Category: culture

  • « Ce qui nous manque vraiment, c’est notre liberté »

    « Ce qui nous manque vraiment, c’est notre liberté »

    Il faut un talent hors du commun pour être italien. De la patience (à profusion), de la soumission, de la résilience et une bonne dose de résignation.
    Il y a deux jours, j’ai quitté Naples pour Rome. Il s’agit d’un trajet d’une heure en TGV, ce qui a un certain coût. Mon retour était prévu à 18h15. Malheureusement, les horaires de la gare Termini ont commencé à clignoter, annonçant des retards.

    On ne parle pas de minutes, mais d’heures. Et cela se produit régulièrement depuis que le vice-Premier ministre Matteo Salvini est devenu ministre des Transports. J’ai moi-même été victime de ces retards inexplicables à maintes reprises. Mais, comme l’autre jour, mon sentiment de droit acquis finit par l’emporter sur ce « talent » italien que le nouveau fascisme du gouvernement Meloni apprécie tant.

    Ça m’arrive. Je l’admets. Et je considère comme une insulte à l’intelligence d’expliquer les retards de train par des actes de sabotage, comme le prétend le ministre Salvini. Ainsi, nous avons des gares, et pas seulement celle de Rome, lourdement gardées par les forces de l’ordre, et des trains qui n’arrivent pas à destination. La propagande de l’état d’urgence, comparée par les responsables gouvernementaux aux années du terrorisme, est appliquée à la moindre perturbation. Dans les écoles, avec des détecteurs de métaux ; dans les lieux publics et dans les hôpitaux, avec une présence policière accrue pour intervenir au cas où un citoyen s’emporterait après une nouvelle violation de ses droits.

    Le décret de sécurité est clair. Toute personne manifestant s’expose à une détention policière et à des poursuites pour de nouveaux délits violant les droits constitutionnels. Dans ce contexte, un train en retard ne peut être qu’un sabotage, ou simplement… un clou, comme l’expliquait le vice-Premier ministre en octobre dernier, lorsque la paralysie du trafic ferroviaire dans la capitale s’expliquait ainsi : un employé d’une entreprise privée avait… planté un clou dans le mauvais câble.

    « Écoutez, expliquait Matteo Salvini à l’époque, je veux le nom, le prénom et le numéro d’identification fiscale de la personne qui a gâché la journée de milliers d’Italiens bloqués du nord au sud. Et comme on paie pour ses erreurs, je veux savoir s’il y a une responsabilité et qui est responsable. » Pendant quelques jours, l’ouvrier qui plantait des clous la nuit était ainsi devenu l’homme le plus recherché d’Italie.

    Vous pensez peut-être, chers lecteurs, que je plaisante. Pourtant, c’est la réalité. Environ 14 millions d’euros ont été investis dans la construction du pont reliant Messine, en Sicile, au continent. Ce projet inutile, à l’impact environnemental discutable, remplacera un ferry qui transportait traditionnellement les wagons de train directement vers le continent, un trajet de quinze minutes entre l’île et le continent. En Italie, la liberté est sacrifiée au profit de la sécurité, la propagande au profit d’une information exacte.

    Vous vous demandez peut-être à quelle heure je suis finalement rentrée rentré. 23h ! Épuisée par l’attente, incapable de protester en entraînant les autres voyageurs dont la patience, il faut bien le reconnaître était manifestement une vertu plus développée que la mienne. Et puis, manifester est risqué sous l’œil vigilant des forces de l’ordre, qui ont le droit de détenir les contrevenants jusqu’à douze heures.

    Et ceux d’entre nous qui, comme moi, croient en certaines valeurs, n’ont d’autre choix que la « résistance constitutionnelle ». En s’appuyant sur ce texte fondamental que nos gouvernants tentent de modifier par le biais du référendum sur les pouvoirs judiciaires, prévu en mars. Un référendum qui, au-delà de la question extrêmement sensible qu’il soulève, vise à saper l’état de droit. Un vote qui marquera une ligne de partage entre ceux qui veulent de cette extrême droite qui montre les muscles et les Italiens qui ne cèdent pas.

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome

  • Benoît Guillaume : pour les arts de la rue, un très agile dessinateur

    Benoît Guillaume : pour les arts de la rue, un très agile dessinateur

    Cet artiste déjoue rapidement les attentes les plus convenues. Avec sa taille à lui -1m 67-, sa manière de se faufiler et de rebondir parmi les joies et les embûches de la vie, Benoit Guillaume pourrait passer inaperçu. Son regard drôle et malicieux, sa mince silhouette quelquefois curieusement austère n’incarnent pas immédiatement la diversité des angles d’attaque de ses dessins.

    Cette âme est voyageuse. Au 16 du boulevard National dans la galerie de Pierric Paulian, captées dans plusieurs sites et territoires, ses saisies du vif de l’existence se succèdent. Souvent seul, tout en côtoyant des amis et complices, Benoît Guillaume s’embarque loin des routines franco-françaises : il aime traverser les centralités et les périphéries, les mouvements permanents, de jour comme de nuit, de mégalopoles et de cités comme New York, Brooklyn, Naples, Alger, Alexandrie, Le Caire, Montréal, Paris, Tokyo, Saïgon et Bangkok.

    Agripper les postures et les voix

    À propos de Marseille, il invite à « rester curieux ». Les légendes qu’il griffonne évoquent des arrivées par l’A7 et la Porte d’Aix, une pétanque nocturne place Carli, « les collines cramées de l’été », le carrefour de la rue Estelle et de la rue d’Aubagne, une cour intérieure ensoleillée de Belsunce, le bar du Peuple ou bien la Plaine « rhabillée par les couleurs de MPT ».

    Sur Instagram, Benoît Guillaume évoque les gestes et les mots d’ordre des manifestations de soutien pour la Birmanie et Gaza, l’occupation du kiosque Canebière par de jeunes migrants, le procès de la rue d’Aubagne. Il signale l’exposition à l’Alcazar d’une proche amie Émilie Seto et puis témoigne de l’énorme explosion de gaz et de l’ambiance d’apocalypse qui s’étaient déchaînées en avril 2023, dans la proximité de la fenêtre de son appartement rue de Tivoli. Avec ses couleurs et son vocabulaire de plasticien, au plus près des émotions de chacun, il invente une sténographie simple et juste. Il en va de même quand il retranscrit pour le Bureau des Guides le merveilleux cheminement des découvertes urbaines menées par Nicolas Memain.

    Les couleurs de l’ordinaire
    et de la marge

    Ce n’est pas compulsif, c’est manière de respirer : depuis toujours il dessine. Il est né à Brest en 1976. Ingénieur agronome, le père voyage souvent, ramène au bercail des objets « exotiques ». Son grand frère est de 13 ans plus âgé : Benoît est le cinquième parmi sept enfants, il apprend comment prendre ses distances quand l’agitation monte dans la maison. Grâce aux aînés, lectures précoces de Spirou, Moebius et Bilal, intérêt très vif pour les Amérindiens. Plus tard, son parcours d’autodidacte hypercurieux et cosmopolite s’affirmera davantage : il réalisera des adaptations d’Henri Michaux et de Marie NDiaye. Un frère et une sœur ont travaillé pour des ONG au Burkina-Faso et au Cambodge, il vient les visiter. Auparavant DJ alternatif, son plus jeune frangin Loïc, grand connaisseur du jazz et des musiques africaines, tient vaillamment la boutique de vinyles Bazar-Musiques, 5, boulevard Chave.

    Une année à Quimper, ensuite trois ans dans une école de graphisme de Paris provoquèrent une chance inattendue : 1998-1999, une Bourse et un concours dont il est lauréat lui permettent d’approfondir sa formation dans le contexte d’une école supérieure de design à New York. Après quoi, tout en continuant de voyager aussi souvent que possible, il quitte progressivement Paris et cesse de travailler en tant que graphiste pour la communication et la publicité. Il habite Valence avant de s’établir définitivement à Marseille voici 13 ans.

    L’atelier collectif qu’il partageait dans Belsunce avec cinq autres plasticiens, s’est agrandi et transplanté rue Saint Suffren près de Castellane : onze artistes profitent des ressources de cet espace autogéré. Depuis quatre ans, au Mucem, Clémence Levassor et Béatrice Goudard lui demandent d’accompagner avec humour, liberté et concision les affiches, les brochures et les podcasts des Procès du Siècle.

    Parmi les publications de Benoît Guillaume, on recommandera cinq recueils d’images et textes imaginés par Le Port a jauni. Responsable des innovations de ces éditions, Mathilde Chèvre a poussé très loin la fraîcheur de ces livres qui évoquent finement le Maroc, l’Égypte et le Bus 83 de la Corniche de Marseille. En contrepoint aux cadrages des choses vues par Benoît, on découvre ellipses et consonances, la justesse des écrits de Ramona Badescu.

    Jusqu’au 14 mars, après-midi mardi / samedi, 16, boulevard National, exposition « Les villes sont
    toutes les mêmes
     ».

  • Les propositions de Nîmes en commun

    Les propositions de Nîmes en commun

    À un mois des élections municipales, Nîmes en commun affiche une ambition culturelle structurante, pensée comme un levier de cohésion sociale. Le programme défendu par le collectif repose sur une idée centrale : replacer la culture au cœur de l’action publique. Première mesure phare : la création d’un office culturel municipal, conçu comme un lieu permanent de dialogue entre la Ville, les institutions culturelles, les associations et les artistes. Objectif : coconstruire la politique culturelle, partager les moyens et définir collectivement les priorités à l’échelle communale et intercommunale.

    Faire culture commune

    Autre axe majeur : le soutien durable à la création. Nîmes en commun propose de généraliser les conventions pluriannuelles avec les acteurs culturels afin de sortir de la logique du projet par projet. Une manière d’instaurer un rapport de confiance, de sécuriser l’emploi artistique et d’assurer une offre culturelle continue pour les habitants. Le collectif défend également la gratuité intégrale des bibliothèques, couplée à un soutien renforcé aux librairies indépendantes et aux maisons d’édition locales. Cette politique s’inscrit dans un projet plus large : faire de Nîmes une véritable Cité du livre, en lien avec l’université, la formation et l’éducation artistique.

    Sur le plan des équipements, Nîmes en commun entend revoir en profondeur le projet de conservatoire, jugé sous-dimensionné. Le collectif plaide pour un nouvel établissement, capable d’accueillir davantage d’élèves et de viser le label de conservatoire à rayonnement régional. Enfin, le programme met l’accent sur le patrimoine, envisagé autrement que sous l’angle touristique, et sur la création de tiers-lieux culturels, les « places communes », ancrés dans les quartiers, co-gérés et ouverts à toutes les pratiques. Ces propositions seront au cœur de la réunion publique organisée dimanche 22 février à 15 heures, à l’auditorium du centre Pablo-Neruda, à Nîmes. Un temps d’échange est prévu avec les habitants pour débattre de l’avenir culturel de la ville qui sera précédé d’un moment musical.

  • Marseille dévoile une rareté lyrique

    Marseille dévoile une rareté lyrique

    Dimanche 22 et mardi 24 février, l’Opéra de Marseille fera découvrir Ermione, œuvre rarement jouée de Rossini. Après I Masnadieri, autre rareté de Verdi brillamment présenté in loco il y a peu, c’est aussi en version concert que cette adaptation de l’Andromaque de Racine sera présentée au public marseillais. Crée au Teatro San Carlo de Naples en 1819, l’œuvre déroute les dilettanti napolitains et tombe vite dans le purgatoire pour n’en sortir qu’en 1988. Une résurrection très attendue surtout que Maurice Xiberras a dû, pour l’occasion, réunir pas moins de trois ténors d’envergure pour entourer la mezzo bien connue des marseillais Karine Deshayes dans le rôle-titre. Marseille peut donc s’enorgueillir de cette « création ». D’autant que Michele Spotti, le directeur musical de la maison est la baguette avec sa rigueur et son enthousiasme. Primus inter pares de ce plateau prometteur qui compte la soprano Teresa Iervolino (Andromaque), le Sud-africain Levy Sekgapane (Oreste) et l’italien Matteo Macchioni (Pilade), on peut compter sur le ténor italien Enea Scala. Cet habitué de nos scènes régionales (Il était Titus de Mozart à Nice récemment), donnera à Pyrrhus son timbre solaire et sa présence magnétique. Il connaît bien le rôle pour l’avoir défendu au Festival Rossini à Pesaro en 2024. Il relève la modernité de la partition de Rossini qui mêle l’hubris et la némésis, propre à la tragédie grecque (Euripide et Racine ne sont pas loin). « Ermione est sans doute l’opéra le plus moderne de Rossini, qui en avait conscience, et c’est sans doute la raison de son échec à Naples. Il faudra attendre 1988 pour que le public comprenne. Il y a dans la partition des changements d’harmonie très rapides. Dans une forme très classique on entend des nouveautés qui ont pu dérouter. » La partie dévolue à Pyrrhus exige un large ambitus vocal (l’écart entre les graves et aigus). « C’est un rôle de baryténor, c’est-à-dire fait pour un ténor doté de graves, alors qu’au temps de Rossini on avait affaire à des barytons qui s’essayaient à des aigus en voix de tête. On doit maîtriser deux octaves. Il faut chanter élégant tout ayant une rudesse dans l’expression. »

    Le public pourra donc découvrir à Marseille une œuvre passionnante qui, par ses audaces, louche déjà vers Donizetti et les premiers Verdi. De grands ensembles, des airs pyrotechniques au service d’un discours dramatique toujours tenu, des scènes de furie très romantiques… de quoi ouvrir l’appétit du mélomane le plus exigeant.

  • [Jeu] Sept quêtes à découvrir au musée Maison rouge

    [Jeu] Sept quêtes à découvrir au musée Maison rouge

    Pour attirer un nouveau public ou accueillir de nouveau des visiteurs conquis, le musée Maison rouge lance une initiative innovante avec « Les Aventures de l’Extra-Monde ». Ce jeu de piste, qui se déroule au milieu des collections du musée, s’adresse à un public familial avec des enfants bons lecteurs. L’objectif de cette quête est de retrouver « l’élixir de soie pur ». Pour ce faire, les visiteurs devront réaliser sept quêtes d’environ une heure chacune.

    « Un jeu d’aventure »

    « C’est un jeu d’aventure qui peut se faire en individuel ou en collectif. Soit on est sept et chacun peut incarner un personnage pour réaliser une quête, soit les joueurs peuvent réaliser plusieurs quêtes en une journée et revenir pour réaliser l’ensemble des quêtes. Ils circulent dans tous les espaces du musée à la recherche d’indices pour trouver des ingrédients de l’élixir », explique Carole Hyza, la conservatrice.

    Si les enfants auront tout le plaisir de chercher des indices dans les recoins du musée, cette sorte d’escape game réalisé par un prestataire privé comporte plusieurs niveaux de difficulté selon les personnages et s’adresse donc aussi aux adultes désireux de se creuser les méninges. « Les dernières quêtes ne peuvent pas être réalisées par un enfant seul », confirme Carole Hyza.

    Pour réaliser ce jeu, le musée a mis en place un pack à 30 euros qui permet de revenir autant de fois que nécessaire pour finir le jeu. Celui-ci devrait être disponible au moins deux ans dans le musée des Vallées cévenoles.

  • Grünt Municipales, la tournée contre l’extrême droite est à Marseille

    Grünt Municipales, la tournée contre l’extrême droite est à Marseille

    Ponctué de discours engagés, ce concert s’inscrit dans la « Tournée Municipales » lancée par le média spécialisé dans le rap « Grünt » le 5 février dernier.

    Une lutte qui se veut être « un rassemblement contre la haine », contre l’extrême droite et son idéologie « xénophobe, autoritaire, antisociale et climatosceptique ». Lors d’une table ronde organisée par Streetpress, le fondateur de Grünt, Jean Morel, alerte sur la mise en péril de la culture engendrée par la coupe de subventions.

    Dès lors, il avertissait sur « la disparition culturelle » et « l’augmentation de l’obscurantisme : De moins en moins de gens peuvent accéder à des choses qui font qu’on s’aime les uns les autres ». Après Marseille, Tours, Saint-Brieuc, Laval et Nice, la tournée se poursuivra à Lyon, Tourcoing, Caen et Strasbourg.

    Emma Kerbourc’h

    Concert complet

  • Une mise en lumière de la peinture provençale

    Une mise en lumière de la peinture provençale

    On veut mettre en avant nos grands maîtres provençaux », explique Éloïse Massot, membre du service culturel de Sisteron, à l’initiative de cet événement en partenariat avec Arsud. Une sélection de 25 peintures de grandes figures de l’école provençale, telles qu’Émile Loubon, Paul Guigou ou Adolphe Monticelli, permet de mettre à l’honneur cette période, de 1840 à 1950, très riche en peinture pour la région. Le président de l’établissement public Arsud, ainsi que l’élu à la culture de la ville de Sisteron, seront présents sur place pour le vernissage.

    « Un élan de mise en valeur de leur territoire »

    L’école provençale est un mouvement artistique régional regroupant des peintres unis par leur attachement à la à notre région. Elle représentait, par la peinture, les paysages et la lumière du Sud. « Ils peignaient autant la terre que la mer », explique Éloïse Massot, d’où le nom de l’exposition. « Ces artistes, se sont attachés à peindre leur terre avec sincérité, avec un élan de mise en valeur de leur territoire », détaille le peintre George Coulomb sur son site internet. Émile Loubon, figure majeure de ce mouvement, excellait dans la peinture de paysages champêtres et de scènes de vie rurale.

    Espace d’Ornano du musée gallo-romain – entrée gratuite
    Vernissage ce vendredi à 18h.

  • Ultimes jours pour replonger dans La Ciotat d’antan

    Ultimes jours pour replonger dans La Ciotat d’antan

    Alain, ancien instituteur installé à La Ciotat depuis 1984, vient d’observer avec intérêt les photos exposées à la chapelle des Pénitents Bleus*, boulevard Anatole-France. Quatre-vingts clichés inédits, en noir et blanc, de celui que les Ciotadens appelaient avec affection « Gara ».

    Né à La Ciotat en 1927, Garabed Garadedian a grandi dans une famille d’origine arménienne. Après avoir appris le métier de tailleur, s’être engagé dans la marine et parcouru le monde, « Gara » revient finalement jeter l’ancre à La Ciotat en 1952. Après avoir travaillé auprès du photographe Louis Sciarli, il ouvre son propre studio en 1955, au 73 rue des Poilus. Dès lors, également photographe pour le quotidien Le Provençal, rien de la vie ciotadenne n’échappera à son objectif.

    Travailleurs des chantiers

    « J’ai l’impression que les gens étaient peut-être plus heureux, car la ville était moins grande, les Ciotadens se connaissaient, il y avait une forme de convivialité. C’est une analyse personnelle », commente Alain.

    Au gré de la visite de l’exposition, toute une époque se met à revivre : le défilé des majorettes sur le port lors des fêtes votives du 15 août 1966 ; la préparation de la fête de la Cité ouvrière en été 1963 ; les filles en jupe et chaussures de ville aux abords du « Printania », présenté dans la légende de la photo comme « le premier supermarché de la ville » ; mais aussi, là où s’étend aujourd’hui un parc urbain, les vignes du domaine de la Tour et les vendanges… Venue en vacances dans sa famille, Martine, Toulousaine de 78 ans, s’enthousiasme : « Ces photos sont vivantes. Superbes ! »

    Garabed Garabedian a un sujet en or, et il le sait : les chantiers navals. Le 7 septembre 1968, il enregistre sur pellicule, car à l’époque la photographie est argentique, la foule des travailleurs du chantier qui, après leur journée de travail et le lancement du pétrolier « Fructidor », « passent les grilles de la porte du bassin ».

    Il photographie également un ravaudeur de filets sur le quai, en 1965. En arrière-plan, derrière lui, se dresse la colossale silhouette d’un navire en construction aux chantiers. Le 26 novembre 1964, sa prise de vue d’une équipe de pêcheurs sur un chalut montre également, en toile de fond, « le pétrolier Franche-Comté ».

    C’est tout cela que Gara a saisi sur pellicule : l’album de famille ciotaden, un fragment de mémoire collective. De quoi faire dire à Pierre, 66 ans : « Que de bons souvenirs ! »

    * Ouvert de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30

  • [Entretien] Linh : « Si ma musique m’aide et aide les autres, ce n’est que du positif »

    [Entretien] Linh : « Si ma musique m’aide et aide les autres, ce n’est que du positif »

    La Marseillaise : Vous êtes en tournée pour votre premier album, après plusieurs singles et un EP. Qu’est-ce que cela fait de monter sur scène ?

    Linh : J’avoue que c’est incroyable. J’ai du mal à réaliser parce que c’est juste fou ce qu’il se passe. C’est vrai que c’est ma première tournée, donc j’étais un peu stressée, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Mais au final, je reçois beaucoup d’amour de la part du public et je passe des moments absolument hors du temps. C’est incroyable.

    C’est un premier album très intime. Comment avez-vous pensé les thématiques, la construction de l’histoire que vous partagez ?

    Linh : Oui, sur ce premier album, ça se remarque, je parle beaucoup d’amour, parce que c’est un peu ce qui m’inspire dans la vie, c’est mon moteur. Je n’ai jamais vraiment réfléchi à un thème en particulier, ce sont des choses qui me viennent comme ça, quand je commence à composer les mélodies. C’est un album très intime, ça parle de choses qui me sont arrivées, des doutes, des moments vécus. Pourtant, j’ai eu du mal à parler de moi au début. Le single Je pense à vous m’a débloqué sur le fait de pouvoir parler de soi, intimement. Au départ, j’avais très peur de sortir cette chanson, car elle était vraiment mon histoire. Mais il y a eu un engouement énorme autour de ce morceau, j’ai reçu beaucoup de messages de personnes qui s’appropriaient mon histoire, avec leur propre histoire. Ça m’a débloqué sur le fait que je pouvais vraiment écrire sur tout. C’est pour ça que dans cet album on retrouve beaucoup de choses de ma vie.

    Faire de la musique, est-ce une manière de s’exprimer sur des sujets intimes, mais aussi universels ?

    Linh : Complètement, et c’est une thérapie aussi. Par exemple, j’ai composé une chanson qui s’appelle Je t’aime, c’est sur l’amour de soi. J’ai mis presque un an à l’écrire. C’était quelque chose qui me traînait dans la tête depuis beaucoup de temps. En écrivant et en mettant des mots sur tout ça, ça m’a fait du bien, j’ai eu comme un gros soulagement. Je reçois des messages de personnes qui me remercient pour cette musique, qui me disent qu’elle les aide. Donc forcément, si moi ça peut m’aider et que ça peut aussi aider les personnes qui écoutent ma musique, ce n’est que du positif.

    Vous monterez sur scène à Marseille, puis à Avignon. Quel est votre lien avec cette région ?

    Linh : J’ai un lien très fort avec Marseille, parce que ma maman, mes tantes, mes cousines, mes grands-parents sont de Marseille. Donc c’est incroyable pour moi de me dire que je vais me produire dans cette ville pour la première fois, pour ma propre tournée. Ça me fait vraiment quelque chose. Et puis Marseille, pour moi, c’est plein de cultures qui se rencontrent, ça va vraiment avec cette idée d’ouverture culturelle. Et Avignon, c’est une ville que je trouve fantastique et c’est le sud, ça reste ma maison, puisque je viens de Nice au départ.

    Vous faites partie du collectif « Génération Pièces Jaunes », composé de 28 artistes. C’est important pour vous de participer à des initiatives caritatives ?

    Linh : C’est très important parce qu’en tant qu’artiste, et encore plus avec les réseaux sociaux, on est une vitrine. Il y a beaucoup de personnes qui s’identifient à nous, certains jeunes notamment. Je pense que c’est important de participer à des événements comme ça, comme les pièces jaunes, le Téléthon… Forcément, quand on montre des actions positives, l’effet ne peut qu’être positif. Je me dis que si chaque personne fait de son mieux, on peut arriver à quelque chose de plus beau.

    Vous faites partie de la nouvelle scène française. Comment voyez-vous ce paysage musical émergeant ?

    Linh : Je pense qu’il y a une liberté de création. J’ai l’impression qu’on va dans ce sens avec tout ce qu’il se passe en ce moment sur la scène musicale, les nouveaux artistes qui arrivent. Je trouve qu’on est de plus en plus dans l’acceptation. Il y a du respect et en même temps, on arrive à dire ce qu’on a envie de dire. Je trouve ça super. C’est un milieu qui a des côtés sublimes, magnifiques, mais d’autres côtés très compliqués. En tant que femme, pour ne pas mentir, c’est dur. Il y a beaucoup de misogynie, mais j’ai la chance d’être très bien entourée.

    Des places sont encore disponibles
    pour le concert de Marseille.
    Avignon affiche complet

  • À l’espace Bagouet de Montpellier, les maux brodés des femmes exilées

    À l’espace Bagouet de Montpellier, les maux brodés des femmes exilées

    C’est une exposition qui lie l’art, l’actualité et des témoignages de vie de femmes exilées rencontrées à Montpellier. « Une œuvre engagée à forte dimension sociale et inclusive, qui invite à considérer l’immigration sous l’angle de l’humain et dans sa dimension individuelle en même temps que collective », explique Christine Masduraud.

    Cette artiste montpelliéraine, à l’origine du projet « Là où commence la mue », développe depuis 2010 une pratique artistique consacrée au textile, en particulier à la broderie, dont elle révèle le potentiel relationnel, esthétique et politique. « J’avais envie, pour ma prochaine exposition, de donner la parole à des personnes qu’on n’a pas l’habitude d’entendre. Ça m’intéressait de travailler avec des femmes en situation d’exil. Je me suis donc tournée vers les centres d’accueil de demandeurs d’asile ainsi que vers différentes associations et j’ai proposé des ateliers hebdomadaires de création d’art textile et de broderie », explique celle qui est également psychanalyste.

    « Le geste de broder
    est un geste réparateur »

    « Du fait de cette double activité, j’ai l’habitude de recueillir les paroles en individuel, mais j’ai trouvé intéressant de m’ouvrir au collectif », confie-t-elle.

    « Initialement je voulais proposer à ces femmes de broder leurs rêves, mais ce sont des personnes confrontées à des situations matérielles tellement difficiles qu’elles ne sont pas dans un imaginaire facile. Elles ont finalement brodé des choses simples, selon la disponibilité de chacune ». Leur nom, un paysage, un message : « Je viens de Turquie, j’étais professeure d’arts plastiques, j’ai quitté mon pays parce que Erdoğan voulait me mettre en prison. » « Je les incite, dans la mesure du possible, à dire des choses personnelles. Parfois ce n’est pas possible, certaines brodent juste les montagnes du Caucase ou une petite fleur. Je tenais à donner à voir la fragilité de ces femmes et donc la fragilité du travail. »

    À travers des symboles textiles, des portraits et des cartes géographiques brodés, le visiteur pénètre dans des récits de vie singuliers : ceux des femmes contraintes, pour diverses raisons, de quitter leur pays natal pour des nouvelles destinations. Elles viennent de Colombie, du Venezuela, de Géorgie, d’Afghanistan, du Soudan, du Tchad… « Ce sont des personnes qui ne se connaissaient pas mais qui ont eu plaisir à se retrouver », assure Christine Masduraud.

    En regard des créations de ces femmes, l’artiste expose des œuvres personnelles, inspirées par cette expérience et ces rencontres. L’exposition compte également « une grande mappemonde brodée collectivement, revisitée par l’apport de l’univers de chacune », ainsi qu’une bande-son, certaines femmes ayant accepté de prendre la parole.

    « Là où commence la mue », c’est l’idée d’une transformation : « Je pense que chaque femme qui arrive avec son histoire se laisse imprégner de la culture d’ici, de la culture de l’autre, de même que j’ai été moi aussi énormément enseignée par ces femmes. Dans cette porosité, on se transforme. J’espère que mon atelier est une sorte de cocon qui permet tout doucement cette transformation, cette ouverture à l’autre dans une écoute et un faire ensemble », confie l‘artiste. « Le geste de broder est un geste extrêmement réparateur, toutes le disent. »