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  • [Entretien] « Pour l’heure, le trafic est stable sur Marseille »

    [Entretien] « Pour l’heure, le trafic est stable sur Marseille »

    La Marseillaise : Quel est l’état des lieux du trafic aérien ?

    Julien Boullay : Pour l’instant, il n’y a rien d’alarmant. Le trafic est stable par rapport à l’année dernière, malgré des billets d’avion plus chers. C’est lié au fait que le carburant est le premier poste de dépense des compagnies aériennes et que le prix du kérosène a plus que doublé. Pour les compagnies, l’impact est donc phénoménal. Évidemment, plus le vol est long, plus l’impact de la hausse du kérosène est important. Sur un vol d’une heure, ce n’est pas colossal, mais pour un vol long-courrier, ça va être plus important. On voit aussi que les compagnies qui ont suspendu les destinations vers le Moyen-Orient ont reporté les vols sur des destinations plus proches. Certaines, qui ont annulé la Jordanie, l’Arabie-Saoudite ou Israël, ont en revanche ajouté des vols vers la Tunisie ou le Maroc. Par exemple, habituellement, on a un bon trafic pour Tel-Aviv et Beyrouth, mais là, il n’y a plus de vols tout simplement. À l’inverse, pour Le Caire, la demande est toujours là. Sur le plan géographique, ce n’est pourtant pas si éloigné des zones de conflit, mais les gens ne s’en détournent pas. Certaines compagnies ont revu leurs programmes de vols à la baisse, mais ça reste contenu. Il y a des annulations, mais ça reste à la marge. C’est peut-être entre 1% et 2% de vols en moins.

    Et du côté des passagers ?

    J.B. : Quand on regarde du côté de la demande, le sentiment, c’est qu’elle reste solide. Le budget voyage des passagers est sanctuarisé. Les clients, confrontés à des problématiques de pouvoir d’achat, vont faire des arbitrages, mais pas forcément défavorables aux vacances. Certains décideront de rester en France, d’autres de prendre l’avion pour partir moins loin. Donc, la demande est encore là, mais il peut y avoir des changements de destinations. Forcément, le Moyen-Orient souffre un peu, avec un report sur l’Europe ou l’Afrique du Nord. Des gens qui souhaitaient aller à Dubaï, Tel-Aviv ou au Liban vont peut-être se reporter sur le Maroc, l’Italie… On commence aussi à constater une réduction de la durée des vacances, peut-être pour ajuster le budget. On le voit notamment car les passagers restent moins longtemps sur nos parkings.

    Cette situation peut-elle entraîner des annulations de vols ?

    J.B. : Personne n’a intérêt à annuler un vol en dernière minute, surtout pas les compagnies aériennes. Leur intérêt, c’est justement d’anticiper les annulations de vols. S’il y en a, c’est surtout pour des problèmes opérationnels. Elles ajusteront plutôt le nombre de vols en amont. Les compagnies aériennes subissent de plein fouet la situation. Les premières victimes de l’explosion des prix du carburant, ce sont elles. Normalement, on arrive à la période de l’année où elles font leur beurre. La demande est logiquement plus forte l’été que l’hiver, les billets s’y vendent plus cher globalement. C’est cela qui leur permet d’opérer des vols en hiver, qui sont plus compliqués à opérer car il y a moins de demande. Si elles ne gagnent pas leur vie comme elles l’avaient souhaité cet été, il risque d’y avoir un effet boomerang cet hiver. Concernant le manque de kérosène, il n’y a pas de soucis pour les prochaines semaines, mais je n’ai pas de visibilité particulière au-delà.

    Il y a des inquiétudes sur l’avenir économique des compagnies…

    J.B. : Il y a une compagnie américaine qui a coulé la semaine dernière. Spirit Airlines, une compagnie low-cost qui avait tout de même 230 avions. Ce n’est pas rien : il y a peu de compagnies en Europe qui en ont autant. En temps normal, les compagnies aériennes ne dégagent pas des marges énormes. Au niveau mondial, elles gagnent moins de 10 euros par passagers en moyenne. Ça fait des marges toutes petites. Quand il y a une crise de cette ampleur, les comptes passent vite au rouge-vif. S’il n’y a pas un gouvernement pour aider, des actionnaires pour soutenir, ça devient vite compliqué. On entend aussi que les compagnies indiennes ont demandé un soutien urgent à leur gouvernement. Il y a donc un risque à long terme si cette situation perdure : on pourrait avoir une baisse du trafic qui résulte d’une baisse de l’offre, et non pas de la demande. Si ça reste comme ça d’ici la fin de l’année, des compagnies feront faillite.

  • « Le Mensonge », une lutte interne en jeu à Martigues

    « Le Mensonge », une lutte interne en jeu à Martigues

    L’une des grandes forces de cet album est de raconter avec grâce et les affres d’un combat intérieur que nous avons tous livré un jour », estime Catherine Dreyfus, chorégraphe qui adapte librement Le Mensonge, album écrit par Catherine Grive et illustré par Frédérique Bertrand. Réunissant deux danseurs ainsi qu’une circassienne, « l’histoire d’un quiproquo familial » qui met en mouvement « le vécu du mensonge de façon ludique et sensible », résume pour sa part la scène nationale des Salins, où elle se joue mercredi 13 mai. Le mensonge ou un dilemme intemporel qui a habité au moins une fois chacun d’entre nous.

    Boule rouge

    « J’ai cherché par le mouvement à rentrer à l’intérieur des différents états traversés par une petite fille pour faire de cette histoire une expérience sensible », ajoute la chorégraphe au sujet de son héroïne, dont les bobards vont « prendre vie sous la forme d’une petite boule rouge et têtue ». Et qui « ne cesse d’enfler » au rythme de l’engrenage dans lequel elle s’est enferrée vis-à-vis de sa famille. Après son boniment lâché à la table du dîner, cette boule rouge ne va plus la quitter et « envahir son espace, allant jusqu’à l’empêcher de ne plus respirer ». Comme une « obsession tournoyante pleine de champignons vénéneux, de rêves, d’hallucinations et de cauchemars ».

    P.A.

    Mercredi 13 mai à 18h. Entre 8 et 12 euros. www.les-salins.net

  • Plein champ sur la culture des tomates sous serres

    Plein champ sur la culture des tomates sous serres

    Cela fait bien dix ans que Jean-Pierre Perez n’a pas mis les pieds dans la terre au boulot. Installé à la sortie de Saint-Rémy-de-Provence, cet agriculteur produit pourtant, sur 2,5 hectares, 800 tonnes de tomates par an, récoltées de mars à octobre. La raison ? Deux immenses serres de production hors-sol « high-tech », comme le reconnaît le producteur, 3e du nom au sein de cette société familiale créée par son grand-père dans les années 60. Treize variétés y poussent, sous l’œil de 40 salariés en période de récolte. « La tomate est le légume le plus consommé en France, 14 kg par an et par personne. Or, on importe une tomate sur deux contre encore une tomate sur trois avant-Covid, on a perdu 25% de souveraineté alimentaire », campe Jean-Pierre Perez, par ailleurs secrétaire adjoint de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône.

    « Si on ne se modernise pas, on meurt »

    Son rendement permettrait de nourrir l’équivalent de six fois la population de Saint-Rémy ou les deux tiers des Avignonnais. S’il vend à quelques grossistes locaux, sa production est en immense majorité destinée aux grandes surfaces, « là où sont les débouchés puisque 72% des fruits et légumes en France y sont achetés », note Jean-Pierre Perez. Il fait partie de la coopérative AOPn tomates et concombres (association d’organisations de producteurs nationale), réunissant quelque 400 agriculteurs en France que l’on retrouve sous la marque Les Paysans de Rougeline. Ce qui n’empêche pourtant pas le gaspillage. « L’an dernier, 300 palettes de tomates cerises de notre coopérative ont été jetées par la grande distribution », déplore-t-il. La faute à un prix de vente trop élevé, « le système de grande distribution appliquant toujours du x2 entre prix d’achat et de vente ».

    Mais, si la filière cherche à communiquer aujourd’hui, c’est pour mettre en avant son nouveau label Serres d’avenir, vanté comme durable et respectueux de l’environnement. « On a été souvent dénigré, avec des reportages à charge d’Elise Lucet [Cash investigation], mais ça commence à aller mieux, je suis ambassadeur aussi auprès de la Région pour montrer aux jeunes notre travail », expose Jean-Pierre Perez. « Le Français veut son iPhone, sa voiture électrique, mais souhaite toujours un agriculteur avec son chapeau de paille et ses bottes en plastique. Or, si on ne se modernise pas, on meurt au sens figuré comme au sens propre. »

    Très standardisées, boostées à la technologie et supposées moins riches nutritivement, les tomates hors sol sont effectivement loin de l’image d’Épinal d’un légume façonné dans la terre, chouchouté par le paysan. « Venez goûter à l’aveugle, vous verrez ou pas les différences, ce qui compte, c’est la qualité de la graine, si elle est mauvaise et qu’elle pousse en terre, la tomate ne sera pas bonne », se défend Jean-Pierre Perez, qui ne « cherche pas la surproduction, mais la qualité ». « En plein champ, mon grand-père mettait 98 traitements par an, qui polluaient la santé et les sols, aujourd’hui, ça fait 8 ans que je n’ai pas mis de pesticides », se targue-t-il.

    4,5 millions d’euros d’investissements

    L’agriculteur agit en bio contrôle « avec des bébêtes gentilles qui mangent des bébêtes méchantes », schématise-t-il. « Avec les serres, on est à l’abri des intempéries et des ravageurs extérieurs, mais on est obligé de recréer un environnement naturel avec, par exemple, des ruches d’un bourdon pollinisateur », expose l’exploitant, adhérent du syndicat FDSEA.

    Les puristes pourraient y voir la négation même du métier. « Tout est géré par ordinateur et relié sur mon téléphone avec des interventions pilotables à distance, mais rien ne remplace l’œil averti que m’a transmis mon grand-père pour savoir si la plante a soif ou pas », justifie Jean-Pierre Perez. Surtout, ce système a une forte vertu environnementale. « On consomme quatre fois moins d’eau qu’en terre avec aucune perte, du recyclage et des réponses adaptées en permanence », fait-il valoir.

    Si son père avait été précurseur dans les années 80 avec des premières serres en plastique puis en verre, le virage pris avec ses serres ultramodernes était un passage obligé pour sa survie. « Il y a 10 ans, avec mon épouse on perdait de l’argent, on s’est posé la question d’arrêter ou alors d’évoluer grandement et de s’adapter », se souvient-il. Un investissement colossal de 4,5 millions d’euros a donc été choisi pour pérenniser l’exploitation. « On vivote, parfois, on perd de l’argent, d’autres années on en gagne beaucoup, mais je crois à notre métier, à condition d’avancer », conclut Jean-Pierre Perez.

  • À Marseille, des écoliers explorent les vestiges de la Seconde Guerre mondiale

    À Marseille, des écoliers explorent les vestiges de la Seconde Guerre mondiale

    L’objectif des visites est d’ancrer les enfants dans la réalité de leur quartier, afin qu’ils comprennent comment s’est inscrite cette période dans l’architecture de la ville », note Margaux Rovere, enseignante passionnée d’histoire à l’école Hozier (Rep+), dans le quartier de la Joliette (2e).

    De la Vieille Charité jusqu’à l’Hôtel de ville, l’itinéraire s’est organisé autour des six bâtiments épargnés lors du dynamitage, par les nazis, de 1 500 bâtiments, en février 1943. Les enfants, âgés de 10 ans, ont pu constater le contraste entre bâtiments d’époque et constructions d’après-guerre. « On parle beaucoup de la Libération de Paris, mais rarement de la Libération de Marseille. Pareil pour la rafle du Vel d’Hiv, alors que la rafle du quartier Saint-Jean est rarement évoquée », déplore l’enseignante, petite-fille de résistant. Pourtant, la rafle du quartier Saint-Jean est l’épisode de la Seconde Guerre mondiale qui a le plus marqué les élèves de CM2. Du 22 et le 24 janvier 1943, environ 6 000 personnes sont arrêtées. 1 642 sont déportées, dont près de 800 juifs, après un passage par des camps d’internement comme celui de Fréjus.

    Une pédagogie active

    Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet proposé par l’association Le Grand Bain, dont l’objectif est de rapprocher des écoles de quartiers défavorisés avec celles de quartiers plus aisés pour favoriser la mixité sociale, les échanges et les rencontres entre enfants de milieux différents autour de thématiques communes. L’école « hors les murs » permet de capter l’attention des enfants, mais aussi de les rendre acteurs du territoire.

  • Le moustique tigre sous haute surveillance dans notre région

    Le moustique tigre sous haute surveillance dans notre région

    Devenu invité permanent de nos jardins ou de nos balcons, le moustique tigre reste surtout un vecteur important de maladies, transmettant aux humains les virus de la dengue, du zika et du chikungunya, rappelle l’Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), qui a officiellement ouvert la saison de surveillance de la bestiole le 1er mai.

    Avec plus de 97% de la population de la région qui vit au contact de cet insecte, un nombre inédit de cas autochtones a été enregistré en 2025 en Paca. Entre début juin et début novembre, 450 cas de chikungunya et 16 cas de dengue ont été recensés, « répartis en 35 épisodes distincts de transmission, essentiellement dans les Alpes-Maritimes, le Var et les Bouches-du-Rhône », précise l’ARS.

    Un suivi précis des cas

    Ce qui fait de Paca la région la plus touchée, avec près de 60% des cas identifiés en France. Un niveau important comme « jamais elle n’en avait connu », commente l’ARS, même si la tendance est à l’augmentation, depuis 2022.

    Raison pour laquelle la mobilisation des professionnels de santé, des collectivités et de la population demeure essentielle, « pour prévenir la transmission et limiter la prolifération de l’insecte ». D’autant que, suite à la hausse des températures et à l’allongement des journées, les larves sont actuellement en plein développement après avoir passé l’hiver sous la forme d’œufs. Et vont rapidement devenir des moustiques tigres adultes, capables de piquer.

    Pour lutter contre ce fléau, l’ARS recommande d’éliminer les petites réserves d’eau une fois par semaine, notamment les coupelles de plantes, de bâcher ou recouvrir d’une moustiquaire les réserves d’eau, de ranger à l’abri de la pluie tout ce qui peut en contenir, et de nettoyer les gouttières ainsi que de ramasser les déchets verts.

    Grillages et moustiquaires, vêtements couvrants et amples, répulsifs et ventilateurs à fond peuvent aussi permettre de profiter de son extérieur. En cas de symptômes, tels que la fièvre brutale, des douleurs articulaires ou musculaires, des maux de tête et une éruption cutanée, l’ARS recommande de consulter sans attendre son médecin traitant. Chaque cas de dengue, chikungunya ou zika confirmé devant être déclaré pour identifier les lieux de contamination éventuels.

  • Fernando Costa, le magicien du métal

    Fernando Costa, le magicien du métal

    Ancré dans son Périgord natal, où il est installé son atelier, Fernando Costa est un artiste autodidacte qui expose aujourd’hui dans le monde entier. Depuis bientôt 30 ans, il crée des œuvres à partir de supports en tôle émaillée (panneaux de signalisation, carrosseries de voitures, récupérations de pièces métalliques diverses) qu’il découpe, taille, réassemble et soude sur de grandes plaques de métal qui deviennent alors de véritables tableaux.

    Jusqu’au 20 septembre, le musée d’art urbain et contemporain de Montpellier Parcelle 473* invite à découvrir son univers en accueillant l’exposition « Le Champ du métal », Pour ce projet, l’artiste s’est servi d’éléments de vieux tracteurs agricoles. « Pliés, assemblés, mis sous tension, ces éléments mécaniques marqués par l’usage et le temps deviennent les composants d’œuvres puissantes où la force industrielle rencontre la mémoire rurale », commente Laurent Rigail, galeriste parisien fondateur et directeur du musée Parcelle 473. Certaines pièces prennent la forme de sculptures monumentales, d’autres s’apparentent à de véritables tableaux de métal.

    « Cette exposition résonne particulièrement avec l’histoire du musée, ancien site viticole », souligne Laurent Rigail. « Ces fragments de vieux tracteurs rappellent un passé agricole et ouvrier, fait de gestes répétés, d’efforts, de contraintes et de transformation de la matière. Fernando Costa ne cherche pas à effacer cette histoire  : il la plie, la contraint, la met sous tension pour en révéler une nouvelle forme. Son travail, nourri par l’héritage de la sculpture industrielle et notamment celui de César, interroge notre rapport à la force, à l’usage et à la mémoire des objets. »

    A.G.

    * 425 avenue des Frères Bühler

  • « Un espace de résistance face à la grande offensive réactionnaire »

    « Un espace de résistance face à la grande offensive réactionnaire »

    La Marseillaise : Les premiers actes du nouveau maire RN de Vauvert ont été de déprogrammer une exposition de photos à cause des opinions politiques prétendues de son auteur et de retirer ses subventions au festival Jazz à Vauvert, entraînant son annulation. Qu’en pensez-vous ?

    Michaël Delafosse : C’est extrêmement choquant et ça montre le visage de l’extrême droite. Jazz à Vauvert est un très beau festival porté par des bénévoles qui s’efforcent de faire découvrir cette musique mondialement connue. Et comme ça, sine die, on coupe la subvention, on envoie un signal hostile. L’annulation d’une exposition au motif des opinions politiques de son auteur est également inadmissible. Voltaire disait : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » À la Comédie du livre à Montpellier, on accueille des gens de toutes sensibilités. Le service public de la culture ne consiste pas à programmer ce qu’on aime ou ce avec quoi on est d’accord.

    En sanctuarisant les budgets dédiés à la culture malgré les finances fragilisées des collectivités, Montpellier fait un choix politique fort ?

    M.D. : Oui, c’est un choix politique au sens le plus noble du terme, qui fait consensus à la Ville comme à la Métropole. C’est rassurant, car les temps sont durs. Les coupes de l’État sont violentes pour les collectivités. Malgré ce, nous avons décidé de préserver le budget de la culture pour faire vivre ce service public. Le service public de la culture, ce sont 15 médiathèques réparties dans les communes de la métropole, des grands festivals [Comédie du livre, Printemps des Comédiens, Montpellier Danse puis Radio France, Ndlr.], une politique culturelle ambitieuse, tournée sur l’éducation artistique. Quand vous payez une place au théâtre ou à Montpellier Danse, elle est subventionnée, sinon plein de gens ne pourraient pas y aller. Quant à une médiathèque, ça coûte quasiment 1 million d’euros pour fonctionner. Mais nous sommes fiers d’en avoir un nombre très important pour garantir l’accès aux livres et l’éducation à la lecture.

    Ce qui nous paraît normal à Montpellier : un accès facilité à la culture, des budgets maintenus, ne l’est pas forcément ailleurs ?

    M.D. : Non ! Prenez la Comédie du livre, qui débute le 15 mai : il y a plein de festivals littéraires qui s’écroulent en France parce que les coûts sont renchéris avec l’inflation. Mais c’est un choix de tenir. Montpellier s’inscrit dans un espace de résistance face à la grande offensive réactionnaire sur la culture. Quand je fais le partenariat avec le festival de Radio France, c’est le service public de la radio qui est mis à l’honneur à Montpellier pour la musique. Quand, à la Comédie du livre, 38% des éditeurs invités sont des éditeurs indépendants, c’est une façon de résister à Bolloré et sa mainmise sur l’édition. C’est nos actes qui nous font résister. Et plus les gens nous soutiendrons dans cette démarche, plus nous donnerons de la force à ces modèles, car on voit bien que l’internationale réactionnaire mène une offensive méthodique, organisée. À nous de porter un modèle de résistance. Les collectivités territoriales ne peuvent pas tout faire, mais elles ont un rôle important à jouer. Il faut défendre le service public de la culture, car on est dans un moment politique grave sur ce sujet. Cela pourrait ouvrir la voie à quelque chose qui n’incarne plus l’idée de liberté, d’émancipation que porte la culture. Car c’est la liberté des artistes qui nous émeut, qui nous touche, c’est leur créativité. C’est le rôle du service public de la culture de permettre de montrer cette diversité de la création. La culture offre des controverses esthétiques et intellectuelles, c’est l’expression du génie humain. C’est essentiel ! Et derrière, il y a la toute la question du vivre ensemble : est-ce qu’on veut une société populiste, de la vulgarité ou est-ce qu’on croit au beau ?

    « Le service public de la culture
    ne consiste pas
    à programmer
    ce qu’on aime
    ou ce avec quoi
    on est d’accord.  »

  • Top 14 : Battu par Toulouse, le RC Toulon a montré ses limites

    Top 14 : Battu par Toulouse, le RC Toulon a montré ses limites

    Le top 6, c’est terminé. » Au sortir de la défaite (27-51) face au Stade Toulousain, samedi, le fatalisme de Pierre Mignoni rimait avec pragmatisme. Relégué à 9 unités des places qualificatives pour la phase finale à trois journées de la fin de la saison, le RCT a dit adieu à ses dernières illusions.

    Du pragmatisme teinté de colère. Car, si la supériorité des champions de France – qui ont battu les Varois pour la cinquième fois de rang – ne souffre d’aucune contestation, le manager toulonnais pointait l’inconstance de ses joueurs : « En première période, on n’a pas eu la possession. On a perdu trop de ballons. Malgré ça, on a créé des turnovers. Mais il fallait le faire durant 80 minutes. Le bon exemple est l’essai de Gaël Dréan. On l’a fait pas mal de fois, il fallait s’accrocher, mais on a lâché. Sur les doubles efforts, sur la défense à l’intérieur du jeu. »

    Un état de fait symptomatique de l’écart avec l’adversaire du jour, dans lequel les individualités ont leur part de responsabilité : « On n’a pas lâché le match, mais sur le très haut niveau, on n’est pas où on doit être. Il faut se jeter dans la bataille, physiquement et mentalement. Il y a des joueurs qui s’accrochent, et d’autres qui lâchent. C’est la vérité. » « Je ne suis pas d’accord », rétorquait Esteban Abadie. « On ne peut pas gagner avec 20 ou 30% de possession contre Toulouse. Quand tu défends 70% du temps, tu laisses du gaz. C’est une équipe un cran au-dessus de nous. Depuis mon arrivée, on les a battus une fois ici et accroché une fois à Mayol, sinon on en prend 50 à chaque fois. »

    Le top 8, nouvel objectif

    L’essai d’Antoine Dupont juste avant la mi-temps, permettant à Toulouse de repasser devant, dont semble ne s’être jamais remis le RCT, questionne aussi sur ses ressources mentales : « Il a fait mal », regrettait Pierre Mignoni. « J’ai l’impression de me répéter, et on ne progresse pas. On a pris une pénalité juste avant, ils ont repris la possession. On l’a déjà fait au Leinster, et là rebelote. » « On ne s’est pas dit que c’était mort. On y croyait », affirme pourtant son troisième ligne.

    Dans ce contexte, face à une équipe supérieure, une autre interrogation revient : jouer ce match dans un Vélodrome qui penchait assez clairement côté Toulouse n’est-il pas encore plus pénalisant ? « Ça fait depuis 2009 qu’on joue ici. Si à chaque fois qu’on perd, on remet tout en question… », balayait l’entraîneur rouge et noir, passablement énervé par cette question. « Économiquement, c’est intéressant. Sportivement, depuis trois ans, ça l’est moins. Mais, si on joue comme ça à Mayol, on ne gagne pas ! »

    Si cette 11e défaite en Top 14 sonne le glas des ambitions toulonnaises, la saison, elle, n’est pas terminée. « On a un top 8 à aller chercher, il faut trois victoires pour jouer la Champions Cup l’année prochaine », avançait Esteban Abadie. Et cette fois au moins, l’analyse était partagée par son entraîneur.

    Baubigny centurion

    Arrivé sur la Rade en 2022,le talonneur international français (3 sélections) Teddy Baubigny (27 ans) a fêté, samedi, sa 100e apparition en rouge et noir.

    Un Vélodrome plein

    Ce match au Stade Vélodrome constitue la meilleure affluence de son histoire en championnat, avec 66 831 spectateurs présents en tribunes. Ce qui promet pour des demi-finales qui auront lieu dans cette même enceinte au mois de juin.

    Halagahu blessé

    Opéré à un orteil en octobre dernier, le deuxième ligne varois Mathias Halagahu boitait à l’issue du match.

  • Un voyage solidaire et agricole en Palestine

    Un voyage solidaire et agricole en Palestine

    Nicolas* et Juliette* ont raconté, jeudi soir, leur voyage en Cisjordanie, pendant lequel ils ont aidé des Palestiniens à produire sur leurs fermes. Ils ont évoqué leurs histoires et projeté leurs portraits, avec l’objectif de documenter l’avancée de la colonisation israélienne. Vivant tous deux dans une communauté agricole autogérée, ils ont pu échanger leurs savoirs avec les Palestiniens.

    Parmi eux, Bayan, une Palestinienne, professeure à l’université, qui « ne sait jamais combien de temps elle va mettre pour aller à l’université avec tous les checkpoints », et « qui a peur d’être tuée à chaque checkpoint », rapporte Juliette. « Dès qu’elle a une voiture israélienne derrière elle, elle est en panique. » Dans leurs fermes, les Palestiniens « ne peuvent pas utiliser de grosses machines, sinon, le bruit attirerait les colons, a-t-elle expliqué. Ils cultivent pour être autonomes de l’occupation et pouvoir manger leur propre production. »

    Nicolas a également relaté son voyage dans le village encerclé de colonies israéliennes, Al Mughayyir, où il s’est rendu avec ISM (International solidarity movement) pour faire de la « présence solidaire ». Il y a par exemple effectué des rondes pour éviter les attaques de colons pendant la nuit. « C’est l’un des endroits où la colonisation est la plus avancée en Cisjordanie », explique-t-il. « La colonisation prend plein de formes différentes, comme faire pâturer des moutons dans des vergers d’oliviers appartenant à des Palestiniens pour ruiner la récolte », relate-t-il. Il a également décrit les « jeunes des collines », ces enfants israéliens « qui ont des problèmes à l’école et qu’on envoie coloniser la Palestine ».

    *Les prénoms ont été changés

  • Repenser son mode de vie avec la permaculture

    Repenser son mode de vie avec la permaculture

    Sylvain Eymard et Marjolaine Bert sont tous deux coordinateurs du projet intitulé A(l)titude, programme de formation à la permaculture et aux « low-tech » soutenu par l’Union européenne. La semaine passée, ils ont proposé une visite du domicile de Sylvain pour donner un aperçu de ce à quoi ressemble un mode de vie inspiré par la permaculture et fondé sur l’usage des « low-tech ».

    Parmi ses différentes réalisations, Sylvain a notamment conçu un « rocket-stove » : un poêle qui, avec une faible combustion de bois, stocke et diffuse la chaleur progressivement, permettant de chauffer la maison durant toute une journée à partir d’une seule flambée. Cette invention s’inscrit dans un habitat pensé selon les principes de la permaculture. « En France, la permaculture est parfois connue comme une forme de jardinage un peu cool et écologique, mais c’est beaucoup plus large, explique Sylvain. L’idée c’est de repenser sa vie de manière à ce qu’elle soit sobre, soutenable, en réfléchissant aux choix que l’on fait pour avoir le moins d’impact possible. »

    Des usages pensés

    pour le contexte local

    En parallèle du volet permaculture, ce programme A(l)ltitude propose des ateliers low-tech, organisés par Marjolaine Bert, fondatrice de l’association EKO!. Les « low-tech » désignent des technologies à faible impact environnemental, qui privilégient le réemploi, la réparation et le recyclage des matériaux plutôt que leur consommation et leur mise au rebut. Souvent perçues comme difficiles d’accès, elles peuvent en réalité prendre la forme d’objets simples à fabriquer soi-même. Pour en attester, Marjolaine déballe un sac-banane fabriqué à partir d’une bouée percée, une batterie externe créée avec une batterie d’ordinateur, une mousse isolante conçue à partir de gilets de sauvetage ou encore un découpe-bouteille permettant de produire du fil plastique à partir de bouteilles vides. Autant de technologies peu coûteuses, réalisées lors d’ateliers menés notamment avec des personnes réfugiées.

    « Il n’y a pas une formule universelle, il s’agit de s’adapter au contexte, précise Marjolaine. Par exemple, quels sont les besoins du Briançonnais ? Il y a de gros besoins en chauffage. Maintenant, quelles sont les ressources locales ? Il y a de forts apports solaires. Alors pour faire se rencontrer les deux, on peut utiliser des chauffe-air solaires, cela permet de réduire l’usage du chauffage classique tout en profitant de l’énergie du soleil. »

    Il ne faut cependant pas considérer les « low-tech » et la permaculture comme un changement drastique de mode de vie, récusant toute technologie moderne. « Ces méthodes ne vont pas remplacer tout un autre système, mais venir en complémentarité, précise Marjolaine Bert. Un poêle à bois, on peut cuisiner dessus, mais en été, lorsqu’on ne chauffe pas, on peut avoir un four solaire. » Elle rappelle aussi que ces méthodes ne s’appliquent pas qu’aux personnes disposant d’une maison avec jardin : « Il y a plein de dispositifs de permaculture que l’on peut réaliser en vivant dans un studio en centre-ville, comme un four solaire sur son balcon, un compostage urbain… »

    Pour se former à ces deux approches complémentaires, les deux associations proposent un cycle de formation à Briançon, du 20 juin au 4 juillet, en présence de plusieurs intervenants formateurs en permaculture.