Dans le cadre de son « Debí Tirar Más Fotos World Tour », l’artiste âgé de 32 ans, devenu l’un des phénomènes culturels majeurs de sa génération, promet un show incandescent porté par les rythmes du reggaeton, de la salsa et du merengue. Avec des dizaines de milliers
de fans attendus, cette unique escale marseillaise s’annonce comme l’un des temps forts musicaux de l’été, dans une enceinte du boulevard Michelet prête à se transformer en immense piste de danse.
Category: culture
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Le phénomène Bad Bunny débarque au Vélodrome
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Ils parcourent le monde pour Bad Bunny
« Je suis Portoricaine et j’habite à New York. J’ai choisi de voir Bad Bunny dans un pays où l’on ne parle pas espagnol, car je pense que c’est une occasion unique de constater son impact mondial », s’émerveille Bri, artiste venue des États-Unis avec sa famille.
Portoricains, Costariciens et états-uniens arrivent à Marseille, depuis le week-end dernier, pour le concert du chanteur latino-américain Bad Bunny au Vélodrome, ce mercredi soir, où près de 70 000 spectateurs sont attendus.
En dessous de la place Jean-Jaurès, Bri attend son taxi avec sa mère, son frère et sa sœur. « C’était incroyable de suivre son ascension, depuis ses débuts en tant que petit artiste de reggaeton, jusqu’à sa prestation en tête d’affiche du Super Bowl. Je suis fière de lui, c’est comme si j’avais grandi à ses côtés ! », s’enthousiasme l’artiste new-yorkaise.
Dans les rues du Panier, les fans étrangers sont nombreux. Yirehi Rôman, Portoricaine de 27 ans, a fait le déplacement seule et spécialement pour le concert. « J’adore Bad Bunny. Il est le porte-parole de nombreux Portoricains, il parle de ma culture et attire l’attention sur plusieurs réalités de notre île avec sa musique », déclare la coach sportive. Yirehi ne le savait pas et l’a appris « à la dernière minute », trois amies états-uniennes à elles se rendent aussi au Vélodrome. « Je suis la seule portoricaine, mais elles peuvent aussi l’être un peu pour le concert », ironise-t-elle.
« Il nous défend contre
le racisme »Un peu plus loin, la famille Gomez, originaire du Costa Rica, arpente les petites ruelles du Panier. Pour ces quatre Latino-Américains, Bad Bunny est une histoire de famille. Les parents et les enfants écoutent l’artiste portoricain. De passage sur la Costa Brava et dans le sud de la France pendant plusieurs semaines, ils ont acheté des billets pour le concert il y a un mois. « Je suis chirurgien orthopédiste, quand j’opère mes patients, j’écoute Bad Bunny », raconte leur père, Antonio. « C’est le meilleur du monde. Au Costa Rica, tous les latinos aiment Bad Bunny parce qu’il nous représente. Il nous défend contre le racisme et les discriminations », explique Philippe, 16 ans. « Oui », acquiesce sa petite sœur, Martina, 13 ans, des étoiles dans les yeux.
Parmi les fans, des Français sont aussi venus jusqu’à Marseille pour voir le phénomène portoricain. À l’image d’Amélie, Toulousaine, et de Tiphaine et Inès, Paloises, toutes les trois âgées de 24 ans. Pour ce groupe de copines, se rendre dans la cité phocéenne, plutôt qu’à Paris, pour voir Bad Bunny, était évident. « À Marseille, il y a la plage et le soleil », explique l’une d’entre elles. « Ça nous fait une pierre deux coups : le concert et des petites vacances entre copines », complète son amie.
C’est aussi le cas de ces quatre Toulousains, amis depuis plusieurs années, croisés près de la Vieille Charité. « Bad Bunny, c’est des souvenirs de soirées passées tous ensemble. C’est aussi les messages qu’il transmet dans ses chansons. Je pense qu’il nous touche tous », s’exprime Alizée. « Il est très engagé. Il a des valeurs qui nous représentent et auxquelles on tient », ajoute son ami Adrien.
L’artiste portoricain se produira aussi les 4 et 5 juillet à Paris. La capitale attend des milliers de spectateurs français et étrangers.
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« Sketches of Spain » lance et chauffe le Marseille jazz des cinq continents
Un voyage dans les musiques traditionnelles espagnoles dont s’enivrent le trompettiste new-yorkais Michael Leonhart et le danseur-chorégraphe Israel Galvan, « l’un des plus éminents représentants du flamenco contemporain », situe Hughes Kieffer, directeur artistique du Marseille jazz des cinq continents, à propos de ce spectacle qui lance le festival, mercredi 1er juillet à 20h, à la Vieille Charité. Les deux artistes revisitent cet opus dont les premières notes éclairent sur ce que la musique et ses mélanges ont fait de plus beau. Ses ingrédients ? une sauce à base de Concerto d’Aranjuez, composé par Joaquin Rodrigo 20 ans plus tôt, liée par le génie de Miles Davis, sur des arrangements de Gil Evans. Une œuvre mélancolique et ensoleillée qui nous tabasse l’âme dont Miles Davis disait : « Cette mélodie est si forte que, plus elle est jouée douce, plus elle est forte et, plus elle est jouée forte, plus elle devient faible. »
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Avec Pierre Paulin, le design fait son entrée au musée Fabre
« On est très heureux de faire entrer le design par la grande porte au musée Fabre en consacrant cette exposition à celui qui fut assurément un des plus grands designers français », introduit Juliette Trey, directrice du musée montpelliérain. Premier en région à proposer une grande rétrospective dédiée à la carrière de Pierre Paulin, le musée Fabre a bénéficié, pour ce projet, de l’accompagnement et du prêt de nombreux objets et archives provenant du Fonds Pierre-Paulin, ainsi que de prêts du Mobilier national, avec lequel le designer a coopéré durant 40 ans. Notamment une pièce qui constitue le clou de l’exposition : le Fumoir de l’Élysée (photo 1), une commande présidentielle réalisée sous Georges Pompidou. Resté en réserve depuis son démontage en 1974 et restauré pour l’occasion, il est exposé pour la première fois à Montpellier.
Un design utile et confortable
Né en 1927 à Paris, Pierre Paulin, venu s’installer en 1982 dans les contreforts des Cévennes et décédé à Montpellier en 2009, fut l’un des pionniers du design moderne. À travers un parcours chronologique, cette exposition retrace les différentes étapes de sa carrière, « qui épouse véritablement l’essor du design en France », commente la commissaire Florence Hudowicz, conservatrice en chef du patrimoine au musée Fabre. Le designer a marqué son époque par sa capacité à imaginer des formes nouvelles tout en restant attentif aux usages du quotidien. Et à l’impératif de confort. « Ce qui a fait le début de sa popularité, ce sont les salons des arts ménagers et décoratifs. Dès 1953, Paulin y expose et obtient immédiatement une reconnaissance populaire », rapporte Florence Hudowicz. « On est à l’époque où la modernité est en marche, avec le réfrigérateur, l’aspirateur… Une ère nouvelle s’ouvre pour le couple moderne. Paulin veut s’adresser au plus grand nombre, montrer que le design n’est pas du luxe ou du gadget, mais qu’il peut servir à améliorer voire transformer le quotidien. » Il va notamment façonner des fauteuils devenus iconiques -Mushroom chair (1960), Ribbon chair (1966), Tongue Chair (1967) – avec une structure simplifiée et un garnissage de plus en plus souple dans lesquels le corps se love. Des créations intemporelles alliant confort et élégance au service des usages, qui continuent d’incarner la modernité et d’inspirer aujourd’hui. « Dans l’effervescence des années 1960 et 1970, marquées par l’émergence de nouveaux modes de vie, de nouvelles technologies et d’un désir de liberté, il invente des formes inédites, souples et profondément humaines », souligne Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier et président de la Métropole. « Cette exposition montre comment le travail de Pierre Paulin a été le produit de son époque, mais également sa dimension visionnaire », complète la directrice du musée.
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« La musique de Carla Bley peut toucher tout le monde »
La Marseillaise : Vous êtes la première femme à diriger l’Orchestre national de jazz depuis sa création, il y a 40 ans. Y attachez-vous une importance particulière ou pas ?
Sylvaine Hélary : Un peu des deux. J’ai postulé à l’Orchestre national de jazz en tant que musicienne, compositrice, flutiste, mais pas en tant que femme spécialement. En revanche, je mesure l’importance que cela peut par exemple avoir pour de plus jeunes musiciennes quant à leur manière de s’identifier à des figures féminines. À partir du moment où les femmes sont un peu plus visibles, qu’elles soient sur scène ou à des postes de direction, cela peut contribuer à changer la place des femmes dans la société en général : affirmer peut-être quelque chose ou rassurer, donner envie, se dire que c’est possible. Je mesure le pouvoir que cela peut avoir au niveau de la transmission.
Si tout cela évolue aujourd’hui, c’est aussi grâce à des pionnières comme la compositrice et cheffe Carla Bley, à une époque où les femmes se comptaient sur les doigts d’une main à ces postes…
S.H. : Complètement. J’ai rencontré sa musique il y a 30 ans quand je faisais des sessions avec le saxophoniste Rémi Sciuto, à qui j’ai confié les arrangements de la plupart du programme de Carla Bley. Avant, j’avais quelques références de musiciennes françaises comme Joëlle Léandre ou Hélène Labarrière. Mais elles étaient peu nombreuses. Puis la compositrice Carla Bley m’a ouvert tout un nouveau monde. Elle m’a impressionné par sa liberté, sa manière de naviguer entre des musiques différentes : elle a aussi bien travaillé avec des pointures jazz que Robert Wyatt ou le batteur de Pink Floyd, Nick Mason. Cette touche-à-tout a développé en même temps son propre langage. Elle a aussi joué toute sa vie avec certains de ses compagnons comme Steve Swallow, le dernier en date. Elle coche tous les souhaits que l’on peut avoir quand on est une jeune femme et qu’on veut devenir musicienne.
Le directeur du festival des cinq continents dit qu’elle « fait un jazz qui tire jusqu’à la musique contemporaine, mais comporte aussi beaucoup de mélodies »…
S.H. : Tout à fait. Avec notre projet, on voulait donner à entendre toute sa panoplie et pas seulement un son, celui de son orchestre avec beaucoup de cuivres. On a donc aussi ajouté un quatuor à cordes pour changer un peu la couleur, avoir notre propre son et ne pas faire une pâle copie du sien. Sous des airs très mélodiques, qui rappellent des musiques de films, le son de Carla Bley est très exigeant. Et dans le même temps, elle prodigue quelque chose de très accessible. La musique de Carla Bley peut toucher tout le monde. On a joué notre projet dans plein d’endroits comme l’opéra de Dijon. Les spectateurs ne la connaissaient pas bien, et pourtant, 1 600 spectateurs ont fini debout.
Les 12 titres de votre album alternent le doux et le vigoureux. À l’image de sa personnalité ?
S.H. : On n’avait pas envie que ça soit portrait en cire de Carla Bley, mais on se l’est approprié. On a voulu représenter plusieurs facettes de son écriture. possiblement reliable à celles de sa personnalité. Il y a à la fois des tubes comme « Utviklingssang » et « Musique mécanique », mais aussi « End of Vienna », plus chambriste que jazz. Elle a un parcours incroyable, est partie très tôt de chez elle, a même vendu des cigarettes au Birdland [club mythique de jazz new yorkais, Ndlr.]. Le monde du jazz et des musiques improvisées, à l’époque bouillonnant, a été pour elle fondateur.
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Sensibiliser les festivaliers à la santé des femmes
Bingo des règles, quiz sur les stéréotypes liés aux menstruations, cartographie des appareils génitaux, présentation du violentomètre… Au festival Marsatac les 12, 13 et 14 juin derniers, la mutuelle marseillaise Solimut, en partenariat avec l’association Règles élémentaires, a sensibilisé les festivaliers aux différents enjeux autour de la santé des femmes et son inégal accès. Un stand qui se tiendra aussi du 23 au 26 juillet, lors du Delta Festival.
« L’idée est de faire de la prévention autour de la santé menstruelle avec des activités un peu ludiques », explique Florence Lépine, responsable de l’antenne Paca de l’association Règles élémentaires. L’association, créée en 2016 pour l’égalité, l’éducation et la justice menstruelle, participe pour la première fois à un stand de prévention aux côtés de Solimut. L’objectif est également de rediriger des personnes vers des associations de référence sur d’éventuelles pathologies ou des troubles liés aux règles.
Inégal accès à la santéSi la thématique de la santé menstruelle est centrale, le stand de sensibilisation de Solimut permet également d’aborder le sujet plus large de la santé des femmes. « à Marsatac, avec le violentomètre [outil permettant de mesurer le degré de violence] on a pu voir que tout le monde n’a pas la même échelle de valeurs sur les violences ce qui a permis de discuter et d’ouvrir la discussion à ce sujet », relate Magali Planas, coordinatrice prévention et promotion de la santé chez Solimut.
La mutuelle a également distribué un questionnaire sur les inégalités genrées de la prise en charge médicale, et en particulier des maladies cardiovasculaires. De nombreuses études montrent en effet que les infarctus sont moins bien pris en charge chez les femmes que chez les hommes, car les symptômes les plus connus sont moins fréquents chez les femmes.
Sensibiliser les plus jeunesUn travail de sensibilisation des festivaliers important pour Solimut. « Si on vient dans ces deux festivals, c’est parce qu’il y a un public cible : ce sont des jeunes », soutient Pierre Méry, vice-président de Solimut Mutuelle France. Ce dont témoigne Florence Lépine : « on a pu échanger avec pas mal de préados ou d’ados qui avaient très peu de connaissances sur les règles. »
Des stands de préventions sur les inégalités entre hommes et femmes au niveau de la santé qui s’inscrivent dans une ambition plus large de la part de la mutuelle. « Ces actions sont la continuité de notre approche politique et féministe de la santé », affirme Pierre Méry, vice-président de Solimut Mutuelle France.
Déjà au niveau de leur structure, Soli mut a mis en place « l’arrêt menstruel », qui permet aux femmes souffrant de règles particulièrement douloureuses de bénéficier de jours de repos. Mis en place l’année dernière, la société a été accompagnée pour cela par l’association Règles élémentaires. « C’est une mesure qui fonctionne bien pour les personnes qui en ont besoin, mais aussi avec les managers, car il y a eu un bon accompagnement », se félicite Pierre Méry qui ajoute cependant « même si on peut sans doute progresser ». Une expérimentation d’autant plus importante qu’elle pourra servir d’exemple pour élargir le dispositif au niveau national. « ça nous permet d’avoir des exemples concrets et qui fonctionnent pour porter des plaidoyers », explique la responsable de l’antenne Paca de l’association Règles élémentaires.
Un engagement politique et féministe en lien avec le rôle social que veut porter Soli Mut pour « agir sur les inégalités d’accès et sur la santé des femmes », rappelle Pierre Méry.
« Ces actions sont la continuité de notre approche politique
et féministe
de la santé » -

Bad Bunny vient enfiévrer le stade Vélodrome
Bad Bunny au stade Vélodrome. Pas le surnom d’une chèvre qui vient encore de signer à l’OM, mais bien le bouillant lapin des musiques latines, qui se produit mercredi 1er juillet dans l’antre des Olympiens. Cet artiste parmi les plus écoutés à travers le globe fait escale à Marseille dans le cadre de son « Debí Tirar Más Fotos World Tour », d’après le nom de son sixième album sorti l’an passé. Une discographie qui monte qui monte depuis les années 2010, et un opus hissé au firmament par le tremblement de terre en mondovision provoqué en février 2026 par son show à la mi-temps du Superbowl, cette parenthèse artistique de la finale de football américain, illustration suprême de la victoire culturelle d’el « imperialismo yankui ». Et pourtant. Truffée de références à ses racines portoricaines, notamment le perreo, danse reggaeton à se déglinguer le bassin et reprise notamment dans les mouvements contestataires de cette île colonisée il y a près de 130 ans par les États-Unis, la prestation de Bad Bunny a bien fait enrager Trump. « Ils veulent me prendre ma rivière et aussi ma plage. Ils veulent mon quartier et que ma grand-mère soit partie. Non, ne lâche pas ton drapeau. Je veux pas qu’ils fassent de toi ce qu’il est arrivé à Hawaii », chante, sur le titre « Lo Que Le Pasó a Hawaii », la superstar de 32 ans devenue égérie anti-Trump en multipliant notamment les prises de position contre l’ICE et pour l’accueil des migrants ou les droits LGBT.
Coups de chaudDésormais icône politique tout autant que de la mode et de l’entertainment en général, une figure portée aux nues ou détestée, comme seuls les États-Unis savent enfanter et raffolent. Dans tout cela, on en oublierait presque la qualité de Debí Tirar Más Fotos, album sacrément bien produit au cours duquel reggaeton, salsa et merengue immergent les auditeurs dans ses influences portoricaines et caribéennes. Par-dessus, les scansions suffocantes de Bad Bunny achèvent de tirer les oreilles des lapins du monde entier pour les traîner fissa sur la piste de danse. De son « Nuevayol » introductif qui dope et sample le thème d’« Un Verano en Nueva York » d’El Gran Combo de Puerto Rico (1975), à la salsa survitaminée « La Mudanza », 17 titres chargés qui décupleraient la canicule marseillaise actuelle en un tour de chant ou de reins. Sûrement aussi de quoi mettre un coup de chaud supplémentaire à la RTM qui annonce encore son cortège de modifications des lignes passant vers le Vélodrome mercredi 1er juillet dès 16h. Il faut dire que le concert de Benito Antonio Martinez Ocasio, de son vrai nom, se jouera à guichets fermés et que les reventes de places se monnayent encore très cher.
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![[Portrait] Fournel ne « voulait pas avoir raison tout seul »](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/06/308f77bf706965dda53a12957653ad59.jpg)
[Portrait] Fournel ne « voulait pas avoir raison tout seul »
Pour évoquer leurs manières d’être, à la fois singulières et filles de leur époque, on retracera leurs premières années de mutations et de réflexions. Ils se sont connus à Montpellier. Le Vauclusien entamait ses études de sciences physiques, la fille d’émigrants espagnols voulait devenir institutrice. Ils prirent l’habitude d’aller en auto-stop au Festival d’Avignon. Vendre des bijoux sur la place de l’Horloge, planter une tente dans les parages de l’Auberge de Jeunesse, fut leur solution. En 1966, ensuite jusqu’au début des années 1970, ils découvraient Jean Vilar, Bread and Puppet, Patrice Chéreau, Pina Bausch et Georges Lavaudant.
En 1970, pour faire le service militaire en qualité de coopérant, en attendant de décrocher un poste à la Faculté de sciences de Saint Jérôme, ils s’établissent en Algérie -leur fils est né à Oran- et puis en Tunisie. André et Molly étaient sensibles à la culture et à la vie quotidienne du Maghreb. Ils n’étaient pas des touristes ou des voyageurs, l’Espagne est le seul pays d’Europe qu’ils connaissent vraiment. L’autre côté de la Méditerranée n’a pas cessé de les émouvoir et de les questionner. Pendant les années noires, à compter de 1990, ils ont pratiqué le devoir d’hospitalité, hébergé ou bien caché dans leur appartement des hommes et des femmes en danger.
Des engagements tenaces
Sans doute par crainte de ne pas être vraiment compris ou bien parce qu’il n’a jamais fait l’important, André Fournel parlait rarement de son métier d’enseignant-chercheur qu’il exerça avec rigueur et bienveillance. Sans relâche, dans tous les domaines que son inlassable curiosité rejoignait, il fut un questionnant, un apprenant. À côté de sa prédilection pour des poètes comme Neruda et Mandelstam, il avait une vive passion pour les livres et les articles consacrés à l’homme de Néandertal. À la fin des années 1990, Fournel sut se remettre en question et se reconvertir hors de sa zone de confort : il transféra du côté de la biologie ses grilles de lecture de chercheur dans le domaine des supra-conducteurs. Dans son laboratoire qui s’appelait le BIP, Bioénergétique et ingénierie des protéines, on garde souvenir d’un sachant de grande finesse qui ne cherchait pas la célébrité. Dans sa vie professionnelle, André était à la fois lumineux et décalé, tolérant et respectueux du travail d’autrui.
La grande affaire de sa vie, ses observations et ses convictions furent axées sur la politique. Ici aussi il ne privilégiait pas ses doutes et ses interrogations les plus intimes. Quand bien même le désir de changer le monde ou bien la vie pourrait devenir une illusion, ses exigences de démocrate n’avaient pas faibli. Fournel ne baissait jamais la barre de la combativité, estimait que l’histoire devait toujours commencer par en bas, sans invectives ni brutalité, à partir d’une écoute et d’une implication des acteurs de terrain. Dans de nombreux espaces de lutte et de revendications comme le comité Ombres et lumières de Noailles, antérieur aux effondrements de la rue d’Aubagne, avec Centre ville pour tous, avec la Fédération des conseils de citoyens, sa parole, son écoute des délogés et ses connaissances en matière d’urbanisme étaient sollicitées et respectées.
Au crématorium du cimetière Saint-Pierre, le 11 avril, une amie écrivaine, Reine Prat prit la parole pour mémoriser son style de vie lors d’un ultime séjour au Queyras : « Je garde cette image de lui, le pied fragile et la marche rapide, filant sur les chemins sous les mélèzes pendant que Molly examine chaque plante, chaque fleur. Il attend, puis il repart. Ces derniers temps, il s’éloignait. Et il nous laisse dans une infinie tristesse et un sourire, à garder au cœur. » `
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Exposition « Dévotion », les lendemains de la Peste de 1720
Cette renommée ne concernait pas seulement les arts de la table. Dans le catalogue de cette exposition, Marina Laffon-Borelli, Régis Bertrand, Jean-Manuel Sanchez et Daniele Maternati-Baldouy, qui fut entre 1995 et 2012 la conservatrice du musée de la faïence du Château Pastre, examinent les liens profonds que les grands feux pouvaient entretenir avec les mutations de la vie religieuse. À côté de scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament de multiples provenances – le Sacrifice d’Abraham, un Bon Samaritain, le profil sur fond bleu de l’évangéliste Saint Jean qui figure sur l’affiche -le musée de Notre-Dame réunit en plaques décoratives des portraits qui se souviennent de Della Robbia, des Christs, des Crucifix et des statues de la Vierge, des objets du culte principalement issus de la fabrique de Joseph Fauchier, proche du quartier de la Porte d’Aix.
Gravement endeuillé par les décès de six enfants, Fauchier œuvra jusqu’en 1751. Les séquences religieuses de son travail s’accordent avec le ressaisissement de Marseille au lendemain des catastrophes engendrées par la Peste de 1720. En témoigne à sa façon un mélange de sincérité et de fraîcheur, la singularité de la Vierge à l’enfant qui illustre cet article. Les polychromies bleues et jaunes de cette statue, les motifs floraux de ses vêtements, ses gestes qui ne cachent pas la nudité et la blondeur de l’enfant, son discret déhanchement ainsi que des menus détails (entre autres, au bout de ses sandales, le vernis de ses ongles) étonneront les visiteurs.
Exposition « Dévotion », musée de la Basilique Notre-Dame de la Garde, jusqu’au 22 novembre, tous les jours de 9h à 17h.
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![[Grand entretien] Tiago Rodrigues : « Le désaccord estun trésor à Avignon »](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/06/0ce68ee1a865eba653e0b29a9000a5fb.jpg)
[Grand entretien] Tiago Rodrigues : « Le désaccord estun trésor à Avignon »
Tiago Rodrigues : De grands développements technologiques au niveau de la communication, comme les réseaux sociaux, ont aussi un impact négatif et augmentent la désinformation. Les espaces de débats pluriels diminuent, envahis par la notion selon laquelle tout désaccord en société serait irréconciliable. On assiste à une montée très claire de l’agressivité, de la radicalité même, des discours politiques. Or, nous devons rappeler qu’une aventure comme le Festival d’Avignon, qui dure depuis presque 80 ans, est un espace où le désaccord est un trésor et vient équilibrer cette tendance, à mon sens négative, d’un discours trop polarisé, y compris dans les sociétés démocratiques. Les réponses trop simplistes, comme le déni climatique ou le masculinisme, montent en puissance. Des forces profitent de façon prédatrice de ce genre de polarisation de la société. Le Festival d’Avignon et le service public de la culture peuvent jouer un rôle qui compense cette tendance avec quelque chose de plus positif, avec la pratique joyeuse et collective de la découverte des spectacles.
Le spectacle d’ouverture, « Maldoror », de Julien Gosselin, fait dialoguer l’écrivain chilien Roberto Bolano avec Lautréamont pour questionner les racines du « mal absolu ». Dans quoi réside-t-il aujourd’hui ?
T.R. : J’ai hâte de découvrir ce spectacle de ce grand metteur en scène, mais j’ai des doutes sur cette dimension du mal absolu : la philosophe Hannah Arendt parlait de la banalité du mal et le dramaturge Bertolt Brecht, non pas des actions des mauvais, mais du silence des bons. Le Festival d’Avignon est cet endroit qui privilégie la découverte des arts, mais aussi un outil de participation démocratique. Plus que ma pensée, la philosophie qui peut répondre à votre question est celle de Julien Gosselin. Cela m’intéresse de savoir pourquoi nous sommes fascinés, à travers l’histoire, par les méchants du théâtre, par Richard III, par exemple. Qu’est-ce que l’observation du mal nous apprend ? Nous aurons des éclairages avec ce spectacle événement qui mêle théâtre, vidéo, cinéma et littérature, tout en proposant au public un autre rapport à la Cour d’honneur, avec des déambulations qui permettront au public de vivre un spectacle au Palais des Papes de façon très inhabituelle.
La langue invitée cette année est
le Coréen, avec entre autres « Island story » de Kyung-Sung Lee, qui fait entendre des témoignages de survivants de la répression
d’une commémoration de la fin de l’occupation japonaise, en 1948.
Le colonialisme est-il aussi l’un des maux principaux de notre époque ?T.R. : Si le Festival d’Avignon est une sélection de spectacles qui traduisent l’implication des artistes dans le monde, il ne faut pas non plus penser qu’il est un festival politique qui traduit un théâtre. Nous ne sommes pas un festival avec un agenda politique, mais d’art vivant à l’écoute des imaginations et des urgences des artistes. Effectivement, Kyung-Sung Lee parle de cet épisode tragique associé à la division de la péninsule au moment de la création des deux Corées et parle d’un massacre qui a été sujet à beaucoup d’omerta. Mais il ne faut pas oublier non plus Silence, par exemple, spectacle très joyeux de musiques chorégraphiées de Lucie Antunes et Mathilde Monnier, qui font le pari de la poésie et de l’abstraction, ou encore 1,2,3 Poquelin de la compagnie TG Stan, qui présente sept pièces de Molière à la Carrière de Boulbon. N’oublions pas non plus le collectif d’acrobates XY, qui permet pour la première fois la présence du cirque dans la Cour d’honneur. Vous savez que le sujet politique m’intéresse, mais parfois, il y a le risque de rendre le festival plus étroit. Or, le festival est bien plus large que la Une des journaux.
La confrontation d’idées se retrouvera aussi en fin de festival, avec « L’Aube des questions ».
En quoi cela consiste-t-il ?T.R. : Cet événement essaye de célébrer et synthétiser les questions qui ont traversé le festival. On réunit beaucoup d’artistes, mais aussi des personnes de la société civile comme Christiane Taubira, la poète marseillaise Laura Vazquez, le syndicaliste Philippe Martinez, l’écrivain Camille de Toledo… On fait une liste de 80 questions, à l’aube, pendant les premières heures du premier jour suivant la fin du festival, avant de les lancer au monde depuis la scène.
Le festival « off » d’Avignon a adressé une lettre ouverte aux candidats
à la présidentielle qui fait part de ses craintes sur les coupes budgétaires et les censures sur le monde de la culture. Quelle est votre position ?T.R. : Nous sommes en synchronisme total dans le sens où le Festival d’Avignon fait partie du Syndeac [Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, Ndlr], qui exprime depuis des mois son inquiétude vis-à-vis de la nécessité d’un pacte politique large, sur la continuité du financement du service public de la culture. Il faut faire réfléchir pas seulement les élus actuels, mais surtout les candidats à la présidentielle, qui vont être les référents de l’agenda politique. Nous sommes à la fois structurants comme festival de création qui impacte la production et la création de spectacles en France, mais nous sommes aussi un forum de débats importants, aussi bien sur le service public de la culture que sur les services publics de manière générale. La façon dont les candidats vont s’emparer d’une vision de la politique culturelle en France est très importante et nous sommes partants pour aider ceux qui s’y intéressent.
Propos recueillis par Philippe Amsellem