Médée/s est « né du désir de la comédienne Rachida Brakni et du mien de questionner la place de l’infanticide dans notre société, et à travers lui, les mères qui le commettent », écrit dans sa note d’intention Louise Vignaud, autrice et metteuse en scène de cette pièce qui prend ses quartiers du mardi 3 au samedi 14 novembre aux Bernardines. Cette femme de théâtre marseillaise s’empare pour l’occasion de la tragédie imaginée par Euripide en 431 avant J.C., dramaturge grec ayant su déceler dès cette époque les assignations putrides accolées aux femmes, pour la faire se télescoper avec notre époque.
Dans cette pièce, Rachida Brakni incarne « l’histoire d’une femme au bord du gouffre qui, à un moment de sa vie, se met à se poser des questions qu’elle ne s’était jamais posées. Face à ce miroir, une autre femme lui apparaît : c’est Médée. Un espace de dialogue inconscient se déroule entre sa vie et une vie déjà passée d’une autre femme, entre elle et toutes les femmes. Il n’est pas question ici de tuer ou pas ses enfants, mais de savoir ce qui fait qu’une femme en arrive au bord du gouffre et va vouloir en finir », explique Louise Vignaud, tout en soulignant l’étymologie du mot suicide, qui signifie « se supprimer soi-même, mais aussi supprimer ses enfants ».
Dans la réécriture de cette tragédie par Louise Vignaud, « l’idée est de s’interroger sur ce qu’est une Médée contemporaine », note de son côté Rachida Brakni. Une trajectoire portée par cette dernière, au son d’une composition signée par la violoncelliste Orane Duclos, et appuyée par les dessins et la scénographie d’Irène Vignaud.
« Médée est une figure féminine qui a été écrite maintes et maintes fois, mais toujours sous le regard d’un homme. Comme Médée a tué ses enfants, on en parle toujours comme d’une sorcière pour mieux la maintenir à distance. Or des Médées, il en existe malheureusement et pour de multiples raisons. La principale, c’est que les femmes qui tuent leurs enfants ont été victimes elles-mêmes d’inceste ou de violences conjugales », contextualise la comédienne à propos de cette pièce qui s’appuie également sur Mères à perpétuité, documentaire de Sofia Fischer dans lequel des femmes qui ont commis ce type de crime témoignent du tabou ultime. « Ce sont des madame tout le monde. On peut tous être confronté à ce vertige, à ce vacillement. Qu’est-ce qui fait qu’on bascule ou pas ? C’est tout l’enjeu de cette pièce qui permet de s’interroger à hauteur humaine sur ce qu’on pourrait qualifier d’innommable. Mais en fait, il n’y a rien d’innommable », éclaire Rachida Brakni.
Places encore disponibles pour jeudi 12 et samedi 14 novembre. Entre 10 et 30 euros. www.lestheatres.net

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