Category: edito

  • Le renouveau industriel… carbonisé ?

    Le renouveau industriel… carbonisé ?

    Ce devait être la figure de proue de la transition écologique et du renouveau industriel en Europe. Un projet gigantesque d’usine de panneaux solaires made in France implanté dans notre région, à Fos-sur-Mer, créateur de plusieurs milliers de nouveaux emplois. Mais voilà, le projet est abandonné et la société Carbon qui le portait pointe l’incapacité de l’Union européenne à mener une politique fondée sur la défense de la souveraineté industrielle.

    Si l’abandon du projet est un véritable coup de massue pour le territoire, difficile en revanche de tomber de la chaise s’agissant des critiques adressées à l’Union européenne.

    Depuis sa création, elle n’a pas de politique industrielle, mais une politique de désindustrialisation. Sa feuille de route, fondée sur le dogme de la concurrence, du libre-échange du moins-disant social et environnemental, a conduit à des délocalisations massives à l’intérieur de l’Union européenne, puis au-delà.

    Entêtement libéral européen

    Aujourd’hui, alors que l’impératif climatique exige une réindustrialisation décarbonée et que la transition écologique nécessite de repenser complètement notre façon de produire, cet entêtement libéral européen est une impasse.

    Pour répondre aux besoins humains tout en relevant les défis écologiques, il faut un État qui prenne la main, trace des perspectives, protège son industrie et ses productions locales. Il faut aussi des pouvoirs d’intervention des travailleurs qui sont les premiers à souhaiter produire utile et durable.

    Le capitalisme vert est plus qu’un mirage, c’est un oxymore.

  • Peu à peu, l’étang reprend vie

    Peu à peu, l’étang reprend vie

    Les bonnes nouvelles sont rares, mais la restauration écologique progressive de
    l’étang de Berre en est une. En seulement deux ans, 750 m² du fond de l’étang ont été recolonisés par des herbiers de zostères, une plante aquatique protégée à l’instar de la posidonie en Méditerranée.

    Une vraie réussite à partir des 8 m² transplantés par la main de l’Homme.

    Ces herbiers de zostères sont essentiels pour la biodiversité. Le Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre les qualifie même de « véritables poumons de la lagune : refuge pour les poissons, lieu de reproduction et zone d’alimentation. Ils produisent également de l’oxygène, protègent les côtes contre l’érosion et constituent un puits de carbone ».

    Avenir vivable

    Leur développement est à la fois une conséquence de l’amélioration de la qualité des eaux, car les zostères ont besoin d’une eau pure qui laisse pénétrer la lumière du soleil, mais aussi un facteur de restauration écologique parce que ces herbiers permettent au vivant de trouver un milieu favorable dans lequel s’épanouir.

    La réduction des rejets d’eau douce de la centrale EDF a amélioré la salinité et la transparence de l’étang.

    Il faut aller plus loin, avec la réouverture du tunnel du Rove qui est programmée, mais aussi en investissant pour détourner les eaux limoneuses de la Durance et du Verdon qui alimentent la centrale hydroélectrique à des fins d’irrigation, dans une région où le manque d’eau est récurrent.

    Ainsi, il serait possible d’allier défense de l’environnement, réponse aux besoins humains et développement du territoire. Oui, cela a un coût élevé, mais la défense de la biodiversité et la construction d’un avenir vivable n’ont pas de prix.

  • L’horreur en face

    L’horreur en face

    Avec le procès Pelicot, on pensait avoir touché le pire de ce qu’un homme pouvait faire subir à sa femme. La première journée du procès de l’ex-compagnon de Laetitia R. fait vaciller cette conviction.

    L’abjection des actes reprochés à l’accusé donne la nausée et en vient à faire douter de l’âme humaine.

    Les deux affaires qui ont éclaté dans notre région, l’une en Vaucluse, l’autre dans les Alpes-de-Haute-Provence, sont-elles révélatrices d’une escalade de comportements effroyables ?

    Probablement pas. En réalité elles nous mettent l’horreur en face.

    Elles accompagnent le grand mouvement de libération de la parole initié par #MeToo et mettent en lumière un continent de violences et de traumatismes jusque-là immergé dans la honte des victimes et l’hypocrisie de la société.

    Le patriarcat asservit les femmes et déshumanise les hommes

    Là où la justice avance parce que des femmes comme Gisèle Pelicot ou Laetitia R. ont eu le courage d’affronter leurs agresseurs mais surtout le qu’en-dira-t-on, c’est l’impunité des auteurs de violences qui recule et la honte qui change de camp.

    Ces affaires ne sont pas des faits isolés, elles révèlent l’ampleur d’un système de brutalité et de domination.

    Elles doivent donner aux victimes de toutes les formes de violences sexistes et sexuelles, le courage de dénoncer les comportements hideux.

    Le patriarcat asservit les femmes et déshumanise les hommes.

    Aucun projet sérieux d’émancipation humaine ne peut faire l’économie de sa remise en cause.

  • Vider la mer

    Vider la mer

    Deux morts et six blessés à Nice, lundi après-midi, un ado de 15 ans tué vendredi à Nantes, des gamins-tueurs embauchés sur les réseaux sociaux, comme l’a démontré le procès d’un recruteur à Paris, encore cette semaine. Toutes les barrières semblent tomber les unes après les autres, pour « gagner » un territoire, étendre son réseau, en clair : « Faire plus d’argent. » Les petites mains se font tirer dessus, des habitants perdent la vie, au gré des fusillades, tandis que, loin des cités et des quartiers populaires, les caïds dont le cynisme le dispute à la cupidité mènent grand train et pavanent à bord de voitures de luxe, comme le montre l’enquête menée dans le cadre du procès de chef présumé du clan Yoda qui s’ouvre ce lundi… La lutte qui se joue autant à l’échelle locale qu’internationale est d’autant plus ardue que les narcotrafiquants disposent d’un véritable trésor de guerre. Leurs profits sont colossaux. D’après l’observatoire français des drogues et des conduites addictives, le chiffre d’affaires de la drogue en France a triplé entre 2010 et 2023 pour atteindre près de 7 milliards d’euros en moyenne. Le constat est tout simplement alarmant : près de 1,1 million de Français auraient consommé de la cocaïne en 2023. À ce compte-là aucune « guerre » ne pourra être gagnée contre les drogues sans une véritable politique éducative, d’encadrement des jeunes cibles faciles des trafiquants comme le soulignent les initiateurs de l’Appel de Marseille, de prévention sanitaire et d’accompagnement addictologique, à grande échelle. Car la drogue est aussi une question de Santé publique. Mener le combat sur « tous les fronts », exige de n’en oublier aucun. À moins de vouloir s’échiner à vider la mer à la petite cuillère. Et continuer dans une surenchère sécuritaire aussi dangereuse que vaine.

  • Uber, nouveau pirate

    Uber, nouveau pirate

    Un monde sans foi ni loi où seul le profit compte au prétexte de proposer de nouveaux services. C’est la ligne de conduite de la multinationale Uber. L’ubérisation de la société – comprendre la dérégulation sauvage du travail – s’étend désormais au domaine maritime dans le secteur de la location de bateaux de plaisance en passe de débarquer à Marseille en juin.

    Imaginons le programme type du néotouriste : il loue sur Airbnb un séjour de courte durée, ce qui aggrave la crise du logement ; il commande son repas sur Uber, livré par les nouveaux damnés de la terre ; Il va ou rentre du stade ou du concert en Uber et il pourra bientôt louer un bateau avec skipper grâce à Uber, associé à Marseille à Click&Boat.

    La mer n’est pas un terrain de jeu

    Comment faire face à ce rouleau compresseur ? En premier lieu, en appliquant la loi ! C’est-à-dire en dotant les services publics de moyens pour contrôler les pratiques de cette multinationale.

    Faut-il attendre un accident dramatique pour agir contre cette prédation ? La mer n’est pas un terrain de jeu. Car si ce type de location exige la présence d’une ou d’un skipper, le système est tellement pervers que ces travailleurs sont souvent contraints d’accepter des conditions contraires à la sécurité pour satisfaire les plateformes et leurs clients. Comme les chauffeurs de taxi Uber soumis à des algorithmes et qui ont cru au miroir aux alouettes de l’auto-entreprenariat, les professionnels de la plaisance seront-ils dévorés à leur tour ? La pratique des loisirs nautiques doit relever d’un cadre rigoureux et l’espace maritime doit demeurer un bien commun et résister à Uber, ce nouveau pirate.

  • Un phare d’humanité

    Un phare d’humanité

    L’événement qui débute aujourd’hui à Marseille et va faire étape dans plus d’une soixantaine de villes jusqu’à fin octobre, doit faire date. Lancé par le président de la République lui-même il y a trois ans, celui-ci écrit aujourd’hui qu’avec cette manifestation : « Nous célébrons la richesse des liens exceptionnels qui unissent les populations de Méditerranée. »

    Effectivement, au travers de ces dizaines d’expositions, performances, concerts et rencontres, la culture fait aujourd’hui le lien entre les différents pays, les différents peuples et les différents artistes du pourtour méditerranéen. Elle encourage à la réflexion, la critique, à porter le regard au lointain, à tendre la main, à se questionner. Mais de là à « célébrer » ?

    Faut-il que le cœur y soit. Las, durant les trois années qui ont séparé l’annonce de la concrétisation du rendez-vous, la Méditerranée a pris une couleur rouge Vermeil, des pays, des territoires saignent, en premier lieu la Palestine, Gaza, le Liban aussi, dont l’existence même est menacée. Quand cette mer ne devient pas le linceul de milliers de personnes fuyant l’oppression et la guerre.

    Politique de la main tendue

    À l’immense espoir soulevé par le printemps arabe en 2010, a succédé une nouvelle chape de plomb, mettant à mal la liberté d’opinion, de penser, de militer… Sans compter certaines postures, privilégiant les discours démagogiques aux relents nationalistes et le repli sur soi plutôt qu’une politique fraternelle de main tendue. Et à naviguer à vue dans ses brumes menaçantes, les artistes et leurs œuvres qui prennent place à Marseille sont autant de phares guidant notre humanité.

  • Cannes, le cinéma en résistance

    Cannes, le cinéma en résistance

    Pourquoi Cannes est le plus grand festival de cinéma au monde ? Parce que la politique n’est jamais restée aux marches du palais. Contrairement aux propos consternants de Wim Wenders, président du jury 2026 de la Berlinale, estimant que le cinéma devait « rester en dehors de la politique », le cinéaste coréen Park Chan-Wook, président du jury cannois, affirme que « le travail artistique a un message politique ». Cette exigence est dans l’ADN du festival de Cannes. Il fut créé par le ministre du Front populaire Jean Zay, (assassiné par la Milice de Pétain le 20 juin 1944, à l’âge de 39 ans) contre la dérive de la Mostra de Venise, déroulant en 1938 le tapis rouge aux nazis et aux fascistes. La guerre ne permit pas sa tenue en 1939 et sa première édition, en 1946, fit la part belle à la résistance avec notamment La bataille du rail, prix de la mise en scène et prix du jury.

    Œuvres indispensables

    80 ans plus tard, la résistance se conjugue au présent. Mais la puissance du cinéma n’échappe pas à celui, en France, qui nourrit un projet « civilisationnel » ultra-réactionnaire, le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. Celui qui a fait fortune dans la France-Afrique et détient médias et journaux, a aussi la main sur une partie du financement du cinéma, via Canal+. Il entend désormais s’approprier les salles UGC et posséder tous les maillons de l’industrie cinématographique. Face à cette offensive d’extrême droite, la résistance passe par un renforcement du service public de la culture et donc du Centre national du cinéma. Un CNC associé aux Régions, dont la nôtre, pour permettre l’éclosion des talents, la création et la diffusion du 7e art.

  • L’épidémie qui vient ?

    L’épidémie qui vient ?

    L’expérience de la pandémie de la Covid des années 2020-2021, qui a totalement paralysé le monde et confiné des milliards de personnes, sur tous les continents, sera-t-elle mise à profit pour appréhender au mieux la menace représentée par l’hantavirus ? La question est dans toutes les têtes. Sans tomber dans la psychose, il convient de prendre très au sérieux la possible propagation de ce virus. Tout d’abord parce qu’il se transmet d’humain à humain et que sa période d’incubation, évaluée à six semaines, est longue. D’où des mesures de quarantaine réelle mise en œuvre (42 jours préconisés par l’Organisation mondiale de la santé, l’OMS). Encore faut-il que les personnes « cas contact » se manifestent. 22 sont recensées en France.

    L’hôpital sur la corde raide

    Au-delà, l’autre grande interrogation est la capacité de notre hôpital public à faire face à une flambée épidémique. Cela dépasse le cas précis de l’hantavirus car le risque de nouvelles pandémies, quelle que soit leur nature, doit être anticipé. Il ne suffit pas pour cela de posséder des stocks de masques et de tests mais de s’assurer de la solidité du système de santé public, hôpitaux en tête. Or, nulle leçon n’a été véritablement tirée de la précédente pandémie. L’hôpital est toujours sur la corde raide et soumis à des contraintes budgétaires contraires à l’intérêt général. Il convient de muscler et de développer les structures de santé publique et donc d’inverser la logique libérale. C’est le seul chemin pour être prêts à proposer un accès à la santé pour tous, de prévenir et de faire face à des pandémies dont il serait illusoire de croire qu’elles n’adviendront plus jamais dans nos sociétés mondialisées.

  • Un ciel sous tension

    Un ciel sous tension

    La flambée du prix du kérosène et les tensions internationales ne sont pas uniquement de simples turbulences passagères : elles révèlent les fragilités profondes d’un modèle aérien livré à la logique du marché. Depuis des années, la concurrence à outrance et la course aux bas prix ont comprimé les marges des compagnies, les rendant incapables d’absorber le moindre choc. Résultat : dès que les coûts explosent, ils sont répercutés sur les passagers.

    Les billets augmentent, des vols disparaissent et partir en vacances devient plus incertain, mais aussi plus cher. Pour beaucoup, voyager relève désormais de l’arbitrage budgétaire. Derrière cette « adaptation », une réalité sociale : le droit aux vacances recule pour les plus modestes.

    Selon une étude Ifop pour Alliance France Tourisme, seuls 37% des Français se disent certains de partir en vacances cet été, contre 50% en 2025.

    Un modèle
    à repenser

    Face à cela, des compagnies appellent l’État à l’aide. Mais il ne saurait être question de socialiser les pertes sans contreparties. L’intervention publique peut servir à encadrer, réguler et transformer le secteur : garantir l’accessibilité, préserver les liaisons essentielles et accélérer la transition écologique.

    Car la dépendance au kérosène est aussi une impasse climatique. Persister dans ce modèle, c’est refuser d’anticiper. Cette crise doit être l’occasion de repenser nos mobilités, de développer des alternatives et de remettre l’intérêt général au cœur des choix.

  • La biodiversité ne peut plus attendre

    La biodiversité ne peut plus attendre

    Le frelon asiatique ne représente pas seulement un problème pour les seuls apiculteurs : il est le symptôme d’un déséquilibre plus profond.

    En quelques années, ce prédateur a trouvé sa place dans nos écosystèmes fragilisés, au point de menacer l’une de leurs pierres angulaires : les pollinisateurs.

    Or, sans abeilles ni insectes sauvages, c’est toute la biodiversité, et plus largement notre sécurité alimentaire, qui vacille.

    Face à cette menace, les initiatives locales se multiplient.

    Des collectivités s’organisent, les habitants installent des pièges, les apiculteurs s’adaptent. Cette mobilisation est salutaire, mais elle révèle en creux l’essentiel : la lutte repose encore trop sur le volontariat et le bricolage. Peut-on réellement enrayer une invasion avec des moyens dispersés et insuffisants ?

    Des choix à assumer

    Car le défi est à la hauteur de l’enjeu écologique. Comprendre les dynamiques du frelon, améliorer les techniques de piégeage, coordonner la destruction des nids : tout cela exige de la recherche, des moyens financiers et une stratégie cohérente au niveau national. Sans cela, chaque territoire lutte seul et bien souvent trop tard.

    Protéger la biodiversité ne peut être un vœu pieux. C’est un investissement. Et comme tout investissement, il suppose des choix politiques clairs et assumés. Faute de quoi, le frelon asiatique continuera de prospérer, et avec lui, le lent effacement du vivant.