Category: culture

  • « Specimen », apparitions de marionnettes à Marseille

    « Specimen », apparitions de marionnettes à Marseille

    Quadragénaire employée dans la poissonnerie d’un supermarché depuis des lustres, Mme Afarensis est harassée et humiliée par la tâche. Voilà qu’un matin, son patron « la traite de Cro-Magnon ». Cette goutte d’eau fait déborder le vase de son conditionnement et la propulse ainsi « dans une faille spatiotemporelle qui la fait reculer dans le temps ». Le point de départ de Specimen, création fantastique et marionnettique qui déploie son fil mardi 10 et mercredi 11 mars au Théâtre Joliette. « Elle va avoir des visions. Lui apparaissent des motifs qui ont à voir avec l’évolution de la vie. Elle va reculer dans toutes ses strates jusqu’à la première bactérie qui serait apparue dans un océan il y a des milliards d’années », pose sa metteure en scène et conceptrice, Emilie Flacher.

    Préhistoires

    Appuyant son squelette sur ce texte écrit par Gwendoline Soublin, Specimen fait jaillir ces « visions » à travers des marionnettes à long fil manipulées à distance. Des spectres fantastiques qui stratifient les vies actuelles et passées de Mme Afarensis grâce à quatre acteurs marionnettistes et leur maestro. « On utilise les possibilités du théâtre de marionnettes pour ouvrir les imaginaires et traiter des liens qui existent entre les vivants passés, présents et futurs », développe Emilie Flacher à propos de cette fiction aussi bien poétique et biologique qui explore nos préhistoires pour éclairer l’avenir.

    Mardi 10 mars à 19h et mercredi 11 mars à 18h. Entre 3 et 22 euros. www.theatrejoliette.fr

  • [Entretien] Sébastien Tellier : « Nous sommes les moutons de forces qui nous sont supérieures »

    [Entretien] Sébastien Tellier : « Nous sommes les moutons de forces qui nous sont supérieures »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que vous inspire le fait d’être programmé dans un festival de chanson francophone, vous l’artiste électro qui n’utilisez pourtant pas tout le temps la langue de Molière ?

    Sébastien Tellier : On est facilement cantonné à une case. Ça fait partie du jeu. J’ai été connu du public avec la chanson La ritournelle dans laquelle le chant n’intervient qu’au bout de 5 minutes, et en plus, je chante en anglais. Beaucoup me voient encore par ce prisme car c’est ma chanson la plus connue. Pourtant, j’ai tout le temps adoré chanter en français. Je fais une musique de plus en plus romantique et le français est la langue idéale pour parler d’amour, encore plus dans mon dernier album. Ces chansons romantiques emmènent ma musique dans une clarté apaisante.

    Votre denier opus « Kiss the beast » parle d’amour, hormis peut-être le titre « Mouton ». Un animal plutôt mignon mais un peu con, qui n’a au bout du compte que l’abattoir comme échappatoire. C’est donc ça la vie ?

    S.T. : J’ai l’impression qu’on a une existence qu’on ne maîtrise pas vraiment. On est déjà les marionnettes de notre biologie, de la nature : il faut respirer, manger, dormir… et on est aussi les marionnettes de nos sentiments, de nos peurs… Nous sommes finalement les moutons de forces qui nous sont supérieures. Nous, petits humains, n’avons pas vraiment la main sur nos vies. Nous sommes plus des méduses qui se laissent aller sur le courant, que des dieux qui prendraient leur existence entre leurs mains. Mais sur l’album, il y a aussi une autre chanson, Loup, qui est son pendant. Dans ma vie de tous les jours, je vis comme un mouton. Mais quand je deviens le Sébastien Tellier artiste, j’ai l’impression de maîtriser les choses.

    « Kiss the beast », c’est en fait un album qui vous permet d’embrasser et apprivoiser la bête qui sommeille en vous ?

    S.T. : C’est l’idée. J’ai plusieurs choses à dire dans la même phrase : je suis à la fois le kiss et la beast, le bisou et la bête. Et à travers cette dualité, il faut s’accepter tel que l’on est, accepter son côté sauvage, et l’exprimer. Je trouve aussi dommage que l’humanité entière soit comme frustrée de ne pas pouvoir être la bête qu’elle souhaiterait être. Je constate qu’on est tous sur le frein alors que ça serait tellement mieux si on pouvait se lâcher.

    Un antidote à notre monde ultra-violent, dans les relations humaines comme au niveau géopolitique ?

    S.T. : J’imagine toujours des parcs d’attractions pour adultes, c’est dommage qu’il n’y en ait pas plus. Il faudrait plus voir le monde comme un parc d’attractions que comme un échafaud. On vit une période relativement sombre. Il faut retrouver la lumière et mettre davantage en avant le bien-être.

    La folie contre laquelle chacun de nous lutte a pu être exprimée par l’auteur et poète marseillais Antonin Artaud, dont vous êtes un lecteur fervent…

    S.T. : Artaud, c’est un poète de l’intensité. C’est l’inverse de ce qu’on pourrait appeler de la soupe. C’est presque de la poésie de requin. C’est féroce, hyper stylé. Il y a une recherche profonde de vérité. Quelque chose que j’aime beaucoup chez lui comme chez René Char. J’aime ces mecs qui sont prêts à tout sacrifier pour être au plus près de la vérité.

    Sur « Kiss the beast », vous chantez notamment « J’suis grand, j’suis pur, j’suis sincère. C’est bizarre mais ça plaît pas ». Pourquoi ?

    S.T. : Car c’est parfois douloureux de rentrer dans l’âme de quelqu’un. Cela demande un effort, il faut ouvrir son cœur, alors que les gens, en général, et moi le premier, on aime tout ce qui est facile. En tant que musicien, évidemment que je vais m’acheter des disques rares, écouter du jazz japonais complexe. Mais quand je vais au cinéma, je vais voir des comédies. Dans beaucoup de domaines, les trucs prémâchés marchent beaucoup mieux. Mais je ne vois même pas ça comme une injustice. C’est juste que les gens aiment le confort et ne veulent pas faire d’effort dans le divertissement.

    Jeudi 12 mars à partir de 20h. Places restantes entre 39 et 45 euros. www.festival-avecletemps.com

  • Les trois expositions de la Galerie Negpos à Nîmes

    Les trois expositions de la Galerie Negpos à Nîmes

    D’abord, elle a reprogrammé « Benzine Cyprine », l’exposition de la photographe Kamille Lévêque Jégo. Puis elle a lancé dans la foulée son festival « Les Villes Invisibles ». « Ça s’est très bien passé, nous avons eu beaucoup de monde et beaucoup de soutiens de la part de nombreux partenaires. Maintenant, le rendez-vous est tellement apprécié, qu’il va être ritualisé », s’enthousiasme Patrice Loubon, directeur et fondateur de l’association NegPos.

    Pour clôturer ce festival, le centre d’art et de photographie organise deux expositions. La première, « De l’autre côté du périphérique » est accessible jusqu’au 31 mars au Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) du Gard à Nîmes. Elle traite principalement des questions d’architectures et d’urbanisme et rassemble le travail de plusieurs photographes. « Il y a aussi des pratiques un peu différentes, il n’y a pas que de la photographie. Cette exposition veut montrer comment la ville de Nîmes se développe, sur des perspectives très commerciales aux dépens des terres agricoles, notamment au sud de la ville », prévient Patrice Loubon.

    La deuxième, ARTXINÎM, explore de son côté de l’urbex (l’exploration urbaine) local à travers, là encore, le regard de plusieurs photographes, à découvrir au sein de la galerie Negpos.

    Toujours dans sa galerie, Negpos vient également d’inaugurer la huitième édition de « Ceci n’est pas une photo » qui met à l’honneur l’artiste cubain Jorge Luis Marrero Carbajal. Celui-ci s’est fait connaître en ajoutant ses mains sur des photographies pour leur donner un sens poétique.

    « Comme la main est l’outil premier de l’artiste Jorge Luis Marrero Carbajal met en scène ses mains dans des contextes divers. C’est vraiment un jeu avec les mains. On découvre ainsi l’imaginaire de cet artiste. C’est très introspectif mais c’est aussi très abordable parce qu’il y a beaucoup d’humour », précise Patrice Loubon. Le public a désormais deux mois pour découvrir cette exposition intitulée « Plaisir intime ».

  • Des films d’amour à rudes épreuves à Rousset et Aix

    Des films d’amour à rudes épreuves à Rousset et Aix

    « Écouter les battements du monde à travers une sélection de films intimes, spectaculaires et universels, révélant des cinéastes talentueux et créatifs. » Édictés par sa directrice Sylvia Vaudano, les préceptes du festival Nouv.o.monde dont la 15e édition s’ouvre par la projection des Filles du désir de Princia Car, dans l’amphithéâtre 4 de l’Université d’Aix (entrée libre). Sélectionné lors de la dernière Quinzaine des réalisateurs de Cannes, un drame dans le sillage d’un moniteur de centre aéré, lors d’un été brûlant à Marseille, jusqu’à ce que l’une de ses amies d’enfance, « ex-prostituée, bouleverse et questionne leur équilibre, le rôle de chacun dans le groupe, leur rapport au sexe et à l’amour ». 10 films ainsi qu’une séance de courts-métrages issus de 12 pays nourrissent ce festival qui voguera, le lendemain, vers le cinéma le Mazarin, avec Yellow letters. Réalisé par Ilker Catak, un film autour d’un couple composé d’un professeur à la faculté d’Ankara, et de sa femme, une « célèbre comédienne », qui reçoivent tous deux « une lettre de révocation » de l’État en raison de leur engagement politique.

    À partir du 13 mars, Nouv.o.monde aura pour centre névralgique la salle Émilien- Ventre. Au menu, l’avant-première de Sorda, d’Eva Libertad Garcia, dans les pas d’Angela, « sourde de naissance », et de ses craintes à l’aube d’avoir son premier enfant. À noter également, La gifle, de Frédéric Hambalek, plongée dans les tourments familiaux d’un couple a priori « parfait », mais dont l’équilibre va vaciller « lorsque leur fille développe soudainement des capacités télépathiques ».

  • Entre musique et cinéma, une partition commune à Marseille

    Entre musique et cinéma, une partition commune à Marseille

    Au XVIIIe siècle, à Venise, l’Ospedale della Pieta forme de jeunes musiciennes orphelines, parmi lesquelles la prodige Cecilia, dont la « vie va être bouleversée par l’arrivée » d’un certain Antonio Vivaldi, maître du violon. Réalisé par Damiano Michieletto, Vivaldi et moi fait l’ouverture du festival Music & Cinéma à l’Artplexe, en présence du compositeur de la bande originale, Fabio Massimo Capogrosso, augurant des multiples tandems cinéaste-compositeur de musique de film faisant tout le sel de cette manifestation qui a pour centre névralgique le cinéma situé en haut de la Canebière, du 30 mars au 4 avril.

    Seul festival qui interroge à ce point la relation entre l’image et la musique en Europe, Music & Cinéma verra sa 27e édition irriguée par dix films dans la compétition longs-métrages. « Avec 13 pays représentés, majoritairement d’Europe », campe son président Jacques Sapiega. Figure ainsi à ce menu L’étrangère. Filmé par Gaya Jiji et musique signée Valentin Hadjadj, l’histoire d’une femme qui fuit la Syrie, laissant au pays un enfant et un mari « dans les geôles du régime », destination Bordeaux, où elle tombe amoureuse d’un avocat qui lui vient en aide.

    Rencontres et marché

    Cette mouture conviera également la réalisatrice et comédienne Romane Bohringer comme « invitée d’honneur », tout comme le Britannique Steven Price, « l’un des plus grands compositeurs de musiques de films au monde » à l’origine de Gravity, Baby driver ou Suicide squad, précise Anne-Gaëlle Rodeville, déléguée générale d’un festival aussi nourri par des « Accords en duo ». Explorant « comment musique et image se répondent pour donner vie à un film », une section qui invite cette année Cyriel Aris et Anthony Sahyoun pour Un monde fragile et merveilleux ainsi qu’Olivier Masset-Depasse et Frédéric Vercheval pour Duelles, récompensé il y a quelques années par neuf Magritte du cinéma, l’équivalent belge des César.

    Espace de diffusion et de rencontres avec les équipes de films, Music & Cinéma propose par ailleurs de nombreux dispositifs tels que « le marché international de la composition pour l’image » qui permet à des centaines de « producteurs et réalisateurs de présenter un projet de film ou série déjà financé, de trouver des compositeurs. Le seul marché au monde à faire cela », développe Anne-Gaëlle Rodeville. Des projections « coups de cœur » auront aussi droit de cité, un certain nombre de films étant conçus par des artistes marseillais. Parmi ceux-ci, Claude McKay, errances d’un poète révolté de Matthieu Verdeil, qui fait ressurgir l’œuvre de cet écrivain jamaïcain préfigurateur de la négritude, passé par la cité phocéenne dans les années 1920.

    Programme complet sur www.music-cinema.com

  • « La Prière aux Étoiles », le film que Pagnol a voulu effacer

    « La Prière aux Étoiles », le film que Pagnol a voulu effacer

    En 1941, en pleine Occupation, Marcel Pagnol tourne La Prière aux Étoiles. Sur les 240 minutes filmées, la quasi-totalité sera détruite par le cinéaste lui-même pour éviter qu’elles ne tombent entre les mains de Continental Films. Un geste à la fois intime et politique.

    En 2023, 80 minutes d’une copie de travail sont retrouvées aux archives du Centre National du Cinéma. Et le lundi 9 mars 2026, le Cinéma Diagonal et l’Université de Montpellier Paul-Valéry proposent une projection exceptionnelle de ce film inachevé, dans le cadre d’une journée d’études consacrée au cinéaste, en présence de Nicolas Pagnol, petit-fils du cinéaste et conseiller historique.

    Un Pagnol inattendu

    L’événement dépasse la simple redécouverte patrimoniale, explique Nicolas Pagnol, qui refuse la posture du gardien de musée. « Je suis un passeur », affirme-t-il. Au gré des restaurations et des adaptations, l’œuvre doit circuler, s’adapter aux usages contemporains pour rester vivante. Car pour lui, la fidélité ne consiste pas à sanctuariser, mais à faire dialoguer.

    La Prière aux Étoiles surprend. Loin de la Provence lumineuse associée au cinéaste, c’est un drame sentimental tendu avec une femme au passé encombrant et un homme intransigeant. Avec ce film, on découvre un Pagnol traversé par le doute, dans une France sous menace pendant la guerre. Pour son petit-fils, c’est une confirmation plutôt qu’une révélation. L’idée que Marcel Pagnol est un homme incapable de dissocier l’art et la morale. Quatre-vingt-cinq ans plus tard, l’œuvre inachevée pose une question, toujours d’actualité : « Que fait-on de nos fragilités, de nos colères, de nos choix ? »

    La projection de La Prière aux Étoiles s’inscrit dans une journée d’études entièrement consacrée à Marcel Pagnol. Cet événement est organisé par l’Université de Montpellier Paul-Valéry, l’unité de recherche Rirra 21 et le Cinéma Diagonal. Les chercheurs et historiens du cinéma y questionneront les multiples facettes de l’auteur, allant de son univers sonore à son rapport au récit, en passant par la place des œuvres inachevées dans son parcours.

    La matinée sera également marquée par la projection de Marcel et Monsieur Pagnol, film d’animation signé Sylvain Chomet sorti en 2025, avec les voix de Laurent Lafitte et Géraldine Pailhas, dont Nicolas Pagnol est conseiller historique. Ce film se présente comme une autre manière de transmettre l’héritage, en empruntant les codes contemporains de l’animation.

    L’après-midi, des conférences et des échanges viendront éclairer ce film longtemps resté dans l’ombre, notamment grâce aux travaux du doctorant Valécien Bonnot-Gallucci, à l’origine de la redécouverte des bobines aux archives du Centre National du Cinéma. Une manière de rappeler que le patrimoine ne vit pas seulement dans les salles obscures, mais aussi dans les bibliothèques, les laboratoires de recherche et les archives.

  • [Lecture] Il était une fois une octogénaire qui…

    [Lecture] Il était une fois une octogénaire qui…

    Il advient que Flammarion publie Grand prince, l’un des meilleurs livres du premier trimestre de l’an 2026. Normal, il est signé Alexia Stresi. Dans son premier roman, il y était déjà question d’une aïeule, née au début du XXe siècle, dans une petite ferme d’Italie, mais qui s’en sortira grâce au talent qu’elle avait pour la vie. Simone Guillou, notre présente grand-mère, veuve et âgée de quatre-vingt-cinq ans, vit le jour dans un village de Loire-Atlantique. Elle n’est pas taillée dans l’étoffe de celles qui se plaignent, sauf lorsque la crise d’arthrose se fait un peu trop aiguë, ou si elle se réveille un matin et voit que son crapaud en ciment n’est plus sur son socle. Ce qui nous permettra, dès les premières pages, de lire le rapport du gendarme, qui restera dans la mémoire des lecteurs comme un morceau d’anthologie.

    Cartes postales

    N’oublions pas que nous sommes dans un roman, et que la fiction, contrairement à la banale et morne réalité, a le don surnaturel d’opérer des miracles. Aussi ne soyez point surpris, même si notre protagoniste le fut, lorsque vous lirez la première carte postale envoyée à Simone par son crapaud. À vous de découvrir dans quel pays il se trouve, et pourquoi il retraverse la frontière afin de séjourner à Sète. Pour une vieille dame qui pensait qu’à son âge plus rien ne pouvait lui arriver, vous avouerez qu’elle a de quoi combler ses journées. Autres morceaux d’anthologie, celui d’un neurologue qui a l’humilité de reconnaître la foutue complexité du cerveau, et celui d’une bibliothécaire, institutrice à la retraite, qui stresse lorsque Momone entre. Une remarquable mise en scène digne d’une virtuose réalisatrice.

    Flammarion, 21 euros

  • [Chroniques méditerranéennes] L’Église en proie à des questionnements politiques

    [Chroniques méditerranéennes] L’Église en proie à des questionnements politiques

    S’il est un pays où l’Église a fortement laissé son empreinte, au fil des siècles dans la société c’est bien l’Espagne. Un pays profondément marqué dans son histoire par une Église soutien du régime dictatorial de Franco. Mais aussi par les périodes historiques aux épisodes sanglants comme l’inquisition à la fin du XVe siècle qui avait pour but de combattre l’hérésie et de maintenir l’orthodoxie catholique. Puis aussi, la période où les conquistadors colonisateurs, ont imposé la foi chrétienne par la violence et la coercition, afin de piller les richesses de vastes territoires en Amérique. Au siècle dernier, la rébellion militaire contre la République, pour la hiérarchie catholique, avait été providentielle et la guerre « un plébiscite armé » comme l’explique l’historienne Maria Encarna Nicolas, dans son livre Brève histoire de l’Espagne de Franco citant la « lettre collective de l’Épiscopat espagnol aux évêques du monde entier » signée par 48 évêques le 1er juillet 1937. Un an plus tôt, le cardinal Pla y Deniel avait qualifié la guerre de « croisade pour la religion, pour la Patrie et la civilisation ». Une étroite collaboration avec le franquisme s’établit ensuite pendant toute la dictature, explique encore l’historienne. Le phénomène est connu sous le nom de « national-catholicisme ».

    Aujourd’hui, les années noires avec leur cortège de tortures et d’assassinats, sont encore dans les mémoires et pourtant la foi religieuse catholique est fortement ancrée dans le pays. L’Église a su opérer sa transition de l’après franquisme même si l’Opus Dei institution de l’Église catholique fondée le 2 octobre 1928 par un prêtre espagnol, Jose Maria Escrivá de Balaguer a été un soutien de la dictature, veille toujours au grain avec ses ramifications dans les partis de droite et d’extrême droite.

    Depuis quelque temps, des polémiques prennent de l’ampleur, notamment depuis que le gouvernement de gauche a mis en place un plan de régularisation d’un demi-million d’immigrés. Rien ne va plus entre l’extrême droite et l’Église. Santiago Abascal, le leader de Vox fustige celle-ci suite aux positions prises pour l’accueil des migrants en situation irrégulière jugées trop sociales par le disciple de Franco. La Conférence épiscopale de Catalogne a estimé qu’il s’agit « de traiter avec dignité les catégories défavorisées et les migrants ». L’évêque de Tarragone Joan Planellas, connu pour son franc-parler, est allé jusqu’à dire en faisant référence au dirigeant de Vox « un xénophobe ne peut être un vrai chrétien » ce qui a fait sortir de ses gonds Santiago Abascal qui a rétorqué : « Ce qu’on demande aux prélats c’est de dire la messe… » fermez le ban. Le ton monte entre l’institution et l’extrême droite partisane d’un traditionalisme religieux pur et dur hérité du franquisme toujours présent au sein de la hiérarchie catholique. Tout le monde n’est pas sur les mêmes positions au sein de la Conférence épiscopale espagnole, de plus en plus divisée, comme le président Luis Argüello qui s’était prononcé il y a quelques mois pour des élections générales anticipées la première fois dans l’histoire de la récente démocratie, que des représentants de l’Église demandent de manière très claire un changement de gouvernement et une alternance en faveur de la droite.

    Le pape, qui doit effectuer une visite en Espagne en juin, a réagi aux soubresauts qui agitent la Conférence épiscopale et alerté les évêques, sur sa préoccupation sur l’activité de l’ultra droite qui cherche à manipuler l’Église. Une Église tiraillée entre ses vieux démons et l’humanité qu’elle est censée prôner. La messe n’est pas dite.

    Journaliste,

    président
    de l’Association
    pour le Souvenir

    de l’exil républicain espagnol

    (Aseref)

  • [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    Dans sa tente, installée dans un coin du Vallon de la Barasse, en bordure de Marseille, Abigaël Lordon est tétanisée. Des crissements de feuilles se font entendre autour d’elle. « Des bruits de pas, pour sûr ». Moyen de défense ? « Aucun », constate la jeune fille d’alors 30 ans, après un rapide état des lieux. « Mon frère a fait du Judo lui, mais moi, avec mes restes de danses et de gymnastique, je ne sais rien faire. » Hurler puis courir ? « Mauvaise stratégie », s’avise-t-elle. Puis elle rit : « Des sangliers. J’ai compris plus tard qu’il s’agissait de sangliers, et ça m’a beaucoup rassurée. »

    Cette nuit, c’est la première qu’Abigaël Lordon passe sur le GR2013, chemin de randonnée périurbain de 365km dans les Bouches-du-Rhône, en août 2014. Douze ans plus tard, elle s’apprête à sortir une bande dessinée sur cette aventure de presque un mois, qu’elle est l’une des seules à avoir accomplie d’une traite. Une révolution par les pieds – titre de son roman – qu’elle raconte, au crayon et à la plume, comme un éveil féministe.

    Raconter l’irracontable

    Dans la maison des Berthoins à Divajeu (Drôme), où vit désormais Abigaël, aux côtés de sa fille, son conjoint, et 7 autres colocataires, la table du salon accueille quelques-uns des innombrables croquis qui ont permis de composer sa bande dessinée. À l’origine de ce travail : un petit carnet de voyage, déjà recouvert de plans et d’illustrations, tous élaborés en 2014, au fil de son aventure sur le GR2013. Certains, plus ou moins modifiés, apparaissent dans son projet final, publié le 20 mars aux éditions Wild Project. « Je me suis rendue compte en revenant de cette expérience qu’elle était, en un certain sens, irracontable. L’idée d’en faire un objet que je pourrais potentiellement publier a progressivement émergé », retrace la jeune maman. Un objet qu’elle prendra donc plus de 10 ans à construire, parce qu’Abigaël « aime raconter une globalité à partir des détails ». Et sa BD l’illustre à la perfection. Plus de 130 pages entièrement confectionnées par ses soins, composées de milliers d’éléments méticuleusement imaginés, dessinés puis, un par un, scannés. Sur la table de son salon, les cinq brouillons (presque identiques) de sa page 96, qui raconte « l’épaisseur du paysage », sont un témoin de ce titanesque travail de fourmi.

    L’éveil féministe

    De ce voyage, Abigaël tire une grande conclusion : la prééminence des inégalités hommes-femmes dans l’espace public. « Mais c’est dangereux toute seule ! », « Mais vous n’avez pas peur toute seule ? », « Moi, je ne le ferais pas à votre place », voilà un échantillon des remarques faites à Abigaël à l’annonce de son projet, en partie répertoriées dans les premières pages de sa BD. « Je suis sidérée d’être à 99% considérée comme, au mieux, une originale et au pire une femme (nue) et/ou un enfant », écrit-elle. « Je crois que j’étais jusque-là un peu naïve. Et soudain la conscience de la vulnérabilité des femmes dans l’espace public m’est apparue. »

    Du temps
    pour comprendre

    Elle se souvient d’un épisode marquant, qu’elle raconte aussi dans son livre. « Il y a eu ces vieilles dames, installées près d’un cimetière, à qui j’avais demandé ma route, démarre-t-elle, agacée. Leur seule réponse a été de me dire que ce chemin était beaucoup trop dangereux, qu’il ne fallait pas y aller. Et alors quoi ? L’espace public ne nous appartient plus ? Le chemin disparaît de nos représentations et devient de plus en plus hostile, car déserté par les femmes… »

    Un éveil féministe qu’Abigaël poursuivra tout au long de sa rédaction, en partie au contact d’Edith Hallauer, son amie et éditrice. « Ce qui est très intéressant dans son travail, c’est qu’elle a mis beaucoup de temps à qualifier vraiment ce qu’il s’était passé, aussi parce qu’elle était encore elle-même en train de vivre une transformation », s’enthousiasme-t-elle. De ces échanges naîtront des réflexions de plus grande échelle sur les femmes et la marche, et sur la force d’indépendance qu’incarne cette pratique. Edith et Abigaël partageront leurs lectures et apprendront des récits de Lucie Azema, Annabel Abbs et Lauren Bastide, trois figures féministes intéressées par le rapport des femmes au voyage. À la question « Que diriez-vous aux gens pour les convaincre d’acheter votre BD ? » Abigaël prendra, comme elle aime à le faire, le temps de la réflexion. Sa réponse viendra une semaine plus tard, par e-mail : « Ils y trouveront un témoignage inspirant, de la beauté, de la curiosité, de la sincérité, de la liberté, sûrement des résonances avec eux-mêmes… une invitation au voyage intérieur. »

    Une révolution par les pieds

    Éditions Wild Project

    20 euros

    En librairie à partir
    du 20
     mars

  • Troisième Festival féministe des Ami.es du Prolé à Nîmes

    Troisième Festival féministe des Ami.es du Prolé à Nîmes

    Les Ami.es du Prolé organisent le festival féministe à Nîmes dans plusieurs lieux de la ville : le bar du Prolé, le Spot, le Sémaphore, le lycée Daudet et dans la rue. Du vendredi 6 au 28 mars, sous le titre « Battement d’elles », le festival, dont La Marseillaise est partenaire, propose des spectacles, des conférences, des expositions, des tables rondes, projection de film et bal.

    Du 6 au 28 mars au Prolé

    Exposition collective avec : Mademoiselle a les nerfs (collages), Paillettes et Mimosa (gravures, masques). Patricia Hamel (photos « tu en touches une, on répond toutes, Nîmes, octobre 2025 »), Sylvie Vanston (photos, « femmes au travail dans le monde »). Entrée libre. 80, rue Jean-Reboul, Nîmes.

    Vendredi 6 mars au Prolé

    17h30, Julie Émile Fabre présente son livre Le procès, des violences intrafamiliales à l’affaire Pelicot. Stand de la librairie L’eau Vive. 19h, vernissage de l’exposition collective avec la chorale « Les Simones » et la « Chorale des luttes ». Restauration assurée par le Secours Populaire. 20h30, Soirée DJset (de table) avec DJ La Frange « Out of the kitchen ». Performance et dance floor.

    Samedi 7 mars au Spot

    18h, spectacle « Elles improvisent », avec huit improvisatrices. Au 8 Rue de l’Enclos Rey, Nîmes. 04.66.36.85.64. Réservations sur helloasso.com et le site du Spot. Tarif 8 euros. Recette au profit de Via Femina Fama.

    Jeudi 12 mars lycée Daudet

    18h30, spectacle Silex. Conférence acrobatique sur la sexualité par la compagnie Sid. Dès 14 ans, Silex est une alternative démystifiante de croyances sexuelles et amoureuses. Réservation obligatoire sur helloasso. Entrée gratuite pour les adhérents 2026 des Ami.es du Prolé et les élèves du lycée Daudet. Autres : 5 euros.

    Samedi 14 mars au Prolé

    18h, contes au féminin par Teddie Allin et Claire Chevalier. Public : famille et à partir de 7 ans. 16h, goûter avec crêpes. Entrée libre. 80, rue Jean-Reboul, Nîmes.

    Mardi 17 mars

    18h15, projection du film Jane Austin a gâché ma vie de Laura Piani. En partenariat avec Les écrans britanniques et irlandais. 25 Rue Porte de France, Nîmes. 04.66.67.83.11.

    Samedi 21 mars au Prolé

    14h30, rencontre avec Violaine de Fillipis-Abate, autrice de La résistance écarlate : les femmes face au nouveau backlash ». 80, rue Reboul, Nîmes. Entrée libre.