Category: culture

  • À Marseille, riches vacances scolaires dans les musées

    À Marseille, riches vacances scolaires dans les musées

    Alors que l’hiver démarre et les frimas poussent à la paresse, pourquoi ne pas aller faire un tour au musée afin d’éviter que les minots ne tournent trop en rond ou qu’ils fassent une pause dans leur déglutition de friandises ? Au Mucem, plus qu’une quinzaine de jours pour aller s’alanguir et s’instruire devant Lire le ciel. Une exposition qui retrace l’histoire du regard porté sur les étoiles depuis l’Antiquité. C’est dans ce cadre que le musée de société marseillais propose une série d’activités dédiées à la jeunesse jusqu’au 4 janvier. Tandis que des visites guidées et contées plongeant les enfants, dès 4 ans, dans les mythes stellaires et autres « histoires astrologiques » auront lieu du 26 décembre au 3 janvier, le Mucem accueillera aussi à deux reprises Nadir. Un spectacle « poétique et sensoriel » avec projections d’« images célestes » dans les pas d’une petite fille qui « étudie le ciel et les constellations pour surmonter sa peur du noir ». Car Nadir désigne par ailleurs, indique le programme, « à la fois le point opposé au zénith en astronomie et un prénom d’origine arabe signifiant celui qui avertit ». Nimbé de l’univers des musiques proche-orientales, un voyage dans les étoiles guidé par Elsa Hourcade et ses cinq équipiers. Le musée dentelé situé sur le J4 sera aussi habité par les étoiles, le 31 décembre à 15h, avec la conférence spectacle Raoul Lala et les mystères du ciel, dans laquelle cette marionnette marseillaise « anime une drôle de conférence en direct des étoiles pour raconter aux enfants l’exposition ».

    De Borély au Muséum

    En ce qui concerne le réseau municipal des musées de Marseille, les propositions sont aussi nombreuses. C’est au Château Borély qu’on en compte le plus avec un panel d’activités s’inscrivant dans le sillage de l’exposition Infiniment bleu, qui explore l’histoire de cette couleur du XVIIIe à nos jours à travers la mode, la faïence, les arts graphiques et les bijoux. Prochain rendez-vous mardi 23 décembre à 10h avec l’atelier ludique « Mémo, loto & co » qui invite les tout-petits à user de leurs « capacités d’observation » en « jouant au cœur » du parcours. Le samedi 27 décembre, les minots pourront aussi participer aux Olympiades d’Apollon, jeu de l’oie géant déployé dans ce château où se cache « un cortège de nymphes, muses et autres divinités de l’Olympe ». Sous le nom de Sacrebleu, des visites guidées, parsemées de jeux et devinettes, auront également lieu le 23 décembre.

    Du côté du Muséum d’histoire naturelle, la visite valait déjà le coup pour l’exposition Aliçe et les drôles d’oiseaux, qu’il abrite depuis quelques jours. Une triple plongée dans l’univers du roman de Lewis Caroll Alice au pays des merveilles, dans celui du plasticien qui la réalise, Bernard Briançon, ainsi que dans les collections du Muséum. En plus de cela, un spectacle de contes y sera programmé les 24 et 26 décembre à 10h, autour des Nouvelles aventures d’Alice de Suzanne Barbaroux. Des visites « flash » de ce parcours aux accents délicieusement surannés et poétiques, ainsi qu’une série de « Petits jeux du Muséum », quizz ayant trait à l’exposition ont aussi lieu tous les jours jusqu’au 4 janvier, excepté les 25 décembre et 1er janvier.

    D’autres musées municipaux offriront eux aussi quelques activités, mais dans une moindre mesure parmi lesquels celui des Beaux-Arts et son « Mystère au musée », jeu de piste autour de ses trésors cachés.

  • Claude Viallat fait tourner la forme et les couleurs à Toulon

    Claude Viallat fait tourner la forme et les couleurs à Toulon

    Dans bon nombre d’œuvres présentées dans l’exposition », écrit Michel Hilaire, commissaire d’Avatar 2005 – 2025, visible jusqu’au 25 avril 2026 à l’Hôtel des arts de Toulon, « Claude Viallat malmène la forme, n’hésitant pas à la rogner, la déchiqueter ou la tourner dans tous les sens. Il joue volontiers sur la notion de vide et de plein à travers des raboutages inattendus ou incongrus ». Ce parcours s’inscrivant « dans la continuité » d’une exposition précédente réalisée il y a 20 ans, « se veut aussi un hommage à Jean Fournier (1922-2006) qui fut le marchand de Viallat de 1967 à 1997 ». Sa peinture acrylique vient se déployer tour à tour sur des draps, bâches militaires et autres fragments de tentes et tissus, dans un geste chatoyant.

    Les goûts et les couleurs

    Comme le rappelle le conservateur général honoraire du patrimoine Claude Hilaire, Claude Viallat résume son art ainsi : « Ma peinture prolifère, elle éclate, elle part dans tous les sens. Elle joue en tressé et en ébouriffé ». Parmi les pionniers et fondateurs du mouvement Support/Surfaces à la fin des années 1960, Claude Viallat se place aussi dans les pas de « grands maîtres de la couleur, depuis Delacroix en passant par les fauves (Derain, Matisse, Chabaud) jusqu’à Simon Hantaï », estime le commissaire de l’exposition. Le résultat, que les visiteurs ont le loisir de contempler dans cette exposition, se matérialise par une tempête d’éléments et formes bigarrés qui font souffler dans ses toiles le vent d’une abstraction toujours en mouvement depuis 60 ans. Un affranchi de l’art qui dit, indique Claude Hilaire : « Il y a des moments où le travail se tend, à une rigueur, et il y a des moments où il se lâche et redevient plus rigoureux, et ainsi de suite (…) J’essaie de jouer avec le goût, de jouer avec le mauvais goût ».

    Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h. Entrée gratuite

  • [Autobiographie] Il y a ceux qui font les films et ceux qui les rendent possibles

    [Autobiographie] Il y a ceux qui font les films et ceux qui les rendent possibles

    Qui dit cinéma, dit acteur principal, réalisateur, et public. Pourtant, ces trois inséparables n’existeraient pas si un homme n’avait pas assuré le financement d’un film. Robert Evans fait partie de ces hommes, et sans lui vous n’auriez jamais pu voir Le Parrain, ou Chinatown. Si vous voulez connaître l’homme derrière le producteur, et voir à quel point ils se superposent, alors lisez son autobiographie, traduite par Marianne Véron, préfacée par Fabrice Gaignault et Peter Bart. En la lisant, vous découvrirez que Evans n’a pas seulement lu des scénarios et tiré des billets verts de sa bourse, mais qu’il a aussi été un maître dans l’art de se raconter, de faire revivre des souvenirs personnels, de nous régaler d’anecdotes.

    Il voulait nous surprendre avec de l’inattendu, lâcher sa plume sur le papier avec la rudesse du grognement de l’homme des cavernes, le ronronnement du chat, le sifflement du serpent à sonnette, le son d’un oiseau qui s’abat du ciel… c’est réussi !.. Un livre exact, sincère et complet, qui nous fait revivre une époque où les stars n’étaient pas la création d’une intelligence artificielle. Époque qui a permis à un homme, distributeur de dollars (auxquels il confère le titre de meilleurs associés) de mettre des images en mouvement. Le 26 octobre 2019, à Beverly Hills, la Faucheuse ordonna le Clap de fin, mais sur les écrans, qu’ils soient petits ou grands,
    les films qu’il a produits
    continuent d’être au programme, et de tenir le haut de l’affiche.

    Séguier, 24,90 euros

  • [Le coin du roman] Il y a cent ans mourait un peintre-écrivain suisse naturalisé français

    [Le coin du roman] Il y a cent ans mourait un peintre-écrivain suisse naturalisé français

    Dans son Journal, celui dont les biographes saluèrent le refus des conventions, et dont ceux qui le connaissaient disaient qu’il avait des gestes sobres, des paroles mesurées qui firent de lui un observateur aigu et exercé, écrivait : « La vie est une fumée ; on se débat, on s’illusionne, on s’accroche à des fantômes qui cèdent sous la main, – et la mort est là… » Quatre ans plus tard, il décédait des suites d’une opération. Il avait soixante ans. Peu savent pourtant que l’artiste aux mille sept cents peintures, parmi lesquelles La Bibliothèque, Le Concierge, Étude de fesses ou Soir sur le Léman, fut aussi romancier et dramaturge. Ce sont ses fictions, et ses pièces de théâtre, annotées par d’éminents spécialistes, qui vous sont données à lire.

    Le pinceau pour la plume

    Est-ce parce que le romancier Octave Mirbeau le tenait pour un des artistes les plus personnels de sa génération, et voyait en lui un homme qui réfléchit, qu’il changea le pinceau pour la plume ? Nous ne saurions le dire, même s’il nous arrive de le penser. Quatorze œuvres figurent dans cet ouvrage, aussi nous est-il difficile de les présenter toutes. Nous nous limiterons à sa plus célèbre La Vie meurtrière qui met en scène un peintre suicidé qui laisse un manuscrit au commissaire chargé de l’enquête. Inutile de vous dire que les pages ne sont pas décorées avec des pétales de roses. Qu’importe ! puisqu’elles dégagent un véritable talent d’écrivain. Le parfait cadeau de Noël pour ceux qui préfèrent le spectacle des faiblesses humaines, au « feel-good » qui nous invite à partager sa vision positive de la vie.

    Zoé, 39 euros

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mucem, Don Quichotte s’éloigne, Sancho se soulage

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mucem, Don Quichotte s’éloigne, Sancho se soulage

    On raconte que sur ce panneau, des couleurs sourdes, des bruns et des verts sont majoritairement utilisés. Les enchevêtrements d’une lumière blanche retrouvent le sillon de la route empruntée par le chevalier errant. Sur ces chemins et ces terres, avec ses arbres et ses buissons, le paysage est implacablement aride. Le cartel indique les noms des deux personnages, l’institution muséale admire le « crayon rapide et nerveux » d’Honoré Daumier, préfère commenter « la gamme réduite des couleurs ».

    L’épisode du roman de Cervantès que Daumier a voulu illustrer et le positionnement de Sancho Pança sont pourtant explicites. Il a très vite quitté son pantalon. En dépit du tronc et des feuilles d’un arbre qui masque les fesses de l’écuyer, la situation des figurants est cocasse, basiquement triviale. Chacun anticipe l’avenir immédiat. Le maître et son serviteur viennent de percevoir l’énorme bruit que produisent les ailes d’une quarantaine de moulins à vent. En fond de tableau presque nu, juché sur son cheval efflanqué, isolé et sans appui, s’imaginant porteur de vérité, Don Quichotte balise imperturbablement son aventure. Par contre, Sancho Pança s’effraie énormément. Sa peur l’oblige, il a précipitamment abandonné les besaces de sa lourde monture. Il aimerait que son maître ne se retourne pas, ses craintes ne s’apaiseront jamais. On aperçoit, en profil et gros plan, sa casquette et sa trogne joufflue. Le reste de son corps n’est pas visible.

    « Que sont mes amis devenus / que j’avais de si près tenus ? ». On esquissera une curieuse hypothèse. Imprudente, foncièrement affective et tendre, une réponse à la manière de Rutebeuf et de Joan Baez serait formulée par les responsables de l’exposition, Aude Fanlo et Helia Paukner. Les conservatrices du Mucem ont accroché en fin de parcours l’épilogue d’un second tableau de Daumier, emprunté à Orsay : au sortir d’un col, Don Quichotte et Sancho, s’approchent du sinistre cadavre d’une mule. Ces inséparables pèlerins, ces frères d’infortune qui disparaîtront, on aimerait pouvoir affirmer que ce soient Daumier ainsi qu’une complainte médiévale qui les rendra inoubliables : « Ce sont amis que vent me porte / et il ventait devant ma porte/ les emporta. »

    Don Quichotte et Sancho Pançade Daumier

    24 x 31 cm

  • [Rétro 2025] Hérault : avec des budgets sabrés, la culture en grand danger

    [Rétro 2025] Hérault : avec des budgets sabrés, la culture en grand danger

    « Un plan social du spectacle vivant. » Pour la directrice du théâtre Molière à Sète Sandrine Mini, l’année 2025 fut funeste pour la culture. Premier responsable : l’État, qui s’est lancé dans une vague austéritaire – dont 250 millions d’euros pour la culture – impactant également les collectivités locales et les obligeant à réaliser des coupes drastiques dans leurs budgets. Mais c’est sans doute la décision du président du Département de l’Hérault Kléber Mesquida (PS) qui a mis le feu aux poudres. En annonçant supprimer 100% des subventions non-obligatoires du secteur culturel, ce dernier avait provoqué une forte mobilisation des acteurs héraultais, en mars, venus se battre pour sauver les meubles. Des meubles un peu sauvés puisqu’au final, la baisse des subventions a été moindre que prévue. L’Hérault n’est pas seul sur le banc des accusés. Tous ont dû faire les frais des mauvais choix de l’État – La Marseillaise avait organisé un débat sur le sujet, à Nîmes le 11 mars. La Région Occitanie a baissé de 5% les aides accordées aux grosses structures, le Gard semble avoir un peu mieux résisté bien qu’annonçant réduire de 100 000 euros la voilure de son budget culturel et déprogrammer des événements.

  • [Le coin de la bande dessinée] Trafic de drogue, l’histoire d’un fléau destructeur

    [Le coin de la bande dessinée] Trafic de drogue, l’histoire d’un fléau destructeur

    Des États-Unis et de l’Amérique du Sud jusqu’au point stup en bas de chez soi, alors que le narcotrafic devenu un sujet médiatique majeur explose partout, cette vaste enquête signée Jean-Pierre Pécau au scénario et Nicolas Otero au dessin retrace l’histoire des drogues depuis la nuit des temps et leur impact sur nos sociétés. De l’utilisation par les chamanes de champignons hallucinogènes à l’Angleterre victorienne véritable narco-état qui a mené les guerres de l’opium à la Chine pour écouler sa production de pavot qui y avait été interdite jusqu’à la crise actuelle du Fentanyl aux USA, où cette drogue miracle utilisée comme antidouleur est cent fois plus puissante que la cocaïne devenue la première cause de mortalité chez les moins de 30 ans et est le plus important scandale sanitaire de ce siècle, les auteurs démontent à la fois les mécanismes du trafic et l’utilisation de ces drogues… Chez les hommes comme chez les femmes, dans toutes les classes sociales. Pécau et Otero montrent comment chaque nouvelle substance découverte s’installe et se propage, non sans rappeler l’importance des corso-marseillais de la French Connection dont le modèle d’organisation a été repris par tous les cartels actuels. Ils démontrent également que le trafic de drogue est devenu un fait géopolitique majeur, la Chine voyant par exemple dans l’exportation des précurseurs du Fentanyl une revanche sur l’opium qu’on l’a forcée à consommer au XIXe.

  • Le Cirva, lieu d’alliances et d’utopies

    Le Cirva, lieu d’alliances et d’utopies

    Auparavant conservateur du patrimoine au musée Fabre de Montpellier, Stanislas Colodiet dirige depuis septembre 2019 le Cirva de Marseille. L’exposition dont il est co-commissaire avec le MAMC de Saint-Étienne met en évidence les stratégies conviviales du laboratoire de recherche, amorcées depuis 1985 par Françoise Guichon. Le Cirva continue d’être un lieu polyphonique où l’on invente de nouvelles manières de travailler. Dans son atelier, des techniques, des expériences et des savoirs hétérogènes se transforment : c’est un espace flexible doté d’outils et de ressources appropriés, un capital humain capable selon les schémas du philosophe Bruno Latour de « se déplacer en dehors de ses propres murs ».

    Le verre, matière précieuse et mystérieuse

    Courant novembre, Stanislas Colodiet accueillait la belle énergie d’une jeune artiste, Lap Lee Sam qui a représenté les pays nordiques à la Biennale de Venise : sa résidence de plusieurs semaines prépare une installation qui combinera en 2027 dans un musée du Danemark des créations en verre et des échafaudages de bambou. Elle fut précédée au Cirva par une nouvelle génération de découvreurs, des artistes comme Wendy Andreu, Tamar Hirschfeld et Mathilde Rosier dont on retrouve les travaux dans la rétrospective stéphanoise. Une partie de leurs créations fut présentée à Marseille : Tamar Hirscheld inséra temporairement au Palais Longchamp « Des larmes de feu » de couleur bleue, un verre soufflé encadré par des bestioles en pleurs. En Belle de Mai, une coproduction fomentée avec les réserves du Mucem et Mathilde Rosier a semé de manière pérenne sur les façades et dans les soutes du Centre de Conservation et de Ressource une soixantaine d’« œil-graines».

    Parce qu’il connaît admirablement cette collection pour laquelle un travail minutieux d’inventaire et de conservation a nécessité la création d’un nouveau poste du Cirva, Stanislas Colodiet a proposé à son confrère Joris Thomas et au scénographe de Saint-Étienne un parcours souple et rigoureux. On rencontre dans sa partition des thématiques qui évitent un fil conducteur étroitement chronologique. Des pièces des années 80, 2000 ou 2010 – l’omelette norvégienne d’Erik Dietmann, les Kachina testamentaires d’Ettore Sottsaass, les sphères du Planetarium de Jane Serbak, les personnages burlesques de Richard Di Rosa – croisent de plus récentes avancées. En guise d’incipit, on découvre les coudes des tubes, la musique et les bandes dessinées de Jacques Averna. Dans une autre pièce, imitation palissandre et perles de caoutchouc, le collier-talisman du cambodgien Sopheap Pich surgit soudainement.

    Dialoguer dans ce contexte de Saint-Étienne avec des pièces majeures du Cirva est réjouissant. Des jeux d’échos entre les moments d’apparition des travaux et les cartels orientent les regards. Éprouver une nouvelle fois la magie des vases et des décors peints par Guiseppe Caccavale ou bien la relation que Penone construit entre des amas de feuilles et la transparence d’un ongle géant, c’est un vrai privilège. On est invinciblement saisi quand en fin de parcours, on revoit en pénombre les 333 sphères du Petit Ange Rouge de Marseille révélé par James Lee Byars.

    Outre la reprise en Suisse de cette exposition, le Cirva marquera prochainement d’autres points pour mieux assurer sa visibilité. Des prêts vont se conclure avec le Palais des Papes d’Avignon ainsi qu’avec la Triennale de Milan, le Jammel Art Center de Dubaï et la Turquie envisagent des expositions. Fin 2026 l’artiste indien Manish Pushkale est venu travailler au Cirva. Jumana Emil Abboud, artiste née en Palestine, séjournera bientôt à Marseille. Grâce au soutien de la Fondation Hermès, l’avenir reste ouvert, des séquences de formation et d’apprentissage sont maintenues auprès des étudiants des Écoles d’Art de la proche région.

    La liberté et l’indépendance d’un lieu atypique comme le Cirva constituent des atouts infiniment précieux. Tandis que le coût de l’énergie et les frais de fonctionnement de cette aventure collective flambent, depuis 20 ans, les subventions n’ont pas augmenté. On veut croire que l’État et les collectivités sauront évaluer lucidement les enjeux et la fragilité de cette situation.

    Exposition Les collections du Cirva, MAMC, musée d’art contemporain de Saint-Etienne, jusqu’au 15 mars. Exposition reprise entre avril et octobre 2026 au musée Ariena de Genève. Catalogue édité par JBE Books, 39 euros.

  • Un Toulonnais traverse la Tunisie et la Suède… à pieds

    Un Toulonnais traverse la Tunisie et la Suède… à pieds

    Un homme, ses pieds et ses chiens. À 28 ans, Bacem Guizani, jeune aventurier et documentariste originaire de Toulon, voyage léger. Ce passionné de grands espaces et de philosophie, admirateur de Diogène, aspire à « se détacher de son confort. Ça ne m’attire pas de dormir dans un Airbnb, ce n’est pas une question d’ego ».

    Une soif de découverte née en 2022, lorsque le jeune homme traverse une partie de la Tunisie à pieds, avec ses deux chiens, Iggy et Dante, pour se recueillir sur la tombe de son père. « Je n’avais jamais vraiment voyagé. Ça m’a mis une claque et donné envie d’en voir davantage », décrit-il. Un mois après, en novembre, il part découvrir l’univers des chiens de traîneau, en Norvège, aux côtés d’un musher français, avec l’idée d’en faire un documentaire. Il y retourne un an plus tard, pour quelques semaines, avant de décider de passer une année entière en Scandinavie, en Suède cette fois, dès septembre 2024.

    Carnets de voyage

    Toujours avec sa caméra au poing, Bacem parcourt 200 km à pieds, direction la Laponie. L’aventure n’est pas sans accroc : il apprend le décès d’un ami qu’il tentait de faire venir en Suède en travaillant, en contrepartie, gratuitement chez une musheuse, qui l’exploite. Il s’enfuit alors, d’abord chez un autre musher, puis pour un nouveau périple, de 900 km, cette fois, à travers le pays. Juste avant de partir, l’un de ses chiens se blesse à la gorge sans être correctement soigné par les vétérinaires suédois, si bien qu’il lui faudra de longs mois et un retour en France pour guérir totalement. « Ça n’a pas été facile, notamment à cause du fait qu’il n’a pas fait nuit pendant deux mois », avoue-t-il.

    De ces aventures maghrébines et arctiques, Bacem Guizani veut tout raconter. Il le fait à travers des photos, des carnets de voyage, disponibles sur son site internet*, et via des documentaires, dans lesquels il met en scène ses chiens, fils rouges de ses expéditions : l’un consacré à son voyage en Tunisie, d’autres aux chiens de traîneau, donc, à l’Arctique Norvégien, à sa traversée de la Suède… Des projets en cours de réalisation, qui viennent s’ajouter à d’autres plus locaux, disponibles sur sa chaîne YouTube. Le dernier en date, soutenu par le Muséum départemental du Var, intitulé Le Las, un fleuve et des chiens, et que le documentariste projette de présenter en festival, nous emmène à la découverte de ce fleuve toulonnais aux multiples surprises. Car « avant de découvrir le monde, émerveillons-nous de ce qu’il y a autour de chez nous », soutient-il. Heureux qui comme Bacem…

    *Infos sur 2dogs1guy.com

  • Un trésor de 1460 fait son retour à Avignon

    Un trésor de 1460 fait son retour à Avignon

    « Livre d’heures d’Hélary-Laudun. » Sur le papier, ou plutôt le parchemin, le titre de cet ouvrage n’est pas très vendeur. Et pourtant, il s’est vendu 93 500 euros, financé à moitié par la Ville et l’État. Un prix hors norme pour un ouvrage qui l’est tout autant et qui vient d’enrichir le patrimoine avignonnais, en l’occurrence la bibliothèque Ceccano et ses 200 000 documents. Il s’agit d’un manuscrit médiéval, enluminé à Avignon autour de 1460, et dans un remarquable état de conservation. « Je suis trop contente », se réjouit Karine Klein, conservatrice des bibliothèques. « Depuis 13 ans que je suis là, c’est la plus belle acquisition », poursuit-elle. « Quand je l’ai reçu, j’ai appelé toute l’équipe pour qu’on le déballe ensemble », raconte la responsable des fonds patrimoniaux. D’une dimension de 180×127 mm, l’ouvrage de 460 pages est conservé dans un boîtier datant, lui, plutôt du XVIIIe siècle.

    Arrivé comme une lettre

    à La Poste

    Plus de 560 ans plus tard, le manuscrit retrouve donc sa terre natale et le giron public. Impossible de remonter la trace de son histoire au-delà de 1968. Le manuscrit était propriété d’une librairie spécialisée américaine à New-York. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est arrivé à Avignon classiquement par La Poste… « On avait le stress en se disant, pourvu qu’il ne se perde pas », redoutait Karine Klein. Très régulièrement, la conservatrice scrute les catalogues de vente spécialisées ou les ventes aux enchères pour faire l’acquisition d’une dizaine de documents par an liés à l’histoire d’Avignon. « J’avais déjà fait d’autres dossiers qui n’ont pu être suivi financièrement mais la ténacité a payé », se réjouit-elle, saluant le geste du libraire : « Au départ le prix était de 120 000 dollars et il a fait un effort car le manuscrit revenait à Avignon. » Et la matière est potentiellement abondante, Avignon ayant été à partir du XVIe siècle un haut lieu d’imprimerie. Auparavant, « il y a eu tout autour de la cour pontificale des enlumineurs, des copistes qui a donné lieu à la naissance d’un courant d’enluminure, l’école d’Avignon, très peu conservé ici », retrace Karine Klein.

    Le fameux manuscrit nouvellement propriété de la Ville est un recueil « en latin de prières de dévotion féminine, on se demande si ce n’est pas la commanditaire, qui a elle-même choisi les prières et les a agencées », se questionne la responsable des fonds patrimoniaux. Les enluminures et feuilles d’or ont encore leurs couleurs éclatantes. « On est sur des pigments naturels et pas chimiques, qui se conservent très bien dans le temps », note-t-elle. Quelques rares historiens de l’art vont certainement se presser à la bibliothèque Ceccano pour enrichir les savoirs sur le rite cistercien ou l’école d’Avignon.

    Mais, reconnaît volontiers Karine Klein, « pour le grand public, ça n’a pas vraiment d’intérêt, ce qui est intéressant en revanche pour la ville d’Avignon, c’est l’histoire de l’objet plus que son contenu ». Le manuscrit pourrait être présenté au public l’an prochain au cours du rendez-vous « Admire ton patrimoine ». « Le public ne vient pas de lui même voir un manuscrit médiéval en latin, on monte des opérations de médiation pour valoriser ce patrimoine », projette Camille Espinasse, responsable de ce secteur.