Category: edito

  • Un avenir à bâtir

    Un avenir à bâtir

    Sébastien Lecornu a dévoilé un projet de loi destiné à atteindre l’objectif de construction de 2 millions de logements d’ici 2030, soit « 100 000 de plus par an que ce qui est construit aujourd’hui », en additionnant des incitations et des simplifications de procédure. Le Premier ministre a annoncé également une troisième vague de rénovation urbaine jusqu’en 2040.

    C’est une bonne nouvelle et pour tout dire une décision qui s’impose au regard de l’état du secteur du logement dans tout le pays.

    Que l’hôte de Matignon choisisse Marseille pour faire ces annonces n’est pas anodin. Ici, la crise du logement – ou plutôt ceux qui en profitent – a des morts sur la conscience.

    Paradoxe

    On ne le répétera jamais assez. Non, ce n’est pas la pluie qui a tué rue d’Aubagne. C’est la rapacité des uns et la complicité des autres.

    Oui, il y a besoin de construire, de rénover, d’isoler les logements massivement ici et dans toute la France.

    C’est un paradoxe : cette ambition est très difficilement compatible avec la politique d’austérité que le Premier ministre mène.

    Elle pourrait même être à la source d’un changement de politique profond en constituant le cœur d’un plan de relance fondé sur la réponse aux besoins humains et la transition écologique.

    Même contradiction sur l’avenir de la Métropole Aix-Marseille Provence : le développement impératif des transports exige des moyens que l’État rechigne à aligner.

    Et pourtant, l’argent existe à condition de vouloir le trouver lorsqu’on a un avenir à bâtir. La France est championne d’Europe du versement des dividendes.

  • Faire de la France une puissance de paix

    Faire de la France une puissance de paix

    Sommes-nous déjà dans un monde où la loi du plus fort a repris le dessus sur tous les garde-fous issus
    de la Seconde Guerre mondiale ? Organisation
    des Nations unies, multilatéralisme, diplomatie, Déclaration universelle des Droits de l’Homme, liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, droit international… Tous ces cadres et ces principes n’ont jamais, il est vrai, éliminé les rapports de force, les interventions impérialistes et les conflits armés mais ils avaient considérablement « civilisé » notre monde à la sortie de la grande barbarie que fut le nazisme.

    Depuis l’effondrement de l’Union soviétique et la domination sans partage du modèle libéral, ses partisans nous avait décrit une « fin de l’Histoire » dans une forme de prospérité généralisée et pacifique fondée sur le libre-échange et le ruissellement des richesses du haut vers le bas de la société…

    Enjeu de 2027

    Le mirage s’est depuis longtemps dissipé notamment parmi les classes populaires des pays désindustrialisés et l’avènement du trumpisme aux États-Unis a tout bousculé. Affirmant sans fard ses ambitions dans le contrôle des ressources et des territoires, le président étasunien s’en est tour à tour pris au Venezuela puis à l’Iran tout en ayant menacé le Groenland et Cuba, en dépit de toutes les règles internationales, ivre de sa puissance militaire.

    Dans ce monde nouveau et dangereux, la France cherche sa place. Elle doit être une puissance de paix.

    Si vis pacem para bellum « si tu veux la paix, prépare la guerre » dit la célèbre locution latine. Si tu veux la paix, prépare ta défense,
    oui sans nul doute. Mais surtout si tu veux la paix… prépare la paix !

    La France, avec son histoire et son réseau diplomatique, ses moyens de défense, doit se mettre au service de la construction d’une paix mondiale durable qui ne peut être fondée que sur la justice, le respect et la prospérité partagée.

    Ce ne sera pas le moindre des enjeux de la présidentielle de 2027.

  • Arménie, garder la mémoire vive !

    Arménie, garder la mémoire vive !

    Nous devrions tous clamer « nous sommes tous des Arméniens ! ». Peuple martyrisé, peuple génocidé, mais peuple qui a su survivre et transmettre, se relever, s’installer dans le monde, bâtir un pays, l’Arménie, et qui continue de se battre pour préserver l’intégrité de cette nation, cœur battant d’une culture, d’une langue.
    La commémoration du début du génocide arménien, le 24 avril 1915, doit rester un grand événement. Tout d’abord en mémoire des près de deux millions de victimes et, ensuite, parce que ce crime contre l’humanité n’a toujours pas été reconnu par le pays qui l’a perpétré, la Turquie. Un déni, un effacement qui tue une nouvelle fois les Arméniens. C’est aussi parce que l’Arménie se bat dans la quasi-indifférence générale de la communauté internationale pour préserver l’intégrité de son territoire.

    Nettoyage ethnique au Haut-Karabagh

    Les guerres menées dans le Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan contre la République d’Artsakh ont été meurtrières, poussant à l’exil quelque 140 000 Arméniens. Ce fut un véritable « nettoyage ethnique » mené un siècle après le génocide de 1915, preuve que le ventre de la bête est toujours fécond. Preuve, aussi, que l’indifférence tue puisque peu se sont émus de ce bégaiement de l’Histoire. Hier et aujourd’hui sont indissociables et on ne peut se recueillir en mémoire des Arméniens de 1915 sans être solidaires des Arméniens des années 2020. Les nombreuses cérémonies et manifestations se déroulant ces prochains jours, dans notre région, portent la mémoire vive de nos sœurs et frères arméniens.

  • Rouleau compresseur

    Rouleau compresseur

    Le modus operandi est éprouvé. Ce fut le cas pour I-Télé, devenue CNews, puis pour Le Journal du Dimanche. Vincent Bolloré, le milliardaire qui ne cache pas ses accointances avec l’extrême droite, achète une chaîne de télévision ou un journal. Il engage
    le rapport de force avec celles et ceux qui les font vivre. Objectif : en pousser le maximum vers la sortie, vider ces médias de leur substance, pour finalement y injecter l’idéologie d’extrême droite qui sied au propriétaire.

    C’est la même histoire qui est en train de s’écrire chez Grasset. L’éviction d’Olivier Nora, pour des motifs qui semblent relever de prétextes, a provoqué le départ de 170 auteurs
    de la maison d’édition, révulsés par la méthode, mais aussi par le projet politique de Vincent Bolloré.

    Bataille culturelle

    Il leur a répondu dans les colonnes du JDD avec mépris en les traitant de « petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient » et avec morgue en affirmant que « Grasset continuera et ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés, promus, reconnus et appréciés ».

    Un message relayé en boucle sur CNews et Europe 1 ce lundi. Comprendre : le rouleau compresseur Bolloré continuera à avancer tant qu’il ne rencontrera pas un obstacle sérieux.

    À ce titre, les conclusions des états généraux de l’information convoqués après l’affaire JDD mériteraient d’être enfin mises à l’ordre du jour du Parlement.

    En attendant, les progressistes feraient bien de se poser la question centrale de la bataille culturelle. Et des moyens de la gagner.

  • Le pire mais aussi le meilleur

    Le pire mais aussi le meilleur

    L’intelligence artificielle est là. Dès aujourd’hui, et il n’y a aucun déni à faire ou à entretenir sur la portée potentiellement dramatique de cette irruption dans les différents secteurs et domaines d’activité, lorsque « 5 millions d’emplois en France » sont potentiellement menacés par son avènement dans les cinq prochaines années, comme le stipule le rapport publié par Coface et l’Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM). Une nouvelle phase d’automatisation des tâches est devant nous, pour des métiers jusque là considérés comme « protégés » : ingénieurs, juristes, administratif, métiers créatifs…

    L’intelligence collective

    Mais cette technologie est aussi ce que l’on en fait, comme l’ont démontré ces intervenants lors des rencontres régionales autour de l’IA et la Santé. Il n’est pas tant question de « remplacer » des médecins ou les personnels soignants par des robots mais d’aider à une meilleure prise en charge personnalisée, à gérer des situations d’urgence ou d’accompagner au mieux les patients. Bref, de sauver des vies. C’est là toute l’ambivalence de cette nouvelle technologie aux applications innombrables. Et d’un choix de société : laisser faire les grands groupes privés, qui s’efforceront de développer des IA pour améliorer le rendement boursier de leurs entreprises, ou miser sur l’intelligence collective, la force des services publics et de l’intérêt général, pour développer des outils à destination de tous, pour répondre à des besoins vitaux ? Des logiques diamétralement opposées. Du pire au meilleur.

  • À l’ordre du jour

    À l’ordre du jour

    Quatre-vingt-trois ans après l’horreur, les descendants de déportés marseillais, raflés le 24 janvier 1943 dans le quartier Saint-Jean, font un voyage essentiel en Allemagne, au camp de Sachsenhausen où ce dimanche une plaque commémorative sera dévoilée. Des mots gravés, en français et en allemand pour révéler ce qui fut la plus grande rafle jamais perpétrée par les nazis main dans la main avec l’État français collaborationniste, quelques mois seulement après la rafle du Vélodrome d’Hiver à Paris. Sur les 250 Marseillais déportés, une centaine ne reviendra pas.

    Ce crime contre l’humanité perpétrée à Marseille fut longtemps occulté. Le travail de mémoire et historique est désormais à l’œuvre. Ce voyage des descendants, en est une étape majeure.

    Mise en lumière

    Cette mise en lumière de l’inimaginable – la rafle de 20 000 habitants – et la destruction de tout un quartier, dynamité par l’armée allemande, est nécessaire car en 2026, l’extrême droite progresse et mise sur l’amnésie. Or ceux qui ont perpétré ces crimes n’étaient pas des fous : leur idéologie, raciste et antisémite, comportait le goût du pouvoir et de la prédation. Les nazis se sont joués des conservateurs dans les années 1930. Le patronat allemand, comme le révèle l’écrivain Édouard Vuillard dans son texte aussi fulgurant que fondamental, L’ordre du jour, a choisi Hitler y voyant une source de profits y compris en utilisant les déportés comme esclaves, jusqu’à la mort. Cette collusion droite-extrême droite-patronat n’est pas derrière nous. Pour prévenir le pire, sachons lire notre Histoire, les yeux grands ouverts.

  • Pour que la peur change de camp

    Pour que la peur change de camp

    Difficile à le croire mais la haine homophobe dans notre région continue de s’abattre sur des femmes et des hommes qui n’ont rien demandé d’autre que de vivre leur vie comme elles et ils l’entendent.

    Le procès des guets-apens d’Avignon et de Vedène en est la triste illustration. Trois jeunes, manifestement bas du front, peut-être pas très au clair avec leur propre sexualité pour polariser autant de violence sur les gays, imprégnés des préjugés les plus rétrogrades, ont ainsi tendu des pièges à des homosexuels pour les passer à tabac.

    Les voilà condamnés par la justice. C’est un signal envoyé à toute la société mais aussi un encouragement aux victimes à porter plainte.

    Chasse aux homosexuels

    Trop longtemps, celles et ceux qui ont été pris pour cible par la haine des personnes LGBT+ sont restés silencieux. Par peur du scandale, du regard des autres, de l’accueil de la police ou même de représailles de la part des auteurs de violences.

    La situation évolue et c’est tant mieux. Il est temps, comme pour les violences racistes, antisémites, sexistes et sexuelles, que la peur change de camp.

    C’est une avancée fondamentale dans un monde encore largement dominé par les législations rétrogrades, les intégrismes religieux et les archaïsmes patriarcaux.

    Un monde où la chasse aux homosexuels est récemment entrée dans la loi au Sénégal.

    Une barbarie contemporaine qui ne mérite aucun relativisme, aucun silence gêné, aucun regard fuyant.

    Les LGBT+ sénégalais, elles et eux, méritent en revanche notre solidarité pleine et entière.

  • Les profiteurs de guerre

    Les profiteurs de guerre

    La guerre, meurtrière pour les peuples, est toujours une très bonne affaire pour le capitalisme. C’est pour cela qu’il la fait. Celle déclenchée au Moyen-Orient par les États-Unis de Donald Trump et Israël – dirigé par le gouvernement suprémaciste de Benjamin Netanyahu – a coupé les routes maritimes du pétrole. Résultat, depuis le 28 février, les prix flambent et les multinationales de l’or noir font des profits records. Selon une étude commandée par Greenpeace et relayée par l’association Attac, les compagnies pétrolières réalisent plus de 80 millions d’euros de profits supplémentaires par jour depuis le début de la guerre. Pour le seul mois de mars, ces superprofits représenteraient environ 2,5 milliards d’euros.

    Justice fiscale

    Outre la nécessité de se dégager d’une dépendance mortifère aux énergies fossiles, l’urgence est de faire payer ceux qui s’enrichissent de manière indécente alors que les citoyens peinent à payer leurs factures. Contrairement aux affirmations du bloc central (minoritaire) qui gouverne la France, bloquer les prix, taxer les compagnies est possible et absolument souhaitable. Celles et ceux qui participent à la vie de la cité, des aides à domicile en passant par les artisans, les agriculteurs, les pêcheurs, les enseignants, les infirmières etc. Bref toutes celles et ceux qui font tourner le pays et assurent la concorde sociale, sont aujourd’hui en grande difficulté tandis qu’une poignée d’actionnaires se gavent. La collecte de l’impôt débute et il est temps d’instaurer la justice fiscale.

  • Un anti-Trump en soutane

    Un anti-Trump en soutane

    Le déplacement de Léon XIV en Algérie est historique à plus d’un titre.

    D’abord parce qu’il est la première visite papale sur cette terre en deux millénaires d’existence de l’Église. Ensuite parce qu’il a lieu dans un moment où les tensions sont vives entre les deux rives de la Méditerranée près de 65 ans après l’indépendance de l’Algérie. Enfin parce qu’il intervient pendant que le monde est déchiré par des conflits attisés notamment par l’administration Trump.

    Léon XIV délivre à cette occasion un message de paix dans une volonté de dialogue interreligieux à l’opposé des partisans du « choc des civilisations » pour maquiller leurs menées impérialistes motivées exclusivement par la recherche de profit et le contrôle des ressources.

    Un écho à la visite du pape François à Marseille

    C’est donc également un message politique. D’autant plus fort, que le souverain pontife est lui-même originaire des États-Unis et qu’il s’est attiré les foudres du président américain et de son entourage. Un anti-Trump en soutane en somme.

    Une position importante en pleine guerre au Moyen-Orient.

    Cette démarche résonne particulièrement dans le sud de la France où elle fait écho à la visite du pape François à Marseille notamment sur les enjeux des migrations.

    Elle réveille chez ceux qui croient au ciel, et chez ceux qui n’y croient pas, l’ambition d’un monde de paix.

    Au-delà des gouvernements, les sociétés civiles en Algérie comme en France aspirent à l’apaisement des tensions et à l’ouverture d’une page d’amitié entre nos peuples.

  • Bien plus qu’un symbole

    Bien plus qu’un symbole

    Le 1er-Mai est et restera férié, chômé et payé ! Le gouvernement a renoncé ce lundi à passer en force pour déposséder les travailleurs et les travailleurs de ce jour gagné par la lutte.

    C’est un échec pour la coalition cynique qui a regroupé macronistes, LR et RN lors d’un drôle de vote vendredi dernier. Une manœuvre procédurale pour tenter de faire adopter un texte de la droite sénatoriale sans passer par le vote de l’Assemblée nationale.

    Pour celles et ceux qui en doutaient, c’est une nouvelle preuve que le RN est un adversaire du monde du travail et que malgré son discours prétendument social, il est bien extrêmement… à droite.

    Reprendre
    la main et tout
    le reste !

    Le gouvernement, minoritaire, fragilisé, menacé de censure par le groupe communiste, a fini par céder devant les protestations unanimes des syndicats.

    Gabriel Attal et le parti présidentiel en sont pour leur frais. Ils étaient allés jusqu’à lancer une pétition pour « soutenir nos boulangers et nos fleuristes ». Rappelons que les patrons qui le souhaitent peuvent travailler le 1er-Mai, l’objet de la démarche était donc plutôt de les soutenir dans leur volonté d’imposer le travail à leurs salariés.

    Le 1er-Mai est plus qu’un symbole, il est l’héritage du mouvement ouvrier international et un jour d’expression des revendications du monde du travail d’aujourd’hui.

    C’est un bien commun.

    La reculade du gouvernement, elle aussi est plus qu’un symbole. Elle démontre l’état du rapport de force. Après des années de passages en force et de mépris, les forces de droite et le patronat hésitent. Raison de plus pour reprendre la main, et tout le reste !