Category: economie

  • [C’est l’été] Mélanie Costanzo, arboricultrice : « Les femmes peuvent y arriver »

    [C’est l’été] Mélanie Costanzo, arboricultrice : « Les femmes peuvent y arriver »

    Au Poët, dans les Hautes-Alpes, Mélanie Costanzo, 39 ans, cultive 15 hectares de pommiers. Ici, il fait toujours beau. Ses pommes labellisées IGP (Indication géographique protégée) et Label Rouge, profitent de « 300 jours d’ensoleillement à l’année », selon l’arboricultrice. Issue d’une famille de producteurs sur trois générations, présidente de sa coopérative, elle gère l’exploitation familiale depuis 6 ans. Une trajectoire bien différente de ce qu’elle avait imaginé au départ.

    « À la base, j’étais à fond dans l’Art, j’ai un BTS dans le design. Je suis partie à Marseille, j’ai fait les Beaux-Arts et une école d’architecte », raconte la pomicultrice. Puis, en 2012, elle perd son grand-père. Un décès qui chamboule l’organisation de l’exploitation familiale. Son père ne se sentant plus de continuer tout seul, Mélanie Costanzo ne voulait pas voir disparaître l’héritage familial. Quand elle était petite, elle se souvient d’avoir souvent accompagné sa grand-mère sur les marchés. « Mes grands-parents ont travaillé dur pour avoir ce qu’il avait. Il était hors de question que la ferme parte de la famille », revendique-t-elle. À ce moment, elle avait 25 ans. L’étudiante en art quitte la ville et ses études pour revenir dans son village et ses montagnes : « Et c’est clairement devenu une passion », raconte-t-elle le regard pétillant.

    Transmettre son amour pour la nature

    Aujourd’hui, Mélanie Costanzo est aussi mère de trois enfants. « Ça fait du boulot ! », sourit-elle. Dans une profession où on ne compte pas les heures, l’équilibre se construit différemment. Dans son entourage, tous connaissent ces contraintes, comme son mari qui est aussi agriculteur. « L’avantage, c’est qu’on se comprend », glisse-t-elle. Mais elle ne regrette rien. « Non jamais. Ma campagne me manquait. Il était hors de question de rester en ville. On est dans des paysages magnifiques », atteste-t-elle, l’air satisfait.

    Ce qu’elle aime, c’est d’abord transmettre, expliquer comment elle produit ses pommes, savoir qu’elles se retrouvent dans les assiettes des gens. À la récolte, elle accueille des classes de primaires pour les sensibiliser à la nature et son fonctionnement. « On explique de la floraison à la production. On est contents de les voir avec le sourire quand ils croquent dans la pomme. Le bonheur c’est juste ça pour moi. »

    Prouver sa place

    dans un monde d’hommes

    Dans ses vergers d’altitude, la golden est reine. Avec le Limousin, les Hautes-Alpes sont la région principale de cette variété. « Avec les nuits très fraîches, elle prend un peu de “blush”, des reflets un peu rosés très caractéristiques. » Un savoir-faire qu’elle défend, notamment à travers les labels : « C’est important pour faire valoir notre terroir. » Mais ce lien à la nature est aussi une source d’inquiétude. Le changement climatique est une source d’angoisse. « Il y a dix jours, on a fait une nuit d’anti-gel à -1, et une semaine plus tard on a 33 degrés. Les arbres ne comprennent pas. » Les conséquences sont visibles : chutes de feuilles, arrivée des ravageurs… Malgré tout, elle insiste : « Nous, on est dans la production mais aussi dans la protection de l’environnement. » Elle est la première de la famille à avoir développé des cultures biologiques.

    Dans la coopérative, Mélanie Costanzo est quasiment la seule fille et elle en est présidente. Son objectif : faire monter le féminin dans le secteur. Elle rappelle que les femmes restent minoritaires : « Elles représentent moins d’un tiers des gérances d’exploitation agricole. » Dans la famille, il n’y avait pas de fils pour reprendre la ferme, comme il est encore souvent admis. Mélanie Costanzo a une petite sœur. « Mon père s’est dit : j’ai deux filles… jamais de la vie elles reprendront. » Elle apprend le métier au côté de son père. Aujourd’hui, elle mesure sa persévérance : « Je suis fière d’avoir réussi à montrer à mon père que les femmes aussi peuvent y arriver. » En attendant, elle essaie de préparer la relève et de cultiver cette passion pour ses enfants : « On verra si ça suit ou pas… »

    Marie Moreau

    fruiticimes.fr

    Une golden aux trois labels

    Mélanie Costanzo cultive une golden reconnue pour sa qualité. Ses pommes portent trois labels. L’Indication Géographique Protégée (IGP) garantit leur lien avec le terroir des Hautes-Alpes. Le Label Rouge distingue une qualité gustative, contrôlée par des tests réguliers. Et le label Vergers écoresponsables certifie une production respectueuse de la biodiversité et des ressources. À maturité, les fruits sont récoltés à la main.

  • Quand les chauffeurs VTC se ruent sur les stations balnéaires

    Quand les chauffeurs VTC se ruent sur les stations balnéaires

    Violences verbales et physiques entre conducteurs, délits routiers, escroquerie envers la clientèle… » C’est le constat établi par la préfecture du Var après les remontées de terrain des communes de Saint-Tropez et de Ramatuelle et des professionnels locaux aux prises avec une très « importante présence de VTC extérieurs à la région », précise-t-elle.

    Aussi, « ces deux communes en lien avec les services de l’État ont mis en place des mesures de police administrative pour réguler le transport payant de personnes et limiter l’augmentation du trafic automobile dans le centre-ville et sur la route des plages », indique le représentant de l’État. L’afflux de VTC extérieurs, est considéré par les locaux comme « une concurrence déloyale » d’autant qu’un certain nombre ne respectent pas la réglementation. De récentes opérations de contrôle ont donné lieu à des dizaines de constats d’infraction dans le golfe de Saint-Tropez depuis le premier juin : maraude irrégulière, absence de signalétique ou de vignette, non-apparition de la carte professionnelle ou du macaron ou, carrément, exercice illégal de la profession, sans omettre les infractions au code de la route… Face à cette situation, la sous-préfète de Draguignan recevra ce lundi les représentants de l’union des VTC 06-83 pour réfléchir à des pistes d’actions.

  • Nouvelle mobilisation pour sauver Fibre Excellence

    Nouvelle mobilisation pour sauver Fibre Excellence

    Toujours « mise sous protection » par ses salariés, l’usine de Fibre excellence de Tarascon espère recevoir du soutien, ce mercredi.

    Malgré sa liquidation judiciaire, le 29 juillet dernier, par le tribunal de commerce de Toulouse, les travailleurs du site produisant de la pâte à papier n’ont pas encore baissé les bras. « L’intersyndicale occupe le site depuis plus d’une quinzaine de jours. Maintenant, ce que l’on souhaite c’est une table ronde pour trouver une porte de sortie qui pérennise le site. Une table ronde en préfecture, avec la Région Sud, des acteurs économiques et institutionnels locaux », explique François Canu, secrétaire de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône (UD CGT 13).

    Concrètement, son organisation donne rendez-vous à ses militants devant l’usine, ce mercredi matin pour soutenir les travailleurs. Une conférence de presse est prévue, elle sera suivie d’une « initiative départementale » avec un temps fraternel et le traditionnel barbecue au programme. « Même si dans la période, c’est pas simple de mobiliser, on espère que la mobilisation va être fraternelle et solidaire », développe le syndicaliste. Manière de rappeler à tous que le site est encore loin d’être rayé de la carte. L’objectif reste aussi, et surtout, de maintenir la pression sur les acteurs impliqués dans le dossier pour tenter de sauver l’usine. « Il y a des contacts avec la Région, on espère que ça bouge rapidement sinon ça va être un carnage pour l’emploi local : pour les travailleurs de la filière du bois mais aussi les sous-traitants », rappelle François Canu, citant les 270 emplois directs mais aussi les 5 000 induits.

  • Les grands sites touristiques d’Avignon de plus en plus boudés

    Les grands sites touristiques d’Avignon de plus en plus boudés

    Ils sont quasiment inratables si l’on s’aventure dans ou autour des remparts d’Avignon. Pourtant, le Palais des Papes et le pont d’Avignon (ou pont Saint-Bénézet) enregistrent tous les deux une baisse considérable de fréquentation payante lors de ce mois de juillet comparé aux exercices précédents.

    Pour l’ancienne demeure papale, 89 707 personnes ont déambulé entre les épais murs du site. Soit une baisse de 12% par rapport à 2025 et de 11% par rapport à 2024. En ce qui concerne le pont Saint-Bénézet, la chute est encore plus grande. Avec 59 256 visiteurs, la baisse constatée est de 31% par rapport à 2025 et de 17% comparé à 2024. Au cumul, il y a eu 38 200 entrées en moins qu’à la même période l’an dernier.

    Une baisse non seulement physique mais aussi numérique. Les sites web palais-des-papes.com et avignon-pont.com ont vu leur consultation baisser respectivement de 18,8%, soit 74 000 visiteurs sur le site du Palais, et de 23,3%, soit 44 500 visiteurs sur le site du pont, par rapport à juillet 2025. Des données qui s’opposent au taux de remplissage de plus de 90% annoncé par les professionnels de l’hébergement. Comme quoi les rues étaient bien pleines pendant le Festival. Mais les sièges rouges et les planches des théâtres ont visiblement été préférés aux monuments.

    Année exceptionnelle

    Des baisses auxquelles Avignon Tourisme tente de donner diverses explications. Elle rappelle en premier lieu que l’année 2025 était « exceptionnelle ». Marquée notamment par l’exposition « Othoniel Cosmos ou les Fantômes de l’Amour », déployée sur dix sites patrimoniaux, dont le Palais des Papes et le pont d’Avignon, à l’occasion des 25 ans d’Avignon Capitale européenne de la culture et des 30 ans du classement Unesco du centre historique. Un succès qui « rend la comparaison mécaniquement défavorable », assure Avignon Tourisme.

    L’exposition de cette année a également connu quelques retournements. Était initialement prévue une sorte de cabinet de curiosités de Macha Makeïeff. Mais, pour des raisons administratives et économiques, celle-ci a finalement été annulée. Et finalement remplacée par une exposition de l’artiste sud-coréen Lee Ufan. Est également pointée la « canicule précoce » qui a touché le territoire dès les premiers jours de la saison estivale. Ce qui aurait « probablement limité les déplacements durant une bonne partie de la période étudiée ». Ou encore « un contexte économique moins porteur », assure Avignon Tourisme. Ce qui « a pu inciter les touristes à réduire ou réorienter leurs dépenses de loisirs au moment des départs en vacances », analyse l’organisation.

  • Le département du Vaucluse fait la part belle au vélo

    Le département du Vaucluse fait la part belle au vélo

    Aux abords et sur le Mont Ventoux, mais aussi sur les véloroutes de la ViaRhôna, de la Via Venaissia et du Calavon, les cyclistes sont omniprésents dans le département de Vaucluse. Le résultat d’une politique en faveur de son développement au cours des dernières années.

    Preuve en est, le Vaucluse est le premier département de France labellisé « Département à vélo » par ASO, l’organisateur du Tour de France. Avec précisément deux « vélos » sur le baromètre de l’organisation. Une distinction qui « vient récompenser l’ensemble des politiques publiques vauclusiennes en matière de vélo menées de longue date », se réjouit la collectivité. Ce ne sont au total pas moins de 185 000 Vauclusiens, sur environ 570 000, qui utilisent leur vélo régulièrement.

    En ce qui concerne le Géant de Provence, ce ne sont pas moins de 125 000 cyclistes qui tentent de le gravir chaque année. Un chiffre qui monte même à 150 000 les années de passage du Tour de France, comme ce vendredi 7 juillet pour le Tour féminin (voir ci-contre). Aux alentours, les autres disciplines sont aussi mises en avant. Côté VTT, une « Grande Traversée » de 500 kilomètres a été créée en 2014, « avec de multiples variantes au départ de Bollène et de Savoillans, jusqu’à Cavaillon ou Mérindol », est-il précisé. Tandis que les sites du Ventoux et du Luberon totalisent à eux deux 1 000 kilomètres d’itinéraires. Sans oublier le BMX, dont la piste de Sarrians est l’une des capitales françaises, voire même européennes. Elle a notamment accueilli les coureurs français de la discipline en amont de leur triplé historique aux Jeux olympiques de Paris en 2024.

    Convergence des routes

    Comme évoqué précédemment, la convergence des trois véloroutes permet d’ouvrir l’horizon des dizaines de milliers de cyclotouristes qui arpentent notre région. La plus emblématique, la ViaRhôna, permet ainsi de relier le lac Léman à la mer Méditerranée sur 615 kilomètres. Tandis que la Via Venaissia relie, elle, L’Isle-sur-la-Sorgue à Orange sur les traces de l’ancienne voie ferrée. Enfin, la voie verte du Calavon, au cœur du parc naturel régional du Luberon, commence au village de Robion et se termine à Castellet, 45 kilomètres plus loin.

    Le territoire est également l’un des leaders en termes de points d’accueil des cyclistes. Avec 349 établissements certifiés Accueil Vélo, le Vaucluse est en tête des départements en la matière.

  • À Saint-Louis, le futur data center dépasse les seuils

    À Saint-Louis, le futur data center dépasse les seuils

    La ruée des centres de données vers Marseille ne s’arrête pas. Tandis que s’achève la construction du MRS5 de Digital Realty sur les emprises du grand port maritime le long de l’A55, un data center de taille équivalente doit voir le jour sur l’ancienne friche industrielle de Saint-Louis Sucre, dans le 15e arrondissement de Marseille. Porté par le groupe états-unien Edged Energy cofondé en 2019 par le groupe Koch, ce projet à 300 millions d’euros vient se greffer à la création d’une cité du cinéma par l’entreprise martégale des Studios de la Méditerranée (notre édition du 08/10/2024), ainsi que d’un centre logistique, sur 4,6 hectares de la friche.

    Le mardi 21 juillet, la préfecture a fixé au 24 août prochain le début d’une consultation publique de trois mois afin de pouvoir délivrer l’autorisation environnementale pour le centre de données. Une demande de permis de construire conjointe avec le projet de cité de cinéma a d’ores et déjà été déposée auprès de la municipalité, le 8 août 2025, portée par les Studios de la Méditerranée au travers de la Foncière Saint-Louis. « Notre objectif est de créer un studio 2.0 qui ait tout ce dont les productions ont besoin, du tournage à la postproduction et donc au stockage des données », justifiait son directeur général Michaël Ristorcelli auprès de nos confrères de Marsactu au mois d’avril dernier. De quoi, surtout, équilibrer ce chantier à 68 millions d’euros : tandis que l’entreprise a reçu 27 millions de subsides publics du Centre national du cinéma (CNC), le site d’information révélait que la Foncière percevrait 43 millions d’euros de la part d’Edged Energy pour l’exploitation sur cinquante ans de son data center.

    Prévu pour être livré fin 2028 avec un chantier engagé avant la fin de l’année selon la note de présentation non technique consultée par La Marseillaise, le centre de données doit occuper une surface de plancher de 21 900 m² sur trois étages, avec la création de 30 emplois directs. Tandis que l’entreprise promet l’installation de plantes grimpantes et de panneaux photovoltaïques sur sa façade haute de 33 mètres, « les bâtiments historiques de l’usine Saint-Louis seront en partie conservés et réhabilités », esquisse aussi la présentation. Ordonnées en 2021 par la préfecture, les démolitions « illégales » d’éléments patrimoniaux classés remarquables de l’usine historique ont été interdites par la municipalité en 2024. Mais tandis que 12 groupes électrogènes de secours d’une puissance électrique de 98 mégawatts doivent être installés sur le data center, « les risques sanitaires aigus induits par les rejets atmosphériques du site sont non significatifs », promet l’entreprise états-unienne, qui assure aussi travailler avec la municipalité pour récupérer la chaleur fatale des serveurs.

    Plafond sans contrainte

    Surtout, la société indique auprès de La Marseillaise vouloir installer là une puissance informatique totale de 20 mégawatts. Une puissance largement supérieure au plafond posé dans le schéma d’orientations de la Métropole « pour un accueil vertueux des data centers » voté le 1er juillet 2025. « En tissu urbain dense, seuls les projets en dessous de 12MW seront étudiés », posait l’institution (notre édition du 26/06/25), dans un document certes non contraignant face aux carences de la législation. « Nous sommes en dialogue constant avec les différents services instructeurs, dont ceux de la Métropole, dans le cadre de l’instruction du projet », répond Edged Energy en renvoyant vers la future consultation publique. Quant à la municipalité qui doit délivrer les autorisations d’urbanisme, elle évacue rapidement : « Le permis de construire est en cours d’instruction et il n’est donc pas possible de communiquer sur le sujet ».

    « Nous sommes en dialogue constant avec les différents services instructeurs. »

  • [Entretien] Frédéric Mazer, éleveur et co-président national du Modef : « Déclarer l’alimentation d’utilité publique »

    [Entretien] Frédéric Mazer, éleveur et co-président national du Modef : « Déclarer l’alimentation d’utilité publique »

    La Marseillaise : Vous dites que l’agriculture est en train de mourir. Qu’est ce qui vous rend si alarmiste ?

    Frédéric Mazer : Ce n’est pas toute l’agriculture qui est en train de mourir, c’est l’agriculture familiale que nous défendons au Modef. C’est programmé mais on a l’impression que quelque chose se passe. Il y a une attaque franche qui est portée, surtout contre l’élevage familial. On veut alerter les citoyens là-dessus. Les politiques passent à côté de l’épisode de sécheresse parce que les bonnes mesures sous-entendent une rupture avec les choix économiques actuels. Il faut déclarer l’agriculture et l’alimentation d’utilité publique et arrêter avec le libre-échange. Si on rend les choses obligatoires, il ne sera plus question d’économie de marché. Une majorité d’agriculteurs sont pour cela mais se heurtent à une espèce d’épouvantail de l’agriculture administrée. Or, on vit déjà dans une agriculture administrée, notamment l’élevage français. Le premier budget de l’Europe c’est la PAC [Politique agricole commune, Ndlr.]. Le problème c’est que la PAC c’est la course à l’hectare, à l’agrandissement pour obtenir davantage d’aides. Ce n’est pas une politique d’aménagement du territoire. La trajectoire actuelle c’est 50 000 paysans en moins. Pourtant, il serait possible dès 2030 de revenir à un million de paysans en France comme au début des années 90 (contre 430 000 aujourd’hui).

    Quels sont les secteurs agricoles les plus touchés par la sécheresse et la canicule ?

    F.M. : Aucun secteur agricole n’est épargné ! Quand vous bousculez ainsi la nature… Tous les secteurs sont touchés. Pour la vigne, s’il ne pleut pas d’ici les vendanges, ça va être une catastrophe. Il n’y aura pas de rendement et la qualité ne sera pas au rendez-vous parce que les raisins sont secs. Le muscat a commencé à être vendangé le 24 juillet, c’est historique. Certains ne vendangent pas mûr, de peur de tout perdre. Dans l’élevage tout le monde a entamé les réserves de l’hiver car il n’y a plus rien dehors. Côté maraîchage, il faut savoir qu’au-delà de 36 degrés une plante ne fait plus de photosynthèse, elle se met au repos. Plus grand-chose ne se passe, on va devoir importer à tour de bras. Pour le lait, on arrive à s’en sortir grâce aux bâtiments. Mais les services d’équarrissage sont submergés avec le taux de mortalité des poulets et des porcs. Les paysans ont même été autorisés à enterrer chez eux les cadavres des bêtes. Enfin, les apiculteurs s’en sont à peu près bien sortis sur les premières récoltes. Mais après mi-juillet, les abeilles ne pouvaient plus sortir, il faisait trop chaud. Elles ont attaqué les réserves de miel.

    Comment les agriculteurs peuvent-ils s’adapter en attendant que le gouvernement ne réagisse ?

    F.M. : Il n’y a pas grand-chose à faire à part mettre les bêtes à l’ombre, les nourrir dans les bâtiments. L’irrigation, ça sert jusqu’à un certain point mais arrive un moment où les plantes crèvent quand même. La seule chose à faire c’est prendre des mesures pour diminuer nos gaz à effets de serre et limiter le réchauffement climatique. On n’est qu’au début, il faut inciter les responsables politiques à prendre des résolutions.

    En quoi consisterait la loi canicule que vous souhaitez ? Qu’est-ce qu’un « véritable régime public et de prévention face aux aléas climatiques » que propose le député PCF Julien Brugerolles ?

    F.M. : Déjà partons d’où on est. Le système assurantiel actuel est mixé public/privé. Si un agriculteur accuse moins de 30% de pertes, le privé prend en charge mais si vous n’avez pas d’assurance, vous ne touchez rien. Entre 30 et 50% de pertes, il y a un partage entre privé et un fonds européen. Au-delà, c’est la solidarité nationale qui prend en charge les pertes supérieures à 50%. L’assurance multirisques privée est prise en charge par la PAC à hauteur de 70%. Au Modef, on dit que ce n’est pas possible ainsi. Certains agriculteurs sont tellement en difficulté qu’ils ont arrêté de prendre une assurance privée. Pour eux, c’est donc la double peine : perte de récolte et pas de compensation. On propose une prise en charge des calamités agricoles via le fonds européen et un fonds national français de 2 milliards d’euros, abondé par une taxe sur les émetteurs de gaz à effets de serre. Il faut que les pollueurs payent. Sinon Total Energies et les autres ne comprendront jamais. À court terme, il faut aider les éleveurs à acheter du fourrage, sans quoi ils vont vendre des bêtes. Avec les vautours qui rôdent, cela crée déjà une chute des cours de la viande. La proposition de loi de Julien Brugerolles, avec qui on a discuté en juin, reprend plusieurs de nos propositions.

    La récente loi votée à la demande des principaux syndicats ne va pas dans le sens d’une agriculture familiale ni du revenu des agriculteurs…

    F.M. : Cette loi est une catastrophe. Elle ne correspond qu’aux demandes des centrales de la FNSEA : les grands céréaliers, laitiers, producteurs industriels de porcs, volailles. Ce sont eux qui ont réclamé qu’on augmente les plafonds des ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement) pour que les grandes exploitations puissent s’agrandir encore. La presse a beaucoup repris la réintroduction d’insecticides comme l’acétamipride, qui fait courir un risque aux abeilles notamment. Mais il y a dans cette loi des choses beaucoup plus graves sur l’agro-industrie.

    Le stockage de l’eau ? En soi, on est pour. En Cévennes, les anciens ont toujours fait des retenues d’eau l’hiver. Mais l’eau qui court, pas celle qui va dans la terre ! Les dossiers retoqués sont ceux de bassines qui concernent des pompages dans une nappe phréatique. Il n’en est pas question. On peut irriguer jusqu’à 35-40 degrés. Mais avec le réchauffement climatique, quoi qu’il en soit, ça ne suffira pas. Il faut s’adapter et arrêter de faire croire qu’on peut faire comme avant.

    Les syndicats dominants ne sont-ils pas un frein au changement de modèle que vous espérez ?

    F.M. : Bien sûr qu’ils sont un obstacle. À la différence de la Coordination rurale qui, comme l’extrême droite, n’a pas d’idée pour l’agriculture, la FNSEA veut qu’on fonce dans ce qu’on sait faire industriellement. Et tant pis si le reste doit disparaître. C’est une ligne hyperlibérale avec les sous de l’Europe. Mais c’est plus compliqué. Les agriculteurs ont toujours été conservateurs. Une immense majorité a toujours été de droite. On assiste à une polarisation entre ceux qui ont compris ce qu’il se passe et ceux qui le constatent mais ne veulent rien changer. On oppose souvent le rural au citadin, l’écolo à l’agriculteur car la survie politique du système en dépend. Il faut être plus pédagogue, plus pragmatique. Sur le terrain c’est le cas. Nos débats à la Chambre d’agriculture du Gard sont concrets par rapport aux discours nationaux. On trouve ensemble des solutions pour rentrer le raisin, protéger les bêtes. Pourquoi ça coince ? Il y a aussi une dimension de confort. La mécanisation a diminué la pénibilité. La remise en question de notre modèle en raison du réchauffement climatique est vécue comme un déclassement social.

  • L’agriculture occitane face aux sécheresses

    L’agriculture occitane face aux sécheresses

    « Le nombre de jours secs devrait encore augmenter de 25% si les émissions suivent leur trajectoire actuelle, et jusqu’à 50% selon le scénario le plus pessimiste. » En septembre 2024, le Réseau action climat* (Rac) dresse, dans un rapport, un panorama des conséquences du changement climatique dans toutes les régions. Si l’impact est général, l’Occitanie est particulièrement touchée par la sécheresse. Ainsi, la surface moyenne concernée par la sécheresse a triplé depuis 1960, souligne le Rac. Une réalité qui se confirme cet été 2026 marqué par des températures records et des canicules à répétition.

    Mardi 4 août, Météo-France a annoncé qu’avec une température moyenne de 24,9°C, le mois de juillet dépasse les précédents records de la canicule d’août 2003 (24,8°C) et de juillet 2006 (24,4°C). L’excédent de température par rapport aux normales (période 1991-2020) – qui interviennent elles-mêmes dans un climat déjà réchauffé par les activités humaines – atteint, comme en juin, +3,8°C. « Il s’agit de la deuxième anomalie mensuelle la plus élevée » jamais enregistrée après celle de février 1990 (+4°C), indique le prévisionniste national dans un communiqué.

    Faire face à ce réchauffement est un défi pour la première région française en nombre d’exploitations agricoles : plus de 64 000, réparties sur 3,1 millions d’hectares de surface agricole répertoriée en 2020. Avec une grande diversité : viticulture, élevage, fruits et légumes, grandes cultures… L’agriculture représente 165 000 emplois, ce qui en fait le premier secteur économique de l’Occitanie.

    Conséquence directe des sécheresses majeures, les usages de l’eau sont fortement impactés. Aujourd’hui, 80% de la France métropolitaine est soumise à des restrictions d’eau. C’est aussi le cas des territoires d’outre-mer. Dans le département du Gard, le préfet Jérôme Bonet « après avoir réuni un Comité de la ressource en eau (CRE), a décidé de renforcer les mesures de restrictions sur les bassins-versants du Virdoule et des Gardons amont et aval », indiquaient les services de l’État en début de semaine. Le CRE devait se réunir le 6 août « afin d’évaluer la nécessité d’ajuster ces mesures de restriction sur l’ensemble du département ». Le niveau le plus élevé des restrictions concerne le bassin-versant du fleuve Hérault amont, placé en niveau de restriction d’eau « crise ». C’est-à-dire que « seuls sont autorisés les usages prioritaires de l’eau, concourant à l’alimentation en eau potable des populations, à la survie des espèces aquatiques, à l’abreuvement des animaux, à la sécurité civile et à la salubrité publique. Des demandes de dérogations, encadrées, sont possibles au bénéfice de l’irrigation agricole », précise la préfecture. Dans l’Hérault, le bassin-versant du Jaur, qui prend sa source à Saint-Pons-de-Thomières, est aussi placé au niveau le plus haut.

    S’adapter ou mourir ?

    Le Rac mentionne dans son rapport les études du Réseau d’expertise sur les changements climatiques en Occitanie (Reco) sur cette question de l’accès à l’eau : « Les conflits liés à la ressource en eau devraient augmenter, et les différents types d’usages seront tous impactés : domestique, agricole, industriel, énergétique… Or dans certains cas, la demande en eau pourrait augmenter du fait du changement climatique. » Et de citer l’exemple du canal de Gignac, sur le bassin-versant de l’Hérault, où « la demande en eau pour l’irrigation agricole pourrait augmenter de 11 à 48% ».

    Les conflits liés à l’eau sont très médiatisés par certains syndicats agricoles comme la Coordination rurale (proche de l’extrême droite) alors que moins de 7% des surfaces agricoles sont irriguées. Sauf que l’absence de pluie, notamment en Occitanie, fait monter la pression. José Pérez, président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne, incite les agriculteurs à passer outre les restrictions. « N’hésitez pas à irriguer, on viendra sortir ceux qui nous contrôlent », a-t-il déclaré récemment.

    Loin des discours démagogiques, pour le Reco, « la gestion de l’eau et notamment les usages agricoles devront être repensés pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques ». L’adaptation est déjà à l’œuvre. Des viticulteurs de l’Aude et des Pyrénées-Orientales ont exceptionnellement commencé leurs vendanges fin juillet. Le Réseau action climat ne dresse pas simplement un constat, mais fait aussi des propositions. « L’une de ces réponses durables est le développement des pratiques agroécologiques, dont l’agriculture biologique. Selon le dernier rapport du Giec, ces approches “peuvent renforcer la résilience au change ment climatique, avec de multiples cobénéfices”. Elles offrent en effet une plus forte résistance aux événements extrêmes. » Et de citer, par exemple, la diversification « des cultures en intégrant notamment les cultures de légumineuses, qui permettent un meilleur maintien de la matière organique dans les sols, et allonger leurs durées de rotations ». Des actions concrètes donc, comme les études sur les cépages pour écrire l’avenir de l’agriculture occitane.

    * Créé en 1996 à l’initiative de France Nature Environnement, WWF, Greenpeace et les Amis de la Terre, le Réseau action climat fédère 27 associations nationales.

  • Deux offres de reprise pour le verrier Duralex

    Deux offres de reprise pour le verrier Duralex

    Les candidats avaient jusqu’à jeudi midi pour se manifester : deux ans seulement après sa reprise par les salariés sous forme de Scop (société coopérative et participative), Duralex joue à nouveau son avenir devant le tribunal de commerce d’Orléans. La verrerie de la Chapelle-Saint-Mesmin, dans le Loiret, placée en redressement judiciaire le 1er juin dernier pour cause de « tensions de trésorerie », cherche un repreneur.

    Parmi les candidats révélés à l’heure où nous écrivons ces lignes, le groupe français Carlesimo, spécialisé dans la fonderie et la transformation de matériaux, qui avait annoncé à ICI Orléans le 10 juillet dernier être « prêt à investir cinq millions d’euros de fonds propres pour relancer Duralex ». Mais aussi l’entrepreneur Cédric Meston, qui a racheté Tupperware France l’an dernier et s’était également positionné sur Brandt, en vain.

    Quand Jean-Christophe Chanjou, le fondateur d’APAr, a indiqué se retirer de la course estimant, ce jeudi matin sur BFM Business que « le niveau d’investissement à réaliser pour remettre l’entreprise à niveau nous semble démesuré ». « Le critère fondamental, c’est la viabilité, est-ce que je peux tenir mes engagements, payer les salaires, mes créanciers. Les hypothèses que j’ai faites pour sortir l’entreprise de l’eau me semblent avec mes moyens pas réalisables », a-t-il précisé sur la chaîne.

    250 salariés dans l’incertitude

    Pour les 250 salariés du site c’est une nouvelle période d’incertitude qui s’ouvre. C’est la troisième fois en six ans – et la cinquième en moins de vingt ans – que l’emblématique verrerie fondée en 1945 est placée en redressement judiciaire. 60% des travailleurs de l’usine avaient investi dans la coopérative, soutenue, y compris financièrement, par la région Centre-Val de Loire et Orléans Métropole.

    « Il n’est pas envisageable qu’une nouvelle industrie en France connaisse le même sort que toutes les autres avec ses milliers de travailleuses et de travailleurs et leur famille jetés à la rue ! À l’image de Brandt et de ses 700 travailleuses et travailleurs, la casse industrielle, le chômage de masse et la perte de souveraineté dans la production industrielle n’ont que trop duré. Les salariés ne sont pas des variables d’ajustement et ne veulent plus perdre leur vie à essayer de la gagner », alertait il y a un mois déjà dans un communiqué l’UD CGT 45.

    Pour le syndicat, « l’industrie verrière a un avenir en France et l’engouement de la population française et mondiale pour cette marque emblématique Duralex, symbole du “made in France” est porteur de perspectives solides et viables ». En atteste la levée de fonds lancée à l’automne dernier avait enregistré près de 20 millions d’euros de promesses d’investissement d’environ 20 000 particuliers. Si les Français sont attachés aux verres incassables qui évoquent l’enfance, les investissements pour sauver l’outil de production et ses salariés sont nécessaires. L’audience est prévue le 17 septembre prochain.

  • Prédation du loup : les éleveurs laissent éclater leur colère

    Prédation du loup : les éleveurs laissent éclater leur colère

    « Prédation, un mensonge d’État », c’était ce que l’on pouvait lire sur la banderole attachée aux grilles de la préfecture de Gap, ce mercredi soir. La manifestation a réuni près de 250 personnes, principalement issues des Jeunes Agriculteurs et de la FDSEA, même s’il y avait des représentants de la Coordination rurale et un élu de la Confédération paysanne. Les porte-parole des agriculteurs ont rencontré la sous-préfète pour exprimer leur colère et attendre une réponse de l’État sur sa gestion du loup. Fin juillet, trois personnes ont été arrêtées à Cervières, soupçonnées d’avoir abattu illégalement neuf loups en mars dernier. L’arrestation et le procès à venir ne sont pas les déclencheurs de ce mécontentement mais l’étincelle qui a fait exploser une colère accumulée. « Aujourd’hui, on dénombre trois attaques par jour. La prédation est à un tel niveau de pression, depuis tellement longtemps, il y a des gens qui sont tellement acculés, qu’on arrive à un moment où des choses illégales se produisent, forcément ! », dénonce la présidente de la FDSEA 05, Christel Gagliardo.

    « Surpopulation »

    Si les populations de loup sont estimées autour des 1 000 individus en France, les syndicats accusent l’Office français de la biodiversité (OFB) de cacher les effectifs réels. « Un chiffre sur l’évolution de la prédation : il y a une dizaine d’années c’était seulement les départements de l’arc alpin, l’année dernière c’était 62 ou 63 départements avec au moins un constat de dommage pour un total d’entre 12 000 et 13 000 victimes nationales. On passe d’une dizaine de départements à 63 en moins de dix ans. Il y a une réelle problématique nationale sur la prédation », développe Edouard Pierre, secrétaire de la FDSEA 05. Déjà, en mai, une louve capturée en Seine-Maritime, avait été relâchée dans l’arc alpin, au grand dam des éleveurs. L’animal a été abattu dans un tir de prélèvement en juillet dans les Alpes-de-Haute-Provence, mais l’épisode est symptomatique d’un manque de transparence que les éleveurs reprochent à l’OFB. « C’est une espèce protégée, donc on n’a pas le droit de la capturer, de la déplacer. A priori, ces deux choses ont été faites. Donc on veut des explications. Et pourquoi la déplacer dans l’arc alpin où l’on subit déjà beaucoup de pression ? », questionne Edouard Pierre.

    Pour lui, l’État sous-estime les conséquences économiques de la prédation du loup pour les éleveurs. « Les exploitations sont impactées, malgré le remboursement des moyens de protection à hauteur de 80%, il y a 2 millions qui restent à charge des exploitations tous les ans, sans compter toutes les bêtes qui ne sont pas prises en compte », rappelle-t-il.

    Les quotas d’abattage en question

    Autre motif de mécontentement : le système de plafond annuel de loups pouvant être détruits légalement. Pour éviter une mortalité excessive, les autorités tiennent des plafonds pour limiter le nombre de tirs de défense des agriculteurs, qui, eux, plaident plutôt pour un principe de défense locale sans plafond. « Nous, on dit que 100% des loups devraient être tués en situation d’attaque, et pas n’importe où, ou six mois après comme c’est le cas d’une bonne partie des loups prélevés actuellement, pose Thomas Raso, représentant de la Confédération Paysanne. Aujourd’hui, on a plusieurs attaques dans un même endroit, on est dans la bonne zone, on a fait les papiers, on devrait pouvoir faire un tir mais on nous dit qu’on ne peut pas parce qu’on a déjà prélevé deux loups ailleurs en France et que le nombre maximum a été atteint. Résultat, l’éleveur ne peut qu’aller ramasser ses carcasses. » Les représentants agricoles ont dit ressortir sans réponse concrète de la sous-préfète, il y a donc fort à parier que la manifestation de mercredi ne sera pas la dernière.