Category: social

  • À Gap, les jeunes veulent être écoutés

    À Gap, les jeunes veulent être écoutés

    À 8h, début officiel de la mobilisation de ce jeudi, seulement une quinzaine de lycéens sont rassemblés devant le lycée Dominique-Villars, au centre de Gap. « Beaucoup ont peur de la police, justifie une élève de première. Mais moi, je ne peux pas aller en classe comme si de rien n’était : ailleurs en France, une fille a été étranglée, d’autres élèves sont frappés par les forces de l’ordre… »

    De loin, une dizaine de policiers surveillent le petit groupe, qui laisse entrer et sortir ceux qui souhaitent aller en cours. « La politique de Macron, c’est une politique répressive, dénonce William. Depuis qu’il est passé en 2017, toutes les inégalités sociales se sont accrues, étant donné qu’on a affaire à un type de droite, qui d’ailleurs persiste à se présenter de centre. » Il trouve « ignoble » qu’autant de policiers soient déployés. « Mais de toute façon, ils ne peuvent rien faire tant qu’on ne sera pas agressif et que l’on manifeste pacifiquement. Tout en restant présents, même dans les petites villes comme Gap, parce que c’est l’unité qui leur fait peur. Il faut qu’on soit soudés, unis : c’est comme ça qu’on avancera. »

    À ces mots, plusieurs élèves du lycée voisin Aristide-Briand rejoignent le groupe, qui continue à s’agrandir au fil de la matinée. Toujours dans le calme et sous le contrôle de la police, les lycéens font des allers-retours entre les différents établissements, espérant rallier à leur cause. « On veut le bac, pas la BAC », scandent-ils de temps en temps. Même si, durant la majorité de la manifestation non déclarée, il n’y a aucune prise de parole quant à leurs revendications et seules deux ou trois pancartes sont déployées.

    Ce qui ne les empêche pas d’être clairs sur leurs positions : « Macron, il ne fait rien pour nous aider. Il empire la situation des lycéens, estime Clémentine, en terminale. Il nous prend de haut, n’écoute rien. Les politiques manipulent notre mouvement parce qu’on est en pleine campagne électorale. Mais nous, on veut juste des conditions de travail normales. Ma copine, le mardi, elle n’a pas de pause pour manger. Et Parcoursup, on en parle ? On se fait broyer par cette machine. On n’a même pas 18 ans et on est censé savoir ce qu’on veut faire pour toute la vie ! »

    Vers la fin de la matinée, plus de 200 lycéens étaient mobilisés, accompagnés par quelques parents d’élèves et soutiens. Deux interpellations ont eu lieu, pour un tir de mortier et pour une tentative d’incendie de poubelle.

    Agathe Di Lenardo

  • « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    Deux jours après, la colère n’est pas retombée à Toulon. 400 personnes, élèves de différents lycées de la ville, professeurs, syndicalistes, mais aussi simples citoyens, étaient encore mobilisées devant le lycée Bonaparte, jeudi, à partir de 9h. Pour clamer, une fois de plus, leurs revendications, mais aussi et surtout en réaction à la réunion qui s’est déroulée, mardi, avec le préfet du Var et le Directeur académique des services de l’Éducation Nationale (Dasen).

    « On leur a demandé de nous écouter, de nous ouvrir une porte pour discuter avec les institutions. Il n’y a eu que du mépris », regrette Denis Sincu, leader du mouvement de protestation au lycée Bonaparte. Sa camarade Léonine Fouquet, élève au lycée Dumont-d’Urville, ne décolère pas. « Ils étaient tous sur leur téléphone, ils nous ont ri au nez », affirme-t-elle.

    Marc Laugier, enseignant (syndiqué FO) en mathématiques à Bonaparte, partage l’indignation des élèves, qui disent ne pas avoir été écoutés sur des questions telles que celles des sanitaires de l’établissement : « Avoir des toilettes qui fonctionnent, c’est de l’hygiène. Ils n’en tiennent même pas compte. Cela fait 10 ans que j’enseigne ici, rien n’a été fait. » Il demande que chacun assume ses responsabilités : « L’État et la Région se renvoient la balle. Le préfet est représentant de l’État dans le Var. C’est à lui d’assurer la conformité des locaux. »

    « Ils ont raison de ne pas accepter ce qu’on se lasse de demander »

    Pour permettre aux enseignants et à la direction de dialoguer, les cours avaient été banalisés jusqu’à 10h. Tout le monde semble tirer dans le même sens, à en croire Olivier Gérard, secrétaire départemental de la CGT Éduc’Action et enseignant à Bonaparte : « Les collègues se disent qu’ils ont raison de ne pas accepter ce que nous nous lassons de demander. La direction essaye de faire les choses vraiment bien, toujours avec de bonnes intentions. » La proviseure du lycée a en tout cas semblé vouloir joindre la parole aux actes en allant discuter avec les élèves devant l’établissement. « Nous avons fait une assemblée générale lundi, je les entends. On doit essayer de trouver des solutions ensemble, sur les problèmes immédiats, le matériel, les actions santé, la démocratie…, affirme-t-elle. Il y a des choses qui dépendent de moi, mais d’autres pas, donc je reste modestement de leur côté. »

    La mobilisation s’est terminée dans le calme aux alentours de midi. Le dialogue devait se poursuivre dans l’après-midi, puisque les directions des lycées Bonaparte et Dumont-d’Urville devaient recevoir des représentants des élèves, à la veille des élections des conseils de vie lycéens (CVL), qui désigneront les représentants des élèves, du corps enseignant, des parents et du personnel administratif au sein des établissements.

  • À Marseille, la grande colère des travailleuses de la petite enfance

    À Marseille, la grande colère des travailleuses de la petite enfance

    Frustration et déception sont palpables sur le visage de la soixantaine de travailleuses de la petite enfance rassemblées dans les locaux de l’unité locale FO 13, à Noailles, ce jeudi. Alors qu’une manifestation intersyndicale (CGT 13, FO 13, UNSA, FNEJE, CFDT, SNPPE, SNUTER-FSE 13), à l’appel du collectif « Pas de bébés à la consigne » devait se tenir à 14h, celle-ci a été annulée par la préfecture, indiquent les organisations, pour des raisons sécuritaires liées au mouvement lycéen.

    Assise à un pupitre aux côtés de représentants syndicaux et de travailleuses, Muriel Schneider, éducatrice de jeunes enfants dans une crèche associative marseillaise, se désespère : « C’est l’avenir de nos enfants et de la nation qu’on met en péril ». Cet épisode est vécu comme un signe de mépris gouvernemental par cette membre du collectif « Pas de bébés à la consigne », qui espérait ainsi faire entendre les revendications d’un secteur des crèches confronté à une crise chronique.

    Manque de moyens et de personnels, crèches qui ferment, manque de places disponibles, pénurie de vocations, turnover important, taux d’encadrement trop élevé, burn-out en chaîne… Les dysfonctionnements listés par les professionnelles sont légion dans la filière. Leurs conséquences transparaissent sur le visage des auxiliaires puéricultrices, assistantes maternelles et éducatrices de jeunes enfants présentes dans la salle.

    « Quand on se retrouve toute seule avec huit enfants et que l’un se blesse, on ne peut même pas aller le soigner : c’est de la maltraitance indépendante de notre volonté », confie la gorge serrée Aicha Abdallah-Ould, auxiliaire de puéricultrice et déléguée syndicale FO 13.

    Les déboires

    de la privatisation

    « La recherche de profit dans la prise en charge des personnes vulnérables, ça ne fonctionne pas », assure Aurélie De Brie, éducatrice de jeunes enfants ayant pris une pause après un burn-out dans une structure privée. « On se retrouve avec huit enfants et seulement sept repas, c’est vraiment comme ce qui est raconté dans le livre », ajoute Aïcha, faisant référence au livre-enquête Les Ogres de Victor Castanet (Flammarion ; 2024), où il décrit les dérives structurelles du gestionnaire privé People & Baby.

    Pour faire évoluer la situation, les idées fusent parmi les participantes : recenser tous les dysfonctionnements et fermetures de crèche dans des cahiers de doléances, faire une manifestation nationale, communiquer sur TikTok… « On pourrait récupérer toutes les couches usagées de nos crèches et les déposer devant la préfecture », ironise Aurélie.

  • À Avignon, l’université bloquée sur fond de crainte de nouveaux heurts

    À Avignon, l’université bloquée sur fond de crainte de nouveaux heurts

    Une nouvelle manifestation d’étudiants et de lycéens s’est déroulée dans le calme à Avignon, ce jeudi 8 octobre. Si les forces de l’ordre sont restées en retrait, les images des violences de la semaine précédente, notamment devant les lycées Philippe-de-Girard et Théodore-Aubanel, étaient dans toutes les têtes.

    La mobilisation a débuté simultanément devant le lycée Mistral et l’université. Après une heure de chants, entourés une nouvelle fois par les syndicats et les parents d’élèves, les lycéens ont rejoint les étudiants le long des remparts, à proximité de la porte Saint-Lazare, sous le regard de quelques policiers restés, pour la plupart, à distance.

    « Ce matin, lorsqu’on a installé nos banderoles, on a discuté avec des policiers qui nous ont demandé d’enlever les messages anti-police et de laisser rentrer les étudiants qui le souhaitent. Ce qu’on a fait pour faciliter la médiation », témoigne Julien, étudiant en L3 Info-com, mobilisé devant l’établissement. À l’arrivée des lycéens, qui entonnaient parfois en chœur des slogans comme « Tout le monde déteste la police », consigne a été donnée aux plus jeunes d’éviter ces mots « pour rester en bons termes », nous confie-t-on. L’Université a finalement été fermée vers 10h. « Victoire ! » s’exclame un étudiant dans un haut-parleur. Tandis que d’autres calment les ardeurs de certains qui tentent d’allumer des feux.

    Cette consigne témoigne de la crainte exprimée par certains participants. « Hier, alors qu’on était déjà mobilisés ici, quelques agents sont venus et étaient clairement intimidants, tout en ayant de l’autre côté des agents de sécurité qui menaçaient de nous gazer. On a l’impression qu’ils profitent de ce statut pour nous faire peur », regrette Camille, en L2 SVT en Cité des Papes et membre de l’Union étudiante d’Avignon. « Il n’y a vraiment pas besoin d’être violent avec nous. On le voit que tout se passe bien », abonde à ses côtés Julie, en L3 de droit et qui fait également partie de l’Union étudiante. « On a vu comment cela s’est passé la semaine dernière, avec des images horribles. On veut montrer que c’est possible de dialoguer, mais on n’a personne pour cela », poursuit Mathieu, lycéen à Aubanel. Une délégation avait été reçue, lundi, par la direction académique de Vaucluse. « Maintenant, on attend des actes. Une réunion ne remplacera jamais un professeur ou ne baissera pas le nombre d’élèves dans une classe. J’espère que l’on sera entendus », réitère Nino, élève de terminale au lycée Mistral.

    « Répression d’état »

    Le député de la circonscription, Raphaël Arnault (LFI), n’était pas présent ce jeudi, retenu à l’Assemblée nationale, mais il avait participé au rassemblement mardi. Il expliquait alors qu’« il y a beaucoup d’adultes aussi pour éviter les violences policières, comme on a pu les voir devant le lycée Philippe-de-Girard. Il y a de la peur pour les enfants. » Et de regretter les attaques envers LFI, assurant qu’il « y a moins de violences partout où on s’est rendus » et pointant une « politique politicienne autour de ce mouvement ».

    Pour Étienne Raoul, secrétaire général de FO Vaucluse, qui « entend dans les slogans » la fracture entre ces jeunes et la police, le discours n’est pas le même. Notamment car, au sein de son organisation, existe un syndicat de policiers, Un1té. Il assure « travailler avec eux pour que tout se passe au mieux » et « dénonce les violences quand il y en a ». « Ce qu’on dénonce, c’est la répression d’État par les ordres qui sont donnés. C’est ça, le véritable problème de fond. On l’a vu ce mardi et ce matin, il n’y a pas eu d’incident sans sommation, ni provocation », poursuit-il.

  • À Aix, la jeunesse exprime une colère nourrie par des années de crises

    À Aix, la jeunesse exprime une colère nourrie par des années de crises

    « Je ne vois même plus le fond de cette foule ! », lance au mégaphone l’un des meneurs du cortège. Au départ de la Rotonde ce jeudi matin, ils sont « tout autant » que mardi à s’élancer, selon les organisations syndicales. Ils étaient 900 participants, selon la police.

    Plusieurs cortèges ont fusionné au pied de la fontaine. Un peu plus tôt dans la matinée, les élèves du lycée privé du Sacré-Cœur sont parvenus à bloquer leur établissement. Un blocus avait également été organisé devant le lycée Saint-Eloi et l’Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation), situés à quelques mètres l’un de l’autre.

    Autour du cortège, le « service d’ordre », les syndicats (CGT, FSU…) et les parents d’élèves ont encadré le défilé, qui a sillonné la ville entre le campus Schuman et le rectorat, avant de revenir vers son point de départ. Dans la foule, toujours les mêmes revendications : plus de moyens, plus de profs… Plus largement, une meilleure prise en compte de la jeunesse.

    Parmi les pancartes, tenues hautes : « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère ». Une formule qui parle à Laura, étudiante à Sciences Po, qui estime qu’elle résume la source de colère : « Clairement, le Covid a amplifié cette volonté de mobilisation. À ce moment-là, j’étais en seconde, aujourd’hui, je suis en master. On n’avait pas trop réagi en pensant que c’était temporaire… » L’étudiante évoque aussi les différents événements qui, selon elle, ont cristallisé les angoisses et la colère qui s’expriment aujourd’hui dans la rue : « La réforme des retraites, qui a beaucoup mobilisé les facs, le blocage de la fac de Toulouse pendant des mois, le fait de ne pas avoir été entendus sur la Palestine ou sur les retraites… Des mesures passées en force avec le 49.3… »

    Un peu plus loin, Ethan* élève de terminale, a tenu à être dans la rue pour « son avenir, qui l’inquiète (…). Personne ne va bien. Le Covid a porté un coup dans la jeunesse, mais on aurait pu s’en remettre. S’il n’y avait pas eu encore moins d’argent et moins de travail pour nous, à l’avenir… On manifeste parce qu’on a atteint nos limites. Mais si le Covid a joué sur notre santé mentale, ce n’est pas une excuse pour décrédibiliser notre colère (…). Le manque de moyens dans nos lycées avait commencé avant et s’est empiré ».

    À ses côtés, Sacha* partage ce constat : « C’est sûr qu’on a eu moins de chance que nos parents. Je pense qu’on a totalement été laissés sur le carreau, je suis angoissée pour mon avenir, j’ai du mal à l’imaginer, mais je garde espoir, c’est pour ça que je suis là ».

    Au-delà du Covid, survenu il y a six ans, la crise climatique et les conflits internationaux alimentent également les inquiétudes des jeunes rencontrés dans le cortège. « Les lycéens sont touchés par un manque criant de moyens dans les lycées. On a connu Parcoursup, les réformes, bien sûr le Covid, on connaît aussi une crise climatique qui n’est pas du tout gérée par les politiciens, on a un gouvernement qui préfère mettre du budget dans l’armement plutôt que dans l’éducation et la crise climatique. Des arbitrages qui ne sont pas ceux qu’on voudrait », observe Léa, étudiante en philosophie. Une « génération Covid », certes, mais dont la colère puise aussi ses racines dans les crises plus récentes.

    * Le prénom a été changé

  • Le projet de relance de Fibre Excellence suscite l’intérêt

    Le projet de relance de Fibre Excellence suscite l’intérêt

    L’idée, c’est de fabriquer « des types de pâtes à papier différents destinés à d’autres marchés, comme le fibrociment, les produits d’isolation électrique ou tout ce qui est destiné à la ouate de cellulose », explique Jean-Michel Bulinge, délégué CGT du site de Tarascon. De quoi envisager le retour à l’emploi des 270 salariés laissés sur le carreau en juillet. Voire, de créer d’autres emplois, grâce au volet « diversification ».

    Ce projet de reprise de l’activité bâti durant des semaines par les ex-salariés, l’UD CGT avec l’appui de consultants externes a encore d’autres atouts : de meilleurs rendements, des coûts de production à la baisse à inscrire au bénéfice de l’entreprise. Le dossier présenté aux pouvoirs publics lors d’un tour de table à la communauté d’agglo d’Arles vendredi 2 octobre s’appuie en effet sur une diversification de la production. Il implique la création d’une filière de valorisation des déchets. « L’idée c’est de recycler des déchets de bois, des palettes, des cagettes ».

    Depuis la fermeture du site, la filière bois « n’a pas de solution sur les régions Rhône Alpes, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur pour traiter tous nos résidus » s’est inquiétée Nathalie Triboulet, la présidente du syndicat qui représente 5 000 emplois. À Fos-sur-Mer, « l’incinérateur EveRé est saturé. On doit exporter nos déchets valorisables, déplore encore Jean-Michel Bulinge. Des acteurs locaux et des partenaires nationaux ont déjà fait connaître leur intérêt pour notre projet ».

    Ne pas laisser pourrir

    Si la Région Sud ne s’est pas montrée fermée et a proposé son accompagnement, elle ne s’est pas engagée et ne s’est « pas interdit toutes les autres pistes pour faire vivre ces 35 ha idéalement situés avec un quai neuf de déchargement sur le Rhône » avait relativisé Cyril Juglaret, président de la commission des appels d’offres. CMA-CGM, Total et d’autres partenaires de la Région ont d’autres visées que la continuité de l’activité papetière.

    Et le temps presse. Les salariés craignent que le démantèlement ne soit déjà à l’œuvre sur le site, bien qu’il ait été placé sous la responsabilité de l’Ademe sur décision préfectorale. Des signes inquiétants ont été constatés : « Des valeurs inhabituelles de matières en suspension à la sortie de la station d’épuration de l’usine de pâte à papier à Tarascon ». Ils ont relevé, samedi 3 octobre, « en 24h, des valeurs de 400mg/L alors que la norme est de 35mg/L et quand nous avons quitté le site ces valeurs étaient de 28mg/L », explique le syndicaliste, qui demande la présence de salariés du site pour surveiller les écrans.

  • Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen Abascal, dont l’expulsion a déclenché d’importantes manifestations pour le droit au logement en Espagne, est décédée ce mercredi à l’hôpital Gregorio Marañón à l’âge de 87 ans. Le 23 septembre, elle avait été expulsée de son logement du quartier du Retiro, par un fonds « vautour », où elle avait vécu pendant sept décennies.

    Au cours des derniers mois, son état physique s’était détérioré. « Cela m’a affectée dans tous les aspects de ma vie. Aujourd’hui, je ne suis plus moi-même », avait-elle déclaré deux jours avant de quitter son domicile.

    Après quatre tentatives d’expulsion, Maricarmen a dû quitter son appartement, expulsée le 23 septembre par la force publique allongée sur une civière. Cette image a fait le tour du pays, et a mis le feu aux poudres : occupation de places comme la Puerta Del Sol à Madrid et manifestations contre son expulsion dans des dizaines d’autres villes espagnoles.

    Cette situation, a conduit le gouvernement à prendre en urgence deux décrets pour le droit au logement qui ont été rejetés au Parlement par une majorité de droite et d’extrême droite obtenue grâce au vote des députés indépendantistes catalans de Junts. Il s’en est suivi une décision de Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, de dissoudre les Cortès et de convoquer des élections générales anticipées. Dans la foulée, le syndicat des locataires à l’origine des mobilisations a lancé le mot d’ordre de grève générale, les principales centrales UGT et CCOO après consultation de leurs instances ont décidé de lancer l’appel pour le 11 novembre.

    Maricarmen était déjà devenue un symbole de la lutte pour le droit au logement, après son décès, elle devient une figure nationale représentant aujourd’hui les combats pour le logement mais aussi pour une vie digne avec des salaires décents. La grève générale portera à la fois le thème du logement et celui des salaires. « Maricarmen tu n’es pas morte en vain, nous continuons notre combat pour une vie digne et le droit au logement comme tu le voulais » disent notamment les occupants de la Puerta Del Sol où se multiplient les dépôts de fleurs, bougies et messages devant un autel improvisé.

    Mais dans le contexte de la campagne électorale la droite dénonce de manière indigne une manipulation politique de la part du gouvernement, qui utiliserait le décès de Maricarmen dans le cadre des élections. Jeudi, le maire de Madrid et la présidente de la communauté de la capitale, Isabel Ayuso, ont refusé la proposition d’une minute de silence réclamée par les groupes de gauche dans ces instances en hommage à Maricarmen. Les groupes d’opposition de Mas Madrid et du PSOE ont malgré tout observé cette minute de silence à l’extérieur des bâtiments.

    Jeudi soir à 20h, une marche avec le slogan « Hasta siempre, Maricarmen » était organisée à l’appel du syndicat des locataires de Madrid depuis la Puerta Del sol jusqu’au domicile de Maricarmen. Dans la soirée, dans de nombreuses villes d’Espagne des veillées avec fleurs et bougies étaient prévues.

  • Jérémy Bacchi portera la voix des lycéens de Martigues

    Jérémy Bacchi portera la voix des lycéens de Martigues

    « Je vais remettre votre lettre au ministre de l’Éducation nationale », promet le sénateur (PCF) des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi, à la vingtaine de lycéens conviés à l’hôtel de ville, jeudi après-midi. Le maire de Martigues, Gaby Charroux (PCF), a renouvelé la rencontre avec les lycéens de la ville, comme il l’avait fait mardi, afin de transmettre directement leurs doléances et revendications au niveau parlementaire.

    Mévann, élève de terminale au lycée Langevin, est l’un des auteurs d’une lettre de lycéens mobilisés à destination du préfet et des responsables de l’Éducation nationale. « Nous demandons des emplois du temps plus rationnels, car nous sommes présents au lycée de 8h à 18h chaque jour, soit 45 heures, mais pour 28h de cours en moyenne par semaine », détaille l’élève. En outre, les lycéens demandent des effectifs limités à 30 par classe au lieu de 36 parfois, le retour des spécialités et options supprimées, le remplacement systématique des professeurs absents, des ordinateurs qui fonctionnent et des locaux « adaptés au changement climatique », liste Mévann. Avec une anecdote : « Quand on mesure la température des classes, on est parfois à 38 voire 39 degrés à 13h ».

    Alors que le débat budgétaire a débuté au Parlement, Jérémy Bacchi insiste sur « le besoin de traduire ces revendications dans le budget adopté, car sinon, on pourra vous faire toutes les promesses qu’on veut, il n’y aura rien ».

    « Desserrer l’étau »

    Au sujet des amplitudes horaires, le sénateur remarque que « le ministre de l’Éducation nationale a demandé aux académies de faire le travail. Soit ça veut dire qu’ils pouvaient agir avant, soit qu’on leur demande de régler un problème qui est le même depuis des années ».

    Mais le sujet au cœur des échanges est celui des violences policières unanimement pointées par les jeunes présents. « Un lycéen a été plaqué au sol et violenté par trois personnes de la BAC pendant le blocus. Il est ressorti traumatisé de ses 24 heures de garde à vue, qui n’avaient pas lieu d’être puisqu’il n’y participait pas », expose ce lycéen de Lurçat. « Une copine s’est pris un flashball dans la tête alors qu’elle était sur le côté. Elle a perdu la vue et on ne sait pas si elle va la récupérer », affirme une autre élève. « Je suis pas contre les policiers, mais y’a des limites. »

    Le sénateur affirme qu’« il faut desserrer l’étau sur les lycéens (…). Nous allons demander une commission d’enquête parlementaire sur le maintien de l’ordre ». Il propose en attendant d’écrire un courrier à la préfecture de police à ce sujet.

    Quant aux exclusions prononcées à l’encontre de certains élèves en raison de leur participation au blocus, Jérémy Bacchi juge qu’« on ne doit pas amputer la vie d’un jeune qui a voulu défendre son avenir. Nous avons proposé une loi d’amnistie pour les syndicalistes, on peut faire la même chose pour les lycéens ». Une manière, aussi, de faire converger les intérêts et les luttes.

  • Une « jeunesse en colère » qui attend de « vraies réponses »

    Une « jeunesse en colère » qui attend de « vraies réponses »

    Ils s’y attendaient. « Le préfet n’était pas là, on a été reçus par des représentants qui ont noté nos doléances sans nous apporter aucune réponse directe car ils n’ont aucun pouvoir », résume Alexis, membre du Mouvement national lycéen et de la délégation de quatre jeunes reçue, jeudi, en préfecture, après la manifestation. Ils y ont dénoncé « la répression policière » des derniers jours, évoquant les incidents survenus devant le lycée Marie-Curie, comme « le nassage, le gazage et les arrestations arbitraires » constatés, mardi, sur le cortège parti en manifestation non déclarée.

    à ses côtés, Younes, de l’Union étudiante Aix-Marseille, note la « réussite » de cette nouvelle journée organisée au pied levé. Pour lui, la force du mouvement réside aussi dans le rapprochement entre lycéens et étudiants. Côte à côte sur les cortèges, ils partagent les mêmes difficultés. « Lorsque les lycéens disent qu’ils n’ont pas de chaise, pas de table, pas de professeur, la vérité, c’est qu’à la fac aussi », note l’étudiant en droit. Manque d’enseignants, locaux dégradés, personnels administratifs débordés, précarité des personnels : les mêmes problématiques traversent l’enseignement supérieur. Younes balaie d’ailleurs d’un revers les critiques du gouvernement sur le flou des revendications et renvoie aux dix mesures portées depuis des années par les organisations étudiantes.

    « On n’imagine pas la fin de ce mouvement tant qu’on n’a pas de vraies réponses. On ne peut pas dire qu’on augmente le budget et qu’on supprime des postes de professeurs », reprend Alexis, rappelant que des lycées marseillais étaient déjà mobilisés, au printemps, contre les coupes budgétaires dans l’éducation nationale. « Un milliard, ce n’est rien. Il faut rattraper toutes les coupes qui ont été faites depuis plus de dix ans », abonde Younes.

    Malgré l’approche des vacances, personne ne croit à un essoufflement. « La jeunesse est en colère et la colère ne se calmera pas avec deux semaines de vacances », assure Odile, du Comité de lutte d’Aix Marseille université, estimant que l’appel à la grève des syndicats travailleurs pour la rentrée battra le rappel. « C’est une mobilisation très créative. Les vacances peuvent casser une dynamique, mais je crois que beaucoup trouveront quoi faire pendant les vacances, ça sera un beau moment à vivre. »

  • À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    Exemplaire, une fois de plus. Deux jours après une mobilisation « historique » ayant réuni près de 30 000 personnes dans les rues de Marseille, le soufflet ne retombe pas. Ils étaient 20 000 selon les organisateurs (3 900 selon la police), jeudi, à s’élancer des Réformés en direction de la préfecture pour l’acte IV de la mobilisation lycéenne. Dans le calme et une bonne humeur revendicative.

    La configuration était différente de mardi, puisque l’intersyndicale n’avait pas lancé d’appel, mais les forces militantes des syndicats de travailleurs, CGT et FSU en tête, étaient encore en première ligne pour assurer la sécurité des jeunes. À leur côté, des retraités, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des élus politiques et des parents d’élèves.

    « Les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire »

    Marion, adhérente du MPE 13, est venue pour « les soutenir, partager leurs revendications qui sont relativement claires et les aider à défendre leurs droits et ceux des travailleurs de l’éducation nationale ». Maman d’une lycéenne à Montgrand, elle porte sur le dos une pancarte « réalisée en mars », alors que le lycée de sa fille était mobilisé, déjà, contre la baisse des dotations horaires liée aux coupes budgétaires. Sébastien Lecornu « dit qu’il faut prendre le temps de dialoguer dans les lycées, mais je crois que les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire ».

    Dans le cortège, sans surprise, l’allocution du Premier ministre, la veille, n’a convaincu personne. « Foutage de gueule », répond Ange, élève à Périer (8e). « Il a parlé de nous deux minutes… Avec tout ce qui se passe, ce n’est pas normal et ce qu’il annonce ne suffit pas », poursuit ce membre du Mouvement national des lycéens, comparant la hausse de 1,2 milliard du budget de l’éducation aux 6 milliards dédiés aux armées. « C’est clairement du blabla », abonde Fabio, du lycée des Remparts. « Ces 1,2 milliard, c’est principalement pour les primaires. Nos revendications sur Parcoursup, il n’en a pas dit un mot et il apporte son soutien aux forces de l’ordre alors qu’on a encore vu la répression, mercredi, à Marie-Curie. »

    Jeudi matin, deux interpellations devant le lycée privé de Saint-Joseph de La Madeleine (4e) sont dans les têtes. « Libérez Ryan, libérez Victor », scande une lycéenne au départ de la manifestation. Plusieurs établissements ont été bloqués dans la matinée, dont Jacques-Chirac, Don-Bosco ou Victor-Hugo, et des lycéens se sont réunis à Marseilleveyre (8e), Saint-Charles (1er) ou Chevreul-Blancarde (4e) avant de rejoindre les Réformés.

    « Lecornu fait illusion pour calmer les tensions, mais ça ne nous arrêtera pas, aucune réponse n’est apportée », juge Abel, élève de Saint-Joseph de La Madeleine (4e), justement. « On attend principalement des mesures concrètes, comme l’abrogation de Parcoursup. Les réunions dans les lycées ne régleront rien ». « Il dit vouloir travailler sur cinq points très concrets. On partage ces problématiques, mais il annonce une décision fin octobre… Il se fout de notre gueule », regrette plus loin, Luc*, lycéen à Saint-Charles. « Vouloir réprimer les mobilisations et arrêter les cours, c’est juste une façon de déplacer le problème. »

    « Organiser des réunions entre proviseurs, professeurs et lycéens, c’est bien, mais c’est pour étouffer le mouvement », abonde Lou, lycéenne à Thiers (1er) : « Lecornu est passif. Les professeurs ne peuvent pas tout régler tout seul, c’est au gouvernement et à l’éducation nationale d’apporter des réponses et de prendre leurs responsabilités ».

    « Sa réponse est insuffisante, c’est du foutage de gueule et ça devient répétitif », renchérit Charlie, lycéen à la cité scolaire internationale Jacques-Chirac… qui n’a pas de prof d’anglais depuis la rentrée : « On est un lycée favorisé, j’imagine pas les autres. C’est pour ça qu’on est là ». Marqué comme tous par la violence policière, Giani, élève en première au lycée Artaud, juge « inhumaine » la sortie du Premier ministre : « Perdre une main, perdre ses dents… Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ? Il parle d’accidents. Ça me révolte. Nous, on veut parler à l’éducation nationale et l’état, pas à nos professeurs, parce qu’on sait qu’ils nous soutiennent ».

    * le prénom a été changé

    Nouvelle journée de mobilisation

    Présent aux côtés des lycéens dans le cortège, le SNES-FSU, premier syndicat de l’éducation nationale, maintient la pression et appelle les personnels à se mobiliser, le 13 octobre, dans le cadre d’une nouvelle journée de grève et de manifestation intersyndicale étudiante et professionnelle. « C’est important de continuer le mouvement aux côtés des lycéens, parce qu’on partage les mêmes revendications et les mêmes analyses depuis des années », assure sa co-secrétaire académique, Marion Chopinet. Ne s’imaginant pas « rentrer en cours et encore moins participer à une mascarade de démocratie », le syndicat réclame plus de moyens, l’ouverture de places à l’Université, la rénovation des établissements et une remise à plat de la réforme Blanquer du lycée. Ch.C.