Category: edito

  • Petits chèques et gros profits

    Petits chèques et gros profits

    Les prix du carburant montent, la colère aussi dans le monde du travail.

    Le gouvernement qui a longtemps fait la sourde oreille ne peut plus l’ignorer tant le problème a pris des proportions intolérables pour les Français qui ne demandent qu’à vivre de leur travail.

    La ministre de la Mer a été dépêchée à Sète et au Grau-du-Roi pour tenter de calmer la révolte des pêcheurs quand le ministre du Travail a proposé de… recourir au télétravail.

    Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, promet quant à lui des annonces pour aujourd’hui. Empêtré dans le casse-tête du projet de budget et prisonnier des dogmes libéraux, il s’apprête à relancer la politique des petits chèques.

    Une approche à la fois inefficace et injuste parce qu’elle ne suffit pas à redonner significativement du pouvoir d’achat aux Français et qu’elle consiste à verser de l’argent public directement dans les caisses des compagnies pétrolières dont les profits explosent.

    30 à 45 centimes de moins par litre en Espagne

    Pourtant, il est possible de mener une autre politique. Le gouvernement de gauche en Espagne montre la voie en agissant sur le levier des taxes. Résultat : de l’autre côté des Pyrénées, le sans-plomb est à 30 centimes de moins par litre et le gazole à 45 centimes par litre en dessous des prix pratiqués en France.

    Face à l’importance stratégique du prix des carburants pour le fonctionnement de notre économie et le niveau de vie de nos concitoyens, des propositions supplémentaires sont sur la table : blocage des prix, taxe sur les superprofiteurs de crise, nationalisation…

    Le Premier ministre ne pourra pas rester longtemps sur la réserve.

  • Ligne à très haute tension, le fond et la forme

    Ligne à très haute tension, le fond et la forme

    La nécessité de la ligne à très haute tension est indéniable. Il s’agit
    de permettre le développement industriel du territoire tout en assurant sa décarbonation, de garantir la sécurité énergétique de la région et la souveraineté nationale. Son urgence est tout aussi indéniable, au risque d’hypothéquer les projets industriels
    en cours voire le fonctionnement électrique de la région. Nul ne le conteste. Ce qui est contesté en revanche, c’est la méthode pour y parvenir. Une méthode autoritaire finalement représentative de la façon de faire d’Emmanuel Macron. Il arrive, impose, parle souveraineté et réindustrialisation mais refuse de penser long terme et reste toujours obnubilé par la dépense publique qu’il se refuse
    à regarder comme un investissement pour l’avenir.

    Sourd !

    Et reste sourd aux élus locaux au premier rang desquels les maires des territoires concernés mais pas seulement, qui pourtant n’ont de cesse de l’alerter sur les conséquences de la proposition sur la table dont la facture de 400 millions est la seule considérée comme acceptable par Paris. Sourds aux acteurs du terrain qui expliquent que cette ligne va détruire l’activité de petites entreprises qui vivent du tourisme et de l’agriculture. Sourd aux solutions alternatives qu’une société du XXIe siècle est en capacité de trouver, certes plus chères mais en mesure de rassembler tout le monde.

    Qui aurait pu prédire qu’après des décennies d’abandon industriel et de non-investissement dans la transition énergétique la facture serait si élevée ? Pas les sourds !

  • Notre mémoire commune

    Notre mémoire commune

    Placées sous le double signe de la photographie, dont sont célébrés les 200 ans de l’invention, et des monuments en péril, les Journées européennes du patrimoine invitent à la découverte. La variété du programme, les efforts de tous les lieux publics pour accueillir gratuitement tous les publics durant ce week-end, démontrent l’importance de cet événement collectif.

    N’oublions pas : le premier acte des dictatures, des régimes autoritaires et des prédateurs en tous genres est de démolir, au sens propre et figuré, les lieux de culture, d’histoire et de transmission. Ces journées sont donc, à leur manière, un acte de résistance au confusionnisme et au révisionnisme actuels.

    Vie de la cité

    Préserver, protéger mais aussi développer des monuments qui font sens, du Musée aux Archives, des mairies, aux usines, des écoles aux théâtres, est un acte politique au sens où il participe de la vie d’une cité pleinement citoyenne.

    Loin d’être pétrifié et empoussiéré sous le givre d’un passé compassé, le patrimoine et le matrimoine (beaucoup moins visible) sont des objets vivants, fruits du travail humain, génération après génération. C’est aussi le témoin de l’histoire, à la fois des époques antérieures et de celle en train de se faire. C’est aussi une invitation à déambuler et à s’approprier les lieux. La gratuité de ces Journées du patrimoine est fondamentale. Car il faut lever les verrous qui empêchent de faire siens les beautés architecturales, les œuvres muséales, tous les lieux de culture.

    Le patrimoine c’est enfin notre mémoire commune partagée durant ces deux jours exceptionnels.

  • Insoutenable

    Insoutenable

    La formule fétiche d’Emmanuel Macron, lors de la campagne de 2017, son « en même temps », tombe en lambeaux à quelques mois de la fin de son deuxième mandat. Il laisse apparaître au grand jour un double discours, dont l’hypocrisie le dispute à l’indécence. Que reste-t-il des grandes déclarations sur la « priorité » donnée à la réindustrialisation de la France lorsque, sous nos yeux, à Tarascon, une des deux seules usines produisant de la pâte à papier et garantissant ainsi une production française, est promise aux fossoyeurs plutôt que d’être remise sur pied.

    Un champ de ruines

    Comme le souligne Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT ce jeudi sur le site, l’effort qui était demandé à l’État de 10 à 15 millions d’euros par an n’a rien en commun avec « le pognon de dingue », pour reprendre une autre formule présidentielle, que celui-ci devra débourser, et avec lui les contribuables pour le solde de tout compte de cette fermeture. Sans même rappeler le choc psychologique qui frappe de plein fouet des centaines de familles. Une même violence qui s’est abattue sur l’ensemble du territoire français, au gré des fermetures, délocalisations, faillites… Alors que 211 milliards d’euros d’aides publiques ont été généreusement déversés dans les caisses des entreprises chaque année. Sans contrepartie, sans contrôle. Il n’y a jamais eu de « en même temps », juste un immense nuage de fumée qui s’est dissipé, laissant apparaître un champ de ruines. Redonner espoir aux travailleurs et redonner vie à notre industrie est un impératif, sans attendre la prochaine échéance présidentielle.

  • Aux voleurs !

    Aux voleurs !

    L’explosion du prix des carburants suscite l’exaspération d’une part croissante de la population, notamment au sein du monde du travail.

    Infirmière libérale, marin-pêcheur, agriculteur, artisan ou encore salarié de l’industrie, les travailleurs de notre région, qui s’expriment dans les colonnes de La Marseillaise, témoignent de leur ras-le-bol et demandent, chacun avec leurs mots, une chose simple : vivre dignement de leur travail.

    Il leur est insupportable d’être rançonnés par des compagnies pétrolières toujours plus bénéficiaires, mais aussi par l’État, qui prélève entre 50 et 60% de taxes sur le prix des carburants.

    Dans un contexte de mobilisations syndicales, mais aussi d’appels à faire renaître le mouvement des Gilets jaunes qui s’était levé dans tout le pays pour des prix à la pompe inférieurs à ceux pratiqués aujourd’hui, Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu ont demandé aux ministres de « prolonger » jusqu’au 31 décembre les aides ciblées sur les carburants.

    Profiteurs de guerre

    Une solution coûteuse pour le budget de l’État qui, en prétendant aider les Français qui en ont le plus besoin, revient à verser de l’argent public dans les caisses des multinationales de l’énergie.

    Le dispositif valide de facto l’envolée du prix des carburants comme une fatalité et laisse les profiteurs de guerre prospérer en toute quiétude.

    Pourtant, l’État pourrait décider de bloquer les prix, de taxer les superprofits, de baisser les taxes à la pompe, ou encore de reprendre le contrôle de ce secteur stratégique qu’est l’énergie. Ainsi, le communiste Fabien Roussel réclamait-il ce week-end, depuis la Fête de l’Humanité, des nationalisations-sanctions.

    Il est temps de désigner ceux qui nous font les poches. Aux voleurs !

  • Crescendo

    Crescendo

    La journée de mobilisation des énergéticiens et gaziers, à laquelle se sont joints les enseignants du supérieur et dans notre région les professionnels de santé, est le premier jalon d’une rentrée sociale qui s’annonce particulièrement combative cette année.

    Le dernier budget de l’ère Macron promet en effet de jeter beaucoup d’huile sur le feu de la colère sociale.

    Après avoir considérablement creusé la dette par leur politique d’injustice sociale, les libéraux qui gouvernent par défaut depuis la dissolution ratée de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, expliquent désormais qu’il faudrait taper les retraités au portefeuille. Des robins des bois à l’envers !

    Retraités « privilégiés »

    Tout en distillant l’idée que les retraités seraient des « privilégiés » par rapport aux actifs, le gouvernement abandonne les travailleurs aux hausses des prix des carburants. Pire, depuis le premier janvier, il a ajouté une taxe aux taxes déjà existantes.

    De quoi ressusciter les Gilets jaunes ? De premiers rassemblements sont déjà annoncés dans les prochains jours, sans attendre le 17 octobre désigné comme une date de mobilisation nationale.

    Avant cela, le 26 septembre, les professionnels de la culture seront dans la rue pour la défense des droits des intermittents notamment. Les agents des services publics et les pompiers ont, quant à eux, prévu de défiler le 29 septembre.

    Pour mettre l’urgence sociale au cœur du débat public, le mouvement social devra créer des convergences et mobiliser crescendo !

  • Maintenant

    Maintenant

    Plus 0,8 centime pour le SP95, 0,7 pour le SP98 et 0,2 pour le gasoil : ce lundi 14 septembre, les prix ont encore augmenté à la pompe. À cela s’ajoute une inflation annoncée à 2,9% d’ici la fin de l’année par l’Insee, des tarifs de chauffage qui apparaissent déjà menaçants pour l’hiver à venir… Le tout sur fond d’une cure d’austérité à 30 milliards que le gouvernement Lecornu concocte pour le budget à venir, dont le projet devrait être présenté le 30 septembre à l’Assemblée nationale. Sans oublier, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui se fera en parallèle et dont les premiers ballons d’essai lancés cet été n’augurent rien de bon.

    Comment s’étonner que le pouvoir d’achat soit le premier sujet de préoccupation ? Si le sujet figurera au centre de la campagne de la présidentielle, la période qui y mènera va se révéler cruciale. Pas question d’attendre en pliant l’échine que cette nouvelle étape s’ouvre. Les syndicats l’ont bien compris et annoncent de nombreuses dates pour cette rentrée.

    Rapport de force

    Aujourd’hui, l’énergie, mais aussi la santé sur nos territoires, les hausses des salaires et retour de la retraite à 60 ans le 24 septembre, la paix et le climat le 26 septembre, la Fonction publique le 29 septembre…

    Autant de dates et de sujets qui doivent permettre de créer un rapport de force, dès maintenant, pour obtenir des résultats concrets pour les salariés. Suppression des certificats d’économie d’énergie, baisse de la TVA voire ponction sur les 11,2 milliards de bénéfices réalisés par Total sur les six premiers mois de l’année… Les pistes existent pour le prix de l’essence par exemple. Encore faut-il se donner les moyens de les faire entendre.

  • In vino veritas

    In vino veritas

    « L’exceptionnel est devenu la norme », explique l’historien du climat Thomas Labbé auteur d’une étude unique au monde, basée sur sept siècles de vendanges en Bourgogne qui « prouve que le dérèglement climatique a entraîné une “explosion“, des années”extrêmes“ ».

    À l’instar des climatologues du GIEC qui alertent depuis des décennies sur le dérèglement climatique et ses causes (les émissions de gaz à effet de serre produites par l’activité humaine via l’exploitation des énergies fossiles), l’historien décrit sur le temps long les effets du climat sur la vigne. Un exemple édifiant de l’accélération du phénomène.

    Le tournant de l’année 1988

    Explications : De 1354 à 1719, les années extrêmes de chaleur, et donc de précocité des vendanges, « intervenaient tous les 17 ans », explique Thomas Labbé. « De 1720 à 1987, tous les 53 ans. Mais, depuis 1988, tous les cinq ans. Et, depuis le début du XXIe siècle, on a déjà dix années extrêmes, soit environ une tous les deux ans et demi ». Il insiste sur le tournant que fut l’année 1988. À partir de là « on a clairement une mutation et surtout depuis le XXIe siècle. Sur les dix années les plus chaudes depuis 1354, quatre ont eu lieu au XXIe siècle : 2003, 2018, 2020 et 2025 ». L’année 2026 va s’ajouter à ce palmarès.

    Sauver la vigne et, plus largement l’agriculture, lourdement frappée par le changement climatique, nécessite une tout autre politique. Il est désormais indispensable de viser la neutralité carbone dans les 25 prochaines années.

    Or atteindre cette neutralité d’ici 2050 sera impossible sans une rupture avec le système économique dominant, le capitalisme et sa nature prédatrice.

  • L’histoire continue de s’écrire

    L’histoire continue de s’écrire

    La culture hip-hop franchira, dimanche,
    une étape symbolique à Marseille en investissant pour la première fois l’Opéra municipal. Pendant longtemps,
    les cultures urbaines ont dû conquérir leur place, d’abord dans la rue,
    puis sur les scènes,
    avant d’obtenir la reconnaissance qu’elles méritent, notamment
    lors des Jeux Olympiques de 2024.

    Voir aujourd’hui le breaking, le hip-hop, le popping et l’ensemble de cet univers franchir les portes d’un lieu aussi emblématique constitue bien plus qu’un simple changement de décor. Cette journée est d’abord une célébration du talent. Celui de danseurs venus de divers horizons pour partager leur passion et repousser leurs limites. Mais elle est aussi la reconnaissance d’une culture qui rassemble, crée du lien et transmet des valeurs fortes.
    Le hip-hop n’est pas seulement une pratique artistique. C’est une école de respect, de créativité, de persévérance et de dépassement de soi.

    Transmission

    La Marseillaise Breaking cup s’est imposée comme un rendez-vous incontournable. Elle affiche surtout une ambition chevillée au corps de La Marseillaise : aller à la rencontre des habitants, notamment des plus jeunes. Comme le rappelle Mofak, directeur artistique, dans nos colonnes, une passion transmise au bon moment peut changer une trajectoire, éveiller une vocation ou simplement offrir un cadre et des repères. Des moments de partage qui rappellent que la culture se vit et se transmet. Au-delà des performances et des résultats des « battles », la journée de dimanche rappellera surtout le parcours d’une culture née dans la rue et qui continue d’écrire son histoire, sans renier ses origines.

  • Leçons espagnoles

    Leçons espagnoles

    Parmi les nombreuses questions que soulèvent le dérèglement climatique figure la question du travail, comme on a encore pu le voir cet été, en France. La raison pour laquelle le ministre du Travail Farandou était en déplacement en Espagne, pour voir comment ce pays, confronté depuis longtemps à des températures élevées, fait pour continuer à produire. Car c’est bien la question centrale qui l’anime comme elle obnubile les décideurs économiques.
    « L’Espagne sait fonctionner en dépit de températures élevées, donc la réponse n’est pas de tout arrêter, mais de s’adapter », a ainsi conclu le ministre du Travail au terme de son « voyage d’étude ». Sans jouer les décroissants ou nier l’importance de la production, la priorité doit pourtant être sur la santé des travailleurs.

    Importance des syndicats

    D’où l’importance des syndicats. Car ce que montre aussi l’exemple espagnol, c’est que sans rapport de force, les entreprises peuvent rechigner à appliquer les lois. Pour triste preuve, les 264 morts au travail encore recensés, lors de l’été 2025, dans la région de Castilla-La Mancha, malgré une législation à la pointe et dont le gouvernement français est venu s’inspirer. Autre leçon hispanique : les syndicats doivent pouvoir s’appuyer sur des contrôles pour faire vérifier que les lois sont appliquées.

    Ce qui rappelle le caractère essentiel des agents publics. Une option sur laquelle les libéraux ne cessent de rogner et que le gouvernement Lecornu entend bien poursuivre avec sa cure d’austérité annoncée. Une option mortifère que les progressistes doivent parvenir à renverser.