Category: culture

  • Festival de Cannes : le palmarès

    Festival de Cannes : le palmarès

    Au-delà du Palmarès dévoilé samedi dernier (lire ci-contre), les onze jours pendant lesquels s’est déroulé le Festival de Cannes, a montré la dichotomie entre deux sortes de cinéma. D’un côté, celui qui s’intéresse aux histoires intimes sans impact réel sur l’évolution de la société. De l’autre, des sujets essentiels dont la résolution marquera l’avenir collectif. Est-ce vraiment un hasard si l’on trouve dans la première catégorie, des films occidentaux et dans la seconde, essentiellement des productions venues d’ailleurs ? Comme la réalisatrice rwandaise, Marie-Clémentine Dusabejambo qui a reçu la Caméra d’or pour le bouleversant Ben’Imana. Elle expliquait : « Je voulais rendre hommage aux femmes de mon pays qui sont à la racine de la guérison de toute une nation […]. Cette humanité-là, cette bravoure méritent d’être saluées ».

    La sélection d’un Festival n’est évidemment qu’une petite partie de la production mondiale. Il reste néanmoins difficile d’éviter les grandes questions qui secouent la planète, le regard vers le passé pour mieux appréhender l’avenir. C’est en tout cas ce que le jury, présidé par le cinéaste coréen, Park Chan-wook, a voulu préserver, même si l’on peut regretter qu’un certain nombre de films ont été oubliés dans le Palmarès, à commencer par L’Être Aimé, de Rodrigo Sorogoyen. Javier Bardem y est magistral et méritait le prix d’interprétation.

    En recevant la Palme d’Or pour Fjord, le Roumain Cristian Mungiu (primé pour la deuxième fois, après Quatre mois, trois semaines en 2007), a rappelé que « l’état du monde n’est pas le meilleur », appelant à plus de « tolérance, d’inclusion et d’empathie ». Son film se déroule en Norvège et montre comment une société qui se veut très libérale a du mal à accepter la confrontation avec une autre culture, celle d’une famille religieuse venue de l’est de l’Europe.

    Le jury a voulu s’inscrire dans l’histoire, avec un grand H, sans vraiment départager le fonds et en mélangeant peut-être les sujets. Ainsi, le Prix de la Mise en scène est allé, ex-aequo, à Javier Calvos et Javier Ambrossi pour La Bola Negra et Pawel Pawlikosvki pour Fatherland. La guerre d’Espagne pour le premier à l’approche ambigüe. Les réalisateurs ont campé leurs deux personnages côté républicain pour l’un, franquiste de l’autre, avec Garcia Lorca au milieu, le tout relié non pas par un engagement politique mais par l’homosexualité. Le cinéaste polonais lui, a évoqué avec justesse la venue de Thomas Mann en Allemagne de l’ouest puis de l’est.

    Deux jeunes acteurs primés

    La première guerre mondiale n’est qu’un prétexte pris par Lukas Dhont pour parler des relations entre deux jeunes appelés, ce qui a valu à Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, le prix d’interprétation masculine dans Coward.

    Notre Salut de Emmanuel Marre recevra le Prix du scénario qui suit un fonctionnaire français dans l’administration pétainiste et collaborationniste. C’est également un duo qui a reçu le prix d’interprétation féminine, attribué à Virginie Efira et sa partenaire japonaise Tao Okamoto dans Soudain de Ryusuke Hamaguchi, film qui aurait pu prétendre à la Palme d’Or. S’il est un personnage féminin qui a marqué les esprits, c’est l’héroïne de L’Aventure rêvée (prix du jury) de l’allemande Valeska Grisebach, l’histoire d’une femme qui s’érige contre la mafia bulgare. De guerre actuelle, il en a été également question à travers Minotaure, du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, qui a reçu le Grand Prix. Un vrai-faux remake de La Femme infidèle (1969) de Claude Chabrol, surtout remarqué pour son évocation de ces Russes enrichis et corrompus sur fond de mobilisation militaire des classes populaires. « Des millions de gens de part et d’autre ne rêvent que d’une chose : que les massacres cessent enfin. Et la seule personne qui puisse mettre fin à cette boucherie est le président de la Fédération de Russie. Mettez fin à ce carnage, le monde entier attend cela », a dit le cinéaste.

    Quant à la Palestine, il aura fallu qu’en remettant le prix de la mise en scène, Xavier Dolan lise un extrait de Sur cette terre, du poète Mahmoud Darwich pour déclencher une salve d’applaudissements.

    Palme d’Or. Fjord du Roumain Cristian Mungiu

    Prix de la mise en scène. Javier Calvo et Javier Ambrossi pour La bola negra et Pawel Pawlikowski pour Fatherland

    Prix du scénario. Notre Salut du Français Emmanuel Marre

    Grand prix. Minotaure du Russe Andreï Zviaguintsev

    Prix du jury. L’Aventure rêvée de l’Allemande Valeska Grisebach

    Prix d’interprétation masculine. Emmanuel Macchia et Valentin Campagne dans Coward du Belge Lukas Dhont

    Prix d’interprétation féminine. Virginie Efira et Tao Okamoto dans Soudain du Japonais Ryusuke Hamaguchi

  • Le réalisateur Christian Mungiu remporte la Palme d’Or pour son film « Fjord »

    Le réalisateur Christian Mungiu remporte la Palme d’Or pour son film « Fjord »

    Le jury du 79e festival de Cannes a décerné samedi la Palme d’or à Fjord du cinéaste roumain Cristian Mungiu qui décroche ainsi sa deuxième Palme d’or après celle attribuée pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007. Dans Fjord, inspiré de faits réels, le réalisateur enracine son récit en Norvège pour mettre face à ses contradictions une société qui prône la tolérance et l’ouverture aux autres mais peut exclure brutalement ceux qui dévient du chemin tracé pour eux.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, Via le Cirva, Caccavale transcrit Christian Guez

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, Via le Cirva, Caccavale transcrit Christian Guez

    On admet les colonnes néoclassiques, les vitres qui donnent sur l’extérieur ne sont plus sottement bouchées : en premier plan devant les buissons, on aperçoit une stèle en acier, forgée par Chillida.

    L’été dernier, dans cet espace, il y avait des œuvres de Giacometti. Auparavant, sur une table, des céramiques de Baya. Les conservatrices de Cantini, Amélie Lavin et Louise Madinier, le directeur du Cirva Stanislas Collodiet proposent une installation de Guiseppe Caccavale. Sur un socle légèrement surélevé, on est confronté à trois séries de trois vers de Christian G. Guez Ricord, des tercets de taille inégale. Le dernier vers dit qu’« Un feu ancien disperse le carré qu’il trace ».

    « Des gongs d’éveil » qu’on lit ou bien qu’on murmure. On contemple, on épelle des lettres blanches. Ce ne sont pas les messages du feu de la Pentecôte, leurs apparences grisées évoquent des morceaux de givre, des fragments de glacier. Une par une, ces lettres furent réalisées par les ouvriers-souffleurs du Cirva, leurs noms sont rappelés. Il s’agit de la première page de Neumes, un recueil de Christian Guez : en vitrine voici sa couverture pensée par Jean Degottex et sa première page, du Garamond sur papier centaure ivoire édité en mars 1983 par André Dimanche. Dans la première salle, on imagine le travail d’imprégnation, de rythmique et d’incorporation conduit par Caccavale, des aquarelles bleues reproduisent les pages de Neumes. Une chose manque, la diction de Christian, le tremblement de sa voix, un enregistrement quand il lisait en public.

    Ces lettres procèdent pourtant d’une intense écoute au cœur d’une ville-monde. Caccavale est arrivé à Marseille à la faveur d’une exposition collective, cet artiste formé à Naples avait 25 ans ; ses dessins et ses collages furent adoptés par Jean-Pierre Alis de la galerie Athanor en 1986. Il décida de vivre à Marseille pendant 20 ans, rue des Bons-Enfants. Giuseppe n’a jamais croisé Christian Guez, décédé en juin 1988. Au début des années 1990, un ami de Christian, Jean-Jacques Ceccarelli lui offrit Neumes : Caccavale et l’alchimie du Cirva en sont les témoins et les traducteurs.

    Jeudi 19 juin, 16h, rue Grignan, Caccavale et Michaël Battala évoquent Ch.Guez.

  • Erri de Luca : « Nous sommes d’abord des gens de Méditerranée »

    Erri de Luca : « Nous sommes d’abord des gens de Méditerranée »

    La Marseillaise : Dans votre dernier essai en date, « L’âge expérimental », vous parlez de la vieillesse, non pas comme de la fin de quelque chose, mais plutôt comme le début d’une nouvelle et dernière aventure, d’un nouveau territoire à explorer. De quelle manière ?

    Erri De Luca : Je suis davantage prêt à m’émerveiller, à réagir avec stupeur face aux détails. Je reconnais l’immense force d’une fleur sur une paroi de rocher. Je m’aperçois qu’il ne faut pas gaspiller une seule minute de la journée.

    Ces nouvelles découvertes de la vieillesse vous procurent-elles de l’exaltation ou une certaine nostalgie ?

    E.D.L. : Je manque physiquement du sentiment de nostalgie, tout comme celui de l’ennui. Mais j’entraîne davantage mon corps parce que cet âge demande plus de discipline.

    Si vous êtes aujourd’hui dans la fleur de l’âge, permettez-nous un retour dans votre jeunesse. Vous êtes né et avez grandi à Naples, personnage majeur de certains de vos écrits. Une ville que les gens comparent souvent avec à Marseille, aussi bien du côté positif que négatif…

    E.D.L. : J’aime les villes qui se situent au bord de la mer. Mais je ne les compare pas car elles sont fières et uniques. Naples a son volcan comme maître cauchemar, ses tremblements qui lui ont appris le bal de la « tarentelle ». Naples a sa propre langue qui n’a rien à voir avec l’Italien.

    Dans « Montedidio », roman publié il y a 25 ans, l’un de vos personnages disait : « Nous vivons en Italie mais nous ne sommes pas Italiens. » Un sentiment qui transpire aussi chez beaucoup d’habitants de Marseille qui affirment être Marseillais avant d’être Français. Est-ce selon vous une revendication propre aux villes portuaires de Méditerranée ?

    E.D.L. : Oui, nous sommes d’abord des gens de la Méditerranée, qui réunit trois continents, Asie, Afrique et Europe, qui avons notre sang mêlé au maximum de mères différentes.

    Un autre auteur napolitain, Roberto Saviano, déclarait à « La Marseillaise », au sujet de la violence générée par les trafiquants et de leur collusion avec les sphères politiques : « Ce qu’il se passe à Marseille, nous l’avons observé et étudié depuis longtemps à Naples et en Italie. Mais j’espère que vous avez les outils pour y faire face. » Qu’est-ce que cela vous inspire ?

    E.D.L. : Il y a une dose de violence et de criminalité dans tous les ports du monde. Rien de spécifique, sauf les noms qui identifient le phénomène local. Un lieu légendaire comme Naples est toujours un mélange de magnifique et d’atroce.

    Vous êtes issu d’une famille bourgeoise qui a perdu toute
    sa fortune au moment de la guerre. Avec le recul, diriez-vous que ce déclassement social vous a donné les clefs pour une meilleure compréhension du monde ?

    E.D.L. : J’ai connu dans mon enfance les différences : j’avais des chaussures, et les autres enfants, non. J’allais à l’école, et les autres enfants, au travail. J’étais nourri. Les différences m’ont transmis le sentiment de la honte, que je considère comme un sentiment politique parce qu’il nous pousse à réagir, à inventer une réponse. C’est sur cette base que s’est installée l’adhésion aux luttes révolutionnaires en Italie dans les années 1970.

    Adolescent, puis jeune adulte, vous vous êtes engagé dans le communisme, puis le mouvement Lotta continua, jusqu’à votre départ pour la France, suite au vote des « lois spéciales » en Italie. Deux pays où la social-démocratie a toujours favorisé la montée de l’extrême droite. Quelles solutions pour ces deux pays, aujourd’hui gangrenés par les nationalismes et replis identitaires ?

    E.D.L. : Je fais confiance à l’Europe, le continent le plus belliqueux de l’histoire humaine, qui a su inventer une formule capable de bannir la guerre parmi les États membres. Je considère les nationalismes comme un ballast du XXe siècle. On ne reviendra pas aux États séparés. Même la Grande Bretagne regrette sa sécession. Mais les nationalismes ralentissent le progrès vers la Fédération européenne, qui est la prochaine étape. L’invasion de l’Ukraine a favorisé davantage la cohésion, avec les démissions de l’administration américaine à être un partenaire occidental.

    Lors de votre participation au festival « Oh les beaux jours ! », vous devriez évoquer des auteurs et artistes comme Paolo Roversi, Roberto Murolo ou Izet Sarajlic. Que symbolisent-ils à vos yeux ?

    E.D.L. : Avec ses photos de femmes, Paolo Roversi m’a appris un regard visionnaire, qui les rend aussi intouchables. C’est un charme supplémentaire. Roberto Murolo m’a, lui, appris que la chanson napolitaine n’est pas faite pour les ténors mais pour les voix susurrantes, pour une guitare et non pour un orchestre. Et Izet Sarajlic, qui est un poète de Sarajevo que j’ai connu pendant les années de siège de cette ville, m’a appris l’exemple de la fraternité.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem.

    Samedi 30 mai à 11h à la Criée. Gratuit. www.ohlsbeauxjours.fr

  • [Le coin BD] Les animaux malades de la peste… et des humains aujourd’hui

    [Le coin BD] Les animaux malades de la peste… et des humains aujourd’hui

    Un procès, celui d’animaux qui viennent à la barre, qui seraient responsables des pandémies, l’occasion de questionner notre rapport aux autres espèces et la propre responsabilité des hommes dans les zoonoses… Alors que le souvenir du Covid 19 est toujours vivace, la question des maladies transmissibles de l’animal à l’homme comme la rage, la tuberculose ou la grippe aviaire est d’une actualité brûlante. L’anthropologue et philosophe du CNRS Frédéric Keck et l’illustratrice Héloïse Chochois font, à travers de nombreux exemples dans ce procès fictif, un récit de vulgarisation qui invite à repenser notre place parmi les autres espèces. Avec dans le box vison, chauve-souris, pangolin, singe ou poulet, les deux auteurs racontent de manière scientifique la transmission des virus d’une espèce à l’autre. Et surtout montrent comment le capitalisme qui a transformé les espèces vivantes en marchandise, entre élevage en batterie, urbanisation galopante, changement climatique et chute de la biodiversité, est l’un des principaux responsables, si ce n’est « le » responsable de ces zoonoses. Ce que démontre dans l’album le scientifique américain marxiste Mike Davis qui a largement travaillé sur ces questions et dont la pensée éclaire ce problème majeur. Avec une vraie question : foncer dans le mur avec une multiplication à venir des épidémies ou bifurquer ?

    Saint-Exupéry

    Et l’origine du Petit Prince… Cette intégrale de Pierre-Roland Saint-Dizier et Cédric Fernandez célèbre les 80 ans de la parution en France du plus célèbre livre de l’écrivain aviateur. À travers ces trois albums, ils reviennent sur la biographie d’Antoine de Saint-Exupéry depuis son début à l’Aéropostale en Afrique et en Amérique du Sud jusqu’à son crash mortel au-dessus des calanques de Marseille le 30 juillet 1944. C’est lors de son exil aux États-Unis qu’il écrira ce conte pour enfants immortel publié dans l’hexagone à titre posthume.

    Chez Glénat, 16€

    Le goût du métal

    Bruno Duhamel livre un très beau roman graphique situé dans le milieu agricole de la vallée du Beuvron sur le thème original des chercheurs de trésor flanqués de leurs détecteurs de métaux dont la quête de l’Eldorado détruit le patrimoine local. À travers le personnage de Léo, un garçon inadapté qui vit chez sa sœur, de son voisin éleveur ainsi que celui de Gabriel, un défenseur de ce patrimoine qui devient progressivement fou, il tresse un passionnant drame rural dans un milieu habituellement très peu traité. Une réussite !

    Chez Grand Angle, 15,90€

    La belle histoire des jardins

    De l’enclos néolithique aux jardins du Mucem de Marseille ou de la fondation Luma à Arles, en passant par ceux de Versailles et tous les autres, Catherine Delvaux et Simon Hureau proposent une plongée passionnante et érudite dans l’histoire des jardins qui charmera autant les amateurs que les néophytes. Au fil de 15 chapitres, le lecteur en apprendra autant sur les plantes et leur histoire que sur les styles qui ont conduit à leur agencement à travers le monde et les civilisations. Une somme incroyable et facile à lire.

    Chez Les Arènes BD, 26€

    Français langue étrangère

    Éric Salch propose une BD sur un sujet pas vraiment drôle, l’accueil des réfugiés hommes et femmes qui ont fui guerres et misères et les cours de « français langue étrangère » qui leur sont dispensés par Marie, une professeure spécialisée. Avec justesse et sans pathos, il décrit le choc culturel de ces exilés et leur volonté d’apprendre pour s’en sortir. Un album qui va bien au-delà des clichés et sert sa cause sans en cacher les difficultés en privilégiant l’humain dans un mélange de réalisme et d’humour qui est la marque de fabrique de l’auteur.

    Chez Dargaud, 23,95€

    Dortmunder

    Dans la collection « Aire noire », Doug Headine et Jesus Alonso Iglesias adaptent en BD l’un des principaux personnages de Donald E. Westlake, John Dortmunder, cambrioleur et braqueur poursuivi par la poisse. Dans ce tome un, « Bank shot », il va tenter non de braquer une banque installée dans un mobile home mais de la mettre sur roue pour la subtiliser. Un plan brillant qui doit être servi par une équipe compétente et efficace, mais rien ne fonctionnera comme prévu dans une ambiance polar noir comme on les aime.

    M.B.

    Chez Dupuis, 21€

    Cécile la Shérif

    Au XIXe siècle, au cœur de la France, Cécile a un rêve : devenir la première magistrate du pays ! Rêve impossible, ce qui la conduira à traverser l’Atlantique en compagnie d’un musicien-poète-aventurier… C’est dans le Far West qu’elle pourra assouvir sa vocation pour le respect de la loi en devenant shérif. Walter Guissard et Victor Coutard livrent un récit de western enlevé et burlesque servi par un graphisme vif et coloré pour un album extrêmement original et plaisant entre Orléans et la Nouvelle Orléans.

    Chez Casterman, 24€

  • A la Vieille Charité, explorer la Méditerranée avec un regard différent

    A la Vieille Charité, explorer la Méditerranée avec un regard différent

    À la croisée de l’archéologie sous-marine, de l’écologie et de la création contemporaine, l’exposition interroge ce que la mer conserve, fait disparaître ou ce qu’elle révèle. Une exposition immersive à travers des œuvres participatives et des ateliers de création, où artistes et visiteurs révèlent les récits, mémoires et imaginaires liés aux rives méditerranéennes, mer de migrations, d’échanges et de conflits. Que choisissons-nous de préserver ?

    Les œuvres d’Aïcha Snoussi, d’Elias Kurdy, de Jeff Daniel Silva et d’Aurélie Darbouret dialoguent avec des objets issus des collections des Musées de Marseille. La commissaire d’exposition, Hannah Bidoire, souligne : « “Ce que la mer garde” est une exposition qui se veut de méditation et de participation avec les publics. C’est partir de ce que la mer a gardée et de s’en éloigner assez rapidement, avec des œuvres d’artistes contemporains qui travaillent autour de l’archéo-fiction. »

    Parmi les œuvres présentées dans ldiverses salles, le public découvre le travail d’Aïcha Snoussi, artiste tunisienne. Elle présente une œuvre composée de 750 bouteilles en verres, qui contiennent des traces, des messages et des hommages à une civilisation qui aurait pu exister sur l’île de Zembra, à 50 km de Tunis. La commissaire ajoute : « Normalement représentée de façon centrale et circulaire, l’œuvre a été complètement réadaptée, revisitée dans le cadre de cette exposition. »

    Dans une même veine, l’artiste franco-syrien, Elias Kurdy, travail sur la question muséale. Il présente des sculptures conçues pour imiter l’usure du temps et les codes de l’archéologie par le biais de différentes techniques comme le moulage 3D, la soudure ou le verre. Ces œuvres montrent des personnes en guerre, qui pêchent, des noyades, mais pourraient se situer n’importe où. Hannah Bidoire précise : « Il laisse le choix aux visiteurs de situer la scène, (…) pour continuer à brouiller les pistes. »

    Une exposition où l’archéo-fiction est ainsi présentée comme une manière de changer la position du public, qui devient actif par l’imagination. Les visiteurs peuvent ainsi réimaginer les usages de ces pièces. Mais le récit et les mythes changent-ils dans l’œil du spectateur ? La commissaire explique : « L’idée est de visiter les musées de Marseille avec un regard différent. »

    « Ce que la mer garde » à découvrir jusqu’au 30 août. Gratuit.

  • La Nuit des musées, moteur de démocratisation culturelle

    La Nuit des musées, moteur de démocratisation culturelle

    C’est une soirée par an. Cette année, la 22e édition de la Nuit européenne des musées se déroule ce samedi 23 mai et animera plus de 3 000 musées dans une trentaine de pays. L’événement commence en début de soirée et se poursuit jusqu’à minuit, ce samedi. Dans notre région, plusieurs musées ouvrent leurs portes au public. L’occasion de découvrir des expositions gratuitement, ainsi que de nombreuses animations.

    Le Pavillon de Vendôme, à Aix-en-Provence, propose « des visites guidées de l’exposition temporaire “De la terre jaillit la lumière, en présence de l’artiste Andrew Erdos, ainsi qu’une projection mapping sur la façade du bâtiment, comme tous les ans », explique Vincent, médiateur culturel du musée. Toujours à Aix-en-Provence, le Musée Granet « accueille un public familial, essentiellement des parents, qui viennent voir leurs enfants dans le cadre de “La classe, l’œuvre !” », confie une médiatrice culturelle.

    à Marseille, le Musée d’art contemporain de Marseille [mac] propose plusieurs temps forts, comme l’explique Gilles Baume, responsable des publics : « Les étudiants de l’École Condé vont proposer un défilé en lien avec les œuvres des collections, et 30 lycéennes danseuses vont faire une performance dans nos salles, en lien avec l’œuvre de Franz Erhard Walther. Elles ont travaillé avec un chorégraphe du Ballet national de Marseille. On vise notamment deux typologies de publics, des jeunes dans des cadres scolaires ou universitaires qui, par ailleurs, vont inviter leurs parents et leurs amis. Cela permet à ces publics de se rencontrer, de partager et de découvrir les œuvres des collections. »

    Les jeunes à l’honneur

    « Enfin, sur le toit terrasse, on organise avec le café Kiosk une soirée musicale. On espère un public jeune. Venir dans un musée le soir, c’est une ambiance magique, on échappe au rythme du quotidien », conclut Gilles Baume.

    Cette année, à l’occasion de cette Nuit des musées, des animations sont prévues dans le cadre la 14e édition de « La classe, l’œuvre ! ». Un dispositif créé en partenariat avec le ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse, et qui s’inscrit dans le parcours d’éducation artistique et culturelle. « Après avoir étudié des œuvres durant l’année scolaire, les élèves eux-mêmes assurent la visite et deviennent, le temps d’une soirée, les passeurs de culture », écrit Catherine Pégard, ministre de la Culture, dans l’édito 2026 de la Nuit des musées. Cette initiative a débuté en 2013 avec 100 musées et 100 écoles ou établissements participants, dans toute la France. En 2025, 247 musées et 8 739 élèves de plus de 300 établissements scolaires ont participé, une légère baisse par rapport à 2016, où on estimait 10 000 élèves de 462 écoles.

    Les élèves, de la maternelle au lycée, étudient l’œuvre tout au long de l’année, apprennent à l’interpréter ou s’en inspirer pour créer des productions en lien et se l’approprier. Au cours de la nuit, ils proposent alors une médiation libre, soit une analyse, soit une proposition plus artistique et spontanée.

    Le soleil couché, la Nuit des musées porte aussi l’ambition d’attirer les publics jeunes ou défavorisés. L’objectif est de dévoiler les richesses du patrimoine, français et européen. Émilie Girard, présidente de l’Icom (Conseil international des musées) soulignait, l’an passé sur France Culture, que le but est de « les rendre [les musées] moins impressionnants, montrer qu’ils sont à la portée de chacun et ainsi contribuer à cette fameuse démocratisation culturelle ». En effet, l’année dernière, plus de 3 400 musées en Europe ont participé à la Nuit des musées, dont près de 1 300 en France. Un chiffre croissant. Dans le pays, les musées accueillent autour de 2 millions de visiteurs à chaque édition.

    La Nuit des musées se déroule ce samedi 23 mai, jusqu’à minuit

  • Une plongée abrupte parmi les « barbares » de notre temps

    Une plongée abrupte parmi les « barbares » de notre temps

    « Patron, un employé municipal a découvert un corps ce matin sur le site de Tholon, entre le lycée Langevin et le centre des impôts. Tu sais Lopez ça n’a rien d’insolite que l’on exhume un corps ou ce qu’il en reste sur un site archéologique. » La réplique de l’inspecteur-narrateur de Fortune Barbare fait sourire, juste avant de plonger dans le noir du premier polar de Vladimir Biaggi, rencontré mardi 19 mai. L’écrivain martégal, connu pour sa carrière de professeur de philosophie au lycée Langevin et ses nombreux autres écrits, sert ici une soupe de doigts écrasés et d’oreilles coupées, en entrée d’un menu comprenant une folle quête aux lingots d’or et autres sources de richesses, saupoudrés de bonne chère.

    L’auteur s’est emprunt à dépeindre une Venise provençale dans ce qu’elle pourrait montrer de pire, décrivant parfois des actes sordides. « Depuis toujours le monde a été cruel violent et sanglant, c’est commun » selon Vladimir Biaggi, « dans une page un mec est égorgé et la suivante le commissaire est au resto avec ses potes pour manger un plat vénitien », illustre-t-il. « C’est un jouisseur » reprend l’auteur quant à son personnage, et dans la réalité comme dans la fiction, ce sont les plaisirs de la vie qui « atténuent ce monde ce monde de crimes, de sang et de cris ».

    Une ode au goût de la vie

    Il y a du vécu dans cette vision. Comment garder goût à la vie, de nourrir des espoirs, même dans le malheur ? Vladimir Biaggi va à l’essentiel. « J’ai des emmerdes de santé, j’ai fait un AVC, mais j’ai des raisons d’être heureux. J’aime voir des films, lire des romans, écouter de la musique, mes amis et ma famille sont fidèles et tout ça me donne des raisons solides de garder espoir », développe l’auteur.

    C’est à une main qu’a été écrit Fortune Barbare. Le nom est inspiré d’un groupe de polyphonie Corse, Barbara Furtuna, ou Cruelle destinée. Une évocation du « destin du peuple corse qui n’a connu que misère, famine, et invasions… Et ils ont mis tout le monde à la flotte ! » fait remarquer l’auteur, Corse du côté paternel. Le titre du roman est à prendre « dans le sens de l’or qui rend fou, qui fait tuer, c’est l’appât et l’accumulation de la fortune qui rend barbare ».

    Le fond de l’affaire est assumé. « Les riches de ce monde sont des barbares, Bolloré et sa troupe le sont à l’état pur », ose l’auteur, affirmant que « la barbarie, on peut en sortir : ça s’appelle résister ». Résister au « projet névrotique » de « la classe dominante », en bon marxiste de conviction.

    Comme un mode d’emploi de la vie.

    Fortune Barbare, de Vladimir Biaggi, édition Dandelion 2026, 12 €, disponible à l’Alinéa.

  • La Fête de La Marseillaise, un tremplin pour les artistes toulonnais

    La Fête de La Marseillaise, un tremplin pour les artistes toulonnais

    Le Tremplin « Première scène » est un tremplin musical qui a lieu lors de la Fête de La Marseillaise à Toulon, plages du Mourillon, à 19h. L’événement accueille cinq groupes locaux du département du Var. Les artistes auront 15 minutes pour présenter leur projet avec un morceau final. Le public pourra également voter pour désigner le groupe gagnant. Ces jeunes, âgés de 20 à 27 ans, incarnent chacun un genre différent, allant de la musique électronique au rap, jusqu’au blues… Une excellente occasion pour des jeunes artistes locaux de se faire connaître et de s’essayer au métier de la scène. Trois artistes ou groupes se représenteront, voici leur présentation. « L’idée c’est de permettre à des groupes qui n’ont pas encore fait de scène de se tester et de faire connaître leur musique à un public », explique Yonna Capobianco, responsable des jeunes, de l’animation et du tremplin.« L’idée aussi serait que la musique soit le plus accessible à tous ! D’autant plus que les musiques sont issues d’une production personnelle », assure-t-elle. Toute la journée, l’entrée est ouverte gratuitement au public !

    Olive, une musique électronique qui mélange pop, rock, rap

    À 20 ans, Olive, de son nom de scène, se consacre depuis un an à son projet musical. « Je compose, je mixe et j’enregistre tout seul, depuis chez moi », raconte ce Niçois. Sa musique, qui mélange électro, pop, rock et rap, se veut « émotionnelle et contemplative. Je parle de choses très concrètes de la vie de tous les jours », précise-t-il. Ce tremplin est pour lui un bon moyen de s’entraîner et aussi de combattre le trac : « Avant, j’étais guitariste dans un groupe. Là, c’est différent de prendre le micro, tout seul », confie-t-il, content de participer à cette fête avec des « valeurs dans lesquelles je me reconnais ». Ce tremplin est l’occasion de montrer au public ses compositions. Dont « Inverser l’épaule », une chanson qui parle de ne pas trop se prendre au sérieux. « Aujourd’hui, la musique est trop sérieuse. J’avais envie de proposer quelque chose d’un peu plus humain, d’un peu plus personnel », conclut-il.

    Paul Wild, un voyage musical

    Auteur-compositeur, Paul Wild (Paul Chapon de son vrai nom) a grandi dans le Sud de la France. Très jeune, il baigne dans la culture musicale des années 60 à 80 grâce à son père. Il commence d’abord par la guitare électrique avant de découvrir le jazz à 20 ans au conservatoire de Toulon. « Je reviens pourtant à la culture afro-américaine dans laquelle j’ai grandi, le blues, la soul… », décrit-il. C’est surtout son voyage en Australie pendant deux ans qui affine sa musique : « Je commence à écrire mes propres chansons. Je raconte ce qu’il m’arrive là-bas. Je remplis des carnets de voyage qui se transforment en musiques », se souvient-il. Pour le tremplin, il présentera ce projet musical de voyage, avec quatre compositions dans un style aux empreintes de blues expérimental, de gospel… Pour créer cette « intimité de voyage, très pure », sa voix sera uniquement accompagnée d’une guitare acoustique. « Je suis heureux de jouer lors de cet événement local, mais aussi qui est engagé dans des luttes sociales », affirme le musicien, qui participe à un tremplin pour la première fois.

    RollsNRookie, deux copains rappeurs

    RollsNRookie, en référence à Rox et Rouky, est un collectif musical né d’une amitié entre Otama et Yuzuu. Les deux rappeurs se situent au croisement du hip-hop, de la trap et du pop rap. Aujourd’hui âgés de 22 ans, ils ont commencé leur projet à 18 ans : « À la base, on écrivait chacun dans notre coin. On s’est retrouvés tous les deux grâce à la musique », raconte Yuzuu, l’un des deux membres du groupe. Ces jeunes musiciens locaux ont débuté sur leur téléphone, avec des instrumentales trouvées sur YouTube. « Maintenant, on crée nos propres compositions », affirme Yuzuu. Tous deux sont portés par une vision commune de la musique : « Repousser les frontières entre rap et musiques expérimentales. » Parmi les thèmes abordés : la Côte d’Azur, l’introspection, la mélancolie, le quotidien ou encore l’amour. « Moi, j’aime bien aller dans la fantaisie et l’imaginaire », ajoute Yuzuu. Ce tremplin est, pour eux, une « occasion de se représenter. Ça nous fait kiffer d’être sur scène et de rencontrer d’autres personnes ».