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  • Une déflagration politique pour la Métropole

    Une déflagration politique pour la Métropole

    Les résultats ne sont pas encore proclamés dans l’hémicycle métropolitain, que le maire (DVG) de Marseille Benoît Payan lance à la cantonade : « ça s’appelle à la honte et le déshonneur ! » Ce jeudi après-midi, il n’a fallu qu’une seule voix pour que la minorité de blocage fasse échouer les coupes prévues dans la dotation de solidarité communautaire. La délibération à l’ordre du jour pour modifier le budget arrêté par le préfet nécessitait en effet une majorité des deux tiers pour retirer 53 millions d’euros – dont 36 millions pour la seule ville de Marseille – dans ces fonds versés aux communes depuis l’accord de 2022. Les services de l’État avaient eux préconisé de les retirer dans les attributions de compensations versées aux municipalités sur la base de l’ancienne taxe professionnelle, dont bénéficient surtout les communes industrielles. Mais au moment où les résultats du scrutin à bulletins secrets tombent, le verdict est sans appel : face aux 79 voix contre et 2 abstentions, les 156 suffrages qui se prononcent en faveur de la délibération n’ont pu être obtenus qu’avec le soutien de l’extrême droite. Sans que cela ne suffise.

    « Pas en danger »

    Cette même extrême droite assurait que jamais elle ne soutiendrait les délibérations budgétaires quand la Métropole s’apprête à augmenter la cotisation foncière des entreprises pour 2027. « Nous avons pris nos responsabilités pour les Provençaux et les Marseillais », justifiait le député RN Franck Allisio, satisfait de voir « un exécutif prêt à travailler avec nous ». Le président de son groupe Jean-Baptiste Rivoallan (UDR) nie tout lien avec les sénatoriales. « Nous sommes bien au-delà de tout ça », balaie-t-il.

    En plein hémicycle, alors que se prolongeait le débat sur la révision du pacte fiscal et financier métropolitain, Nicolas Isnard partageait son envie de tourner la page de l’année écoulée pour traiter le budget de l’année à venir. « Écoutons toutes les propositions, celles du RN, celles de Sophie Joissains, de Jean-Pascal Gournès, de Georges Cristiani », énumérait-il. « En ce qui me concerne, les convictions sont moins malléables que l’adoption ou non d’un budget », lance Benoît Payan en réponse.

    Mais avec l’échec du vote sur la dotation de solidarité, c’est tout le château de cartes de la modification du budget qui menace de s’effondrer. Sans les 53 millions de coupes prévues, « nous sommes en train de présenter un budget insincère », alerte Benoît Payan. « Si nous ne votons pas aujourd’hui, nous ne rajoutons pas les crédits dont nous avons besoin », répond le vice-président (LR) aux finances, David Ytier. Reconnaissant « un doute juridique ». Bravache, Nicolas Isnard veut prendre le risque, et l’hémicycle, sans le vote de la gauche métropolitaine, accepte de modifier un budget qu’il sait insincère.

    Pour les maires, la calculatrice tourne dans les esprits, qui comptent combien ils peuvent perdre dans les attributions de compensations qui leur sont versées. « J’avais proposé d’actionner le levier fiscal dès le mois d’avril », déplore le maire (PCF) de Martigues Gaby Charroux, pointant le pari « pas gagnant » d’avoir confié le budget à la chambre régionale des comptes et refusant de répéter l’opération. « Notre Métropole ne peut se construire ni contre les communes, ni sans elles, et particulièrement contre Marseille. Mais l’addition des intérêts communaux ne fait pas à elle seule l’intérêt métropolitain », avertit-il face aux enjeux du territoire.

    « Je suis en train de regarder mon budget communal, j’ai un trou de 2,4 millions dans ma section de fonctionnement, cette logique m’empêche de réfléchir à chaud », réagit les nerfs à vif le maire (PS) de Vitrolles Loïc Gachon, au milieu du débat juridique qui se lance sur les conséquences des votes successifs. De quoi exprimer l’émotion de nombreux maires. « L’avenir de la Métropole n’est pas en danger », se rassure Nicolas Isnard à l’issue des échanges en se vantant d’avoir le soutien « massif » de près de deux tiers de l’hémicycle. Qui n’a pas suffi ce jeudi. « Il n’y avait rien à négocier », assure-t-il face au soutien de l’extrême droite dont il refusait les voix pour son élection. Seul compte le fait de n’avoir pas augmenté cette année les impôts, peu importe la fracture dans son exécutif. « Ce n’est pas ma préoccupation », lâche-t-il. « J’ai toujours considéré que les communes n’avaient pas à faire les frais des turpitudes métropolitaines », défendait pour sa part Benoît Payan à la sortie de l’hémicycle.

  • L’affaire des violences d’ultra droite à Montpellier dépolitisée

    L’affaire des violences d’ultra droite à Montpellier dépolitisée

    Six à 8 mois de prison avec sursis, interdiction de porter ou détenir une arme pendant 5 ans ainsi qu’un stage de citoyenneté à exécuter dans les prochains mois à leurs frais.

    Voilà pour les condamnations* pour « violences commises en réunion » prononcées ce jeudi 10 septembre par le tribunal judiciaire de Montpellier, à l’encontre de 6 jeunes dont seuls 4 ont jugé utile de venir à l’audience. Des peines qui correspondent aux réquisitions du Parquet ainsi qu’aux requêtes des deux parties civiles qui ont obtenu des dédommagements de frais de justice (1 000 euros), des dommages et intérêts (1 500 euros) et/ou une provision (2 000 euros) pour l’une des deux victimes (Sébastien P.), lui-même condamné à 500 euros d’amende dont 150 avec sursis pour avoir porté un coup de pied à un individu mystère, qui n’avait visiblement pas intérêt à se faire connaître de la Justice.

    Du profil et des motivations qui ont poussé, sur une terrasse des Beaux-Arts, la bande à rouer de coups de poings et de pieds au visage ou au dos, Pierre P. puis Sébastien P. venu lui porter secours d’un café voisin, au point de causer 3 jours d’ITT au premier et 15 au second, on n’en saura pas beaucoup plus. Si ce n’est que les 4 jeunes (Raphaël P., Zakarya O., Enzo A. et Yann B.) âgés de 21-22 ans vivent chez leurs parents, en activité, au RSA ou en quête d’un emploi.

    Personne à l’audience n’a jugé pertinent de creuser leur profil politique, leur mouvance idéologique qui semble proche de l’extrême droite. Étonnant quand l’affaire a fait grand bruit et que des vidéos amateurs, en plus des images de vidéosurveillance de la Ville, attestent au préalable leur participation autour de la place de la Comédie, à une virée chaotique au sein d’un groupuscule identitaire d’ultra droite provocateur, sécurisé puis exfiltré par la police, en marge d’une manifestation intersyndicale.

    « On veut pas de facho, ici ! »

    Or, s’avère à l’audience que c’est la remarque inopportune de Pierre P., attablé au bar Le Manchester – « On ne veut pas de facho ici ! » – qui déclenche la bagarre. En deux temps, les coups pleuvent, les chaises volent. Pierre P. finit le visage ensanglanté, chemise déchirée. Tabassé à terre, Sébastien P. perd connaissance. 12 jours plus tard, il sera opéré d’un œil. Il souffre depuis de séquelles.

    A l’audience, le procureur Audrey Galaud réprimande mais balaie le contexte idéologique. « Tout le monde a le droit de penser ce qu’il veut mais les insultes (« facho ») sont interdites. Après, on ne va pas partir sur un débat politique »…

    La présidente est tout de même intriguée par les tenues claires des 4 à la barre. « Pourtant vous nous aviez dit que vous étiez toujours habillés en noir (ndlr : tenue avec cache-cou utilisée par l’ultra droite)…»

    Me Leblond, l’avocate des deux parties civiles, refuse de parler d’une « rixe entre deux bandes à armes égales » et fait elle aussi le choix de plaider sur les violences physiques reconnues. « Je crois qu’on n’avait pas intérêt à faire de ce procès une caisse de résonance politique. On aurait pu aussi évoquer les injures racistes contre John A. (hors procédure), mais le tribunal n’était pas saisi de cela. On n’exclut pas de déposer une autre plainte… »

    Contre toute attente, c’est la défense qui met les pieds dans le plat. « Je n’ai pas l’impression de défendre un facho », lance Me Chabert dont le client (Hugo M.) est en Australie. Puis il « s’étonne » des signalements de députés (PS, LFI) et du « compte rendu surréaliste des faits » du maire PS suite à la rixe. « M. Delafosse est à moitié aveugle, sous le prisme de l’ultra gauche ». Vu la consonance du nom de son client (Zakarya O.), Me Pons estime « qu’il n’a pas la bonne casquette pour être traité de facho ». Enfin, Me Paul, conseil de Enzo A. (le seul avec un casier judiciaire), s’interroge. « Ces notions de méchants/gentils, fachos/ultra gauche. Est-ce que ça valait 4 heures d’audience ? »

    La substitut du procureur dépeint des violences dont les conséquences auraient pu être dramatiques. « Aucun de ces hommes n’a su se maîtriser. Tout le monde a essayé d’échapper à sa responsabilité, puis avec les images de minimiser ». A tour de rôle, les prévenus feront des excuses. Eux seuls en connaissent le degré de sincérité.

    * Dix jours pour faire appel.

    « Pas intérêt à une caisse de résonance politique »

  • Un livre blanc pour un projet citoyen des transports publics métropolitains

    Un livre blanc pour un projet citoyen des transports publics métropolitains

    Partir de l’Estaque pour aller se balader à la Pointe Rouge en tram ? Un RER direct reliant Aix-en-Provence et Toulon en passant par le nord de Marseille ? Heddy Aouad, un Marseillais de 37 ans travaillant dans les relations publiques a lancé un projet qui vise à révolutionner le réseau des transports actuel mis en place par la métropole. Marseille Mobilité 2040 représente un livre blanc de 113 pages, accessible en ligne, qui explore en long et en large une vision futuriste et, selon son créateur « réaliste », de ce à quoi pourrait ressembler le paysage urbain autour et au cœur de la cité phocéenne.

    « Le but c’est de lancer une réflexion collective et de mettre les élus face à leurs responsabilités pour qu’ils comprennent que Marseille n’est pas condamnée », explique l’auteur de ce livre blanc. « On ne peut pas laisser la 2e ville de France gérée par des gens incompétents qui font n’importe quoi de l’argent public. »

    Une vision qui a pour but de restructurer les transports métropolitains tout en dénonçant un certain laxisme. Et de promouvoir un fort développement du réseau du métro et du tramway. Avec, par exemple, le prolongement de la ligne M1 en passant par La Valentine, Les Olives et La Croix-Rouge. Concernant la M2, elle serait également prolongée jusqu’à Saint-Antoine. Pour les tramways, le plan vise l’extension des lignes T1 et T3. De plus 3 lignes seraient ajoutées dont la « T6 », reliant la gare de l’Estaque à la Pointe Rouge. Pour le réseau ferroviaire, trois lignes de RER feraient leur apparition. Elles ne nécessiteraient aucune construction d’infrastructure. Une fiction qui pourrait peut-être donner des idées à la métropole.

  • À Cournonterral, le lycée Badinter inauguré en dépit des embûches

    À Cournonterral, le lycée Badinter inauguré en dépit des embûches

    Mille quatre cents élèves et cent trente agents. Jeudi 10 septembre, quelques jours après la rentrée des classes, le lycée de Cournonterral a été inauguré en présence de la philosophe et essayiste Elisabeth Badinter, dont l’établissement porte le nom ainsi que celui de son défunt époux. Il s’agit bien sûr du célèbre garde des Sceaux, Robert Badinter, dont l’engagement humaniste avait conduit à l’abolition de la peine de mort en 1981, puis à la dépénalisation de l’homosexualité en 1982.

    Dans l’ouest de Montpellier soumis à la pression démographique, ce nouveau lycée est un soulagement pour les familles de nombreuses communes dont les enfants étaient contraints aux longs trajets en cars jusqu’à Montpellier. Pourtant, rien ne fut facile. Faire sortir de terre le 11e lycée (le second dans l’Hérault après celui de Gignac en 2020) depuis 2016 que Carole Delga est à la tête de la Région Occitanie, a eu des airs de parcours du combattant sur le plan juridique et administratif. « Ça a été un lourd combat avec 2 ans de retard et 6 millions d’euros de surcoût en raison de normes environnementales (coût total : 52 millions d’euros) », regrette Carole Delga qui a fini par hausser le ton auprès du préfet de Région. « Je lui ai rappelé l’essentiel : que le diplôme est le meilleur moyen de lutter contre l’isolement et le chômage. »

    « Un lourd combat »

    À l’instar de tous les nouveaux lycées, celui de Cournonterral est à énergie positive, c’est-à-dire qu’il produira plus d’énergie qu’il n’en consomme grâce à un système de géothermie et de panneaux photovoltaïques. Sur une surface de 17 200 m² sur un site de 6 hectares dont 60% d’espaces verts (un millier d’arbres ont été plantés), le lycée est doté d’un plateau sportif de 4 000 m², d’un internat (50 places) et d’une maison des lycéens. L’établissement propose des formations générales, technologiques et professionnelles vers les métiers du numérique et de l’informatique. Des métiers d’avenir à l’heure de l’intelligence artificielle.

  • Grève le 15 septembre : la CGT énergie se joint à la santé

    Grève le 15 septembre : la CGT énergie se joint à la santé

    La situation dans la santé, à l’hôpital ou en Ehpad, ne fait plus la une de l’actualité. Pourtant, la situation reste critique dans ces structures. Encore plus après l’été que les agents ont enduré, devant faire face à un afflux de patients à cause des canicules à répétition. « Il y a une journée où on a dépassé les 230 passages aux urgences, ce qui n’était jamais arrivé », confirme Romain Sabran, le secrétaire général de la CGT du centre hospitalier Alès-Cévennes.

    Mardi 15 septembre, il accompagnera une délégation d’Alès et des alentours à Montpellier pour manifester devant la préfecture. « On a toujours un absentéisme élevé, notamment dans les maisons de retraite. On est à 15-16% d’absentéisme, ce qui est bien au-dessus de la moyenne nationale. Quelques structures ont fonctionné tout l’été en sous-effectifs. Des lits ont été fermés durant l’été, notamment des lits d’ambulatoire et d’hospitalisation de jour. Des lits en pédopsychiatrie ont aussi été fermés temporairement », décrit Romain Sabran.

    Face à cette situation loin d’être isolée, la CGT appelle à se rassembler devant la préfecture entre 12h et 14h. Une délégation doit d’ailleurs être reçue par la préfète. Les agents souhaitent ainsi continuer d’alerter sur leur situation mais aussi peser dans le débat à venir sur le financement du budget de la sécurité sociale. « On a besoin d’un renfort de personnel. On demande aussi des hausses de salaires car avec le tassement des grilles, des agents se retrouvent aujourd’hui en dessous du Smic et reçoivent donc une indemnité compensatrice. Il y a aussi la question de la formation du personnel car on emploie de plus en plus de gens non qualifiés, notamment dans les Ehpad. On demande aussi l’abrogation de la fameuse taxe sur les salaires, qui est en grande partie responsable des difficultés financières des hôpitaux », liste Romain Sabran.

    Les énergéticiens

    en colère

    Les acteurs de la santé ne seront pas les seuls en grève mardi 15 septembre. Quatre organisations syndicales de l’énergie, dont la CGT, appellent également à la mobilisation. C’est un rapport de la Cour des comptes préconisant de revenir sur le tarif agent qui a mis le feu aux poudres. « Le tarif agent permet de payer 10% de l’électricité », explique la secrétaire générale de la CGT Énergie du Gard, Élodie Constantin. « Mais en contrepartie, on a des salaires qui sont inférieurs au salaire du commun des mortels. C’est un droit hérité de la création du statut de 1946. »

    Les agents sont donc appelés à se rassembler devant les préfectures. 300 d’entre eux sont ainsi attendus devant la préfecture du Gard à Nîmes. « Il y a de la colère parce qu’il n’y a pas que le tarif agent. Ils remettent aussi en question les heures supplémentaires et les astreintes alors qu’on ne peut pas s’en passer car on n’a pas assez d’agents. Si on veut supprimer les heures supplémentaires, il faut doubler les effectifs. Il y a aussi un problème de formation. On demande aussi le retour à un prix garanti car l’énergie est un bien commun », détaille Élodie Constantin.

    Une situation d’autant plus compliquée que les agents de l’énergie ont également été particulièrement sollicités face aux canicules et aux incendies. « Déjà en décembre, il y avait eu une tempête puis en janvier des inondations. Avec les canicules, nos ouvrages souffrent et il faut des agents sur le terrain. En ville, des agents vont travailler en soute et quand il fait 40 degrés dehors, il fait 60 dans la soute », conclut Élodie Constantin.

  • Stopper le fléau du protoxyde d’azote

    Stopper le fléau du protoxyde d’azote

    Utilisé pour des usages légaux, notamment dans l’industrie et la médecine, le protoxyde d’azote est massivement détourné pour un usage dit « récréatif » mais qui n’a plus rien d’hilarant. Il suffit d’une petite cartouche de protoxyde, ou désormais d’une bonbonne jetable, d’un banal ballon gonflable pour se droguer à moindres frais. Sauf que depuis une dizaine d’années, le « proto » est devenu une des substances les plus populaires chez les jeunes, entraînant accidents et handicaps à vie.

    Peu nombreux sont les usagers de cette drogue à mesurer qu’ils sont les victimes d’un trafic très lucratif à échelle européenne et mondiale. Exemple : en 2023 à Nîmes un vaste réseau de vente illicite de bonbonnes de protoxyde d’azote a été démantelé. Les chiffres sont énormes : entre « 200 000 et 500 000 bonbonnes » auraient été achetées puis revendues par le principal suspect « via plusieurs sociétés. Un trafic estimé entre 2,7 et 6,7 millions d’euros » relatait à l’époque France 3 Occitanie. Deux ans plus tard, en avril 2025, le tribunal correctionnel de Nîmes avait lourdement condamné les trois prévenus : « 3 750 euros d’amende pour la vente des crackers (dispositif d’extraction) ; 1 an avec sursis et 60 000 euros ; 4 ans de prison, 250 000 euros et confiscation de 3 immeubles pour l’organisateur » avait résumé sur les réseaux sociaux la procureure de Nîmes, Cécile Gensac.

    La Ville de Montpellier fait usage de fermeté, sans trembler, depuis septembre 2024 en interdisant la vente au détail et en procédant à des fermetures administratives d’épiceries de nuit. Selon la police municipale deux cents de ces établissements vendaient des bonbonnes. L’arrêté municipal signé par le maire socialiste Michaël Delafosse (PS), justifie ces mesures par la dangerosité du produit. « La consommation de cette substance entraîne des risques graves pour la santé : troubles moteurs, altération de la perception, convulsions, troubles neurologiques », précise l’arrêté municipal. Elles « ont été sources d’accidents parfois mortels et de refus d’obtempérer ».

    Dès 2021 la loi sanctionne la détention et le transport par un particulier de protoxyde d’azote au-delà d’une certaine quantité. La législation s’est encore musclée en 2026 : la loi fourre-tout, Ripost, promulguée le 18 août prévoit qu’à partir du « 1er février 2027, la vente de protoxyde d’azote aux particuliers sera purement et simplement interdite. En outre, un délit d’inhalation détournée de protoxyde d’azote hors cadre médical est créé ». L’amende sera de 500 euros. La répression donc.

    Mais pour Yann Bisiou, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’université Paul Valéry de Montpellier, spécialiste des politiques publiques sur la drogue, la réponse apportée par la loi Ripost « ne sera pas efficace ».

    Mais face à l’ampleur du trafic, c’est la loi du bâton qui domine. Début septembre, le préfet de police de Paris a révélé que 26 tonnes de bonbonnes de protoxyde d’azote ont été saisies dans l’agglomération parisienne au cours des 8 premiers mois de l’année, soit déjà dix fois plus que sur l’ensemble de l’année 2025. le protoxyde d’azote « est un problème sanitaire et un problème d’ordre public », résume Patrice Faure. Mais il mise sur la loi Ripost pour « apporter des réponses beaucoup plus fermes et visibles ».

    Les professionnels de santé souhaiteraient de véritables campagnes préventives à l’échelle nationale comme l’explique à La Marseillaise la professeure Hélène Donnadieu-Rigole, responsable du service addictologie du CHU de Montpellier. Pour l’heure, les villes sont en première ligne et mènent leur propre campagne de prévention tout en devant gérer la terrible pollution générée par ces bonbonnes.

    EN CHIFFRES

    12%

    des jeunes âgés de 16 à 30 ans ont déjà expérimenté le protoxyde d’azote comme gaz hilarant contre 6% il y a quatre ans, selon le baromètre Ipsos commandé par la Macif en juin 2026. L’Occitanie est l’une des régions les plus touchées.

    27%

    des consommateurs de protoxyde d’azote déclarent avoir des pensées suicidaires selon la même étude Ipsos.

    25%

    des consommateurs réguliers déclarent avoir eu un accident de la route après avoir inhalé du protoxyde d’azote. En tête des consommations chez les jeunes : l’alcool, suivi du tabac puis du cannabis.

  • [Entretien] Serge Ragazzacci : « L’Espagne est très en avance sur nous »

    [Entretien] Serge Ragazzacci : « L’Espagne est très en avance sur nous »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que vous retenez de votre visite en Espagne ?

    Serge Ragazzacci : On a visité un chantier et un entrepôt, nous avons discuté avec la ministre du Travail espagnole, nos homologues d’autres syndicats espagnols… Et le constat est clair : Ils sont en avance, voire très en avance, sur la réglementation et la prise en compte de la santé des travailleurs dans le cadre d’événements climatiques anormaux. Leur gouvernement est ouvertement engagé sur le sujet, il sait prendre ses responsabilités pour obtenir de vrais résultats. Plus globalement, les commissions ouvrières espagnoles travaillent depuis près de 15 ans sur ce type d’événements. Par exemple, il y a un système d’alerte pour les phénomènes météorologiques avec des plans d’actions dans les entreprises. Ces plans sont négociés dans les entreprises et dans les conventions collectives. L’inspection du travail joue un rôle de prévention… Cet été, quand la CGT a demandé des mesures sur les fortes chaleurs, le patronat, certains politiques et une certaine presse, l’ont pris à la rigolade. Mais dès lors qu’il y a eu des morts, ça a commencé à être pris au sérieux. En France, on dénombre 7 000 morts sur cette période, alors qu’on en recense 5 000 en Espagne et qu’ils ont des zones où il fait beaucoup plus chaud que nous.

    Concrètement, quelles différences entre l’Espagne et la France sur cette prise en compte ?

    S.R. : Par exemple, sur la prévention, ils distinguent travail extérieur et intérieur, travail physique ou léger, selon les conventions collectives et les saisons. À l’entrepôt que nous avons visité, ils avaient un niveau de prévention qui allait jusqu’aux salariés qui avaient des problèmes de santé et susceptibles de souffrir de la chaleur. Autre exemple parlant : À partir de 27 degrés dans les bureaux, ils ne travaillent plus. Si un endroit dans l’entreprise dépasse ces degrés, ils ont des appareils pour refroidir la zone et les salariés travaillent dans un autre endroit, mieux tempéré. Pour le travail en extérieur, il y a plus de pauses, un système de récupération, mise en place de points d’eau… Cela va même jusqu’à la prise en compte du degré d’humidité. En clair, ils ont un cadre national fort et un travail de prévention et d’organisation qui est fait dans les conventions collectives et les entreprises. Dernier exemple très concret : partout où nous sommes allés, les mesures se discutaient en comité d’hygiène et sécurité… Qui a été supprimé en France !

  • Les Sages censurent la « pseudonymisation » des enquêteurs : de quoi parle-t-on ?

    Les Sages censurent la « pseudonymisation » des enquêteurs : de quoi parle-t-on ?

    Par Le SAF Marseille

    Chaque semaine, retrouvez « Robes noires », une chronique dédiée au monde de la justice, proposée par des avocats du SAF, issus des barreaux d’Aix-en-Provence, de Marseille et de Montpellier.

    Pseudonymisation. Derrière ce mot, une chose simple : le policier qui interpelle, fouille et place en garde à vue ne signe plus le procès-verbal de son nom, mais d’un numéro. Ce n’est pas nouveau. Depuis 2017, la loi le prévoyait déjà, à trois conditions : un danger réel pour la vie de l’agent ou celle de ses proches, une autorisation nominative et motivée de sa hiérarchie transmise au procureur, et des affaires d’une certaine gravité. L’anonymat était l’exception et devait se justifier. La loi promulguée le 18 août dernier faisait sauter les trois verrous : tout agent, toute procédure, aucune autorisation. Le Conseil constitutionnel l’a censurée, et la justification mérite d’être suivie pas à pas. Aujourd’hui, quand l’avocat de la défense demande au juge le nom réel d’un agent, celui-ci doit peser deux choses : le danger que la révélation ferait courir à l’agent et la nécessité de ce nom pour la défense. Il peut trancher dans un sens comme dans l’autre. Le texte censuré supprimait cette pesée : dès lors que le magistrat retenait une menace, au vu des observations de l’agent, le nom ne pouvait plus être communiqué, y compris lorsqu’il était indispensable à la défense. La menace l’emportait par principe. Rien n’interdisait donc de condamner sur des preuves dont la personne poursuivie n’avait pas pu discuter les conditions de recueil. Le jour de la publication de la décision du Conseil, le ministre de l’Intérieur annonçait déjà une réécriture, contrarié par la neutralisation de l’une des mesures organisant clairement l’irresponsabilité policière.

    Irresponsabilité organisée

    Pour rappel, la même loi supprime l’enregistrement de la vidéosurveillance des cellules de garde à vue. Le commissariat filmera toujours, en direct, mais ne conservera rien. Les avocats ne verront plus les vidéos. Le Défenseur des droits non plus. Cette disposition, elle, a été validée. Dans un local fermé, sans témoin, ces images étaient souvent le seul moyen d’établir la réalité des faits. Pourtant, elles protégeaient en théorie autant la personne potentiellement violentée que l’agent injustement inquiété. Comme quoi, l’argument « si vous n’avez rien à vous reprocher, pourquoi refuser d’être filmé ? » est à géométrie très variable. Chacun a en tête, enfin, le texte voté cet été par les députés, désormais devant le Sénat, qui présumerait les tirs policiers par arme à feu réguliers. La Défenseure des droits avait prévenu : le cadre actuel est déjà dérogatoire et protecteur pour la police. Il semble qu’il en faille toujours plus, assurer la disparition de toutes les preuves et rendre l’office du juge impossible.

    Identifier, filmer, prouver. Trois verrous retirés l’un après l’autre. Pris isolément, chacun se plaide. Leurs absences cumulées dessinent une irresponsabilité organisée.

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  • La présidente de la Libre pensée menacée de mort par courrier

    La présidente de la Libre pensée menacée de mort par courrier

    « VIEILLE SALOPE ON VA TE CREVER ». Voici le message, accompagné de multiples croix, reçu par courrier fin août par la présidente de la fédération vauclusienne de la Libre pensée. Une menace de mort qui a aussitôt fait l’objet d’un dépôt de plainte annonce, dans un communiqué ce jeudi, l’association.

    Un courrier qui ne tombe pas du ciel et fait suite à la polémique née lors du 15 août. La Libre pensée, mais aussi la Ligue des droits de l’homme, avaient saisi le préfet pour atteinte à la laïcité suite à la publication sur les réseaux sociaux de messages prosélytes des maires RN d’Orange et Bédarrides à l’occasion de l’Assomption. Depuis, le parti d’extrême droite à coups de communiqué ou réactions des maires de Bédarrides ou Monteux – ce dernier intimant la Libre pensée à « rentrer chez vous et fuir la Provence » – a jeté l’anathème sur ces associations (notre édition du 2 septembre).

    Les associations visées s’étaient déjà défendues avec des mises au point historiques étayées. Mais là, « un nouveau cap est franchi, il est plus que temps que les autorités de l’État prennent la mesure du climat de violence qui se développe dans notre département à l’encontre des défenseurs de la loi de 1905 », dénonce la Libre pensée, espérant que l’auteur du courrier « soit poursuivi sous peine que passent à l’acte ceux qui menacent de mort les défenseurs de la liberté de conscience ».

    Mais la Libre pensée en veut surtout au « silence assourdissant du Préfet, représentant de l’État et du gouvernement, chargé de veiller à l’application des lois qui ne saurait être à géométrie variable ». La préfecture avait répondu à La Marseillaise ne pas vouloir s’exprimer sur le sujet. « Pourquoi aucune réaction aux propos séparatistes et identitaires… ? », questionne l’association.

  • En Vaucluse, la CGT veut un cadre légal pour adapter le travail dans l’industrie

    En Vaucluse, la CGT veut un cadre légal pour adapter le travail dans l’industrie

    Eurenco, Sepr ou encore Etex-Siniat, la zone du Pontet, Sorgues et Carpentras concentre de nombreuses industries lourdes, déjà sources de chaleurs lors de la fabrication de poudre d’armement, de verres et produits réfractaires ou de plaques de plâtre. Alors, quand la température extérieure grimpe fort, la situation au sein de l’usine peut rapidement devenir suffocante. « Il peut faire jusqu’à 50 degrés dans les ateliers », fait remonter Michel Solbès, membre du bureau de l’union locale CGT Sorgues-Carpentras, retraité mais qui a longtemps travaillé à Eurenco à l’époque où l’entreprise de Sorgues s’appelait SNPE (Société nationale de poudre et explosifs).

    Des permanences santé

    au travail organisées

    Au sein de l’Union locale, tout au long de l’été et encore en cette rentrée, le syndicat a reçu de nombreuses remontées alarmantes face à la canicule. « Nous avons assisté dans nos entreprises à l’épuisement de beaucoup de salariés, à l’augmentation des risques d’accident, aux manques de mesures de prévention », dresse Sylvain Espenon, un des secrétaires de l’UD CGT Vaucluse et salarié chez Etex-Siniat. La CGT dénonce au mieux « des mesurettes » prises, au cas par cas, au bon vouloir des employeurs. « À la Sepr, on a obtenu des temps de pause à l’abri dans une salle climatisée pendant dix minutes, mais ce n’est pas pour autant que les objectifs de production ont été revus à la baisse », illustre Frédéric Petit.

    Pour l’UL CGT Sorgues-Carpentras, « la canicule devient un enjeu syndical important, mais on doit en parler sans attendre qu’il fasse chaud ». Dans ces industries souvent en 3×8 heures où la production ne s’arrête jamais, « on peut imaginer des rotations de salariés plus nombreuses pour éviter de travailler 8 heures d’affilée », projette Frédéric Petit, racontant cet été être intervenu pour que la société d’élagage intervenant sur le site cesse de faire travailler ses salariés « en plein soleil à 14h ». « Il faut revoir les rythmes de travail, l’isolation des bâtiments », ajoute Sylvain Espenon.

    Mais surtout, la CGT souhaite un cadre légal dans le Code du travail. « Il existe aujourd’hui une circulaire très floue qui ne contraint pas l’employeur, ce sujet d’une loi doit être mis dans la place publique et les programmes politiques des élections à venir », plaide Sylvain Espenon. En attendant, l’Union locale organise, à son siège de Sorgues, des permanences santé au travail une fois par mois le samedi matin.