Category: culture

  • Un hommage a été rendu à l’historien militant Robert Mencherini

    Un hommage a été rendu à l’historien militant Robert Mencherini

    « L’art de construire son discours pour être compris par tous », « le croisement entre la culture savante et la culture populaire » : telles sont les qualités attribuées à l’historien Robert Mencherini, vendredi, dans les rangs de l’auditorium de la mairie des 1-7. Historien de la Seconde Guerre mondiale et auteur de nombreux travaux sur sa Provence natale, le chercheur aubagnais, décédé en avril, a été mis à l’honneur par l’association Provence mémoire monde ouvrier (Promemo), dont il est le fondateur.

    Militant de la Ligue communiste révolutionnaire dans sa jeunesse, Robert Mencherini a prolongé son engagement en construisant une connaissance approfondie de l’histoire sociale locale. Parmi ses sujets de prédilection : la Résistance.

    « Robert a voulu démontrer, dans son œuvre, à quel point l’historiographie nationale, c’est-à-dire parisienne, a omis une partie de l’histoire du Sud-Est. Ces ouvrages ont permis de montrer l’importance des mouvements résistants à Marseille, et plus globalement dans les Bouches-du-Rhône », explique Sylvie Orsoni, historienne invitée à l’occasion de cette journée d’hommage.

    Cette histoire résistante est notamment racontée dans la quadrilogie Midi rouge, ombres et lumières, en particulier dans le 2e tome Résistance et occupation. Longtemps animateur de l’équipe du Musée de la résistance en ligne, il publiera aussi, en 2022, un livre consacré à Berty Albrecht, figure marseillaise du féminisme, de l’antifascisme et de la Résistance.

  • La scène méditerranéenneà l’honneur d’une biennale

    La scène méditerranéenneà l’honneur d’une biennale

    Mettre les arts méditerranéens à l’honneur. Tel est le credo de la Biennale des arts de la scène en Méditerranée, qui s’ouvre dès le 6 novembre dans une pluralité de lieux héraultais : Montpellier, Sète, Juvignac, Villeneuve-lès-Maguelone. Théâtre, danse, musique, lecture, une diversité d’arts est représentée. Tout comme un subtil équilibre géographique : la plupart des pays du bassin méditerranéen seront présents pendant ces trois semaines de manifestations culturelles.

    Un travail de longue haleine opéré par les 14 structures organisatrices de l’événement comme le théâtre des 13 Vents de Montpellier, le théâtre Molière à Sète ou encore la scène conventionnée d’intérêt national juvignacoise L’atelline. « Chaque structure a des missions particulières, des disciplines auxquelles elle s’attache, donc la programmation dans son aspect pluridisciplinaire reflète aussi la diversité des partenaires », souligne Olivier Saccomano, codirecteur du théâtre des 13 Vents.

    Dialoguer entre artistes

    Ainsi, en fonction des disciplines et des pays, des artistes sont sélectionnés et ont carte blanche pour présenter leurs projets. « Le travail artistique nous intéresse et après les artistes sont parfaitement libres -heureusement- de travailler sur le sujet qui leur importe. Parfois, c’est assez proche de l’actualité, parfois c’est beaucoup plus lointain. La Méditerranée n’est pas une thématique de travail. C’est une situation géographique, politique, historique dans laquelle des artistes travaillent », reprend Olivier Saccomano. Et le codirecteur d’insister sur le dialogue offert entre les artistes, qui pourront partager leurs expériences. Le public n’en est pas oublié pour autant puisque plusieurs rencontres avec les artistes sont organisées tout au long de la Biennale.

    Certains axeront ce dialogue sur la question des migrations – tragiquement importante en Méditerranée – notamment la compagnie italienne Kepler-452, venue présenter « A place of safety, voyage en Méditerranée centrale » (13/11 à 19h et 14/11 à 21h au théâtre des 13 Vents). Une pièce documentaire s’inspirant de l’expérience des metteurs en scène Enrico Baraldi et Nicola Borghesi, qui ont suivi des humanitaires à bord du Sea-watch 5 et ont pu recueillir des témoignages de migrants ou de sauveteurs en mer. Dans cette période de troubles internationaux, le Proche-Orient n’est jamais bien loin. C’est le cas dans la pièce « Dans l’ombre du martyr », écrite par le fondateur du théâtre palestinien François Abu Salem juste avant son suicide, qui sera jouée pour la première fois en France (15/11, à 21h au théâtre des 13 Vents). Retraçant le témoignage du frère d’un martyr de la seconde intifada, la pièce « est rejouée par l’acteur orignal, Waseem Khair, en respectant la mise en scène d’origine, les costumes, c’est une espèce d’archive vivante », détaille Olivier Saccomano.

    D’autres font le choix de délaisser l’actualité internationale, comme Nicolas Heredia qui présentera « On fera mieux la prochaine fois » (12/11 à 21h, 13/11 et 14/11 à 19h à la Bulle bleue), pièce dans laquelle les comédiens de la Compagnie de la Bulle bleue réinterprètent des interviews d’acteurs de cinéma. En somme, une programmation éclectique qui reflète la diversité de la culture méditerranéenne.

    * Programme complet à retrouver sur : www.13vents.fr/basm-2025/le-programme25.

  • L’acteur Tchéky Karyo tire sa révérence

    L’acteur Tchéky Karyo tire sa révérence

    Il était le seul rôle parlant du film L’Ours, de Jean-Jacques Annaud. Ou encore le mentor d’Anne Parillaud dans Nikita. Le comédien Tchéky Karyo s’est éteint, vendredi, emporté par un cancer. Il avait 72 ans.

    Né à Istanbul, la carrière de ce polyglotte maîtrisant le français, l’anglais, l’espagnol et l’arabe avait débuté dans le cinéma d’auteur français, notamment en 1982 devant la caméra de Chantal Akerman pour Toute une nuit et devant celle d’Éric Rohmer en 1984 dans Les Nuits de la pleine lune.

    Sa filmographie éclectique l’a fait côtoyer Jean-Pierre Jeunet dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) et l’a porté vers des cinéastes étrangers, notamment le Brésilien Walter Salles (Terra Estrangeira, 1995) ou l’Américain Ridley Scott dans 1492 : Christophe Colomb aux côtés de Gérard Depardieu.

    Tchéky Karyo a également eu une longue carrière sur les planches et s’était notamment produit au Festival d’Avignon au début des années 1980.

  • Une traversée de l’histoire dans l’œil des Detaille

    Une traversée de l’histoire dans l’œil des Detaille

    Une reproduction historique d’un atelier photographique du XIXe siècle accueille le visiteur. La chambre photographique en impose, majestueuse. Gérard Detaille, qui représente la troisième génération de la célèbre dynastie de photographes, a raconté cette aventure sur trois générations, lancée avec son grand-père, lors de la présentation de l’exposition, jeudi. L’événement fait figure de petite révolution au Musée d’histoire de Marseille.

    Le ministère de la Culture l’a labellisée au titre du « Bicentenaire de la photographie », qui se tiendra de septembre 2026 à septembre 2027. L’exposition présente les clichés de la cité phocéenne pris par les membres de cette famille.Si Nicéphore Niépce réalisait le premier cliché de l’Histoire en 1824, c’est en 1860 que Fernand Detaille pose les premières fondations de l’œuvre familiale qui donne à voir Marseille à travers le temps, sous tant de visages.

    « Portraitistes »

    L’histoire débute lorsque Nadar, photographe, lègue son atelier situé sur la Canebière (numéro 77) à Fernand Detaille (1875-1954), tombé amoureux de la mer. Rien ne prédestinait ce « jeune garçon de famille modeste, au père tonnelier et sans un sou, à partir à Genève, chez le grand photographe Boissonnas, qui le guida vers Nadar », témoigne le dernier de la lignée. C’est le début de l’empire.Le fils Albert (1903-1996) prend la suite en 1950, apportant poésie et sensibilité. L’atelier devient un lieu de rencontres effervescent de personnalités et journalistes. Son objectif capturera ainsi Joséphine Baker, de Gaulle ou Marcel Pagnol… Gérard, né en 1948, raconte reprendre le studio en 1971. « À l’atelier, mon père quittait la table pour aller sortir les plaques du bain. En fait, les Detaille étaient ouvriers à la maison, hommes du monde dehors et artistes quand il fallait », confie celui qui sera le modernisateur et qui introduira une dimension panoramique et aérienne aux clichés.

    Mille Marseille défilent au fil des décennies : aménagement de la ville, transformations modernes, la guerre, les mariages, les métiers, les baptêmes… « Nous étions des portraitistes intimes de la ville », conclut Gérard Detaille. L’exposition présente 225 photographies, quatre grands appareils photos anciens et autres objets emblématiques qui font remonter le temps.

    Jusqu’au 30 octobre 2026, 2 rue Henri-Barbusse (1er). Gratuit

  • Apprécier et s’essayer au Lunel Flamenco festival

    Apprécier et s’essayer au Lunel Flamenco festival

    Les talons claquent et les robes volent au rythme des sonorités espagnoles. Cette année encore, dans le cadre de la cinquième édition du Lunel Flamenco festival Lunel réserve un programme chargé aux amateurs de danse et de culture andalouses, du jeudi 6 au dimanche 9 novembre. Les festivités débutent jeudi 6 dès 19h à l’espace Castel avec la chorale « El Coro Río Quema » de Marsillargues, suivie, à 19h30, du vernissage de l’exposition photo « Balada flamenca » de Jean-Louis Duzert, spécialisé dans la photographie en noir et blanc.

    Deux masterclass de Gema Moneo

    Ses œuvres, précédemment exposées à Jerez, Tokyo ou New York, seront visibles jusqu’au 5 décembre. La première journée du festival s’achèvera par le spectacle « Flamencos de Francia » à 21h avec treize danseurs et musiciens.Le lendemain à partir de 20h30, le spectacle « Embrujo Sevillano » réunira sur scène le couple de danseurs natifs de Séville Rocio Reyes et Rafael Campallo à l’espace Castel. Samedi 8 novembre, place au concours de Sévillanes à 14h organisé par l’association Terres du sud également à Castel.

    Entre deux bodegas, Gema Moneo et José Maya se produiront dans « El encuentro Jerez y Madrid » (20h30).Enfin, dimanche 9 novembre, le festival s’achèvera avec deux masterclass de Gema Moneo. Elles s’adressent aux danseurs justifiant d’au moins deux années de pratique.

  • Avec le festival « FEMMES ! », le cinéma s’accorde au féminin

    Avec le festival « FEMMES ! », le cinéma s’accorde au féminin

    Le rendez-vous a été fondé en 2001 suite à la rencontre de deux militants féministes, Luc Patentreger, médecin, dessinateur, et entrepreneur social, et Loutcha Dassa, ancienne déportée à Auschwitz décorée de la médaille de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2012 et de la Légion d’Honneur en 2021 pour sa lutte pour l’inclusion des femmes dans la société et le milieu artistique.

    Le festival Femmes ! revient pour une 24e édition, du 5 au 24 novembre. Six salles dans quatre villes s’en feront le relais : Théâtre Liberté et cinéma Le Royal à Toulon, cinéma Six n’étoiles à Six-Fours, Casino Joa et centre culturel Tisot à La Seyne-sur-Mer et cinéma Le Rocher à La Garde.

    44 films en compétition

    Ce festival se définit comme « œuvrant pour l’égalité entre femmes et hommes », avec « une conviction : l’art peut et doit être un levier d’émancipation, d’égalité et de liberté. Nous portons un féminisme universaliste qui réunit toutes les femmes, quels que soient leurs origines, leurs parcours ou leurs frontières, et qui invite les hommes à être pleinement partenaires de ce combat ». Cette année, la thématique « Duo », centrée sur la question « que raconte une femme quand elle parle d’elle à travers l’autre ? », invite à porter « ce féminisme du lien, de l’altérité, du respect, qui trouve dans ce thème une résonance naturelle qui refuse les cloisonnements et se nourrit du dialogue, car l’égalité se construit ensemble ».

    44 films de 16 pays seront en compétition pour le Prix du Public, parmi lesquels 8 avant-premières et 14 films en sortie nationale. Seront également remis le Prix du Jury et le Prix d’interprétation féminine avec sept films, en avant-première, en compétition. Autour de la compétition, le public pourra profiter, entre autres, d’une masterclass donnée par les acteurs de l’iconique série Plus belle la vie, d’un atelier cinéma pour apprendre à analyser les films, de soirées thématiques (dont la nuit des courts-métrages), d’expositions, ou encore de douze débats et conférences sur des thématiques féministes (santé mentale, violences sexuelles et sexistes…) et artistiques. De nombreux réalisateurs et acteurs seront également présents pendant ces trois semaines.

    Infos et tarifs sur femmesfestival.fr

  • [Chefs-d’œuvre des musées] Au musée Cantini, pénombres et vitrages, un diptyque de Leonardo Cremonini

    [Chefs-d’œuvre des musées] Au musée Cantini, pénombres et vitrages, un diptyque de Leonardo Cremonini

    Cremonini s’était établi à Paris en 1951, son atelier se situait en haut d’un immeuble de la rue de Buci. Dans la vie quotidienne, c’était un personnage de très fine culture, disputeur et généreux. Ses compatriotes Moravia, Calvino et Umberto Eco, en France Louis Althusser, Régis Debray et Gilbert Lascault ont accompagné son œuvre. Ses étudiants des Beaux-Arts de Paris l’appréciaient, visitaient ses expositions chez le proche galeriste Claude Bernard. L’acquisition de ce tableau de long format par le musée Cantini s’effectua en 1984 ; une fois de plus, un achat dû aux initiatives de Germain Viatte.

    Une franche séparation, des verticales dures régissent cette toile. En dépit de la richesse des couleurs et de l’irrationalité des situations, on n’échappe pas à l’empire de la géométrie. À gauche l’obscurité est tempérée par le tamis d’un lustre. Des silhouettes de gamins que le peintre a souvent clonées s’agitent. Des maillots de bain sans innocence, des trognes lourdement nourries et pas complètement éveillées trimbalent maladroitement de grands châssis : on pourrait imaginer l’inquiétude et la cruauté d’un rêve, l’atmosphère d’un cambriolage.

    À droite, en contraste avec la resserre où des tableaux sont suspendus, un arrière-fond de plage avec des cabines de douche se précise. Trois autres gamins fourgonnent un second déménagement, transportent chaises et fauteuils. Des coulures délibérément bâclées interviennent au niveau de la poignée d’entrée. La clarté de la mise en scène n’est pas parfaite puisqu’à cause des reflets et des traînes de buée de la porte-fenêtre, tout est perçu au travers d’un délavement et d’un retrait partiel de la lumière du soleil, Cependant, malgré ces conflits, ces griffures et ces corrosions du réalisme, rien n’est vraiment rebutant dans ce tableau. Un mystérieux renversement s’opère. Ce qui prévaut chez Leonardo, ce sont les énigmes, les joies et vivacités d’une peinture qui sait parfaitement ce qu’elle peut devoir aux fresques du Quattrocento, aux splendeurs de Velasquez ainsi qu’aux meilleurs moments de l’inventivité surréaliste, Balthus, Max Ernst et Chirico.

    Les chassis-barrages, Leonardi Cremonini

    format 152 x 200 cm

  • Des étoiles et des méduses, Pascaline Zicavo accueille Bernard Moninot

    Des étoiles et des méduses, Pascaline Zicavo accueille Bernard Moninot

    Ce sont des rythmes, une respiration, des dimensions ironiques ou bien des couleurs festives. C’est sensuel, fluide et imprescriptible. L’élégance et la fraîcheur du blanc des murs finement repeints évitent les écueils, le minimalisme ou bien l’abstraction rigides : une joyeuse cohérence s’impose clairement.

    Pascaline Zicavo est née en 1962 à Nice. Dans le commerce de l’art, elle est tardive. Plutôt nomades, ses parents lui ont donné la chance d’une double culture, elle a vécu à Barcelone jusqu’à l’âge de 17 ans. Franco-espagnole de cœur, elle parle volontiers avec autrui. À cause de leurs qualités graphiques, elle continue d’aimer acheter des livres d’enfant. Très jeune elle a passionnément fréquenté Vence et Saint-Paul de Vence, la galerie Chave et la Fondation Maeght. Elle estime que son défaut majeur serait d’être trop réfléchie, plutôt méticuleuse.

    Pour appréhender le monde, sa plus fidèle clef reste sa formation scientifique : elle a poussé loin ses études de biologie à Luminy, elle s’est durablement et volontiers vouée à son métier d’ingénieure. Jusqu’à ce que surviennent des ruptures dans sa vie. Un ancien atelier d’artiste s’étant libéré, elle a soudainement décidé en 2008 d’ouvrir une galerie. Son lieu craignit longtemps le qualificatif d’« invisible » qu’elle lui avait donné, à la fois par sincérité et par goût de la provocation.

    Foires et Salons, décentrements

    On a souvent pour axiome qu’une « vraie » galerie ressemble à sa galeriste. Pour elle et ses artistes, ce fut une chrysalide, un creuset. Son quartier s’est transformé : quand elle inaugure son espace, le Panier n’a pas la capacité d’attraction qu’il développe pour le meilleur et pour le pire, depuis 2013. Au fil des ans, la donne s’est éclaircie, Pascaline Zivaco a noué de solides complicités avec des collectionneurs privés, avec les Amis du Frac-Sud de Catherine Bollini, le Château de Servières de Martine Robin, la Chapelle des Pénitents Noirs d’Aubagne de Coralie Duponchelle ainsi qu’avec la galerie La Nave Va de Pierric Paulian. Avant qu’il ne quitte Marseille, le directeur du Frac, Pascal Neveux l’a convaincue d’accroître ses potentialités et de louer un stand à Paris pendant le Salon de Paris Drawing Room de mars 2024, avec une exposition solo d’Olivier Gruber, l’artiste-phare de sa galerie.

    Prendre le risque de montrer des artistes hors Marseille est une question de survie, le marché local est terriblement étroit. Le franc succès du premier essai l’a conduit à renouveler l’expérience dans d’autres cités européennes, Bruxelles en octobre 2024, ensuite Lisbonne et Santander en juillet 2025. Pour l’édition 2026 de Drawing Room, Invisible Galerie espère être sélectionnée : son projet regroupe des travaux d’Olivier Gruber, Joseph Dadoune et Guillermo Peñalver.

    L’exposition qu’elle présente actuellement autour de Bernard Moninot, artiste proche de Bernard Noël et de Jean-Christophe Bailly, exposé à la Fondation Maeght en 2022, s’est décidée en écho avec les manifestations programmées par le Cipm de la Vieille Charité autour de Liliane Giraudon, sa commissaire Cécile-Marie Castanet l’a aidée pour le choix des œuvres. « Ombre sonore » réunit une trentaine de petits formats à l’intérieur desquels on retiendra deux étonnantes merveilles. D’abord les très fines structures d’un objet multidirectionnel qui assemble des cordes de piano et d’énigmatiques formes étoilées de cinq millimètres de diamètre, des fossiles de pentacrine dont l’improbable survivance date de deux cent millions d’années ; pendant son enfance dans le Jura, leur assembleur aimait les collecter lorsqu’il les découvrait parmi les vignes après des heures de pluie,

    Ensuite, réalisée en avril 2025, une série de quatorze formats titrée Méduses. Quand bien même on aperçoit conformément à l’iconographie de la Renaissance des visages mortels et des têtes coupées en surimpression sur un fond noir, rien n’est exactement tragique dans l’apparition des fils lumineux de ces très singulières et très fascinantes bestioles : Bernard Moninot aime dire qu’une écoute, une perception aigüe des formes de l’univers sont beaucoup plus riches et inventives que notre imagination.

    Exposition Bernard Moninot, 2 rue du Petit Puits jusqu’au 29 novembre, ouvert du jeudi au samedi de 14 à 18h,
    tél : 06.18.17.27.82

  • Entre rap et camions de pizza, la Plaine à la sauce Escobar

    Entre rap et camions de pizza, la Plaine à la sauce Escobar

    Pascal Escobar n’écrit pas sur Marseille comme on rédige un post Insta. Il la traverse, la fouille, la raconte avec ses failles et ses fulgurances. Avec La Plaine, deuxième volet d’une trilogie entamée en 2023 avec Belle de Mai, l’auteur marseillais poursuit son exploration sociale et politique de la ville, à travers les yeux de Stanislas Carrera, un détective privé et ancien éducateur dans la protection de l’enfance. Son alter ego romanesque.

    « Condensé d’humanité »

    « Le moteur littéraire principal, c’est l’envie de parler de Marseille », confie « Pachuco ». Né à Saint-Henri (16e) où il a dans sa jeunesse usé ses crampons sur le front de l’attaque des équipes jeunes, ce « pure rocker de la Plaine » a vécu pendant des années rue de l’Olivier, au cœur d’un quartier qu’il a appris à connaître sur le bout des doigts. Et ce n’est pas pour rien si les mots de Pascal Escobar sont empreint d’une rugueuse tendresse : « La Plaine, c’est ce que Marseille a à offrir de mieux, la mixité, la vie nocturne, les clubs, les bars, les salles de concerts. C’est un endroit ou toutes les populations se croisent encore, et sans trop de friction. C’est un condensé d’humanité qui provoque chez moi une envie d’écrire. »

    Dans La Plaine, l’intrigue principale suit Esmeraldo Platinium, rappeur du coin propulsé au sommet du hip-hop français, menacé de mort à la veille d’un concert au Vélodrome affichant complet. Mandaté pour enquêter, Stanislas Carrera plonge au cœur du milieu du rap marseillais, entre banditisme, tensions sociales et motivations humaines obscures. En parallèle, une série d’attaques à la grenade lacrymogène vise des camions de pizza aux quatre coins de la ville, et derrière eux l’entente, le syndicat qui les fédère.

    Sur fond d’« autodérision », Pascal Escobar assume volontiers « le loufoque et le pagnolesque ». « Je suis obsédé par les pizzas et les camions de pizzas qui sont une belle spécialité marseillaise », glisse-t-il en riant. L’humour ici est un contrepoint. Son roman est traversé par une écriture sensible, parfois lyrique, porté par des personnages fantasques comme Fruits et Légumes, l’associé et cousin de Carrera, souvent source de répliques absurdes et décalées. Si l’auteur « assume complètement l’étiquette polar marseillais », il rejette toute filiation avec des auteurs de la trempe de Jean-Claude Izzo. « Je respecte sa carrière, le personnage, son envergure, il est incontournable mais je suis d’une autre écriture, d’une autre génération, j’ai d’autres influences », précise Pascal Escobar. Lui se revendique plus volontiers de la lignée de l’auteur barcelonais Manuel Vázquez Montalbán, le père du détective Pepe Carvalho…Le troisième tome de cette trilogie, Pointe Rouge, en cours d’écriture, abordera « les quartiers du pouvoir économique et politique ».

    La Plaine, de Pascal Escobar, édition Le Mot et le Reste (2025), 264 pages, 22 euros.

  • [Le coin du polar] « Vous qui entrez ici, laissez toute espérance… »

    [Le coin du polar] « Vous qui entrez ici, laissez toute espérance… »

    L’ex-inspecteur Sadorski, traqué par les autorités et les communistes, mais protégé par un de ses anciens commissaires et la sécurité relative et fragile d’un nom d’emprunt, vit dans la hantise d’être reconnu par d’anciens déportés échappés de l’enfer des camps qui ont été ses victimes. Désargenté, un coup de chance l’introduit dans l’entourage d’un juif polonais exilé aux États-Unis en 1937, revenu en France chargé par des organisations juives de la mission de récupérer, à tout prix, les chefs-d’œuvre spoliés de prestigieuses collections de peinture. L’occasion pour Sadorski, devenu « détective d’art », de se blanchir et de découvrir un milieu qui lui était totalement étranger, rencontrant ainsi Picasso et Paul Éluard, mais surtout de renouer avec ses méthodes effroyables, sa violence et son sadisme. Parallèlement, ses retrouvailles avec un ancien collègue aussi ignoble que lui le font participer à un coup audacieux et lucratif, où ils doublent un gang d’ex-collabos, qui rançonnent et assassinent certains de leurs semblables. Parmi eux, un certain Joseph Damiani, qui deviendra plus tard l’écrivain et réalisateur José Giovanni.

    Une exceptionnelle maîtrise

    Si, une fois encore, le récit est haletant, truffé de péripéties et de retournements de situations, en même temps que dépourvu des anachronismes, y compris de langue, de tant de romans historiques, si Slocombe déploie une érudition historique époustouflante, qui ne phagocyte cependant jamais l’intrigue, si sa documentation, immense, est parfaitement digérée, s’il jette une lumière crue sur les trafics honteux orchestrés par l’Allemagne nazie, avec la collaboration de l’État pétainiste et la complicité des marchands d’art « aryens », le mérite le plus éclatant de l’auteur c’est d’avoir conçu une fresque d’une complexité historique et narrative d’une telle ampleur. Pas d’ateliers de scénaristes ici, mais un écrivain d’une puissance de travail sidérante, capable d’élaborer un projet digne d’un Zola et, chaque année, d’ajouter une pierre à son édifice.

    « Les Revenants de l’inspecteur Sadorski » Romain Slocombe Robert Laffont 521 pages 21 euros 90