Tag: psychologie

  • [Entretien] Isabelle Régner : « Les femmes sous-représentées à haut niveau »

    [Entretien] Isabelle Régner : « Les femmes sous-représentées à haut niveau »

    L’Algérie, la Tunisie, le Liban, l’Espagne, l’Italie et la France se sont réunis pendant ces trois dernières années au service d’un même objectif : augmenter le nombre de femmes à hauts postes dans les universités. Au cours de cette conférence de clôture, Isabelle Régner a présenté le protocole ainsi que les résultats obtenus.

    En quoi consiste ce projet ?

    Isabelle Régner : Aujourd’hui, presque tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut former sur les biais implicites de genre. Et ensuite ? Comment faire ? Avec We4lead, nous avons étudié le problème pendant trois ans et proposé, notamment, un protocole basé sur les résultats de la recherche, pour contrer les automatismes stéréotypés dans les jurys de recrutement. La première étape permet de prendre conscience que nous sommes tous et toutes porteurs de biais stéréotypés. Ensuite, il reste à comprendre comment ces biais sont stockés en mémoire à long terme et influent nos jugements. Enfin, il est nécessaire d’apprendre à maîtriser ces idées bien souvent indépendantes de nos convictions.

    Qu’est-ce qui vous a motivé à mettre en place ce projet ?

    I.R. : L’université de Marseille rassemble plus de 52% de femmes. Si on s’arrête là, il n’y a pas de problème. Mais lorsque l’on se concentre sur les postes de rang A, les femmes sont sous-représentées. Dans les secteurs scientifiques, cette faible présence féminine est massive à tous les niveaux, sauf dans quelques pays du Maghreb comme la Tunisie mais qui concentre malgré tout plus d’hommes sur les plus hauts postes. Et ces inégalités, on les retrouve aussi dans les disciplines réputées féminines comme les lettres, les langues, ainsi que les sciences humaines et sociales. Dans tous les corps de métier, lorsque l’on monte en grade, vers des postes à salaires plus élevés, on perd les femmes. Pourtant, les compétences sont là. Donc le problème existe. Encore faut-il le montrer pour légitimer les actions que l’on met en place.

    Quels résultats avez-vous obtenus à ce jour ?

    I.R. : À Marseille, le nombre de femmes recrutées professeurs des universités au sein de la faculté des sciences a augmenté de manière significative. Nous sommes passés de 14 à 50% en cinq ans. Donc tout est possible. À condition de mettre en place des actions adaptées. Connaître les systèmes d’efficacité à travers des recherches scientifiques. Il ne suffit pas d’être militant et engagé pour mettre en place les bonnes actions. Nous avons besoin de recherches scientifiques. Se reposer sur des données factuelles, validées.

  • A Aix, un étudiant piégé par la montée des eaux attaque son bailleur

    A Aix, un étudiant piégé par la montée des eaux attaque son bailleur

    Kilian, 19 ans, veut oublier ce meublé de 15 m² en sous-sol d’une résidence, 28 avenue Robert-Schuman, en face de la faculté de lettres d’Aix-en-Provence. Ses parents dans le Vaucluse le lui avaient trouvé in extremis pour démarrer ses études en licence de psychologie. « C’était le 20 septembre, le jour de ma rentrée. Il pleuvait. En une heure, l’eau est montée du sol. J’ai passé la nuit à éponger », raconte Killian.

    Un mois plus tard, nouvelle pluie, le sous-sol subit une très forte montée des eaux. L’étudiant en situation de handicap pour des difficultés de motricité et de repérage spatiotemporel, panique. « Je pataugeais dans 20 cm d’eaux chargées de terre et de choses immondes. J’étais dépassé, mes parents sont vite venus. »

    Un rapport d’insalubrité mais pas d’arrêté

    Les pompiers interviennent. Sa mère comprend alors pourquoi elle a trouvé la vaisselle moisie lors de l’état des lieux et que le bas de tous les meubles en bois était rongé. Ce local en sous-sol à 517 euros par mois paraît tout simplement impropre à l’habitation. D’autant que le voisinage leur raconte le calvaire vécu par l’ancien locataire qui subissait des inondations répétées. Mais pour l’agence IGC qui n’a pas répondu à notre appel, ce n’est qu’un simple dégât des eaux et le propriétaire âgé à Six-Fours-les-Plages ne serait « pas enclin pour l’instant » à remplacer quoi que ce soit.

    L’inspecteur de salubrité s’est rendu sur les lieux et a dressé constat d’infraction le 23 octobre. Son « rapport d’insalubrité » du 5 novembre 2025 décrit « 20 cm d’eau dans la pièce principale », « constate de la terre dans le bac à douche, de l’humidité à 100% sur les murs, les meubles imbibés d’eau qui commencent à moisir ». « Compte tenu de l’humidité des murs et du mobilier, l’air est devenu irrespirable. Il est nécessaire d’héberger le locataire pendant les travaux », souligne-t-il. Kilian est relogé une semaine dans un hôtel grâce à son assurance. « L’agence n’assumant rien, on a dû payer 1 290 euros pour 3 semaines supplémentaires d’hôtel tout en continuant à payer son loyer. Et après qu’on a résilié le bail pour trouble de jouissance totale, ils refusent de rendre la caution et nous demandent même 200 euros ! », dénonce Christelle Payrau, la maman indignée.

    Le 25 novembre 2025, le Service communal d’hygiène et de santé a mis en demeure le propriétaire de rechercher les causes des infiltrations car « ce phénomène se produit à chaque gros orage », « de sécher les murs, d’enlever les traces de salpêtre du carrelage, de changer le mobilier moisi, de procéder au curage du réseau tous les 6 mois ». L’Agence régionale de santé (ARS) a renoncé à prendre un arrêté d’insalubrité, semblant se satisfaire de l’engagement du propriétaire à mettre aux normes ses deux caves-logements.

    « Nous irons jusqu’au bout »

    Cela choque Me Aurélien Leroux, l’avocat de la famille. « C’est très problématique que l’ARS oublie que le Code de la santé publique oblige à protéger la personne occupante, qui plus est vulnérable, dans une situation d’indignité. Si Kilian n’avait pas ses parents, il se serait retrouvé sans solution de relogement. »

    Les parents de Kilian ont porté plainte contre l’agence pour mise en danger. Leur avocat prépare une assignation. « Nous irons jusqu’au bout pour que cela ne se reproduise pas. Je ne veux pas qu’un autre étudiant se retrouve piégé. On veut que cela protège les autres petits étudiants qui ne doivent pas vivre cela. L’ancien locataire que nous avons retrouvé témoigne qu’il a vécu un cauchemar », ajoute la mère. Kilian habite désormais à la résidence Estudine Mirabeau où le personnel est très attentionné pour lui. « Cela nous coûte beaucoup plus cher, 729 euros par mois, mais il est bien et en sécurité. »

  • [Quoi de neuf] Camille, Liès et Sophie Nigon : « Le soin psy doit être fait par et avec les personnes »

    [Quoi de neuf] Camille, Liès et Sophie Nigon : « Le soin psy doit être fait par et avec les personnes »

    Le système psychiatrique, outre son manque de moyens humains et matériels structurel dans le secteur public, est source de violences pour de nombreuses personnes, notamment les plus vulnérables et marginalisées dans notre société. Quelle place pour les citoyens qui ont besoin de soins et d’accompagnement ? Qu’en est-il de la reconnaissance véritable, c’est-à-dire citoyenne, de leur parole et de leur vécu ? Alors que le gouvernement avait fait de la santé mentale une « grande cause nationale » en 2025, les attentes ne sont pas honorées. Rencontre avec Camille et Liès, bénévoles de l’association Democrapsy à Montpellier, qui œuvrent pour un changement total de paradigme, et la psychanalyse montpelliéraine, Sophie Nigon.

    Françoise Verna : Qu’est-ce qui a motivé votre choix d’être bénévole au sein de l’association Democrapsy à Montpellier ?

    Liès : Parce que libérer la parole des personnes concernées, cela ne suffit pas. Nous, on milite pour que cette parole soit prise en compte. Quand nous parlons de personnes concernées, ce sont les premiers et premières opprimés. Les prendre en compte c’est demander que les pouvoirs publics soutiennent des créations d’espaces pour ces personnes et que ces espaces soient gérés par ces personnes.

    Camille : L’idée serait d’élaborer un soin qui parte de la base, de la parole des personnes les plus violentées et marginalisées, pour avoir un soin collectif qui ne soit pas défini par l’altérité, la marge. Et par cette idée qui consiste à dire : « Vous êtes dehors, on va vous guérir et vous rencontre productif. »

    Olivier Nottale : Qui sont « ces personnes concernées », notamment dans l’association Democrapsy ?

    Liès : On réunit des personnes concernées par la psychiatrisation et/ou la vulnérabilité psychique sans forcément passer par un parcours de psychiatrisation. Nous, nous sommes concernés. Nous sommes une association de soins communautaire. On travaille en commun avec des personnes concernées, par exemple, par un trouble du spectre autistique, la psychiatrisation sous contrainte, y compris avec le fait d’être amenée par la police. On a réuni une communauté depuis un an et demi autour de plusieurs d’événements.

    Camille : L’idée c’est de montrer que la problématique de santé est aussi sociale. Traversée par des enjeux de féminisme, de racialisation, de colonialisme. Il faut prendre en compte toutes les formes d’oppressions, tout le système.

    Françoise Verna : Est-ce que cela vous parle que des jeunes gens, comme Liès et Camille, veuillent être les acteurs de leur bien-être et de ne pas être mis dans des cases ?

    Sophie Nigon : Cela me parle tout à fait. Dans l’approche lacanienne, qui est la mienne, ce qui compte effectivement c’est la question de l’individu, du sujet, de la spécificité. C’est-à-dire ne pas mettre les personnes dans des petites cases. Cocher des cases sur tel symptôme ou tel comportement, etc. Il s’agit de prendre en compte ce qui est la dimension du sujet, ce qui est sa subjectivité. Et ça, cela demande du temps et de l’écoute.

    Olivier Nottale : Or nous sommes dans un système de soins et une société où des personnes en besoin de soins vont buter contre ce système ?

    Camille : Je pense que la psychiatrie est un système fou, un pompier pyromane. Si la psychiatrie m’a sauvé la vie, elle m’a aussi rendue malade, handicapée. Je suis très critique de la psychiatrie comme institution mais au regard de l’urgence actuelle, c’est une des seules ressources que l’on a pour sauver les personnes parce qu’on n’a pas une remise en question totale de nos approches du soin et des problématiques sociales qui engendrent la folie. Les violences psychiatriques forcent les gens à rentrer dans la norme.

    Françoise Verna : Vous êtes psychanalyste et vous intervenez aussi auprès de professionnels. Vous avez donc cette double expérience, côté patient et côté soignant ?

    Sophie Nigon : Je suis psychanalyste en libéral où j’accueille des personnes et j’interviens aussi, toujours en tant que psychanalyste, dans différents services hospitaliers, institutions, associations qui ont tous en commun d’accueillir des personnes en souffrance : des enfants, des personnes handicapées, à la rue, en souffrance psychique, psychiatriques. J’accompagne aussi une équipe qui va dans des prisons. Du côté des professionnels il y a aussi de la souffrance parce qu’ils sont contraints par des injonctions, des règles, un manque de moyens et de temps. Pour un rendez-vous dans un centre médico-psychologique, un CMP, il faut six, huit voire plus d’un an. Et s’agissant d’enfants, pour un premier rendez-vous, c’est un an à dix-huit mois d’attente !

    Camille : J’aurai des recommandations : une réattribution des budgets répressifs pour faire de la prévention et de l’accompagnement aux soins. Et bien sûr des actions conjointes avec les premiers concernés pour élaborer une méthodologie de soins qui soit inclusive pour les soignants et les patients. Et avoir accès à des formations spécifiques sur le racisme, les violences sexuelles, l’inceste etc. Pour que l’on puisse nous accompagner au mieux.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

    * Democrapsy sur instagram @democrapsy_mtp34

    Samedi 21 mars scène ouverte au Quartier Généreux, 18h30.

    Mardi 24 mars à La Base, 19h :

    cercle en non-mixité HP-police.

    * *acfvoiedomitienne.fr

    sophienigon_psy-montpellier.com

  • Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ils ont 23, 25 et 28 ans, sont en poste depuis peu à Marseille. Jade, Antoine et Marc* ont bien voulu confier à La Marseillaise leur ressenti sur un métier qu’ils ont tous choisi. Un de leurs points communs : qu’ils soient sur le terrain, au centre d’information et de commandement (CIC) pour gérer les interventions ou enquêteurs à la brigade des mineurs, ils s’estiment au service d’une population et des victimes, avec lesquelles ils aiment être en contact. « Cela fait un an pile poil que je suis sortie de l’école, j’ai toujours été attirée par l’uniforme, l’ordre », raconte Jade, mais « j’ai aussi ce sentiment d’aider ceux qui en ont besoin, d’être utile et de pouvoir réprimander ceux qui abusent des droits qu’on leur accorde ». La jeune femme fait partie de « police secours », ces policiers de terrain qui interviennent lorsque l’on appelle le 17. Elle a fait des études d’architecture mais il lui manquait le travail d’équipe, le contact avec la population.

    La réorientation, une autre similitude dans le parcours de nos trois recrues. « Mal conseillé », Marc, en poste au CIC depuis juillet, a travaillé dans des supermarchés ou salons de coiffure avant de revenir à son ambition première tout comme Antoine, titulaire d’une licence en génie mécanique, qui a pris son poste en septembre dans un groupe de la brigade des mineurs. « Vus nos salaires, on ne fait pas ça pour l’argent, pas pour la reconnaissance non plus », estime ce dernier, qui a « le sentiment d’être au service d’une cause, d’un truc qui nous dépasse ». Et les heures de travail s’enchaînent.

    60 heures par semaine

    Jusqu’à « 60 par semaine », assure Jade, où elle voit « plus ses collègues que son conjoint ». Quand Antoine, qui savait à quoi s’attendre, se dit tout de même en charge de 45 dossiers à lui tout seul. Pas facile alors de prioriser. « Une charge mentale », considère-t-il. Idem pour Marc qui gère des centaines d’appels par jour et doit faire preuve de psychologie pour avoir un aperçu de la situation et décider d’envoyer ou pas un équipage. « On est face à des gens qui exagèrent une situation pour qu’on vienne, ou au contraire des victimes qui minimisent », témoigne-t-il.

    Tous se prennent aussi de plein fouet une réalité qu’ils n’avaient parfois pas mesurée. « Naïvement je ne m’attendais pas à autant de misère humaine », constate Jade. À l’inverse, elle a été agréablement surprise par ses premières missions effectuées dans le cadre des JO à Marseille. Antoine, en prise directe avec de jeunes victimes ou auteurs d’abus ou de violences sexuelles, estime « répondre à un vrai mal-être », parfois malgré la volonté de personnes qui « aimeraient oublier ». Il dit aussi la frustration de voir la suite donnée par la justice, « pas à l’échelle de ce qu’on a ressenti » et se confronte à de véritables questions sociétales : « quand ce sont des auteurs mineurs, comment on fait, comment aider ? On voit des choses que nous ne pouvions même pas imaginer ». Quand il discute à l’extérieur, « les gens ne nous croient pas », témoigne Marc.

    « L’esprit de corps » pour Jade, la solidarité au sein du groupe pour Antoine, aident à tenir. « On ne se rend pas assez compte que derrière l’uniforme, on est humain, que l’on aimerait peut-être parfois agir autrement », explique Jade même si « je savais que je ne serai pas forcément d’accord avec ce que j’allais devoir faire ». La loi, les ordres, oui mais… Marc insiste sur la notion de discernement. « Je suis plutôt le genre de policier qui donne sa chance à la personne. » Il s’agit pour lui d’assurer « la tranquillité, faire respecter les règles pour que tout le monde puisse vivre ensemble ». Un engagement qui laisse entrevoir un avenir serein. Marc veut retourner sur la voie publique qu’il a expérimentée en tant que policier adjoint, Jade se voit passer des concours et Antoine entend bien devenir officier de police judiciaire au plus vite, « pour mener l’enquête du début à la fin ». Quand certains démissionnent, il reste confiant : « J’arrive peut-être dans le creux de la vague, mais je me dis qu’on ne pourra que remonter. »

    * A la demande des interessés l’anonymat a été requis.

    REPÈRES

    1 705

    agents sont affectés à la circonscription de police nationale (CPN) de Marseille (villes d’Allauch, Marseille et Plan-de-Cuques) sans compter les plus de 1 730 policiers des unités départementales et interdépartementales, localisées à Marseille, de la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) des Bouches-du-Rhône.

    161

    fonctionnaires ont rejoint Marseille en 2024, 86 arrivées en mutation à la CPN et dans les unités départementales et interdépartementales, et 75 policiers sortis d’écoles affectés à la CPN de Marseille. 19 arrivées étaient prévues en mars à la CPN et 4 dans les unités départementales de la DIPN, 22 arrivées ayant été enregistrées en février à la PJ.

    2 161

    euros nets en début de carrière. C’est ce que touche un gardien de la paix selon le ministère de l’Intérieur. Le salaire d’un officier de police s’élève lui à 2 430 euros, 3 224 euros pour un commissaire. Policiers et gendarmes sont âgés en moyenne de 38,5 ans selon la dernière étude Insee en date de 2021. Parmi les moins de 30 ans, 27% sont des femmes.

  • À Martigues, un tiers-lieu géré par et pour les personnes en souffrance psychique

    À Martigues, un tiers-lieu géré par et pour les personnes en souffrance psychique

    « Ici, les gens qui ont des problèmes psy sont accueillis par des gens qui en ont aussi », lance le président du Groupe d’entraide mutuelle de Martigues (GEM), Julien Dupré, à l’occasion des portes ouvertes, jeudi après-midi, de ce tiers-lieu autogéré, situé quai Kléber.

    L’objectif ? « Sortir les personnes handicapées ou malades au niveau psychologique de l’isolement, les ouvrir à l’extérieur, à la vie sociale, amener à l’autonomie en préservant le libre choix d’activité en fonction de ses capacités », résume-t-il.

    Cet adhérent qui franchit le pas de la porte en est un exemple. Fabien Burgio sort un jean neuf de son sac, tout juste venu du magasin, sous les félicitations de ses pairs. « Je vais voir mon beau-père demain, alors je me présente bien, c’est important », détaille-t-il. « Tout à l’heure, il était stressé, mais il y est arrivé », se réjouit le trésorier, Karim Daineche. Fabien Burgio confie avoir « du mal à sortir, à prendre le bus à cause de la foule et du regard des gens ». « Mais ça me fait du bien de venir ici depuis trois semaines, reconnaît-il. ça me permet de voir des gens qui me correspondent, avec qui je peux discuter », avec moins de difficulté.

    Principe de pair-aidance

    La particularité du GEM est de fonctionner selon le principe de la « pair-aidance », comme l’indique Julien Dupré. Un prisme militant assumé par le président, lui-même schizophrène : « Certains pensent qu’il n’y a rien à faire pour les personnes handicapées, que les malades mentaux ne sont que des bouches à médicaments. Nous, on pense que la vie sociale est nécessaire et qu’il faut donner aux gens le pouvoir et les outils pour se réaliser. »

    Des outils comme ceux dont dispose le GEM. Dans une salle dédiée, le trésorier a disposé une borne d’arcade et deux ordinateurs. « Chacun dispose de son dossier, il y a aussi un raccourci au site Coursinfo, pour apprendre à utiliser un ordinateur », détaille Karim Daineche.

    Parmi les activités du GEM, un atelier théâtre, un groupe de parole et des ateliers antigaspi en partenariat avec le Secours populaire de Martigues. Plus encore, « on a déjà fait de la plongée sous-marine, du paddle », rappelle le président, sans oublier le camping à La Couronne, l’an passé. « Au printemps prochain, on vise le Vaucluse », indique le trésorier.

    Mais une difficulté subsiste. Sonia Suez, coordinatrice, regrette ne pas disposer de véhicule. « On finit par tourner en rond, après 7 ans d’existence. On n’accueille pas des enfants, on ne peut pas forcer les gens à faire quelque chose, ni juste prendre des cafés. Nos subventions nous obligent à un résultat », mais ne suffisent plus à passer ce cap. Une demande a été adressée en ce sens à l’ARS, tutelle de l’association.

  • Santé mentale des jeunes : Nîmes tente une nouvelle approche

    Santé mentale des jeunes : Nîmes tente une nouvelle approche

    Tous les chiffres sur leur santé mentale le confirment : la jeunesse française va mal. Selon un sondage de la Mutualité française, un quart des jeunes (15-29 ans) souffre de dépression et 31% ont eu des pensées suicidaires. En 2023, 936 000 jeunes de 12 à 25 ans ont été remboursés pour un psychotrope, soit une augmentation de 5% par rapport à 2022 et 18% par rapport à 2019. Au total, c’est une augmentation de 60% des jeunes sous antidépresseurs et 38% sous antipsychotiques.

    Face à cette situation, le gouvernement qui en avait fait sa « grande cause nationale » a bien tenté de mettre en place des dispositifs comme « Santé psy étudiant » ou « Mon soutien psy » mais le manque de praticiens disponibles et le manque de moyens alloués au service psychiatrie à l’hôpital ne permettent pas d’améliorer la situation. C’est donc dans ce contexte que le Centre hospitalier universitaire de Nîmes a innové en lançant sa villa Orygen.

    Celle-ci tire son nom d’un centre australien fondé à Melbourne qui a repensé l’approche de la santé mentale des jeunes en réunissant dans un même lieu la recherche, la formation et les soins cliniques. L’objectif est d’intervenir le plus tôt possible (à l’origine, d’où son nom) pour déceler les troubles et les soigner avant d’intervenir également sur l’accompagnement des jeunes dans la société. Le CHU de Nîmes s’est donc inspiré de cette initiative pour créer sa propre villa Orygen où deux médecins pilotent l’équipe composée de trois psychologues, quatre infirmiers, un cadre de santé, une assistante sociale et une « job coach ». La prise en charge peut varier entre ateliers thérapeutiques, psychothérapies, suivi avec un job coach et/ou une assistante sociale ou encore l’accès à des appartements thérapeutiques (AEMC, centre le Peyron). Les familles se voient également proposer un accompagnement.

    130 consultations en 14 mois pour l’unité mobile

    Grâce à un financement de la Fondation de France, le CHU s’est doté de deux vans pour lancer PsyTRUCK 3.0 et ainsi aller rencontrer les jeunes sur leur lieu de travail, à l’université ou dans les quartiers. Cette unité mobile propose des consultations sans rendez-vous aux jeunes de 15 à 30 ans permettant ainsi « une évaluation rapide, une orientation adaptée et un accompagnement ciblé des jeunes en souffrance psychique ». Entre février 2024 et avril 2025, 130 consultations ont été réalisées dans le van aménagé. Ce dispositif est piloté par la psychiatre Aurélie Schandrin qui a passé une année en Australie auprès du Professeur Patrick McGorry, fondateur de la villa Orygen.

    Ce travail lancé à Nîmes a même été salué par Emmanuel Macron qui a envoyé un courrier cet été à la médecin pour la féliciter. « Avec le PsyTRUCK et les actions des équipes du docteur Schandrin, le CHU de Nîmes transforme l’accès aux soins psychiatriques des jeunes : proche, rapide et innovant. Cette démarche, saluée par le président de la République, est une reconnaissance de l’excellence médicale et scientifique de notre établissement et illustre l’impact majeur de ses innovations », a réagi Frédéric Rimattei, le directeur général du CHU de Nîmes.

    De son côté, Aurélie Schandrin a profité de la réception de ce courrier pour saluer le « travail collectif mené par l’ensemble des équipes de psychiatrie du CHU de Nîmes » et souhaite désormais « poursuivre et amplifier notre action auprès des jeunes ». La psychiatre qui a participé le 12 septembre dernier au Ferrepsy à Montpellier où étaient rassemblés au Corum les plus grands spécialistes de l’intervention précoce en psychiatrie, vient également de publier un livre* pour tenter de révolutionner les pratiques en soulignant la nécessité d’intervenir le plus tôt possible.

    *Troubles psychiques chez les jeunes – Intervenir tôt et donner de l’espoir, Éditions Érès.

  • Les cours de licence de psychologie suspendus

    Les cours de licence de psychologie suspendus

    « À ce jour, la rentrée de la licence de psychologie est suspendue jusqu’à ce que des garanties claires soient apportées concernant des moyens attribués à notre formation », peut-on lire sur le mail qu’ont reçu les étudiants en psychologie du site ALLSH (arts, lettres, langues et sciences humaines), situé sur le campus Schuman d’Aix-Marseille Université (AMU).

    Face à « plusieurs années de dégradation chronique », des conditions de travail enseignant et d’accueil des étudiants, le conseil de licence en psychologie n’a eu « d’autre choix » que de retarder le lancement des cours.

    Sur le parvis du bâtiment Egger ce lundi midi, plusieurs professeurs ont tenu à faire un point sur la situation pour leurs étudiants, micro en main. « La notion de point de rupture est très parlante. On est 54 enseignants chercheurs titulaires, pour 3 000 étudiants. On est obligés de dédoubler nos cours, les TD (…) on les fait à 60, contextualise Bouchra Zouhri, maître de conférences et directrice du département de psychologie. À court terme, pour reprendre les cours, il faudrait une vraie réflexion et position autour du recrutement. » Bouchra Zouhri assure que les élèves ne seront pas impactés sur leurs cursus et « qu’en aucun cas ils ne seront mis en difficulté, loin de là ». Les revendications enseignantes ont été remontées auprès de l’Unité de formation et de recherche (UFR) et de la direction d’AMU et la mobilisation continue. Une réunion a eu lieu entre la direction et les enseignants le 9 septembre, après de premiers signalements : infructueuse pour les enseignants. Côté élèves, « je voudrais juste avoir des cours pour avoir mon année », rapporte Louane, en LAS (licence accès santé). « On est un peu désorienté », rapportent Coralie et Luna, en L2, qui soutiennent tout de même le mouvement. Sollicitée, l’Université n’a pas pu répondre à nos questions.