Category: edito

  • Une page en train de se tourner

    Une page en train de se tourner

    La France est le deuxième marché au monde, après les états-Unis, pour Airbnb. En un an, le nombre d’annonces a encore augmenté. Selon l’enquête Terram, la plateforme californienne est désormais présente dans quatre villes sur cinq au travers de l’hexagone. Et ce malgré l’adoption d’une loi pour « renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale », il y a maintenant un an. La balle est désormais dans le camp des municipalités, qui multiplient les initiatives et outils pour s’emparer de l’arsenal mis à leur disposition et réguler un système dont les méfaits sont bien supérieurs aux avantages.

    Les plateformes de location touristique ont offert une soupape aux budgets contraints pour partir en vacances, permis le développement de certaines destinations rurales ou assuré des compléments de revenus parfois nécessaires. Mais à quel prix ?

    Logements captés

    Elles ciblent majoritairement les métropoles, où elles ont provoqué un tsunami de problèmes, captant des logements devenant indisponibles à la location traditionnelle et faisant mécaniquement augmenter les prix.

    Interdiction des boites à clé, obligation de déclarer les revenus à l’administration fiscale, limitation du nombre de nuitées, attaques en justice et parfois même l’objectif d’interdire à terme les locations de courte durée… De New York à Barcelone en passant par Paris et Marseille, les municipalités multiplient les obstacles pour reprendre la main et cadrer des pratiques qui ne s’embarrassent pas des dégâts collatéraux. Une page semble indéniablement se tourner, et la fin de la poule aux œufs d’or paraît enfin se dessiner.

  • Tenir bon

    Tenir bon

    10 ans après les attentats du 13 novembre 2015, comment va la société française ?

    Elle est toujours debout, mais force est de constater qu’un venin à action lente fait son chemin en elle.

    Le repli sur soi, l’extrémisme, la suspicion, la haine progressent dans les têtes et dans les faits. C’est le but que recherchaient les terroristes islamistes. Une polarisation de la société sur les questions identitaires.

    Les fascismes se nourrissent, ils se renforcent

    Au lendemain du 13 novembre 2015, nous écrivions : « Oui, décidément les fascismes d’aujourd’hui, au crâne rasé ou au visage barbu, ne sont pas antagonistes. Ils se nourrissent, ils se répondent, ils se renforcent l’un l’autre. Face à cet étau qui menace la société française et le monde dans son ensemble, il y a urgence à résister. Résister à la peur comme à la haine. Tenir bon. Le peuple français a de la ressource, il l’a montré en janvier. Il a la force de décréter l’état d’intransigeance. Intransigeance face aux terroristes, intransigeance face aux semeurs de divisions de tous bords, intransigeance face aux tentations liberticides. »

    Des mots qui n’ont malheureusement pas pris une ride.

    Dans notre République affaiblie, à bout de souffle, les repères s’estompent, les boussoles s’affolent.

    Il est toujours temps de dire non à tous ceux qui veulent nous prendre la liberté, l’égalité et la fraternité. Il est toujours temps de rejeter les assignations identitaires. Il est toujours temps de construire la vie et l’avenir. Ensemble.

  • Un dialogue à nourrir

    Un dialogue à nourrir

    Lors de la séance d’ouverture de la nouvelle législature en juin 2022, le doyen de l’Assemblée nationale, le député d’Allauch d’extrême droite, José Gonzalez, avait fait l’apologie de l’Algérie française, en mettant en scène son déracinement…

    Trois ans plus tard,
    son groupe politique,
    le Rassemblement national, a réussi à faire voter d’une courte voix -pour la première fois dans l’histoire- un texte non contraignant remettant en cause l’accord franco-algérien de 1968. Avec le soutien des groupes de droite…

    à qui profite la crise actuelle entre l’Algérie et la France ?

    Des rapports pacifiés

    La réponse est là, sous nos yeux. Aux tenants de la haine et de la rancune tenace, qui font de chaque Algérien un ennemi. Comme l’OAS en son temps. Cette crise ne date pas d’hier, rappelle à juste titre l’historien Benjamin Stora. Du soutien au Maroc sur la question hautement clivante du Sahara occidental, aux arrestations d’influenceurs dont l’Algérie a refusé l’expulsion, jusqu’aux emprisonnements de l’écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes, chacun des deux pays enveniment la situation à outrance, au point de laisser les portes grandes ouvertes aux extrêmes. Et la mise entre parenthèses des travaux d’historiens des deux rives est très préoccupante pour les partisans de rapports pacifiés entre les deux pays.

    Il y a pourtant une mémoire à nourrir, une histoire commune à écrire, un dialogue à faire fructifier. Mais faut-il vouloir la paix.

  • Au pied du mur

    Au pied du mur

    « Nous avons échoué » à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, objectif le plus ambitieux de l’Accord
    de Paris, a lancé jeudi
    le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avant le début de cette COP30. Un constat implacable et factuel,
    qui ne l’empêche pas
    de faire preuve de détermination, considérant que « nous n’avons jamais été mieux équipés pour contre-attaquer », au regard des énergies alternatives et des politiques pouvant être menées d’un bout
    à l’autre de la planète. Pour autant, l’augmentation en nombre et en intensité des catastrophes naturelles directement liées au dérèglement climatique est une réalité. Au-delà de l’aspect dramatique et du nombre de morts qui ne cesse d’augmenter.

    Une décennie d’atermoiements

    C’est une réalité d’ores et déjà chiffrée aussi par les assurances. Des vagues de chaleur qui ont quadruplé en quarante ans, des épisodes de sécheresse qui endommagent récoltes et bâti, tempêtes à répétition, inondations… Premier impact visible, la hausse des tarifs et des surprimes pour faire face aux dépenses… Avec un risque majeur à plus ou moins long terme, très redouté par l’État et les collectivités, celui de se retrouver avec des « déserts assurantiels », des territoires où les risques sont tellement importants et récurrents qu’ils ne seront plus couverts. Après
    une décennie d’atermoiements, de renoncement et de dénis, il reste à espérer, comme le fait le secrétaire général de l’ONU que les pays réunis au Brésil s’emparent de ce défi qui impactera chacun d’entre nous.

  • La fraternité fertilise la réussite économique

    La fraternité fertilise la réussite économique

    Les travailleurs de Duralex, de Scop-Ti ont refusé la mort annoncée de leur outil de travail. Ces femmes et ces hommes ont relevé la tête, ensemble, pour bâtir un projet commun où chacune et chacun prend sa place pour développer, dans le respect mutuel, ces métiers exigeants, aux savoir-faire inestimables. Les citoyens ne s’y trompent pas. S’ils soutiennent ces coopératives pour la qualité de leurs produits, ils sont aussi conscients d’accomplir un acte de solidarité et de participer à une économie à visage humain.

    Des boîtes où le travail fait sens

    Pour tout cela nous pouvons nourrir l’espoir d’un nouveau système économique et travailler à une société plus désirable. Vivable, égalitaire et fraternelle. Une société où le capitalisme serait mis en échec par l’intelligence collective. Où l’individualisme mortifère, les ressentiments qui macèrent dans des esprits de plus en plus étriqués faute de visée émancipatrice et abrutis par un environnement ubérisé, deviendraient de vieux cauchemars.

    Les coopératives tracent des perspectives car dans sont ces boîtes le travail fait sens. Elles portent des histoires de luttes. Pendant des années, les travailleurs de Scop-Ti se sont battus contre une multinationale, Unilever. Ils ont gagné car la fraternité fertilise la réussite économique. C’est aussi le cas de la coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne sans qui le droit à l’information dans le sud-est, serait encore plus affaibli. Les combats des coopératives continuent et leur réussite éclatante est un formidable message d’espoir pour le monde du travail.

  • Par-delà la défiance

    Par-delà la défiance

    Quelque chose s’est brisé entre la police et la population. Difficile de dater précisément la fracture mais elle s’élargit. 20 ans après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, électrocutés dans un poste électrique dans lequel ils étaient entrés afin d’échapper à un contrôle de police, le constat est sans appel.

    2 ans avant le drame, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur mettait à bas la police de proximité. Devenu président de la République, il supprimera près de 10 000 postes de fonctionnaires de police tout en tenant un discours martial avant de finir lui-même derrière les barreaux cette année.

    Où en est la police aujourd’hui ?

    Ces autres cols-bleus

    Oui dans une société où l’extrême droite atteint 37% d’intentions de vote, le racisme existe dans la police. Oui, les violences policières sont des faits. Oui, elles peuvent entraîner la mort. Dans le Sud de la France, le décès de Zineb Redouane, vieille dame de 80 ans ayant reçu une grenade lacrymogène en plein visage, est là pour le rappeler.

    Pour autant est-ce la réalité de toute la police ? Sans doute pas. Les jeunes recrues interrogées par La Marseillaise témoignent du contraire.

    Et est-ce que « tout le monde déteste » vraiment la police ? Sans doute pas dans les quartiers populaires. Malgré toute la défiance qui s’est installée notamment à cause des contrôles au faciès, c’est là qu’on la réclame pour rétablir la tranquillité publique.

    Délaissés par une certaine gauche comme les habitants des quartiers populaires, les policiers sont pourtant les agents d’un service public essentiel. Comme les autres cols bleus, ils ont besoin de hausse de salaire, d’accès à des logements sociaux, de plus d’effectifs et de respect.

    Bref, c’est tout un lien de confiance et de proximité qu’il y a à reconstruire. À contre-courant de ceux qui veulent en faire les exécutants d’un projet politique antirépublicain.

  • Un si grand besoin de réparation

    Un si grand besoin de réparation

    Sept ans. Le même silence, la même souffrance. Lors de l’hommage rendu aux victimes des effondrements de la rue d’Aubagne, à l’heure du drame, la plaie est toujours béante.

    Les familles des huit Marseillais décédés sous les décombres le 5 novembre 2018 n’ont pas trouvé la paix après un procès tant attendu mais qui s’est soldé par un jugement très en deçà des réquisitions du procureur de la République.

    Ce mercredi, s’ajoutait à ce sentiment douloureux, une injustice supplémentaire : celle de l’expulsion de Reda Manaa, ressortissant tunisien, partie civile au procès, victime des effondrements de la rue d’Aubagne, malgré la demande de grâce adressée par sept parlementaires des Bouches-du-Rhône et le maire de Marseille, au président de la République.

    Enjeu de l’année à venir

    La Marseillaise, s’associe à l’hommage rendu aux victimes et à toutes celles et ceux qui réclament justice à l’occasion du procès en appel qui se tiendra dans un an.

    Engagée pour le droit au logement, elle avait lancé l’opération de #BalanceTonTaudis qui a provoqué des dizaines de révélations sur les profiteurs de misère et des milliers de délogements, avec la conviction qu’il fallait faire changer la honte de camp.

    Marseille, elle-même, a été touchée au cœur par ce drame et ses habitants doivent pouvoir se loger dignement avec des loyers abordables. La clé réside dans la rénovation et la construction de logements sociaux du XXIe siècle.

    Beaucoup a été fait mais beaucoup reste à faire. C’est l’un des grands enjeux de l’année à venir.

  • La Sécu, ce combat fondamental

    La Sécu, ce combat fondamental

    La santé est la priorité des priorités des Français avec le pouvoir d’achat. Les députés en train de débattre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale doivent mesurer combien laisser en l’état le texte horrifique du gouvernement serait une déclaration de guerre à l’ensemble des travailleurs et à leurs familles. Dans ce débat de société, la « suspension » de la retraite à 64 ans (arrêt provisoire à 62 ans et 9 mois jusqu’en janvier 2028), -qui devrait être examinée au plus tard le 12 novembre à l’Assemblée- ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des sévères coupes prévues dans les financements de notre système de santé. L’hôpital public notamment, pourtant applaudi pendant la crise Covid, pourrait être encore affaibli par des coups de tronçonneuse sans précédent.

    Éviter le pire

    Pour les fédérations hospitalières, c’est du jamais vu depuis 15 ans. Pas moins de 1,1 milliard en moins, soit l’équivalent de 20 000 postes d’infirmiers. Pour les patients, cela se traduirait par un accès aux soins encore plus difficile alors qu’ils vivent déjà une pénurie de médecins généralistes qui transforme de très nombreuses communes en désert médical. Des patients devront aussi payer de leur poche des franchises médicales augmentées, sans parler des personnes atteintes d’affections de longue durée qui verraient leurs droits reculer. Or, la Sécu n’est pas malade de déficit mais d’une politique qui la prive de recettes, en particulier les exonérations de cotisations qui se chiffrent en dizaines de milliards. Tel est l’enjeu de ce combat fondamental dans lequel le mouvement social doit prendre toute sa place pour éviter le pire.

  • Tout schuss pour les transports

    Tout schuss pour les transports

    Clé du développement économique et social d’un territoire, les transports ont pourtant été longtemps le maillon faible de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    S’il reste des décennies d’inertie à rattraper, plusieurs réalisations sont désormais lancées et, surtout, incluses et financées via un avenant décisif au volet « mobilité » du plan État-Région signé lundi à Marseille. Celles et ceux qui attendaient cet engagement avec impatience seront très attentifs à son application.

    1,8 milliard d’euros d’investissements au total seront injectés dans des projets indispensables aux six départements de la région, sur route, mer et fer. Citons notamment l’amélioration de la desserte routière de la Zone industrialo-portuaire de Fos et l’Étang de Berre (210 millions d’euros), à travers le contournement de Martigues-Port-de-Bouc et la liaison Fos-Salon.

    Hisser au plus haut l’hinterland

    Mais aussi le développement du fret ferroviaire à Fos, Arles et Miramas également dans les Bouches-du-Rhône, vital pour hisser au plus haut l’hinterland d’un des plus grands ports d’Europe. Car sans infrastructures de transports, le développement industriel restera au stade de l’incantation alors que la région dispose des savoir-faire pour bâtir l’industrie du XXIe siècle.

    Pour les habitants, des Alpes aux rives de la Méditerranée, pouvoir mieux se déplacer c’est s’ouvrir des horizons notamment pour étudier, travailler mais aussi s’évader. Si à bien des égards, les JO 2030 ne sont pas exempts de critiques, la préparation de l’événement planétaire aura permis d’accélérer l’engagement de l’État. Gageons que désormais, au sud de l’Hexagone c’est tout schuss pour les transports.

  • Des jeunes en première ligne de la précarité

    Des jeunes en première ligne de la précarité

    La conjoncture se dégrade. Encore. Selon la Dares, le chômage des moins de 25 ans, qui frappe environ un jeune sur cinq dans le pays, a progressé sur le trimestre de 6,8% pour la catégorie A et de 4,4% pour les catégories A, B et C. Sur un an, il a bondi de 29,8% pour ceux sans aucune activité et de 19,5% en incluant l’activité réduite.

    La hausse du chômage des jeunes n’est pas un accident. Elle est le résultat d’un système qui les abandonne. Dans un communiqué, la CGT dénonce cette situation sociale, dont les jeunes sont « les premières victimes », évoquant une « précarité qui explose ».

    Investir dans l’avenir

    Derrière les chiffres, une réalité brutale : contrats courts, absence de perspectives, précarité durable. Les réformes de l’assurance chômage ont aggravé la situation, pénalisant les plus fragiles, notamment les jeunes, les saisonniers et les intérimaires. La politique de l’offre menée depuis de nombreuses années aboutie à une impasse.

    Pendant que France Travail voit ses moyens fondre alors que les besoins augmentent, les missions locales tentent de maintenir le cap avec des initiatives, comme le « Lab de l’engagement » à Marseille, qui redonnent confiance et envie d’agir à une jeunesse trop souvent abandonnée.

    Mais ces efforts locaux ne suffisent pas à compenser une politique nationale défaillante. Il s’agit désormais d’investir dans l’accompagnement, la formation, les services publics. Et cesser de culpabiliser une jeunesse qui subit les choix politiques. Car investir dans la jeunesse, c’est aussi investir dans l’avenir.