurité civile tient aujourd’hui c’est grâce à l’engagement exceptionnel des agents, mais elle ne peut plus reposer uniquement sur leur dévouement », alerte Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale des sapeurs-pompiers professionnels. « Les interventions augmentent, les crises se multiplient, les risques et la société évoluent mais les moyens ne suivent pas », déplore-t-il entouré par les membres des neuf syndicats représentatifs des services d’incendie et de secours (Sdis), pointant l’« insuffisance d’un système arrivé à saturation ».

    Cette conférence de presse était donnée devant le ministère de l’Intérieur, où les soldats du feu ont été reçus ce jeudi 13 août pendant près de deux heures par Laurent Nuñez à qui ils ont exposé leurs revendications. En tête de liste figure l’adoption rapide d’un projet de loi de modernisation de la sécurité civile. « Le ministre n’est pas au rendez-vous, nous n’avons pas eu de réponse concrète. Nous n’avons aucune affirmation ni sur le financement, ni sur la stratégie de financement, ni sur le contenu du projet de loi », fustige Xavier Boy. Sur X, le locataire de la place Beauvau assure que le texte sera présenté « début septembre » par ses services au Premier ministre. Les sapeurs-pompiers seront eux, reçus le 8 septembre.

    Les syndicats réclament par ailleurs des recrutements massifs de sapeurs pompiers professionnels, à hauteur de 21 000 personnes – qui s’ajouteraient à l’effectif actuel de 44 000 -, et d’agents techniques et administratifs.

    « L’été que nous vivons doit tous nous interroger »

    Ils exigent également un budget « permettant de garantir la protection de la santé de nos agents », l’ouverture de négociations avec leur ministre de tutelle « sur les conditions d’exercice » et enfin « une loi de financement de la Sécurité sociale juste qui pourra intégrer enfin nos attentes historiques en matière de retraite ».

    Si le premier flic de France a loué sur le réseau social de « longs échanges très francs », les pompiers eux, se disent « déçus, on s’attendait à des réponses beaucoup plus fortes et concrètes », pousse Laurent Guilloteau, membre du collectif CGT des SDIS. « Face à l’immobilisme de l’État, on va augmenter le rapport de force », fait valoir le sous-officier des Sdis 13.

    « L’été que nous vivons doit tous nous interroger », abonde l’intersyndicale dans un communiqué commun publié à l’issue de la rencontre. Entre évacuations, habitations détruites, les sapeurs-pompiers déplorent quatre morts dans leurs rangs et des centaines de blessés. « Nous sommes arrivés à un point de rupture (…) Il y a urgence », alerte l’intersyndicale qui annonce une grande mobilisation nationale le 29 septembre prochain. Et entend, d’ici là, maintenir la pression sur l’exécutif, les départements dont proviennent leurs financements et les parlementaires.

  • Avignon: la lutte des salariés du cloître Saint-Louis est payante

    Avignon: la lutte des salariés du cloître Saint-Louis est payante

    Un mouvement de grève dans le secteur qui va faire date. Deux semaines après l’annonce de la fin de la grève des salariés de l’hôtel de luxe avignonnais, le syndicat CGT fait le point sur ce qu’a apporté la mobilisation et la victoire des travailleurs.

    Pour rappel, après presque un mois de grève, les salariés ont obtenu une prime de 1 100 euros pour 2026, le remboursement de 100 euros en tenue professionnelle par année et par salarié, la montée d’un échelon pour les plongeurs et commis de salle, une semaine de congés en août et l’anticipation de la hausse des salaires prévue initialement en septembre, conforme à la grille salariale du secteur. Soit une hausse globale de 5 %. Les employés se plaignaient également de conditions difficiles, notamment liées à la chaleur dans des locaux inadaptés.

    Reste la question des travaux envisagés dans les prochaines années par la direction. Ceux-ci, assez conséquents, devraient durer plus d’un an. Ils demandent à connaître la date exacte prévue pour le début du chantier et également que leur salaire soit maintenu à 100 % pendant leur durée.

    Secteur difficile

    « Ce n’est certes pas ce que l’on demandait de base, mais c’est une avancée rare dans le secteur. C’est dur de faire se lever les employés, avec beaucoup de saisonniers et de turnover », se réjouit Laurent, qui travaille dans le service du petit-déjeuner et dont le contrat à durée déterminée s’achève dans les prochains mois. C’est en effet là que se situe, pour l’union locale de la CGT, qui soutenait le mouvement, l’essentiel. L’organisation tente de transformer le collectif syndical du secteur en véritable syndicat afin de coordonner les employés de l’hôtellerie et de la restauration. « Il faut mettre en lumière les difficultés dans ce travail. S’ils ne connaissent pas leurs droits, il faut les aider afin d’arrêter d’être exploités », pointe Carlos Acha-Moreton, secrétaire général de l’union locale CGT du pays d’Avignon. Il met en avant la participation des saisonniers dans le mouvement. Ce qui implique de revoir le fonctionnement du syndicat. « On a l’habitude de militer avec des personnes installées dans les entreprises. Là, c’est différent car sans les travailleurs saisonniers, il n’y aurait pas eu de mouvement. Tout comme les hôtels qui ont besoin d’eux pour faire fonctionner les établissements. C’est eux la clé », développe le responsable syndical. « Après la Covid, beaucoup de personnes du secteur ont arrêté. Les bons patrons ont compris qu’il fallait améliorer les conditions et les salaires pour attirer. L’ancienne école n’a elle pas évolué et risque de se manger des mouvements comme celui-ci à nouveau », appuie Laurent. « On va tracter. On espère monter le syndicat pour 2027 », conclut Laetitia Pancuvilier, représentante CGT du cloître Saint-Louis, également au service petit-déjeuner.

  • [Entretien] Laurent Guilloteau, CGT des Sdis : « La politique d’austérité du gouvernement impacte les pompiers »

    [Entretien] Laurent Guilloteau, CGT des Sdis : « La politique d’austérité du gouvernement impacte les pompiers »

    La Marseillaise : Le rassemblement prévu ce jour devant le ministère de l’Intérieur est organisé par les neuf organisations syndicales représentatives des Sdis précisez-vous dans un communiqué unitaire. C’est inédit ?

    Laurent Guilloteau : Dans ce sens, oui. Cela fait un an que les neuf organisations syndicales sont unanimes sur le constat qui a été dressé dans ce communiqué et que nous sommes entièrement d’accord sur l’ensemble des revendications. La Sécurité civile a, aujourd’hui, le pantalon sur les chevilles. La politique d’austérité du gouvernement et les coupes budgétaires qu’ont subies les conseils départementaux et les communes ont impacté les Sdis. Nos principales revendications ont toutes un lien avec le financement. L’un des principaux axes, c’est le recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels. Sur l’année 2025, on a plus de 2 200 lauréats du concours. Mais certains de l’édition précédente, donc 2023, n’ont toujours pas été recrutés, faute de budget.

    Cette politique austéritaire explique-t-elle pourquoi les sapeurs pompiers volontaires – non limités en heures – sont davantage sollicités au détriment des sapeurs pompiers professionnels ?

    L.G. : Totalement. Aujourd’hui, la faute est à un plafond horaire annuel qui est de 2 256 heures et qu’on ne peut pas dépasser. Pourtant, il y a un texte de loi de 2023 qui permet de libérer des sapeurs-pompiers professionnels sur leur temps de travail. Sauf que les directeurs sont ultra-réticents à détacher du temps de travail des sapeurs-pompiers professionnels au profit des autres départements, dont ils disent pourtant être solidaires. Ils préfèrent les envoyer sur leurs repos ou leurs congés, et sur le statut de sapeurs-pompiers volontaires, parce que du coup, ils ne perdent pas de temps de travail. Il est impensable de se dire qu’on se prive d’une ressource quantitative et qualitative sous l’effet d’un statut alors que, concrètement, on est agent de la fonction publique territoriale.

    Vous entendez peser sur le prochain Projet de loi de finances pour 2027 ?

    L.G. : Il est vrai, comme le dit Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur], que la Sécurité civile a vu une augmentation de son budget alloué au titre des derniers projets de loi de finances. Mais ce que le ministre oublie de dire, c’est que si on fait un ratio de ce que pèse aujourd’hui la Sécurité civile – un des derniers services publics qui arrive encore à fonctionner, malgré les difficultés et les contraintes que l’on peut rencontrer – par rapport à l’investissement qui a été mis sur les projets de loi de finances, notamment pour les JO 2024, pour les Armées et pour la Sécurité intérieure, on est très loin du compte. Alors oui, on va interagir sur le projet de loi de finances. C’est vital à l’échelle nationale. On a loupé le coche après la saison des feux de 2022 où il aurait fallu déjà revoir les budgets des services départementaux d’incendie et de secours. Cela va être difficile à rattraper aujourd’hui avec toutes les coupes budgétaires que présente M. Macron…

    Que peut-on retirer du Beauvau de la Sécurité civile ?

    L.G. : Le ministère de l’Intérieur et le gouvernement ont fait des groupes de travail pour occuper le temps et le terrain. Pendant ce temps-là, ils ont oublié d’agir et de sortir le projet de loi prévu à l’issue de ces travaux. Depuis, on a vu défiler plusieurs ministres que ce soit Gérald Darmanin, Bruno Retailleau et aujourd’hui Laurent Nuñez.

    La Sécurité civile est-elle dans les priorités du gouvernement ? C’est notre interrogation. Je vous le dis, la réponse c’est non. Si on était vraiment dans les préoccupations du gouvernement, il aurait mis en place dans les projets de loi de finances et dans le Beauvau des mesures pour faire avancer la Sécurité civile.

    Cette saison des feux est particulièrement dévastatrice. Si des investissements ne sont pas rapidement faits dans la Sécurité civile, au vu du réchauffement climatique, les prochaines seront pires ?

    L.G. : La synthèse est la bonne. Les saisons comme 2026 vont devenir la norme. Le feu de forêt devrait être enseigné dans le risque courant. Depuis combien d’années on parle du réchauffement climatique et de son impact ? Les canicules, on en a déjà eu. On se rappelle de 2003 et des premières, dévastatrices, qui ont causé énormément de morts. Le ministre de l’Éducation nationale, a dit [le 26 juin 2026 ndlr], que le gouvernement avait anticipé la canicule. Si on avait anticipé, on n’aurait pas provoqué la fermeture de classes parce qu’il y faisait 35 degrés. S’il y a une chose que le gouvernement n’a pas faite, c’est d’anticiper.

    Si on était vraiment prêts et si on avait été en capacité de répondre au moment voulu sur des feux majeurs en même temps sur l’ensemble de territoire, on n’aurait pas eu à épuiser la ressource au 31 juillet, que ce soit de sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires et de personnels administratif, technique et spécialisé. Ce sont des gens dont on parle très peu et qui font aujourd’hui fonctionner les Sdis dans la partie administrative, la réparation des véhicules et le maintien de nos unités opérationnelles. Sans tous ces gens-là qu’on a sollicités durant un mois, corvéables à merci, durant des heures, en s’asseyant sur leurs périodes de repos et aussi leur période de congé, ça n’aurait pas existé.

    La polémique autour de la commande de Canadairs est-elle justifiée ? Qu’est-ce que cela aurait pu changer sur le terrain ?

    L.G. : Les Canadairs, c’est comme un camion-citerne feux de forêts, quand il tourne toute la journée, le lendemain, il a besoin d’une maintenance. Il y a des matins où il n’y en avait que 5 disponibles. Puis, l’après-midi, il y en avait peut-être 7 ou 8. Et le lendemain matin, on redescendait à 5. On parle souvent des machines mais il faut aussi prendre en compte les horaires de vol du pilote à l’intérieur, qui doit avoir une certaine lucidité durant toutes les missions qu’on lui demande. Souvent, ça aussi, ça nous fait défaut.

    Le travail de précision des Canadairs ne pourra jamais être remplacé par les hélicos supplémentaires qui ont été loués. Les Canadairs ont une capacité et une force de frappe qui est quand même différente. Gabriel Attal, lorsqu’il était Premier ministre, a sérieusement amputé le budget de la Sécurité civile, et notamment dans l’achat de cette flotte aérienne. Si deux Canadairs de plus avaient été présents sur les chantiers de Gironde, ils auraient peut-être compensé la maintenance qui était obligatoire pour l’aspect sécuritaire du personnel en vol et au sol.

    REPÈRES

    258 641

    sapeurs-pompiers sont recensés en France dont 200 961 volontaires. 13 377 sont militaires comme le bataillon des marins pompiers de Marseille. Les pompiers du 13 comptent 7 500 agents.

    80 %

    des interventions des SDIS sont consacrées au secours à la personne contre seulement 6% pour les incendies. Sur tout le territoire, 13 000 interventions par jour sont réalisées.

    Attaque massive

    La doctrine définie nationalement prévoit l’attaque massive des feux naissants.

    En clair maîtriser les incendies avant qu’ils n’atteignent 5 hectares.

    Feux d’hiver

    En 2019, sur les 43 000 hectares qui brûlent en France, 36 000 partent en fumée en janvier et février, note dans son rapport Effis, système européen d’information sur les feux de forêt.

  • [Entretien] Sofia Calabria, CGT : « L’attitude de la direction d’Haribo est scandaleuse »

    [Entretien] Sofia Calabria, CGT : « L’attitude de la direction d’Haribo est scandaleuse »

    La Marseillaise : Où en êtes-vous dans le mouvement ?

    Sofia Calabria : FO a suspendu le mouvement. Nous, la CGT, nous continuons la grève pour l’heure et nous attaquons notre huitième semaine ce jeudi. Nous attendons la fin de semaine pour sonder les salariés et les grévistes afin de savoir si on continue le mouvement la semaine prochaine. Nous verrons la tendance, et l’on suivra l’avis de la majorité évidemment. L’objectif est de poursuivre la pression sur la direction mais de ne pas envoyer les gens dans le mur non plus. Le problème c’est que l’on ne sait même plus si la réunion de négociations, prévue le 28 septembre prochain, est maintenue.

    Pourquoi ce flou sur
    les négociations ?

    S.C : En fin de semaine dernière, la direction a formulé une nouvelle proposition par mail : une augmentation de 1,8%. Communément, l’intersyndicale a formulé, ce lundi, une contre-proposition : 2,5% pour les plus bas salaires, c’est-à-dire entre 2 000 et 2 500 euros et cela correspond à la majorité des ouvriers du site, avec une dégressivité selon les tranches de salaire. Pour la tranche de salaire des ouvriers, cela correspondrait à une cinquantaine d’euros. Ce ne sont pas les 100 euros que nous souhaitions au départ mais nous nous sommes dit que nous coupions la poire en deux. Malheureusement, la direction a coupé court à toute négociation avec nous au motif que nous avions continué la grève lundi et mardi… Et ce, sans plus d’explications, ni de date ultérieure ou encore de confirmation que la date du 28 septembre était toujours d’actualité. On pensait que leur proposition était une avancée, mais c’était de la poudre de perlimpinpin.

    Quel est l’état moral des grévistes ?

    S.C : La réponse de la direction a mis un coup de massue à beaucoup de monde. Nous ne comprenons pas qu’elle soit autant fermée. Nous n’avons pas fait de grève par plaisir, nous l’avons fait car c’était légitime. Nous n’avons pas demandé des primes importantes, nous demandions le strict minimum ! Regardez : nous avons proposé la moitié de ce que nous demandions au départ, c’était une manière de prouver que nous sommes raisonnables… Malgré ça, ils restent fermés. Cette attitude est scandaleuse, il n’y a pas de dialogue social ! Quoi qu’il arrive, ce ne sont pas des semaines de grève perdues. On a lutté, on a gagné en solidarité, en honneur, on a gagné collectivement et ce, quel que soit le syndicat ou le service. Huit semaines de grève, on a la tête haute !

  • Fibre Excellence : la CGT appelle les élus à réagir

    Fibre Excellence : la CGT appelle les élus à réagir

    « On est persuadés qu’il y a une possibilité de continuer l’activité industrielle sur ce site », lance en ouverture d’une conférence de presse le secrétaire général de la CGT des Bouches-du-Rhône Marc Piétrosino. Mais pour ce faire, il faut que les personnalités politiques continuent de s’y employer.

    « Il faut qu’ils prennent leurs responsabilités », insiste ainsi le responsable syndical, qui rappelle que « tout le monde s’accorde à dire que c’est un enjeu pour la souveraineté nationale ». Si cette usine, dont la liquidation judiciaire a été prononcée par le tribunal de commerce de Toulouse fin juillet, ainsi que celle en sursis de Saint-Gaudens, s’arrêtent définitivement, « il y aura une dépendance aux marchés asiatiques et américains », insiste le syndicaliste. D’après la CGT, 80% des salariés auraient reçu une lettre de licenciement.

    Et de demander notamment une réunion avec la Région Sud, afin « d’expliquer les projets de diversification », indique Jean-Michel Bulinge, secrétaire général Fibre Excellence Tarascon. Quelques minutes plus tard, devant une quarantaine de salariés qui attendaient dans un camp de fortune installé sur le parking de l’usine depuis bientôt un mois, ils rappellent que ce sont les collectivités « qui ont le carnet d’adresses pour trouver des investisseurs. On a besoin de leur aide pour trouver des industriels ». Et ils énumèrent les nombreux avantages que possède le site. À commencer par sa position géographique « dans un triangle d’or », insiste Jean-Michel Bulinge. Et ce de différentes manières. Notamment par le fluvial « avec un quai refait à neuf par la Compagnie Nationale du Rhône » et des digues refaites récemment également. Mais aussi par le ferroviaire. Alors que le territoire est déjà durement touché par les fermetures ces dernières années, l’arrêt de Fibre Excellence mettrait à nouveau un gros coup. « L’usine représentait 20% de l’activité du port d’Arles. Mais il y a aussi tout un écosystème autour », ajoute Nicolas Bourcy, secrétaire général de l’union locale CGT d’Arles. En plein mois d’août, « ce n’est pas la meilleure période pour obtenir des réponses », regrettent les syndicalistes. « Mais s’il faut, on ira toquer à la porte des décideurs », ajoutent-ils.

    Pollution

    Sans oublier le savoir-faire des salariés. « Plus on attend, plus il va disparaître. Pour redémarrer le site demain, il n’y a pas de solutions rapides, il y a des postes stratégiques. Et là aussi, il y a une notion d’urgence dont nos élus locaux et la Région doivent reprendre la mesure », confie Jean-Michel Bulinge.

    Contactée par La Marseillaise sur sa position, la Région Sud n’a pas pu répondre dans les temps à nos sollicitations. Une table ronde avec la préfecture a également été demandée.

    Autre aspect sur lequel les responsables syndicaux ont souhaité appuyer : la sécurité du site et ses environs. « N’importe quelle société aura beau venir demain, elle ne sera pas en mesure de piloter certaines installations sans les employés. Mais ils ne seront plus là. Les mandataires judiciaires ne se rendent pas compte de l’ampleur du travail », glisse Laurent Quinto, ex-secrétaire général CGT Fibre Excellence Provence et retraité depuis peu. Qui illustre son propos avec le risque incendie. « Si vous arrêtez les pompes de puisage du Rhône, cette sécurité n’est pas garantie », assure-t-il. Et si rien n’est fait, le site, fortement amianté, risque de se dégrader. Et donc de contaminer les alentours. « Il y a une école à 800 mètres, mais aussi des entreprises tout autour. Sans oublier le centre-ville de Tarascon et Arles s’il y a du vent, ce qui est souvent le cas. C’est un gros risque », poursuit Laurent Quinto.