Category: social

  • Pour mobiliser à Aix, les jeunes « innovent »

    Pour mobiliser à Aix, les jeunes « innovent »

    « J’avais peur qu’on soit un peu moins que la semaine dernière, mais finalement, il y a toujours autant de jeunes mobilisés. En même temps, on avait dit acte cinq, pas acte final ! », se félicite, parmi la foule, Lisa. Selon les chiffres de la police, ils étaient 1 200 à battre le pavé depuis la Rotonde hier matin. Et un peu plus que mardi dernier, selon les organisations syndicales et étudiantes qui comptent « environ 2 000 personnes » dans le cortège, incluant parents, syndicats et travailleurs, qui ont encadré la déambulation.

    Depuis, les « formes » de manifestations ont changé. Exemple, devant Sciences Po ce matin, une ambiance DJ, ateliers pancartes et petit-déjeuner ont remplacé les slogans scandés en boucle. « On a voulu changer notre mode de mobilisation pour convaincre le plus large nombre, que chacun se sente à sa place, puisse venir montrer son soutien aux lycéens », rapporte Julie, étudiante à Sciences Po. La décision a été prise lors d’une assemblée générale tenue lundi soir, sur le parvis de l’établissement. 150 jeunes y auraient participé.

    Côté lycéens, de nouvelles idées fusent aussi. Dans la foule rassemblée depuis la Rotonde, Nao, alors que les vacances approchent, présente une « caisse de soutien aux lycéens mobilisés ». « On organise une coordination nationale lycéenne. L’objectif est d’envoyer pour le 18 octobre une délégation à Paris, pour continuer d’organiser le mouvement pendant les vacances. Les lycéens doivent pouvoir s’organiser d’eux-mêmes », explique l’élève de terminale. L’argent permettra notamment de payer les billets de train des élèves désignés pour partir vers la capitale. « Il faut qu’on discute de nouveaux modes d’actions, les blocus c’est bien, mais il faut faire attention à ne pas oppresser une partie d’entre nous qui galère chez elle, qui ne peut pas travailler à distance », explique Nina, lycéenne mobilisée depuis le début du mouvement. Selon elle, le mouvement « grossit ».

    « Ne rien lâcher »

    Valentin, élève en première année de fac, qui « s’identifie au mouvement lycéen », compte sur le « non-essoufflement de la cause, le fait qu’on soit de plus en plus nombreux et que le paroxysme va être atteint après les vacances de la Toussaint. La CGT prévoit de continuer la grève après les vacances, on compte sur ça pour alimenter les blocus. » Pour le jeune homme, le mouvement va continuer jusqu’à ce que les revendications soient entendues, à l’image « de précédentes luttes dans l’histoire ». « Il ne faut rien lâcher, appelle de son côté Céline Peccini, représentant la FSU-SNUipp. Quand on voit les convergences des revendications, on a de quoi faire et de quoi remplir les rues jusqu’à ce que Macron entende. C’est bien installé. C’est ça qui me donne espoir. »

  • À Martigues, les lycéens manifestent « à leur échelle »

    À Martigues, les lycéens manifestent « à leur échelle »

    Imprévisibles, les lycéens ? À Martigues, le plan d’action de l’acte 5 de la mobilisation a changé « toutes les 30 secondes », reconnaît Mevann, l’un des jeunes organisateurs. À l’origine, une marche devait partir de l’établissement Paul-Langevin à 10h en direction de la place Jean-Jaurès. Finalement, le départ a été décalé à 11h, et les manifestants se sont dirigés vers Jean-Lurçat pour y récupérer d’autres élèves, avant de se rendre en centre-ville. « On vit au jour le jour, à la minute la minute », plaisante l’élève. La police municipale et les syndicats (CGT, SUD, Snes-FSU) ont joué le jeu de l’improvisation, sécurisant le joyeux cortège le long de son périple. Une centaine de personnes y ont participé, d’après les chiffres de la préfecture.

    Pour Mevann, la mobilisation est un franc succès : « Marseille, Aix-en-Provence, Arles… ce sont des villes étudiantes. À Martigues, on n’a pas de fac au-dessus du lycée, donc on ne peut pas se rattacher aux étudiants et à leurs organisations. Mais c’est important quand même de se faire entendre dans les petites villes où on subit le plus le manque de moyens. Heureusement, on est très suivis et soutenus par nos professeurs et les syndicats. À notre échelle c’est très bien ce qu’on fait. »

    Lou*, lycéen de terminale à Jean-Lurçat, explique que de nombreux camarades sont allés grossir les rangs de la manifestation à Marseille. Lui a préféré rester à Martigues. « Il y a de bons arguments de chaque côté. Certains préfèrent s’unir, et donc vont dans les grandes villes. D’autres plaident pour une action au niveau local, en disant que les lycées périurbains sont encore plus délaissés que dans les métropoles… J’ai pas la réponse, les deux choix sont corrects tant qu’on se bat. » Pour lui, tout l’enjeu est de ne pas laisser tomber le mouvement, que le gouvernement « tente d’étouffer », ou qu’il « déraille dans une lutte sans idée ». « On espère qu’après les vacances on aura des réponses ou des pistes de réponses, parce que là c’est plus possible. »

    Supprimer Parcoursup

    et la réforme Blanquer

    Pour Lou, le plus urgent est de « supprimer Parcoursup et la réforme Blanquer ». « Ça changerait beaucoup de choses, au niveau emploi du temps, santé mentale des jeunes… Même si ça ne réglerait pas tout, ça montrerait qu’on est écoutés et qu’on est dans la bonne direction. »

    Derrière une banderole, dans le cortège, Carla témoigne : « On veut pouvoir avoir une vie en dehors du lycée, voir nos amis, notre famille, faire du sport… C’est compliqué de gérer devoirs et extrascolaire. Et à vouloir tout faire, on fait tout mal. » À ses côtés, India acquiesce : « Notre santé mentale est en danger, on nous écoute pas, on se prend des réflexions et des reproches à longueur de temps alors qu’on va mal et qu’on fait notre maximum. » Carla dit être tombée en dépression « à cause de la pression de l’école » l’an dernier. « J’ai arrêté de venir, du coup j’ai dû redoubler. Maintenant j’essaye de faire de mon mieux. » Les deux amies demandent de meilleures conditions d’apprentissage, mais surtout une véritable écoute de la part du gouvernement pour « retrouver confiance en l’avenir ».

    *Le prénom a été modifié.

  • À Avignon, les jeunes entendus « mais pas écoutés »

    À Avignon, les jeunes entendus « mais pas écoutés »

    Ce mardi 13 octobre était à nouveau une belle journée de mobilisation pour les étudiants, les lycéens, mais aussi le personnel et les syndicats. S’il n’y avait pas moins d’un millier de personnes dans les rues d’Avignon en début d’après-midi, le temps fort était sans doute l’échange entre le président de l’université, George Linarès, et les étudiants qui avaient tenté de bloquer l’établissement en début de matinée.

    « On veut que vous nous souteniez. Que vous soyez avec nous devant l’établissement. Que vous vous mouilliez », intime un manifestant à l’administrateur. « Je travaille pour l’université, donc pour vous. Je fais ce que je dois faire en tant que président », rétorque George Linarès. Un échange qui finira par quelques tensions, un étudiant lui reprochant de « se faire rouler dessus par l’Histoire », ce qui sera jugé comme un commentaire irrespectueux. Un soutien qui « nous aurait tellement aidés à faire valoir notre cause, car aucun président d’université n’est allé aussi loin », estime Anouar Bendahmane, étudiant et membre du mouvement Nouvel espoir citoyen.

    Réforme structurelle

    Des interrogations se posent évidemment sur la suite du mouvement, la journée du samedi 17 octobre étant évoquée par certains. Pour la plupart, le mouvement doit se poursuivre. Une assemblée générale s’est tenue dans les locaux de l’université pour réfléchir à la suite, avec déjà de nouvelles actions prévues au cours de la semaine. « On n’est pas écoutés. Il faut poursuivre pour ne pas avoir fait tout cela pour rien. Notre voix ne doit pas s’éteindre », clame au micro Nino, lycéen à Mistral.

    En soutien aux étudiants, Christèle Lagier, maîtresse de conférences en science politique à Avignon Université, s’interroge. « La question est de savoir ce qu’il faut annoncer pour que cela s’arrête. Car les réformes demandées sont structurelles et prennent beaucoup de temps, comme supprimer Parcoursup, ce qui ne se fait pas en un jour. Il y a une réflexion à engager sur ce que l’on veut pour nos enfants. D’autant qu’à Avignon, ville pauvre dans un département pauvre, on cumule pas mal de handicaps », expose-t-elle.

  • Deux mille manifestants à Toulon pour faire entendre raison au gouvernement

    Deux mille manifestants à Toulon pour faire entendre raison au gouvernement

    « On est venus trop tôt. Une équipe de deux camions de policiers est arrivée et a tout enlevé. Ils ont même confisqué mon mégaphone. Je trouve ça inadmissible », témoigne Denis, regrettant également que les caméras des policiers n’aient, selon lui, pas été activées malgré sa demande. Il est 7h30 devant le lycée Bonaparte et malgré l’action des pandores, tout est prêt pour une nouvelle journée de manifestation.

    « On est tous mobilisés aujourd’hui. On va continuer », affirme le lycéen, convaincu que le nombre sera déterminant pour faire aboutir les revendications. Et de poursuivre : « Ça pourrait même prendre de l’ampleur dans les prochains jours, et le 17 ça va être monstrueux. »

    Ce qui est certain c’est que la colère est en train de monter. Un autre lycéen interroge : « On a fait les choses correctement. On a manifesté pacifiquement. Et au final, le préfet et le directeur académique se sont moqués de nous. Vers qui doit-on se tourner ? C’est la question que je vous pose et que tout le monde se pose. » Venue encore une fois soutenir et protéger les jeunes, l’intersyndicale est présente et veille au grain afin que tout se passe correctement. « On partage quasiment les mêmes revendications que les lycéens. Et nous, on va rajouter les salaires », explique Alain Tournay le secrétaire général de la FSU dans le Var. Cécile, une militante de la CGT, vient d’être bousculée par les policiers dans les escaliers. Ce qui confirme une certaine tension de la part des forces de l’ordre face à une manifestation pourtant tout à fait pacifiste. « On est là, Pour défendre les jeunes, c’est insupportable qu’on ait un gouvernement qui se permette d’être aussi violent et méprisant », commente Brigitte Cheinet (CGT). Alors que les problèmes existent, et sont dénoncés depuis des années par les syndicats, s’indigne-t-elle. Et de conclure : « Les lycéens ont raison de contester, ils ont raison de vouloir une vie meilleure, c’est l’essentiel. »

    « Les lycéens sont là pour leur avenir »

    Même son de cloche pour Sylvie Vinceneux, la secrétaire de la fédération du PCF dans le Var qui dénonce les politiques austéritaires et la casse des services publics. Et de poursuivre : « Ces jeunes nous donnent aussi une leçon, ça fait du bien aussi de voir qu’ils sont là. Ils sont là pour leur avenir. » Ce que confirme un peu plus tard Manon Magagnosc (CGT) : « Je suis hyper fière de voir cette jeunesse se soulever. Ils ont les moyens de faire lâcher le gouvernement. » Un peu en retrait, Alice, qui prépare sa thèse à La Garde, explique « être là uniquement en appui, pour montrer qu’ils ne se battent pas tous seuls, que c’est quelque chose d’intergénérationnel et d’interclasse. »

    Plus loin, Aïcha confie : « Dans ma classe, on est 35 et nos professeurs absents ne sont pas remplacés : je n’ai pas eu de cours de SVT depuis le début de l’année. » En tout cas, elle ne veut pas que ses enfants grandissent dans une société aussi méprisante envers sa jeunesse. Et elle en est convaincue : « Les blocages dureront tant qu’on n’aura pas été entendus ! ». Le cortège s’est maintenant élancé sur la place de la Liberté. En chemin, le secrétaire général de l’Union départementale CGT Richard Roméo-Giberti analyse : « Les jeunes donnent l’exemple au mouvement social parce qu’ils partent des besoins immédiats et qu’ils veulent changer le monde, changer leur avenir comme nous voulons changer la société. » Et de préciser : « Ils ont compris que le chronomètre a démarré et qu’il n’y a pas d’avenir sans progrès social, sans paix dans le monde. »

    Après le passage par la faculté de droit et le lycée Dumont D’Urville, la manifestation est forte de plus de 2 000 âmes lorsqu’elle entame le boulevard Maréchal Joffre pour rejoindre le lycée du Parc Saint-Jean.

    Zoé Desmoulins (Solidaires) déplore que la semaine dernière, « quand les lycéens ont rencontré le préfet et le Directeur académique des services de l’Éducation nationale [Dasen], ils ont surtout rencontré du mépris et du sarcasme ».

    En revanche comme Marion à ses côtés, enseignante également, elle trouve encourageant de voir des jeunes qui se politisent et prennent leur destin en main.

  • Les élèves de Thiers discutent d’engagement à « La Marseillaise »

    Les élèves de Thiers discutent d’engagement à « La Marseillaise »

    Dans le cadre d’un cours d’éducation aux médias, Léo Purguette, président et directeur éditorial de La Marseillaise, a engagé la discussion avec les élèves de seconde du lycée Thiers (1er). L’occasion de rappeler les origines du journal créé par les résistants à un public qui s’engage en ce moment aux côtés des revendications lycéennes nationales.

    « On s’engage par solidarité », a réagi Sarah*. « On est bien conscient d’être le lycée avec le plus de moyens à Marseille, on se mobilise pour soutenir ceux qui ne sont pas dans notre cas ». « À Thiers on est bien, il y a quelques instabilités, mais ailleurs c’est pire », confirme Rose*. Les élèves dénoncent par ailleurs la création d’une « classe de défense » à Thiers, en partenariat avec la Marine nationale. « C’est une normalisation de l’idée de la guerre chez une tranche d’âge qui n’a pas l’âge d’y penser », défend Sarah*. Les élèves de seconde ont dénoncé « la mauvaise attribution des moyens par l’État », qui favorise selon eux « l’armée et la police plutôt que l’éducation et la jeunesse ».

    Faire face aux pressions

    Certains y voient un problème plus global, relatif au modèle de la société française actuelle : « On vit dans un système capitaliste qui valorise la guerre. » Restitutions de moyens, approfondissement d’une politique concernant la santé mentale des jeunes, remplacement des professeurs, fin de Parcoursup et de la surcharge des emplois du temps, rénovation énergétique du bâtiment, garantie du droit de grève et de réunion pour tous les élèves, gratuité des transports pour les étudiants… Les multiples revendications des lycéens figurent sur les tracts que certains sont partis distribuer aux Réformés, dans la manifestation de ce mardi 13 octobre.

    Comment obtenir gain de cause auprès des pouvoirs publics ? Les lycéens répondent à ce questionnement crucial en encourageant le mouvement à prendre plus d’ampleur. « Il faut que les travailleurs nous rejoignent » appelle Margot*, appuyée par ses camarades qui soutiennent « la nécessité d’une grève générale ». Pas convaincus par le « plan d’urgence » pour remplacer les professeurs absents, annoncé par le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, les secondes de Thiers placent beaucoup d’espoir en l’appel à la mobilisation générale prévue le 17 octobre, premier jour de leurs vacances scolaires. « On aura toujours les mêmes revendications, elles ne vont pas s’arrêter parce que c’est les vacances », assure Margot*. Et ils ne manquent pas d’idées pour encourager le mouvement à s’étendre : « Il faut organiser plus de manifestations », « dépasser les lycées et bloquer les infrastructures plus générales »… Les propositions fusent chez ces lycéens qui disent tout de même s’inquiéter pour leur avenir face à leurs absences relevées alors qu’une partie des cours se poursuit en visioconférence.

    « À Thiers, on est hyperpacifistes, mais les médias ne montrent que les images des dégradations », proteste Sarah*. La jeune fille dénonce notamment les chaînes de télévision CNews et BFMTV, qui ont « relayé en boucle les images du bus qui a brûlé plutôt que de parler de nos revendications ». Les critiques du traitement médiatique des mobilisations lycéennes sont majoritaires au sein de cette classe de seconde, qui déplore l’utilisation des images de casse par les médias dominants. Les lycéens de Thiers se sont également dits choqués de la répression policière dans certains mouvements, en particulier face à aux arrestations violentes dont ont été victimes leurs amis. « La violence policière entraîne la violence des lycéens », a observé Loan*.

    *les prénoms ont été modifiés

  • Le secteur associatif sonne l’alerte face au manque de moyens

    Le secteur associatif sonne l’alerte face au manque de moyens

    « Au niveau social, sans les associations, tout s’effondre », campe Giorgia, travailleuse sociale pour Habitat Alternatif Social, une association se battant pour l’accès au logement des plus précaires. « Nous, si on arrêtait, on enverrait des personnes avec de multiples problèmes de santé à la rue », poursuit-elle, faisant référence aux 7 femmes qu’elle accompagne au quotidien dans une pension de famille située dans la rue d’Aubagne, à Marseille.

    Ce mardi matin, dans le cadre de la mobilisation associative nationale « Et si nous arrêtions vraiment ? » pour dénoncer les baisses de financement dans le budget examiné depuis ce jour par les députés, des locataires de la pension de famille et des membres de l’association organisaient une vente de vêtements et de nourriture. Une initiative à double objectif : alerter sur la situation financière de la structure et récolter des fonds pour financer les activités des résidents.

    Sortie de parcours de prostitution, accidents de vie, troubles d’addictions, décès familiaux… Âgées de 35 à 65 ans, « les femmes qui viennent ici sont isolées socialement et dans une situation de grande précarité », précise Mathilde, seconde travailleuse sociale du lieu. Ici, chacune bénéficie d’un logement privé à des loyers très réduits, tandis que des espaces communs permettent d’accueillir des activités collectives au rez-de-chaussée. Alors qu’elle alpague des passants au stand de vente, Alexandra, locataire depuis 9 ans, se confie : « Je me sens carrément bien ici, c’est comme une grande coloc. » Elle apprécie l’approche bienveillante de l’association, notamment sur la réduction des risques : « On a le droit de consommer de l’alcool dans les espaces communs sans se faire culpabiliser, par exemple ».

    Insuffisance de personnel

    Mais la bonne humeur régnant en cette matinée ne saurait cacher les inquiétudes du personnel associatif.

    Si le manque de financement des activités pose problème, c’est surtout l’absence de soutien médical auprès de résidentes souffrant parfois de troubles psychiques qui inquiète. « Il nous faudrait a minima un infirmier. On a eu une décompensation psychique il y a pas longtemps, on a dû appeler les pompiers », déplore Mathilde.

    « On a un gros turnover et beaucoup de difficultés à pérenniser les postes à cause du manque de moyens », se désole également Joëlle Fage, la responsable financière d’Habitat Alternatif Social.

  • À Digne, les lycéens veulent tenir sur la durée

    À Digne, les lycéens veulent tenir sur la durée

    « Il faut continuer à manifester comme on le fait, en y croyant à fond, et, au bout d’un moment, ils seront obligés de nous écouter », estime Matthias, 17 ans, élève en terminale au lycée Alexandra David-Néel. Les manifestants ont tenté de mobiliser, mardi matin, devant l’établissement scolaire, alors qu’ils sont de moins en moins nombreux. « Il faudrait qu’on soit beaucoup plus, et qu’il y ait une convergence des luttes », avance Faustine, elle aussi âgée de 17 ans et en classe de terminale à David-Néel.

    « Il y a de moins en moins de monde, ça faiblit, mais j’ai espoir que cela reprenne à la rentrée, parce que, si les mobilisations s’arrêtent, on est décrédibilisés », regrette Maël, 16 ans, en première dans le même lycée. « On est peu, mais il y a beaucoup plus de profs et d’adultes », nuance Faustine.

    « On n’est pas dans une grande dynamique de victoire », abonde Aurélien P., professeur d’histoire géographie à Alexandra David-Néel venu en soutien aux élèves. Son collègue, Loïc Z., se dit lui aussi « pas très optimiste ». « Il faudrait réussir à agréger la colère entre élèves et profs, mais, pour l’instant, on n’y arrive pas », avance Jérôme Callebaut, professeur au collège Borrely.

    « J’avoue que c’est compliqué ce matin, il fait froid, il n’y a pas grand monde, ce n’est pas la matinée la plus encourageante », déplore Ivan, 17 ans, élève en terminale à David-Néel. « Le seul moyen pour que ça marche, c’est que ce soit tellement gros qu’ils soient obligés de nous écouter. Là, ça rame un petit peu… », regrette-t-il. « Il ne faut pas se laisser abattre », tempère le lycéen.

    « Une situation précaire »

    « Plus tard, je voudrais être professeur, mais l’État enlève beaucoup de postes de professeurs titulaires pour ne laisser plus que des remplaçants, une situation précaire. J’aimerais ne pas être dans une situation de précarité. L’État se fout de nous » estime Matthias.

    Atteint de troubles autistiques, Maël déplore, lui, les mauvaises conditions de travail des AESH, « mal payées pour un travail louable », et les « injustices » entre les différents lycées de France. Les manifestants ont tenté de mobiliser les lycéens qui sortaient de l’établissement à la pause : « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous ! ».

    « Balles dans la mâchoire car ils savent que la vérité sort de la bouche des enfants », pouvait-on lire sur l’une des pancartes. Les lycéens comptent sur le 17 octobre, samedi, pour faire converger les luttes.

    ET AUSSI

    Manosque

  • À Marseille, les élèves de Marie-Curie salués en mairie des 4-5

    À Marseille, les élèves de Marie-Curie salués en mairie des 4-5

    « Notre devoir est d’écouter et de comprendre, et à la jeunesse mobilisée je veux dire simplement que je vous ai entendu, que je vous comprends et que je vous soutiens », lance Didier Jau, maire écologiste des 4e et 5e arrondissements de Marseille en préambule de la séance, mardi soir. Il confirme par ailleurs que des espaces municipaux seront ouverts, à la demande, durant les vacances d’automne. L’édile a glissé un mot pour Enzo, élève du lycée Marie Curie « blessé mercredi dernier alors qu’il se mobilisait pacifiquement aux côtés des enseignants ».

    Face aux élus et aux habitants présents, Antonin prend la parole au nom de ses camarades : « nos attentes sont les mêmes que les élèves de Saint-Exupéry dans le 15e arrondissement de Marseille, de Saint-Denis en banlieue parisienne, de Lyon, ainsi que de tous les autres établissements mobilisés dans ce mouvement : travailler dans des conditions dignes et saines ». C’est en ce sens que vient la question de la rénovation du bâti : « Que devons-nous attendre ? Que des élèves fassent des malaises de chaleur dans les classes l’été ? Que nos toits perforés finissent par nous tomber sur la tête ? Que des étudiants tombent malades dans des classes dépourvues de quelque chaleur que ce soit l’hiver ? ». Et demande, à la mairie d’arrondissement d’accorder des subventions à son lycée.

    Lycéens, enseignants et personnels de l’établissement ont déjà arraché une première victoire et pas des moindres. La vice-présidente de la Région en charge des lycées s’est engagée, la veille, à faire voter une enveloppe de 53 millions d’euros pour la restructuration de l’établissement. « Je ne sais pas si vous mesurez ce que ça représente dans le budget lycée de la Région. C’est à peu près la moitié. C’est la preuve que seule la lutte paye ! », pousse Imrane Trocmé, élu insoumis du secteur. « Si nous voulons que ce mouvement authentiquement social puisse porter et faire aboutir ses revendications, nous devons l’accompagner », renchérit William Leday, adjoint Génération.s, au maire. Les élus d’extrême droite n’ont, quant à eu, pas adressé un mot aux lycéens

  • À Marseille, les lycéens focus sur leurs revendications

    À Marseille, les lycéens focus sur leurs revendications

    Après trois semaines intenses de mobilisation, les lycéens ont de nouveau fait entendre leur voix dans les rues de Marseille. Avec une énergie intacte. Ils étaient 35 000 selon l’interlycéenne, 3 800 selon la préfecture de police, à réclamer mardi des moyens pour l’éducation, bien encadrés par les forces syndicales et soutenus par de nombreux enseignants et parents. 5 000 de plus qu’il y a une semaine. Signe de cette forte participation, c’est le trajet long de la manifestation qui a été retenu entre les Réformés et la porte d’Aix.

    Un cortège joyeux et pacifique, improvisant une « battle d’aura » et s’ambiançant sur des morceaux de Jul avant le départ. Le rappeur marseillais a apporté jeudi « La force à la jeunesse de France » dans un massage ponctué d’un poing levé sur les réseaux. De la force les lycéens n’en manquent pas malgré la fatigue qui s’accumule. Certains après la dispersion de la manifestation, repartiront d’ailleurs encore marcher dans les rues de la ville tout l’après-midi, jouant au chat et à la souris avec les CRS.

    « Le mouvement ne s’arrêtera pas tant qu’on n’aura pas ce qu’on veut : dix milliards pour l’éducation », martèle Malo en tête de cortège. Consciente que les vacances peuvent « pauser la mobilisation », elle y voit aussi une opportunité de souffler. « Ça nous laissera du temps pour s’organiser », reprend l’élève en terminale à Montgrand (1er) où mardi les élèves ont fait une chaîne humaine pour garder leur lycée fermé. « Ça fait trois semaines qu’on est mobilisé, on est dehors toute la journée, il y a les manifs, les AG, les réunions dans les lycées, à la préfecture, la mairie… »

    « Les vacances peuvent calmer le mouvement, il n’y a aura pas de blocus, sans doute pas de manif même si on ne sait pas ce qui peut se passer avec les gilets jaunes, mais on a espoir que ça reparte après », abonde Ange, en terminale au lycée Périer, après avoir posé le mégaphone.

    Si une AG de l’interlycéenne doit fixer la suite du mouvement, la plupart ont en tête la date de samedi 17 octobre, « avec les gilets jaunes », et celle du 5 novembre, journée de grève nationale interprofessionnelle lancée par les syndicats pour la rentrée. D’ici là de nouveau blocus sont prévus.

    « On a créé un lien »

    « Vu qu’il n’y a eu aucune réponse du gouvernement si ce n’est la répression, ça peut repartir », estime Eustache, élève au lycée Montgrand où une mobilisation au printemps, déjà, s’était essoufflée avec les vacances. « Contrairement à la dernière fois, nous sommes en train de créer un lien avec les professeurs, les personnels de l’éducation et le monde du travail. On a leur soutien. »

    « Il y a l’appel à la grève le 5 novembre, la jeunesse est encore en colère, on n’a obtenu aucune revendication, 1 500 postes profs vont être supprimés, je ne pense pas que ça s’arrête », enchaîne Ange. Lui est étudiant. À l’université, les vacances ne dureront qu’une semaine. « C’est intense, ça fatigue, il y a beaucoup de réveils à 5h pour les blocus. Mais si les établissements sont ouverts, on sera là pour les banaliser, on veut mettre fin au distanciel, on se bat pour tout le monde », assure Emre, étudiant en fac de droit à Canebière.

    Plus loin dans le cortège, Gauthier et ses amis ont aussi en tête la date du 31 octobre. Mercredi passé, au lendemain d’une première mobilisation massive, le Premier ministre, avait promis des décisions pour la fin du mois. Ces réponses, ils ne les attendent pas forcément pour leur quotidien mais pour « les lycées les plus précaires, de manière solidaire », expliquent ces élèves aux Remparts. « Si on arrête, les gens vont nous voir comme des branleurs qui ne voulaient juste pas aller en cours. Mais on se bat pour notre avenir », estime de son côté Adame, lycéenne en classe de terminale à la cité Jacques Chirac (2e).

    Parcoursup, pression scolaire, revalorisation du métier de professeur et d’AESH, Gillian, élève en terminale au lycée Saint-Vincent de Paul, se sent, elle aussi, concernée. Elle a participé à beaucoup de blocus et de manifestations, avec ce trait d’union qui réunit cette jeunesse : le refus de la violente réponse policière faite à leurs revendications.

    « J’arrive plus facilement à accepter des égarements de lycéens encore en apprentissage dans leur parcours éducatif ou citoyen, que de policiers censés être formés à ce genre de choses et à faire moins d’écarts que nous », juge la jeune fille. « C’est mal dit et mal organisé par le gouvernement. Le mouvement continue parce qu’ils ne nous écoutent pas. Ça renforce notre détermination et ça durera tant que notre parole ne sera pas prise en compte. »

  • Parents d’élèves, enseignants et travailleurs aux côtés des jeunes

    Parents d’élèves, enseignants et travailleurs aux côtés des jeunes

    « Ils nous donnent une belle leçon. Quand je vois les lycéens, les étudiants et les adultes qui sont là aujourd’hui, ça promet des jours heureux ». Gilet blanc de la Ligue des Droits de l’Homme sur le dos, Bernard Eynaud, co-président de l’organisation pour les Bouches-du-Rhône a plus que l’habitude de battre le pavé et en a vu des défilés sur la Canebière. Pourtant, ce mardi, il a des étoiles dans les yeux devant la fougue et la ténacité de la jeunesse : « Ils portent des revendications importantes qu’il faut prendre au sérieux. Si j’étais jeune aujourd’hui, je serais également très inquiet ». Leurs revendications le concernent malgré l’écart générationnel : « Au-delà des questions factuelles, comme l’état des établissements, c’est l’inquiétude autour du dérèglement climatique, c’est le fascisme qui n’est pas loin ».

    Avis partagé par Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union Départementale CGT 13 qui juge le soutien des travailleurs au mouvement lycéen plus que nécessaire : « On doit leur permettre de porter leurs revendications qu’on trouve justes ». Et sur le fond, il juge que les syndicats des travailleurs « ont les mêmes revendications » que la jeunesse. « Pas besoin d’être syndicaliste pour vouloir la fin de Parcoursup : c’est une usine à inégalités, c’est du stress pour les enfants comme pour les parents », martèle-t-il. Justement, les syndicats d’enseignants étaient encore de la partie ce mardi avec des appels à la grève. « La FSU appelle à la grève car les revendications des lycéens et étudiants sont également celles que nous portons : rénovation du bâti scolaire, des moyens humains en nombre dans tous les métiers, fin de Parcoursup… », développe Virginie Akliouat, secrétaire générale de la FSU 13.

    « C’est notre place »

    Plus que les enseignants, c’est tout un pan du monde du travail qui a défilé aux côtés de la jeunesse, à l’image de plusieurs agents hospitaliers marseillais aux blouses blanches colorées d’un badge rouge de la CGT AP-HM et aux pancartes limpides : « Arrêtez de mutiler les enfants, on a déjà assez de travail ! ». Même des élus locaux ont apporté leur pierre à l’édifice, à l’image de Marie Batoux (DVG), adjointe au maire de Marseille (DVG) en charge de la lutte contre les discriminations : « Je défends le service public comme projet de société fondamental. On doit converger largement dans cet objectif-là ». Et certains travailleurs viennent aussi, et surtout, avec la casquette de parent. « C’est évidemment notre place d’être dans les manifs ! On soutient les revendications des lycéens car on les porte depuis des années », conclut Christophe Merlino, président de la FCPE 13.