Un navire flambant neuf pour les dix ans de Corsica Linea

« Il y a dix ans on ne connaissait rien au maritime, introduit Pierre Antoine Villanova, directeur général de Corsica Linea. Nous avons doublé notre chiffre d’affaires, créé 430 emplois marins, six navires sont connectés à quai et nous sommes la 3e compagnie européenne pour la satisfaction clients. » Des résultats vertueux obtenus sur un chemin houleux.

Pour rappel, la SNCM, armateur marseillais alors détenu par Transdev, avait été placée en redressement judiciaire en 2015. Le tribunal de commerce de Marseille avait retenu l’offre du transporteur routier corse Patrick Rocca, qui conservait avec MCM (Maritime Corse Méditerranée) les 875 emplois de la SNCM, au détriment du consortium d’entrepreneurs Corsica maritima (CM holding). Une bataille commerciale avait fait rage, avec l’affrètement d’un roulier par les repreneurs déboutés. Patrick Rocca avait fini par lâcher la barre à CM Holding. Devenue Corsica Linea en mai 2016, elle se délestait de 563 salariés.

« Cela n’a pas été simple et ça ne l’est toujours pas », accorde Pierre-Antoine Villanova, mais aujourd’hui Corsica Linea se félicite d’avoir retrouvé le niveau d’effectifs de l’ex-SNCM, se hissant au rang de 2e employeur de marins français, de s’être dotée d’une flotte de six à neuf navires. Dont les deux derniers « à haut niveau de performance environnementale, précise l’armateur. Cet été nous seront la première compagnie à utiliser du Bio-GNL entre la Corse et le continent, soit une réduction de 80% des émissions de CO2. » Un cap que Corsica Linea entend conforter dans les dix prochaines années, « qui repose sur trois piliers : transition environnementale, satisfaction clients et ambition sociétale » et qu’elle souhaite « développer sur l’Afrique du Nord ». La compagnie a également gagné des galons en termes de solidarité en mars 2022 en mettant à disposition le ferry Méditerranée pour l’hébergement de réfugiés ukrainiens.

Pavillon français hissé

Autre motif de satisfaction de l’entrepreneur, « nous avons ramené le fret de Toulon à Marseille, d’où est assuré 85% du fret sur la Corse ». Capu Rossu, livré en un temps record de 27 mois par les chantiers navals de Weihai (Chine), assurera la desserte des ports de Bastia et Ajaccio depuis Marseille, deux liaisons qui concentrent l’essentiel du trafic de fret de sa part de la délégation de service public. Il a pour marraine Anne-Marie Meï, veuve du bosco Jean-Claude Meï, particulièrement apprécié des équipages. Comme tous les bateaux de la compagnie, il arbore un pavillon français de premier registre, le seul à garantir des conditions sociales optimales aux marins. « C’est le fil rouge de notre ambition sociétale, assure Pierre-Antoine Villanova, c’est deux fois plus cher que de naviguer sous pavillon italien, mais nous partageons avec nos marins la défense du pavillon français. »

Le directeur veut aborder l’avenir avec confiance malgré un horizon un peu voilé par « des réservations légèrement en baisse par rapport à l’année dernière » en ce début de saison estivale. Mais surtout par la bataille contre le dumping social avec la féroce concurrence de GNV sur la ligne entre Sète et l’Algérie. Un point noir sur lequel le soutien de l’État est attendu.

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