Category: social

  • Unis, les syndicats mettent le cap sur le 18

    Unis, les syndicats mettent le cap sur le 18

    La journée de blocage du 10 septembre et la manifestation qui a réuni plus de 80 000 personnes à Marseille ont, semble-t-il, donné des ailes aux organisations syndicales, réunies en intersyndicale en vue de la journée de grève et d’actions du 18 septembre prochain. « C’est un très bon premier départ pour une mobilisation sociale d’ampleur. Nous avons su faire la convergence avec les collectifs citoyens et les autres forces mobilisées. Cela dépasse largement nos rangs, et c’est ce qu’il faut développer. », souligne Jessica Jadé, secrétaire de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône.

    Pour elle, comme pour ses homologues d’autres organisations syndicales, cette journée marque un tournant. « C’est une étape importante dans la construction d’un mouvement de longue haleine », abonde Franck Balliot, co-secrétaire départemental de la FSU 13, qui se félicite de la forte participation dans l’Éducation nationale, avec des taux de grève élevés dans plusieurs établissements. Pour Frédéric Michel, de Solidaires 13, cette journée était « le début d’une offensive sociale » qui n’attend qu’à se concrétiser avec la date du 18. Il insiste notamment la diversité du cortège : jeunes, retraités, chômeurs, non syndiqués : « Il n’y avait pas de défiance, mais une vraie convergence avec les syndicats ».

    Tous appellent, espèrent et vont travailler à une mobilisation aussi réussie pour le 18 septembre. « Il faut construire un rapport de force gagnant, réfléchir ensemble à une autre société. Ce n’est pas une rentrée sociale plan-plan : il y a un souffle, une dynamique », développe Frédéric Michel. « La colère est légitime. Elle est née des passages en force de Macron et de ses politiques antisociales », reprend Jessica Jadé pointant les politiques de « casse sociale » menées par les gouvernements successifs. Et de rappeler les menaces sur les congés payés, la sécurité sociale et le financement des retraites : « Ce n’est pas la nomination de Lecornu comme Premier ministre qui va nous rassurer ».

    Avis partagé même par des représentants de syndicats classés comme réformistes. « Sa nomination ne donne aucun espoir d’amélioration. Le 18 septembre est une étape dans un mouvement plus large pour imposer une autre voie : celle du respect des agents, des salariés et de leurs représentants », assure Rendi Dichri, de l’Unsa. À l’opposé de la logique d’austérité et d’individualisation des droits à l’œuvre depuis des années, son organisation demande urgemment une revalorisation immédiate des salaires, traitements et pensions, le respect des statuts et des droits collectifs, et des moyens suffisants pour les services publics. « Nous serons dans la rue, pas par habitude, mais parce qu’il y a un ras-le-bol général. Ras-le-bol d’être les premiers à payer et les derniers à être respectés », ajoute Guillaume Pascal, pour la CFDT 13. Il évoque notamment « une rupture » déjà actée avec le pouvoir en place du côté des travailleurs : « Respecter les salariés, c’est reconnaître leur engagement, écouter leur voix et partager équitablement les richesses qu’ils créent ».

    René Sale, secrétaire général de l’Union locale de FO d’Aix-en-Provence, dénonce aussi la poursuite de cette politique de destruction sociale et les annonces de Bayrou : « Deux jours fériés supprimés, déremboursements doublés, attaques contre les affections de longue durée… C’est une offensive contre la sécurité sociale et les droits ouvriers ». Sa confédération a déposé un préavis de grève reconductible du 1er septembre au 30 novembre : « On ne pourra pas manifester pendant 6 ou 8 mois. Il faut réfléchir à des actions plus fortes, décidées en assemblées générales ». Un meeting est prévu le 16 septembre à Marseille avec Frédéric Souillot.

    Tous attendent une large mobilisation et se préparent à l’installer dans la durée. A minima 3 manifestations sont au programme dans les Bouches-du-Rhône, 4 pour le Var. Et les militants vauclusiens tablent sur une participation massive pour le rendez-vous à Avignon (lire encadré rendez-vous ci-contre.

    « Nous construisons cette journée comme une étape dans un processus de mobilisation. », insiste Jessica Jadé. Il faudra aussi compter sur le soutien des membres des collectifs citoyens de « Bloquons tout », à l’origine du 10 septembre. Les assemblées générales qui se tenaient à Marseille dans la foulée de la première mobilisation se sont prononcées largement en faveur d’une participation massive à la date posée par l’intersyndicale. « Ce ne sera pas une mobilisation isolée. Le combat contre le budget austéritaire durera jusqu’en décembre » prévient Franck Balliot. « On peut financer la retraite à 60 ans. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est la justice sociale. Il faut arrêter le pillage des caisses de l’État et réinvestir dans les services publics » conclut Jessica Jadé.

    « Le combat contre le budget austéritaire durera. »

  • « Pour faire un gros brasier, il faut plein de petits feux »

    « Pour faire un gros brasier, il faut plein de petits feux »

    La Marseillaise : Les énergéticiens sont en grève depuis près de deux semaines. Quel état des lieux faites-vous de la mobilisation ?

    Fabrice Coudour : On est partis sur un mouvement dans la durée, sans recherche fondamentale de taux de grévistes explosifs dès le 2 septembre. Ce qu’on cherche, c’est l’impact sur le fonctionnement de l’outil, et donc l’impact sur l’économie des employeurs. On est sur un préavis de grève un peu particulier puisqu’il concerne les 157 entreprises de notre branche professionnelle des industries électriques et gazières [IEG, Ndlr]. Et il porte sur 3 axes majeurs : l’abrogation de la réforme des retraites, la revalorisation de nos salaires et la baisse des factures des usagers. Ce dernier point est une autre particularité de notre mouvement puisqu’on demande l’abaissement de la TVA sur la facture. Notre message s’articule autour de la compatibilité d’une hausse des salaires pour les travailleurs et une baisse de facture pour les usagers. On agit donc contre nos employeurs et les pouvoirs publics. Et ça s’inscrit pleinement dans la colère citoyenne qui s’exprime en ce moment. On a eu jusqu’à 250 piquets de grève en simultané, et plus de 60 000 grévistes, la semaine dernière.

    Justement, votre mouvement est passé par la date du 10 et doit durer jusqu’au 18 a minima, vous êtes le lien entre ces deux dates ?

    F.C : On n’a pas la prétention, ni la volonté, de nous réapproprier la colère actuelle. Mais celle qu’on porte fait écho à ce qui est posé par le mouvement citoyen. Sauf que nous créons les conditions pour que le monde du travail rejoigne cette colère citoyenne. D’où notre combat en interne, dans nos entreprises, mais aussi en externe avec la question du pouvoir d’achat des usagers. Dès le départ, notre participation au 10 et au 18 n’était même pas une question. On est clairement inscrits dans ce processus, la détermination et la colère sont là. La première semaine, on était sur une grève reconductible. La deuxième, on avait comme mot d’ordre d’être sur de l’information, le lundi et le vendredi, et de l’action du mardi au jeudi. Tout en ne s’interdisant rien en dehors de ça, et c’est pour cela qu’il y a un piquet de grève tous les jours à Marseille. À partir de la semaine prochaine, on va durcir le ton, avec peut-être un peu moins de piquet de grève mais des piquets beaucoup plus stratégiques et symboliques. Par exemple, sur les centrales nucléaires, hydrauliques, les terminaux méthaniers… Notamment car on demande des réponses à nos employeurs, on veut du concret, et pour l’heure, nous n’en avons pas.

    Vous faites le parallèle entre l’attitude du patronat dans les IEG et celle du pouvoir en place dans son approche du dialogue social ?

    F.C : Sur la question des salaires, on attend des réponses des employeurs des IEG, sur la question des factures, on attend des réponses du gouvernement. Notons que le gouvernement pilote à 100% une des grosses entreprises de notre branche : EDF. Et il y agit comme un actionnaire plutôt qu’un stratège…

    Vous évoquez la convergence entre usagers et énergéticiens. À Marseille, pour le 10 septembre, il y a eu des formes de convergence entre le mouvement « Bloquons tout » et la CGT. Est-ce que votre mouvement participe à ça ?

    F.C : Pour faire un gros brasier, il faut plein de petits feux. J’estime qu’on est un feu assez représentatif pour embraser les choses. Nous avons nos propres initiatives et les actions qu’on organise ne peuvent pas être ouvertes aux citoyens systématiquement. Car on travaille avec de l’électricité et du gaz, ce n’est pas rien, il y a des process industriels, notamment sur des sites sensibles. Du reste, nous n’avons pas de dogme sur les modalités d’initiatives. Mais évidemment qu’il y a une convergence, notre mouvement est d’ailleurs un combat pour les usagers.

  • [Bloquons tout] À Montpellier, joli succès pour le 10 septembre

    [Bloquons tout] À Montpellier, joli succès pour le 10 septembre

    Les drapeaux et pancartes étaient de sortie, à Montpellier, sur une place de la Comédie noire de monde. Plusieurs milliers de personnes -6 000 selon la préfecture, 10 000 selon les organisateurs- dont beaucoup de jeunes s’étaient retrouvées à la suite de l’appel du 10 septembre. Si plusieurs rassemblements ont eu lieu dans l’Hérault, notamment à Béziers, Sète ou encore à Bédarieux, c’est sans aucun doute dans la capitale héraultaise que la contestation a été la plus forte. Blocages de ronds-points, de tramway, de lycées et de l’université Paul-Valéry -néanmoins partiel, les étudiants pouvaient se rendre dans les amphithéâtres- autant d’actions pour exprimer le ras-le-bol général qui couvait depuis longtemps. À l’instar d’Andrée et de Jacques, venus sur la place de la Comédie. « Cela fait des années que l’on bat le pavé mais je crois qu’on touche le fond. Le déni démocratique d’Emmanuel Macron, la violence d’État, la mise à bas de nos services publics, on commence à être vraiment en colère », soutient Andrée, qui fait d’ailleurs partie du collectif citoyen du Nouveau Front populaire (NFP) du quartier des Beaux-Arts. « Emmanuel Macron se fout de nos revendications telles que l’abrogation de la réforme des retraites, l’augmentation des budgets dans la Santé, l’Éducation. Et Sébastien Lecornu comme Premier ministre, c’est une nouvelle provocation », renchérit Jacques.

    Demande de changement

    En effet, pour beaucoup de manifestants, la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon le 9 septembre est venue rajouter de l’huile sur un feu. « Cette nomination n’est pas en accord avec le résultat des élections législatives de 2024 [où le NFP était arrivé en tête, Ndlr]. Cela montre que l’on n’est pas entendus », soupire Sébastien, étudiant à l’université Paul-Valéry. Renforçant le sentiment de déconnexion des dirigeants. « Sébastien Lecornu n’est pas un changement de politique, c’est la garde rapprochée d’Emmanuel Macron. Ils vont sûrement aller chercher un compromis avec l’aile droite du PS tout en continuant de taper comme des brutes sur l’immigration, la sécurité. Si on veut un changement de politique, il nous faut un changement de gouvernement, voire la démission du président », fait valoir André Dechot, délégué syndical CGT à la mission locale de Montpellier.

    Une demande de changement de politique qui revient souvent dans la bouche des manifestants, passant notamment par une revalorisation des services publics. « L’hôpital est à bout de souffle, il nous faut plus de moyens si l’on veut soigner dans la dignité et la sécurité. Ce qui permettrait aussi de donner envie aux jeunes de travailler », observe Fatima, secrétaire administrative au Centre hospitalier universitaire de Montpellier.

    Face à des dirigeants faisant la sourde oreille aux demandes populaires, l’instauration d’un nouveau rapport de force est primordiale pour se faire entendre. « À l’heure où certains prétendent qu’il n’y a pas de majorité, on voit qu’elle est là à s’exprimer aujourd’hui. La solution ne sera pas institutionnelle avec le montage d’une nouvelle majorité à l’Assemblée mais dans la rue, comme en 1936, en 1997 où le mouvement social a précédé la conquête de droits », insiste Nicolas Cossange, secrétaire du PCF 34, présent à la manifestation. Prochain round jeudi 18 septembre.

    « Nommer Lecornu Premier ministre, c’est une nouvelle provocation »

  • [Mouvement social] À Marseille, ça gaze sur le piquet de grève

    [Mouvement social] À Marseille, ça gaze sur le piquet de grève

    Soirée DJ, concert des Baydon’s, projections ciné, parties de contrée… et un débat au programme de la semaine prochaine, « où les usagers sont invités à participer, leurs factures d’énergie à l’appui », indique le secrétaire général CGT de l’énergie de Marseille. Sur le site des IEG, au bout du boulevard Guidon dans le 13e arrondissement, une logistique impeccable est à l’œuvre pour tenir jusqu’au 18 septembre.

    Fer de lance du mouvement social, c’est à se demander à quoi carburent les énergéticiens. « à la motivation ! », répond sans enjambe Renaud Henry. Le leader CGT a pris la main en cuisine, sous la pergola, pour préparer une sauce tomate maison. Il manque « une louche et du sel ». Un militant du secteur pétrochimie part faire la course. Une bonne dose de solidarité vient s’ajouter à la recette de ce remarquable piquet de grève.

    Sur les canapés, les travailleurs en lutte se repassent la vidéo de la manifestation du 10 en boucle. « Énorme ! C’est génial tout ce soutien », commente Max, le sourire jusqu’aux oreilles. Certains énergéticiens posent une, deux ou trois heures pour tourner sur la grève. Le jeune gazier n’a pas quitté le piquet depuis le 2 septembre. Si Max se languit de revoir sa fille, sa détermination est intacte : « Quand on commence, on va jusqu’au bout. Avec ce gouvernement, on sait qu’on a encore beaucoup à perdre. Avec la lutte, on sait qu’on a tout à gagner ». Ce vendredi, il avait troqué le tablier de cuistot contre la serviette-éponge : son coiffeur est venu sur le site pour une coupe. Le matin, il nettoyait le frigo, attirant la curiosité des employés de bureau des entreprises du site, attroupés au balcon. Quant au manque à gagner sur les prochaines fiches de paie ? « on fera les comptes plus tard. On se débrouillera entre nous. C’est notre force cette solidarité », tranche Clément.

    Exemplaires

    Après plusieurs nuits passées sur un des lits de camp, Géraldine, se sent aussi revigorée par « l’effet du 10. C’était fou de voir des jeunes qui dansent devant les CRS. Marseille a fait la démonstration que la lutte peut être festive. On a un super service d’ordre, capable d’éviter que ça dégénère ». La militante se sent d’attaque pour continuer la lutte. D’autant plus que « la caisse de grève a bien fonctionné. Comme la cagnotte Leetchi lancée en ligne. Au-delà de l’aide matérielle, ça fait chaud au cœur ». Une palette qui a échappé au feu sert de porte-revues et les unes des journaux du 11 attestent de la réussite marseillaise.

    Dans la même veine, Charlotte, cheminote, enchaîne les tours de garde sur le piquet de ses camarades énergéticiens. « C’est fou ce qu’ils font », reconnaît la jeune femme, qui passe ici ses congés. « L’avantage, c’est que je ne partais pas en vacances. Du coup, je passe de très bons moments sur ce camping de lutte. C’est important de savoir revendiquer dans la joie. Sans quoi, ça plombe tout le mouvement », estime-t-elle.

    La météo s’invite au débat du jour : un électricien installe des gouttières pour renforcer la pergola. Mais peu importe la pluie. « on tiendra jusqu’au 18 et autant qu’il le faudra », assure Martine Durand, de l’UD CGT 13.

    Parmi les visiteurs, une délégation des communistes du 15e, aussi venue apporter « un soutien physique, moral et matériel aux camarades qui se battent, une fois encore, pour défendre notre pouvoir d’achat, les salaires », précise Ibrahim Mzé. Chef de file de la section, il est également convaincu « qu’il n’y a rien à attendre de bon de ce gouvernement. Le budget étrangle encore les hôpitaux et tous les services publics. C’est dans la rue que l’avenir doit se construire ».

    Roland, retraité des IEG, arrive en demandant : « Vous avez un congélateur ? J’ai des barquettes de viande… » La veille, un agriculteur du Var s’est déplacé pour leur proposer des cagettes pleines de grappes de raisins, qui n’ont pas fait un pli. « On a déjà fait du poisson en papillote, du sanglier, une fondue savoyarde… Parce que les grillades et les merguez, on saturait », explique Géraldine, en se posant dans le hamac. Quitte à inscrire le menu social dans la durée, autant soigner la recette.

    « On va au bout. On sait ce qu’on a encore à perdre avec ce gouvernement. Avec la lutte, on a tout à gagner »

  • Les soignants à l’ARS pour défendre leurs conditions

    Les soignants à l’ARS pour défendre leurs conditions

    La mobilisation se poursuit pour le personnel hospitalier du Centre Hospitalier (CH) d’Aix-en-Provence, au lendemain de la première journée du mouvement « Bloquons-tout » organisée ce mercredi. Les syndicats FO et Cfdt ont décidé de se rendre dans les bureaux de l’Agence régionale de santé (ARS), à Marseille, pour dénoncer, de nouveau, des « conditions de travail intenables » et « un manque criant » de moyens. Jeudi matin, une dizaine de délégués syndicaux FO se sont rassemblés dans le hall Jacques de la Roque, avant de prendre la route. De son côté, la CFDT s’est rendue directement sur place.

    « Nous n’avons pas pris rendez-vous avec l’ARS, nous y allons pour demander à être reçus et exiger l’annulation du déficit, construit selon nous par l’ARS et le ministère. Ce déficit a des conséquences graves sur les effectifs dans tous les services », explique René Sale, secrétaire FO du CH Aix-en-Provence.

    Le syndicat estime que le déficit cumulé de l’hôpital d’Aix s’élève à 76 millions d’euros, et à 5 milliards d’euros au niveau national pour l’année 2024.

    « Mais on va aussi dénoncer les conditions de travail, on est en sous-effectif et on le dénonce depuis des années et des années, ajoute René Sale. Sur l’hôpital, on a fait un compte rendu exhaustif, en faisant le tour de l’ensemble des services. Près de 200 postes manquent à l’heure où on se parle. » À cela s’ajoutent les retenues de 10% sur les salaires et le jour de carence, décidés au niveau national. La direction de l’hôpital n’a pas souhaité commenter les déclarations du syndicat.

    FO et la section syndicale Cfdt ont finalement été reçus par les représentants de l’ARS. « Je ne dirais pas que nous avons obtenu des réponses, mais je pense qu’ils ont bien écouté et compris nos revendications. Nous attendons un retour, sans trop d’illusions. Mais la colère a été entendue », conclut René Sale.

  • Des blocus rapidement réprimés par la police

    Des blocus rapidement réprimés par la police

    Douze blocus étaient annoncés, ce mercredi, dans les Bouches-du-Rhône, dans le cadre du mouvement citoyen « Bloquons tout », né sur les réseaux sociaux. Une opération en partie endiguée par les forces de l’ordre, mobilisées en très grand nombre dans le département et dans le reste du pays, comme l’a souligné très tôt le ministre de l’Intérieur démissionnaire Bruno Retailleau, rappelant que « 80 000 gendarmes et policiers » seraient sur le pont dans la journée.

    À Marseille, en centre-ville, le point de rendez-vous fixé à 6h30 sur la place Castellane s’est très rapidement déporté sur le boulevard Vincent-Delpuech (6e), reliant l’A50 à l’avenue Jules-Cantini, où s’est installé un bref blocus. À 7h15, la police retirait déjà les barricades disposées sur la route, que les manifestants avaient désertée pour rejoindre le boulevard Sakakini (5e), qu’ils bloqueront peu de temps avant que les forces de l’ordre n’interviennent et que la circulation reprenne normalement, aux alentours de 9h. Le même cortège s’est ensuite rendu à l’entrée du tunnel Prado-Carrénage pour tenter de bloquer le rond-point de l’Europe. Un blocus qui sera encore une fois réprimé. En parallèle, les centaines de manifestants rassemblés à la Porte d’Aix dès 6h30, ont également été repoussés et ont ensuite rejoint la passerelle de la Joliette, qu’ils sont parvenus à bloquer un temps, avant d’être de nouveau repoussés par les forces de l’ordre. Les manifestations sauvages, organisées après la manifestation officielle, dans l’après-midi, ont été réprimées par les CRS, qui à plusieurs reprises ont fait usage de gaz lacrymogènes.

    La préfecture se félicite

    « Nous avons mis en place un dispositif très agile, mobile et réactif grâce à plusieurs jours d’anticipation, ce qui permet au mouvement d’être moins virulent que prévu », se félicite la préfecture de police de Marseille en fin de matinée. « Même si nous avons constaté quelques velléités à bloquer des axes routiers importants, tel que l’A 50, l’A 55 et l’A7, les blocus ont échoué grâce à un dispositif adapté », ajoutent les représentants de l’institution. Au total dans les Bouches-du-Rhône, le bilan à 15h était de 9 interpellations, dont 2 à Arles et 7 à Marseille. Les motifs avancés sont : « Violences sur personne dépositaire de l’autorité publique, rébellion, jet de projectiles, vol, incendie de poubelle et dégradations. »

    À Toulon, le préfet annonçait en fin de matinée qu’aucun réel blocage, à La Valette, au lycée Dumont d’Urville et aux Arcs n’a perduré.

  • À Marseille, blocage d’Eurolinksà la Rose

    À Marseille, blocage d’Eurolinksà la Rose

    « Nous allons empêcher les employés de prendre leur poste et bloquer les camions venant livrer Eurolinks, qui fabrique des maillons pour des munitions qui sont livrés à Israël. » Le visage dissimulé sous un masque, le sac à dos rempli de bouteilles d’eau, une manifestante expose les objectifs de l’opération à une trentaine de personnes, principalement des jeunes. Ils s’étaient donné rendez-vous, dès 6 heures ce mercredi, au métro la Rose (13e).

    Un point rapide pendant qu’une petite armée de clowns termine son maquillage et ajuste ses boucliers et matraques en polystyrène fluo. La joyeuse brigade des « CRS roses » embarque dans un bus avec d’autres militants, direction le technopôle. Devant la grille de l’usine, une centaine d’activistes sont déjà en place, avec des slogans sans équivoque : « Eurolinks tue », « Maersk transporteur d’armes, complice du génocide ». L’entreprise française d’armement fait l’objet d’une plainte, déposée en juin dernier, par la Ligue des droits de l’homme. Cette dernière demande l’ouverture d’une enquête sur la possible livraison de composants pour armes automatiques français à Israël, dans le cadre de son offensive contre la bande de Gaza.

    « Plus d’argent pour les salaires ! Pas pour la guerre ! » Les slogans scandés par les manifestants résonnent dans la rue Louis Leprince-Ringuet. Sortie d’une résidence voisine, une dame se montre encourageante. « Vous avez raison, il faut que tout cela cesse. Nous crevons tous d’être gouvernés par des riches qui n’écoutent qu’eux-mêmes. Il faut changer d’histoire », lance la retraitée, sans toutefois rejoindre le mouvement.

    Après une petite discussion courtoise devant les grilles bloquées, le conducteur d’un poids lourd remet les gaz et passe son chemin. « On reste polis, on ne cherche pas l’affrontement, on informe, on sensibilise », assure une autre manifestante, alors que les « CRS roses » entament une danse au milieu de la file de véhicules qui se forme.

    « Nos salaires, pas leurs guerres »

    Un petit groupe a décidé d’aller récupérer des palettes pour bloquer le rond-point devant le collège André-Malraux et filtrer la circulation pour distribuer des tracts aux automobilistes. « Nous sommes contre le génocide comme contre l’austérité. Nous ne voulons pas que nos salaires soient sacrifiés pour alimenter leurs guerres », relance un jeune chercheur en science, camouflé derrière un foulard. Il reçoit de joyeux coups de klaxon en signe de soutien. Mais les palettes de chantier, tout juste installées sur les axes du rond-point, sont immédiatement dégagées par la quarantaine de policiers qui débarque des camions.

    Les « CRS roses » entrent dans le cœur de l’action et offrent un spectacle acrobatique et chantant à leurs homologues bleus. Un rien désarçonnés, les policiers contiennent la petite armée fuchsia avec souplesse sans s’orienter vers l’entrée de l’usine. Une des clowns fend les rangs et tend un chapeau aux agents médusés : « Une petite participation au pot des grévistes messieurs ? » La quête provoque des sourires, mais reste sans succès. « pas même une petite matraque… » regrette-t-elle.

    Un cadre toise le regroupement derrière la surface vitrée de l’entreprise. Vers 9h, ils ne sont plus qu’une quarantaine à brandir les drapeaux palestiniens et les banderoles devant la grille, mais tiennent bon. Le gros des troupes rejoint le rendez-vous pour la manifestation au départ des Réformés. Et de promettre : « Le 18, on revient, mais plus nombreux, pour vraiment bloquer ».

    Le site Eurolinks a été débloqué dans la soirée par les forces de l’ordre, a indiqué la préfecture de police.

  • Les lycées Thiers et Montgrand bloqués mercredi

    Les lycées Thiers et Montgrand bloqués mercredi

    Pas de cours pour les lycéens de Montgrand (6e), mercredi matin, dont les deux entrées ont été bloquées très tôt dans la matinée par des étudiants de l’établissement. Installés sur un tas de poubelles et derrière des barrières de sécurité, les jeunes militants tiennent des pancartes aux revendications multiples. « Stop austérité », « 2 214 enfants à la rue, 1,2 million de logements vacants, logique ?? », « Désolé du dérangement, on défend notre avenir », lit-on çà et là sur les cartons contestataires. Les jeunes n’oublient pas le tout nouveau chef du gouvernement : « Lecornu, trou du coup », assène une affiche qui recouvre la plaque du lycée.

    « On est là pour dénoncer le système Parcoursup, qui détermine avec un algorithme qu’on ne connaît pas notre avenir, pour s’opposer aux nouvelles réformes du Bac pro mais aussi en tant que citoyens, pour défendre notre futur de travailleurs », détaille Malo, étudiante du lycée, au micro de l’insoumission. Autour des élèves, quelques professeurs soutiennent le blocus et tentent de discuter avec les forces de l’ordre.

    Aux alentours de 9h30, l’un des cortèges sauvages du centre-ville a pénétré la rue Montgrand, où était installé le blocus. Poursuivie par quelques CRS, la quarantaine de manifestants s’est jointe aux lycéens pour affronter en chanson le groupe de policiers. « Siamo tutti antifascisti », s’exclament en chœur les militants avant d’enchaîner sur plusieurs autres balades revendicatives. Parmi elles : « Macron nous fait la guerre, et sa police aussi, mais on reste déter, pour bloquer le pays », « Pas de quartier pour les fachos, pas de fachos dans nos quartiers » ou encore « On est jeune, déter, et révolutionnaire ». Le cortège se dissipera progressivement sans que les CRS n’interviennent. Ils resteront cependant proches du blocus.

    « Globalement ils nous ont laissés tranquilles. Il y a beaucoup de camions car ils protègent la préfecture mais sinon ils ne sont pas venus nous embêter », concède une élève du lycée. D’après la préfecture, environ 600 personnes auraient manifesté dans la matinée à Marseille, avant la manifestation unitaire.

  • À la Valentine, les automobilistes sont réceptifs

    À la Valentine, les automobilistes sont réceptifs

    Il est 6h30 du matin ce mercredi. Sur le rond-point du Lieutenant-Colonel Piollet qui mène à l’A50, ils sont une trentaine à ralentir la circulation et à tracter pour faire connaître le mouvement du 10 septembre aux automobilistes. Les profils sont variés : retraités, enseignantes, libraires ou personnes au RSA, tous ont fait le déplacement pour montrer leur ras-le-bol face à la politique actuelle.

    « On se fait traiter n’importe comment par le gouvernement. On travaille comme des acharnés et ils ne veulent même pas nous aider. On est en colère », s’indigne une salariée de la mairie de Marseille. Jean-Marc, photographe, ne mâche pas non plus ses mots contre le gouvernement : « la classe dirigeante est une bourgeoisie boulimique. Plus ils ont d’argent, plus ils en veulent. Et ils continuent à aller chercher l’argent chez les plus pauvres, pendant que les grandes fortunes n’ont jamais fait autant de bénéfices. »

    Un barrage filtrant est plutôt bien accueilli par les automobilistes, dont beaucoup récupèrent le tract et manifestent leur soutien. Certains poids lourds s’arrêtent même pour bloquer la circulation et klaxonner au rythme du chant des militants : « Macron démission ». Un accueil qui s’explique facilement selon l’un des manifestants sur place : « les gens sont super réceptifs. Quand on leur parle de la vie chère, tout le monde se reconnaît ».

    Après quelques heures au rond-point du Lieutenant-Colonel Piollet, le groupe se déplace pour tracter au rond-point d’entrée de l’A50, puis celui devant le centre commercial de la Valentine.

    Une action sans violence tout de même encadrée par la police. Dès le début du barrage, une quinzaine d’agents étaient présents avec casque et bouclier anti-émeute. « Au moins, ils sont bloqués ici et ils ne sont pas dans le centre », plaisante une participante. à partir de 11h30, l’effectif policier diminue, mais ils commencent à menacer de verbaliser les automobilistes qui s’arrêtent trop longtemps pour échanger avec les manifestants. « C’est un moyen pour eux de décourager les gens de faire grève ou de manifester. Un des automobilistes s’est pris une contravention de 640 euros pour entrave à la circulation », se désole l’un des grévistes.

    Vers 12h30, le groupe a décidé, en votant à mains levées, d’aller prêter main-forte au blocus de l’entreprise de vente d’armes Eurolink. Certains sont allés rejoindre les cortèges aux Réformés.

  • À Martigues, une vingtaine de contestataires barrent un grand axe

    À Martigues, une vingtaine de contestataires barrent un grand axe

    L’appel des manifestants du mouvement « Bloquons-tout » donnait rendez-vous ce mercredi matin, dès six heures, sur le quai Brescon de l’Île, tandis que l’Union locale CGT appelait à participer à la manifestation de Marseille.

    Les plus ponctuels ont à peine le temps de prendre un café qu’un messager informe que le point de rendez-vous est en réalité à la piscine municipale, pour 6h30. Sur place, rebelote, une autre direction est donnée face au centre Norauto, dans un jeu du chat et de la souris avec les redoutées forces de police.

    Le temps d’un court briefing, l’un des leaders du mouvement explique la stratégie du groupe. « On pensait créer des leurres de blocages dans Martigues, mais on n’est pas assez donc ça sert à rien de se diviser » détaille-t-il, « mais on va tenter de bloquer Auchan vers 8h après le tractage ». À 7 heures, devant Norauto, un peu plus d’une vingtaine de bloqueurs tentent de barrer l’avenue du Docteur Fleming à la circulation, aidés des poubelles de la zone commerciale.

    Vers le 18 septembre

    Une affiche « Macron dégage » de la France insoumise est fixée au feu de circulation, tandis que les tracts distribués dénoncent « 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises par an ».

    « La dernière fois que j’étais là, c’était pendant les Gilets jaunes » se rappelle un participant, tracts à la main. À midi, le groupe se disperse.

    La perspective de la grève intersyndicale nationale du 18 septembre motivera peut-être les indécis à faire mieux.