L’expérience consiste à deviner une couleur tirée au hasard : bleue ou rouge ? Mais avant de décider, des indices sont donnés avec à chaque fois un niveau de fiabilité. Exemple : la couleur est rouge avec 75% de fiabilité, bleue avec 35% de fiabilité et bleue avec 50% de fiabilité. Dans ce cas, la réponse est très probablement rouge. « C’est très simple et permet d’éliminer les facteurs confondants pour étudier comment nous utilisons l’information sur la fiabilité pour prendre des décisions », souligne Thibault Gajdos Preuss, chercheur au Centre de recherche en psychologie et neurosciences de l’Université Aix-Marseille et coauteur d’une étude parue dans PLOS Computational Biology avec ses collègues Lucie Charles et Keiji Ota, de l’Université Queen Mary de Londres (Royaume-Uni).
L’idée est d’étudier l’efficacité des notations ou des labels qui évaluent la fiabilité des sources d’information : nous en servons-nous ? Comment ? Et sommes-nous conscients de comment nous les utilisons ? « Il existe des études en sociologie ou en psychologie appliquée, mais souvent dans des contextes très riches avec des résultats contradictoires, indique Thibault Gajdos Preuss. Nous nous intéressons plus aux mécanismes cognitifs et à la métacognition ». C’est-à-dire la conscience que nous avons de la manière dont nous prenons des décisions.
Et le résultat est sans appel : « Nous utilisons mal les informations sur la fiabilité », résume le chercheur. En particulier quand elle est inférieure à 50%. Dans ce cas, l’information est fausse : c’est une erreur ou un mensonge. Il faut penser que la vérité est à l’opposé. « Mais nous avons du mal à faire cette gymnastique mentale », explique-t-il.
Gymnastique mentale
Surtout, une information fiable à 50% impacte la décision, alors qu’elle devrait tout simplement être ignorée. En effet, elle a autant de chances d’être juste que fausse. Donc elle n’apporte rien. « Mais nous faisons comme si elle véhiculait quand même de l’information pertinente, s’étonne le chercheur. Ce n’était pas attendu ». Pour l’expliquer, deux hypothèses. La première est un biais de présentation : même si nous savons que l’information n’est pas fiable, nous l’avons vue, et cela a un impact. La deuxième est notre tendance à sur-interpréter une information en prêtant une intention à sa source : « Si elle me donne une information, c’est qu’elle doit savoir quelque chose. Elle ne peut pas me donner une information sans aucune valeur ».
Enfin, le plus surprenant est la conscience qu’ont les participants de la manière dont ils sont influencés. En particulier par les informations non-fiables. « C’est une vraie surprise », admet Thibault Gajdos Preuss. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. « Cela signifie qu’il ne suffit pas d’expliquer qu’une information n’est pas fiable », ajoute-t-il. Nous le savons, mais nous l’utilisons quand même.

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