Tag: désinformation

  • Philippe Pujol : « Détruire la complexité est le sabotage absolu »

    Philippe Pujol : « Détruire la complexité est le sabotage absolu »

    La Marseillaise : Quel est le point de départ de « Sabotages »,
    votre nouveau livre ?

    Philippe Pujol : Je voulais écrire un livre de reportage sur le thème du sabotage autour du mouvement Autonomes. J’avais déjà en tête le fait que le vrai sabotage de notre société est systémique avec une alliance de l’extrême droite et d’une certaine bourgeoisie, et voulais aller vers ça. Mais dès le départ, c’est compliqué, plus que les stups ou l’extrême droite. Puis après trois jours de « formation sabotage » avec des anarchistes du sud-ouest, Mehdi Kessaci est assassiné et je me retrouve sous protection policière. Avec deux flics sur le dos, je ne peux plus suivre des gens qui veulent saboter les infrastructures de la République. Il y a de la paranoïa chez eux, ils sont fichés S et jouent leur survie. Toute communication se coupe d’ailleurs instantanément.

    C’est ce qui vous mène à écrire ce qui apparaît comme un essai réflexif ?

    P. P. : Avec cette deuxième partie que j’avais en tête, je voulais aller vers ça, oui. J’expérimente l’écriture : La Fabrique du Monstre mêle reportage et enquête politique, La Chute du Monstre est un pur pamphlet, Cramés un reportage au cœur d’une jeunesse à la dérive, Marseille 2040 un récit d’anticipation, Alta rocca un roman historique. Là, dans un autre exercice, très classique dans sa construction, mais peut-être moins dans son écriture, j’essaie d’analyser la destruction de la complexité. Il est là, le sabotage absolu.

    Vous dressez le constat d’un monde dont les structures cognitives, sociales, institutionnelles et économiques sont méthodiquement cassées. Pourquoi ?

    P. P. : Ce sabotage de notre société se fait à l’opportunité. Chacun sabote pour ses intérêts propres. Pour moi, le premier des sabotages, celui des institutions politiques et sociales, est le fait de l’alliance de l’élite financière et des autoritaires d’extrême droite qui veulent mettre fin au progressisme social et écologique qui n’est « pas bon pour le business ». Cela se fait dans une mésinformation constante. On ne sait plus ce qui est vrai ou faux et on se rattrape à des choses qui tombent dans le simplisme et la théorie du bouc-émissaire : « les immigrés », « l’extrême gauche », « les woks »… Le sabotage cognitif, celui de notre capacité d’attention, qui nous amène à être dans la sidération et plus dans l’action, est, lui, le fait des patrons de la tech qui n’ont qu’un objectif : faire du profit sur une économie de l’attention. Sa conséquence est une incapacité à appréhender la complexité et l’acceptation de tout. Puis il y a le sabotage économique, l’économie de la rente, dont le principe de faire payer le passage et ne plus produire.

    Et vos saboteurs Autonomes ?

    P. P. : Mes Autonomes apparaissent petit à petit comme des contre-saboteurs, des résistants et pas comme le problème. Je ne suis pas toujours en accord, mais leur intention est de montrer ce qui ne va pas. Quand ils cassent un data center, ça va au-delà, ils veulent montrer à l’opinion publique que le problème est dans ce qu’on y stocke.

    Le 17 octobre, à Marseille, certains s’en sont pris à la mairie et à un commissariat. Vous considérez qu’ils pointent ce qui ne va pas ?

    P. P. : D’abord, le mouvement lycéen et étudiant part d’un monde éducatif, l’école, qui est saboté depuis Claude Allègre. Il voulait dégraisser le mammouth, aujourd’hui, ils veulent l’achever. C’est toujours la même stratégie. On sabote l’efficacité du service public pour mieux privatiser. Parcoursup est une machine à privatiser l’éducation. Ceux qui ont les moyens ou pas même, vont dans des écoles privées ou dans de l’alternance qui est du travail privé financé par de l’argent public.

    Mais les lycéens n’ont pas cassé.

    P. P. : Non, mais à partir du moment où ils sont dans la rue, se greffent à eux les activistes anticapitalistes qui, ils l’ont toujours fait, mènent des actions symboliques. Eux-mêmes ne pillent pas, ils provoquent et savent qu’une partie de la population qui est dans une contestation qui s’ignore, va se greffer. Un lumpenprolétariat, les quartiers populaires au sens le plus large, à qui on impose de consommer et de posséder comme le seul signe de réussite sans lui en donner les moyens. à un moment donc, il prend. ça me rappelle un slogan de GTA V, affiché en 4×3 dans la ville en 2013 : « Ce que tu n’as pas, prends-le. » Ils voient qu’on valorise les voyous, les Sarkozy et Le Pen ont beau taper dans la caisse, on les met en avant. Eux aussi veulent leur part. Et après, il ne faut pas oublier, quelques groupes de banditisme des quartiers nord qui sont organisés, bien renseignés et savent qu’il va y avoir ces moments chaotiques. Mais, tout ça, ce sont les conséquences d’un monde cassé.

    Vous n’êtes pas surpris de voir cette Gen Z, qui a les yeux rivés sur son téléphone, descendre dans la rue ?

    P. P. : Cette économie de l’attention touche tout le monde et contrairement aux plus vieux, les jeunes ne sont pas ou peu sabotés par les chaînes d’info continue, type Cnews. Mais les mouvements lycéens ont toujours existé. Là, ce qui m’a agréablement surpris, c’est de voir la jeunesse des milieux populaires, pas trop marseillais, mais des banlieues parisiennes, revendiquer et se politiser. Ce fameux drapeau palestinien est en fait devenu le drapeau de la contestation sociale, celle des opprimés sur les oppresseurs et ne veut pas dire autre chose. Il faut aussi voir que c’est la génération Covid qui manifeste, une génération qui en a marre d’être sans arrêt enfermée. Elle est enfermée à la maison comme dans Parcoursup. Aujourd’hui, on a une augmentation de presque 80% des problèmes de santé mentale chez les jeunes, principalement liés à un monde complexe qui ne fait pas envie. Ceux-là, ils sont plutôt enfermés dans des jeux en réseau. Certes, il y a une jeunesse politisée, mais la plupart de la jeunesse, elle s’enferme à la maison. Il ne faut pas se raconter trop d’histoires non plus.

  • Influençables et conscients de l’être, face à la désinformation

    Influençables et conscients de l’être, face à la désinformation

    L’expérience consiste à deviner une couleur tirée au hasard : bleue ou rouge ? Mais avant de décider, des indices sont donnés avec à chaque fois un niveau de fiabilité. Exemple : la couleur est rouge avec 75% de fiabilité, bleue avec 35% de fiabilité et bleue avec 50% de fiabilité. Dans ce cas, la réponse est très probablement rouge. « C’est très simple et permet d’éliminer les facteurs confondants pour étudier comment nous utilisons l’information sur la fiabilité pour prendre des décisions », souligne Thibault Gajdos Preuss, chercheur au Centre de recherche en psychologie et neurosciences de l’Université Aix-Marseille et coauteur d’une étude parue dans PLOS Computational Biology avec ses collègues Lucie Charles et Keiji Ota, de l’Université Queen Mary de Londres (Royaume-Uni).

    L’idée est d’étudier l’efficacité des notations ou des labels qui évaluent la fiabilité des sources d’information : nous en servons-nous ? Comment ? Et sommes-nous conscients de comment nous les utilisons ? « Il existe des études en sociologie ou en psychologie appliquée, mais souvent dans des contextes très riches avec des résultats contradictoires, indique Thibault Gajdos Preuss. Nous nous intéressons plus aux mécanismes cognitifs et à la métacognition ». C’est-à-dire la conscience que nous avons de la manière dont nous prenons des décisions.

    Et le résultat est sans appel : « Nous utilisons mal les informations sur la fiabilité », résume le chercheur. En particulier quand elle est inférieure à 50%. Dans ce cas, l’information est fausse : c’est une erreur ou un mensonge. Il faut penser que la vérité est à l’opposé. « Mais nous avons du mal à faire cette gymnastique mentale », explique-t-il.

    Gymnastique mentale

    Surtout, une information fiable à 50% impacte la décision, alors qu’elle devrait tout simplement être ignorée. En effet, elle a autant de chances d’être juste que fausse. Donc elle n’apporte rien. « Mais nous faisons comme si elle véhiculait quand même de l’information pertinente, s’étonne le chercheur. Ce n’était pas attendu ». Pour l’expliquer, deux hypothèses. La première est un biais de présentation : même si nous savons que l’information n’est pas fiable, nous l’avons vue, et cela a un impact. La deuxième est notre tendance à sur-interpréter une information en prêtant une intention à sa source : « Si elle me donne une information, c’est qu’elle doit savoir quelque chose. Elle ne peut pas me donner une information sans aucune valeur ».

    Enfin, le plus surprenant est la conscience qu’ont les participants de la manière dont ils sont influencés. En particulier par les informations non-fiables. « C’est une vraie surprise », admet Thibault Gajdos Preuss. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. « Cela signifie qu’il ne suffit pas d’expliquer qu’une information n’est pas fiable », ajoute-t-il. Nous le savons, mais nous l’utilisons quand même.

  • La Fête de la science met les saveurs au menu

    La Fête de la science met les saveurs au menu

    Cette année, la Fête de la science titille les papilles avec le thème « Saveurs savantes ». Pas moins de 917 actions sont prévues dans 109 communes de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Insolite ? Pas vraiment. « L’alimentation est au cœur d’importants enjeux de santé publique et soulève des questions environnementales majeures, de la résilience des systèmes agricoles à la préservation de la biodiversité », rappellent les organisateurs lors de la présentation de cette 35e édition. En biologie, en physique-chimie, en sciences humaines et sociales, en écologie ou encore en santé, à travers l’approche globale « One Health », l’alimentation est explorée sous toutes ses dimensions : santé publique, environnement, biodiversité, mais aussi résilience des systèmes alimentaires.

    Diffuser la culture scientifique

    Vendredi, les scolaires ont pu se précipiter avec avidité vers les premières installations, parcours et visites. Tout au long du week-end, les villages ouvrent tour à tour leurs portes à des familles toujours plus nombreuses à venir découvrir la science. Populaire et gratuite, cette grande fête favorise le partage des savoirs entre citoyens et scientifiques.

    à Marseille, l’association Les Petits débrouillards est la cheville ouvrière du Festival des sciences, organisé du 10 au 12 octobre, sur l’esplanade Bargemon (2e). « La culture scientifique et technique est plus que jamais un outil de lutte contre la désinformation. Mais aussi une fête pour (re)découvrir les plaisirs de l’expérimentation dans des domaines nombreux », explique Solène Merer la directrice de l’association en Région.

    Et de poursuivre : « Notre enjeu à nous, Petits débrouillards, est de maintenir une mobilisation importante sur ce temps fort, malgré des financements en baisse, en général pour les porteurs, et couvrir au maximum le territoire régional pour que tous les publics puissent avoir des propositions. »

    Pour continuer à attirer un public toujours plus nombreux, il faut renouveler la programmation, mais aussi accompagner les chercheurs vers de nouveaux formats de médiation, plus ludiques et accessibles. « Escape game, jeux de rôle, spectacles, projections, dégustations, expérimentations… sont au menu de cette édition » conclut Solène Merer.

    Informations et programme complet sur fetedelascience.fr

    « Un outil
    de lutte
    contre la désinformation »

  • [Entretien croisé] « Il y a une volonté de détruire la science quand elle dérange »

    [Entretien croisé] « Il y a une volonté de détruire la science quand elle dérange »

    La Marseillaise : En quoi les rencontres organisées par Aix-Marseille Université, ce jeudi en votre présence, sont-elles importantes ?

    Valérie Masson-Delmotte : Être chercheuse, ce n’est pas simplement produire des connaissances dans une tour d’ivoire, c’est produire et partager des connaissances, faciliter leur appropriation très large. Et puis, sur les enjeux liés au changement climatique, on est aussi sur des rôles, et les comités d’éthique scientifique le relèvent, d’engagement avec et pour la société, pour accompagner ses transformations. C’est pleinement dans ce cadre que se situe cette journée. Notre recherche contribue aussi à fournir des informations qui sont extrêmement importantes pour comprendre l’impact de l’activité humaine sur le changement climatique.

    Éric Berton : Il est important, dans une université, de pouvoir donner la parole à des scientifiques, à des chercheurs ou à des enseignants-chercheurs qui sont impliqués dans la société sur de grandes questions. Il faut donner la vraie parole de la science, notamment auprès de nos étudiants, pour les former, les informer. D’autant que, pour nous, les rencontres d’Aix-Marseille Université sont un mouvement privilégié dans lequel des experts d’un sujet vont sortir de leur laboratoire, pour venir à notre rencontre, à celle des étudiants, des collègues mais aussi du monde socio-économique. Ce rayonnement est fondamental pour nous. Et quand on a la parole d’une experte, comme nous allons l’avoir [ce jeudi], on rappelle que la science n’est pas une opinion. Il s’agit de faits, de vérités scientifiques.

    Car le monde affronte une montée du climatoscepticisme…

    V.M.-D. : Le climatoscepticisme version 1, je l’ai vu dès que j’ai démarré ma thèse, en 1993. C’était, en fait, le rôle de marchands de doute, notamment les multinationales du pétrole, du gaz et du charbon, qui ont créé un rideau de fumée, avec des pseudo-experts de la désinformation… À l’époque, il s’agissait essentiellement de déni scientifique. Trente ans après, des leviers d’action ont été mis en place : électrification, politique de décarbonation, ralentissement de la déforestation… Donc aujourd’hui, ce n’est plus seulement la science du climat qui est prise pour cible. Ce sont aussi les transformations structurelles proposées. Il y a donc une obstruction qui est brutale, structurée, pensée et mise en œuvre, qui vise à semer le doute sur ces leviers de transformation. La science en tant que telle est une menace, parce qu’elle montre chaque possibilité, les limites, les effets indésirables. (…) Il y a une volonté de détruire la science quand elle dérange. C’est le cas aux États-Unis, mais dans d’autres pays aussi, comme en Argentine [dirigée depuis 2023 par le libertarien d’extrême droite Javier Milei, Ndlr] où l’on assiste à un véritable scienticide, avec une destruction de la capacité de produire des connaissances par la recherche publique

    E.B. : C’est vrai que le scientifique, pour certains gouvernements, représente un danger. C’est pour ça qu’on a proposé, nous, à l’Assemblée nationale, avec François Hollande en particulier, une loi pour créer un statut de réfugié scientifique. Au même titre qu’un réfugié politique. C’est aussi pour cette raison que nous avons créé le programme Safe place for science, qui permet aux scientifiques américains de venir faire leurs recherches ici.

    La lutte contre le climatoscepticisme passe-t-elle par une lutte contre l’extrême droite ?

    E.B. : À sept mois de l’élection présidentielle, nous ne savons toujours pas quel est le programme de l’extrême droite pour l’enseignement supérieur et la recherche publique en France. C’est quand même grave. Mais ça ne veut pas dire que les autres offres politiques les mettent en avant pour autant. Je trouve que l’effort n’est pas fait actuellement

    V.M.-D. : En général, dans les autres pays, l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir s’est traduite par un fort affaiblissement de la protection de l’environnement. (…) Il faut s’interroger sur l’histoire. Il faut donner à voir ce qu’était la recherche scientifique sous Vichy, lorsque nous avions l’extrême droite au pouvoir, car nous l’avons déjà testée. Il faut regarder ce qui s’est passé au Portugal, en Espagne, quand il y avait des dictatures d’extrême droite, il n’y a pas si longtemps, c’est très instructif. C’est ce que permet l’ouverture d’esprit des universités, qui apporte un regard aussi historique sur des situations dans d’autres régions du monde ou dans le passé, qui peuvent éclairer les choix d’aujourd’hui.

  • Vingt ans, le plus bel âge de la vie des Archives

    Vingt ans, le plus bel âge de la vie des Archives

    La Marseilloise, avec une Une particulière : « Jul, nouveau maire de Marseille, lance les JO 100% phocéens ! » À l’occasion des 20 ans des Archives et Bibliothèque départementales (ABD), plusieurs événements ont été organisés mardi, lançant des animations qui se poursuivront durant le mois de juin. Parmi eux, une restitution d’un projet d’éducation artistique et culturelle, réalisé par des collégiens de la cité scolaire Jacques-Chirac et André-Chénier.

    « Cette image est vraie ou fausse ? », demande un collégien qui présente une installation en forme de bateau, nommée CTRL+S, rempli de fausses informations. Durant l’année, les élèves ont réalisé un travail autour de notions du vrai et du faux et de thématiques liées à la mémoire, illustrant la manière dont les archives peuvent aborder des problématiques actuelles. « L’idée était d’ancrer les archives dans la réalité, le monde présent », souligne Marie-Claire Pontier, directrice des Archives. Le projet, porté par le Département et l’association Planète émergences, a fait appel à Germain Prévost, artiste plasticien, pour encadrer les élèves. « J’ai voulu transformer le bâtiment des Archives en bateau, car vu d’au-dessus, il a une forme de coque », sourit l’artiste. « L’objectif était d’apprendre à comment naviguer sur un océan qui serait Internet, avec son flux d’informations, et comment gérer ce que les jeunes voient sur les réseaux sociaux », développe-t-il. Driss, élève de 3e, a participé à l’élaboration du « navire ». « Je pense que c’est un projet important, on voit de plus en plus de fake news, surtout avec l’augmentation de l’utilisation de l’IA sur les réseaux sociaux », explique-t-il.

    Préserver la mémoire

    Autre temps fort, une frise photographique « 20 ans des ABD » déroulée sur le mur extérieur du jardin de la lecture, présentant le quartier d’Arenc avant Euroméditerranée, avec la construction du bâtiment et l’histoire du quartier, qui était à l’origine dans une friche industrielle. « Ce bâtiment est emblématique, c’était une première en France. Il part d’une volonté du Département d’installer deux compétences dans une même structure », note Marie-Claire Pontier. Des espaces habituellement fermés au public sont également ouverts, une manière de mettre à l’honneur l’architecte du bâtiment, Corinne Vezzoni.

    « Préserver et transmettre nos archives, c’est faire vivre notre mémoire collective et la rendre accessible à tous », rappelle Martine Vassal, présidente (DVD) du Département des Bouches-du-Rhône.

    Germain Prévost partage cette idée : « Il y a une réelle importance des lieux comme les Archives, qui sont des garants de l’information, un sanctuaire des rôles de l’histoire, permettant de préserver la démocratie », déclare-t-il.

    « Vous pourrez venir voir vos travaux quand vous serez plus grands ! », lance la directrice des Archives aux élèves. Les documents des collégiens seront rangés et conservés dans les 14 kilomètres de rayonnage, aux côtés des 415 000 archives des Bibliothèques départementales.

    Programme sur archives13.fr

  • Xavier Niel livre sa conception de l’investissement et de l’IA

    Xavier Niel livre sa conception de l’investissement et de l’IA

    Au Pharo, face aux professionnels de l’information venus du monde entier, c’est un milliardaire qui a clos les grandes plénières, ce mercredi. Xavier Niel, fondateur de Free et actionnaire du Monde, s’est prêté au jeu du « coin du feu », un entretien animé par Lisa McLeod, directrice éditoriale de FT Strategies.

    Xavier Niel entame la discussion en parlant, en anglais, de ses investissements dans les médias : « J’ai commencé à investir dans tous les services en ligne, y compris Mediapart, où j’ai fait cinq fois mon argent. » Sa version de l’entrée au capital du Monde, en 2010, semble presque altruiste : « Ils ont un énorme problème, ils vont finir en faillite. » Depuis, assure-t-il, il n’interfère jamais dans la ligne éditoriale. La preuve, selon lui : Le Monde Diplomatique, « très à gauche, contre le capitalisme », reste libre.

    Sur l’IA, Xavier Niel se veut pragmatique : il faut vivre avec son temps et les technologies qui vont avec. Il dit avoir vite signé un accord (sur l’entraînement des modèles et les services) avec le géant américain, OpenAI, sans attendre ses confrères éditeurs. « Nous ne sommes peut-être pas de bons partenaires pour les autres éditeurs français », note-t-il, dans un sourire. Interrogé sur ce qui le « garde éveillé la nuit », le milliardaire répond la « polarisation » des médias. Il regrette que le New York Times ait été « trop contre » Donald Trump. Concentration des médias, précarité dans les rédactions et désinformation n’ont pas été évoquées.

  • [Entretien] Rima Abdul-Malak : « Ce n’est pas ChatGPT qui va faire des reportages dans le Sud-Liban »

    [Entretien] Rima Abdul-Malak : « Ce n’est pas ChatGPT qui va faire des reportages dans le Sud-Liban »

    La Marseillaise : Les défis liés
    à l’intelligence artificielle
    seront abordés lors de ce congrès. Comment appréhender ce que certains qualifient de «révolution» ?

    Rima Abdul-Malak : Ce n’est pas le cas en France grâce à notre législation sur les droits voisins mais ailleurs, quand on effectue une recherche sur Google, l’IA en fait le résumé. Ce qui signifie qu’on n’a plus la liste des articles sur lesquels on peut cliquer. Ces AI Overview [fonctionnalités intégrées au moteur de recherche Google Ndlr], drainent tout une part de trafic qui avant allait vers les articles de presse. Le New York Times a, par exemple, perdu 40% de son trafic en quelques mois. Ce phénomène touche l’ensemble des médias. Mais l’IA peut aussi être un outil, notamment sur les traductions qui nous prennent beaucoup de temps. Nous avons des projets de développement vers l’Amérique du Sud avec des produits spécifiques comme des newsletters, par exemple. L’IA sera un outil pour nous aider à aller plus vite, même s’il faudra toujours de la relecture et de vrais journalistes pour éditer. On essaie de voir les opportunités de l’IA et de se prémunir face aux menaces. Face à cette ère de l’intelligence artificielle, notre capital principal, c’est l’humain. Ce n’est pas ChatGPT qui va faire des reportages dans les villages du Sud-Liban pour décrire ce qui s’y passe.

    « L’Orient-Le Jour » est un média indépendant, ce qui est rare
    dans la région. Comment vous
    tenez financièrement et réussissez
    à vous développer
     ?

    R.A.-M. : On tient par le soutien de nos actionnaires qui compensent notre déficit même s’il n’est pas aussi énorme que d’autres médias ainsi que par quelques dons et mécènes. Mais les abonnements restent le pilier de notre modèle économique donc on ne peut pas se permettre de les perdre et on doit aller en chercher des nouveaux. Ce n’est pas pour autant qu’on va renoncer à nos projets de développement. Le pire face à l’IA, c’est d’être tétanisé, sidéré et de se recroqueviller sur un modèle ancien. Il faut au contraire innover, expérimenter, tester des nouvelles choses, quitte à se tromper mais en tout cas essayer.

    Votre journal est-il ciblé
    par des prédateurs ?

    R.A.-M. : Des prédateurs, non, mais on vit des pressions multiples parce qu’il y a toujours des articles qui ne plaisent pas à certains : partis politiques, chefs d’entreprise, etc. On peut avoir des procès, des intimidations, des menaces. On n’est pas très bien vu par le Hezbollah puisqu’on est très critique de son idéologie et de sa stratégie. Au début de la guerre, une cyberattaque menée par un groupe, les Fatimides, se revendiquant de la mouvance du Hezbollah, a ciblé la MTV (Murr Television), une grande télé libanaise. On s’est dit que ça pouvait nous arriver donc on a dû renforcer notre sécurité informatique. La situation de polarisation et de guerre qu’on vit nous oblige à être extrêmement vigilants et à redoubler tous les efforts de sécurité. Quand on a des journalistes qui se déplacent, par exemple dans le Sud-Liban, là, c’est la crainte, plutôt, d’être ciblés par Israël. Vingt et un professionnels de la presse locale ont été tués depuis deux ans et demi. On a toutes ces menaces et pressions cumulées mais on n’a pas eu de tentative de rachat ou d’OPA sur notre journal. Depuis 101 ans, on a un actionnariat divisé en quatre familles, ce qui donne à la fois une certaine diversité et une solidité. Leurs descendants, continuent, pour l’instant, à tenir très précieusement à ce média, espérons que ça dure. Ce qui fait notre différence, c’est qu’on n’est financé ni par des partis politiques ni par des monarchies du Golfe contrairement à tous les grands quotidiens autour de nous. La rédaction a une totale liberté.

    Comment informer dans un théâtre de guerre comme c’est le cas actuellement au Liban ?

    R.A.-M. : C’est aussi une guerre de l’information donc il y a énormément de manipulations, de désinformation, de récits alternatifs. Là aussi, l’IA est utilisée pour produire des fausses informations, de vidéos et de photos. On a dû renforcer dans la rédaction tout ce qui est fact-checking, vérification des sources, recouper toutes les informations, vérifier et analyser les vidéos amateurs qu’on reçoit avant de les publier. C’est l’intérêt de chaque protagoniste du conflit de produire des informations qui servent sa propagande.

    Ministre de la Culture, vous étiez l’une des rares à exprimer vos inquiétudes face à la montée de l’extrême droite notamment lors
    de la reprise du «
     JDD » par Vincent Bolloré. Quel est votre regard
    sur le paysage médiatique français
     ?

    R.A.-M. : Mes inquiétudes exprimées en 2022-2023 se confirment. Il n’y avait pas beaucoup de voix qui s’élevaient à l’époque, malheureusement. Est-ce que c’est trop tard ? Il n’est jamais trop tard mais il est un peu tard quand même. Ces médias, maisons d’édition, réseaux de distribution sont déjà aux mains de Vincent Bolloré et de ses entreprises. Mais il y a d’autres acteurs dans le paysage, littéraire, médiatique, audiovisuel, cinématographique, qui permettent de préserver un minimum de diversité. À cela s’ajoutent les aides du ministère de la Culture destinées à la presse, au cinéma, à l’édition. À un an de l’élection présidentielle, il faut faire de la pédagogie, expliquer à quoi servent ces aides, pourquoi il y a un audiovisuel public en France et que sa privatisation serait une énorme erreur économique, sociétale et culturelle. Ce n’est pas un sujet de droite ou de gauche mais de service public et de diversité de l’écosystème. Si jamais l’extrême droite arrive au pouvoir en France -ce que personnellement, je ne souhaite pas- le risque, c’est que tout cela soit coupé.

  • Des vérités qui dérangent

    Des vérités qui dérangent

    L’avènement de l’intelligence artificielle crée un nouvel univers paradoxal. Il est en capacité de noyer chaque individu sous un raz-de-marée de posts, images, messages, dont la véracité n’est pas avérée,
    met à mal et fragilise l’ensemble des rédactions puisqu’il représente une menace concrète pour de multiples fonctions et métiers et exige, dans le même temps, un surcroît de journalisme, pour vérifier et valider -ou non- les dites « informations ». À cela s’ajoute le jeu des algorithmes, maintes fois dénoncé lors des récentes campagnes électorales, comme vecteur d’un entre-soi qui fait fi de la moindre vérification. L’abandon successif du fact-checking par Twitter puis Facebook en dit long sur cette volonté d’ouvrir les vannes de la « liberté d’expression » qui, aux États-Unis, permet à chacun de dire tout et son contraire, sans les limites légales qui existent -encore- en Europe.

    Une boîte de Pandore

    Une boîte de Pandore, une faille abyssale dans laquelle se sont engouffrés les manipulateurs, les tenants d’une « vérité » parallèle et alternative, qui préfèrent tout bonnement remettre en question un raisonnement cartésien pour faire la part belle aux « croyances ». Donald Trump a lui-même enfermé ses fans et followers via son propre média dans un monde de post-vérités, à l’instar d’un vaste mouvement d’extrême droite passé à l’offensive médiatique en multipliant les saillies complotistes ou climatosceptiques.

    À côté de ça, des dizaines de journalistes sont morts cette année, tués par balles ou par des bombes, pour démêler le vrai du faux, rapporter simplement le témoignage du réel. Celui qui dérange.

  • Le numérique, un impact tout sauf neutre pour le débat démocratique

    Le numérique, un impact tout sauf neutre pour le débat démocratique

    Impossible d’y échapper. Que ce soit les réseaux sociaux, la vidéosurveillance ou encore l’accès dématérialisé aux services publics, le numérique a bouleversé notre quotidien. « Un adulte passe en moyenne 32 heures par semaine devant un écran », campe Alexandre Basquin, sénateur PCF du Nord et participant au débat, aux côtés de Pierre-Yves Cadalen (député LFI du Finistère), Thomas Dossus (sénateur écologiste du Rhône) et Patrick Blanès (secrétaire fédéral du PS de Vaucluse). « Les plateformes numériques créent des contenus clivants et émotionnels, le débat est polarisé et une partie de l’espace démocratique est aujourd’hui structurée par des entreprises privées », rappelle, en introduction, Sabrina Royer, animatrice du débat.

    Pendant 1h30, les propos ont fait le procès du numérique, du moins l’usage généralisé qui en est fait sans réel garde-fou. « Sans les réseaux sociaux, on n’aurait pas battu Aulas à Lyon », souligne quand même Thomas Dossus quand Patrick Blanès relève leur « utilité pour structurer certains mouvements ». « Oui, mais par exemple, Facebook a banni toute référence à la Palestine », nuance Alexandre Basquin, rétif aux réseaux sociaux. « Je dois être l’un des seuls parlementaires à ne pas y être car on cherche plus à convaincre à l’extérieur que la personne face à soi, c’est mortifère car il faut être excessif pour être viral », déplore le sénateur nordiste.

    Manière d’aborder les logiques d’algorithmes qui confortent chacun dans ses biais tout en clivant encore plus les contenus. « On zappe d’une info à l’autre, c’est l’économie de l’attention », resitue Patrick Blanès, alarmé aussi par l’irruption de l’intelligence artificielle, « qui pourrait bientôt rendre des décisions de justice ». « Mais ce capitalisme de l’attention doit avoir ses limites et être régulé au niveau européen », plaide Thomas Dossus, pour qui « les grandes plateformes doivent être tenues pour responsables ». Si le sujet n’a pas été abordé, on a vu des récents déferlements de haine et de racisme en ligne sur des pages Facebook de nos confrères. Le tout avec un sentiment d’impunité. Au début du mois, 16 familles ont aussi porté plainte contre TikTok pour abus de faiblesse, accusant le réseau social de pousser des jeunes au suicide.

    Instaurer une vraie régulation publique

    À l’instar des « règles déontologiques pour la presse créées au XIXe siècle », le sénateur écologiste souhaite « un modèle de contrôle public » vis-à-vis des plateformes numériques et « le risque de bulle de désinformation ». Pierre-Yves Cadalen milite, lui, pour la mise en place d’un « pôle public du numérique » pour sortir les médias des « concentrations capitalistiques ». Car derrière les Gafam (acronyme des géants du numérique), « il y a un projet politique de technofascisme, des nouveaux réactionnaires qui veulent abolir la démocratie et supprimer les libertés individuelles », estime le député insoumis. Une idée de pôle public qui ne séduit pas Thomas Dossus, « pas fan car si la gauche peut en faire un outil d’émancipation, je crains que ce ne soit pas le cas si la droite est au pouvoir ».

    Brièvement abordée aussi, l’impact sur la jeunesse, fortement « informée » par les réseaux sociaux, et l’omniprésence dans le cercle scolaire. « Il faut dénumériser nos écoles », conclut Thomas Dossus.

  • Les Provençaux, mauvais élèves de la vaccination

    Les Provençaux, mauvais élèves de la vaccination

    « Nous voulons rappeler à toute la population de Provence-Alpes-Côte d’Azur que la vaccination est l’une des plus grandes avancées en termes de santé publique. » Alors que la semaine européenne de la vaccination a débuté lundi, le directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) de Paca, Yann Bubian, a rappelé ce mardi lors d’une conférence de presse l’importance des campagnes de vaccination.

    Dans la région, comme dans le reste du territoire, la confiance envers la vaccination est élevée avec 78% des 18-79 ans qui se déclarent très ou plutôt favorables aux vaccins, contre 80% en France. Pourtant, les Provençaux se vaccinent moins que le reste des Français, notamment contre le papillomavirus ou la rougeole. En Paca, moins deux filles sur cinq de 15 ans sont vaccinées contre trois sur cinq au niveau national, par exemple. « Alors que notre région est l’une des mieux desservies en termes de professionnels de santé, nous sommes l’une des pires en termes de couverture vaccinale », se désole le directeur général de l’ARS Paca. La région a toutefois connu des améliorations sur la vaccination contre la bronchiolite chez les nourrissons et la grippe chez les adultes.

    Hésitation vaccinale

    Des retards pour la région s’expliqueraient en partie
    par l’hésitation vaccinale. « Certaines personnes ont envie de se vacciner, mais ne sont pas sûres. Il faut donc un moment avec des professionnels de la santé qui les rassurent », explique Olivier Reilhes, directeur de la santé publique et environnementale à l’ARS Paca.

    Des hésitations en partie dues à la circulation de fausses informations au sujet des vaccins. Face à ces réticences, l’ARS souhaite mieux former les professionnels de santé, avec le développement d’un pacte anti désinformation. Cet outil permettra aux soignants de connaître les différentes théories qui existent pour mieux y répondre. La vaccination est également rendue difficile par l’éloignement de certaines populations du système de santé. Face à cette réalité, l’ARS mène donc des initiatives d’aller vers, où ce sont les acteurs de la santé qui vont à la rencontre des populations et non l’inverse.

    Des campagnes de vaccinations ont également été déployées dans plus de 400 collèges de la région, afin d’augmenter la couverture vaccinale contre le papillomavirus notamment, responsable de certains cancers. « Bien que les résultats restent en deçà de nos attentes, ces initiatives ont permis d’augmenter le nombre de filles et de garçons vaccinés », insiste Lauriane Ramalli, épidémiologiste chez Santé publique France. « Il faut donc que l’on continue à mobiliser pour faire mieux », conclut Olivier Reilhes.