Category: culture

  • Yoa, énergie pop et voix forte au Super Moustache festival

    Yoa, énergie pop et voix forte au Super Moustache festival

    Révélation scène des Victoires de la musique 2025, Yoa s’affirme comme une artiste complète, traçant sa voie entre une pop électro mainstream et une musique aux sonorités indie. Elle sera l’une des voix fortes du Super Moustache Festival, ces 12 et 13 septembre à Aix.

    « Yoa sur scène ? C’est moi mais c’est aussi mes danseuses », pose d’emblée la jeune femme née à Paris en 1998, « J’ai voulu un spectacle total avec tout ce que j’aime, de la danse, des moments drôles, un beau décor ». Formée au théâtre, nourrie par la danse et les grandes figures féminines de la pop, elle revendique une approche scénique exigeante. « Je veux que les gens en aient pour leur argent, ce n’est pas rien de se déplacer pour voir un artiste. On essaie de leur en mettre plein les yeux. »

    Son inspiration ? Les femmes. « Je ne suis pas un homme, donc je m’identifie plus aux femmes. Et je trouve qu’en pop, elles sont souvent meilleures sur scène. Beyoncé, Doja Cat, Rihanna… leurs shows m’émeuvent plus. » Une sensibilité qu’elle transpose dans ses textes où l’amitié tient une place centrale. « Mes danseuses, c’est la personnification de mes copines dans ma chanson, ça me fait du bien qu’elles soient là », justifie celle qui revendique une pop féminine à la française.

    « Activisme performatif »

    Mais Yoa, c’est aussi une voix politique sans détour. « J’affiche mes opinions dans mes textes et dans la vie, tant mieux si on me considère comme une artiste engagée », glisse la jeune femme née d’un père suisse jurassien et d’une mère camerounaise. Antifasciste, engagée pour la Palestine, elle parle rapport au corps, féminité, violences sexuelles, ne cache rien de ses convictions et dénonce les silences confortables : « Ne pas parler de politique est un privilège de personnes blanches et bourgeoises… L’existence des personnes trans, racisées, discriminées est politique. »

    En juillet, elle a annulé sa participation aux Francofolies de Spa, refusant de partager l’affiche avec Amir qu’elle accuse de soutenir l’armée israélienne et de ne pas reconnaître le génocide en Palestine. Au-delà du simple « activisme performatif », sa sincérité tranche dans un milieu artistique frileux.

  • La 34e édition de la Fiesta des Suds, un hymne à l’amour

    La 34e édition de la Fiesta des Suds, un hymne à l’amour

    « On a vécu beaucoup de péripéties cette année avec notre déménagement du Dock des Suds », rappelle d’emblée Nathalie Solia, directrice de la Fiesta des Suds, au dernier étage de la tour La Marseillaise.

    Le point culminant idéal pour observer l’agitation immobilière qui cerne Arenc et les quartiers limitrophes, à deux rues du Dock des Suds. La terre d’adoption pendant plus d’un quart de siècle de Latinissimo, l’association organisatrice de la Fiesta des Suds, qui en a été chassée au printemps dernier par l’établissement public Euroméditerranée pour des projets toujours incertains. Autant de bâtons dans les roues essuyés par l’association Latinissimo et la Fiesta des Suds, dont la 34e édition investit, comme depuis 2018, l’esplanade du J4.

    « Même si le monde de la culture connaît un avenir incertain, nous sommes plus déterminés que jamais à proposer des musiques qui rassemblent », résume celle qui est à la tête de cet événement dont les trois coups sonneront jeudi 9 octobre, lors d’une soirée où Morcheeba occupera la tête d’affiche. Depuis la deuxième partie des années 1990, dans la foulée de Massive Attack, un groupe symbolique du trip-hop, genre électro né en Angleterre et habité par des samples de la musique afro-américaine. « Le premier morceau qu’on m’a envoyé était “Call for love”, issu de l’album Escape the Chaos », situe Frédéric André. Sorti cette année pour célébrer les 30 ans du groupe, un opus qui a donné le la de cette édition. Le programmateur de la Fiesta des Suds justifie : « On veut partager des émotions avec le maximum de gens. Depuis que je suis petit, on entend parler que de crises, mais très peu de discours d’un avenir commun ».

    « Procurer de l’émotion »

    Pour reprendre le titre de Morcheeba, un « appel à l’amour » qui infuse le programme avec des artistes telles que la soulwoman Enchantée Julia, ou la mitrailleuse de tendresse rap et punk, Uzi Freyja, toutes deux programmées le premier soir.

    également à l’affiche du soir inaugural, Dabeull et ses onze musiciens raviveront la flamme funk des années 1970-1980, inspiré notamment par des groupes style Bar Kays ou Imagination, comme il a pu le confier à RFI. Une ribambelle d’artistes ayant pour dénominateur commun de « procurer de l’émotion au public », dixit Frédéric André, qui énumère encore des messagers du « love » du 10 octobre : le rappeur Youssoupha avec son dernier album Amour suprême, le projet électro-rock maroco-tunisien Aïta mon amour. Sans oublier le guitariste Keziah Jones. Que dire encore de la date du 11 octobre, avec « l’amour en barres » prodigué par Kassav’, groupe antillais qui a préfiguré le zouk en 1980. Une nuit décidément placée sous les auspices du déhanchement de bassin, avec les « ambassadeurs » du Shatta – genre aux lignes de basse puissantes dérivé du dancehall – Blaiz Fayah et Bamby.

    Oh oui minot !

    « Nous sommes un festival populaire et exigeant. On n’est pas là pour servir de la soupe aux gens sous prétexte qu’un artiste fait beaucoup d’entrées », souligne Frédéric André. Un credo encore plus perceptible le 12 octobre avec « la Fiesta du dimanche », diurne et « plus familiale ». Un événement gratuit irrigué de concerts comme celui de La Cité des minots, avec la chanteuse slovaque et tzigane Marcela, « accompagnée par 80 enfants des écoles Peyssonnel 1 et Malpassé – Les Oliviers », précise Andy Burle, responsable des actions culturelles au Nomad’ Café. « La Fiesta du dimanche est un après-midi de découvertes, musicales mais pas que, avec une ludothèque, des ateliers en tous genres et une grande battle de hip-hop », complète sa chargée de production, Marion Bergé-Lefranc.

  • Les musiques improvisées en toute liberté à Marseille

    Les musiques improvisées en toute liberté à Marseille

    Le festival Les Émouvantes continue de diffuser les musiques improvisées et attaque sa 13e édition à partir du jeudi 11 septembre, au Conservatoire Pierre Barbizet. Toujours avec le directeur artistique Claude Tchamitchian aux manettes, mais qui s’enrichit d’un alter ego en la personne de Fabrice Martinez.

    Les musiques improvisées, ces musiques de création au croisement du jazz et des traditions populaires, et très codifiées malgré leur appellation, résonneront au Conservatoire Pierre Barbizet trois soirs durant.

    Croisements

    Ses deux chevilles ouvrières invitent à « explorer des créations profondément ancrées dans notre temps, nourries par l’histoire et les multiples cultures qui la traversent », indique le programme, lancé sur les chapeaux de roues par le solo du contrebassiste Claude Tchamitchian, « In Spirit », « suite impressionniste hommage à Jean-François Jenny-Clark », maestro fugace (1944-1998) du plus grave des instruments. La deuxième partie de la soirée permettra d’écouter ICI, création du guitariste Marc Ducret « née du confinement, ancrée dans un paysage de bord de mer et de rivière soumis aux marées », accompagné par le gars sûr des cuivres, Fabrice Martinez, Samuel Blaser au trombone et Christophe Monniot au saxophone.

    Les jours suivants, le public verra un quartet mené par Juliette Meyer et ses « miniatures jazz », La naissance du soleil et de la lune, projet de Jean-Pierre Jullian qui « s’inspire d’un conte tiré de la mythologie aztèque », la création de Robinson Khoury, MŸA, qui « puise dans les chants grégoriens, les rythmes sur peaux et les maqâmat de la musique arabe », ainsi que celle du bassiste Sylvain Daniel, Slydee, « plongée dans la great black music ».

  • « Avant de partir, je distribuais des tracts pour l’Algérie »

    « Avant de partir, je distribuais des tracts pour l’Algérie »

    La Marseillaise : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

    Michel Ogulinac : Je me disais qu’il fallait que j’écrive sur l’Algérie, sur cette époque-là, qui a été un moment extrêmement important de ma jeune vie. Sur la base de toute une documentation que j’ai gardée, j’ai construit quelque chose de très personnel. Je voulais sortir des sentiers battus en racontant ce que j’ai réellement ressenti lors de la traversée de ces événements quotidiens alors que je portais en moi l’idée de l’indépendance.

    Comment s’est déroulé votre départ
    de France ?

    M.O. : Mon père était un responsable communiste de la Dordogne et il m’a demandé si j’allais partir. Je lui ai dit que j’y allais, comme tous mes amis. Je n’avais pas suffisamment de courage, je n’avais pas suffisamment de maturité pour refuser de partir.

    Quel est votre ressenti en arrivant en Algérie ?

    M.O. : Avant de partir à l’âge de 16 ans, je distribuais des tracts partout pour la paix en Algérie. L’Indochine se terminait et j’avais été très marqué par les écrits que j’avais lus sur la guerre de Corée. Quand je suis parti, j’étais acquis à l’idée d’indépendance du pays. Mon ressenti, c’est à la fois la guerre mais aussi des réflexions sur les personnes qui m’entouraient, des descriptions de paysages. Mais mon ressenti, c’est surtout l’examen de cette misère abominable qui régnait dans les villages que nous étions chargés de surveiller, c’est-à-dire les gamins avec des maladies, le typhus, le choléra, la tuberculose, le tétanos… Moi, je faisais l’école et avec des copains infirmiers, on essayait de les soigner. Ma mission personnelle concernait mon comportement de chaque jour en Algérie.

    Comment se sont déroulées vos relations avec la hiérarchie ?

    M.O. : Les tiraillements, je les ai eus avec ma hiérarchie. Les rapports étaient différents selon les gradés. Un jour, des excès avaient été commis dans un village où un type s’était fait tabasser. J’ai dit que j’étais opposé à ces méthodes, le ton est monté avec l’adjudant qui m’a dit : « C’est à cause de petits cons comme toi qui manifestent en France que l’on va perdre l’Algérie. » Il m’a mis en quarantaine. Au bout de 4 ou 5 jours, mes copains sont venus me voir en cachette et ils ont réussi à faire céder le chef. Je raconte aussi une scène où un chef de poste un dimanche matin, alors que le calme régnait, s’est mis à tirer sur le village en contrebas, heureusement sans blesser personne. Il était complètement bourré.

    Comment êtes-vous rentré ?

    M.O. : Je suis rentré le 20 mars 1962, deux mois plus tôt que ce qui était prévu parce que je suis tombé malade. Je réserve une dizaine de pages pour décrire la situation qui existait à ce moment-là parce qu’avec ma future épouse, nous avions envisagé, après l’indépendance, d’aller y enseigner. Nous avions même les billets en poche. Mais la fin de la guerre était extrêmement violente de la part de l’OAS, qui détruisait tout. Ma femme était enceinte et cela nous a poussés à ne pas y aller.

    * « Mon Algérie », de Tralimet à Mechta Guergour (1960-1962), Michel Ogulinac, Société d’Histoire d’Aigues-Vives, 170 pages, 18 euros.

  • Nîmes : le Jazz Festival fait danser l’automne

    Nîmes : le Jazz Festival fait danser l’automne

    Chaque automne, l’Agglomération nîmoise se met au diapason. Du 12 septembre au 18 octobre, le Nîmes Métropole Jazz Festival reprend son itinérance, de Nîmes à Sernhac, de Bouillargues à Caissargues, avec une programmation toujours plus audacieuse.

    Cette 19e édition a choisi pour fil rouge les zazous, dandys frondeurs des années 40, amoureux fous du jazz, qui défiaient l’ordre établi en dansant swing « sous le nez des oppresseurs ». « Les zazous, c’est sérieux », rappelle Stéphane Kochoyan, directeur artistique du festival. Leur esprit joyeux et libre irrigue toute la programmation : un jazz sans frontières, festif et insolent. Le festival s’ouvrira par un grand concert gratuit aux Jardins de la Fontaine, le 12 septembre, avec Cimafunk, groupe cubain en pleine ascension internationale mêlant funk et héritage latino. Une mise en bouche explosive avant un mois de découvertes.

    « Conquérir un nouveau public »

    « Le but est de conquérir un nouveau public », souligne Gaël Dupret, élu en charge de la culture à Nîmes Métropole. L’édition 2025 ne manque pas de nouveautés : le Vallon d’Escaunes à Sernhac se transformera le 14 septembre en scène musicale et familiale, avec fanfares locales, installation sonore dans le tunnel romain et un concert du duo 20Syl & Christophe Panzani.

    Les amateurs de grands noms retrouveront Dee Dee Bridgewater (2 octobre à La Calmette), le contrebassiste Henri Texier (4 octobre à Sainte-Anastasie), le chanteur malien Salif Keita (11 octobre à Milhaud) ou encore les moustachus de Deluxe (14 octobre à Paloma). L’esprit swing ne sera pas oublié avec les Pink Turtle et leur bal participatif (27 septembre à Cabrières), ou la trompettiste Bria Skonberg, l’une des révélations internationales de cette édition (9 octobre à Saint-Chaptes).

    Comme chaque année, la scène locale aura voix au chapitre, via les premières parties et les concerts du festival OFF coordonné par l’association Jazz 70. Conférences, projections, bals swings et rencontres viendront compléter l’événement, pensé comme une fête intergénérationnelle. En un mois, ce sont plus de 30 rendez-vous qui feront voyager le public, entre traditions jazz et métissages modernes. Swing contagieux garanti, car comme le chantait Andrex, « méfiez-vous, c’est contagieux ! »

    * Programme et billetterie sur nmjf.fr

  • La 34e Fiesta des Suds à Marseille, un hymne à l’amour

    La 34e Fiesta des Suds à Marseille, un hymne à l’amour

    On a vécu beaucoup de péripéties cette année avec notre déménagement du Dock des Suds », rappelle d’emblée Natalie Solia, directrice de la Fiesta des Suds, au dernier étage de la tour La Marseillaise.

    Le point culminant idéal pour observer l’agitation immobilière qui cerne Arenc et les quartiers limitrophes, à deux rues du Dock des Suds. La terre d’adoption pendant plus d’un quart de siècle de Latinissimo, l’association organisatrice de la Fiesta des Suds, qui en a été chassée au printemps dernier par l’établissement public Euromediterranée pour des projets toujours incertains. Autant de bâtons dans les roues évités vaillamment par Latisinissimo et la Fiesta des Suds, dont la 34e édition investit, comme depuis 2018, l’esplanade du J4. « Même si le monde de la culture connaît un avenir incertain, nous sommes plus déterminés que jamais à proposer des musiques qui rassemblent, en dehors des sentiers battus », résume celle qui est à la tête de cet événement dont les trois coups sonneront jeudi 9 octobre, lors d’une soirée où Morcheeba occupera la tête d’affiche.

    Depuis la deuxième partie des années 1990, dans la foulée de Massive Attack, un groupe symbolique du trip-hop, genre électro née en Angleterre et habité par des samples de la musique afro-américaine. « Le premier morceau qu’on m’a envoyé était Call for love, issu de l’album Escape de Chaos », situe Frédéric André. Sorti cette année et destiné à célébrer les 30 ans du groupe, un opus qui a donné le la de cette édition.

    Le programmateur de la Fiesta des Suds justifie : « On veut partager des émotions avec le maximum de gens. Depuis que je suis petit, on entend parler que de crises, mais très peu de discours d’un avenir commun ». Pour reprendre le titre de Morcheeba, un « appel à l’amour » qui infuse dans toute la programmation avec des artistes tels que la soulwoman Enchantée Julia ou encore la mitrailleuse de tendresse rap et punk, Uzi Freyja, toutes deux programmées le premier soir de la Fiesta des Suds, illustre entre autres Frédéric André.

    Qui dit amour et fête dit également Dabeull et son ensemble de onze musiciens, aussi à l’affiche du premier soir, qui ravivent la flamme funk des années 1970-80, inspirés notamment par des groupes style Bar Kays ou Imagination, comme il en a fait part sur les ondes de RFI. Une ribambelle d’artistes qui ont pour dénominateur commun « de procurer de l’émotion au public », dixit Frédéric André, qui énumère encore des messagers du « love » présents à la Fiesta des Suds le vendredi 10 octobre : le rappeur Youssoupha qui viendra défendre son dernier album en date Amour suprême, le projet électro-rock maroco-tunisien Aïta mon amour. Sans oublier le guitariste nigérian Keziah Jones.

    Et que dire encore de la soirée du samedi 11 octobre, avec « l’amour en barres » prodigué par Kassav’, groupe mythique antillais qui a préfiguré le zouk dès le début des années 1980. Une nuit décidément placée sous les auspices du déhanchement de bassin, avec les « ambassadeurs » du Shatta – genre aux lignes de basse puissantes dérivé du dancehall – en la personne de Blaiz Fayah et Bamby.

    « Nous sommes un festival populaire, ce qui est non négociable, et en même temps exigeant. On n’est pas là pour servir de la soupe aux gens sous prétexte qu’un artiste fait beaucoup d’entrées », souligne Frédéric André. Un credo encore plus perceptible le 12 octobre avec la « Fiesta du dimanche », à l’esprit diurne et « plus familial ». Un événement gratuit qui proposera plusieurs concerts, au premier rang desquels celui de La cité des minots, avec la chanteuse slovaque et tzigane Marcela, « accompagnée par plus de 80 enfants des écoles Peyssonnel 1 et Malpassé – Les Oliviers », précise Andy Burle, responsable des actions culturelles au Nomad’ Café, producteur de cette création. « La fiesta du dimanche est une après-midi de découvertes, musicales mais pas que, avec notamment une ludothèque, des jeux et ateliers créatifs, des terrains de pétanque et une grande battle de hip-hop », complète Marion Bergé-Lefranc, chargée de production de cette journée de clôture.

    Philippe Amsellem

    Programme complet sur www.fiestadessuds.com

  • [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Robin Renucci

    [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Robin Renucci

    Rentrée du théâtre national de La Criée, climat politique et social, relation au public des quartiers populaires, place de la culture dans la ville de Marseille… posez vos questions à Robin Renucci

  • [BD] « Une victoire sur le béton », une lutte en images

    [BD] « Une victoire sur le béton », une lutte en images

    Pour leur première réalisation, Laure Lavigne-Delville et Aurélien Pascal-Commeiras ont voulu mettre en lumière une mobilisation citoyenne. Leur bande dessinée Une victoire contre le béton* retrace l’histoire de la lutte victorieuse menée par le collectif Oxygène contre le projet de village commercial Oxylane, à Saint-Clément-de-Rivière (Hérault), porté par Décathlon et l’indécrottable famille Mulliez, connue pour son exil fiscal en Belgique. « À l’époque nous étions des passionnés de BD. Le projet est parti un peu de l’envie de garder une trace de l’expérience accumulée au travers de cette lutte par les militantes et militants du collectif Oxygène. Il y a aussi l’idée de transmettre l’expertise, l’apprentissage à d’autres luttes », détaille Laure Lavigne-Delville.

    Tout commence en 2014 avec l’ouverture d’une enquête publique dans cette commune située au nord de Montpellier. Une poignée de militants -nos deux auteurs n’y sont pas totalement étrangers puisque les parents de Laure y ont participé- commence à questionner ce projet lancé en catimini qui prévoit la bétonisation de 24 hectares du terrain des Fontanelles. C’est le début d’une lutte qui durera sept ans, dont le parcours fut semé d’embûches juridiques et administratives. « Une autre ambition, dès le départ, était de décortiquer les luttes. C’est quand même assez ahurissant ce qu’on apprend à travers ce genre de combat, sur le fonctionnement du système juridico-administratif voire politico-administratif », reprend l’autrice. « Enquête publique », « schéma de cohérence territoriale », « plan local d’urbanisme », c’est tout un vocabulaire administratif que les militants doivent adopter pour espérer faire couler le projet. Une réalité bien loin de l’image véhiculée
    -Gérald Darmanin en tête- « d’écoterroristes ».

    Une BD pleine d’espoir

    Des stéréotypes que Laure Lavigne-Delville et Aurélien Pascal-Commeiras s’empressent de démonter. « Il y a aussi le cliché nimby[Not in my backyard, Pas dans mon jardin, Ndlr] selon lequel on ne voudrait pas détruire le paysage et avoir à subir les nuisances d’un projet. Mais ce n’est pas du tout, c’est bien plus profond. Les luttes sont une démarche éclairée, construite, argumentée, qui est le fruit d’un vrai travail et qui est loin de relever de l’écoterrorisme », insiste la scénariste.

    Malgré toutes ces difficultés, le collectif Oxygène parvient à obtenir gain de cause : le projet est abandonné en 2022. Un exemple à suivre pour d’autres luttes. Mais aussi porteur d’espoir. « Cette victoire n’était pas anticipée, on a commencé le projet de BD il y a plusieurs années maintenant. Revenir sur ces victoires – parce qu’il y en a – permet de capitaliser dessus dans le bon sens du terme, apprendre à faire des liens. »

    * « Une victoire contre le béton » aux éditions Le Passager clandestin. 128 pages, 22 euros. Sortie le 12 septembre. Soirée de lancement prévue le 18 septembre à la librairie la Cavale, à Montpellier.

  • Gérard Traquandi dialogue avec Bruno Ely

    Gérard Traquandi dialogue avec Bruno Ely

    Dans la vie quotidienne, en privé comme en public, Gérard Traquandi est toujours courtois et franc du collier. Chaleureux, incisif, rieur et précis. Jamais embêtant, capable d’évoquer rapidement, parce que c’est important et éclairant, le maniérisme italien de Pontormo, le bleu flamboyant du janséniste Philippe de Champaigne, une toile de Soutine que lui avait révélé Daniele Giraudy, des contemporains disparus comme Philippe Guston ou Eugène Le Roy.

    Gérard Traquandi aime raconter affectueusement que c’est un autre disparu, Jean-Jacques Ceccarelli, qui l’a emmené voir les débuts du Maître d’Aix, sa « période couillarde », son adieu au baroque. Il a énormément copié, en dessins et aquarelles, en céramique, un petit format prolixe, charnel et déconcertant, La Tentation de Saint-Antoine. L’une des toiles qu’il vénère, presque tragique et bouleversante avec son humour, c’est le portrait d’Achille Emperaire du musée d’Orsay : un outsider incompris, un visage de mousquetaire, un corps de nain traité comme un Tintoret, dérisoirement juché sur un fauteuil du Jas de Bouffan.

    Pendant les vingt dernières années, et toujours aujourd’hui, Gérard Traquandi a énormément peint dans un atelier secret et clandestin d’Aix, la voûte et la fraîcheur d’une ancienne chapelle, sur les hauteurs de la rue de l’Opéra, pas loin de la maison natale de Cezanne ; un prêt infiniment généreux, inconditionnel d’un ami qui ne voudra pas qu’on dise son nom.

    On saluera l’initiative de Bruno Ely qui montre qu’Aix a souci d’un peintre : quelques semaines avant sa retraite, Bruno Ely invite au dialogue un artiste qu’il avait autrefois présenté au musée des Tapisseries. On remerciera aussi Dominique Bluzet qui commandita pour le Théâtre du Jeu de Paume un magnifique rideau de scène de Traquandi. L’exposition Cezanne au Jas de Bouffan compte déjà plus de 200 000 visiteurs.

  • « La musique blues m’a aidée à guérir mes blessures »

    « La musique blues m’a aidée à guérir mes blessures »

    Entretien

    Pour rallier les ghettos de Lagos, dans son Nigeria natal, aux scènes européennes, où sa voix résonne désormais avec une puissance jubilatoire, Justina Ogunlolu, alias Justina Lee Brown, en a parcouru, du chemin. Confrontée à l’extrême pauvreté et à des abus ayant fauché son enfance, cette chanteuse, qui se propulse avec une énergie aussi bien soul que rock, comme le prouve son album Lost Child, incarne à elle seule l’essence du blues : surmonter ses pires traumatismes pour en faire belle œuvre.

    La Marseillaise : Au cours de votre enfance dans les ghettos de Lagos, votre mère vendait des sachets d’eau dans la rue. Pendant qu’elle travaillait, vous tapiez sur une bassine avec un bâton pour vous exercer à chanter. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

    Justina Lee Brown : Je garde de beaux souvenirs de ma jeunesse innocente. Petite, j’étais peu conscience de l’insécurité qui m’entourait. Pourtant, nous étions constamment affamés avec ma mère, c’était très dur de se nourrir. Sans compter l’absence d’un foyer stable, avec des déplacements constants. Mais l’amour m’a permis de surmonter tout cela. J’étais heureuse car les rues regorgeaient de divertissements.

    Qu’est-ce que cela vous a appris sur vous-même ?

    J.L.B. : Cela m’a appris à ne jamais abandonner, à attendre toujours des jours meilleurs.

    Votre chanson « Billiki » raconte l’histoire d’une jeune fille qui disparaît après que sa mère lui demande d’aller chercher de l’eau au ruisseau. À quel point est-ce inspiré de votre vie ?

    J.L.B. : « Billiki » parle surtout de l’ironie du sort qui touche de nombreuses filles dans la société. L’insécurité est pesante et nous n’avons ni le gouvernement, ni le système nécessaire pour protéger les jeunes qui grandissent dans mon pays. Énormément de jeunes filles disparaissent, avant d’être violées et maltraitées. Mais le gouvernement ne fait rien. En ce qui me concerne, avoir été maltraitée à l’âge de 6 ans à peine m’a laissée avec une grande souffrance que seul dieu peut guérir. Pour éviter que les prochaines générations aient à endurer cela, je me dois de sensibiliser les gens à ce phénomène. J’espère qu’un changement pourra advenir. Parce que, quand un enfant est brisé, il n’y a pas de réparation possible.

    Le blues est une musique afro-américaine créée dans les champs de coton par des personnes qui ont subi la ségrégation raciale, aussi bien pour exprimer leurs peines que leurs espoirs. Joue-t-il le même rôle dans votre vie ?

    J.L.B. : Le blues que je joue est un son d’espoir et de guérison car quelque chose était brisé en mon for intérieur. Et en dehors de cela, en tant qu’Africains, nous sommes remplis de tant de joie et d’amour : le blues est donc pour nous un cri de bonheur et d’enthousiasme gospel. À bien des égards, la musique m’a sauvé la vie, mais aussi celle de ma famille. Je suis donc reconnaissante envers la musique, et plus particulièrement le blues. Le blues m’a aidée à guérir de mes blessures.

    Vous avez également créé la JLB Care Foundation pour venir en aide aux enfants maltraités au Nigeria. Comment parvenez-vous à leur apporter du soutien ?

    J.L.B. : Ce qui m’a inspirée pour créer cette fondation, c’est que la situation à laquelle j’ai moi-même été confrontée il y a de nombreuses années, perdure. Énormément d’enfants des rues souffrent de la faim et aucun enfant ne mérite de vivre ainsi. Mon objectif est d’essayer de préserver autant que possible les enfants avec lesquels je suis en contact : les aider à accéder à un toit, leur donner de quoi manger, une bonne santé et une éducation adéquate pour qu’ils puissent se débrouiller seuls plus tard. On essaie de briser le cercle vicieux de la pauvreté.