Category: social

  • À Aix, la jeunesse exprime une colère nourrie par des années de crises

    À Aix, la jeunesse exprime une colère nourrie par des années de crises

    « Je ne vois même plus le fond de cette foule ! », lance au mégaphone l’un des meneurs du cortège. Au départ de la Rotonde ce jeudi matin, ils sont « tout autant » que mardi à s’élancer, selon les organisations syndicales. Ils étaient 900 participants, selon la police.

    Plusieurs cortèges ont fusionné au pied de la fontaine. Un peu plus tôt dans la matinée, les élèves du lycée privé du Sacré-Cœur sont parvenus à bloquer leur établissement. Un blocus avait également été organisé devant le lycée Saint-Eloi et l’Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation), situés à quelques mètres l’un de l’autre.

    Autour du cortège, le « service d’ordre », les syndicats (CGT, FSU…) et les parents d’élèves ont encadré le défilé, qui a sillonné la ville entre le campus Schuman et le rectorat, avant de revenir vers son point de départ. Dans la foule, toujours les mêmes revendications : plus de moyens, plus de profs… Plus largement, une meilleure prise en compte de la jeunesse.

    Parmi les pancartes, tenues hautes : « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère ». Une formule qui parle à Laura, étudiante à Sciences Po, qui estime qu’elle résume la source de colère : « Clairement, le Covid a amplifié cette volonté de mobilisation. À ce moment-là, j’étais en seconde, aujourd’hui, je suis en master. On n’avait pas trop réagi en pensant que c’était temporaire… » L’étudiante évoque aussi les différents événements qui, selon elle, ont cristallisé les angoisses et la colère qui s’expriment aujourd’hui dans la rue : « La réforme des retraites, qui a beaucoup mobilisé les facs, le blocage de la fac de Toulouse pendant des mois, le fait de ne pas avoir été entendus sur la Palestine ou sur les retraites… Des mesures passées en force avec le 49.3… »

    Un peu plus loin, Ethan* élève de terminale, a tenu à être dans la rue pour « son avenir, qui l’inquiète (…). Personne ne va bien. Le Covid a porté un coup dans la jeunesse, mais on aurait pu s’en remettre. S’il n’y avait pas eu encore moins d’argent et moins de travail pour nous, à l’avenir… On manifeste parce qu’on a atteint nos limites. Mais si le Covid a joué sur notre santé mentale, ce n’est pas une excuse pour décrédibiliser notre colère (…). Le manque de moyens dans nos lycées avait commencé avant et s’est empiré ».

    À ses côtés, Sacha* partage ce constat : « C’est sûr qu’on a eu moins de chance que nos parents. Je pense qu’on a totalement été laissés sur le carreau, je suis angoissée pour mon avenir, j’ai du mal à l’imaginer, mais je garde espoir, c’est pour ça que je suis là ».

    Au-delà du Covid, survenu il y a six ans, la crise climatique et les conflits internationaux alimentent également les inquiétudes des jeunes rencontrés dans le cortège. « Les lycéens sont touchés par un manque criant de moyens dans les lycées. On a connu Parcoursup, les réformes, bien sûr le Covid, on connaît aussi une crise climatique qui n’est pas du tout gérée par les politiciens, on a un gouvernement qui préfère mettre du budget dans l’armement plutôt que dans l’éducation et la crise climatique. Des arbitrages qui ne sont pas ceux qu’on voudrait », observe Léa, étudiante en philosophie. Une « génération Covid », certes, mais dont la colère puise aussi ses racines dans les crises plus récentes.

    * Le prénom a été changé

  • Le projet de relance de Fibre Excellence suscite l’intérêt

    Le projet de relance de Fibre Excellence suscite l’intérêt

    L’idée, c’est de fabriquer « des types de pâtes à papier différents destinés à d’autres marchés, comme le fibrociment, les produits d’isolation électrique ou tout ce qui est destiné à la ouate de cellulose », explique Jean-Michel Bulinge, délégué CGT du site de Tarascon. De quoi envisager le retour à l’emploi des 270 salariés laissés sur le carreau en juillet. Voire, de créer d’autres emplois, grâce au volet « diversification ».

    Ce projet de reprise de l’activité bâti durant des semaines par les ex-salariés, l’UD CGT avec l’appui de consultants externes a encore d’autres atouts : de meilleurs rendements, des coûts de production à la baisse à inscrire au bénéfice de l’entreprise. Le dossier présenté aux pouvoirs publics lors d’un tour de table à la communauté d’agglo d’Arles vendredi 2 octobre s’appuie en effet sur une diversification de la production. Il implique la création d’une filière de valorisation des déchets. « L’idée c’est de recycler des déchets de bois, des palettes, des cagettes ».

    Depuis la fermeture du site, la filière bois « n’a pas de solution sur les régions Rhône Alpes, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur pour traiter tous nos résidus » s’est inquiétée Nathalie Triboulet, la présidente du syndicat qui représente 5 000 emplois. À Fos-sur-Mer, « l’incinérateur EveRé est saturé. On doit exporter nos déchets valorisables, déplore encore Jean-Michel Bulinge. Des acteurs locaux et des partenaires nationaux ont déjà fait connaître leur intérêt pour notre projet ».

    Ne pas laisser pourrir

    Si la Région Sud ne s’est pas montrée fermée et a proposé son accompagnement, elle ne s’est pas engagée et ne s’est « pas interdit toutes les autres pistes pour faire vivre ces 35 ha idéalement situés avec un quai neuf de déchargement sur le Rhône » avait relativisé Cyril Juglaret, président de la commission des appels d’offres. CMA-CGM, Total et d’autres partenaires de la Région ont d’autres visées que la continuité de l’activité papetière.

    Et le temps presse. Les salariés craignent que le démantèlement ne soit déjà à l’œuvre sur le site, bien qu’il ait été placé sous la responsabilité de l’Ademe sur décision préfectorale. Des signes inquiétants ont été constatés : « Des valeurs inhabituelles de matières en suspension à la sortie de la station d’épuration de l’usine de pâte à papier à Tarascon ». Ils ont relevé, samedi 3 octobre, « en 24h, des valeurs de 400mg/L alors que la norme est de 35mg/L et quand nous avons quitté le site ces valeurs étaient de 28mg/L », explique le syndicaliste, qui demande la présence de salariés du site pour surveiller les écrans.

  • Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen Abascal, dont l’expulsion a déclenché d’importantes manifestations pour le droit au logement en Espagne, est décédée ce mercredi à l’hôpital Gregorio Marañón à l’âge de 87 ans. Le 23 septembre, elle avait été expulsée de son logement du quartier du Retiro, par un fonds « vautour », où elle avait vécu pendant sept décennies.

    Au cours des derniers mois, son état physique s’était détérioré. « Cela m’a affectée dans tous les aspects de ma vie. Aujourd’hui, je ne suis plus moi-même », avait-elle déclaré deux jours avant de quitter son domicile.

    Après quatre tentatives d’expulsion, Maricarmen a dû quitter son appartement, expulsée le 23 septembre par la force publique allongée sur une civière. Cette image a fait le tour du pays, et a mis le feu aux poudres : occupation de places comme la Puerta Del Sol à Madrid et manifestations contre son expulsion dans des dizaines d’autres villes espagnoles.

    Cette situation, a conduit le gouvernement à prendre en urgence deux décrets pour le droit au logement qui ont été rejetés au Parlement par une majorité de droite et d’extrême droite obtenue grâce au vote des députés indépendantistes catalans de Junts. Il s’en est suivi une décision de Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, de dissoudre les Cortès et de convoquer des élections générales anticipées. Dans la foulée, le syndicat des locataires à l’origine des mobilisations a lancé le mot d’ordre de grève générale, les principales centrales UGT et CCOO après consultation de leurs instances ont décidé de lancer l’appel pour le 11 novembre.

    Maricarmen était déjà devenue un symbole de la lutte pour le droit au logement, après son décès, elle devient une figure nationale représentant aujourd’hui les combats pour le logement mais aussi pour une vie digne avec des salaires décents. La grève générale portera à la fois le thème du logement et celui des salaires. « Maricarmen tu n’es pas morte en vain, nous continuons notre combat pour une vie digne et le droit au logement comme tu le voulais » disent notamment les occupants de la Puerta Del Sol où se multiplient les dépôts de fleurs, bougies et messages devant un autel improvisé.

    Mais dans le contexte de la campagne électorale la droite dénonce de manière indigne une manipulation politique de la part du gouvernement, qui utiliserait le décès de Maricarmen dans le cadre des élections. Jeudi, le maire de Madrid et la présidente de la communauté de la capitale, Isabel Ayuso, ont refusé la proposition d’une minute de silence réclamée par les groupes de gauche dans ces instances en hommage à Maricarmen. Les groupes d’opposition de Mas Madrid et du PSOE ont malgré tout observé cette minute de silence à l’extérieur des bâtiments.

    Jeudi soir à 20h, une marche avec le slogan « Hasta siempre, Maricarmen » était organisée à l’appel du syndicat des locataires de Madrid depuis la Puerta Del sol jusqu’au domicile de Maricarmen. Dans la soirée, dans de nombreuses villes d’Espagne des veillées avec fleurs et bougies étaient prévues.

  • Jérémy Bacchi portera la voix des lycéens de Martigues

    Jérémy Bacchi portera la voix des lycéens de Martigues

    « Je vais remettre votre lettre au ministre de l’Éducation nationale », promet le sénateur (PCF) des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi, à la vingtaine de lycéens conviés à l’hôtel de ville, jeudi après-midi. Le maire de Martigues, Gaby Charroux (PCF), a renouvelé la rencontre avec les lycéens de la ville, comme il l’avait fait mardi, afin de transmettre directement leurs doléances et revendications au niveau parlementaire.

    Mévann, élève de terminale au lycée Langevin, est l’un des auteurs d’une lettre de lycéens mobilisés à destination du préfet et des responsables de l’Éducation nationale. « Nous demandons des emplois du temps plus rationnels, car nous sommes présents au lycée de 8h à 18h chaque jour, soit 45 heures, mais pour 28h de cours en moyenne par semaine », détaille l’élève. En outre, les lycéens demandent des effectifs limités à 30 par classe au lieu de 36 parfois, le retour des spécialités et options supprimées, le remplacement systématique des professeurs absents, des ordinateurs qui fonctionnent et des locaux « adaptés au changement climatique », liste Mévann. Avec une anecdote : « Quand on mesure la température des classes, on est parfois à 38 voire 39 degrés à 13h ».

    Alors que le débat budgétaire a débuté au Parlement, Jérémy Bacchi insiste sur « le besoin de traduire ces revendications dans le budget adopté, car sinon, on pourra vous faire toutes les promesses qu’on veut, il n’y aura rien ».

    « Desserrer l’étau »

    Au sujet des amplitudes horaires, le sénateur remarque que « le ministre de l’Éducation nationale a demandé aux académies de faire le travail. Soit ça veut dire qu’ils pouvaient agir avant, soit qu’on leur demande de régler un problème qui est le même depuis des années ».

    Mais le sujet au cœur des échanges est celui des violences policières unanimement pointées par les jeunes présents. « Un lycéen a été plaqué au sol et violenté par trois personnes de la BAC pendant le blocus. Il est ressorti traumatisé de ses 24 heures de garde à vue, qui n’avaient pas lieu d’être puisqu’il n’y participait pas », expose ce lycéen de Lurçat. « Une copine s’est pris un flashball dans la tête alors qu’elle était sur le côté. Elle a perdu la vue et on ne sait pas si elle va la récupérer », affirme une autre élève. « Je suis pas contre les policiers, mais y’a des limites. »

    Le sénateur affirme qu’« il faut desserrer l’étau sur les lycéens (…). Nous allons demander une commission d’enquête parlementaire sur le maintien de l’ordre ». Il propose en attendant d’écrire un courrier à la préfecture de police à ce sujet.

    Quant aux exclusions prononcées à l’encontre de certains élèves en raison de leur participation au blocus, Jérémy Bacchi juge qu’« on ne doit pas amputer la vie d’un jeune qui a voulu défendre son avenir. Nous avons proposé une loi d’amnistie pour les syndicalistes, on peut faire la même chose pour les lycéens ». Une manière, aussi, de faire converger les intérêts et les luttes.

  • Une « jeunesse en colère » qui attend de « vraies réponses »

    Une « jeunesse en colère » qui attend de « vraies réponses »

    Ils s’y attendaient. « Le préfet n’était pas là, on a été reçus par des représentants qui ont noté nos doléances sans nous apporter aucune réponse directe car ils n’ont aucun pouvoir », résume Alexis, membre du Mouvement national lycéen et de la délégation de quatre jeunes reçue, jeudi, en préfecture, après la manifestation. Ils y ont dénoncé « la répression policière » des derniers jours, évoquant les incidents survenus devant le lycée Marie-Curie, comme « le nassage, le gazage et les arrestations arbitraires » constatés, mardi, sur le cortège parti en manifestation non déclarée.

    à ses côtés, Younes, de l’Union étudiante Aix-Marseille, note la « réussite » de cette nouvelle journée organisée au pied levé. Pour lui, la force du mouvement réside aussi dans le rapprochement entre lycéens et étudiants. Côte à côte sur les cortèges, ils partagent les mêmes difficultés. « Lorsque les lycéens disent qu’ils n’ont pas de chaise, pas de table, pas de professeur, la vérité, c’est qu’à la fac aussi », note l’étudiant en droit. Manque d’enseignants, locaux dégradés, personnels administratifs débordés, précarité des personnels : les mêmes problématiques traversent l’enseignement supérieur. Younes balaie d’ailleurs d’un revers les critiques du gouvernement sur le flou des revendications et renvoie aux dix mesures portées depuis des années par les organisations étudiantes.

    « On n’imagine pas la fin de ce mouvement tant qu’on n’a pas de vraies réponses. On ne peut pas dire qu’on augmente le budget et qu’on supprime des postes de professeurs », reprend Alexis, rappelant que des lycées marseillais étaient déjà mobilisés, au printemps, contre les coupes budgétaires dans l’éducation nationale. « Un milliard, ce n’est rien. Il faut rattraper toutes les coupes qui ont été faites depuis plus de dix ans », abonde Younes.

    Malgré l’approche des vacances, personne ne croit à un essoufflement. « La jeunesse est en colère et la colère ne se calmera pas avec deux semaines de vacances », assure Odile, du Comité de lutte d’Aix Marseille université, estimant que l’appel à la grève des syndicats travailleurs pour la rentrée battra le rappel. « C’est une mobilisation très créative. Les vacances peuvent casser une dynamique, mais je crois que beaucoup trouveront quoi faire pendant les vacances, ça sera un beau moment à vivre. »

  • À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    Exemplaire, une fois de plus. Deux jours après une mobilisation « historique » ayant réuni près de 30 000 personnes dans les rues de Marseille, le soufflet ne retombe pas. Ils étaient 20 000 selon les organisateurs (3 900 selon la police), jeudi, à s’élancer des Réformés en direction de la préfecture pour l’acte IV de la mobilisation lycéenne. Dans le calme et une bonne humeur revendicative.

    La configuration était différente de mardi, puisque l’intersyndicale n’avait pas lancé d’appel, mais les forces militantes des syndicats de travailleurs, CGT et FSU en tête, étaient encore en première ligne pour assurer la sécurité des jeunes. À leur côté, des retraités, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des élus politiques et des parents d’élèves.

    « Les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire »

    Marion, adhérente du MPE 13, est venue pour « les soutenir, partager leurs revendications qui sont relativement claires et les aider à défendre leurs droits et ceux des travailleurs de l’éducation nationale ». Maman d’une lycéenne à Montgrand, elle porte sur le dos une pancarte « réalisée en mars », alors que le lycée de sa fille était mobilisé, déjà, contre la baisse des dotations horaires liée aux coupes budgétaires. Sébastien Lecornu « dit qu’il faut prendre le temps de dialoguer dans les lycées, mais je crois que les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire ».

    Dans le cortège, sans surprise, l’allocution du Premier ministre, la veille, n’a convaincu personne. « Foutage de gueule », répond Ange, élève à Périer (8e). « Il a parlé de nous deux minutes… Avec tout ce qui se passe, ce n’est pas normal et ce qu’il annonce ne suffit pas », poursuit ce membre du Mouvement national des lycéens, comparant la hausse de 1,2 milliard du budget de l’éducation aux 6 milliards dédiés aux armées. « C’est clairement du blabla », abonde Fabio, du lycée des Remparts. « Ces 1,2 milliard, c’est principalement pour les primaires. Nos revendications sur Parcoursup, il n’en a pas dit un mot et il apporte son soutien aux forces de l’ordre alors qu’on a encore vu la répression, mercredi, à Marie-Curie. »

    Jeudi matin, deux interpellations devant le lycée privé de Saint-Joseph de La Madeleine (4e) sont dans les têtes. « Libérez Ryan, libérez Victor », scande une lycéenne au départ de la manifestation. Plusieurs établissements ont été bloqués dans la matinée, dont Jacques-Chirac, Don-Bosco ou Victor-Hugo, et des lycéens se sont réunis à Marseilleveyre (8e), Saint-Charles (1er) ou Chevreul-Blancarde (4e) avant de rejoindre les Réformés.

    « Lecornu fait illusion pour calmer les tensions, mais ça ne nous arrêtera pas, aucune réponse n’est apportée », juge Abel, élève de Saint-Joseph de La Madeleine (4e), justement. « On attend principalement des mesures concrètes, comme l’abrogation de Parcoursup. Les réunions dans les lycées ne régleront rien ». « Il dit vouloir travailler sur cinq points très concrets. On partage ces problématiques, mais il annonce une décision fin octobre… Il se fout de notre gueule », regrette plus loin, Luc*, lycéen à Saint-Charles. « Vouloir réprimer les mobilisations et arrêter les cours, c’est juste une façon de déplacer le problème. »

    « Organiser des réunions entre proviseurs, professeurs et lycéens, c’est bien, mais c’est pour étouffer le mouvement », abonde Lou, lycéenne à Thiers (1er) : « Lecornu est passif. Les professeurs ne peuvent pas tout régler tout seul, c’est au gouvernement et à l’éducation nationale d’apporter des réponses et de prendre leurs responsabilités ».

    « Sa réponse est insuffisante, c’est du foutage de gueule et ça devient répétitif », renchérit Charlie, lycéen à la cité scolaire internationale Jacques-Chirac… qui n’a pas de prof d’anglais depuis la rentrée : « On est un lycée favorisé, j’imagine pas les autres. C’est pour ça qu’on est là ». Marqué comme tous par la violence policière, Giani, élève en première au lycée Artaud, juge « inhumaine » la sortie du Premier ministre : « Perdre une main, perdre ses dents… Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ? Il parle d’accidents. Ça me révolte. Nous, on veut parler à l’éducation nationale et l’état, pas à nos professeurs, parce qu’on sait qu’ils nous soutiennent ».

    * le prénom a été changé

    Nouvelle journée de mobilisation

    Présent aux côtés des lycéens dans le cortège, le SNES-FSU, premier syndicat de l’éducation nationale, maintient la pression et appelle les personnels à se mobiliser, le 13 octobre, dans le cadre d’une nouvelle journée de grève et de manifestation intersyndicale étudiante et professionnelle. « C’est important de continuer le mouvement aux côtés des lycéens, parce qu’on partage les mêmes revendications et les mêmes analyses depuis des années », assure sa co-secrétaire académique, Marion Chopinet. Ne s’imaginant pas « rentrer en cours et encore moins participer à une mascarade de démocratie », le syndicat réclame plus de moyens, l’ouverture de places à l’Université, la rénovation des établissements et une remise à plat de la réforme Blanquer du lycée. Ch.C.

  • Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Préparée dans le plus grand secret – le lieu ayant été précisé au dernier moment à la presse – pour que l’électrochoc fonctionne à plein régime et éviter aussi que la direction ne vienne mettre des bâtons dans les roues, la mobilisation s’est déroulée dans une parfaite fluidité. Entrés sans encombre dans le magasin dès 9h, les manifestants ont défilé dans l’allée centrale de l’hypermarché, arborant drapeaux et chasubles de la CGT. Une centaine de salariés de l’enseigne sont venus inviter leurs collègues d’Ollioules à les rejoindre dans le combat pour défendre leurs droits et leurs intérêts.

    Dans sa prise de parole, le délégué syndical Patrick Aitaissa a dénoncé la stagnation des salaires, la réduction des effectifs et les conséquences des conditions de travail sur la santé des salariés, en rappelant les milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés par Carrefour. Histoire d’insister sur le décalage entre les résultats de l’entreprise et leur pouvoir d’achat.

    « Qui fait tourner les magasins ? Nous, les caissières, les employés libre-service, les boulangers, les bouchers, les manutentionnaires, les agents de sécurité... », martèle le responsable syndical. Et de poursuivre : « Les prix du loyer, de l’énergie et du caddie explosent. Et nos fiches de paie n’avancent pas. »

    La CGT pointe ensuite les responsabilités. À commencer par celle de la direction. Le syndicat l’appelle à respecter la clause de revoyure prévue dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO), estimant que celle-ci doit permettre une évolution des salaires lorsque l’inflation augmente. « Quand l’inflation dérape, les salaires doivent suivre. Ce n’est pas une faveur, c’est un engagement », rappelle Patrick Aitaissala en demandant donc son application.

    Autre sujet mis en avant lors de cette mobilisation : les conditions de travail. La CGT dénonce « des effectifs réduits à l’os pour faire tourner le magasin » et des cadences qui épuisent et pèsent directement sur la santé des salariés. Mais aussi des changements de planning de dernière minute et les dimanches imposés.

    La CGT estime d’ailleurs que les alertes, lancées par les salariés concernant la sécurité et la souffrance au travail, ne sont pas suffisamment prises en compte. Et cerise sur le gâteau : des licenciements pour inaptitude, selon le syndicat, venant récompenser les loyaux services une fois les corps abîmés.

    Un autre rapport de force

    La mobilisation a en effet également porté sur le devenir de ces salariés confrontés à des problèmes de santé liés à leurs conditions de travail.

    « Nous exigeons l’arrêt de ces licenciements, plus de 3 200 depuis 2018 au sein de Carrefour, et le respect de l’obligation de reclassement », a déclaré le représentant syndical. Et d’évoquer selon lui le cas d’une ancienne salariée du magasin d’Ollioules, qui en a elle-même fait les frais après avoir été confrontée à des problèmes successivement aux deux épaules ayant entraîné plusieurs mois d’arrêt de travail.

    Dans ses communications institutionnelles, Carrefour met en avant un « dialogue social constructif et régulier » ainsi qu’une politique de « prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail ».

    Les inquiétudes relatives aux évolutions annoncées ou envisagées au sein du groupe, notamment la location-gérance et la franchise, ont également été exprimées. Avec à la clé, encore « moins de droits, moins de garanties, moins de protections » et la remise en cause des conquis sociaux. « On est là aussi pour dénoncer la stratégie de notre PDG, Alexandre Bompard, qui finalement, lui, se prend 19 000 euros par jour et nous augmente de 0,9%, alors que la plupart sont payés juste un peu au-dessus du Smic », poursuit Céline Arnaud, la déléguée syndicale nationale adjointe CGT Carrefour Hypermarché. Et de poursuivre : « C’est un rentier, pour gagner toujours plus d’argent, il loue ses magasins et sépare de la masse salariale. »

    La CGT a aussi mis en cause certaines pratiques syndicales. « Le syndicat maison est ici bien en place et maltraite les travailleurs de ce magasin », condamne la responsable cégétiste, qui affirme par ailleurs : « Ici, si tu n’as pas ta carte à ce syndicat, tu n’as pas de tire-pales électriques et tu t’exploses le dos avec un tire-pales manuel. » Une proximité avec la direction et des prises de position jugées indignes d’une organisation syndicale, blâme la CGT. Elle invite donc les salariés à « se réveiller » et voter aux prochaines élections professionnelles en leur faveur.

    Une démonstration bien accueillie qui pourrait porter ses fruits. D’ici là, CGT promet d’aider les salariés à s’organiser.

  • [En direct] Nouvelle mobilisation lycéenne dans toute la région

    [En direct] Nouvelle mobilisation lycéenne dans toute la région

    Manosque

    Des lycéens des trois lycées doivent rencontrer Véronique Blua, la directrice académique des services de l’Éducation nationale des Alpes-de-Haute-Provence, à 11h au lycée Eslangon.

    10h40. Les lycéens de Manosque s’arrêtent quelques minutes manifester devant la mairie sur leur route entre deux établissements, déplorant les décisions du maire Camille Galtier (DVD) d’annuler la soirée rap pour les jeunes et de proposer d’interdire les aides de la commune et de l’agglomération pour les jeunes condamnés dans le cadre de la mobilisation et leurs parents.

    Gap

    Une quarantaine de lycéens du lycée Dominique Villars sont rassemblés dans le calme devant leur établissement. Quelques lycéens du lycée Aristide-Briand les ont rejoint.

    Les lycéens passent devant le commissariat en criant le prénom d’un manifestant interpellé plus tôt. Il avait effectué un tir de mortier devant un lycée.

    11h45. Les lycéens commencent à se disperser. Les quelques pancartes ont été rangées, aucun slogan n’est scandé, mais certains continuent de circuler dans les rues du centre-ville.

    Aix-en-Provence

    Important blocage devant le lycée privé du Sacré Cœur. Ils sont plusieurs élèves de différents établissements à s’être retrouvés devant. Les étudiants ont également rejoint la foule en soutien.

    11h20. Au départ de la Rotonde, ils sont des centaines à s’être rassemblés. «Toujours plus motivés», lâche une lycéenne de Duby. CGT, parents et enseignants encadrent le cortège.

    12h10. Devant le rectorat, les professeurs ont été applaudis par les manifestants. Pour leur soutien, et leur présence dans les cortèges.

    Avignon

    L’université d’Avignon est bloquée par une centaine d’étudiants. Une centaine de lycéens qui étaient devant Mistral dès 8 heures sont en train de rejoindre le mouvement. La fac vient d’être fermée par la direction.

    Toulon

    Une cinquantaine de lycéens sont devant le lycée Bonaparte et bloquent l’établissement. La foule croît doucement depuis 9h.

    À Toulon, alors que les lycéens de Bonaparte tentent de remettre des palettes et des barrières devant leur établissement pour en bloquer l’entrée, les policiers les empêchent de le faire pour permettre à ceux qui le souhaitent d’entrer en cours.

    Au lycée Bonaparte de Toulon, les policiers viennent au contact d’une vingtaine de lycéens qui tentent de bloquer physiquement, mais sans violence, l’entrée de l’établissement.

    Des élèves d’autres établissements ont rejoint la mobilisation devant le lycée Bonaparte de Toulon, à l’image de Léonine, élève à Dumont d’Urville, qui faisait partie de la délégation reçue par le préfet et le Dasen du Var mardi. «Ils étaient sur leur téléphone et nous ont ri au nez. C’est aussi ce qui nous pousse être là aujourd’hui. On a des rats et des cafards dans la cantine, on ne peut plus accepter cela.»

    11h. Si la foule s’est quelque peu dispersée, une centaine d’élèves restent mobilisés devant le lycée Bonaparte. Une nouvelle journée de manifestation est d’ores et déjà annoncée pour demain.

    12h. La mobilisation se termine dans le calme devant le lycée Bonaparte.

    Martigues

    Mobilisation dans le calme ce matin devant le lycée Langevin de Martigues. Les lycéens mobilisés ont écrit une lettre de revendications qu’ils apporteront cet après-midi à l’hôtel de Ville au maire (PCF) Gaby Charroux accompagné du sénateur Jérémy Bacchi.

    Marseille

    À 10h30, à Marseille, les lycéens sont arrivés sur le square Leon Blum aux Réformés d’où la manifestation doit s’élancer. Ils seront encadrés cette fois encore par des militants syndicaux et politiques avec un dispositif plus léger que lors de la manifestation de mardi. Dans la foule quelques parents et retraités, également. Le cortège doit prendre cette fois la direction de la préfecture.

    11h. À main levée, les lycéens acceptent qu’une délégation soit reçue en préfecture sans rien attendre de l’issue. « C’est important de faire entendre que l’on a des revendications », glisse un lycéens au micro. Mardi, l’interlycéenne avait refusé la proposition de la DSDEN. L’imposant cortège se met en branle.

    11h30. Le cortège avance sur le cours Lieutaud, revendicatif et déterminé. La prise de parole du premier ministre, la veille, n’a convaincu personne. « Nos revendications comme l’abrogation de Parcoursup n’ont même pas été évoqué », répondent les lycéens.

    12h10. La Manifestation est arrivée devant la préfecture de police a Marseille. Sans incident sur le parcours. Une délégation doit être reçue.

  • [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    La Marseillaise : Pourquoi les ouvriers ont-ils eu besoin de Bourses du travail ?

    Sylvie Brunol : Au départ, ce sont des lieux faits pour accueillir les travailleurs, les informer, les aider et organiser la solidarité. On y trouve du placement, des bibliothèques, de l’entraide, et même autrefois des cours du soir, essentiels pour l’éducation ouvrière. Et au fond, cette fonction existe toujours : aujourd’hui encore, on y vient pour un conseil juridique, pour être accompagné lors d’un licenciement, pour rencontrer un syndicat. Ce ne sont donc jamais de simples bureaux.

    Ont-elles joué un rôle dans
    la construction du syndicalisme français
     ?

    S.B. : Un rôle majeur. À la fin du XIXe siècle, il y a d’un côté les fédérations de métiers, de l’autre les Bourses du travail, notamment animées par Fernand Pelloutier. La CGT naît en 1895, mais l’unification reste incomplète. Et Montpellier joue un rôle important : en 1902, Louis Niel, secrétaire de la Bourse du travail, travaille à rapprocher les deux structures. Le congrès de Montpellier marque cette unité entre fédérations de métiers et Bourses du travail. C’est une étape essentielle dans la construction de la CGT telle qu’on la connaît.

    Dès l’origine, ces lieux dépendent pourtant beaucoup des municipalités…

    S.B. : Oui, et c’est toute l’ambiguïté. Beaucoup ont été créées dans des villes radicales ou socialistes, avec des locaux fournis ou financés par les communes. Certains syndicalistes s’en méfiaient déjà : si le pouvoir municipal change, le syndicat peut se retrouver dépendant d’un élu hostile. C’est une fragilité qui traverse toute leur histoire. À Sète, par exemple, la mairie UDF a tenté dans les années 1980 de transférer la Bourse, puis a cessé de financer certaines dépenses. Il a fallu un comité de défense et des années de mobilisation pour la maintenir. Et cette tension est presque aussi vieille que les Bourses elles-mêmes. Toujours à Sète, dès 1901, le maire Honoré Euzet refuse de remettre les clés aux syndicats avec l’autonomie prévue par leurs statuts. Il faudra son départ et l’élection d’une municipalité ouvrière pour que la Bourse leur soit officiellement remise en 1902.

    L’histoire fournit aussi des exemples plus brutaux…

    S.B. : Le patronat et l’extrême droite ont toujours menacé les syndicats. Mais sous Vichy, on change clairement d’échelle. La CGT est dissoute en novembre 1940. À Béziers, en 1942, les locaux de la Bourse sont attribués à des organisations liées à la « Révolution nationale » pétainiste, tandis que des militants CGT entrent dans la clandestinité et la Résistance. Je ne dis pas qu’on peut plaquer mécaniquement cette histoire sur l’actualité, ce serait faux. Mais elle montre que quand un pouvoir veut contrôler ou affaiblir le syndicalisme, les lieux où les travailleurs s’organisent deviennent très vite une cible. Cela doit nous pousser à être vigilants.

    Êtes-vous inquiète des attaques actuelles contre les locaux syndicaux ?

    S.B. : Oui. Il y a toujours eu des conflits avec des municipalités de droite comme de gauche. Mais aujourd’hui, avec les mairies RN de Carcassonne ou Bagnols-sur-Cèze, on voit se multiplier les décisions concernant directement ces lieux : la mairie de Carcassonne a engagé une procédure pour faire quitter la Bourse du travail aux syndicats ; à Bagnols, elle a annoncé la fin de la mise à disposition des locaux du centre Mendès-France. Derrière la question immobilière, il y a la capacité de se réunir, d’accueillir les salariés, de construire une action collective. Je pense aussi à l’Italie : le siège de la CGIL a été saccagé en 2021 par des militants d’extrême droite. C’était avant l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir, mais pour moi cet épisode reste un avertissement sur la fragilité des libertés syndicales.

    Pourquoi faut-il encore défendre ces lieux en 2026 ?

    S.B. : Parce qu’ils servent toujours. On y accompagne des salariés, des chômeurs, des précaires, parfois des travailleurs sans papiers. On y trouve des conseillers du salarié, de l’aide juridique, mais aussi un espace pour s’organiser collectivement. La liberté syndicale ne vit pas seulement dans les textes : elle a besoin de lieux. Le Préambule de 1946 reconnaît d’ailleurs le droit de chacun à défendre ses intérêts par l’action syndicale. Si je devais résumer, je dirais simplement : « les droits pour tout le monde ».

    Entretien réalisé par Axel Jolidon

    « Sans vouloir
    faire de parallèle mécanique avec les années 30, certains mécanismes historiques doivent nous pousser
    à rester vigilants. »

  • La CGT réalerte sur des failles dans la protection de l’enfance en Vaucluse

    La CGT réalerte sur des failles dans la protection de l’enfance en Vaucluse

    La protection de l’enfance est une compétence majeure du Département. « Une question prégnante à laquelle je suis attachée », assurait il y a un an la présidente Dominique Santoni (LR), qui annonçait récupérer elle-même cette délégation. Mais, selon la CGT, la situation reste ultra-problématique. Il y a un peu plus d’un mois, le syndicat des personnels du Département a adressé une lettre ouverte à la présidente et au préfet pour dénoncer l’état des lieux général au sein de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

    « Nous ne voulons pas attendre un accident, une violence ou un drame pour entendre, demain, que chacun connaissait les difficultés, mais que personne n’avait mesuré leur gravité », écrit Amandine Laugier, secrétaire générale de la CGT du CD84, qui demande « un état des lieux réel des moyens humains consacrés à la protection de l’enfance » et « pas uniquement des organigrammes ou des effectifs théoriques ». La CGT ne pointe pas une défaillance ponctuelle, mais bien un problème plus structurel. « C’est la capacité même du dispositif à garantir pleinement et en permanence la protection des enfants confiés qui doit aujourd’hui être interrogée, nous considérons que certaines situations signalées sont susceptibles d’exposer les enfants comme les professionnels à des risques graves qui ne peuvent être banalisés », estime le syndicat.

    Depuis, le courrier est resté lettre morte. Mobilisée auprès des lycéens et étudiants, la CGT ne prévoit exceptionnellement pas de rassemblement, ce vendredi, en marge de la séance plénière. Contacté, le Département assure qu’une réponse sera apportée lors de la séance. Il est prévu à l’ordre du jour la contractualisation avec l’État sur la protection de l’enfance. De 4,9 millions d’euros en 2025, le partenariat passe à 5,3 millions en 2026 avec une forte progression de la part du Département quand celle de l’État reste stable.