Category: culture

  • Des œuvres d’art à découvrir dans les jardins à Aix

    Des œuvres d’art à découvrir dans les jardins à Aix

    Le temps d’un week-end, le jardin Mérindol, le jardin des Guerriers et celui des Étuves, au cœur d’Aix, se transforment en galeries à ciel ouvert.

    « Mon souhait, depuis 20 ans, est d’offrir l’art gratuitement », se réjouit Andréa Ferréol, créatrice de l’événement. L’actrice de La grande bouffe est aussi une passionnée d’art. Chaque année, elle part à la rencontre des artistes pour proposer un festival hétéroclite, tant dans les médiums que dans les styles. Les artistes seront présents durant la journée pour échanger avec le public.

    Une programmation variée

    Dans le jardin Mérindol, la sculpture est à l’honneur avec le travail organique de Bernard Fugueroa et les créations en clous anciens de l’artiste belge Fabrice Magnée. La dessinatrice Marie-Laure Manceaux réalisera des portraits des visiteurs qu’ils pourront emporter avec eux. Une lecture et un concert de clarinettistes sont prévus en soirée.

    Dans le jardin des Étuves, la jeune garde de la peinture est bien représentée : César Malfi, mêlant art brut et style Renaissance, Philippe d’Orléans et sa série de trônes, mais aussi les dessins hyperréalistes de Mathieu Dutemps, impressionnant de technicité. Le célèbre street-artiste M. Chat, la peintre Corrine Pradier et la céramiste Noémy Meney y seront également exposés.

    Le jardin des Étuves se transformera en un véritable théâtre à ciel ouvert, avec des concerts, des lectures, ainsi qu’un spectacle d’humour de la fantasque Zize Dupanier, dimanche 21 juin à 17h.

    Enfin, le jardin des Guerriers accueillera les sculptures en fil de fer tout en finesse de Myriam Louvel, et celles en toiles d’araignée colorées de l’artiste Quiberon. En journée, une lecture musicale et un spectacle pour enfants sont prévus. Le samedi à 17h, un spectacle du G.U.I.D aura lieu.

    Les Flâneries, les 20 et 21 juin, à Aix. Entrée libre et gratuite. Programmation sur www.aix-en-oeuvres.com/flaneries

  • [Entretien] Ammar Yassir : « J’aimerais que les gens s’informent sur le Soudan »

    [Entretien] Ammar Yassir : « J’aimerais que les gens s’informent sur le Soudan »

    Ammar Yassir n’a pas encore 21 ans et, pourtant, il a déjà exposé ses photos au Prix Bayeux Calvados des reporters de guerre, et dans d’autres villes européennes. Aujourd’hui, le jeune photojournaliste expose ses photos à Marseille, aux côtés de cinq autres photojournalistes soudanais. Une exposition organisée par les journalistes Eliott Brachet et Arthur Larie à la librairie Maupetit, sur la Canebière. À travers ses photos, il raconte son parcours d’exilé et un bout de la guerre au Soudan.

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous raconter l’histoire derrière les photographies sélectionnées pour cette exposition ?

    Ammar Yassir : Ces photos font partie d’un projet que j’ai appelé « I will never find home ». Le cœur du projet est l’exploration de soi et de son entourage. J’ai documenté les lieux traversés sur plusieurs mois, dans les camps de réfugiés, en Ouganda et dans diverses villes du Soudan, dont celle de mon père, attaquée par les forces paramilitaires. Je questionne, dans cette série, ce qui fait que l’on se sent chez soi, le sentiment d’appartenance à travers les lieux que l’on habite. L’autoportrait, intitulé « Conflicted », représente mes conflits intérieurs au sein du « grand conflit », celui de la guerre au Soudan lorsque j’habitais à Djouba, une période très difficile.

    Pourquoi avoir choisi le noir et blanc pour cette série ?

    A.Y. : En fait, la plupart de mes cartes SD et mon téléphone avaient été volés lors d’une manifestation de la Gen Z au Kenya. La majorité des photos étaient en couleur. J’ai donc dû trouver un lien entre les autres photos, et ce lien a été le noir et blanc. Des lieux sont représentés à travers des archives, des photos prises avec mon téléphone ou avec mon Canon, et à travers eux, je tente de répondre à mes questionnements sur le sentiment d’appartenance. À gauche de mon autoportrait, on voit une photo de tente. Elle renvoie à une période très difficile, nous étions à 9 dans une tente avec ma famille, dans un camp de réfugiés au Sud. Et, bizarrement, j’y ai de bons souvenirs car nous étions tous ensemble.

    Quel est le lieu que vous pouvez appeler « maison » ?

    A.Y. : Je pense que je peux dire que « chez moi », c’est la ville d’Omdurman, où je suis né. Je pense surtout à la maison de mon grand-père maternel, c’est ce lieu que j’espère retrouver. Je vis actuellement à Hambourg, en Allemagne, dans une résidence d’artistes qui se termine bientôt. J’essaye de ne pas penser à la suite, mais j’hésite à retourner au Soudan et je ne sais honnêtement pas dans quel état je vais retrouver cette maison.

    Que souhaitez-vous transmettre à travers la photographie ?

    A.Y. : À travers la photographie, j’ai l’opportunité de partager les récits de ceux qui ne peuvent pas raconter leur histoire et notamment les réfugiés soudanais. J’ai eu la chance de pouvoir raconter la mienne, c’est désormais à mon tour de raconter la leur. Enfin, j’aimerais sensibiliser au fait qu’il est nécessaire de s’informer sur la guerre au Soudan, sur son histoire, sur la complexité de la situation et l’importance de nommer ce que cette guerre est réellement : une guerre par procuration, pas une « guerre civile ».

    Les photos d’Ammar Yassir et des cinq autres photographes soudanais sont à retrouver jusqu’au 20 juin à la Librairie Maupetit, 142 La Canebière.

  • Dans « les Théâtres », une saison marquée par des héroïnes

    Dans « les Théâtres », une saison marquée par des héroïnes

    « Le Gymnase entre dans sa dernière ligne droite avant réouverture », annonce Dominique Bluzet. Le chantier du théâtre le plus ancien de Marseille, fermé depuis près de six ans, « avance normalement », assure le directeur des « Théâtres », qui comporte également en son sein la scène des Bernardines, à Marseille, ainsi que les salles aixoises du Grand Théâtre de Provence (GTP) et du Jeu de Paume. « On espère que le Gymnase nous sera rendu à l’été ou à l’automne 2027. De toute façon, la saison qui arrive sera la dernière que l’on fera hors les murs », promet l’entrepreneur culturel.

    Pour sa saison 2026-2027, le Gymnase continuera de déployer son programme à La Criée, l’Odéon, au Théâtre Joliette et à la Friche Belle de Mai. Au menu, une cinquantaine de représentations de 12 spectacles, parmi lesquels les Trahisons d’Harold Pinter, triangle amoureux dépoussiéré par Tatiana Vialle, un Don Juan, signé Philippe Car et incarné par Valérie Bournet, qui passe de la stature du « séducteur flamboyant » à celui de « prédateur », ou encore La chair est triste hélas, texte d’Ovidie porté par la verve d’Anna Mouglalis.

    Rois et héroïnes

    Dans Il Risveglio – L’éveil, le metteur en scène et acteur italien Pippo Delbono évoquera, lui, « la perte de l’amour de sa vie et comment s’en relever. Un choix entre sombrer et revivre, par la musique », campe Dominique Bluzet. À noter aussi, toujours dans le cadre de la saison hors les murs du Gymnase, Le Roi Lear revisité par l’homme de théâtre congolais Dieudonné Niangouna, ainsi que Ménopause, écrite par Alex Goude et Alexandra Cismondi. Une comédie musicale prenant pour point de départ « quatre femmes qui se battent pour un soutien-gorge dans un grand magasin » et qui « découvrent, malgré leurs différences, un point commun auquel elles ne peuvent pas échapper ».

    Le programme des « Théâtres » sera jalonné par 97 spectacles et 265 représentations, se félicite Dominique Bluzet. Du côté des Bernardines, charge à Barbara (par Barbara) d’ouvrir la saison. La Marseillaise Marie-Sophie Ferdane dans le rôle-titre, une plongée dans la vie et les paroles de la chanteuse de L’aigle noir. L’auteur et metteuse en scène Louise Vignaud réécrira quant à elle le mythe de Médée/s, interprétée par Rachida Brakni. Selon cette dernière, « une figure féminine qui a été écrite plusieurs fois, mais toujours sous le regard d’un homme. On en parle souvent comme d’une sorcière pour mieux la tenir à distance ».

    Preljocaj, Nordey…

    À Aix, le Grand Théâtre de Provence entrera dans une nouvelle ère. Doté de sa nouvelle délégation de service public pour cinq ans, le GTP voit l’arrivée de deux directrices générales, Johanna Flores et Anne-Sophie Dorion. « ADN toujours inchangé et programmation pluridisciplinaire » renouvelée, un projet qui permettra la « création d’une salle de 500m² » pour accueillir des propositions axées autour « des enfants, des jeunes talents et du cabaret ». Et, au programme de la salle-mère, des spectacles qui s’annoncent majestueux, à l’instar de la première mondiale de Soulèvement, du Ballet Preljocaj. « Cette pièce n’est pas un brûlot politique mais va parler de la manière dont les corps se soulèvent pour revendiquer ou corriger des injustices », résume le chorégraphe Angelin Preljocaj.

    Quant au Jeu de Paume, il sera cette saison le théâtre de belles curiosités comme Résurrection, relecture du roman de Tolstoï par Leïla Slimani et Simon Delétang, assurée « pour partie » par la troupe de la Comédie française, ou encore Madame de Sade, pièce écrite en 1965 par Yukio Mishima, que Stanislas Nordey met en scène avec un casting 6 étoiles, comme autant de comédiennes (Anne Brochet, Mélanie Thierry…) portant un regard sur le marquis libertin.

  • Adrien Vescovi : la Charité dans des draperies couleurs d’aube et de désert

    Adrien Vescovi : la Charité dans des draperies couleurs d’aube et de désert

    La transformation douce que l’on découvrait en soirée ce samedi, lors de l’inauguration, est le résultat d’un long processus. Six mois d’expérimentations sans relâche furent requis. Une jeune équipe – cinq ou six assistants – s’est mobilisée au milieu des pigments, des cuves, des machines à coudre et des tables de repassage d’un atelier de la Belle de Mai. Pour les chorégraphies des coursives et des arcades des trois niveaux du bâtiment, 106 assemblages de 648 draps ont été reteintés et séchés au terme de plusieurs cuissons.

    Dans la chapelle, pour les plis verticaux, l’ordonnancement et les nuances des rideaux qu’il fallait imaginer au-dessous de cette étrange coupole ovale qui s’étire en longueur, le chef d’orchestre des ellipses de cette composition a obtenu d’un mécène avisé, la Supima, l’arrivée de 800 m2 de grands lés de coton des Indes. Dans ce sanctuaire de plan complexe -avec des déambulations, des espaces secondaires, des niches et des points de repos – il fallait éprouver simultanément les rebonds d’un architecte hors normes et le chant incessant d’une lumière dont les transparences et les modifications sont multiples.

    Utiliser sans mièvrerie ni complaisance des effets de miroir, des gradations de couleurs pastel, des violines, des verts, des oranges et des roses implique une capacité d’anticipation sans faille.

    Drames et sublimations

    L’auteur de cette transformation à la fois énorme et provisoire, Adrien Vescovi, a 44 ans. Cet « ancien jeune homme », ce doux rêveur de haute taille, est un esprit remarquablement organisé, à la fois intuitif, utopiste et méticuleux. Pour que les palettes de ses draps soient en harmonie par rapport au calcaire des vieilles pierres, il fallait oublier les musées, le CIPM et l’Ecole des Hautes Études, appréhender les intuitions d’un immense architecte (Puget décède en 1694, la chapelle est achevée par son fils François, six ans plus tard) et plus de trois siècles de dégradations : le sauvetage et la réhabilitation de la Charité s’effectuèrent tardivement, entre 1970 et 1986.

    Jusqu’en 1796, mal nommée, la Charité fut un lieu de souffrances : les indésirables, des mendiants sans domiciles fixes, des malades et des vieillards s’y trouvaient enfermés. Au XIXe siècle c’est une caserne. En 1922, elle devient un lieu municipal insalubre qui accueille des personnes délogées pendant la démolition du quartier de la Bourse. En 1945 et jusqu’en 1962, des pêcheurs ou des manœuvres rescapés de la destruction du Vieux Port, 146 familles se partagent l’espace. Du linge et des draps qui sèchent sont suspendus n’importe où. Pendant la nuit, on allume de grands braseros pour se chauffer, s’éclairer et cuisiner.

    On l’aura compris : pour faire muer son évocation de l’histoire de la Charité sans que les drames supplantent la vie quotidienne, Adrien Vescovi a sublimé des gammes de couleurs infiniment douces. Ses blancs et ses bleus sont proches des aubes des fresques de Piero dell Francesca. Ses ocres relancent les nuances qu’il apercevait depuis son train, dans les déserts qui s’étendent entre Saragosse et Madrid, lorsqu’il était pensionnaire de la Casa Vélasquez.

  • Plus de 80 artistes à un battle de breakdance à Septèmes

    Plus de 80 artistes à un battle de breakdance à Septèmes

    L’association a réuni plus de 80 artistes, dimanche après-midi, lors de la sixième édition de la Zemen Breaking, à l’Espace Culturel Jean Ferrat de Septèmes-les-Vallons, en collaboration avec le Centre Social de la Gavotte Peyret, l’association pennoise AC2N et le collectif Break2Mars.

  • Ce « musée embarqué » solidaire avec Gaza

    Ce « musée embarqué » solidaire avec Gaza

    Le voilier Hétérotope, devenu centre culturel embarqué de la flottille pour Gaza, a permis samedi de livrer des témoignages sur le blocus naval illégal de la Palestine alors qu’Israël menace à nouveau d’arraisonner dans les eaux internationales les 50 navires de la flottille partie vendredi de Grèce.

    « C’est ici un petit coin d’humanité et de Palestine et vous savez combien pour la Ville de Martigues la question de la paix, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est importante surtout quand on voit ressurgir des fantômes » a dit Florian Salazar-Martin (PCF), adjoint au maire en charge de la culture.

    « Gaza vit sous blocus hermétique depuis 20 ans », énonce Pierre Stambul de l’Union juive française pour la paix, qui présente son livre Du projet sioniste au génocide. « Les Gazaouis sont punis collectivement, ont subi des bombardements incessants. Plus personne ne peut douter du mot “génocide” et l’Europe et les États-Unis en sont coauteurs. Il ne reste plus que les sociétés civiles du monde entier et ces flottilles sont un exemple formidable. Elles se substituent à la lâcheté, à la complicité de nos politiques. »

    Le collectif d’habitants de l’Estaque est présent. « Plus de 150 habitants sont venus à soutenir la flottille Thousands Madeleens To Gaza qui s’était amarrée en mars à l’Estaque et qui a rejoint en avril la flottille Global Sumud partie de Barcelone le 31 août. Nous exposons les dessins réalisés par des enfants de l’Estaque pour les enfants de l’école El-Watan à Gaza », montre Fathi Bouaroua qui souhaite ardemment un jumelage avec Marseille. « Ces dessins ont été très appréciés des petits Gazaouis. Ils ont tout imprimé et affiché sur leur tente », explique Maeva, une des enseignantes qui a participé à cette correspondance de dessins, de poèmes et de lettres avec l’association Education For Gaza pour des enfants qui vivent et sont scolarisés dans des conditions matérielles et morales épouvantables.

    « Il y a tout un processus d’invisibilisation de la culture palestinienne » rappelle l’organisateur Émilien Urbach, journaliste à l’Humanité, arrêté et arbitrairement retenu par les Israéliens. « Ce n’est pas pour rien que les journalistes sont les premières cibles à Gaza, que les chercheurs, les enfants sont tués à Gaza et de plus en plus en Cisjordanie. C’est un processus qui participe de tuer cette culture, de tuer l’existence de ce peuple, sa vitalité, sa créativité. C’est pour ça qu’on a créé ce bateau le centre culturel embarqué et qui comme, une criée après la pêche donnent tout ce qu’ils ont récolté. »

    Doyenne de la flottille attaquée le 8 octobre, Isaline Choury, 82 ans, a témoigné de la violence inouïe de l’armée israélienne qui a kidnappé 176 militants. « Un type très massif me frappait en criant en français “bienvenue en enfer !” » a relaté la fille du résistant corse, Maurice Choury et nièce de Danielle Casanova, la résistante communiste assassinée à Auschwitz. « Il y a eu pire. Trois de ma flottille ont été dénudés, un chien leur a pissé dessus et ils ont été violés (…). Depuis, je milite. Ils n’ont pas gagné. Je suis debout et vivante. Ils n’ont pas fini de m’entendre. Ils ne gagneront pas ! »

  • La nouvelle saison de la Friche passe à l’heure d’été

    La nouvelle saison de la Friche passe à l’heure d’été

    Les débuts de l’été s’annoncent et dans un même temps on retrouve le début de la saison estivale à la Friche la Belle de Mai, tiers-lieu emblématique de notre cité phocéenne. Cette semaine marquait également l’ouverture de la Saison Méditerranée 2026 qui démarre à Marseille avant de se propager à travers la France jusqu’à fin octobre, célébrant la richesse des liens entre les territoires de la Méditerranée. C’est dans cette même veine que la programmation de la Friche fait dialoguer les cultures et les scènes artistiques et créatives du pourtour méditerranéen dans une célébration du partage et de l’apprentissage de l’autre.

    Ce mardi 12 mai, la présentation de la programmation a vu le directeur général de la Friche, Alban Corbier-Labasse prendre la parole pour dédier cette saison à Philippe Foulquié, fondateur de la Friche, disparu le 21 avril. « Ce sera la première saison sans Philippe Foulquié, une présence toujours discrète, chaleureuse, bienveillante (…) cette saison est l’expression de son héritage », atteste-t-il. « L’héritage qui serait un certain art de rassembler, d’une capacité à faire dialoguer les cultures, toujours mettre la création et les artistes au centre, et donner du pouvoir d’agir aux acteurs et aux actrices culturelles qui habitent ce lieu au quotidien », émet le directeur.

    En effet cette saison rassemble plus de 70 partenaires, dont une trentaine de la Rive Sud – des collaborations qui sont permises grâce la Saison Méditerranée. Alban Corbier-Labasse continue disant « Le thème de cette Saison Méditerranée, c’est “arriver, partir, revenir”. Je rajouterai “rester” : une idée de permanence historique qui caractérise bien la Friche. » Une permanence qui se trouve dans le coup d’envoi de la saison qui prévoit l’escale du projet Mawjaat, du 18 au 20 mai, réunissant l’ensemble des représentants des tiers-lieux pilotes à la Friche. Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison Méditerranée présente lors de l’événement dira que « La Saison Méditerranée à la Friche, c’est comme une mini saison dans la saison. »

    Participation à

    « Saison Méditerranée »

    Le 20 mai marque l’ouverture des cinq expositions s’inscrivant dans le programme. Parmi elles, l’exposition collective produit par Parallèle, intitulée Sur la frontière du temps, une relève Méditerranéenne. Elle réunit seize jeunes artistes venant du Maroc, de l’Algérie, du Liban et du Sud de la France à travers une pluralité de disciplines. Cette séquence d’ouverture prévoit également trois soirées autour du cinéma avec le projet TiLEM – Tiers-lieux En Méditerranée. Deux rives, une seule jeunesse méditerranéenne convoque 28 jeunes d’Algérie et des différents quartiers de Marseille où le public découvre une série de courts-métrages documentaires et des vidéo-lettres que ces jeunes se sont échangés.

    La suite de l’été multiplie les temps forts avec la saison ON AIR. La date d’ouverture est confiée à la coopération Bisou qui rassemble Bi:Pole, l’A.M.I., Radio Grenouille et le Cabaret Aléatoire qui travaillent ensemble à l’écriture d’un geste commun pour les musiques actuelles à la Friche. D’autres résidents de la Friche proposeront des soirées On Air, dont Radio Galère, invitée pour la première fois, et d’autres acteurs culturels du territoire. Parmi lesquels, l’Embobineuse, la Responsabilité des Rêves qui donne une carte blanche au Makeda, le festival Marsatac, la Fiesta des Suds, Constellations ou encore le festival Utopia qui conclut la saison.

    La représentante des Rencontres à l’échelle marquait le point : « Cette 21e édition s’inscrit dans le cadre de la Saison Méditerranée, et dans la continuité d’un engagement de plus de vingt ans en faveur des scènes contemporaines du sud et des artistes issus des diasporas, c’est ça l’ADN des Rencontres à l’échelle et des Bancs Publics. »

    LES PROCHAINS RENDEZ-VOUS

    Entre le calendrier de la « saison Méditerranée » qui se déroule à la Friche et ses propositions estivales, l’agenda des manifestations et festivités est d’ores et déjà bien fourni.

    18-20 mai : Mawjaat

    Un rendez-vous autour des tiers lieux et des projets culturels en Méditerranée.

    20 mai : Opening Expositions

    Vernissage des expositions et soirée musicale sur le toit-terrasse. Parmi les expositions : Sur la frontière du temps, une relève méditerranéenne proposée par Parallèle ; Autoroute Tanger-Marseille proposée par Think Tanker ; Sur les ruines, les pierres fleurissent d’Abdessamad El Montassir ; Jouer la Montre de Mona Benyamin ; Les rêves n’ont pas de titre de Zineb Sedira.

    21, 22 et 23 mai : TiLEM

    Deux rives, une seule jeunesse méditerranéenne dans plusieurs lieux : 21 mai à l’Alhambra, le 22 au cinéma Le Gyptis et le 23 au Musée d’Histoire de Marseille.

    22 mai : Imaginaires

    Journée d’étude. « Imaginaires connectés : art, numérique et réseaux en Méditerranée ».

    22-24 mai : Le Bon Air

    La 11e édition du festival « Le Bon Air » dédiée à la musique, à l’art et aux dynamiques collectives.

    À partir du 5 juin : « On Air »

    Début des soirées « On Air ». Concerts et DJ sets sur le toit-terrasse. Jusqu’au 5 septembre.

  • Pépites et coups de cœur du festival de Cannes

    Pépites et coups de cœur du festival de Cannes

    Le festival qui se poursuit jusqu’à samedi offre son lot de pépites au gré des sélections.

    Fatherland de Pawel Pawlikowski

    L’écrivain allemand Thomas Mann, a très vite compris le danger des régimes fascistes. C’est ce qui lui a fait quitter l’Allemagne où s’installe le nazisme. Lorsqu’il revient, après la guerre, son pays natal est divisé. À l’Ouest comme à l’Est on se dispute ce Prix Nobel de littérature. L’auteur de La Montagne magique se rend alors à Francfort puis à Weimar pour le bicentenaire de Goethe.

    Le réalisateur polonais Pawel Pawlikowski s’est attaché à cet épisode pour poursuivre sa réflexion entamée avec ses deux premiers opus, Ida et Cold War, dans lesquels il explorait l’histoire européenne. Avec Fatherland (la patrie), il évoque les prémisses de la Guerre froide. L’écrivain (Hanns Zischler en Mann plus vrai que nature), accompagné de sa fille Erika (époustouflante Sandra Hüller), se prête au jeu avec une distance digne du narrateur de ses romans. Se mêlent ainsi les drames familiaux (le fils Klaus se suicide), les contrastes entre les deux Allemagne (États-Unis d’un côté, URSS de l’autre). À travers cet homme c’est la déchirure d’un monde qui apparaît, fait de doutes, de peurs et de solitude. Une fois de plus Pawlikowski utilise le noir et blanc, sublimant le grain de l’histoire. Sous le vernis de l’homme public se cache aussi une nostalgie que seule la musique de Bach lui permet de surmonter comme le montre une magnifique scène finale.

    Marie-Madeleine

    de Géssica Généus

    En Haïti, Jésus se décline sous toutes formes : eau sacrée de Jésus, Jésus divine power… Un univers fait d’évangélistes qui veulent imposer leur vision du monde (surtout celui d’après la mort, le vrai n’étant que souffrance quotidienne). C’est dans ce microcosme qu’évolue Marie-Madeleine (Gessica Généus elle-même), une prostituée. En face du bordel dans lequel elle vit, appelé non sans ironie « Belle Époque », s’érige l’église du Père Jacques. Un homme qui se trompe de colère et déverse son trop-plein de rage, détruisant toute aptitude à aimer. Y compris son propre fils Joseph pourtant évangéliste aussi. La rencontre de Joseph avec Marie-Madeleine réveille des sentiments profonds qui les sortent de leur léthargie. Elle, arrache Joseph à la nocivité des religieux, lui permettant de s’émanciper. Lui, offre à cette femme libre l’attention qu’elle n’avait jamais reçue.

    Ce film haïtien qui échappe à toute narration classique se révèle d’une beauté bouleversante. Les images filmées, retravaillées par la cinéaste, se déploient comme un poème visuel. Gessica Généus mélange fiction, documentaire, chant et danse pour dire une île sinistrée de tous les points de vue. Présenté en Sélection officielle, le film a reçu une très longue ovation lors de sa présentation jeudi à Cannes.

    Tin castle d’Alexander Murphy

    Le réalisateur franco-irlandais Alexander Murphy signe une chronique tendre et joyeuse au sein d’une famille soudée, menacée d’expulsion. On les dit infréquentables parce qu’ils ont une manière d’habiter le monde qui ne correspond pas à la normalité urbaine. Pa’, Lisa et leurs dix enfants vivent dans une vieille caravane en bordure de route. Dans cette « forteresse » de tôle (Tin castle) échouée au milieu des champs, les O’Reilly nous enseignent une conception différente de la vie : une aspiration à la liberté et une cohésion familiale intense. Chacun, petits ou grands se démène pour préserver cet idéal à atteindre, malgré les difficultés financières et administratives.

    La caméra est comme une extension aux relations familiales, partageant les moments de joie et de tristesse, de bonheur et de frustration. Lisa, la mère est le pilier de Pa’, et l’interface avec la société urbaine, s’occupant de toutes les formalités. Le patriarche, lui, est un taiseux qui gère la pénurie. Gardien d’une culture ancestrale, il transmet son amour pour les chevaux, pour la nature et la chasse aux lièvres. Une communauté d’Irlandais vivant dans des mobil-homes et stigmatisés. Le film qui défait les étiquettes collées aux Irish travellers est présenté à la Semaine de la Critique et concourt pour l’Œil d’or.

  • [Le coin du roman] Balzac, Rodin, deux génies face à face

    [Le coin du roman] Balzac, Rodin, deux génies face à face

    Tout est beau pour l’artiste, car en tout être et en toute chose, son regard pénétrant découvre le caractère, c’est-à-dire la vérité intérieure qui transparaît sous la forme, disait Rodin dans son testament à la jeunesse. Gardez-vous d’imiter vos aînés, Les mauvais artistes chaussent toujours les lunettes d’autrui… Rodin, quoique grand admirateur de Phidias et de Michel-Ange, n’a pas chaussé les leurs. Il était lui-même, quitte à être moqué par ceux qui voyaient dans sa sculpture de Balzac un bonhomme de neige, enveloppé dans un sac pour recevoir son créancier, et même une larve informe. Heureusement qu’Arsène Alexandre était là pour le féliciter d’avoir créé une œuvre qui tranchait sur la banalité, et que la romancière Clélia Renucci est là, aujourd’hui, pour se glisser dans l’esprit du sculpteur.

    Galerie de personnages

    Malgré l’insistance de Dumas et de Zola, il faudra attendre quatre décennies, après la mort de Balzac, pour que Rodin, dont Renucci fait ressortir les doutes et les soudaines certitudes, les folles rages et les périodes d’accalmie, soit choisi pour sculpter la statue de l’un des plus grands auteurs du XIXe siècle. Tous les moyens sont bons à l’auteure pour nous faire revivre cette aventure à la limite de l’incroyable : lettres, documents d’époque, polémiques, scandales, galerie de personnages, plus ou moins célèbres, auxquels on se doit d’attribuer des rôles, qu’ils interprètent à la perfection, sous la conduite de l’adroite plume de la romancière, afin de nous plonger dans ce siècle qui vit naître les plus distingués artistes et les plus illustres écrivains. Puissant, original, mouvementé et hardi.

    Albin Michel, 20,90 euros

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Cantini, Hélène Garache, céramiste inclassable

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Cantini, Hélène Garache, céramiste inclassable

    Modelées sans prétention, elles sortirent du four principalement pendant le second XXe siècle. Ces assemblages de terre glaise dotées de très douces patines sont immédiatement attirants, on ne souhaite pas échapper à leur énigme. On voit mal à quel courant artistique on pourrait les rattacher.

    Quand on situera davantage leur inventrice on comprendra à quel point une confiance tranquille, l’humour et l’allégresse les traversent. Les cartels mentionnent qu’il s’agit du regroupement de deux séries d’objets. Ce sont des habitations et en même temps ce sont des corps. Avec en sommet un ciel et des envols d’oiseaux. En guise de toits et de murs, des imbrications de lauzes, des entassements de feuilles. Ou bien, dit un témoin, des « haies d’oreilles » enchevêtrées et touffues, des murets qui ressemblent à des bories. Ensuite, du côté de la Normandie, voici des plages, des sables et des horizons marins. Finalement assez figuratives ou bien faiblement abstraites, ces œuvres étonnamment savoureuses ne sont pas en quête de rupture par rapport à leur époque. Sans trop de mystère ni de symbolisme, leur univers est sobrement « post-surréaliste »: on découvre des formes élémentaires, par exemple l’étrave d’un bateau avec des encoches et une petite boule, ou bien des rouleaux de mer qui ressemblent aux découpes d’un pain de boulanger. Ce sont de simples apparitions, la condensation heureuse d’une mémoire et de plusieurs sensations. Leur meilleur commentateur, Yves Bonnefoy écrivait en 2006, dans un numéro de la revue Conférence, que malgré leur taille réduite et la douceur de leurs teintes argileuses, leurs alignements peuvent évoquer Stonehenge. Pas seulement inclassable, l’œuvre d’Hélène Garache (1928 – 2023) fut longtemps invisible. Programmée au musée d’Art Moderne de Paris, son unique exposition fut inaugurée deux jours après son décès. Conservatrice du musée Cantini, Louise Madinier qui a sollicité ce dépôt espère qu’une donation du Fonds Hélène et Claude Garache sera prochainement homologuée. Des œuvres d’Hélène Garache figurent déjà dans les collections des musées de Tours, Grenoble et Paris.