Category: culture

  • Au MAC Marseille, « AFRICA », théâtre antique de l’Algérie

    Au MAC Marseille, « AFRICA », théâtre antique de l’Algérie

    Sitôt franchi le seuil de la [Macroom], l’espace expérimental du Musée d’art contemporain de Marseille, trois pièces provenant du Musée d’archéologie méditerranéenne. Parmi celles-ci, une stèle du IIe siècle qui représente le dieu Saturne. « Mais a-t-il la même morphologie que le dieu romain ? Et qui l’a réalisée ? Un Romain berbérisé ou Berbère romanisé ? », interroge Louisa Babari. L’une des amorces d’« AFRICA », du nom d’une déesse berbère ayant donné son nom au continent, grande œuvre sonore et plastique accessible au public dès vendredi.

    « Temps immémoriaux »

    Dans une pénombre délimitée au loin par un rideau façon « scène de théâtre », situe Stéphanie Airaud, directrice du MAC Marseille, tintements d’épées, chevaux au galop et « flûtes qui embrassent le vent des Aurès » rythment la plongée dans cette Algérie antique. Réalisée par les élèves de la classe d’électroacoustique du Conservatoire de Marseille, une bande-son qui accompagne une décolonisation des esprits, illustrée notamment par huit impressions sur bâches qui réunissent influences romaines et berbères. Un cheval, des chaouis, des drapés, une statue romaine qui semble caresser des équidés… Montages, collages et photographies viennent rappeler des « temps immémoriaux » dont Louisa Babari stimule « intuitions et imaginaires ». L’interpénétration de deux civilisations subtilement balisée par des colonnes en marbre, avant qu’un diaporama d’objets issus de l’Antiquité algérienne nous enveloppe dans une « rêverie », imagine la plasticienne et photographe. De la statuette du Cavalier de Canosa, « parmi les seules représentations d’un Numide retrouvée en Sicile » jusqu’à des bustes d’empereurs, un souffle épique et méconnu. « C’est aussi cela, l’histoire de l’Algérie », commente-t-elle.

    Gratuit. Ouvert du mardi
    au dimanche entre 9h et 18h.

  • Résistances tunisiennes à La Citadelle

    Résistances tunisiennes à La Citadelle

    Depuis la partie haute du Fort Saint-Nicolas, construit sur ordre de Louis XIV pour mater la soif de liberté des Marseillais, la ville, la mer et l’horizon. Obstruction. Démantelée pendant la Révolution, transformée en prison et garnison militaire jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est ici qu’un certain Habib Bourguiba, alors jeune leader indépendantiste voulant libérer la Tunisie du protectorat français, fut détenu entre 1939 et 1942. Le point de départ de « Résistances & Désobéissances », œuvre d’une résidence croisée entre un artiste tunisien et un français, inscrite dans le cadre de la Saison Méditerranée à partir du samedi 16 mai à la Citadelle. « Je savais qu’il était passé par ici mais on n’en trouve pas traces dans sa biographie officielle. Pourtant, il raconte toutes ses autres incarcérations. Il était détenu dans ce fort sous le régime de Vichy et a été ensuite libéré par les Allemands à Lyon. On trouve trace ensuite de Bourguiba avec des hommes de Mussolini. C’est pour ça qu’il l’a caché », tranche Saber Zammouri, vue sur une cour et d’anciennes cellules cernées par des murs de pierre d’un rouge et blanc d’une liberté contenue. Comme les couleurs estompées de la Tunisie et de celui qui en deviendra le président entre 1957 et 1987. Père de la Tunisie moderne pour les uns, dictateur pour les autres. Sur les portes des cellules du Fort Saint-Nicolas, fines alcôves, des ouvertures qu’on se surprend à vulgairement inspecter tel un maton. Une dizaine de lucarnes sur l’enfer d’où jaillissent dispositifs et archives sonores, objets en tous genres.

    « Je parle aussi du colonialisme, de l’Empire français, des rapports historiques et actuels entre la France et la Tunisie. Pour un migrant et artiste comme moi, c’est une belle occasion pour dire quelque chose », prend à cœur cet artiste installé à Marseille depuis plus de trois ans. La dictature et le colonialisme, des prisons mentales qui s’entretiennent mutuellement. « Le colonialisme a facilité la tâche de Bourguiba à devenir ce personnage politique dominant, paternaliste et autoritaire », estime Saber Zammouri. Selon lui, deux « séquelles » d’une même pièce qui percutent sa propre histoire, lui le natif d’« un petit village dans la région de Médenine et Tataouine. Pendant la colonisation française, c’était une région militaire où il y avait même un bagne. Une gouvernance militaire très violente envers ma région, ma famille, mon village. Et après l’indépendance, c’était presque pareil. Le régime tunisien a continué à la négliger. Et dans le pays, il y avait des luttes armées et une opposition à Bourguiba qui a emprisonné beaucoup de jeunes, assassiné ses opposants comme ceux de l’Union générale des étudiants de Tunisie. C’était un dictateur, il s’est même déclaré président à vie en 1974 », ne peut qu’observer cet artiste.

    Ce dernier tisse le lien entre hier et nos jours, représentant dans son installation l’esprit de Gilbert Naccache, « l’un des fondateurs du Parti communiste tunisien, emprisonné arbitrairement par Bourguiba », mais aussi un jeune Tunisois d’aujourd’hui dont les portraits tapissent des murs du Fort Saint-Nicolas. Connue pour son esprit frondeur et révolté, sa région natale l’est aujourd’hui « beaucoup moins. 60% à 70% de sa jeunesse est aujourd’hui migrante en France », fait remarquer Saber Zammouri, barbe hirsute mais idées claires. Le fruit d’un « même système », perpétué à la suite de Bourguiba par Ben Ali et les régimes suivants. « Nous, les artistes, on a un rôle compliqué. Certains disent qu’on est instrumentalisés mais on essaye de détourner les choses et créer des espaces de dialogue. Mais je pense qu’on peut changer les choses. Peut-être même plus que les politiciens », espère-t-il.

    Gratuit sur inscription. Ouvert tous les samedis et dimanches
    à partir du 16 mai. www.citadelledemarseille.org

  • [Exposition] Genre, sexe et transgression chez Negpos

    [Exposition] Genre, sexe et transgression chez Negpos

    Patrice Loubon n’a pas oublié cette journée du 27 avril 2025 où il a découvert sa galerie vandalisée. Mais le président et fondateur de l’association NegPos, qui a toujours associé son travail culturel à la politique, loin d’être impressionné, a récidivé. D’abord en accueillant à nouveau l’exposition féministe de Kamille Lévêque, puis en proposant à partir du 8 mai, une exposition autour du genre, du sexe et de la transgression.

    « C’est une exposition que l’on a déjà montrée en Espagne mais je me suis dit qu’elle était une bonne réponse au saccage de l’année dernière. Ça permet d’en remettre une couche et de parler de questions qui nous préoccupent tous, à savoir le genre, la liberté sexuelle, la liberté d’expression et de création. Cette exposition concentre tout cela à travers une grande diversité d’expressions », précise Patrice Loubon.

    Six photographes

    La galerie a en effet rassemblé le travail de six photographes dont quatre internationaux. Parmi eux, le Cubain Yomer Montejo Harrys (Cuba), radiographe, propose une série de radios pour illustrer la violence sexuelle engendrée par le tourisme sur son île. « C’est un travail original qui évoque la soumission chimique, la prostitution et la prostitution des mineurs. C’est un travail très fin parce que la radiographie permet de mettre à distance ces questions. Avec la radiographie, on touche vraiment au corps parce qu’on est dans le squelette même », explique Patrice Loubon. Alejandro Perez Alvarez, également cubain, présente lui son reportage réalisé durant trois ans au sein d’un cabaret transformiste de La Havane.

    Carla Yovane propose de son côté un travail rare, réalisé avec les hommes prostitués de Santiago au Chili après qu’ils ont eu des relations sexuelles avec leurs clients dans des chambres d’hôtel. La sud-africaine Noncedo Gxekwa, elle, multiplie les clichés de femmes puissantes à la force physique déroutante, presque menaçante. Un travail qui évoque fortement l’exposition de Kamille Lévêque « Benzine cyprine ». Côté français, Pauline Sauveur suit une personne en transition de genre, entre traitements hormonaux et démarches administratives, alors que Fabien Dupoux propose un reportage en noir et blanc sur des hommes déguisés en femmes.

  • Neuf films soutenus par la Région sur le tapis rouge du festival

    Neuf films soutenus par la Région sur le tapis rouge du festival

    Moteur ! Action ! La région Paca est l’une des terres les plus propices pour le cinéma français, intimement liée au 7e art de par ses décors photogéniques et ses figures emblématiques, de Marcel Pagnol à Robert Guédiguian.

    Depuis, le territoire n’a cessé d’investir dans ce domaine. En effet, selon les données de la région, elle consacrerait un budget annuel de 10,8 millions d’euros en soutenant plus de mille films et 36 festivals. La région a le cinéma au cœur et s’affirme sur la scène nationale. Elle s’impose dans l’industrie puisqu’elle représente 5 000 à 6 000 jours de tournage par an.

    Pour Jordan Milesi, chargé de développement à Provence Studios, situé à Martigues, ce soutien est essentiel : « La région est une grosse alliée du cinéma, tant financièrement qu’en aide plus ponctuelle pour faciliter les rencontres, les débats, les tournages », indique-t-il.

    « C’est une opportunité extraordinaire (…) Les studios représentent des centaines d’emplois. On veut diversifier notre économie industrielle avec le cinéma et le tourisme », indiquait le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, en février dernier. Celui-ci est devenu depuis vice-président de la Métropole, délégué à l’industrie et au cinéma. Déjà le 9 janvier 2023, l’accord signé entre l’État et les collectivités territoriales concrétisait le plan « Marseille en Grand ». Cet investissement a progressivement fait de Marseille la deuxième ville de tournage de l’Hexagone et un leader dans le domaine des industries de l’image. Ce sont en tout 23 millions d’euros investis dans la région, selon la préfecture.

    Un pari payant puisque ce sont neuf métrages soutenus par la Région qui ont été sélectionnés cette année au festival de Cannes, dont 2 en compétition courts-métrages dans la sélection officielle et une en compétition immersive. Parmi eux : La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri, Nouvel Hair d’Hadrien Bels et L’Objet du Délit d’Agnès Jaoui qui témoignent de l’importance qu’a prise la région dans le domaine.

    La région s’anime et anime

    Autre domaine pour se démarquer c’est l’univers de l’animation. Depuis 2010, la région Sud dispose d’un fonds de soutien dédié. Ce dispositif a connu une croissance pour atteindre aujourd’hui 1,4 million d’euros. La politique d’attractivité de la région paye puisqu’entre 2020 et 2025, huit studios de cinéma d’animation ont choisi la région pour s’implanter. Parmi eux : Circus et La Cachette Duetto à Avignon, Andarta et Chromatik à Marseille. Pour Olivier Marchetti, directeur de Provence Studios : « C’est un territoire incroyable, le cinéma prospère. Plein de films y sont tournés, on a même eu la Turquie à Martigues. Des espaces naturels, des décors variés, proche d’une grande ville sans contrainte. Toutes les conditions sont réunies pour développer le cinéma. C’est fertile. »

  • À Cannes, art et politique ne font qu’un

    À Cannes, art et politique ne font qu’un

    Le tapis rouge est en place, les marches ont été foulées : le plus grand festival de cinéma du monde est officiellement lancé ce mardi soir. Durant les deux prochaines semaines, ce sont plus de 100 films qui seront présentés pour la 79e édition de la grand-messe cannoise. Le jury est présidé cette année par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook qui, interrogé sur la place de la politique dans l’art, plante d’emblée le décor : « Je ne crois pas qu’on devrait séparer l’art de la politique », déclare-t-il en conférence de presse. « C’est étrange de penser que les deux sont en conflit l’un envers l’autre », poursuit le réalisateur de Old Boy, face aux journalistes. À ses côtés, le scénariste britannique Paul Laverty, poursuit : « La politique, c’est comme l’eau et l’air. C’est toujours là », martèle le bras droit de Ken Loach. « Nous vivons une époque sombre et comme l’a dit Shakespeare dans Le Roi Lear, “les fous guident les aveugles”. On voit tellement de violences systématiques, le génocide à Gaza et tous ces conflits horribles », renchérit le cinéaste qui a été arrêté en août dernier en marge d’une manifestation propalestienne en Écosse. Les paillettes et les flashs ne peuvent éclipser les guerres en cours et les populations décimées à travers le monde. « Le cinéma ne serait pas le cinéma s’il ne parlait pas des affaires du peuple », tranche l’acteur ivoirien Isaach de Bankolé, également membre du jury.

    Aussi, l’affiche déployée sur le Palais du festival met en avant un film féministe majeur : Thelma et Louise de Ridley Scott, incarnées par Geena Davis et Susan Sarandon. Tout un symbole. Et pourtant, sur les 22 films en compétition pour la Palme d’Or, seuls cinq sont réalisés par des femmes. Ce qui a valu au festival d’être accusé de « feminisme washing » par des associations féministes : « en aucun cas, il ne doit y avoir une politique de quota », justifie le délégué général du festival Thierry Frémaux.

    « Prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif »

    C’est dans son ADN, le festival de Cannes est politique, pensé dès 1938 comme un événement culturel antifasciste (lire ci-contre). Alors à un an d’une élection présidentielle qui voit l’extrême droite faire figure de grande favorite dans les sondages, des membres de l’industrie profitent de l’exposition médiatique de l’événement pour tirer la sonnette d’alarme. Dans une tribune publiée dans Libération ce mardi, 600 professionnels du cinéma alertent de la « concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré [qui] lui donne toute liberté d’agir le moment venu. (…) Le démantèlement du CNC et de l’audiovisuel public fait partie du programme du RN. Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ? », interrogent-ils.

    Le « rapport Alloncle » du nom du député ciottiste et les six mois de commission d’enquête parlementaire l’ont démontré : l’extrême droite veut démanteler pour mieux privatiser l’audiovisuel public. Et ce, pour mener la « bataille culturelle », « le projet civilisationnel » du milliardaire ultraconservateur à la tête du groupe Canal+ qui devrait acquérir d’ici 2028 100% des parts d’UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises. Sa mainmise sur le septième art ne cesse de s’étendre. « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », poussent les signataires du texte parmi lesquels figurent les acteurs Swann Arlaud, Juliette Binoche, Adèle Haenel ou encore le réalisateur Arthur Harari.

    « Je ne crois pas qu’on devrait séparer l’art de la politique »

  • Julien Clerc en ouverture de l’été Marseillais

    Julien Clerc en ouverture de l’été Marseillais

    Depuis six étés maintenant, la Ville de Marseille organise son festival estival qui rassemble des centaines de milliers d’habitants et de touristes, fans de rap, électro et house ou simples curieux. Des artistes francophones et internationaux défileront sur le Vieux-Port du 3 juillet au 1er août. Une 7e édition qui confirme les ambitions de ce rendez-vous incontournable avec de belles têtes d’affiche invitées sur scène.

    Des artistes reconnus

    Dès l’ouverture ce 3 juillet, le festival débutera par un concert de Julien Clerc, icône de la chanson française, auteur de véritables tubes tels que Fais-moi une place ou Ma préférence. La chanteuse Blandine complétera le show d’ouverture. Le festival n’est pas seulement un spectacle musical, il célèbre le mois des fiertés avec une soirée Pride organisée le 4 juillet. Les célèbres Drag Queens Mami Watta et la Marseillaise Ruby on the Nail assureront le show, accompagnées par le groupe de pop, Yelle.

    La musique électronique sera mise à l’honneur au fil du mois avec des artistes reconnus comme Sébastien Tellier (10/07), Myd et Cassius (11/07), ou encore Folamour (17/07). La danse sera aussi représentée avec de nombreux spectacles, avec notamment, le 25 juillet, la représentation du spectacle 360, de Mehdi Kerkouche, qui mêle chorégraphie et énergie de concert, portée par Lucie Antunes, et une scénographie d’Emmanuelle Favre. Ce même 25 juillet les amateurs de musique urbaine pourront assister au show de l’étoile montante Jungeli qui sera présent au Vieux-Port pour enflammer la scène. Artiste qui a notamment participé à la célèbre émission Danse avec les stars et auteur du hit de l’été 2024 Petit Génie.

    La 7e édition de l’Été Marseillais se déroulera du 3 juillet au 1er août. Programmation disponible sur le site de la Ville et les réseaux sociaux de l’Été Marseillais.

  • Le cinéma de Gardanne retrouve enfin ses spectateurs

    Le cinéma de Gardanne retrouve enfin ses spectateurs

    Sa réouverture était devenue une véritable arlésienne. Après de longs mois de travaux, débutés en 2025, du retard, et de nombreux échanges houleux entre oppositions et majorité en conseil municipal, le Cinéma 3 Casino rouvre enfin ses portes. Ce mardi 12 mai, dans les trois salles obscures de ce lieu associatif défileront de nouveau les images du septième art, les fauteuils rouges seront de nouveau occupés par le public. « Il nous aura fallu plus de temps que prévu, et nous avons été amenés à dépasser l’enveloppe (budgétaire) initiale, déroule Antonio Mujica, premier adjoint en charge des travaux, rappelant les découvertes d’amiante, entre autres, problématique régulièrement relevée par la majorité. Mais pour ce mardi soir, les salles ont toutes été réservées », poursuit l’élu. Un fait confirmé par Laure Gonzales, présidente de l’association en charge du cinéma. Les bénévoles, passés de cinq à trois depuis la fermeture du lieu – l’un est parti à la retraite, l’autre a déménagé – a tenu tant bien que mal sa trésorerie et son activité. « Cela commençait à devenir compliqué pour tout le monde, notamment financièrement », concède Laure Gonzales. Déplacés dans une salle communale de la mairie après avoir vu les salles fermer, puis la partie bar, installée en rez-de-chaussée de l’ancien bâti, les bénévoles du Trois Casino ont tant bien que mal poursuivi les projections à destination des scolaires, dans des salles prêtées par la mairie. « Nous avions arrêté cela en février de cette année, puisque nous devions rouvrir en mars », précise Laure Gonzales. Après ces années de paralysie de l’activité, la gérante de l’association rapporte le soulagement des bénévoles, mais aussi l’engouement des Gardannais autour de cette première soirée de projection. La première, depuis des années. L’ouverture de la 79e édition du Festival de Cannes sera projetée dans l’une des trois salles, le film La Vénus électrique de Pierre Salvadori, dans une autre. Dans la troisième, ces deux séquences seront diffusées l’une après l’autre. La programmation classique reprendra dès ce mercredi 13 mai. « Samedi, jour des préventes pour les places de cinéma, une trentaine de personnes attendaient avant même l’ouverture des guichets, rapporte Laurence Gonzales. En deux heures, nous avons vendu 171 billets. Cette réouverture est une bonne nouvelle, surtout que tout affiche complet ! Il ne reste plus que six places de disponibles [sur la soirée, Ndlr]. » Toujours selon la présidente d’association, la rediffusion de films dans ce cinéma de proximité sera un nouveau souffle pour le centre-ville. « Il permettra de le redynamiser culturellement. C’est important, pour une ville de presque 22 000 habitants, souligne Laure Gonzales. De façon générale, on générait de l’activité aussi pour les commerces autour, on travaillait avec les autres commerces en cas d’événement… Les gens sont en demande d’un lieu culturel de proximité. »

  • Le théâtre s’exporte dans les villages isolés

    Le théâtre s’exporte dans les villages isolés

    La salle était pleine lundi soir pour la première de la tournée des Échappées du théâtre Durance, qui s’exporte dans les villages du département pour venir au contact des habitants des territoires ruraux les plus isolés. Nepo babies, MeToo, influenceuses, inceste… La pièce de cette semaine revisite avec humour et de manière très actuelle les contes du Petit chaperon rouge, de Barbe bleue et de Peau d’âne.

    L’objectif est de « travailler sur l’éloignement de nos habitants des lieux culturels, et, si les gens ne peuvent pas venir au théâtre, le théâtre viendra vers eux », explique Élodie Presles, directrice du théâtre Durance. « C’est un service public qui vous est dû », lance-t-elle aux spectateurs venus nombreux malgré le changement de lieu de dernière minute en raison de la météo. Les pièces sont prévues pour être jouées en plein air avec les beaux jours de ce mois de mai, mais la pluie a contraint les artistes à se rapatrier dans une salle polyvalente du village voisin.

    « On a signé une convention avec les communautés de communes de notre département, et, avec chacune d’elles, nous proposons une programmation dans les villages », précise Élodie Presles. « On s’est rendu compte qu’il y avait des territoires qui n’étaient pas du tout touchés par l’offre culturelle. Il faut faire en sorte d’aller rencontrer les gens sur leur lieu de vie, puisqu’ils ont du mal à venir chez nous, puisqu’en plus, nous, on n’a pas de transports en commun. C’est extrêmement compliqué de se rendre dans n’importe quel établissement culturel du département si on en est un peu éloigné », regrette la directrice du théâtre.

    Le théâtre Durance met par ailleurs en place des bus gratuits « pour que les habitants des vallées éloignées puissent venir au théâtre voir un bon gros spectacle avec beaucoup de décors, parce que ça aussi, ça n’a pas de prix », ajoute Élodie Presles.

    Cette semaine, c’est la compagnie de théâtre toulousaine Groupe Merci qui joue en itinérance, avant de se rendre à Grenoble, Lyon ou encore Échirolles dans les prochains jours.

    Ce mardi à Fontienne, mercredi à Volonne, jeudi à Laragne, vendredi aux Thuiles, puis du
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    er au 5 juin.

  • L’œuvre de Werner Herzog, aventurier de l’écran, à Aix

    L’œuvre de Werner Herzog, aventurier de l’écran, à Aix

    En pleine fièvre du caoutchouc, un fêlé d’art lyrique rêve de construire le plus grand opéra du monde en plein cœur de l’Amazonie. Fitzcarraldo (1982), la folie des grandeurs en personne auquel Klaus Kinski prête ses traits, finit par faire voguer son navire, théâtre incandescent au milieu de la forêt. Sûrement le film le plus fou et mémorable de Werner Herzog parmi la dizaine projetée jusqu’au 31 mai à l’École supérieure d’art d’Aix, dans le cadre d’un cycle proposé par l’Institut de l’image. L’intense Klaus Kinsky, un acteur fétiche d’Herzog que ce dernier rencontre à l’âge de 12 ans et apparaît dans sa filmographie dès 1972 avec Aguirre, la colère de dieu, métaphore bien réelle du pouvoir dans laquelle il joue le rôle d’un aventurier aux dents longues, au temps des conquistadors.

    Vampires et volcans

    De quoi placer Werner Herzog comme pionnier du nouveau cinéma allemand, au même titre que Fassbinder et Schlöndorff. « Depuis près de 60 ans, de Cœur de verre à Nosferatu, ses fictions ont marqué l’histoire du cinéma », indique l’Institut de l’image d’Aix, s’appuyant sur le premier nommé (1976), cauchemar extatique dans un village de Bavière, et le second, remake autour du vampire de Murnau dans lequel Kinski se métamorphose en un Dracula fidèle sous la direction d’Herzog. Un cinéaste qui s’est aussi distingué au cours de sa carrière avec des documentaires, tels que La grotte des rêves perdus (2010) « qui nous ramène aux origines de l’humanité et de l’histoire de l’art », ou encore le plus récent Au cœur des volcans, « qui résume à lui seul l’affection d’Herzog pour les aventuriers de l’extrême ».

    Programme détaillé sur www.institut-image.org

  • « Révoltes et dignités » se hissent sur scène à Marseille

    « Révoltes et dignités » se hissent sur scène à Marseille

    Nous entamons cette année un nouveau cycle en invitant une structure des Suds à s’immiscer dans notre programmation », amorce Fabienne Aulagnier, directrice des Rencontres à l’échelle. Pour sa 21e édition qui se déploie essentiellement à la Friche Belle de Mai du 2 au 13 juin, ce festival qui transmet la création contemporaine du Sud global, ensemble de pays non alignés sur l’hégémonie culturelle occidentale, convie la biennale d’art contemporain de Tunis, Dream City. Parmi les propositions communes de ces deux structures, Dignity, à voir du 5 au 7 juin. Imaginée par Chokri Ben Chikha, une enquête sur les traces « de l’impact des accords migratoires entre Tunisie et Europe pour mesure leurs impacts sur la société tunisienne », contextualise Fabienne Aulagnier. Nourri par des entretiens avec historiens, sociologues, militants et autres personnes issues de la société civile, un projet artistique qui prend pour point d’ancrage les expositions coloniales de Marseille en 1906 et 22, véritables « zoos humains » où figurait notamment « une famille de Tunisiens. Chokri Ben Chikha s’interroge sur la place de la dignité aujourd’hui. A-t-elle changé de place depuis l’époque des colonies ? », laisse planer la directrice des Rencontres à l’échelle à propos de cette pièce qui entend « remettre les droits humains au centre ».

    Afghanistan, Palestine…

    Tirant entre autres son origine du latin, langue dans laquelle l’échelle désignait le nom du bout de bois qui relie le bateau à la terre, le festival amarrera également à la terre marseillaise la dernière création d’Abdul Haq Haqjoo, artiste afghan forcé à l’exil par le retour des Talibans et débarqué à Marseille en 2021. Avec Wanderer, une larme échappée des fleuves afghans, cet homme de théâtre et marionnettiste tisse les 3 et 4 juin à la Friche un portrait autobiographique dans lequel il revient sur « son enfance dans son pays natal, son rapport à la religion ou encore au déplacement », situe Fabienne Aulagnier.

    Au total, une douzaine de spectacles, performances et autres lectures jalonnent Les rencontres à l’échelle, au cours d’une édition 2026 où « révoltes, dignités, travail sur les archives, collectes de témoignages et pluralité linguistique » sont les maîtres mots. Alors que guerres et crises traversent la Méditerranée, autant de marqueurs que le public pourra retrouver dans Language : no broblem de Marah Haj Hussein. Dans cette création qui passe de l’arabe à l’hébreu en passant par le néerlandais, le français ou encore l’anglais, cette comédienne et danseuse palestinienne y « raconte l’occupation israélienne à travers le langage. Car cette occupation annihile la langue arabe », rappelle la directrice des Rencontres à l’échelle, qui proposera d’autres spectacles et lectures en lutte contre l’effacement de la mémoire dans des pays tels que la Syrie ou le Liban.

    lesrencontresalechelle.com