Le son d’un piano aux notes lancinantes happe le visiteur, sitôt le seuil franchi de l’exposition. De grandes cartes à jouer y aimantent les rétines, notamment la tyrannique dame de cœur présente dans Alice au pays des merveilles, qui toise une simili tortue en bronze réalisée par Bernard Briançon ainsi qu’un spécimen des collections du Muséum d’histoire naturelle de Marseille. Imaginé par ce plasticien bigrement poétique, le parcours « Aliçe et les drôles d’oiseaux », visible jusqu’au 8 mars, ne pouvait rêver plus bel écrin. Alice avec sa cédille, comme pour mieux illustrer toutes les façons de percevoir l’univers fantastique irriguant le roman écrit par Lewis Carroll en 1865. On ne sort pas indemne de cet itinéraire artistico-scientifique truffé de références à l’ouvrage, miroir de sa polysémie et de son absurde. Il faut dire que Bernard Briançon semble entretenir un lien presque mystique avec le célèbre livre. « Au fil du temps, je me suis aperçu de parallèles assez incroyables entre mon travail et cette œuvre », confie-t-il devant un lézard et un lapin de sa confection, en cuir de ballons recyclés.
« Alice au pays des merveilles comporte un bestiaire très important, aussi bien en animaux fantastiques que réels », rappelle Anne Médard. Pour la responsable du Muséum d’histoire naturelle de Marseille et Bernard Briançon, une aubaine pour ouvrir les imaginaires des visiteurs, tout en épaississant leurs matière grise et conscience écolo, atteste entre autres une séquence autour du dodo, cet oiseau si présent dans l’histoire, mais qui permet aussi d’évoquer « les espèces disparues ». Une exposition que les admirateurs du roman régaleront, et que les non initiés transporteront. Si l’un de ces derniers « décide de le lire en sortant de l’exposition », espère le plasticien, ce sera merveilleux.

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