Category: culture

  • [Grand entretien] Tatou : « La course de baignoires, un clin d’œil à l’histoire de La Ciotat »

    [Grand entretien] Tatou : « La course de baignoires, un clin d’œil à l’histoire de La Ciotat »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que symbolise pour vous cette course de baignoires organisée par Ciotat Chourmo ?

    Tatou : C’est un clin d’œil à l’histoire de La Ciotat. On était, et on est toujours un peu, une ville de constructeurs de bateaux. Avec un grand chantier naval qui a malheureusement fermé ses portes [en 1988], même si grâce à la lutte des types qui étaient sur le site, on a pu conserver l’activité navale. Mais bon, on n’a plus de pétroliers, de méthaniers, d’immenses navires qui étaient un peu l’âme de la cité. Donc, cette idée de continuer à construire des trucs qui flottent, des baignoires, avec nos petites mains, c’était un clin d’œil aux anciens. C’est aussi l’occasion de faire une fête populaire, qui draine de plus en plus de monde. Ça ressemble un peu aux 24 heures du Mans, il y a des stands avec les baignoires, chacun peut admirer l’inventivité de ceux qui les construisent. Ensuite, tu as la course et ça finit toujours par un concert.

    Comment expliquez-vous l’engouement autour de cette course ?

    Tatou : C’est sympa, populaire, gratuit, festif. Et on célèbre notre amour pour la ville. Chacun y met un peu de fierté.

    Sur le titre « Lo Chaple », en 2008, vous chantiez : « Qu’ont-ils fait à ma ville, ils l’ont déshéritée, tu vois. Ils ont fermé l’usine, ont rangé les bateaux pendant qu’on n’y était pas. » Quel est votre regard sur l’évolution de La Ciotat ?

    Tatou : Déjà, le temps passant, on est sortis du traumatisme. Après la fermeture du chantier, on n’a pas eu le moral pendant 25 ans. Cette fermeture a touché toutes les familles de la ville. « Lo Chalpe », ça veut dire la catastrophe en provençal. Après, il faut relever la tête. Il y a eu beaucoup d’initiatives associatives pour se remonter le moral comme celles de La Chourmo. Sinon, il y a aussi pour moi une dérive tourismatique, même si elle n’est pas propre à La Ciotat : la multiplication des Airbnb, le tourisme de masse qui fait que, même si nous sommes des Ciotadens ouverts et qui aimons voir débarquer du monde d’ailleurs, ça nous gonfle un peu parfois. Pour la jeunesse ciotadenne, ça manque aussi un peu de débouchés, d’avenir. Même si les villes changent, ça ne doit pas nous empêcher de proposer à nos jeunes un horizon un peu sympa. C’est aussi la rançon de la désindustrialisation. Mais le fait que la lutte, ici, ou au moins la conservation du patrimoine industriel et de la place que tient l’usine dans la ville, nous sauve un peu de la gentrification.

    Fin 2025, vous avez réédité en vinyle le premier album de Moussu T, « Mademoiselle Marseille », reflet du bouillonnement culturel de la ville dans les années 1920-1930, des opérettes marseillaises aux musiques afro-américaines. À quel point l’œuvre de Claude McKay, poète jamaïcain et figure du Harlem Renaissance témoin de cette effusion, vous a marqué ?

    Tatou : J’ai fondé Massilia Sound System au Panier. Je découvre Claude McKay, un auteur jamaïcain qui écrit sur le quartier détruit pendant la guerre par les nazis et l’État français. En plus, un livre qui parle de musiciens. Ça a été ma porte d’entrée sur les rapports entre Marseille et le jazz. Et je suis retombé sur l’opérette marseillaise que je connaissais avant juste comme ça. Avec Massilia, on l’avait repris par clin d’œil. Comme c’est un monument de l’histoire musicale de Marseille, on est obligés d’y passer. Mais je l’ai redécouvert sous une autre facette : le fait que ça soit du jazz en quelque sorte. Scotto, Sarvil, Sellers étaient des grands fans de jazz. Sellers, qui vient de Martigues, est l’arrangeur de Scotto mais aussi celui de Joséphine Baker. Ça crée plein de ponts. C’était parfait pour nous qui avions envie d’avoir une ville diverse et ouverte : alors que beaucoup pensent que c’est le summum du terroir, ces opérettes marseillaises, c’était quand même de la musique black. Ça fait comprendre que ces histoires de pureté musicale ou culturelle n’ont aucun sens.

    Il a beau être contemporain d’un Marcel Pagnol, tous deux ne dépeignent pas le même Marseille. McKay a su, lui, saisir son esprit…

    Tatou : McKay fait partie du Harlem renaissance, dont une autre grande figure est Langston Hughes qui va se retrouver dans les brigades internationales en Espagne. Ce sont des types qui vivent. On le voit dans son autobiographie Un sacré bout de chemin, toutes les aventures possibles de son époque, McKay les vit : en Russie pendant la Révolution comme dans des studios cinéma à Nice… Fatalement, il écrit son époque. C’est marrant que vous parliez de Pagnol car moi, la première chose qui m’est venue quand j’ai lu Banjo (1929), c’était de le comparer à Bagatouni de Valère Bernard, ce grand écrivain marseillais qui écrit en provençal, lui. Ils ont la même façon de décrire depuis la rue. McKay a parfaitement saisi la place des Marseillais dans le monde. Si on le compare aux écrivains de son époque qui écrivent sur Marseille, la différence et encore plus grande qu’avec Pagnol car il y a tout ce délire, presque colonial, d’écrivains français sur Marseille. McKay vit et comprend fort bien Marseille mais aussi ce qu’est la renaissance culturelle noire. Il est à la fois noir, communiste, bisexuel et a donc beaucoup de problèmes dans la société. McKay nous donne une leçon d’altérité : on peut être autre et être ensemble. Et il raconte des trucs qu’aucun intellectuel français n’a raconté sur nous : des mecs en bleu de chine, des peintres marseillais… pour nous, c’est une arme. Le mec qui a écrit le plus beau roman sur Marseille est un Jamaïcain.

    Pour revenir à la musique, quelle est votre actualité ? Des projets avec Massilia ou Moussu T e lei Jovents ?

    Tatou : Avec Moussu T pas grand-chose, avec Massilia, non plus. Tu sais, on est les vieux membres d’un vieux groupe. Je m’intéresse à plein de choses à côté. Demain, je suis par exemple en studio, mais pour conseiller. Je vais écouter le DJ de Massilia, Kayalik, qui est en train de construire un truc super intéressant avec un groupe traditionnel du Tarn. Une rencontre entre la dance music et la danse balèti. Sinon, je viens de finir de donner quelques avis sur un disque de mon collègue, Louis Pastorelli, chanteur du groupe Nux Vomica. Et je continue aussi bien sûr à me régaler avec DJ Kayalik en faisant du sound system en essayant de recréer la soirée dansante jamaïcaine on va dire. C’est le balèti à la jamaïcaine.

    Vendredi dernier, vous étiez aussi en concert avec Massilia Sound System à Vitrolles. Toujours un refuge à la morosité ambiante pour le public qui a communié avec vous…

    Tatou : L’idée de chanter pour une communauté a toujours été dans notre cahier des charges. On chante pour nos voisins, les gens de nos quartiers et villes. On a toujours dit qu’on avait envie d’être des chanteurs folkloriques mais au vrai sens du mot du folklore, c’est-à-dire le langage du peuple. C’est notre grande fierté. Massilia, c’est le truc repère de toute la famille, le disque que peuvent écouter des parents comme des enfants. Les jeunes et les vieux s’y retrouvent, tout en restant jeunes et vieux. Et là, avec Moussu T à La Ciotat, on va jouer avec une formation très simpliste qui rappelle les premières heures du jazz à La Nouvelle-Orléans, il n’y a que du banjo, une batterie réduite a sa plus simple expression, des percussions. C’est formidable.

    Entretien réalisé par Philippe Amsellem

    Exposition des baignoires à 14h, course à 16h et début du concert vers 19h30

  • [C’est l’été] Récital de piano à Marseille

    [C’est l’été] Récital de piano à Marseille

    Les deux artistes se retrouveront ensuite pour un programme à quatre mains avec les Danses hongroises n°1 et n°5 de Brahms, ainsi que la Danse du Renard-Rókatánc du compositeur hongrois Leo Weiner.

    À partir de 20h30. Entre 20 et 25 euros la place.

  • [C’est l’été] Ça c’est le Sud ! à La Valette-du-Var

    [C’est l’été] Ça c’est le Sud ! à La Valette-du-Var

    Rires, jeux, chants et belle énergie collective sont au programme pour 3 heures de show spectaculaire
    à vivre en famille
    ou entre amis.

    Spectacle à 21h. Accès libre.

  • Fiest’A Sète ouvre grand les horizons musicaux

    Fiest’A Sète ouvre grand les horizons musicaux

    Depuis bientôt trente ans, Fiest’A Sète invite à un voyage sans passeport. Du 18 juillet au 3 août, la 29e édition du festival déploiera sa programmation entre Poussan, plusieurs lieux culturels sétois et le Théâtre de la Mer, où se succéderont six soirées thématiques consacrées aux musiques du monde. Avant cela, concerts gratuits, DJ sets, projections de films, expositions et ateliers rythmeront la ville pendant près de deux semaines.

    Les organisateurs revendiquent plus que jamais cette ouverture au monde, « qui accueillera cette année encore, puisque telle est notre vocation et notre grande joie, une pléiade d’artistes venus pour la plupart de très loin. Ce qui suggère en principe des conditions de vie, des traditions et des modes de pensée bien différents des nôtres ».

    Cette année encore, les affiches témoignent de cette diversité revendiquée. Le public retrouvera la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, figure majeure des musiques africaines contemporaines, aux côtés des Nana Benz du Togo, du blues incandescent de Fantastic Negrito et Robert Finley, des sonorités brésiliennes de Rogê et Gilsons, des univers de Ballaké Sissoko, Piers Faccini ou encore Dhafer Youssef.

    Le Théâtre de la Mer comme écrin du voyage

    Impossible d’évoquer Fiest’A Sète sans parler du Théâtre de la Mer, qui accueille les six grandes soirées du festival. Les organisateurs le décrivent comme « l’un des lieux les plus majestueux et emblématiques de Sète », un « amphithéâtre à ciel ouvert et à flanc de corniche » qui offre « la Méditerranée en fond de scène ». C’est dans ce décor exceptionnel que se succèdent une semaine durant les plus grands artistes internationaux et les nouveaux talents, lors de soirées thématiques.

    Mais Fiest’A Sète ne se résume pas à ses concerts. Le festival investit aussi les plages, les quais, les médiathèques ou encore le Dancing avec une programmation gratuite qui mêle DJ sets, projections de cinéma, ateliers pour le jeune public et expositions. « En plus de la musique, Fiest’A Sète c’est aussi une programmation culturelle plurielle en lien avec les concerts : des tchatches musicales, des séances de cinéma, des expositions dans différents lieux de la ville, des ateliers jeune public », rappellent les organisateurs de l’événement.

    À travers cette programmation éclectique, le festival revendique une philosophie inchangée depuis sa création. « Depuis presque 30 ans, Fiest’A Sète fait le pari des nations unies par la musique, la danse, l’émerveillement et la joie. Nous célébrerons cette année encore notre bien commun, notre humanité. Dans ce qu’elle a d’essentiel, de plus noble et de plus beau : diversité culturelle, bienveillance, partage, sens de l’altérité, de l’hospitalité, de la main tendue, du cœur ouvert ». Pendant plus de deux semaines, Fiest’A Sète entend faire ainsi dialoguer les cultures. Une nouvelle édition qui, dans le décor unique du Théâtre de la Mer comme dans les rues de Sète, rappelle que la musique demeure un langage universel capable de rassembler bien au-delà des frontières.

  • [C’est l’été] Un livre pour tous les comédiens

    [C’est l’été] Un livre pour tous les comédiens

    L’Acteur face à son jeu est un condensé de méthodes diverses pour travailler intelligemment son « métier » d’acteur. Le propos est clair, judicieusement agencé. Chacun peut y puiser ce qui lui manque, ce qu’il recherche sans le savoir. Brigitte Fossey, Isabelle Adjani le cautionnent. Un ouvrage qui devrait figurer dans toute bibliothèque de « théâtreux ».

    L’acteur face à son jeu, 220 pages, Éditions Glyphe – 26€

    En vente à la Librairie du Spectacle, 82 rue Bonetterie à Avignon

  • [C’est l’été] Lecture : « Le chat a tout vu », de Dolores Hitchens

    [C’est l’été] Lecture : « Le chat a tout vu », de Dolores Hitchens

    Préfacée par Joyce Carol Oates
    et traduite par Clément Baude,
    la première enquête de la septuagénaire Miss Rachel Murdock, inséparable de sa chatte Samantha, fut l’un des best-sellers américains des années 1930, et fit entrer son auteure, Dolores Hitchens, sur la scène mondiale où se commettent les meurtres. Pour sa first investigation, Rachel devra trouver l’assassin de sa nièce, tuée sous ses yeux, hélas fermés puisqu’elle s’est endormie. Peu importe, sa petite boule de poils noire
    a tout vu.
    Les Classiques sont de retour… qu’ils soient
    les bienvenus !

    Éditions Philippe Rey, 21 euros.

  • Les 90 ans des congés payés célébrés à la Belle de Mai

    Les 90 ans des congés payés célébrés à la Belle de Mai

    L’événement a investi, ce jeudi 16 juillet, le deuxième étage de la Friche la Belle de Mai. Les panneaux de l’exposition sur les premiers congés payés instaurés en 1936 par le Front populaire ont attiré les curieux. Coordinateur régional du programme et président d’honneur du Mouvement Associatif Sud-Paca, Frédéric Rosmini a rappelé la dimension culturelle du Front Populaire avec un spectacle musical en soirée, intitulé Les jours heureux.

    La campagne nationale de célébration a été rejointe par nombre d’acteurs du tourisme inclusif, comme Vacances Léo Lagrange. Pascal Carrano, son directeur, souligne l’évidence de cette greffe : « En portant le nom du sous-secrétaire d’état aux loisirs en 1936, il y a un lien naturel à fêter les 90 ans des congés payés », rappelle-t-il. « Nous sommes dans cette logique d’éducation populaire », ajoute celui qui coordonne en parallèle le programme d’animation de cet anniversaire dans 350 villages vacances en France.

    La rencontre du jour a été pensée pour rappeler le chemin parcouru mais aussi prévenir d’un contexte politique qui pourrait menacer ces acquis sociaux historiques, et qui résonne auprès des participants. « Ça fait partie de l’histoire, c’est un point important pour tous les travailleurs », fait remarquer un membre bénévole du Mouvement associatif. « Maintenant ils auraient du mal à proposer ce qu’ils ont fait à l’époque », réagissent Agnès et Roxanne au sujet du programme de Léon Blum. Respectivement fille et petite-fille d’ouvriers, la plus jeune avoue ses inquiétudes face au panorama politique ambiant : « c’est dur de continuer à garder espoir donc ça fait du bien de se replonger dans cette époque. »

  • [C’est l’été] Un festival à taille humaine à Vauvenargues

    [C’est l’été] Un festival à taille humaine à Vauvenargues

    Le violoniste syrien Bilal Alnemr, alors en exil à Vauvenargues, créait le festival de Vauvenargues en 2002 en signe de gratitude pour la commune qui l’avait accueilli. Il a donc voulu une manifestation à taille humaine pour un public qui aime se retrouver dans un village très engagé dans la culture. La programmation se veut ouverte sur des champs larges sans a priori ni préjugés.

    Vendredi 17 juillet 21h, sur le parvis de la mairie de Vauvenargues, Elad Navon, clarinette Bilal Alnemr, violon et l’israélien Itai Navon, piano joueront un programme Bartók, Weber et Mozart. Ce sera aussi l’occasion de découvrir la Sonate pour violon et piano en hommage à Chostakovitch du compositeur syrien Solhi Al-Wadi.

    Toujours sur le parvis de la mairie, samedi 18, l’Ensemble les « Cordes de Shams » fondé par Bilal Alnemr rassemblera sous une forme qui relève peut-être de l’heureuse Utopie du West-Eastern Divan Orchestra de Daniel Barenboïm, des solistes en exil, entre Syrie, Liban, Israël, Turquie et Palestine pour la musique de chambre de Mendelssohn. Mercredi 22 juillet au musée Granet, le pianiste Éric Le Sage passera de Debussy à Schumann et Gershwin. Le concert aura lieu dans le cadre de l’exposition « Paul McCartney » et une visite privative sera organisée pour l’occasion à 19h30. Enfin mardi 21 juillet l’Orchestre des jeunes de la Méditerranée dirigé par Sora Elisabeth est invité, pour un concert gratuit offert par la commune de Vauvenargues en partenariat avec le Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence et l’association du festival de Vauvenargues « Ugarit en Provence ». On notera que Bilal Alnemr a été membre à 13 ans d’une promotion de cette indispensable phalange. Le programme associera les musiques des hongrois Zoltán Kodály et Ernö Dohnányi aux Tableaux d’une exposition de Moussorgski avec en point d’orgue la composition collective de l’OJM avec le quintet et Amina Edris. À côté d’Aix mais pas dans son ombre, le Festival de Vauvenargues offre l’occasion de découvertes passionnantes. Rendez-vous aux amateurs.

  • [C’est lété] L’opéra investit le Off avec « La Vie de Bohème »

    [C’est lété] L’opéra investit le Off avec « La Vie de Bohème »

    Les plus grands et les plus populaires opéras ont piqué l’imagination de metteurs en scène que les morts de Carmen, Traviata, Liù, Tosca et autres Mimi, ont toujours fascinée. Trempées dans le mélodrame, ces héroïnes meurent dans d’immortelles arias que nul ne songerait à critiquer. Car l’opéra n’entend pas refléter la réalité, il échappe au quotidien, à la médiocrité de nos petites vies. Il veut transporter interprètes et public dans un ailleurs sublime que les voix et l’orchestre exaltent à l’envi. On pleure volontiers à l’opéra. Non pas de tristesse mais du bonheur physique, impalpable, qui tressaille dans notre corps.

    Olivier Desbordes, mentor de la compagnie Opéra Éclaté la bien nommée, a mis plusieurs fois en scène La Bohème de Puccini, c’est dire s’il connaît l’ouvrage dans la moindre note. Il a décidé d’en gérer une adaptation pour des scènes moins ambitieuses et convaincre ainsi les spectateurs novices en la matière, que l’opéra est un art à la portée de tous, à condition d’y entrer sans préjugés, et de se laisser embarquer dans un voyage hors du réel. Avec La Vie de Bohème, il opte pour une version qui réunit de jeunes chanteurs et musiciens bourrés de talent : certains passent d’un instrument à l’autre, d’autres d’un rôle chanté à un violoncelle. Voilà la preuve que nos jeunes artistes n’ont rien à envier à leurs aînés, même si certains rétorqueront que chanter un rôle entier exige plus de métier. Après tout, n’ont-ils pas toute la vie devant eux ? Oublions le XIXe siècle (la création de La Bohème date de 1896), enfilons blousons cloutés, vestes pailletées et guitares électriques façon années 70-80. Les quatre jeunes gens, artistes affamés mais armés d’une solide détermination à être reconnus, volontiers bambochards, brûlent d’un même Fureur de Vivre. L’arrivée de la petite couturière Mimi court-circuite le cœur de Rodolphe. L’aventure amoureuse est en marche. Puccini aime les fins tragiques qui comblent son appétit pour les généreuses envolées lyriques sur d’intenses lignes mélodiques.

    La représentation qu’il nous est donné de voir à Avignon est une intéressante approche d’une œuvre gorgée des sèves de l’amitié et de l’amour. Les voix sont tout à fait agréables, l’orchestre assure avec panache, la mise en scène papillonne au gré des rythmes et des émotions où se glissent quelques anachronismes (merci Dalida et le disco au Palace !). Si les duos, si célèbres, paraissent un peu longuets c’est qu’il leur manque cette distance avec le public, indispensable pour en goûter toute la saveur. Ne doutons pas que cette Vie de Bohème sortira de sa chrysalide dans une salle mieux adaptée. À Avignon, nous en avons eu la primeur, réjouissons-nous et profitons-en.

    « La Vie de Bohème », tous
    les jours sauf jeudi à 18h10
    à la Nouvelle Étincelle.

  • La CGT veut une riposte culturelle face au RN

    La CGT veut une riposte culturelle face au RN

    Des États généraux face à un État toujours moins généreux. Un an après l’appel lancé par le PCF à la tenue de nouveaux États généraux de la culture, le sujet était, ce jeudi matin, au cœur d’échanges en plein festival d’Avignon. Avant une table ronde de représentants politiques de gauche sur le dossier, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, est montée sur scène au côté de Tiago Rodrigues, directeur du festival d’Avignon. Pour rappel, en toile de fond de cette 80e édition, les acteurs du spectacle vivant multiplient les alertes et mobilisations face au gel des dotations décrété par le gouvernement, laissant de nombreuses structures dans la panade. Une grande manifestation nationale est dans les tuyaux le 26 septembre.

    « Il y a beaucoup de travail pour relancer l’idée d’une culture populaire de qualité qui est aujourd’hui considérée au rabais car de masse », pose Sophie Binet en faisant écho au fait que l’ADN du festival est étroitement lié à l’avènement des congés payés et l’idée de proposer des spectacles accessibles à tous. À ses côtés, Tiago Rodrigues défend sa « mission de service public avec un accès à la création ». Portugais, le directeur du festival ne cesse de vanter le modèle culturel français, si envié à l’international. « Quand j’étais directeur du théâtre national de Lisbonne, j’ai réussi à faire passer la création d’un statut d’intermittent du spectacle au Portugal calqué sur celui qui existe en France », rappelle-t-il.

    Face au fascisme,

    « il faut faire rempart »

    Or, « les mâchoires des politiques d’austérité » sont là « avec des coupes budgétaires en cours d’année », dénonce Sophie Binet. En parallèle, s’ajoutent « le projet idéologique de l’extrême droite qui investit dans la culture » et « les attaques contre la liberté de création avec des discours populistes comme quoi la culture défendrait son petit entre soi bobo », alerte la dirigeante syndicale. Tiago Rodrigues se fait offensif. « On crée une atmosphère pour qu’un directeur ne pratique plus son droit à la liberté de création qui est inscrite dans la loi, il n’y a pas de neutralité, on est un festival progressiste, féministe, antiraciste… mais avec les baisses de subventions et les injonctions idéologiques, on prépare le terrain au fascisme, il faut faire rempart », monte-t-il au créneau, très applaudi.

    « Le plus grand danger est l’autocensure silencieuse, il y a besoin de jouer collectif », exhorte Sophie Binet. Manière de s’adresser aux représentants politiques de gauche qui ont pris la suite sur scène de ne pas (trop) se désunir car « même si l’extrême droite ne gagne pas, elle sera la première force d’opposition ». Une façon de faire passer le message aux représentants de gauche présents dans l’assistance de ne pas partir (trop) désuni à la présidentielle. Et à entendre Pierre Dharréville (PCF), Emma Rafowicz (PS), Sophie Taillé-Polian (Debout), Clémentine Autain (L’Après), Sarah Legrain (LFI) et même Raphaël Glucksmann (Place publique), croisé à l’extérieur du débat, on s’aperçoit que la culture est un dénominateur commun à gauche avec un même constat partagé et des réponses très partagées. « Dans nos aspirations à faire face au danger de l’extrême droite, il y a peu de domaines dans lesquels les discussions que nous avons se déroulent avec ce type d’initiatives communes », apprécie l’ex-député PCF Pierre Dharréville, un des instigateurs de ces États généraux. Et d’appeler à « ne pas regardez ailleurs, ça brûle ici ».