Category: politique

  • [Entretien] Laurence Blisson, Syndicat de la magistrature : « Un phénomène systémique entretenu par le manque de moyens »

    [Entretien] Laurence Blisson, Syndicat de la magistrature : « Un phénomène systémique entretenu par le manque de moyens »

    La Marseillaise : Dans l’affaire Lyhanna, le président de la République et le garde des Sceaux excluent tout manque de moyens. Est-ce entendable ?

    Laurence Blisson : Il y a une émotion évidente vis-à-vis de la famille. De manière générale, pour tout magistrat, voir se produire ce type d’acte, ce n’est jamais quelque chose d’anodin. L’idée, ce n’est pas d’empêcher une discussion. Mais entendre le président de la République soutenir qu’il ne peut pas y avoir de question de moyens, c’est sidérant par rapport à l’état médiocre des moyens judiciaires et policiers qui sont dédiés aux questions de protection de l’enfance. C’est méprisant pour tous les enquêteurs, les magistrats qui, au quotidien, passent leur temps à essayer de prioriser pour, justement, éviter ce type de situation. Les signalements répétés sur ce sujet témoignent de l’insuffisance structurelle et endémique des moyens que ce soit dans le champ de la prévention ou des enquêtes. Il y a un problème systémique de traitement des violences sexuelles, le syndicat le dénonce depuis plusieurs années.

    À Marseille, huit procureurs, deux attachés de justice et un assistant de justice sont dans le pôle « mineur famille » du parquet qui traite des affaires dans lesquelles les mineurs sont auteurs ou victimes ainsi que des procédures d’assistance éducative – donc de toute la protection de l’enfance –, des affaires de violences intrafamiliales, qu’elles soient sur le conjoint ou sur les enfants, etc. En 2025, le nombre de procédures traitées sur la seule partie des violences intrafamiliales est de 4 093. Cela équivaut donc à 511 procédures par procureur dans l’année et ce n’est vraiment qu’une infime partie de leurs contentieux. Prétendre qu’il n’y aurait pas de question de moyens c’est scandaleux du point de vue de la responsabilité que le pouvoir politique se donne.

    Gérald Darmanin presse les procureurs généraux de « reprendre l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », environ 70 000, avant le 14 juillet. Est-ce possible ?

    L.B. : C’est difficile de comprendre exactement ce dont il parle. S’agit-il de procédures qui seraient déjà enregistrées dans les tribunaux et pour lesquelles une réponse pénale ne serait pas encore donnée ou de procédures qui sont dans les commissariats ? L’activité pénale va s’arrêter pour faire cet état des lieux ? Et une fois que c’est fait, concrètement, il va se passer quoi ? Les procureurs priorisent quotidiennement ce type de situation, en se demandant quelle enquête doit aller le plus vite. S’il n’y a pas d’enquêteurs supplémentaires dans les brigades des mineurs, qu’est-ce qui va se passer pour ces 70 000 procédures ? Il y a une dimension de communication politique derrière tout ça. Cette enquête elle est en cours. La période de deuil des parents et des proches de cet enfant a à peine commencé. Dans cette précipitation à vouloir chercher le fautif, on oublie que le coupable, c’est la personne qui a tué cet enfant. Il y a une impasse de la pensée. C’est assez désespérant de voir une grande partie de la classe politique s’engouffrer dans cette voie. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais réfléchir à ce qui peut dysfonctionner ou sur comment on peut faire les choses différemment. Mais je crois que là, il y a une ouverture vers toute une série de propositions démagogiques.

    Dans un communiqué, votre syndicat déplore la priorisation des « opérations de communication de type Place nette », au détriment du reste ?

    L.B. : En ce qui concerne le tribunal judiciaire de Marseille, il y a évidemment une focalisation importante sur la question du trafic de stupéfiants. Lorsque Gérald Darmanin dit « ma circulaire de janvier 2025 n’a pas été appliquée », il oublie de dire que dans ce document il y a deux lignes sur la priorisation sur les violences faites aux enfants et deux pages sur la lutte contre le narcotrafic. Le réel que vivent les magistrats et notamment ceux du parquet, c’est un empilement de circulaires qui empilent des priorités sur des priorités. Il y a peut-être un affichage d’un discours politique dans ce contexte-là, mais il n’y a pas de réel souci d’organiser les choses pour véritablement prendre en charge ce type de procédures. Dans la région, il y a énormément d’enquêtes. Les moyens policiers mis dans les brigades de protection de la famille, dans les brigades des mineurs sont insuffisants et, a fortiori, quand on est sur une telle priorisation presque obsessionnelle sur la question du trafic de stupéfiants. Les derniers débats à l’Assemblée nationale ont porté sur le rodéo urbain, sur toutes ces infractions de voie publique qui sont l’obsession politique habituelle. Donc aujourd’hui, chercher à faire porter sur la seule institution judiciaire et policière la responsabilité d’un phénomène systémique entretenu par ce manque de moyens, c’est vraiment malhonnête.

  • Villes taurines : Céret élue, Ménard désavoué

    Villes taurines : Céret élue, Ménard désavoué

    Dans le petit monde très codifié de la tauromachie, le coup de théâtre aura finalement accouché d’un vote sans tremblement. Lundi 2 juin, le conseil d’administration renouvelé de l’Union des villes taurines françaises (UVTF) a élu à l’unanimité la ville de Céret, représentée par son premier adjoint José Angulo, à la présidence de l’association pour un mandat de trois ans. La cité catalane succède ainsi à Dax et à son maire Julien Dubois, dont la présidence a été saluée par ses pairs, jusqu’à lui valoir le titre de président d’honneur par acclamations.

    Un passage de relais feutré, qui tranche avec les semaines précédentes. Car avant Céret, un autre nom occupait l’arène : Robert Ménard. Le maire de Béziers, un temps annoncé comme unique candidat, rêvait de prendre la tête de l’UVTF et d’y imprimer sa marque, entre posture de franc-tireur, dénonciation de « l’entre-soi » et volonté de « dépoussiérer » la communication taurine. Particularité assumée : l’élu disait défendre la corrida sans vraiment l’aimer, au nom de la « liberté culturelle » et de la « diversité », reconnaissant même que le taureau pouvait souffrir. Une position paradoxale, qu’il présentait comme un atout pour parler au-delà du cercle des aficionados. Mais le scénario s’est retourné. Le 22 mai, après une rencontre tendue avec André Viard, chargé de mission à l’UVTF et président de l’Observatoire national des cultures taurines, l’édile biterrois a retiré sa candidature dans un communiqué rageur, annonçant dans la foulée le départ de Béziers de l’Union.

    Une présidence

    sans coup de force

    Robert Ménard a voulu faire de son retrait un acte d’indépendance. « Je n’ai pas l’intention d’être une marionnette », a-t-il lancé, accusant certains responsables taurins de défendre leur « chasse gardée ». Mais derrière la sortie bravache, le dossier était moins glorieux. Selon l’UVTF, les statuts imposent que la ville candidate et les arènes soient à jour de leurs cotisations. Or, la société Betarra, gestionnaire des arènes de Béziers, traînait un contentieux financier. L’épisode révèle surtout les limites de la méthode Ménard : cliver, dramatiser, puis claquer la porte quand l’organisation ne suit pas. Face à une corrida déjà contestée, l’UVTF a préféré préserver son unité plutôt que s’offrir une présidence inflammable, qui transforme sa cause en tribune personnelle.

    Le nouveau conseil d’administration rassemble ainsi Arles, Bayonne, Béziers, Dax, Mont-de-Marsan, Nîmes et Vic-Fezensac parmi les membres permanents, ainsi que Céret, Eauze, Istres, La Brède, Lunel, Parentis, Saint-Martin-de-Crau et Saint-Sever. La présence de Béziers dans cette liste, malgré l’annonce de son retrait, dit aussi le flou d’une séquence où les communiqués ont parfois précédé les actes administratifs. Dans tous les cas, le paseo n’aura finalement pas eu lieu pour Robert Ménard.

  • À Fos-sur-Mer, une réunion du RN provoque une levée de boucliers

    À Fos-sur-Mer, une réunion du RN provoque une levée de boucliers

    C’est un post sur Facebook qui a alerté les forces progressistes. Franck Allisio, Emmanuel Fouquart et Emmanuel Taché, trois députés d’extrême droite du département des Bouches-du-Rhône, y annoncent la tenue d’une rencontre publique, vendredi 19 juin, au sein de la Maison de la mer et du sport.

    Une « salle communale très connue des Fosséennes et des Fosséens, transformée en lieu d’accueil d’une réunion diligentée par le RN », réagit le groupe municipal d’opposition Notre Fos. « Le prêt de la salle a été forcément validé par le maire ! Si le doute persistait encore chez certains, maintenant, nous avons la certitude que notre ville est dirigée par l’extrême droite. »

    Classé divers droite par la préfecture au moment du dépôt des listes, lors de la campagne municipale, Philippe Maurizot avait pourtant rejoint le label du RN « La Provence qu’on aime », portant sur des éléments programmatiques, et reçu le soutien de son délégué départemental, Franck Allisio.

    « Nous, élus et sympathisants de gauche, n’acceptons pas que Fos devienne le lieu de rendez-vous de l’extrême droite du département, voire de la région, écrivent les élus d’opposition, dans un communiqué. Nous refusons que le nom de notre ville soit associé au déclin de la démocratie de notre pays. » Ils appellent « tous les démocrates de Fos, de l’Ouest de l’étang de Berre et du département » à une grande marche populaire et citoyenne devant la Maison de la Mer, vendredi 19 juin, à 18h30.

  • À Carpentras, boycott et riposte citoyenne face au RN

    À Carpentras, boycott et riposte citoyenne face au RN

    En réaction à cette prise de pouvoir certains s’insurgent. Le passage au RN a poussé l’association des Passagers du Zinc à annuler les « Guinguettes de l’Auzon », petit festival qui rassemblait environ 2 500 personnes sur les berges du cours d’eau. Dans les colonnes de nos confrères de La Provence, la structure évoque une décision prise en cohérence avec son « positionnement au niveau national », car le Syndicat des musiques actuelles, auquel elle est adhérente, « se positionne clairement face aux risques de l’extrême droite ».

    Même constat du côté de la librairie indépendante Gulliver, qui a fermé ses portes en raison, en premier lieu, de difficultés financières. Mais le passage à l’extrême droite « a été la goutte d’eau » confie la gérante, Céline Allies. Elle se focalise désormais sur d’autres actions, toujours à Carpentras. « On a monté un collectif pour faire la bataille culturelle. Il faut que l’on garde une certaine solidarité », poursuit-elle.

    Au lendemain des élections, un collectif antifasciste s’est également formé en réaction : Carpentras Ventoux Antifascistes. « Que la ville où j’ai grandi passe au RN, c’est un choc très violent. On ne porte pas spécialement l’ancienne municipalité dans notre cœur, mais on voit déjà les répercussions, notamment culturelles », témoigne Axel*, membre de l’organisation. « Ils veulent faire de Carpentras la nouvelle Orange. On souhaite simplement dénoncer toutes les actions problématiques », explique à ses côtés Mathieu*, un autre membre. Avec une dizaine d’autres personnes, ils s’organisent pour « dénoncer ce que l’extrême droite est réellement ».

  • [Maj] Avec 61,38% des voix le texte « Un communisme de conquêtes » devient la base commune du congrès du PCF

    [Maj] Avec 61,38% des voix le texte « Un communisme de conquêtes » devient la base commune du congrès du PCF

    37 286 communistes à jour de leurs cotisations et adhérents depuis plus de trois mois étaient appelés à voter pour choisir la base commune de discussion pour le 40e Congrès parmi les quatre textes proposés.

    24 608 électrices et électeurs ont voté, soit 66% des inscrits. 481 bulletins blancs ou nuls et 24 127 suffrages exprimés, soit 98,05%, ont été recensés

    «Un communisme de conquêtes», le texte du Conseil national a obtenu 14 810 suffrages, soit 61,38 % des exprimés.

    Les textes alternatifs ont respectivement obtenu :

    «Pour battre l’extrême droite et ouvrir l’espoir. Communistes à l’offensive», 6 117 voix soit 25,35 %;

    «Stratégie communiste. La lutte des classes comme boussole, le socialisme comme programme», 1 833 voix, soit 7,60% ;

    «Résister et construire, une nouvelle page du communisme», 1 367 voix, soit 5,67 %.

    Dans notre région, les résultats sont :

    Bouches-du-Rhône inscrits 2 396, votants 1 390, participation 58,01% « Un communisme de conquêtes » 1 019, 74,06% « Communistes à l’offensive » 247, 17,95%, « Stratégie communiste » 57, 4,14%, « Résister et construire » 53, 3,85%.

    Var inscrits 409, votants 271, participation 66,26% « Un communisme de conquêtes » 127, 48,11%, « Communistes à l’offensive », 27, 10,23%, « Stratégie communiste », 14, 5,30%, « Résister et construire » 96, 36,36%.

    Vaucluse inscrits 344, votants 207, participation 60,17%, « Un communisme de conquêtes » 140, 68,63%, « Communistes à l’offensive » 35, 17,16%, « Stratégie communiste » 12, 5,88%, « Résister et construire » 17, 8,33%.

    Alpes-de-Haute-Provence inscrits 205, votants 132, participation, 64,39%, « Un communisme de conquêtes » 84, 63,64% « Communistes à l’offensive » 33, 25%, « Stratégie communiste » 9, 6,82%, « Résister et construire » 6, 4,55%.

    Hautes-Alpes inscrits 112, votants 66, participation 58,93%, « Un communisme de conquêtes » 54, 84,38%, « Communistes à l’offensive » 8, 12,50%, « Stratégie communiste » 1, 1,56 %, « Résister et construire » 1, 1,56%.

    Gard votants 845, inscrits 650, participation 76,92%, « Un communisme de conquêtes » 346, 54,32%, « Communistes à l’offensive » 219, 34,38%, « Stratégie communiste » 66, 10,36%, « Résister et construire » 6, 0,94%.

    Hérault inscrits 654, votants 610, participation 93,27% « Un communisme de conquêtes » 375, 62,09%, « Communistes à l’offensive » 185, 30,63%, « Stratégie communiste » 31, 5,13%, « Résister et construire » 13, 2,15%.

  • [Entretien] Léon Deffontaines, PCF : « Les communistes souhaitent un parti qui joue un rôle de 1er plan »

    [Entretien] Léon Deffontaines, PCF : « Les communistes souhaitent un parti qui joue un rôle de 1er plan »

    La Marseillaise : Quelle est votre réaction après le choix du projet de base commune par les communistes ?

    Léon Deffontaines : Je me félicite de la mobilisation des communistes. C’est quand même assez exceptionnel, dans le contexte politique national, de réussir à avoir une telle vitalité démocratique. Je salue les dizaines de milliers de communistes qui se sont mobilisés, tout le long du week-end, pour choisir la base commune de discussion qui sera soumise aux congrès de section. J’observe que les communistes souhaitent poursuivre ce qui a été engagé par Fabien Roussel depuis 2018, notamment la réaffirmation d’un Parti communiste français qui soit un parti de premier plan sur la scène politique nationale et qui entend jouer un rôle de plus en plus important. C’est, je crois, très enthousiasmant et très intéressant. Cela vient conforter la stratégie et les orientations politiques entreprises ces dernières années. Maintenant, il incombe à la direction nationale de rassembler l’ensemble des communistes sur le texte majoritaire « Un communisme de conquête », qui est désormais la base commune de discussion pour que chaque sensibilité, mais surtout chaque adhérent, en prise avec les réalités militantes, puisse s’approprier le texte, débattre, et l’amender pour l’enrichir. C’est une nouvelle étape dans la perspective d’avoir un candidat communiste à l’élection présidentielle, en l’occurrence Fabien Roussel, et c’est une très bonne chose.

    Outre la question de la présidentielle, quelles sont, à grands traits, les orientations de la base commune de discussion ?

    L.D. : Elle propose un parti résolument tourné vers le monde du travail. Je pense que la préoccupation que chaque communiste a, c’est de savoir comment on est capable de faire reculer l’extrême droite et de permettre à la gauche de l’emporter. Cette question est centrale. Si on veut faire reculer l’extrême droite, il faut un Parti communiste, fort, présent, tourné vers le monde du travail qui, année après année, s’est détourné de la politique en général, de la gauche en particulier, voire même qui est tombé dans un vote Rassemblement national. Ce qu’exprime le vote des communistes, c’est que si on veut reconquérir cette base sociale, il faut un PCF tourné vers les travailleuses et les travailleurs, capables d’aller aux portes des entreprises, dans les entreprises elles-mêmes, pour discuter et démontrer que le RN n’est pas la solution et qu’un parti existe, à gauche, qui parle d’eux et défend leurs intérêts. C’est toute l’ambition de la base commune adoptée par les communistes ce dimanche.

    La spécificité du fonctionnement du PCF, c’est que le texte majoritaire devient la base de discussion de l’ensemble des adhérents. Fabien Roussel avait exprimé des inquiétudes avant le vote à propos de pressions extérieures. Comment, désormais, réunir l’ensemble des communistes sur ce texte ?

    L.D. : Dans l’histoire du PCF, depuis les années 2000 où on a des textes alternatifs qui peuvent être déposés dans nos processus de congrès, rares ont été les textes choisis à une aussi large majorité. Il y a eu un débat parfois houleux sur les réseaux sociaux, mais ce qui transparaît sur ces plateformes est assez éloigné de la réalité du parti. Il y a eu aussi une certaine forme d’ingérence de la part d’autres formations politique, notamment de la France insoumise, qui n’ont pas obtenu gain de cause. Cela démontre que le Parti communiste français n’est pas un parti qui se laisse influencer par d’autres formations. Je crois que cela démontre la vitalité démocratique, la force et la conviction des militants communiste dans la période. Aujourd’hui, j’invite celles et ceux qui ont pu s’exprimer parfois de manière virulente sur les réseaux sociaux, à construire collectivement le Parti communiste qu’on souhaite et donc à s’inscrire pleinement dans les congrès locaux, départementaux et enfin dans le congrès national qui aura lieu à Lille, les 3, 4 et 5 juillet. Près des deux tiers des communistes ont souhaité se rassembler sur ce projet de base commune, et les messages que l’on reçoit ce dimanche, de la part de soutiens des autres textes, montrent que ces camarades ont le souhait de s’investir aussi dans le processus de congrès.

    Propos recueillis par L.P.

  • Les combats et acquis de 1936 au cœur de la fête populaire du PCF

    Les combats et acquis de 1936 au cœur de la fête populaire du PCF

    C’est sous un doux soleil de juin, dans l’accueillant parc du Grand Pavois, que s’est déroulée, dimanche, la fête populaire de la section du Parti communiste de Septèmes-les-Vallons. Au cœur des débats cette année : la commémoration des 90 ans du Front populaire, de ses origines et de ses acquis.

    « Si c’est un panthéon de l’histoire des gauches et de l’histoire en général, il s’agit d’un événement en trois dimensions, à commencer par une originale union des gauches, qui était loin d’être gagnée en 1934, et un puissant mouvement social sans précédent », a rappelé Gérard Leidet, coprésident de l’association Provence mémoire et monde ouvrier, en ouverture d’une conférence organisée entre 10h et 12h. Jean Domenichino, historien, ancien maître de conférences à l’université Aix-Marseille et auteur de plusieurs ouvrages sur 1936, a ajouté : « Le Front populaire est une réponse à deux crises : la crise économique de 1929 et une crise politique due à la multiplication de forces qui se réclament du fascisme. » Car dans les années 1930, alors que le congrès de Tours a acté, en 1920, la naissance de la SFIC (futur Parti communiste français), issue de la scission de la SFIO (ancêtre du Parti socialiste), l’heure n’est, au départ, pas vraiment à l’union. Les mêmes oppositions se retrouvent chez les syndicalistes, entre CGT et CGTU. C’est finalement en réaction à la manifestation d’extrême droite du 6 février 1934, qui tourne à l’émeute, que naîtront les prémisses d’une volonté d’unité à gauche, laquelle aboutira in fine, la création de la coalition du Front populaire.

    Porté par une vague de grèves et d’occupations d’usines, le Front populaire a permis des avancées sociales majeures, dont la reconnaissance des libertés syndicales, l’instauration de deux semaines de congés payés et de la semaine de 40 heures. « L’histoire nous rappelle que nous devons porter, dans nos combats d’aujourd’hui, cette conscience de classe du monde ouvrier », a souligné en clôture Nadia Putzolu, secrétaire de la section PCF de Septèmes.

  • À peine installée, l’extrême droite affiche clairement ses idées

    À peine installée, l’extrême droite affiche clairement ses idées

    Au soir du 22 mars, le député Hervé de Lépinau (RN) levait triomphalement les bras après sa large victoire aux élections municipales à Carpentras, faisant de lui le premier maire d’extrême droite de la capitale du Comtat Venaissin. Un peu plus de deux mois plus tard, les premières mesures et communications de la municipalité laissent entrevoir la politique qu’elle souhaite mener.

    Ce vendredi 5 juin, lors du conseil municipal de Carpentras, a été votée la baisse des subventions à plusieurs structures. « Cela représente, par exemple, -31% pour la culture et -21% pour le social et la santé », pointe l’élu d’opposition et ex-maire, Francis Adolphe (DVG), dont l’arrêt total des aides au Planning familial. « C’est une association d’utilité publique, sans idéologie et apartisane. Remettre en cause son financement, c’est fragiliser un service de proximité essentiel alors que les besoins sont bien réels », regrette Patrick Botella Mondet, élu du groupe d’opposition « Ensemble, fiers de Carpentras ». Il s’interroge notamment sur la motivation de cette décision, se demandant si elle est « est idéologique ou relève d’une vision morale » et appelle « à ce que les décisions soient motivées par l’intérêt général et non pas par des convictions ».

    Ce à quoi Hervé de Lépinau rétorque que « la loi indique que les collectivités ne peuvent subventionner que les associations apolitiques » et que le « Planning familial n’arrête pas de taper sur le Rassemblement national à chaque élection ». Avant de se lancer dans une tirade d’un autre temps, estimant que la structure « n’est pas là pour pourrir davantage le cerveau » des adolescents « pour aggraver cette question de l’identification de leur identité ». Une référence à une affiche du Planning familial, datant de 2022, présentant un couple au sein duquel un homme transgenre attend un enfant.

    Tags de la discorde

    L’une des premières décisions de l’édile a notamment été de supprimer la régie agricole de la ville, dès le 1er juin. Celle-ci permettait de cultiver des fruits et légumes bios sur un terrain situé à Monteux, ensuite utilisés pour les cantines scolaires. « Une décision désastreuse » pour Olivier Ceyte, adjoint à l’agriculture sous la mandature de Serge Andrieu (DVG), battu dans les urnes en mars dernier. « Cette régie n’est pas un gadget, c’est un outil concret au service de l’alimentation des enfants. C’est une décision purement politique, guidée par la seule volonté de dynamiter tout ce que l’ancienne municipalité avait mis en place », poursuit l’ex-élu.

    Si la polémique liée au chant pétainiste diffusé lors des commémorations du 8-Mai a marqué les esprits, ces dernières semaines, cette affaire relevait finalement d’une erreur de la radio locale RTV FM, qui avait diffusé une playlist dont elle n’avait pas correctement vérifié le contenu.

    En attendant, d’autres décisions transpirent l’idéologie du parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella. Par exemple, le drapeau européen a été retiré du rond-point de l’Amitié, à Carpentras, « afin de préserver ce lieu symbolique dédié aux jumelages de la ville », assure la mairie. En lieu et place, un drapeau du Comtat Venaissin et l’emblème du Saint Mors, relique religieuse conservée dans la cathédrale Saint-Siffrein.

    Ou encore certaines communications du maire-député lui-même. Comme lorsqu’il assure, le 15 mai dernier sur Facebook, que « l’extrême gauche s’amuse à salir Carpentras » en postant un mur recouvert d’affiches de résistants et du message « zone antifa ». Ce que le maire ne précise pas, c’est que ces affiches en papier recouvrent un tag de l’Active Club, une mouvance violente, masculiniste et suprémaciste, avec l’inscription « Zone faf » (acronyme de « France aux Français ») accompagnée d’une croix celtique, symbole de l’ultra-droite. D’autres tags de cette organisation sont visibles à travers la ville.

    Sans oublier ceux retrouvés, le 21 avril sur les locaux du PCF. « Doit-on voir dans cette soudaine libération de la parole fasciste à Carpentras, alors que jusqu’ici notre local n’avait jamais subi aucune dégradation ni agression de ce type, un lien avec l’élection d’une municipalité à la tête du RN ? », s’interrogeait la section locale après ces dégradations.

  • L’édition 2026 de la fête de Lézan annulée

    L’édition 2026 de la fête de Lézan annulée

    Après une édition 2024 record qui s’est déroulée en pleine campagne législative, la fête effrontée de Lézan avait été contrainte de réduire la voilure l’an dernier après le saccage des installations électriques. Cette année, le Parti communiste est obligé d’annuler l’événement à cause de contraintes organisationnelles. « Ce n’est pas de gaieté de cœur, je suis même triste d’avoir dû prendre cette décision », prévient Muriel Blachère, co-secrétaire du PCF dans le Gard en charge de l’organisation de la manifestation.

    Rebond en 2027

    « Entre les élections municipales qui ont demandé beaucoup d’énergie aux militants, les réunions en vue du congrès (du 3 au 5 juillet) qui demandent du temps, et des militants qui partent en vacances, on ne pouvait pas organiser la fête cette année », explique Muriel Blachère. Habituellement organisée fin juin, la fête avait en effet été décalée au 11 juillet pour tenter justement de s’adapter au calendrier. « On a pris cette décision très tardivement pour essayer de trouver une solution. On a reculé au maximum pour voir les possibilités, mais ce n’était pas possible. » Toutes les places réservées sur la plateforme HelloAsso seront remboursées.

    La fête effrontée devrait donc naturellement revenir l’an prochain. Face au vandalisme du transformateur électrique en 2025, le PCF a opté sur la location de deux groupes électrogènes pour la scène et la guinguette afin d’assurer la fête en 2027. « On voulait faire un grand événement cette année avec l’élection de Vincent (Bouget). Mais on reviendra l’année prochaine en espérant qu’il n’y aura pas le RN au pouvoir. Dans tous les cas, elle aura un sens important. Elle sera soit belle et rebelle, soit joyeuse pour fêter la défaite du RN », prévient Muriel Blachère. T.A.

  • La droite héraultaise aussi en proie aux divisions

    La droite héraultaise aussi en proie aux divisions

    Vu le nombre d’élus municipaux qu’elle compte, la droite héraultaise est en droit d’espérer obtenir un second siège de sénateur. Et pourtant, la mission ne s’annonce pas simple.

    À l’instar de la gauche, la droite pourrait partir divisée dans l’Hérault. Le sénateur sortant Jean-Pierre Grand n’a jamais caché son souhait de continuer à siéger au Palais du Luxembourg qui compte, paraît-il, le meilleur restaurant de Paris. L’ancien maire de Castelnau-le-Lez a même déjà l’investiture du parti d’Édouard Philippe, Horizons.

    Affaire réglée ? Pas du tout. Puisque contre toute attente, un autre élu Horizons revendique lui aussi l’étiquette. Il s’agit du maire de Saint-Georges d’Orques, Jean-François Audrin, qui n’est autre que… le délégué départemental d’Horizons dans l’Hérault ! Chez les troupes du maire du Havre aspirant à l’Élysée, on marche donc sur des œufs. J.-F. Audrin finira-t-il par rentrer dans le rang d’une manière ou d’une autre sachant que la 3e place qui pourrait lui être attribuée derrière J.-P. Grand ne sera pas éligible ? Ou bien J.-F. Audrin montera-t-il sa propre liste sous peine d’être exclu ? Suspense.

    LR et RN en réflexion

    Pendant ce temps, Joseph Francis avance. Après avoir échoué de peu en 2020 (5e avec 9,45%, 234 voix), l’entrepreneur montpelliérain s’est déclaré… cette fois sans le soutien de l’UDI. « Je dévoilerai ma liste fin juin. J’aurai des maires avec moi. Je m’occupe d’eux, pas des candidats ni des partis politiques », précise Joseph Francis qui a l’air vacciné des étiquettes. « Ils font de la tambouille. Il y en a marre de la politique d’hier, des calculs. Les maires sont dans une détresse totale, ils ont besoin qu’on s’occupe d’eux », charme le chef d’entreprise qui dit rencontrer entre deux et douze maires par jour.

    Du côté des Républicains, on est encore au stade de la réflexion et des discussions en coulisses. « Pour l’instant, il n’y a pas de liste LR, on va voir », glisse le secrétaire héraultais Arnaud Julien, dans l’expectative. En charge des sénatoriales, le maire de la Grande-Motte, Stéphan Rossignol, n’a pu être joint pour nous en dire davantage.

    Quant à l’extrême droite, elle n’a pas davantage communiqué. Si à Béziers Robert Ménard ne semble pas intéressé pour peser dans ce scrutin, nul doute que, comme en 2020 (8e avec 4,76% soit 118 voix), le RN présentera une liste dans l’Hérault. Selon les premiers bruits, elle pourrait être menée par l’ancien candidat RN aux régionales 2021, Jean-Paul Garraud. Étonnant puisqu’il est déjà député européen. Ou bien par Sébastien Pacull, qui a pourtant raté son pari aux Municipales à Sète. À ce stade, rien n’est donc acté.