Category: culture

  • Le grand rendez-vous cannois du cinéma mondial

    Le grand rendez-vous cannois du cinéma mondial

    C’est La Vénus électrique du réalisateur français Pierre Salvadori qui sera projeté dans les salles de cinéma en même temps qu’à Cannes afin d’offrir aux spectateurs comme aux festivaliers et professionnels une occasion de se rassembler autour de cette comédie romanesque burlesque.

    Chaque année, pendant les 12 jours, plus de 35 000 passionnés de cinéma célèbrent la plus grande fête du 7e art. 22 films ont été retenus en compétition, et parmi lesquels se trouvera peut-être la Palme d’or *.

    D’autres films s’ajoutent à la sélection officielle avec notamment des sections parallèles (Quinzaine des cinéastes, Semaine de la critique, Acid). Un savant équilibre pour que le cinéma mondial soit représenté dans toute sa diversité et son excellence. Autre moment très attendu, la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film**. Cannes fait ainsi le pari de la création.

    C’est le réalisateur Sud-Coréen qui succède à Juliette Binoche. Park Chan wook (Decision to leave, Aucun autre choix) présidera la 79e édition. La salle de cinéma est, dit-il, une « captivité volontaire qui rassemble et crée de la solidarité émouvante et universelle ».

    Un retour à l’Histoire

    L’actrice française, Leïla Bekhti sera la présidente du jury d’Un Certain Regard. Une section dédiée aux cinémas émergents et aux écritures singulières et qui récompense des réalisateurs peu ou pas connus. À l’instar du Chilien Diego Céspedes, auréolé en 2025 avec Le Mystérieux Regard du flamant rose.

    Cocorico, parmi les cinq réalisatrices qui concourent pour la Palme d’or, trois représentent le cinéma tricolore. La réalisatrice Jeanne Henry (Je verrai toujours vos visages) retrouve Adèle Exarchopoulos (avec Sara Giraudeau) dans Garance, une apprentie actrice qui doit affronter son addiction à l’alcool. Léa Mysius connue pour ses mélanges de genre (Ava, Les cinq diables) adapte le roman éponyme de Laurent Mauvignier (Prix Goncourt 2025 pour La Maison vide), Histoires de la nuit avec un casting de choix (Bastien Bouillon, Hafsia Herzi, Benoît Magimel et Monica Bellucci). La Française Charline Bourgeois-Tacquet (Les amours d’Anaïs) met en scène un duo de femmes dans La Vie d’une femme avec Léa Drucker, une chirurgienne confrontée à la maladie de sa mère et bouleversée par l’arrivée d’une écrivaine dans sa vie (Mélanie Thierry). Autre duo de femmes avec Gentle Monster de l’Autrichienne Marie Kreutzer (Corsage), avec Léa Seydoux et Catherine Deneuve, signe un drame intime sur deux femmes confrontées à des vérités troublantes. Enfin, l’Allemande Valeska Grisebach, avec L’Aventure rêvée, filme une héroïne vivant dans la région frontalière entre la Bulgarie, la Grèce et la Turquie.

    Soudain, réalisé par le Japonais Ryûsuke Hamaguchi (Drive My Car) met la lumière sur la rencontre entre deux cultures et deux femmes engagées. Avec Virginie Efira, une directrice française de maison de retraite et Tao Okamoto, une metteuse en scène japonaise.

    La présidente du festival, Iris Knobloch le rappelait lors de sa conférence de presse : « Le Festival est né en 1939, dans un autre moment d’incertitude, car dans ces moments-là, rassembler des films et des artistes, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité. » Un rappel historique quant à la création par le ministre du Front populaire Jean Zay d’un festival libre et antitotalitaire né en opposition à la Mostra de Venise aux relents fascistes.

    Plusieurs films marquent le retour à l’Histoire parmi lesquels Notre salut d’Emmanuel Marre (qui avait signé l’étonnant docu-fiction D’un château l’autre sur la campagne présidentielle de 2017 – opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen). Ce dernier revient sur les années sombres de la France de Vichy avec Swann Arlaud. Tandis que le réalisateur hongrois László Nemes (Le Fils de Saul, 2015) revient sur Vichy et la Gestapo avec l’arrestation de Jean Moulin (incarné par Gilles Lellouche).

    Le film espagnol, La bola Negra de Javier Ambrossi et Javier Calvo revient, lui, sur la guerre civile espagnole avec Penélope Cruz et Glenn Close.

    Le retour de grands cinéastes

    L’iranien Asghar Farhadi aux multiples films (À propos d’Elly, Une Séparation, Un héros…) rassemble un casting français de renom avec Isabelle Huppert, Vincent Cassel, Catherine Deneuve, Virginie Efira, Pierre Niney, India Hair, Adam Bessa pour Histoires parallèles. Un film tourné dans l’Hexagone.

    Le polar (une affaire liée à la mafia russe) Paper Tiger de l’Américain James Gray (Little Odessa) offre un casting impressionnant de stars (Adam Driver, Scarlett Johansson et Miles Teller). Autre casting de taille, celui du cinéaste espagnol Rodrigo Sorogoyen (As Bestas) et son film El ser querido, un drame intime et familial autour du cinéma avec Javier Bardem et Marina Fois.

    Avec Fjord du Roumain multi primé Cristian Mungiu, on retrouve son cinéma minimaliste et politique : une enquête qui touche une famille roumaine immigrée en Norvège soupçonnée de maltraitance, avec l’actrice norvégienne Renate Reinsve et l’acteur roumano-américain, Sebastian Stan (génial en Donald Trump dans The Apprentice).

    Deux ans après La Chambre d’à côté, Pedro Almodóvar revient avec Autofiction, un film sur le deuil. Va-t-il remporter, enfin, la Palme d’or ?

    Une Palme d’or d’honneur sera remise au réalisateur néo-zélandais (le Seigneur des Anneaux) Peter Jackson le 12 mai.

    Un festival qui s’annonce plein de surprises pour notre plus grand plaisir.

    * Décerné en 2025 à « Un simple accident » du réalisateur iranien Jafar Panahi

    ** Décerné en 2025 à « Le gâteau du président » du réalisateur irakien Hasan Hadi (PCA n°643) et présenté à la Quinzaine des cinéastes. Une mention spéciale était attribuée à « Un jour avec mon père » du britannico-nigérian Akinola Davies Jr
    (PCA n°650)

  • [Exposition] Le Musée Cantini de Marseille réinvente son parcours

    [Exposition] Le Musée Cantini de Marseille réinvente son parcours

    Pensé à partir de l’histoire portuaire et des diasporas de la ville, l’accrochage propose une relecture du XXe siècle à aujourd’hui, ouverte sur les échanges entre Méditerranée, Amériques et Asie. Fidèle à son territoire, le musée met en avant une histoire de l’art globale, marquée par les croisements culturels et les hybridations.

    Les œuvres dialoguent entre générations et horizons, de Wifredo Lam à Kader Attia. Peinture, photographie, sculpture et poésie composent un ensemble décloisonné, enrichi par de nouveaux prêts et acquisitions donnant plus de place aux artistes femmes et aux scènes du Sud.

    Ce nouveau parcours préfigure la prochaine exposition du musée Cantini, « Juste au-dessus du silence, femmes engagées pour l’indépendance de l’Algérie », du 1er octobre 2026 au 21 mars 2027.

  • Grand cirque enneigé d’une « enfance oubliée » à Aix

    Grand cirque enneigé d’une « enfance oubliée » à Aix

    Un jour, j’ai réalisé que je voulais créer un show qui pourrait nous ramener aux rêves de notre enfance, qui pourrait aider les spectateurs à s’évader de la prison de la vie d’adulte et redécouvrir leur enfance oubliée », a édicté Slava Polunin.

    Tel est le leitmotiv de Slava’s Snowshow, grand spectacle de cirque slave que cet artiste et metteur en scène russe échafaude en 1993 à Saint-Pétersbourg, dans le sillage de Yellow, clown atypique en diable qui guide le public « dans un monde peuplé de créatures étranges et attachantes », indique le programme du Grand Théâtre de Provence. La salle de spectacle accueille sept représentations entre le mercredi 13 et le dimanche 17 mai.

    « Ce spectacle est venu au monde comme un enfant bien aimé dont je ne souhaite jamais me séparer parce qu’il ne cesse de me surprendre et m’intriguer. Il peut donner de la joie ou du chagrin, divertir ou vous émouvoir aux larmes », juge Slava Polunin à propos cette œuvre tragicomique ayant attiré plus de 10 millions de spectateurs à travers le monde depuis une trentaine d’années.

    De « l’art du clown »

    et de « la folie »

    Maestro de la pantomime dans la lignée de quelques-unes de ses figures tutélaires telles que Charlie Chaplin ou Marcel Marceau, Slava Polunin « fusionne drame et rire » au possible, explique-t-il, « dans un langage inspiré par Gogol et Beckett pour réunir dans mon personnage l’épique avec le lyrique, la tendresse avec la passion, la sagesse avec la naïveté ».

    Création muette, mais pourtant diablement poétique et éloquente, Slava’s Snowshow n’en reste pas mois portée par une « bande-son emblématique » comprenant des titres comme le Concerto d’Aranjuez pour guitare et orchestre composé en 1939 par Joaquin Rodrigo, ou encore La petite fille et la mer de Vangelis, dont la mélodie introduit près de deux heures d’un spectacle à la magie transfrontalière.

    « Mes acteurs sont originaires du Canada, d’Israël, de la République tchèque, d’Italie, de France, de Russie, du Royaume-Uni ou des États-Unis, même si la plupart d’entre eux sont russophones. Dans ma compagnie, il n’y a pas de rôles fixes. N’importe quel clown Green peut devenir clown Yellow et n’importe quel technicien peut se transformer en clown et inversement », prévient Slava Polunin. Avec l’entrelacement de disciplines telles que le théâtre, la musique et les arts visuels, le fruit d’une féerie qui « étend les tentacules de l’art du clown et de la folie jusqu’où on ne les attendait pas ».

    « Slava’s Snowshow » à 15h et 20h du mercredi 13 au dimanche 17 mai. Entre 10 et 38 euros.
    Plus d’informations sur le site lestheatres.net

  • « Le Mensonge », une lutte interne en jeu à Martigues

    « Le Mensonge », une lutte interne en jeu à Martigues

    L’une des grandes forces de cet album est de raconter avec grâce et les affres d’un combat intérieur que nous avons tous livré un jour », estime Catherine Dreyfus, chorégraphe qui adapte librement Le Mensonge, album écrit par Catherine Grive et illustré par Frédérique Bertrand. Réunissant deux danseurs ainsi qu’une circassienne, « l’histoire d’un quiproquo familial » qui met en mouvement « le vécu du mensonge de façon ludique et sensible », résume pour sa part la scène nationale des Salins, où elle se joue mercredi 13 mai. Le mensonge ou un dilemme intemporel qui a habité au moins une fois chacun d’entre nous.

    Boule rouge

    « J’ai cherché par le mouvement à rentrer à l’intérieur des différents états traversés par une petite fille pour faire de cette histoire une expérience sensible », ajoute la chorégraphe au sujet de son héroïne, dont les bobards vont « prendre vie sous la forme d’une petite boule rouge et têtue ». Et qui « ne cesse d’enfler » au rythme de l’engrenage dans lequel elle s’est enferrée vis-à-vis de sa famille. Après son boniment lâché à la table du dîner, cette boule rouge ne va plus la quitter et « envahir son espace, allant jusqu’à l’empêcher de ne plus respirer ». Comme une « obsession tournoyante pleine de champignons vénéneux, de rêves, d’hallucinations et de cauchemars ».

    P.A.

    Mercredi 13 mai à 18h. Entre 8 et 12 euros. www.les-salins.net

  • Fernando Costa, le magicien du métal

    Fernando Costa, le magicien du métal

    Ancré dans son Périgord natal, où il est installé son atelier, Fernando Costa est un artiste autodidacte qui expose aujourd’hui dans le monde entier. Depuis bientôt 30 ans, il crée des œuvres à partir de supports en tôle émaillée (panneaux de signalisation, carrosseries de voitures, récupérations de pièces métalliques diverses) qu’il découpe, taille, réassemble et soude sur de grandes plaques de métal qui deviennent alors de véritables tableaux.

    Jusqu’au 20 septembre, le musée d’art urbain et contemporain de Montpellier Parcelle 473* invite à découvrir son univers en accueillant l’exposition « Le Champ du métal », Pour ce projet, l’artiste s’est servi d’éléments de vieux tracteurs agricoles. « Pliés, assemblés, mis sous tension, ces éléments mécaniques marqués par l’usage et le temps deviennent les composants d’œuvres puissantes où la force industrielle rencontre la mémoire rurale », commente Laurent Rigail, galeriste parisien fondateur et directeur du musée Parcelle 473. Certaines pièces prennent la forme de sculptures monumentales, d’autres s’apparentent à de véritables tableaux de métal.

    « Cette exposition résonne particulièrement avec l’histoire du musée, ancien site viticole », souligne Laurent Rigail. « Ces fragments de vieux tracteurs rappellent un passé agricole et ouvrier, fait de gestes répétés, d’efforts, de contraintes et de transformation de la matière. Fernando Costa ne cherche pas à effacer cette histoire  : il la plie, la contraint, la met sous tension pour en révéler une nouvelle forme. Son travail, nourri par l’héritage de la sculpture industrielle et notamment celui de César, interroge notre rapport à la force, à l’usage et à la mémoire des objets. »

    A.G.

    * 425 avenue des Frères Bühler

  • À Montpellier, des Boutographies qui mêlent société et légèreté

    À Montpellier, des Boutographies qui mêlent société et légèreté

    Un air de retrouvailles pour cette 26e édition des Boutographies. Du 9 au 31 mai, la manifestation culturelle montpelliéraine retrouve le Pavillon populaire, rénové et paré à accueillir pléthore de photographes. Car, encore une fois, du monde s’est bousculé au portillon. « Nous avons reçu 500 dossiers pour la présélection, ce qui est stable par rapport aux autres années. Nous en avons retenu 80 à présenter au jury. Il y aura 7 photographes en accrochage et onze en projection, avec comme nouveauté, la scène de projection héritée de l’exposition Depardon, dans des conditions idéales pour les visionner », explique Peter Vass, président fondateur des Boutographies.

    France, Belgique, Brésil, Venezuela, une diversité de pays est représentée, tout comme les sujets. « Il y a à la fois des sujets graves, lourds et pour contrebalancer cet aspect, des choses décalées, humoristiques », souligne Christian Maccotta, directeur artistique des Boutographies.

    Des séries sociétales

    Des « sujets lourds », que l’on retrouve par exemple chez Hannes Jung, photographe installé à Berlin, venu présenter « Men don’t cry  ». « Il est parti en Bosnie et travaille sur des gens qui ont été internés et ont subi des violences sexuelles lors de la guerre de Bosnie. Ces hommes vont parler de ça, c’est important, il y a un besoin de reconnaissance, de justice », détaille Christian Maccotta. La série photo sera accompagnée de témoignages. « C’est une tendance de cette édition : une forte présence de l’écrit, comme si les photographes avaient besoin de légitimer leurs travaux dans cette période trouble », poursuit Christian Maccotta.

    L’Italien Alessandro Silverj travaille, lui, sur le rapport entre chasse aux sorcières et violences faites aux femmes. Tandis qu’Alexandre Bagdassarian présentera « Seize et demi », où le photographe a suivi le quotidien des jeunes mineurs incarcérés à Lyon. « Les images montrent ces jeunes de 15 ans pleins d’espoir. Il y a une diversité de parcours, montrant que les délinquants ne peuvent pas être tous mis dans le même sac  », soutient Christian Maccotta. Autant de thématiques sociétales déclinées par les artistes. « Il y a des signes de convergence entre le champ des sciences sociales et la photographie. De plus en plus de sociologues et d’historiens travaillent avec des photographes, pas seulement pour illustrer leurs travaux mais pour en faire un outil de compréhension sociétale », fait valoir Christian Maccotta.

    La manifestation veut également offrir aux spectateurs des bouffées d’air. En ce sens, la série de Marie Lukasiewicz explore le business des coraux, utilisés notamment par l’industrie pharmaceutique. De même, Pascal Sgro et son projet « Cherry Airlines », réalisé avec l’IA. « Il s’intéresse aux formes de pubs des années cinquante. Il pousse les limites de la communication en inventant une marque de compagnie aérienne, Cherry Airlines ». Une manière de mettre en lumière le paradoxe entre le luxe et le dérèglement climatique.

    Une programmation ambitieuse, complétée par des rencontres avec des artistes, des ateliers de lecture et d’écriture, qui rythmeront le temps du festival. Sans oublier les accrochages « hors les murs » dans les établissements partenaires de la manifestation.

    * Programme complet à retrouver sur : boutographies.com.

  • Le festival du film politique de Carcassonne refuse toute aide de la mairie RN

    Le festival du film politique de Carcassonne refuse toute aide de la mairie RN

    C’est un geste fort que celui du Festival du film politique de Carcassonne (FFPC). Un geste de résistance dans une ville tombée, en mars dernier, aux mains de l’extrême droite.

    Le 15 avril, l’association CinéBastide, organisatrice de l’événement, a annoncé qu’elle renonçait à ses demandes habituelles de subventions à la mairie (10 000 euros par an, environ 5% du budget), jusqu’ici co-réalisatrice de la manifestation, ainsi qu’à la mise à disposition des salles municipales qui représentaient 80% de la capacité d’accueil.

    Lancé en 2018, le FFPC, dont la dernière édition a attiré plus de 22 000 participants, propose chaque année en janvier la projection d’une quarantaine de fictions ou de documentaires. « Nos choix de programmation ont toujours été de montrer des films qui aident à penser le monde, qui ouvrent des débats, bousculent parfois nos idées reçues. On a toujours mis l’accent sur la complexité, la nuance. À l’heure où les populismes s’emploient à tout simplifier à l’extrême, cela nous paraît plus que jamais nécessaire », insiste Francine Raymond, présidente de l’association CinéBastide. « Cette ligne éditoriale s’accompagne d’un engagement sur des valeurs de tolérance, d’inclusion, de lutte contre toutes les discriminations », poursuit-elle.

    « Nous considérons que les orientations du Front national sont incompatibles avec les valeurs qui fondent cet événement », déclare l’association CinéBastide dans un communiqué. « Co-réaliser le FIFP avec la nouvelle majorité municipale reviendrait à contribuer à la normalisation de l’extrême droite, à laquelle nous ne souhaitons pas participer. »

    Le choix de rester

    à Carcassonne

    La décision a donc été prise, à l’unanimité, de s’affranchir de tout lien avec la mairie. Reste désormais à relever le défi de l’avenir, qui continuera de s’écrire dans la cité médiévale. « On a fait un choix responsable, mais qui a évidemment un coût [la perte de 80% de la capacité d’accueil en salles constitue un défi logistique et financier majeur, Ndlr.]. Il faut donc qu’on réinvente la cartographie du festival, sa narration. Le choix a été fait de rester à Carcassonne et de s’élargir aux alentours. Pour relever ce défi, on a besoin de soutiens », insiste la présidente de CinéBastide. « On n’a pas fait le choix le plus facile », souligne-t-elle. « On aurait pu partir, on a des sollicitations dans d’autres villes où les choses auraient été plus simples. Mais le festival n’a pas été créé à Carcassonne par hasard. L’Aude est un département peu favorisé économiquement, où il n’y a pas de grand centre culturel évident. Le choix de ce territoire a un sens et nous ne souhaitons pas l’abandonner », explique Francine Raymond. « L’idée est donc de rester et de se développer, de donner un élan pour faire encore grandir le festival en l’élargissant à l’extérieur de Carcassonne. » Les trois dernières éditions, à guichets fermés, témoignent de la nécessité d’augmenter notamment la capacité d’accueil en salles. « Le FFPC continuera de faire rayonner positivement Carcassonne et son territoire à l’échelle nationale et européenne », promet l’association CinéBastide.

  • [Le coin de la BD] Les droits des femmes, ce n’est pas que le 8 mars

    [Le coin de la BD] Les droits des femmes, ce n’est pas que le 8 mars

    Une balade trépidante sur les traces de l’histoire des femmes et une révolution féministe au cœur du Moyen Orient ! Ces deux BD sont à mettre entre toutes les mains pour rappeler que les droits des femmes ne viennent pas de nulle part et sont encore à conquérir tout au long des années et pas seulement le 8 mars.

    Dans La marche des femmes, l’historienne Michelle Perrot joue son propre rôle et va transmettre à une lycéenne à travers une promenade dans Paris les dates et les lieux clés de cette longue histoire, d’Olympe de Gouges à Simone Veil et Louise Michel… Car avant les travaux de Michelle Perrot, l’histoire de France était peuplée d’hommes et grâce à ses travaux, les femmes du passé et du futur existent ! À ses côtés, la grand reporter Annick Cojean, Sophie Couturier qui a milité aux côtés de Gisèle Halimi et la graphiste Emma Ere apportant leur pierre à ce travail essentiel.

    Direction la Syrie avec Les filles du Kurdistan où la réalisatrice Mylène Sauloy a longuement travaillé sur l’épopée du Mouvement des Femmes Libres, une histoire mise en dessin par Clément Baloup. En prenant les armes face à Daesh et aux gouvernements qui persécutent les Kurdes, ces combattantes ont planté les graines d’une société paritaire, écologique et multiconfessionnelle au cœur du patriarcat laïque ou religieux. Et qui ont germé dans le mouvement iranien « Femme, vie, liberté ». Souhaitons leur longue vie dans ce monde de brutes machistes.

    ET AUSSI

    Une voix pour la liberté

    Face au silence assourdissant du rap français, sur ce sujet comme sur tant d‘autres, cet album de l’autrice Bahareh Akrami en partenariat avec Amnesty International met en lumière le rappeur iranien Toomaj Salehi, emprisonné, torturé et condamné à la pendaison pour avoir été la voix de la révolte de son peuple. Avant d’être provisoirement sauvé par la mobilisation internationale. Un album magnifique et d’une actualité brûlante à l’heure où ce malheureux pays est pris en étau entre son régime dictatorial et une agression israélo-américaine.

    Chez Delcourt, 17,50 euros

    Gigi

    Claire Bouilhac et Catel Muller adaptent le chef-d’œuvre de Colette qui a marqué son époque et méritait sans doute un nouveau regard pour les jeunes générations. Gigi, qui fut l’une des dernières nouvelles de l’écrivaine, raconte la vie d’une adolescente qui vit modestement à la fin du XIXe siècle entre sa mère, sa tante, demi-mondaine ou ex, ainsi que sa grand-mère. Mais la jeune fille va prendre son destin en main et imposer ses choix jusqu’à devenir dans l’histoire littéraire une égérie féministe… Une relecture très réussie !

    Chez Dargaud, 26,95 euros

    Diplomatie clandestine

    Ceux qui ont adoré la série « Le bureau des légendes » vont se régaler avec cet album d’Hubert Maury qui offre une plongée inédite au cœur des services secrets français. L’histoire débute au Cambodge à la fin du XXe siècle mais se situe surtout en Afghanistan en 2010 quand Raphaël, officier de renseignement français tout juste débarqué à Kaboul doit licencier une source… Qui va lui faire une proposition difficilement refusable. Entre coups tordus et faux-semblants, cette fiction d’espionnage est aussi haletante que crédible.

    Chez Glénat, 28 euros

    Pour qui sonne le glas

    Jean-David Morvan et Pierre Dawance proposent avec brio leur version du grand roman d’Ernest Hemingway situé en pleine guerre d’Espagne où l’américain Robert Jordan, membre des brigades internationales, est chargé par l’armée républicaine de faire sauter un pont. Dans son groupe de maquisards qui combattent les fascistes, il croise le regard de Maria qui a vécu les pires horreurs dans les geôles franquistes. Le graphisme exceptionnel de l’album magnifie la tragédie intemporelle qui se joue entre guerre, amour et mort !

    Chez Sarbacane, 29 euros

    Un espoir sans papiers

    Sans mièvrerie ni pathos, Ingrid Chabert et Espé racontent la rencontre sur l’île d’Aix, au large de la Charente-Maritime, d’une vieille dame touchée par Alzheimer et d’un jeune migrant algérien rescapé d’un naufrage qu’elle va prendre pour son fils disparu depuis des décennies. Par petites touches, les auteurs vont rendre leur histoire et leur dignité à ces deux personnages abimés par la vie mais qui vont aussi rencontrer la solidarité ! Avec au bout du chemin, peut-être une nouvelle chance, même si le racisme et la bêtise bureaucratique rodent.

    Chez Dupuis, 21,50 euros

    Frankenstein

    David Sala livre sa version flamboyante et d’une virtuosité graphique époustouflante du chef d’œuvre devenu mythique de Mary Shelley. En revenant aux sources de l’histoire et sans hésiter à en combler les trous, il donne à son roman graphique des échos d’une incroyable modernité, le monstre du docteur ressemblant aux « réplicants » de Blade Runner ou aux futures créatures issues de l’intelligence artificielle. Sans oublier les thèmes de l’acceptation de la différence, de la peur de l’inconnu ou de la vindicte populaire en meute… Fascinant !

    Chez Casterman, 28 euros

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Longchamp, Diogène veut qu’on s’écarte de son soleil

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Longchamp, Diogène veut qu’on s’écarte de son soleil

    Autrefois conservateur de ce musée, Philippe Auquier avait rassemblé plusieurs moulages, pour la plupart réalisés en 1901 par François Carli.

    Tout commence par l’arrivée dans le port de Toulon, en 1675, de deux gros blocs d’une riche matière. Le premier suscitera l’apparition de Milon de Crotone ; le second marbre, choisi pour Alexandre et Diogène, fut achevé à Marseille quatorze années plus tard. Colbert et Louvois sont les commanditaires. Pierre Puget aurait passionnément aimé que ses sculptures soient en bonne place au palais de Versailles. Tout en restant singulier et autonome, il lui fallait ne pas déplaire au souverain. Alexandre est un invincible guerrier, un modèle de conduite pour Louis XIV, qui pourrait prendre ombrage si Diogène, dans l’interprétation qu’en donnerait Puget, faisait preuve d’une trop vive insolence.

    Dans ce contexte, la farouche réplique « Ôte-toi de mon soleil » n’est pas seulement la réaction d’un philosophe qui méprise les pouvoirs et l’ordre établi. Tout en réclamant les honneurs et la reconnaissance des puissants, un artiste de l’Ancien Régime persévère, demeure fidèle à ses origines et à son tempérament. Ni dissident ni courtisan, capable, écrivait Baudelaire, de « colères de boxeur », à la fois soumis et plein d’orgueil, Pierre Puget fraye sa voie parmi les embûches et les contraintes de son époque.

    Dans cet étrange péplum, avec casques, cuirasses, boucliers, oriflammes et sons de trompe, l’artiste fait montre d’humour et d’ironie. Les trognes et la brutalité, les gestes des soudards qui dérangent la sérénité du philosophe stoïcien l’ont révolté et scandalisé. Pour sauvegarder les finalités de ce bas-relief, mieux vaut quitter bruit et lourdeur, contempler l’énergie de Diogène, son visage inspiré par le Laocoon, finement relancé par le « mélancolique empereur des forçats ».

    Diogène lève les yeux, fixe pensivement l’horizon, ne regarde pas l’empereur. Sa détresse est à la fois noble et suppliante ; la main qu’il tend demande secours. De son côté, Alexandre est à moitié surpris et ne veut pas se venger du refus de Diogène. Un statu quo se maintient. Chiens, chevaux et soldatesque rejoignent Corinthe.

  • À Vauvert,la culture sabrée par la mairie RN

    À Vauvert,la culture sabrée par la mairie RN

    L’offensive du Rassemblement national contre la culture est loin d’être terminée à Vauvert. En effet, l’un des premiers actes du nouveau maire Nicolas Meizonnet a été d’annuler l’exposition photos de Sylvain Brino (pourtant très consensuelle puisqu’elle mettait à l’honneur la Camargue) pour des prises de position contre l’extrême droite sur ses réseaux sociaux. Puis, ce fut au tour de Jazz à Vauvert d’être tout simplement annulé pour des « raisons économiques ». « Jazz à Vauvert fonctionnait très bien. Il y avait des Vauverdois mais aussi des gens de l’extérieur. Ils disent qu’il n’y avait pas de retombées économiques mais ce n’est pas vrai parce qu’il y a des gens qui venaient de loin et qui logeaient et mangeaient à Vauvert », explique l’élue d’opposition Magali Nissard, qui constate également que « la droite soutient Nicolas Meizonnet aussi car ils n’ont pas supporté que nous ayons modifié ce festival où nous avions ajouté un concert dans chaque école et des animations gratuites dans la ville ». Face à cette censure, le festival jazz à Vauvert sera accueilli par la commune de Vergèze les 26 et 27 juin.

    Les associations bientôt visées ?

    Nicolas Meizonnet tente en effet de justifier cette politique en s’appuyant sur les finances de la ville qui serait « quasiment ruinée ». Sauf que beaucoup y voient plutôt la volonté d’écarter tout ce qui ne convient pas au RN qui préfère axer sa politique culturelle sur la défense des traditions taurines et camarguaises.

    Après ces annulations, la municipalité cherche en effet à couper dans les subventions aux associations, notamment culturelles. Elle aurait trois associations dans le collimateur puisque le RN a toujours fustigé lorsqu’il était dans l’opposition Jazz à Junas (qui portait le festival Jazz à Vauvert), l’association Les avocats du Diable et Atout philo. Benjamin Rouvière, son fondateur, a été convoqué par le maire mais n’a pas souhaité se rendre au rendez-vous : « On m’impose l’heure et le jour et on ne me donne pas le motif donc je n’y suis pas allé. Mais j’ose imaginer ce qu’on allait me dire, c’est-à-dire ce qu’ils disaient lorsqu’ils étaient dans l’opposition, à savoir que notre subvention était trop élevée alors qu’on fait des petits concerts l’été et qu’on mobilise des auteurs, des philosophes, des sociologues, le reste de l’année. Cela fait six ans que nous existons et nous proposons en moyenne une manifestation par mois. » Atout philo touchait en moyenne 2 000 euros par an de la part de la mairie mais Benjamin Rouvière ne « serait pas surpris si elle était sucrée cette année ».

    Le dessinateur Eddie Pons, président de l’association littéraire Les avocats du Diable, a, de son côté, honoré sa convocation lundi 4 mai où le maire lui a annoncé que la subvention serait baissée de 30%, soit une coupe de 1 000 euros. « On n’a pas encore pris de décision mais on s’interroge sur notre engagement vis-à-vis de la ville de Vauvert », confirme-t-il.

    « Pour l’instant, le maire ne nous a pas donné le détail du budget 2026 mais il faut lire entre les lignes et on voit que pour les subventions aux associations, une baisse de 93 000 euros est prévue. Une association culturelle m’a contacté et ils lui ont annoncé une baisse de 30% de la subvention. Dans les 93 000 euros, il y a les 63 000 euros de Jazz à Junas mais il en manque donc d’autres associations vont être touchées », prévient Magali Nissard qui remarque qu’aucune baisse de budget ne concerne, par contre, les festivités.